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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 11:17

 

 

Les lecteurs assidus d’Uranopole savent que j’appartiens à la mouvance de gauche socialiste, internationaliste, libertaire et antiimpérialiste. Or, il faut bien constater que depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, bon nombre de celles et de ceux qui se réclament de cette tendance ont des restrictions mentales à critiquer sévèrement l’agression de Poutine.

 

Certes, les dirigeants ukrainiens, les Occidentaux – et particulièrement les Américains – ont de lourdes responsabilités dans le processus qui a amené à ce conflit armé, la réalité est que l’agresseur est le président russe : c’est l’armée russe qui a jeté sur les routes plus d’un million de femmes, d’enfants, de vieillards. C’est son armée qui a bombardé des villes et leurs quartiers résidentiels, attaqué une centrale nucléaire. C’est son armée qui tente d’occuper l’Ukraine en violation flagrante de la Charte des Nations Unies et du droit international.

 

Une histoire remontant au XVIIIe siècle

 

Cette guerre, comme la plupart des guerres, est impérialiste. Dans La Libre Belgique du 7 mars, Nina Krushcheva, professeur de politique internationale, arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev qui fut Premier secrétaire du Parti communiste de l’Union Soviétique, après Staline, dénonce dans un long article intitulé « Les Ukrainiens ne nous pardonneront jamais une telle barbarie », la politique coloniale de Vladimir Poutine qui n’est que la prolongation de l’attitude coloniale entamée sous l’impératrice Catherine II de Russie (1728-1796) et poursuivie par le pouvoir communiste dès 1917. Elle écrit : « … la pluie de missiles qui s’abat sur la capitale ukrainienne s’apparente aussi à une sinistre plaisanterie de l’Histoire : les Russes sont occupés à dévaster la cité que mon arrière-grand-père, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, s’employa à reconstruire avec amour après les destructions perpétrées par l’occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale. »

 

 

 

 

Nina Krushcheva, arrièe-petite-fille de Nikita Khrouchtchev s'insurge contre l'agression de Poutine et s'en réfère à l'histoire.

Nina Krushcheva, arrièe-petite-fille de Nikita Khrouchtchev s'insurge contre l'agression de Poutine et s'en réfère à l'histoire.

 

 

 

Elle se réfère à l’histoire. Avant Catherine II, l’Ukraine était indépendante. « Placée entre l’Occident et l’Orient, la Kiev des origines a maintenu un certain degré d’indépendance durant les années 1300 sous la dynastie princière russe des Riourik. Dans les années 1600, le territoire connu alors sous le nom de Sitch zaporogue, une entité guerrière semi-autonome cosaque, conclut une sorte d’accord "d’association" avec l’Empire russe. »

 

Ensuite, l’impératrice « estima qu’elle en avait assez de la turbulente désobéissance et de la fière indépendance des cosaques zaporogues. En 1775, la Tsarine ordonna la liquidation de la Sitch, déclarant que la région faisait désormais officiellement partie de la Novorossiya ("les territoires de l’Occident russe"). – Une fois de plus cette notion de « nouvelles frontières comme au Xing Jiang chinois -  C’est cette Novorossiya que Poutine cherche à recréer aujourd’hui - en assumant l’héritage de Catherine. » Depuis, l’Ukraine fut exploitée comme une colonie par Moscou avec pillage des ressources. Cependant, les Ukrainiens de l’Ouest gardèrent jalousement leur langue, alors qu’à l’Est le russe s’imposa progressivement. Mais, c’est sous Staline en 1932 qui avait été « commissaire » aux nationalités sous Lénine que la domination russe de l’Ukraine prit un tour dramatique.

 

Comme l’a écrit Josy Dubié : « Sous prétexte de lutte contre les “koulaks” (moyens et riches propriétaires terriens) Staline imposa à l’Ukraine, entièrement bouclée et cadenassée, une famine épouvantable qui fit de 3 à 6 millions de morts, certaines sources parlant même de 10 millions de victimes !

 

 

 

Les crimes contre l'humanité de Joseph Staline en Ukraine sont une des causes majeures du conflit actuel.

Les crimes contre l'humanité de Joseph Staline en Ukraine sont une des causes majeures du conflit actuel.

