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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 10:23

 

 

 

L’actrice britannique Emma Watson a déclenché une tempête mondiale avec un post sur son compte Instagram sur la solidarité avec un panneau marqué : « Solidarity is a verb » sur fond d’une photographie d’une manifestation de solidarité avec la Palestine. Elle fut actrice dans tous les épisodes de Harry Potter puis changea de registre. Emma Watson est une militante féministe active. Elle prononça à ce sujet un discours à l’ONU et fut nommée ambassadrice « de bonne volonté » pour les femmes en 2014.

 

 

 

L'actrice britannique Emma Watson est accusée d'antisémitisme pour ça

L'actrice britannique Emma Watson est accusée d'antisémitisme pour ça

La "solidarité est un verbe"... Il paraît que c'est antisémite s'il y a le drapeau palestinien en arrière-plan !

La "solidarité est un verbe"... Il paraît que c'est antisémite s'il y a le drapeau palestinien en arrière-plan !

 

 

Son message provoqua un tollé dans les milieux sionistes de droite ! L’ancien ambassadeur israélien auprès de Nations Unies, Danny Danon, et actuel représentant du Likoud, le parti de l’ancien Premier ministre israélien Netanyahu, a réagi en traitant Emma Watson d’antisémite.

 

En l’occurrence, qualifier le message de Madame Watson d’antisémite est insensé. Le mot « Juif » n’y apparaît pas une seule fois, à moins de considérer le simple fait d’exprimer sa solidarité envers les Palestiniens comme une manifestation d’antisémitisme. C’est incontestablement un précédent.

 

Ce précédent est dicté par la fameuse loi Etat-nation adoptée en 2018 par la Knesset qui dispose que l’Etat d’Israël est l’Etat des Juifs. Autrement dit, les habitants non juifs d’Israël, essentiellement les Arabes, mais aussi les Druzes deviennent des citoyens de seconde zone. Dès lors, la critique politique d’Israël est par définition de nature antisémite.

 

C’est tout à fait contraire à la démarche de la plupart des personnes et des associations qui s’inscrivent dans la cause palestinienne. Certes, des antisémites notoires se servent des exactions des colons juifs et de l’armée israélienne pour tenter de justifier leurs propos antisémites, mais ils sont une minorité. D’ailleurs, ces mêmes antisémites sont aussi adeptes de la théorie du « Grand remplacement ». Il y a là une notoire contradiction !

 

Adhérer à la cause palestinienne ne signifie pas approuver tout ce que font les Palestiniens. Par exemple, l’absence de démocratie aussi bien de la part de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie que du Hamas à Gaza est non seulement inacceptable, mais surtout nuit à la Palestine et aux Palestiniens.

 

Adhérer à la cause palestinienne ne signifie pas rejeter tout acte politique israélien. Par exemple, Israël est incontestablement à la pointe du combat contre la pandémie, combat qui profite aussi aux Palestiniens.

 

Cependant, l’occupation plus que cinquantenaire de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie, ainsi que le blocus de Gaza sont illégaux et génèrent des crimes passibles d’une Cour pénale internationale. Il semble difficile d’assimiler cette critique radicale de la politique israélienne à de l’antisémitisme.

 

Antisémitisme, kesako ?

 

Dans « Le Soir » du 7 janvier 2022, se référant à l’affaire Emma Watson, la journaliste Pauline Hofmann se penche sur la perception de l’antisémitisme. Elle interroge le professeur Jean-Philippe Schreiber de l’ULB qui répond qu’il n’y a pas de définition normative de l’antisémitisme. « Celles [les formes d’antisémitisme] qui existent peuvent varier légèrement. Mais on s’entend généralement sur le fait que l’antisémitisme est une forme caractéristique du racisme qui vise spécifiquement les Juifs à titre individuel ou collectif, mais aussi les institutions juives. »

 

Il y a aussi l’idée du Juif qui domine le monde. En fait, le Juif est détesté parce qu’il aurait des pouvoirs supérieurs, alors que le racisme « ordinaire » porte sur des gens que l’on considère inférieurs.

 

Cela n’a rien à voir avec la critique d’Israël et de sa politique. Comme l’écrit Henri Goldman sur son blog « Cosmopolite » ( https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/ )

 

 

 

 

Henri Goldman n'élude rien dans ses analyses.

Henri Goldman n'élude rien dans ses analyses.

