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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 21:43

 

 

 

À quelques jours d’intervalle, paraissait sur Youtube le film « Hold Up » sensé nous dévoiler les dessous de la crise sanitaire et était annoncée l’arrivée d’un vaccin émanant de l’entreprise transnationale pharmaceutique Pfizer associée pour l’occasion au laboratoire allemand Bio NTech. Ces deux événements ne sont évidemment pas liés, mais ils sont révélateurs de la nature de la crise sanitaire mondiale provoquée par le coronavirus dit Covid 19.

 

« Hold Up » est le symptôme d’une maladie aussi virale que celle du Covid.

 

« Hold Up » n’est pas seulement un film « complotiste » comme le dénoncent les médias mainstream et les milieux officiels. Il est le symptôme d'une maladie aussi virale que celle du Covid 19 : la défiance. Le peuple n’a plus aucune confiance en ses dirigeants et encore moins envers les élites. Pour une raison très simple : la société qu’ils construisent par la destruction de l’ancienne ne lui convient pas. Nous n’arrêtons pas dans ces colonnes de dénoncer l’ultralibéralisme et ses nuisances avec notamment l’élimination de tous les mécanismes de solidarité menant ainsi à l’atomisation. Ce n’est pas le triomphe de l’individualisme, c’est l’isolement de toutes et de tous avec en corollaire la surveillance généralisée. Les lois liberticides qui se mettent en place, notamment en France, mais aussi un peu partout en Europe démontrent que le pouvoir a peur et ne répond que par la violence.

 

 

 

Le logo d'Hold Up. Un documentaire décousu, ultra complotiste, mais où certaines bonnes questions sont posées.

Le logo d'Hold Up. Un documentaire décousu, ultra complotiste, mais où certaines bonnes questions sont posées.

 

 

 

En plus, le complotisme style « Hold Up » est un des meilleurs serviteurs du pouvoir. Son mécanisme permet ainsi d’écarter toute analyse critique même étayée d’autant plus que le pouvoir impose des dogmes ne souffrant aucun doute et aucune objection. Ainsi, il ouvre la voie à ce qu’il appelle le complotisme qui, comme avec « Hold Up », est un salmigondis de faits réels, de contrevérités et d’hypothèses démentielles. Son objectif est en créant la confusion d’attiser la défiance et de permettre ainsi au pouvoir de réagir avec violence.

 

« Hold Up » ? On préférerait regarder « Capitaine Marleau » !

 

Analysons « Hold Up », ce « documentaire » de 2 h 38 min. Il faut avoir du temps et du courage pour se le farcir ! On préférerait regarder « Capitaine Marleau », c’est plus court, plus amusant et plein d’enseignements ! « Hold Up » a l’avantage – laissons-lui au moins cela – de poser des questions auxquelles le pouvoir ne répond pas. C’est la clé de son succès. Des questions entre autres sur la nature et les origines du coronavirus et sur la validité du traitement. Oui, c’est intéressant, mais alors pourquoi comparer avec la mise en place de la 5G ? Bien malin, celui qui expliquera le rapport entre les deux ! Et puis, on ne l’attendait plus celui-là. Le complot mondial intervient avec Attali, Bill Gates et même Rockefeller qui est décédé ! Attali qui se vante de « faire » les présidents de la République française et même de prédire qui sera la présidente qui succèdera à Macron. Bon, on connaît le personnage habitué à ses provocations médiatiques ! Mais, ici encore, rien à voir avec le Covid ! Bill Gates place une partie substantielle de son immense fortune dans les transnationales pharmaceutiques – ce qui est vrai ! Il suffit de lire la presse financière – afin entre autres de produire le vaccin miracle. Mais – et là cela devient délirant ! – il souhaiterait que l’on injecte dans le vaccin des nanoparticules qui auront pour effet de pouvoir espionner les millions de personnes ayant inoculé ledit vaccin ! 

 

 

 

Bill Gates investit dans l'industrie pharmaceutique pour éliminer les virus, alors qu'il ne parvient pas à les éradiquer dans son système Microsoft...

Bill Gates investit dans l'industrie pharmaceutique pour éliminer les virus, alors qu'il ne parvient pas à les éradiquer dans son système Microsoft...

 

 

 

La structure de « Hold Up » est une suite d’interviews de personnages de toutes sortes qui vont du grand scientifique en passant par un ancien ministre de la Santé Philippe Douste Blazy, de médecins, de personnels soignants, de sociologues comme Monique Pinçon Charlot à des personnages douteux poursuivis ou déjà condamnés par les tribunaux. Ce curieux mélange donne le tournis au spectateur. Il faut noter que Douste Blazy et Monique Pinçon-Charlot se sont désolidarisés de cette production, considérant avoir été piégés. Un peu tard : on se renseigne avant de participer à ce genre d’entreprise !

 

L’effet ravageur des déclarations officielles

 

Enfin, comme il est écrit dans l’hebdomadaire « Marianne » du 20 septembre : « C’est d’ailleurs la limite de cette construction délirante : elle élimine de son champs l’élément essentiel, le rôle de la Chine, parce que cela ne rentre pas dans ce scénario qui voit l’Institut Pasteur créer un virus qui pourrait aussi être parti des Etats-Unis pour tuer des millions, voire des milliards de gens. C’est oublier le calendrier implacable qui veut que la Chine camoufle l’ampleur de l’épidémie jusqu’au 15 janvier 2020. (…) Pas un mot de cela dans Hold Up. »

 

L’auteure de l’article, Natacha Polony, fait une remarque aussi pertinente que frappante : « … ce documentaire n’existe que parce que certains points n’ont toujours pas reçu de réponse satisfaisante, et surtout que les pouvoirs publics ont menti. Il s’ouvre ainsi sur des déclarations gouvernementales sur les masques : ravageur. » Notons que si l’on avait rassemblé les déclarations des ministres de la Santé successifs en Belgique, on aurait un effet tout aussi ravageur ! L’ex-ministre Maggie De Block fut championne toute catégorie en la matière.

 

 

 

Maggie De Block, la ministre fédérale de la Santé de l'ancien gouvernement Michel s'est à plusieurs reprises fourré le doigt dans le nez ......

Maggie De Block, la ministre fédérale de la Santé de l'ancien gouvernement Michel s'est à plusieurs reprises fourré le doigt dans le nez ......

 

 

 

Le citoyen est réduit à l’état de sujet.

 

Mais l’ancienne professeur de lycée fait une observation essentielle : « Si tout ce qui questionne les dogmes dominants est qualifié de complotiste, on convainc une part croissante de citoyens que la vérité est ailleurs. » Ajoutons à cela le tweet du philosophe et sociologue Edgar Morin :

 

« Toute contestation d’une affirmation officielle ou d’une croyance répandue peut être désormais considérée comme « complotiste » »

 

Ici, c’est une question de liberté d’expression et/ou de liberté de critique. C’est un point fondamental mis en évidence lors de cette crise sanitaire. Les médias mainstream effectuent un matraquage systématique en répétant en boucle les mêmes informations et les mêmes instructions. S’il est nécessaire de rappeler les gestes dits barrières, il est déplorable d’infantiliser les gens. Le citoyen est réduit à l’état de sujet.

 

 

 

Etienne Klein dans "Le goût du vrai" rappelle ce qu'est la rigueur scientifique seul remède à la folie irrationnelle  et de pensée magique qui déferle aujourd'hui.

Etienne Klein dans "Le goût du vrai" rappelle ce qu'est la rigueur scientifique seul remède à la folie irrationnelle et de pensée magique qui déferle aujourd'hui.

 

 

 

Un autre aspect a été mis en évidence par le philosophe des sciences Etienne Klein dans son « Tract » Gallimard intitulé « Le goût du vrai ». Il évoque plusieurs éléments. Tout d’abord, la question de la science que tout le monde invoque sans bien la connaître.

 

« … lorsqu’on évoque des « vérités de science », il convient d’être précis et prudent dans la façon de les énoncer. Faute de quoi, on ouvre grand la porte à ceux qui ne leur reconnaissent pas ce statut, les traitent par le dédain ou les contestent au nom de leur intuition. »

 

On observe ce type de comportement depuis longtemps et il est exacerbé par la crise sanitaire où tout le monde a un avis sur tout. Une fois de plus, cela est dû au matraquage des médias qui crée des angoisses irrationnelles chez bien des gens.

 

Il faut accepter de prendre le temps.

 

Etienne Klein dénonce un autre danger : « La pandémie du Covid-19 fut un moment particulièrement édifiant. Pendant quelques mois, nous avons vu se propager une forme très vivace de « populisme scientifique » (…). Les discours de ce type se caractérisent par la mise en avant de points de vue intuitifs ou purement subjectifs, à l’argumentation succincte et au ton péremptoire, sur toutes sortes de sujets pourtant fort complexes, en l’occurrence la pharmacologie, la virologie, l’épidémiologie ou la statistique. »

 

Autrement dit, on parle de ce que l’on ne connaît pas, entre autres de la polémique sur le fameux hydroxychloroquine sur lequel, des avis tranchés ont été émis de toutes parts. Comme dit Klein, son efficacité faisait déjà débat. « La recherche demande du temps ! » C’est profondément vrai ; cependant, il ne faut pas exclure du débat les conflits d’intérêts dans le monde médical et prendre en compte le poids du lobby pharmaceutique. À partir du moment où l’on mélange science, politique et business, il est fatal que se déclenche une polémique malsaine. Il faut bien avouer que cela a débuté par les outrances et même les âneries du Dr Raoult – même s’il proféra certaines vérités. Et comme dit Natacha Polony, « … l’unique résultat est qu’on ne saura jamais, à partir d’une étude menée correctement si l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine en début de maladie permet de limiter les effets du Covid-19. » Cependant, si on veut arriver à un résultat, il faut impérativement accepter de prendre le temps nécessaire à effectuer des études scientifiques sérieuses et indépendantes de la politique et des lobbies.

 

Le vaccin en priorité ?

 

Une polémique similaire va-t-elle se dérouler avec l’annonce soudaine d’un vaccin pour le tout début 2021 ? On peut le penser et cela va encore faire perdre du temps, alors qu’il faut prendre le temps nécessaire à la recherche et à mettre en œuvre un programme de tests et de quarantaine efficace !