 

 

Le 7 août 1932 le gouvernement soviétique promulgue, ainsi, la “loi des épis” qui punit de déportation ou même de mort, tout qui, en Ukraine, dérobe quelques épis de blé !

 

On ne peut pas comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine si on ignore l’impact que “l’Holodomor” (le génocide par la faim en ukrainien), a encore sur la mémoire collective de nombreux ukrainiens. »

 

C’est la mémoire de cet holocauste qui est la base de l’intransigeance nationaliste de plusieurs factions ukrainiennes dont certaines sont carrément néonazies, comme le fameux bataillon Azov qui a sévi en 2014 lors des événements de Maidan.

 

Le « campisme » ou la politique des blocs

 

Si les Ukrainiens se défendent avec entre autres ces voyous nostalgiques des SS et nazis ukrainiens de 1941, si Zelensky qui est présenté comme le héros de l’Ukraine, fut triomphalement élu en 2019 pour apaiser les relations avec la Russie et qu’il n’a en fait rien fait pour détendre les relations russo-ukrainiennes et qu’il n’a pas calmé les tensions avec la région autonomiste du Donbass,  la guerre menée par Poutine, sous prétexte de lutter contre lesdits néonazis, est avant tout une guerre impérialiste. Et ce sont des millions d’Ukrainiens qui en sont victimes. L’autre argument du maître du Kremlin est relatif à l’élargissement de l’OTAN vers l’Est qui constituerait une menace contre l’indépendance de la Russie et, enfin, c’est la question de l’accès à la mer qui est sans nul doute une des causes, sinon la principale, de cette guerre. L’annexion de la Crimée en 2014 et l’attaque actuelle de la ville portuaire d’Odessa en sont des éléments probants.

 

Il y a évidemment un choc de deux impérialismes comme nous l’avons écrit précédemment. L’arrogance de l’OTAN et de l’UE à l’égard de la Russie, surtout depuis l’annexion de la Crimée, la menace bien réelle de batteries de missiles nucléaires déployées à la frontière occidentale de la Russie n’ont pu qu’accroître les tensions et réveiller le « campisme » ou la politique des blocs. C’est évidemment une des causes majeures de ce conflit. La guerre froide, chaude en Ukraine et susceptible d’extension, entre un « camp » occidental dominé par les Etats-Unis et un « camp » russe sans oublier un troisième chinois, augure de graves tensions dans les décennies à venir et ce, au détriment de tous.

 

 

 

Les conséquences : des dizaines de milliers d'Ukrainiens, hommes, femmes, enfants prennent d'assaut un train pour fuir Kharkiv bombardée par les Russes.

Les conséquences : des dizaines de milliers d'Ukrainiens, hommes, femmes, enfants prennent d'assaut un train pour fuir Kharkiv bombardée par les Russes.

 

 

 

Des sanctions inefficaces et nuisibles

 

Ainsi, les sanctions d’une ampleur jamais atteinte jusqu’ici, décidées par les USA et l’UE ont bien sûr des conséquences pour l’économie russe, pour les populations russes, mais aussi ukrainiennes et même européennes. Ces sanctions ont provoqué une hausse jamais atteinte des coûts de l’énergie au détriment de tous les peuples d’Europe, du pouvoir d’achat des travailleurs et des allocataires sociaux. Elles ne font qu’accroître les tensions et on peut même douter de leur efficacité, car les Russes semblent avoir trouvé des ripostes.

 

Une autre réflexion

 

Alors, il faut être clair : tous les impérialismes sont à combattre, toute guerre est condamnable. Il n’est pas question de faire deux poids deux mesures dans un sens ou dans l’autre. Pour terminer, voici une réflexion de Viktor Dedaj du site « Le Grand Soir » :

 

« Une guerre ne devient pas une guerre le jour où les médias décident de vous la montrer.

Être anti-guerre, ce n'est pas être simplement contre "la" guerre. Être anti-guerre, ce n'est pas exprimer des positions (plutôt futiles à notre humble niveau) une fois qu'elle a éclaté. Être anti-guerre, c'est vouloir comprendre l'enchaînement des décisions prises par chacun des acteurs qui ont mené à un tel dénouement. Être anti-guerre, ce n'est pas déclarer son opposition à sa forme la plus concrète, évidente, et spectaculaire, mais d'être aussi archi-critique des actions et des logiques économiques et politiques qui l'ont alimenté. C'est tenter d'évaluer la culpabilité respective des acteurs.