 

 

 

« Ceux et celles qui se sentent interpellé·es par la résurgence de l’antisémitisme – qui a connu une nouvelle poussée à l’occasion de la pandémie de Covid – ne peuvent ignorer à quel point celui-ci est instrumentalisé par la diplomatie de l’État d’Israël. Cet État cherche obstinément à faire passer pour de l’antisémitisme l’hostilité que suscite sa politique dans les opinions publiques et l’attitude critique qui la prolonge. Ce tour de passe-passe se manifeste à l’occasion de la campagne internationale menée en faveur de la nouvelle définition de l’antisémitisme proposée par l’International Holocaust Remembrance Association (IHRA) qui a pour véritable objectif de criminaliser cette critique. »

 

Une définition excessivement large

 

L’IHRA est en fait une organisation gouvernementale qui comporte plusieurs Etats membres dont la Belgique avec une présidence tournante. Elle fut présidée en 2021 par l’Allemagne. Voici sa définition de l’antisémitisme :

 

« La définition opérationnelle de l’antisémitisme, non contraignante, a été adoptée par les 31 États membres de l’IHRA le 26 mai 2016 :

 

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »

 
Les exemples suivants, destinés à guider le travail de l’IHRA, illustrent cette définition :
 
L’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive. Cependant, critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme. L’antisémitisme consiste souvent à accuser les Juifs de conspirer contre l’humanité et, ce faisant, à les tenir responsables de « tous les problèmes du monde ». Il s’exprime à l’oral, à l’écrit, de façon graphique ou par des actions, et fait appel à des stéréotypes inquiétants et à des traits de caractère péjoratifs. »

 

C’est sur la base de cette définition que l’actrice Emma Watson est accusée d’antisémitisme. Cette définition excessivement large est la porte ouverte à tous les excès. Si une Cour ou un Tribunal base ses conclusions sur cette définition, toute critique de la politique israélienne pourrait être condamnée. Cela est évidemment inacceptable !

 

Une forme de négationnisme

 

Cependant, depuis quelques temps, il se développe une forme d’antisémitisme particulièrement malsaine. L’agrégé de philosophie français René Chiche décrit ce « nouvel » antisémitisme :

 

« L’exemple le plus marquant est un candidat à la présidentielle – se présentant comme le dernier représentant authentique du gaullisme – qui fait de Pétain un sauveur des Juifs français (Le Suicide français – 2014) ou encore que l’anathème « antisémite » permette de désigner aujourd’hui tout et son contraire, le mouvement légitime de soutien à la résistance palestinienne comme le négationnisme contemporain.

 

 

De plus, comparer la vaccination obligatoire aux expériences du Docteur Mengele ou le pass sanitaire à une étoile jaune, revient – au-delà de l’outrance – à présenter la politique antisémite des nazis et de leurs alliés comme une simple question de libertés individuelles. Car oui, l’antisémitisme nazi était bien une politique raciale et non pas une simple « privation » de libertés individuelles. Les lois de Nuremberg en 1935 par exemple mettaient juridiquement les juifs d’Allemagne au ban de la société. Le port de l’étoile jaune s’inscrivait dans une politique plus large, d’abord d’exclusion sociale et politique puis d’extermination. Là, pas d’exclusion juridique de quiconque au nom d’une assignation raciale. Rien à voir, donc, avec le simple fait de pouvoir manger au restaurant ou d’aller à un concert puisqu’il suffit d’aller se faire vacciner. »

 

 

 

Le port de l'étoile jaune par ces manifestants anti-pass sanitaire en France est une insulte aux victimes de la Shoah !

Le port de l'étoile jaune par ces manifestants anti-pass sanitaire en France est une insulte aux victimes de la Shoah !

 

 

Enfin, l’usage de l’étoile jaune dans les manifestations « antivax » ou « anti-pass » dénote la mentalité de ceux qui les organisent et de ceux qui y participent. L’étoile jaune n’est pas seulement un signe d’exclusion. Elle est l’équivalent du marquage du bétail mené à l’abattoir ! Ce terrible symbole doit rester ce qu’il est et ne pas être utilisé à des fins politiques ou contestataires qui n’ont rien à voir. Cela aussi, c’est une forme de négationnisme.

 

 

En ce domaine aussi, il est temps de retrouver la Raison.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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commentaires

L
Cher Pierre, Il serait temps que la majorité des citoyens reviennent à la définition du mot "antisémite". Les peuples et langues sémitiques s'appliquent, à mes yeux, tant au "peuple" juif qu'aux "peuples" arabes et palestinien, par exemple. C'est évidemment le "peuple" juif qui tente de prouver qu'il est le seul "peuple" sémitique. Critiquer le sionisme et les exactions de l'état d'Israël vis à vis du "peuple" palestinien, tout aussi sémite que le "peuple" juif, je le répète, n'a rien à voir, pour moi, avec de l'antisémitisme. Mais ne tente pas de faire comprendre cela à un certain nombre d'individus bornés. Amitiés.
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O
Peut-être juste apporter un petit correctif à votre article.<br /> Oui, Israël est à la pointe dans la lutte contre la pandémie. Non, les Palestiniens n'en profitent pas : l'apartheid qui les touche ne s'arrête pas à la frontière du Covid et on peut même parler d'un apartheid vaccinal. Je vous invite à vous informer plus avant là-dessus.
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P
Désolé, s'il y eut au début un "apartheid vaccinal", les Israéliens ont vite compris que c'était se tirer une balle dans le pied tant ils sont imbriqués. Aujourd'hui, les campagnes de vaccination s'adressent à tout le monde à la "West bank"