 

Sur le plan de son efficacité annoncée, plusieurs hommes et femmes de science expriment leur scepticisme. Ainsi, le professeur Herman Goossens microbiologiste à l’Université d’Anvers et coordinateur de la plateforme européenne sur les pandémies prône dans une longue interview au « Soir » du 21 septembre, une politique globale d’investissement dans une plateforme de tests rapides et aussi dans le contact tracing et la quarantaine. Il avertit : « … on ne maîtrise pas une épidémie uniquement en faisant des tests. Il faut ensuite tracer puis isoler les gens. » Et cette quarantaine doit s’accompagner de compensations financières surtout pour les personnes isolées et les plus précarisées. « Tester, ce n’est que la première étape ! Si on ne prend pas de mesures pour soutenir les gens seuls, offrir des compensations financières aux gens qui ont des salaires très bas, car c’est évidemment eux qui vont souffrir le plus, ça ne marchera jamais ! »

 

 

 

Le professeur Herman Goossens, éminent microbiologiste de l'Université d'Anvers, rappelle les fondamentaux en matière de pandémie.

Le professeur Herman Goossens, éminent microbiologiste de l'Université d'Anvers, rappelle les fondamentaux en matière de pandémie.

 

 

 

Quant au vaccin : « Il reste pas mal d’inconnues autour de ce vaccin, comme la durée de son immunité, son impact sur les personnes âgées, les éventuels effets secondaires. Supposons que le vaccin soit in fine moins efficace que prévu, et qu’on n’ait pas investi dans la plateforme sous prétexte qu’il serait bientôt là… Vous viendrez alors nous dire : pourquoi n’avez-vous pas investi dans les labos ? A l’inverse, si le vaccin fonctionne très bien et que dans six mois on peut réorganiser des festivals, vous nous demanderez si on a été fous d’investir autant d’argent dans ces labos. Oui, quoi qu’on fasse, ce ne sera jamais bon. »

 

Le professeur Goossens met en évidence le désarroi des décideurs politiques, financiers, économiques et même scientifiques devant cette pandémie. Et n’oublions pas un autre aspect : la politique ultralibérale à la fois européenne et nationale de désinvestissement massif dans le domaine de la Santé publique et notamment par la fermeture de plusieurs dizaines de milliers de lits d’hôpitaux accompagnée de la suppression d’un nombre considérable d’emplois de personnels soignants et non soignants est une cause majeure de l'aggravation d’une pandémie qui, en définitive, touche relativement peu d’individus par rapport à l’ensemble de la population ! Qu’en serait-il d’une épidémie qui atteindrait une proportion importante de ladite population ?

 

Aujourd’hui que le vaccin est commandé par plusieurs gouvernements dont celui de la Belgique, que va-t-il se passer ? Le gouvernement belge a choisi celui de Pfizer-BioN’Tech. Cela implique au départ un investissement logistique considérable d’autant plus que la volonté est de vacciner plusieurs millions de personnes gratuitement. En effet, il faudra trouver des machines réfrigérantes jusqu’à -70°C, ce qui est pratiquement du jamais vu, du moins en une telle ampleur. Il faudra en plus élaborer toutes les procédures de transport de ce précieux vaccin vers les hôpitaux et les cabinets médicaux qui pourront l’inoculer aux patients qui le désireront.

 

Sans attendre la fin des essais cliniques !

 

Et il n’y a pas que le coût de la logistique, il y a aussi celui du vaccin proprement dit et là, on grimpe jusqu’aux cimes ! D’après le « Canard enchaîné » du mercredi 18 novembre, l’Union européenne a payé un acompte 2,15 milliards d’euros pour financer les contrats pour 1 milliard de doses du vaccin.  « Avec ce paquet d’oseille, les labos ont investi dans des chaînes de production sans attendre la fin des essais cliniques. » !

 

Ajoutons que ces 2,15 milliards de droits ne seront pas déduits du prix de commande. La Commission européenne « espère que cette aide à la production nous permettra d’obtenir un meilleur prix sur les vaccins. » On peut toujours rêver !

 

Les Etats-membres devront passer à la caisse. « Pour les trois ou quatre contrats déjà conclus avec Astra-Zeneca, Pfizer, Janssen et GSK-Sanofi, ils devront payer toutes les doses réservées à partir du moment où l’Agence européenne des médicaments aura attribué une autorisation de mise sur le marché. »

 

Et le Palmipède de poser la question dans son style inimitable :

 

« La Commission européenne le martèle en jouant sur les mots : en cas de « défauts », le labo devra raquer.

 

Autrement dit, si un fabricant a mis de la poudre de perlimpinpin dans son vaccin, il devra payer les dégâts. Mais le risque est faible… La secrétaire d’Etat (française) Agnès Panier-Runacher l’a reconnu, le 16 novembre sur France-Info : « Il y a un cas d’exonération, c’est quand l’état des connaissances scientifiques et technologiques n’a pas permis de déceler la difficulté ».

 

 

En clair si un labo établit qu’il ne pouvait pas prévoir l’effet secondaire avant la mise sur le marché, il n’aura pas à indemniser les éventuelles victimes : la facture reviendra aux Etats-membres… »

 

L’impératif de santé publique est donc largement supplanté par les intérêts financiers. Un tel contrat léonin entre la Commission et les labos pourrait relever de l’escroquerie pure et simple ! Au prix sans doute d’un nombre considérable de victimes.

 

Enfin, une chose est établie en cette affaire : il n’y a pas de « grand complot », mais il y a assurément du big business !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 17:36

 

 

 

La journaliste et militante Gabrielle Lefèvre, spécialiste de la question de l’énorme pouvoir des entreprises transnationales, co-autrice d’un livre « Juger les multinationales » avec Eric David (préface de Jean Ziegler et dédicace de Ken Loach, éd. Mardaga, Bruxelles, 2015), vient de publier dans l’hebdo en ligne « entre les lignes » (http://www.entreleslignes.be/ ) une analyse passionnante et très documentée sur les enjeux actuels de l’économie mondiale. Elle est intitulée : « Forcer les multinationales à « ruisseler » »

 

 

La crise sanitaire a en effet mis en évidence la nécessité vitale d’un changement radical des structures. Les Etats doivent reprendre la main dans les plans de relance prévus entre autres par l’Union européenne « restée vassale des Etats-Unis ». Il est indispensable que nos politiques économiques et sociales, entre autres notre politique de santé, ne soient pas soumises au bon vouloir des entreprises transnationales.

 

 

 

Ainsi, ouvrons une parenthèse : le vaccin anti Covid 19 qu’auraient mis au point la transnationale pharmaceutique Pfizer et le labo BioNTech pour début 2021, fait déjà l’objet de négociations pour le distribuer sur le marché. Les Etats-Unis, bien entendu, en veulent la totalité, certains pays européens sont prêts à le commander, mais devront sélectionner les catégories de patients prioritaires audit vaccin. Il est révélateur que ce genre de démarche puisse se faire avant que des organismes comme l’OMS aient pu en valider son efficacité et son innocuité. Et puis, d’autres laboratoires effectuent des recherches pour ce vaccin, mais ne seront prêtes que quelques mois plus tard. Constatons qu’en l’espèce c’est la démarche commerciale qui l’emporte sur les impératifs de santé publique. Et mon médecin traitant m’a dit récemment : « Comment peuvent-ils si vite mettre au point un vaccin alors qu’on ne connaît pas encore la nature exacte du virus ? ». Il est vrai qu’il n’est qu’un petit généraliste local qui a pourtant sauvé pas mal de vies dans sa carrière…

 

 

Parenthèse fermée. Revenons à nos moutons. Comment financer ces nouvelles politiques de relance qui ne sont pour le moment qu’à l’état de vœux pieux ? Le parlementaire européen français Pierre Larouturrou a entamé une grève de la faim pour que dans le budget européen quinquennal actuellement en débat, figure un poste de recettes TTF (Taxe sur les Transactions Financières). Cependant, il a peu de chances d’obtenir gain de cause comme l’explique Gabrielle Lefèvre. Néanmoins, il y a urgence : en vingt ans, les dividendes distribués par les entreprises du CAC 40 ont augmenté de 265 %, soit quatre fois plus vite que leur chiffre d’affaire et dix fois plus vite que leur effectif mondial et leurs avoirs se trouvent dans les paradis fiscaux. On le sait et ni l’Union européenne, ni les gouvernements ne définissent une politique réelle et efficace de lutte contre la grande fraude fiscale et la criminalité financière. Tout récemment, le juge d’instruction bruxellois Michel Claise spécialiste de la question a déclaré : « Les paragraphes consacrés à la lutte contre la fraude fiscale dans la nouvelle déclaration gouvernementale sont d’une vacuité ridicule ! » Pourtant des politiques de financement des plans de relance sont possibles dès à présent. Gabrielle Lefèvre les décrit ci-dessous.

 

 

Elle ajoute qu’il est aussi possible de « mettre au pas les multinationales ». Elle donne même l’exemple de la Suisse – paradis fiscal par essence – où semble frémir un changement fondamental de politique à l’égard des entreprises transnationales avec l’initiative « Multinationales responsables ».

 

 

 

C’est donc sur une note d’espoir que Gabrielle Lefèvre conclut son très intéressant article.

 

 

Et pourquoi pas ? A suivre donc, car il est plus que temps !

 

 

Pierre Verhas

 

 

Nous remercions Gabrielle Lefèvre de nous avoir autorisé à reproduire intégralement son article.

 

 

 

 

 

Forcer les multinationales à « ruisseler »

 

ZOOMS CURIEUX par Gabrielle Lefèvre, le 12 novembre 2020

 

 

On connaît cette légende de l’économie : aidons les entreprises riches et les bénéfices vont « ruisseler » dans la société comme de multiples vaisseaux irrigant les champs. Cela c’est la théorie libérale devenue néolibérale avec la mondialisation et la financiarisation de l’économie. Et l’on a bien vu que les entreprises sont devenues très grandes, très riches et que presque rien n’a ruisselé dans les poches des travailleurs. Au contraire, les comptes cachés des multinationales et des riches actionnaires ont fleuri un peu partout dans le monde et sont devenus obèses d‘une manière plus qu’indécente : honteuse. De plus, les entreprises du monde réel, extractives, de transformation, de production ont imposé un système de production digne de l’exploitation du 19ème siècle ou même de l’esclavage de l’antiquité. Allez demander aux enfants creuseurs dans les mines d’or ou de coltan ce qu’ils en pensent et à ceux qui cueillent les fèves de cacao qui deviendront notre chocolat de riches gourmands…

 

Deux visions du monde

 

Les détails et les explications historiques vous seront très bien donnés par Bruno Colmant, financier, fiscaliste, économiste et surtout bon professeur dans son livre « Hypercapitalisme. Le coup d’éclat permanent ». Bruno Colmant est loin d’être un gauchiste contestant le système à tout va. Pas de recette de révolution prochaine, plutôt une adaptation du capitalisme. Mais une analyse qui éclaire très bien ces questions, les nuances de la crise économique, sociale et même culturelle que nous vivons actuellement. Crise exacerbée par une pandémie qui met à plat quantité de nos certitudes.  Il nous explique comment les conceptions économiques genre « America first » ont été imposées progressivement par les Etats-Unis dès la fin de la deuxième guerre mondiale, au moment où nos Etats mettaient sur pied un système d’Etat providence, de sécurité sociale basée sur la solidarité. Deux visions du monde, deux philosophies de l’organisation de la vie en commun, du travail et du profit, deux visions économiques antagonistes se sont affrontées tout au long de la constitution d’une Union Européenne restée vassale des Etats-Unis.