 

Rejeter une telle démarche intellectuelle montre que l'on n'est nullement "anti-guerre", seulement anti cette guerre-là, en particulier. C'est aussi exposer un "angle mort" sur les causes et les autres formes de guerre, économiques, tels que les embargos et blocus, qui peuvent faire, et font souvent, autant de victimes, mais silencieuses (silencieuses, parce que les grands médias en ont décidé). Les centaines de milliers de victimes des sanctions contre l'Irak, pour ne prendre qu'un exemple - et pas des plus récents - en sont la preuve.

Être anti-guerre, c'est s'opposer à toutes les guerres, y compris économiques.

Etre anti-guerre, c'est s'opposer à son expression concrète et aussi aux politiques qui y ont mené.

 

Le premier responsable d'une guerre est évidemment celui qui l'a déclenché. Le deuxième est celui qui l'a sciemment provoqué, ou manœuvré pour, en créant les conditions qu'il savait seraient perçues comme un casus belli. Avec - et c'est important - une hiérarchisation des "légitimités" invoquées. Car non, tous les casi bellorum ne se valent pas.

 

Que les gigantesques États-Unis considèrent comme casus belli l'instauration dans la minuscule Cuba d'un système socio-économique inconvenable n'est pas la même chose que l'installation de missiles nucléaires sous le nez de votre adversaire. Et l'installation de missiles nucléaires sous son nez n'est pas la même chose si lui-même a commencé par en installer sous le vôtre. (…). »

 

 

Tout est à refaire !

 

 

Et Viktor Dedaj ajoute mieux comprendre la position russe que la position occidentale. Si ce raisonnement tient la route, notons bien que l’on ne peut tolérer en aucune manière l’agression de Poutine, les bombardements des villes, les millions de réfugiés jetés sur les routes – les fameux « couloirs humanitaires » - qu’il va falloir accueillir en Europe et ailleurs.

 

En plus de l’horreur de cette guerre, comme de toute guerre, les médias « mainstream » s’en donnent à cœur joie dans leur matraquage, ce qui renforce la « thèse » occidentale auprès de l’opinion publique européenne qui commençait auparavant à manifester un certain scepticisme envers l’atlantisme et l’utilité d’un organisme comme l’OTAN. Et cela, c’est un considérable retour en arrière. Tout est à refaire !

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Post scriptum

 

 

Censure et manque d’esprit critique à la RTBF sur la guerre d’Ukraine

 

 

Notre ami Josy Dubié, ancien grand reporter à la RTBF, sénateur honoraire, vient d’envoyer une lettre ouverte à son ancien collègue, Jean Pierre Jacqmin, actuel directeur de l’information à la RTBF (radio-télévision de service public belge francophone). Il y dénonce l’interview sans commentaires critiques d’un personnage « volontaire » pour combattre en Ukraine et qui est manifestement un néo-nazi.

 

D’autre part, il dénonce la censure dont a été victime Pierre Galand, lui aussi ancien sénateur, et surtout une des figures majeures du Mouvement de la Paix en Belgique, qui manifeste à l’égard de la guerre en Ukraine une position différente de celle des organes de presse « mainstream ».

 

Cet incident est inquiétant. Petit à petit, ne risque-t-on pas de voir s’imposer une pensée unique ne souffrant aucune critique en la matière ? La lettre de Josy est utile, car elle consiste en une mise en garde indispensable.

 

Ce n’est pas parce qu’il y a une guerre en Ukraine que tout le monde est tenu de penser la même chose et de suivre les « autorités » comme un troupeau de moutons !

 

 

P.V.

 

 

Lettre ouverte de Josy Dubié à Jean Pierre Jacqmin directeur de l’Info RTBF 

 

 

Mercredi 9 mars 2022

 

Bonjour Jean Pierre, 

 

 

Nous nous connaissons bien. Fin des années 80 tu as été un de ceux qui a lancé, avec succès, merci à toi, « l’opération Village Roumain » (OPR), formidable mouvement de solidarité avec ce peuple des Balkans suscité en réaction à mon reportage clandestin « Roumanie : Le désastre rouge ». Il montrait la réalité tragique du régime du « Conducator », le « Danube de la pensée » le « Génie des Carpates » le dictateur roumain Nicolaë Ceaucescu. 

