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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 10:47

 

 

 

Punta del Este, la capitale de l’Uruguay, petit pays d’Amérique du Sud enclavé entre la vaste Argentine et l’immense Brésil reçoit du 2 au 5 mai les journées mondiales pour la liberté de la Presse organisée par l’UNESCO composées de 47 délégations provenant des Etats-membres.

 

Cet évènement est évoqué dans sa chronique au journal belge « Le Soir » de jeudi 28 avril par le journaliste et professeur à l’ULB, Jean-Paul Marthoz. Celui-ci est une référence dans le monde du journalisme. Marthoz est journaliste et essayiste. Ex-chef du service étranger du Soir, ex-directeur de l’information de Human Rights Watch, il est membre des conseils du Comité de protection des journalistes (New York), d’Index on Censorship et de l’Ethical Journalism Network (Londres).

 

 

Il est auteur et co-auteur de nombreux livres sur les questions internationales, dont La liberté sinon rien (2008), L’éthique de la dissidence (2010), Objectif Bastogne (2014) et Les médias face au terrorisme (2017).

 

 

 

Jean-Paul Marthoz, une référence dans le journalisme

Jean-Paul Marthoz, une référence dans le journalisme

 

 

 

Dans sa chronique, il évoque les difficultés de plus en plus grandes rencontrées par les journalistes en Europe. Il écrit : « Les conditions en Ukraine expriment la dangerosité de l’exercice du journalisme dans des régions en guerre. Mais la violence contre la presse s’exerce aussi de plus en plus en dehors des champs de bataille. Même sur le Vieux Continent, comme le soulignait mercredi à Bruxelles la « Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes ». En 2021, 82 alertes relatives aux attaques contre la sécurité et l’intégrité physique des journalistes ont été enregistrées, contre 51 en 2020. L’année dernière, six journalistes ont été tués, le chiffre le plus élevé depuis l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo en 2015. »

 

Et dans le reste du monde : « Et que dire du reste du monde ? Du Mexique, où plus de 150 journalistes ont été assassinés au cours des vingt dernières années dans le contexte ultra-violent de la guerre de la drogue ? De la Chine, cadenassée, fliquée ? Ou de l’Arabie saoudite, de moins en moins affectée par l’opprobre international qui avait suivi l’exécution du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 dans le consulat saoudien d’Istanbul ? »

 

Une stratégie délibérée

 

Ensuite, Marthoz évoque un ancien film de Costa Gavras paru en 1972, Etat de siège :

 

« On est en 1970, au moment où ce « bout d’Europe » sombre dans le chaos politique et la violence. Trois ans avant un coup d’Etat militaire qui allait convertir ce pays en « chambre de torture des Amériques ». Costa Gavras raconte l’histoire de l’enlèvement et de l’exécution d’un agent du FBI – interprété par Yves Montand – par la guérilla d’extrême gauche des Tupamaros. Mais il fait d’un journaliste le fil conducteur, la boussole éthique, de ce face-à-face. C’est ce dernier, Carlos Quijano, un septuagénaire distingué, qui, dans les conférences de presse pose les bonnes questions, celles qui dérangent les convenances paresseuses et les consensus commodes.

 

 

 

Carlos Quijano, journaliste uruguayen qui lutta pour la liberté d'informer dans son pays.

Carlos Quijano, journaliste uruguayen qui lutta pour la liberté d'informer dans son pays.

 

 

 

Directeur de Marcha, un hebdomadaire dont l’influence politique et intellectuelle débordait largement de l’Uruguay, il représentait une gauche « socialiste libérale », ouvrant ses pages à Pierre Mendès France et Octavio Paz, exprimant un idéal exigeant et universel de la démocratie et du journalisme. Très tôt, alors que beaucoup célébraient l’Uruguay comme la Suisse de l’Amérique latine, il avait mis en garde contre la corruption, les arrangements politiques, les inégalités sociales, les dérives des forces de sécurité, la sclérose d’une démocratie de plus en plus déclamatoire et factice. Citoyen d’un petit pays coincé entre les colosses brésilien et argentin et surveillé par les Etats-Unis, il se méfiait aussi des impérialismes et plaidait pour l’intégration de l’Amérique latine. Il avait conscience « de la fragilité nationale dans un contexte international menaçant », écrivait en 1990 la chercheuse Carmen de Sierra dans la revue America. »

 

Enfin, Jean-Paul Marthoz n’oublie pas, après avoir cité d’autres exemples, d’analyser :

 

« Dans beaucoup de pays, il ne s’agit pas de bavures ou de dérèglements, mais bien plus gravement, comme en Pologne ou en Hongrie, d’une stratégie délibérée, idéologique, de remise en cause des institutions et des principes de la démocratie, dont la liberté de la presse est un élément essentiel. »

 

Et Assange ?

 

C’est évident, mais nous avons ici et maintenant – hic et nunc – un autre exemple probant : celui de Julian Assange. Exemple une fois de plus passé sous silence. Et il y a peu de chances qu’à cette conférence de Punta del Este, l’affaire Assange soit citée par une des 47 délégations présentes. Pourtant, le cas Assange est sans doute le plus emblématique et constitue s’il est finalement extradé la menace la plus grave contre la liberté de la presse. Déjà, les poursuites dont il fait l’objet, son emprisonnement abusif constituent de graves atteintes aux droits humains mais une attaque directe contre un journaliste qui a exercé son métier, c’est-à-dire qui a informé.

 

 

 

Julian Assange et Stella Morris qui viennent de se marier dans la prison de Belmarsh.

Julian Assange et Stella Morris qui viennent de se marier dans la prison de Belmarsh.

 

 

 

Peur ou complicité ?

 

Le rapporteur spécial à l’ONU, Nils Melzer, vient de publier un livre The Trial of Julian Assange - A Story of Persecution qui paraîtra en français en septembre prochain qui expose la situation du fondateur de Wikileaks et raconte l’histoire de sa longue traque.

 

 

 

Le rapporteur spécial de l'ONU, le Suisse Nils Melzer. Un des plus efficaces soutiens de Julian Assange

Le rapporteur spécial de l'ONU, le Suisse Nils Melzer. Un des plus efficaces soutiens de Julian Assange

 

 

 

Melzer résume ainsi son livre :

 

« Bien que les crimes et le comportement arbitraire de tous les gouvernements impliqués soient devenus de plus en plus flagrants et évidents au cours de la dernière décennie, la véritable dimension de son cas a été presque totalement ignorée par les autres gouvernements, par les grands médias et par l’opinion publique.

 

Au contraire, le récit officiel a été docilement intégré, répété et maintenu : Assange, le violeur, le pirate informatique, l’espion et le narcissique lâche, qui a le sang d’innocents sur les mains, comparaît enfin devant un tribunal. Ici aussi, comme dans l’histoire des habits neufs de l’empereur, il fallait que quelqu’un vienne jeter un regard neuf et objectif sur tout cela et rompe le charme : « Regardez, l’empereur est nu ». Ceci, cher lecteur, est le but de ce livre. »

 

Le silence de la presse, des médias et d’un grand nombre de journalistes sur le sort de Julian Assange relève tantôt de la peur de se marginaliser tantôt d’une complicité évidente.

 

Mesdames, Messieurs, un minimum de courage ! C’est de votre avenir qu’il s’agit, c’est notre liberté à tous qui est menacée. Alors, réveillez-vous ! C’est le meilleur moyen de libérer Julian Assange.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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