 

 

 

Le banquier, professeur et académicien Bruno Colmant a une analyse très opposée au néolibéralisme des enjeux de l'économie mondiale.

Le banquier, professeur et académicien Bruno Colmant a une analyse très opposée au néolibéralisme des enjeux de l'économie mondiale.

 

Les cartes devront être redistribuées sur la table du jeu mondial.

 

Aujourd’hui, avec les plans de relance européens, avec le green new deal, avec la mobilisation européenne pour une politique de santé qui ne soit pas soumise aux intérêts des multinationales pharmaceutiques fabricant nos vaccins, les cartes devront être redistribuées sur la table du jeu mondial. Mais il faudra aussi et avant tout, explique Bruno Colmant, revoir notre politique de monnaie unique, l’euro et rééquilibrer cette politique avec celle de l’emploi et de la croissance. Il faut donc une politique économique qui, par le biais de l’endettement public, permette aux Etats de financer des infrastructures (climat, mobilité douce et partagée, énergies, etc.) Pour cela, il faut que tous acceptent une nouvelle politique monétaire et budgétaire. Pour cela, il faut que les Etats redeviennent « stratèges ».

 

Chercher l’argent caché

 

 

En attendant, comment financer nos politiques de crise actuelle ? L’eurodéputé Pierre Larrouturou, élu français (Nouvelle Donne), affilié au groupe social-démocrate des S&D, a décidé de pratiquer une méthode ancienne : la grève de la faim. De cette manière spectaculaire, il veut convaincre les décideurs qu’il y a de l’argent suffisant dans le monde pour nous permettre de créer une nouvelle économie : une « vraie taxe sur les transactions financières (TTF), qui rapporterait 57 milliards d’euros par an et permettrait de rembourser le plan de relance européen [de 750 milliards d’euros], tout en finançant la santé et le climat ».

 

 

 

Le député européen "Nouvelle Donne" Pierre Larrouturou (au centre devant les bâtiments de la Commission européenne à Bruxelles), membre du groupe social-démocrate mène une grève de la faim pour que la TTF soit inscrite au budget de l'Union européenne pour financer la Santé et la lutte contre le réchauffement climatique.

Le député européen "Nouvelle Donne" Pierre Larrouturou (au centre devant les bâtiments de la Commission européenne à Bruxelles), membre du groupe social-démocrate mène une grève de la faim pour que la TTF soit inscrite au budget de l'Union européenne pour financer la Santé et la lutte contre le réchauffement climatique.

 

 

 

L’eurodéputé est très pressé car il a entamé cette grève de la faim alors des membres de son propre groupe négociaient cette TTF. Le 10 novembre, le Conseil et le Parlement européen ont trouvé un accord sur le budget. Ils y prévoient en effet une TTF peu définie et que ne serait introduite qu’en 2026 ! Pierre Larrouturou devra sans doute entamer d’autres grèves de la faim mais pas nécessairement au Parlement européen car « La bataille du périmètre de la TTF se jouera dans les capitales européennes, car en matière fiscale, le Parlement européen ne peut malheureusement que donner son avis », rappelle Philippe Lamberts, président du groupe Les Verts au Parlement européen, qui défend lui aussi une TTF ambitieuse. (2)

 

 

 

Le député européen Philippe Lamberts, chef du groupe des Verts est un chaud partisan de la TTF.

Le député européen Philippe Lamberts, chef du groupe des Verts est un chaud partisan de la TTF.

 

 

 

Pourtant, il y a urgence. L’argent des multinationales ruisselle dans les poches des actionnaires : « En 20 ans, les #dividendes des entreprises du CAC40 ont augmenté de 265%, presque quatre fois plus vite que leur chiffre d’affaires et dix fois plus vite que leur effectif mondial. Leur effectif en France a baissé dans le même temps de 12%, et elles restent très présentes dans les paradis fiscaux. » Voilà ce qu’on peut lire dans le chapitre 6 du #vraibilanducac40 publié par l’Observatoire des multinationales en partenariat avec Attac France. Ces chiffres inédits montrent comment le CAC40, abreuvé d’aides publiques à l’occasion de la crise sanitaire, apporte de moins en moins à l’économie française.

 

 

Portons ce phénomène au niveau mondial et l’on peut imaginer le nombre de milliards qui devraient ruisseler dans les escarcelles des Etats leur permettant de financer les politiques publiques destinées à redresser les économies réelles et surtout dans les zones les plus paupérisées.

 

Pas besoin d’attendre 2026 et, enfin, une politique européenne en la matière : lisez ici Le « modèle Preston », ou comment une ville peut reprendre la main sur son économie, ses emplois et son bien-être

 

 

Une longue et passionnante illustration de ce qui pourrait se faire un peu partout en Europe, aux Etats Unis et partout dans le monde, pourquoi pas. En bref, est-il écrit, il s’agit « d’une nouvelle manière d’organiser les dépenses publiques urbaines, qui puisse protéger une ville moyenne comme Preston (141 000 habitants) de l’extraction de richesses locales par des multinationales privées, tout en imposant de nouvelles normes environnementales et sociales pour toutes les entreprises souhaitant bénéficier de contrats publics. Les marchés publics, sujet en apparence ennuyeux et technocratique, sont un enjeu éminemment politique ».

 

Voilà qui pourrait inspirer nos gestionnaires publics que sont les Régions wallonne et bruxelloise où fleurissent quantité de coopératives et d’initiatives nouvelles redynamisant notre économie locale et ouvrant la voie vers cet « autre monde possible », celui d’après qui ne doit plus du tout ressembler à celui d’avant.

 

Suisse : multinationales responsables ?

 

 

Mettre au pas les multinationales est déjà possible. Il y a eu les actions judiciaires diverses qui donnent parfois d’excellent résultats.  Ainsi, en France, la Cour de cassation a rejeté, mercredi 21 octobre, le pourvoi formé par Monsanto, filiale du groupe allemand Bayer, ce qui rend définitive sa condamnation dans le dossier l’opposant à l’agriculteur Paul François, intoxiqué après avoir inhalé des vapeurs de l’herbicide Lasso. Ce fut un long chemin de croix vécu par cette victime de Monsanto mais la mobilisation associative a été grande. Et puis, la France s’était déjà en 2017 dotée d’une loi sur le devoir de vigilance des multinationales. Force est de constater qu’on ne doit pas trop compter sur leur bonne volonté éthique ! L’évaluation de l’Observatoire des Multinationales est cinglante : « Plusieurs entreprises importantes, dont Lactalis, Crédit agricole, Zara et H&M, ont tout simplement dédaigné de publier un plan de vigilance, en dépit de l’obligation légale. La plupart se sont contentées d’exposer les risques liés à l’environnement et aux droits humains pour l’entreprise elle-même - par exemple le risque réputationnel - en « oubliant » les risques pour les travailleurs, les riverains ou les milieux naturels, alors que c’était pourtant le propos explicite de la loi. Toutes se sont cantonnées à un exercice purement formel, listant les engagements, les programmes et les mesures de « responsabilité sociétale » accumulés au fil du temps, sans plus de détail. » (3)

 

Ceci est un avertissement pour les Suisses qui le 29 novembre prochain voteront

 

« L’initiative sur la « responsabilisation des multinationales » basées en Suisse et agissant aussi à l’étranger, dans les domaines des droits de l’Homme et de l’Environnement ».

 

Le texte soumis au vote demande l’ajout d’un paragraphe à la Constitution helvétique prévoyant qu’une loi d’application sur la mise en place d’un devoir de diligence raisonnable et des responsabilités juridiques des multinationales devra être votée. (4)

 

L’aventure date d’avril 2015 et elle a été lancée par une coalition formée d’ONG, des églises protestante et catholique, des partis de gauche et du centre. Ainsi a été lancée cette initiative « Multinationales responsables » qui devrait avoir pour conséquence que les entreprises n’assumant pas leurs responsabilités, puissent être interpellées devant les tribunaux suisses.

 

On avance. Lentement mais tout de même vers un peu de progrès social et sociétal : le monde de demain s’ébauche. Aux décideurs politiques d’enfin décider.

 

 

Gabrielle Lefèvre

 

1. Bruno Colmant. « Hypercapitalisme. Le coup d’éclat permanent », Renaissance du Livre, 2020.

2. https://www.lemonde.fr/international/article/2020/11/12/a-bruxelles-l-etrange-greve-de-la-faim-de-pierre-larrouturou_6059400_3210.html

 

3. https://multinationales.org/Devoir-de-vigilance-les-multinationales-francaises-pas-a-la-hauteur

 

4. https://www.bk.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis462t.html

 

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 18:00

 

 

 

C’est curieux qu’un militant de gauche radicale, syndicaliste jusqu’au bout des ongles, FGTB et proche de la CGT, parle de cet anniversaire. C’est curieux qu’un soixante-huitard repenti évoque celui qui lui apparut en ce temps comme le mal à écraser. C’est curieux qu’un Européen « convaincu » lui rende hommage. Et pourtant ! La vie et l’expérience acquise font évoluer l’esprit.

 

Charles De Gaulle, tout d’abord, est une légende vivante. Il nous interpelle chaque jour quasi en tous les domaines. Il est la légende du combat, de l’homme isolé qui eut la force d’allumer en une France meurtrie et contrainte à la collaboration par une classe politique déliquescente, ce qu’il a appelé « la flamme de la Résistance ». Résistance face au pire ennemi de la société libre.

 

 

 

Charles De Gaulle se révéla à l'occasion de son fameux appel à la Résistance prononcé à l'antenne de la BBC à Londres le 18 juin 1940.