 

Aujourd’hui tu es, depuis plus de dix ans directeur de l’info RTBF. 

 

C’est à ce titre que je m’adresse à toi. 

 

J’ai vu hier soir, au JT de la RTBF, un « reportage » (sic) consacré a un personnage, présenté comme un héros, partant « défendre la liberté en Ukraine ». Je t’avoue ma surprise et même ma sidération ! A l’évidence tout démontre, en effet, dans l’environnement de ce sympathique paroissien, qu’il est un partisan proche de l’extrême droite néo nazie. 

 

Te rends-tu compte qu’en exhibant, sans nuances, ce personnage de soi-disant « freedom fighter » vous renforcez la thèse du dictateur du Kremlin qui affirme que le régime en place à Kiev est aux mains de néo nazis ?  Il y a, malheureusement, effectivement, toujours en Ukraine des nostalgiques des ultranationalistes ukrainiens qui ont, durant la 2 ème guerre mondiale, alliés aux hitlériens, commis des crimes épouvantables notamment en participant activement à la chasse aux juifs dont des centaines de milliers ont alors été massacrés. Ces nostalgiques du 3ème Reich, très actifs, sont cependant aujourd’hui, ultra minoritaire en Ukraine. J’ai surveillé pour l’OSCE des élections présidentielles en Ukraine où le candidat d’extrême droite, clairement néo nazi, avait recueilli, alors, le score fabuleux de 0,70% des suffrages à l’échelon national !  J'apprends que vous reconnaissez une erreur et que vous allez y répondre. Bravo !  

 

 

Par ailleurs je découvre, que ce samedi 5 mars, la RTBF devait diffuser dans son émission “ Retour aux sources” un reportage suivi d’un débat préenregistré le 1er février sur les militantes pacifistes de Greenham Common, auquel participais mon ancien collègue, l’ex sénateur socialiste Pierre Galand, figure majeure du mouvement pacifiste en Belgique. La réalisatrice, très gênée lui aurait téléphoné pour lui dire que, vu les circonstances, les "hautes autorités de la RTBF" (sic), avaient décidé de supprimer ce débat ! Qu’est-ce que c’est que cette censure ? Les militants de la paix aujourd'hui n’auraient-ils plus le droit de s’exprimer ?  On a bien sûr, le droit de ne pas être d’accord avec la position de Pierre Galand mais pas de l’empêcher de s’exprimer ce qui revient à avoir la même attitude que celle de Poutine interdisant toute forme de contestation en Russie de la guerre d’agression scandaleuse et inacceptable qu’il mène contre l’Ukraine.

 

  

Tu sais que j’ai été correspondant de guerre pour la RTBF pendant quelques 20 ans. Je peux témoigner, d’expérience, que du Vietnam à l’Iran, à l’Irak, au Liban, à la Palestine, à l’Afghanistan et dans bien d’autres endroits où j’ai, avec mes équipes (merci à eux), risqué ma peau, la première victime de la guerre c’est la vérité ! Il n’y a PAS de guerre propre ou chirurgicale ! Toutes sont monstrueuses et amènent, dans TOUS les camps, des individus poussés par un nationalisme imbécile, (qui leur fait préférer un salaud de leur camp plutôt qu’un type bien du camp d’en face) à commettre des crimes abominables. 

 

 

C’est le propre de la guerre, de toutes les guerres.  

 

 

Il est dès lors inacceptable de vouloir museler tout qui combat la guerre en essayant d’en comprendre les causes pour éviter qu’il ne s’en passe pas de nouvelles ! 

 

 

Je te signale, en passant, que contrairement à ce qui est dit à longueur d’antenne, la guerre de Poutine n’est pas la première qui dévaste notre continent depuis la 2ème guerre mondiale. Les guerres cruelles et sanglantes qui ont dévasté les Balkans à la dislocation de la Yougoslavie, ont-elles aussi été commencées pour les mêmes raisons de nationalismes imbéciles.  

 

Bonne journée 

 

Josy    

 

« Ni dieu ni maitre ! »   

 

 

 

 

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