Charles De Gaulle se révéla à l'occasion de son fameux appel à la Résistance prononcé à l'antenne de la BBC à Londres le 18 juin 1940.

 

 

 

Il est celui qui a permis à son pays juste après la Libération d’effectuer les réformes indispensables à construire une société juste. Une ordonnance du 4 octobre 1945 relative au régime de Sécurité sociale est adoptée. L’auteur en est le ministre communiste Ambroise Croizat. Cette ordonnance émane du programme du Conseil national de la Résistance voulu par De Gaulle et dont le fondateur fut Jean Moulin.  Ensuite, après que De Gaulle ait quitté le gouvernement, c’est le même Ambroise Croizat qui peaufina le régime général de la Sécurité sociale.

 

Les paradoxes De Gaulle

 

Il y a un mystère De Gaulle. Il est issu de la bourgeoisie catholique rurale, il a été un militaire formé à la traditionnelle, héros de la Première guerre mondiale, adhérant par après au nationalisme maurassien sans s’engager politiquement, il fut un proche collaborateur du « héros » de la « Grande Guerre », Philippe Pétain. Mais il fut toute sa vie un homme de rupture. Grâce à cela, il eut l’intelligence de comprendre que les équilibres étaient rompus et que la France se déliterait en suivant la voie de ce qu’il appela à juste titre le déshonneur. Il avait en effet prévu ce qui s’est passé et préconisé une réforme stratégique donnant la priorité aux armes blindées. Il ne fut pas entendu.

 

 

 

Charles De Gaulle et Philippe Pétain : deux visions opposées de l'histoire et de l'humanité qui marquèrent l'histoire de France.

Charles De Gaulle et Philippe Pétain : deux visions opposées de l'histoire et de l'humanité qui marquèrent l'histoire de France.

 

 

 

Il y a un paradoxe De Gaulle. Au fond, ce sont ses ennemis qui l’ont ramené au pouvoir en 1958. Les Français d’Algérie ne l’aimaient pas et une grande partie d’entre eux avaient été pétainistes et le restaient. L’armée était divisée et bon nombre d’officiers généraux le détestaient. Cependant, en fin politique, il fit en sorte d’être le seul recours. Dès son investiture, le général œuvra à la fin de la guerre. En dépit des violentes contestations, il maintint la ligne qu’il s’était fixée : donner l’indépendance aux Algériens. Cela se passa dans la violence ; par après, il a failli lui-même payer de sa vie sa détermination, mais il finit par avoir gain de cause. Mais cela ne put se faire sans drames : les pieds noirs chassés et mal reçus en France et les Harkis, ces Algériens qui avaient opté pour la France et qui ont été marginalisés.

 

 

 

Le fameux "Je vous ai compris !" clamé à Alger le 4 juin 1958 cachait sa volonté de donner l'indépendance aux Algériens.

Le fameux "Je vous ai compris !" clamé à Alger le 4 juin 1958 cachait sa volonté de donner l'indépendance aux Algériens.

 

 

Il y a une explication : De Gaulle fut le premier homme d’Etat européen à envisager la décolonisation. Le 30 janvier 1944, il prononça à Brazzaville un discours où il évoqua ce qu’il appela plus tard l’autodétermination en ces termes :

 

« Nous croyons que, pour ce qui concerne la vie du monde de demain, l'autarcie ne serait, pour personne, ni souhaitable, ni même possible. Nous croyons, en particulier, qu'au point de vue du développement des ressources et des grandes communications, le continent africain doit constituer, dans une large mesure, un tout. Mais, en Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi. »

 

 

 

Personne n'a pris au sérieux la volonté de décolonisation exprimée par De Gaulle à Brazzaville en 1944.

Personne n'a pris au sérieux la volonté de décolonisation exprimée par De Gaulle à Brazzaville en 1944.

 

 

 

Le reste coule de source.

 

Sur le plan de la construction européenne que ses amis politiques avaient freiné des quatre fers avant qu’il ne revienne aux affaires ; dès qu’il eut le pouvoir en 1958, De Gaulle aurait pu sans difficulté rejeter le Traité de Rome de 1957 dont il était loin d’approuver la philosophie et les termes. Il procéda autrement sans passer par les institutions européennes : il œuvra à la réconciliation de la France et de l’Allemagne. Le général était féru d’histoire : les trois dernières grandes guerres européennes – la guerre franco-prussienne de 1870-71, la Première et la Seconde guerres mondiales – opposèrent au premier chef l’Allemagne à la France. Il fallait mettre un terme à ce cycle infernal. Le Traité franco-allemand fut la première réalisation transnationale au sein de la Communauté européenne en associant les deux plus grands pays de la Communauté européenne de l’époque. Il s’opposait à l’idée d’une Europe fédérale où l’Etat-nation transférerait une partie de sa souveraineté à une entité supranationale. De Gaulle s’opposait surtout à la Commission européenne, car elle est un organe supranational. Il souhaitait une Europe intergouvernementale. Ce fut la proposition de Comité Fouchet du nom d’un ministre du gouvernement gaulliste. Le projet du Comité fut présenté le 2 novembre 1961. Celui-ci proposait la création d'une union politique dans laquelle les chefs d’État et de gouvernement des États membres prendraient des décisions en matière de politique étrangère et de sécurité et coopéreraient dans les domaines culturel, scientifique, démocratique, des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Selon ce plan, le Conseil devait se réunir tous les quatre mois ou dès lors qu'un État membre demanderait sa réunion. Enfin, les décisions seraient prises à l'unanimité (avec l'abstention possible d'un ou deux États, mais dans ce cas, la décision ne les contraindrait pas). Un second projet fut publié le 18 janvier 1962. Ce projet incluait les aspects économiques de l'intégration européenne dans le projet d'union politique intergouvernementale. Il fut rejeté par quatre Etats membres de l’Europe des Six – les pays du Benelux et l’Italie.

 

 

Le 20 janvier 1962, les cinq partenaires de la France dévoilèrent un projet de traité qui disposait que le Conseil serait formé des représentants des États membres, que les décisions seraient adoptées à l'unanimité, que la question de l'unanimité pourrait être levée dans certains cas, que le Conseil n'empièterait pas sur les compétences des Communautés et qu'une « union d’États et des peuples européens » devaient être créées (le plan Fouchet parlait simplement d'« Union d’États »). La situation était bloquée.

 

 

 

Le chancelier de la RFA Konrad Adenauer et Charles De Gaulle se congratulent au terme de l'accord franco-allemand. Premier engagement concret pour préserver la paix en Europe.

Le chancelier de la RFA Konrad Adenauer et Charles De Gaulle se congratulent au terme de l'accord franco-allemand. Premier engagement concret pour préserver la paix en Europe.

 

En juillet 1969, le ministre français des Affaires étrangères Maurice Schumann proposa qu'une conférence des chefs d’État et gouvernement soit organisée afin de discuter de l'approfondissement et de l'élargissement des Communautés. Opposition également du Benelux.

 

Son refus sans appel de l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne fait entendre ses échos aujourd’hui avec ce colossal échec qu’on appelle le Brexit. Bien des « Européens convaincus » se sont aperçus un peu tard que le gouvernement britannique freinait des quatre fers toute évolution des institutions européennes vers une entité politique supranationale. Ils œuvrèrent au contraire pour en faire une zone de libre échange régentée par la Commission sous le contrôle du Conseil européen, c’est-à-dire des chefs d’Etats et de gouvernements des Etats-membres. Ce n’est qu’en 1972, c’est-à-dire deux ans après la mort du général, que la situation fut débloquée. Avec l’accord du successeur de De Gaulle, Georges Pompidou, l’élargissement de la CEE à la Grande Bretagne, à l’Irlande et au Danemark fut réalisé.

 

 

Il fut aussi un véritable chef d’Etat non-aligné. De Gaulle parcourut le monde pour prôner l’autodétermination et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Son discours de Phnom-Penh prononcé au stade de cette ville devant 100 000 personnes le 1er septembre 1966 en pleine guerre du Vietnam eut un immense retentissement.

 

 

Le discours de De Gaulle à Phnom Penh le 1er septembre 1966 marque son attachement à être non aligné sur les deux grandes puissances de l'époque.

Le discours de De Gaulle à Phnom Penh le 1er septembre 1966 marque son attachement à être non aligné sur les deux grandes puissances de l'époque.

 

 

 

« Mais comme ces combats n'engageaient ni son honneur, ni son indépendance, et qu'à l'époque où nous sommes, ils ne pouvaient conduire à rien, qu'à des pertes, des haines, des destructions sans cesse accrues, la France a voulu et a su s'en sortir. Sans que, bien au contraire, en aient souffert son prestige, sa puissance et sa prospérité. Eh bien, la France considère que les combats qui ravagent l'Indochine, n'apportent par eux-mêmes et eux non plus, aucune issue, suivant elle, s'il est invraisemblable que l'appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d'autre part, il n'y aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi d'un étranger venu de l'autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions, et quelle que soit la puissance de ses armes. Bref, si longue et dure que doive être encore l'épreuve, il est certain qu'aux yeux de la France qu'elle n'aura pas de solution militaire. Dès lors et à moins que le monde ne roule vers la catastrophe, seul un règlement politique pourrait rétablir la paix. Comme les conditions de ce règlement sont bien claires et bien connues, on peut encore espérer. »

 

En Europe, il sortit l’armée française de la structure militaire de l’OTAN tout en ne renonçant pas au Traité de l’Alliance atlantique. Encore un paradoxe :le général respectait les termes des traités qui avaient été signés avant 1958 tout en n’approuvant pas leurs objectifs.

 

Dès 1966, De Gaulle s’inquiéta du regain de tension au Proche Orient. La France entretenait des relations privilégiées avec l’Etat d’Israël depuis sa fondation en 1948. Il invita le Premier ministre David Ben Gourion et fondateur de cet Etat. Il lui enjoignit de ne pas attaquer le premier, l’Egypte de Nasser ayant chassé les troupes de l’ONU stationnées à la frontière et représentant une menace. En dépit de cet avertissement, les Israéliens dirigés par un autre Premier ministre ont lancé une offensive combinée contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie qu’ils emportèrent haut la main. Cela provoqua un déséquilibre au Proche Orient qui ne pouvait que générer d’interminables conflits. C’était ce que De Gaulle redoutait.

 

 

Peu après, le général fut accusé d’antisémitisme lors de sa conférence de presse du 27 novembre 1967 au cours de laquelle il fit une analyse sans concession de la situation au Proche Orient consécutive à la guerre israélo-arabe de juin 1967, guerre dite des « Six jours ». Il évoqua le peuple juif en le qualifiant de « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur ». Cette parole lui valut un tollé et eut pour conséquence d’affaiblir la position d’arbitre du conflit que De Gaulle ambitionnait pour la France. Pourtant, le président du Congrès juif mondial de l’époque, Nahum Goldmann, déclara que connaissant l’esprit du général, sa qualification du peuple juif était flatteuse ! Et c’est probablement vrai.

 

En outre, et cela a été révélé bien après par François Hollande, le général a refusé à Ben Gourion d'aider Israël à fabriquer de l'uranium enrichi à la centrale nucléaire israélienne de Dimona au centre du désert de Neguev.

 

 

 

Charles De Gaulle et David Ben Gourion s'admiraient mais n'étaient d'accord sur rien !

Charles De Gaulle et David Ben Gourion s'admiraient mais n'étaient d'accord sur rien !

 

 

 

Autre paradoxe : De Gaulle, le catholique traditionnel, accepta la libéralisation de la pilule contraceptive. Un de ses plus fidèles compagnons qui œuvra d’Alger à son retour au pouvoir en 1958, Lucien Neuwirth, parvint à convaincre au terme d’un long entretien, le général à accepter sa proposition de loi. Sans doute perçut-il que l’affaire était « pliée ».

 

Mai 68 fit chanceler le Général, mais il ne tomba pas.

 

Et puis éclata mai 1968.

 

Ah ! mai 1968 ! La révolution des enfants gâtés. Le gâchis d’idées généreuses par une bande de jeunes bourgeois travestis en Che Guevara de pacotille ! Cette « révolution » qui s’inspirait des révoltes dans les campus étatsuniens contre la guerre du Vietnam et aussi des soulèvements des jeunes dans les pays de l’Est européen et même des émeutes à l’Université belge de Louvain qui s’est scindée entre flamands et francophones, avait d’abord pour objectif la liberté sexuelle dans les cités universitaires parisiennes. Elle était dirigée par une bande de rejetons de la haute bourgeoisie parisienne, à l’exception d’un seul, un vrai révolutionnaire, Jacques Sauvageot (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2017/10/mort-d-un-camarade.html ). Comme l’a écrit feu Robert Falony : « Mai 68 en France fut aussi un échec hormis dans le domaine des mœurs ». Tous les slogans anticapitalistes, les drapeaux rouges brandis à tous les coins de rue, les portraits de Mao et du Che, les interminables discours contre la société de consommation et les écrits « anticapitalistes » n’étaient que du vent. En peu d’années tous ces prétendus révolutionnaires sont passés du col Mao au Rotary comme l’a écrit Guy Hocquenghem dans un petit ouvrage retentissant en 1986. Quelques-uns sont visés et non des moindres, Daniel Cohn Bendit, Serge July, Jack Lang, BHL, André Glucksmann, Marguerite Duras, Yves Montand, Bernard Kouchner et bien d’autres. Tous très vite convertis au pur néolibéralisme, s’il en était besoin.

 

Outre la « révolte » étudiante, ce fut surtout la grève générale menée par la CGT qui paralysa la France. C'est en définitive la classe ouvrière qui fit bouger les choses. De Gaulle l'a très vite compris et bien des historiens ne l'ont toujours pas appréhendé.

 

 

 

 

Un des slogans du Mai 68 parisien : typique revendication hédoniste bourgeoise, mais qui a fait chanceler le pouvoir.

Un des slogans du Mai 68 parisien : typique revendication hédoniste bourgeoise, mais qui a fait chanceler le pouvoir.

 

 

 

Il est inutile de revenir sur les épisodes de la crise de mai 68. Une fois de plus, De Gaulle s’en est sorti à la fois affaibli et renforcé. Affaibli parce qu’il représentait un pouvoir déclinant, renforcé parce qu’il a réussi avec les astuces dont il avait le secret, à redresser la situation et mettre fin à un chaos incontrôlable aussi bien par le pouvoir que par ses opposants. On connaît la suite : élections législatives que les gaullistes emportèrent haut la main, un nouveau gouvernement composé de ses fidèles et de… Giscard d’Estaing. Le général tenta à nouveau un coup de poker – le dernier et il en était conscient – : mettre en œuvre un vaste programme de réformes qui comprenait la participation des travailleurs dans les entreprises, la régionalisation et la réforme du Sénat. Ce programme, hormis la participation pour des raisons juridiques, devait être soumis au peuple français par référendum. Il ne se faisait aucune illusion. Il savait que le peuple français ne l’approuverait pas et cela constituait pour lui la porte de sortie par le haut.

 

Le « réel le plus réel »

 

Mais comme l’a écrit François Mauriac qui fut très proche de De Gaulle :

 

« J’avais tort de comparer De Gaulle à Cassandre. Il ne prophétise pas. Ce qu’il interprète, c’est le réel le plus réel. »

 

Dans un de ses derniers discours, les vœux du Président au peuple français le 31 décembre 1968, le général analysa les raisons profondes du mouvement de mai 68.

 

« A l’origine de ces troubles, il y a le sentiment attristant et irritant qu’éprouvent les hommes d’à présent d’être saisis et entraînés par un engrenage économique et social sur lequel ils n’ont point de prise et qui fait d’eux des instruments. »

 

Arnaud Teyssier écrit dans « Le Figaro » du 9 novembre 2020, 50e anniversaire de la mort du général :

 

« … « le réel le plus réel » pour De Gaulle dans les années qui précèdent son départ du pouvoir, c’est le futur qu’il entrevoit pour nos sociétés. Il pressent des révolutions technologiques, déjà en germe, qui bouleverseront les conditions du travail et celle des travailleurs, dans un monde où l’antagonisme entre le capitalisme et le communisme est appelé à disparaître un jour, laissant le capitalisme seul face à ses contradictions. Il a compris que l’extraordinaire cohésion sociale et territoriale française, qu’il a contribué à renforcer, reste fragile. C’est tout le sens de la dernière grande révolution qu’il veut accomplir en 1969 : créer un lien direct entre l’Etat et les forces vives de la société à travers une réforme territoriale de grande ampleur ; et préparer la participation dans l’entreprise, qui n’est pas, comme on le croit trop souvent, un concept vague et creux, mais l’annonce d’une rénovation profonde des structures du capitalisme, destinée à corriger, selon sa propre expression, son « infirmité morale ». »

 

Une électrice ou un électeur de gauche, à l’époque, aurait très bien pu intégrer ce programme. La gauche française, comme à son habitude, a encore manqué une occasion en ne votant pas « oui » au référendum de 1969. Le « non » de Giscard était lui bien plus cohérent, puisque le général voulait éviter la terrible dérive néolibérale qui s’annonçait.

 

De Gaulle un criminel ?

 

Une dernière question. L’homme d’Etat De Gaulle est-il responsable de crimes ? Oui, indirectement. Le 8 mai 1945, l’armée française se livra à un massacre de civils à Sétif en Algérie. Le général qui était à la tête du gouvernement ne prononça aucune sanction. De même après le 17 octobre 1961, une manifestation du FLN à Paris dégénéra en massacre. La police du Préfet Papon – qui collabora aux rafles à Bordeaux en juillet 1942 – réprima cette démonstration avec une férocité sans égale. Résultat : entre 30 et 50 morts et un nombre considérable de blessés. Enfin, il y a l’affaire Ben Barka du nom d’un leader marocain de gauche opposé au régime d’Hassan II qui a été livré par des « barbouzes » français au général marocain Oufkir qui le fit assassiner.

 

 

 

La manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961 : ici des Algériens capturés à Puteaux. Ils ont eu plus de chance que leurs compatriotes écrasés contre la grille du métro ou noyés dans la Seine.

La manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961 : ici des Algériens capturés à Puteaux. Ils ont eu plus de chance que leurs compatriotes écrasés contre la grille du métro ou noyés dans la Seine.

 

 

 

Il est indéniable que ces crimes ont entaché le parcours du chef de la France libre. Cependant, il ne les a ni inspirés, ni suscités. Il a en quelque sorte « couvert » les auteurs de ces exactions. Voulut-il éviter de générer des troubles en agissant ainsi, ou les approuva-t-il secrètement ? Nul ne le saura jamais.

 

Une dernière réflexion : Charles De Gaulle n’a jamais déclenché de guerre ni ordonné d’expéditions militaires de représailles, contrairement à certains de ses successeurs. Certes, il y eut en 1961 l’affaire de Bizerte qui abritait la principale base aéronavale française en Méditerranée. À la suite d’un malentendu entre De Gaulle et Bourguiba, se déroulèrent des affrontements meurtriers entre soldats français et militaires et civils tunisiens.

 

Sa politique de défense était une politique de prévention. Il refusait la dangereuse polarisation Est-Ouest que les Etatsuniens rétablisse de nos jours, et mit au point pour la France ce qu’il appela la défense « tous azimuts ». S’il a doté la France de l’arme nucléaire, ce n’était pas pour viser un ennemi spécifique, car il pensait qu’il n’y en avait pas. Homme réaliste, il savait cependant que la détention de l’arme suprême était le seul moyen de faire respecter la France dans ses rapports avec les Puissances et ainsi de tenter de sortir du carcan de Yalta.

 

Cinquante ans après

 

Il est rare que cinquante années après sa disparition, un homme d’Etat fasse encore débat. C’est sans doute le lot des grands hommes, comme on dit, mais c’est surtout parce qu’il était un « révolutionnaire conservateur » comme George Orwell fut un « anarchiste conservateur ». Tous deux appartiennent à une espèce très rare, celle qui fait réfléchir pas mal de monde dans les chaumières des décennies après leur mort ; un peu moins sous les lambris du Pouvoir ou dans les Chancelleries. Pourtant, c’est là où la réflexion est indispensable.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Post-scriptum  

 

 

Exit Marc Metdepenningen

 

Disparu le 8 novembre 2020 à l’âge de 62 ans, assassiné par le « Crabe », Marc Metdepenningen, chroniqueur judiciaire au quotidien francophone bruxellois « Le Soir » fut un grand journaliste, un homme libre et de qualité et un joyeux compagnon.

 

 

 

Disparu trop tôt. Marc Metdepenningen a dit bien des choses et il avait encore beaucoup à dire.

Disparu trop tôt. Marc Metdepenningen a dit bien des choses et il avait encore beaucoup à dire.

 

 

 

Je ne peux que me joindre à l’hommage rendu sur les réseaux sociaux par Madame Claire Pahaut, historienne et membre du Groupe Mémoire :

 

« Marc était un homme bon, sensible, attentif, épris de justice, fidèle en amitié, si amoureux des siens et d'une érudition particulière. J'ai pu suivre, avec lui, bien des dossiers, à coloration "droits humains" évidemment. N'est-ce pas Marc. Tes enfants et toi, vous étiez un exemple des bons rouages, actionnés à l'huile de la tendresse. Tu es parti si tôt, Marc. »

 

Marc Metdepenningen était un vrai journaliste et un grand esprit critique. Il couvrit la fameuse affaire Dutroux qui a ébranlé la Belgique pendant les années 1990. Il fut un des seuls à ne pas adhérer à la thèse des réseaux de pédophiles. Il parvint à démonter la légende d’une autrice qui a écrit un livre où elle se prétendait juive et avoir parcouru avec ses enfants l’Europe entière pour échapper aux Allemands. C’était une imposture.

 

Passionné par l’histoire judiciaire, il a écrit un ouvrage intitulé « Crimes et châtiments » paru en octobre 2019. Marc Metdepenningen conte, dans ce livre, 25 histoires qui ont marqué l’histoire judiciaire belge et nourri la réflexion parlementaire et sociétale en Belgique. De l’histoire du dernier décapité de Belgique au meurtre mené par le commissaire Alexandre Courtois, en passant par les « feux de la Saint-Genois », le journaliste du Soir retrace à l’aide d’archives ces faits divers qui ont également marqué la vie politique belge.

 

Marc était profondément attaché aux droits fondamentaux qu’il savait menacés et redoutait la montée de l’extrême-droite.

 

J’ai fait sa connaissance il y a cinq ans environ et si nous nous sommes  rencontrés peu de fois, nous avons correspondu très régulièrement sur divers sujets et nous plaisantions aussi sur les réseaux sociaux.

 

Oui, comme dit Claire Pahaut, il est parti si tôt.

 

P.V.

 

Monument aux orphelins de guerre

 

Josy Dubié effectue sans doute, ces temps-ci, un tour en France avec son mobil-home. Il s’est arrêté dans un petit village de la Creuse appelé Gentioux. Il y a découvert un monument non pas aux morts au combat, qu’on a appelé « héros » bien malgré eux, mais aux orphelins de guerre. Les « autorités » de l l'époque avaient refusé d’assister à l’inauguration de ce monument « défaitiste » Il était même ordonné aux soldats qui passaient devant ce mémorial de détourner la tête !  

 

 

 

Josy Dubié devant le Monument aux orphelins de la « Grande Guerre » érigé dans le village de Gentious dans la Creuse.

Josy Dubié devant le Monument aux orphelins de la « Grande Guerre » érigé dans le village de Gentious dans la Creuse.

 

 

 

Anatole France a écrit : « Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mouraient. Il en est de même dans toutes les guerres. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. Ces maîtres de l'heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes : des usines, des banques, des journaux. » (Texte paru dans « l’Humanité » en juillet 1922 – cité par Jean Pestiaux).

Josy Dubié, grand reporter et correspondant de guerre qui a roulé sa bosse et transporté sa caméra pour la RTBF dans tous les coins « tranquilles » du monde, sait de quoi il parle ! Il ajoute : « C'est émouvant et révoltant de lire le nombre impressionnant de malheureux massacrés dans ce petit village. Tout près de là sur le monument, 4 fois le nom Troicon, d’après leur âge sans doute le père et trois de ses enfants. Horrible boucherie ! »

 

 

Les monuments racontent l’histoire, la vraie, celle vécue par des femmes et des hommes qui sont entraînés malgré eux dans un maelström incontrôlable. On le sait, on l’a montré, on l’a dit et cela continue !

 

 

P.V.

 

 

 

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 21:39

 

 

 

L’ère Trump s’achève ou se relance, nous le saurons dans quelques dizaines d’heures. Les sondages donnent Trump perdant, une large part de l’opinion publique – particulièrement les Afro-américains, les classes moyennes supérieures, la haute société et sans doute une large partie des laissés pour compte dont on ne parle jamais – souhaite que leur fantasque président dégage une fois pour toutes. Mais il bénéficie encore de larges et influents appuis dans les classes populaires blanches et peut-être latinos. Wait and see.

 

Cependant, le challenger démocrate de Donald Trump, Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, ne vaut guère mieux même s’il adopte un style nettement plus « civilisé ». Il traîne de sérieuses « casseroles » et surtout n’est manifestement pas l’homme apte à présider à l’indispensable changement de cap que doit prendre l’Empire américain décadent.

 

 

 

Joe Biden versus Donald Trump : Charybde ou Scylla ?

Joe Biden versus Donald Trump : Charybde ou Scylla ?

 

 

 

Cette situation ne doit cependant pas nous réjouir. Les Etats-Unis affaiblis constituent un danger majeur pour son peuple et pour le reste du monde et aussi pour la pérennité de nos principes fondamentaux de liberté, d’égalité et de fraternité, c’est-à-dire de solidarité.

 

Deux grands journalistes étatsuniens expriment leur opinion et aussi leur déception. Il s’agit de Glenn Greenwald et de Chris Hedge. Le site « Le Grand Soir.info » avec lequel « Uranopole » est en correspondance, vient de publier leurs contributions.

 

Glenn Greenwald né le 6 mars 1967 a d’abord été un brillant juriste américain spécialisé en droit constitutionnel, puis est passé au journalisme. Il travaillait pour l’édition américaine du journal britannique « The Guardian ». Il est connu pour avoir publié en 2013 les révélations sur les programmes d’espionnage et de surveillance générale fournies par l’informaticien de la NSA (le service de renseignement intérieur des Etats-Unis) Edward Snowden, lors de leur première rencontre à Hong Kong où il s’était réfugié. (Voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-la-fin-de-la-vie-privee-vous-ne-saviez-pas-118950062.html ) Glenn Greenwald a connu quelques difficultés avec son employeur, le « Guardian ». Il a même été accusé de cybercriminalité. Aussi, décida-t-il, afin de préserver son indépendance de journaliste, de fonder en 2014 avec deux autres rédacteurs un journal en ligne, The Intercept, dans le but de préserver son indépendance journalistique. Il dut s’associer pour financer son projet avec une société First Look Media. Voulant révéler un scandale concernant le fils de Joe Biden, ses associés ont décidé de censurer son article. Aussitôt, il a démissionné de The Intercept, le 30 octobre 2020.

 

Le rôle néfaste de la presse « mainstream »

 

Greenwald s’en explique. Il dénonce le rôle néfaste de ce qu’on appelle la presse « mainstream ».

 

 

 

Glenn Greenwald explique les raisons de sa démission du journal Intercept qu'il a fondé.

Glenn Greenwald explique les raisons de sa démission du journal Intercept qu'il a fondé.

 

 

 

« Les mêmes tendances à la répression, à la censure et à l’homogénéité idéologique qui frappent la presse nationale en général, ont englouti l’organe de presse que j’ai cofondé, avec pour point culminant la censure de mes propres articles.

 

 

Aujourd’hui, j’ai fait part de mon intention de démissionner de The Intercept, le média que j’ai cofondé en 2013 avec Jeremy Scahill et Laura Poitras, ainsi que de sa société mère First Look Media.

 

 

La dernière cause, déterminante, est que les rédacteurs de The Intercept, en violation de mon droit contractuel à la liberté éditoriale, ont censuré un article que j’ai écrit cette semaine, refusant de le publier à moins que je ne supprime toutes les sections critiques à l’égard du candidat démocrate à la présidence Joe Biden, le candidat soutenu avec véhémence par tous les rédacteurs de The Intercept basés à New-York qui participent à cet effort de censure.

 

L’article censuré, basé sur des courriels et des témoignages récemment révélés, a soulevé des questions critiques sur la conduite de Biden. Non contents de simplement empêcher la publication de cet article dans le média que j’ai cofondé, ces rédacteurs d’Intercept ont également exigé que je m’abstienne d’exercer un droit contractuel distinct de publier cet article dans toute autre publication. »

 

Plus loin, Greenwald précise :

 

« Mais la censure brutale de mon article de cette semaine - sur les documents de Hunter Biden et la conduite de Joe Biden concernant l’Ukraine et la Chine, ainsi que ma critique de la tentative de suppression des révélations par les médias, dans une union profondément impie avec la Silicon Valley et la "communauté du renseignement" - a érodé la dernière justification à laquelle je pouvais m’accrocher pour rester. Cela signifie que non seulement ce média n’offre pas la liberté éditoriale aux autres journalistes, comme je l’avais si idéalement envisagé il y a sept ans, mais qu’il ne l’offre même plus à moi maintenant. À l’approche d’une élection présidentielle, je suis en quelque sorte réduit au silence pour exprimer des opinions que des rédacteurs en chef de New York, choisis au hasard, trouvent désagréables, et je dois maintenant d’une manière ou d’une autre adapter mes écrits et mes reportages pour répondre à leurs désirs partisans et à leur empressement à élire des candidats précis.

 

Dire qu’une telle censure est une ligne rouge pour moi, une situation que je n’accepterais jamais quel qu’en soit le coût, est un euphémisme. Il est étonnant pour moi, mais aussi révélateur de notre discours actuel et de notre environnement médiatique peu libéral, que j’aie été réduit au silence par mon propre média au sujet de Joe Biden. »

 

Et le grand journaliste américano-brésilien conclut citant la note d’un groupe de travail consacré à l’indépendance journalistique auquel il a participé :

 

« Les médias américains sont pris dans une guerre culturelle polarisée qui oblige le journalisme à se conformer à des récits tribaux et de pensée de groupe qui sont souvent coupés de la vérité et qui répondent à des perspectives qui ne reflètent pas le grand public mais plutôt une minorité d’élites hyper-partisanes. La nécessité de se conformer à des récits culturels et des identités partisanes artificiels et très restrictifs a créé un environnement répressif et peu libéral dans lequel de vastes pans d’informations et de reportages ne sont pas diffusés ou sont présentés à travers la lentille la plus déformée et la plus éloignée de la réalité.

 

La quasi-totalité des grandes institutions médiatiques étant capturées dans une certaine mesure par cette dynamique, il existe un besoin profond de médias libres qui franchissent les frontières de cette guerre des cultures polarisée et répondent à la demande d’un public affamé de médias qui ne joueraient pas pour un camp mais qui poursuivraient plutôt des lignes de reportage, de réflexion et d’enquête où qu’elles mènent, sans craindre de violer les piétés culturelles ou les orthodoxies de l’élite. »

 

Le triomphe de la « pensée unique »

 

Ainsi, cette affaire met en évidence deux éléments fondamentaux : le journaliste doit se conformer à une sorte de pensée unique et à un seul modèle culturel. Et pourtant, Joe Biden, s’il est élu, ne pourra échapper à ce scandale qui sera immanquablement révélé par ses adversaires au grand public, sans compter ses curieuses relations avec la Chine et l’Ukraine. Il connaîtra donc une présidence affaiblie, au même titre que son adversaire s’il l’emporte malgré tout.

 

La liberté de la presse est menacée et quel que soit le nouveau locataire de la Maison Blanche, la plus grande puissance du monde connaît un déclin inéluctable. C’est ce que démontre Chris Hedge dans une longue contribution dont nous donnons ici quelques extraits.

 

 

 

Chris Hedge grand journaliste au New York Times exprime sa profonde inquiétude.

Chris Hedge grand journaliste au New York Times exprime sa profonde inquiétude.

 

 

 

Les Etats-Unis sont l’ombre d’eux-mêmes.

 

Chris Hedge est un journaliste lauréat du prix Pulitzer qui a été pendant quinze ans correspondant à l’étranger pour le New York Times, où il a occupé les fonctions de chef du bureau du Moyen-Orient et de chef du bureau des Balkans pour le journal. Auparavant, il a travaillé à l’étranger pour le Dallas Morning News, le Christian Science Monitor et NPR. Il est l’animateur de l’émission On Contact de RT America, nominée pour un Emmy Award

 

« Les États-Unis sont l’ombre d’eux-mêmes. Ils dilapident leurs ressources dans un aventurisme militaire futile, symptôme de tous les empires en déclin qui tentent de restaurer par la force une hégémonie perdue. Le Vietnam. L’Afghanistan. L’Irak. Syrie. La Libye. Des dizaines de millions de vies brisées. Des États en faillite. Des fanatiques enragés. Il y a 1,8 milliard de musulmans dans le monde, soit 24 % de la population mondiale, et nous les avons pratiquement tous transformés en ennemis.

 

Nous accumulons des déficits massifs et négligeons nos infrastructures de base, notamment les réseaux électriques, les routes, les ponts et les transports publics, pour dépenser plus pour notre armée que toutes les autres grandes puissances sur Terre réunies. Nous sommes le plus grand producteur et exportateur d’armes et de munitions au monde. Les vertus que nous prétendons avoir le droit d’imposer par la force aux autres - droits de l’homme, démocratie, libre marché, État de droit et libertés individuelles - sont bafouées chez nous, où des niveaux grotesques d’inégalité sociale et des programmes d’austérité ont appauvri la plupart des citoyens, détruit les institutions démocratiques, y compris le Congrès, les tribunaux et la presse, et créé des forces militarisées d’occupation interne qui exercent une surveillance générale du public, gèrent le plus grand système carcéral du monde et abattent impunément des citoyens désarmés dans les rues. »

 

Quant au bilan social et à celui de la santé physique comme mentale, c’est la catastrophe.

 

« La danse macabre est déjà en cours. Des centaines de milliers d’Américains meurent chaque année d’abus d’opiacés, d’alcoolisme et de suicide, ce que les sociologues appellent des morts de désespoir. Ce désespoir alimente des taux élevés d’obésité morbide, environ 40 % de la population, des addictions au jeu, la « pornification » de la société avec l’omniprésence d’images de sadisme sexuel ainsi que la prolifération de milices armées de droite et des fusillades de masse nihilistes. Plus le désespoir augmente, plus ces actes d’auto-immolation se multiplient. »

 

La droite s’arme avec l’encouragement du président sortant ! La guerre civile menace. Mais, aura-t-elle vraiment lieu ? Il pourrait éventuellement se produire de sanglants affrontements incontrôlables. Et puis, il ne faut pas oublier le danger évangélique aussi redoutable que le danger islamiste en Europe.

 

« Ceux qui sont accablés par le désespoir recherchent un salut magique, qu’il s’agisse de sectes en crise, comme la droite chrétienne, ou de démagogues comme Trump, ou de milices enragées qui voient la violence comme un agent de nettoyage. Tant qu’on laissera ces sombres pathologies s’envenimer et se développer - et le Parti démocrate a clairement indiqué qu’il ne promulguera pas le genre de réformes sociales radicales qui permettront de freiner ces pathologies - les États-Unis poursuivront leur marche vers la désintégration et le bouleversement social. La défaite de Trump de n’arrêtera ni ne ralentira la chute. »

 

 

Le terrible échec de la santé publique

 

Enfin, il y a le terrible problème de la santé publique négligée depuis longtemps aux USA. L’Obamacare ayant échoué suite à l’opposition farouche de la classe des milliardaires qui soutient Donald Trump.

 

« On estime à 300 000 le nombre d’Américains qui seront morts de la pandémie en décembre, chiffre qui devrait passer à 400 000 en janvier. Le sous-emploi et le chômage chroniques, proches de 20 % lorsque ceux qui ont cessé de chercher du travail, ceux qui sont mis à pied sans perspective d’être réembauchés et ceux qui travaillent à temps partiel mais restent en dessous du seuil de pauvreté, sont inclus dans les statistiques officielles au lieu d’être magiquement effacés des listes de chômeurs. Notre système de soins de santé privatisé, qui réalise des bénéfices records pendant la pandémie, n’est pas conçu pour faire face à une urgence de santé publique. Il est conçu pour maximiser les profits de ses propriétaires. Il y a moins d’un million de lits d’hôpitaux dans le pays, résultat de la tendance à la fusion et à la fermeture d’hôpitaux qui dure depuis des décennies et qui a réduit l’accès aux soins dans les communautés à travers le pays. Des villes comme Milwaukee ont été contraintes d’ériger des hôpitaux de campagne. Dans des États comme le Mississippi, il n’y a plus de lits en soins d’urgence disponibles. Le service de santé à but lucratif n’a pas stocké les respirateurs, les masques, les tests ou les médicaments pour faire face à la COVID-19. Pourquoi devrait-il le faire ? Ce n’est pas une façon d’augmenter les recettes. Et il n’y a pas de différence substantielle entre la réponse de Trump et celle de Biden à la crise sanitaire, où 1 000 personnes meurent chaque jour.

 

Quarante-huit pour cent des travailleurs de première ligne n’ont toujours pas droit aux indemnités de maladie. Quelque 43 millions d’Américains ont perdu leur assurance maladie financée par leur employeur. Il y a dix mille faillites par jour, dont peut être deux tiers sont liées à des coûts médicaux exorbitants. Les banques alimentaires sont submergées par des dizaines de milliers de familles désespérées. Environ 10 à 14 millions de ménages locataires, soit 23 à 34 millions de personnes, étaient en retard sur leur loyer en septembre. Cela représente entre 12 et 17 milliards de dollars de loyers impayés. Et ce chiffre devrait passer à 34 milliards de dollars de loyers impayés en janvier. La levée du moratoire sur les expulsions et les saisies signifie que des millions de familles, dont beaucoup sont sans ressources, seront jetées à la rue. La faim dans les ménages américains a presque triplé entre 2019 et août de cette année, selon le Bureau du recensement et le ministère de l’agriculture. La proportion d’enfants américains qui n’ont pas assez à manger, selon l’étude, est 14 fois plus élevée que l’année dernière. Une étude de l’Université de Columbia a révélé que depuis le mois de mai, huit millions d’Américains supplémentaires peuvent être considérés comme pauvres. Entre-temps, les 50 Américains les plus riches détiennent autant de richesses que la moitié des États-Unis. Les Millenniaux, soit quelque 72 millions de personnes, détiennent 4,6 % de la richesse américaine. »

 

 

 

L'Empire State Building ou Rockfeller centre à New York non loin du Trump building : symbole de l'immense richesse de la classe supérieure US.

L'Empire State Building ou Rockfeller centre à New York non loin du Trump building : symbole de l'immense richesse de la classe supérieure US.

La Trump Tower à New York, symbole d'une nouvele richesse arrogante

La Trump Tower à New York, symbole d'une nouvele richesse arrogante

 

 

 

 

Tout cela pour un seul pouvoir : celui des grandes entreprises transnationales, celles qui font les présidents US. Ce n’est pas au sein du peuple américain qu’il faut faire les sondages , mais dans les conseils d’administration des GAFA et des consortiums énergétiques.

 

« Une seule chose compte pour l’État corporatif. Ce n’est pas la démocratie. Ce n’est pas la vérité. Ce n’est pas le consentement des gouvernés. Ce n’est pas l’inégalité des revenus. Ce n’est pas l’État de surveillance. Ce n’est pas une guerre sans fin. Ce n’est pas l’emploi. Ce n’est pas la crise climatique. C’est la primauté du pouvoir des entreprises - qui a tué notre démocratie, nous a enlevé nos libertés civiles les plus fondamentales et a laissé la plus grande partie de la classe ouvrière dans la misère - et l’augmentation et la consolidation de sa richesse et de son pouvoir. »

 

 

Trump et Biden : des personnages répugnants !

 

 

« Trump et Biden sont des personnages répugnants, qui sombrent dans la vieillesse avec des défaillances cognitives et sans noyau moral. Trump est-il plus dangereux que Biden ? Oui. Trump est-il inepte et plus malhonnête ? Oui. Trump est-il une menace pour la société ouverte ? Oui. Biden est-il la solution ? Non. »

 

Les Etats-Unis sont-ils une démocratie ? Non !

 

« En Amérique, nous n’avons le droit de voter que contre ce que nous détestons. Les médias partisans dressent un groupe contre un autre, une version grand public de ce que George Orwell a appelé dans son roman 1984 les ’Deux minutes de la haine’. Nos opinions et nos préjugés sont habilement pris en compte et renforcés, à l’aide d’une analyse numérique détaillée de nos tendances et de nos habitudes, puis nous sont revendus. Le résultat, comme l’écrit Matt Taibbi, est ’une colère emballée et faite sur mesure pour vous’. Le public est incapable de s’exprimer au-delà de la fracture fabriquée. La politique, sous cet assaut, s’est atrophiée en une vulgaire émission de téléréalité centrée sur des personnalités politiques fabriquées. Le discours civique a été empoisonné par les invectives et les mensonges. Le pouvoir, pendant ce temps, n’est pas scruté et n’est pas contesté.

 

La couverture politique est calquée, comme le souligne Taibbi, sur la couverture sportive. Les décors ressemblent à ceux du compte à rebours d’un match de foot le dimanche. Le présentateur est sur le côté. Il y a quatre commentateurs, deux pour chaque équipe. Des graphiques nous tiennent au courant du score. Les identités politiques sont réduites à des stéréotypes facilement digestibles. Les tactiques, la stratégie, l’image, les décomptes mensuels des contributions aux campagnes et les sondages sont examinés à l’infini, tandis que les véritables questions politiques sont ignorées. C’est le langage et l’imagerie de la guerre. »

 

Alors ! Biden ou Trump, que choisir ?

 

« Biden a été l’un des principaux architectes des guerres au Moyen-Orient, où nous avons dilapidé plus de 7 mille milliards de dollars et détruit ou mis fin à la vie de millions de personnes. Il est responsable de bien plus de souffrances et de morts, dans son pays et à l’étranger, que Trump. Si nous avions un système judiciaire et législatif qui fonctionne, Biden, ainsi que les autres architectes de nos guerres impériales désastreuses, du pillage du pays par les entreprises et de la trahison de la classe ouvrière américaine, seraient traduits en justice, et non proposés comme solution à notre débâcle politique et économique. »

 

Sans compter les « casseroles qu’il traîne ! Quant à Trump :

 

« Trump a rempli son vide idéologique avec le fascisme chrétien. Il a élevé des membres de la droite chrétienne à des postes importants, notamment Mike Pence à la vice-présidence, Mike Pompeo au poste de secrétaire d’État, Betsy DeVos au poste de secrétaire à l’éducation, Ben Carson au poste de secrétaire au logement et au développement urbain, William Barr au poste de procureur général, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh à la Cour suprême et la télévangéliste Paula White à son initiative ’Foi et opportunités’. Plus important encore, M. Trump a donné à la droite chrétienne le droit de veto et le pouvoir de nomination sur les postes clés du gouvernement, en particulier dans les tribunaux fédéraux. Il a installé 133 juges de cour de district sur un total de 677, 50 juges de cour d’appel sur un total de 179, et deux juges de la Cour suprême des États-Unis, et avec la nomination d’Amy Coney Barrett, probablement trois, sur neuf. Cela représente dix-neuf pour cent des juges fédéraux de première instance actuellement en fonction. La quasi-totalité des extrémistes qui composent les juges nommés ont été jugés « non qualifiés » par l’American Bar Association, la plus grande coalition non partisane d’avocats du pays.»

 

Le fascisme chrétien

 

« Trump a adopté l’islamophobie des fascistes chrétiens. Il a interdit l’immigration musulmane et réduit la législation sur les droits civils. Il a fait la guerre aux droits reproductifs en limitant l’avortement et en défiscalisant le Planned Parenthood [Planning Familial]. Il a supprimé les droits des LGBTQ. Il a abattu le mur de séparation entre l’Église et l’État en révoquant l’amendement Johnson, qui interdit aux églises, qui sont exonérées d’impôts, de soutenir des candidats politiques. Les personnes qu’il a nommées, dont Pence, Pompeo et DeVos, dans l’ensemble du gouvernement, utilisent couramment des références bibliques pour justifier toute une série de décisions politiques, notamment la déréglementation environnementale, la guerre, les réductions d’impôts et le remplacement des écoles publiques par des écoles à charte, une mesure qui permet le transfert de fonds fédéraux pour l’éducation vers des écoles privées ’chrétiennes’. (…)

 

 

 

 

Donald Trump s'appuie sur les évangélques étatsuniens de plus en plus puissants et influents. Ils représentent un danger sans doute bien plus sérieux que les islamistes en Europe.

Donald Trump s'appuie sur les évangélques étatsuniens de plus en plus puissants et influents. Ils représentent un danger sans doute bien plus sérieux que les islamistes en Europe.

 

 

 

« L’héritage de Trump sera, je le crains, la montée des fascistes chrétiens. Ce sont eux qui viennent ensuite. Noam Chomsky, pour cette raison, a raison lorsqu’il avertit que Pence est plus dangereux que Trump. Depuis des décennies, les fascistes chrétiens s’organisent pour prendre le pouvoir. Ils ont construit des infrastructures et des organisations, y compris des groupes de pression, des écoles, des collèges et des facultés de droit ainsi que des plateformes médiatiques, pour se préparer. Ils ont semé leurs cadres dans des positions de pouvoir. Nous, à gauche, avons vu nos institutions et nos organisations détruites ou corrompues par le pouvoir des entreprises et avons été séduits par l’activisme de façade des politiques identitaires. FRC Action, l’organe législatif affilié au Family Research Council, donne déjà à 245 membres du Congrès un taux d’approbation de 100 % pour avoir soutenu une législation qui est soutenue par la droite chrétienne. »

 

Nous connaîtrons en principe le résultat des élections présidentielles US dans quelques dizaines d’heures. En définitive, il importe peu. La crise profonde de la société étatsunienne qui déteint aussi sur nos sociétés européennes est loin d’être résolue. Nous allons sans doute connaître ce qu’Antonio Gramsci prédisait il y a pratiquement un siècle :

 

« Le malheur a habituellement deux effets : souvent il éteint toute affection envers les malheureux, et, non moins souvent, il éteint chez les malheureux toute affection envers les autres. Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 14:11

 

 

 

La deuxième vague de coronavirus provoque à nouveau un bouleversement de la société, cette fois avec encore plus de cafouillage que la première. Cependant, on s’aperçoit enfin que ces mesures prises dans la panique manifeste des autorités ont des conséquences particulièrement néfastes sur le plan social. On n’en avait peu parlé pendant la « première vague », aujourd’hui, c’est flagrant.

 

La population la plus précaire est la plus durement frappée par la pandémie.

 

Comme l’écrit Ludovic Lamant dans le numéro de « Mediapart » du 23 octobre 2020 : « Alors que l’Europe décide dans le désordre des mesures de reconfinement plus ou moins total – couvre-feux en France, en Belgique ou en Italie, bouclages de métropoles en Espagne, déplacements limités à cinq kilomètres en Irlande, autres restrictions sur les déplacements en République tchèque… –, la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus risque de renforcer un peu plus les fractures sociales qui traversent le continent. » En effet, la Covid 19 ne frappe pas de manière égale partout. On observe que ce sont comme par hasard les régions et les communes les plus pauvres qui sont touchées.

 

 

 

La tragédie de la Covid - 19 : les vieux et les pauvres sont les plus atteints.

La tragédie de la Covid - 19 : les vieux et les pauvres sont les plus atteints.

 

 

 

« Nos analyses révèlent un lien fort et systématique entre la mortalité causée par l’épidémie et le niveau de pauvreté des communes : les communes dont le revenu médian est inférieur au premier quartile (25 %) de la distribution nationale des revenus ont connu une surmortalité deux fois plus importante que les autres communes. (…) … si la mortalité a nettement augmenté pour tous les types de communes dans les départements fortement infectés (…), cette augmentation est bien plus marquée dans les communes les plus pauvres (…) ; par contraste, la mortalité n’a que très légèrement augmenté en avril 2020 dans les départements peu infectés (en haut) et ce, de manière uniforme entre communes riches et pauvres. (…) Plus précisément, nos analyses montrent que la mortalité a augmenté de 88 % dans les communes les plus pauvres des départements infectés, contre 50 % pour les autres communes de ces départements. L’effet de l’épidémie sur la mortalité est donc quasiment deux fois plus important dans les communes les plus pauvres. »

 

Cette analyse provient d’une étude de post doctorants de l’école d’économie de Paris datant du 5 septembre 2020. (https://legrandcontinent.eu/fr/2020/09/05/une-pandemie-de-la-pauvrete/?mc_cid=e5e846f257&mc_eid=9d9d57a1aa ) Le constat est sans appel : c’est la population la plus précaire qui est la plus durement frappée par la pandémie.

 

Un constat sur le terrain a été effectué par le journal « De Morgen » à Liège rapporté par le PTB (Parti du Travail de Belgique – gauche radicale). En effet, la Médecine pur le Peuple à Herstal est proche de ce parti. Ce reportage est intéressant et révélateur, car il démontre l’attitude du patronat à l’égard des travailleurs confrontés comme tout un chacun au Covid. D’autre part, il met en évidence l’inégalité flagrante devant la pandémie :

 

 

 

La détresse dans les hôpitaux surchargés accroît celle des plus précaires !

La détresse dans les hôpitaux surchargés accroît celle des plus précaires !

 

 

 

« Un grand nombre de personnes issues des milieux précaires obtiennent un résultat positif. »

 

« Liège est au centre de la deuxième vague : aussi les journaux font des reportages de terrain. Dont le quotidien De Morgen qui s'est rendu notamment à Médecine pour le Peuple à Herstal. Extraits :

 

"Afin de mieux comprendre les lieux où les gens sont infectés, Médecine pour le peuple, dans tous ses cabinets, lance une étude de suivi de contacts, explique le psychologue Maxime Coopmans. "Nous appelons les patients tests positifs et leur demandons systématiquement où ils ont été. Le travail ? Le café ? L'école ? Les transports publics ?"

 

Ce qui est frappant, dit Amandine Linotte, coordinatrice de la maison médicale, c'est qu'un grand nombre de personnes issues de milieux précaires obtiennent un résultat positif.  "Ce sont des gens qui vivent dans des maisons plus petites, où il n'est souvent pas possible d'aller en quarantaine."

 

Coopmans fait référence à la grève de début septembre chez AB Inbev à Jupille, où la bière Jupiler est brassée. Lorsque onze des quatre-vingts travailleurs du département logistique ont été victimes d'une infection corona, le reste du personnel a dû insister pour obtenir du matériel de protection et des tests. Après quelques pressions, la direction a cédé, à condition que les tests soient effectués par vagues afin de ne pas compromettre la production.

 

"Nous avons commencé à prélever des échantillons sur une centaine de personnes", explique l'infirmière à Médecine pour le Peuple Lise Jamagne. "L'atmosphère était plutôt intimidante : pendant l'échantillonnage, nous avons reçu des appels téléphoniques de la direction pour demander où se trouvait le personnel. Comme les travailleurs n'ont même pas obtenu leurs résultats après avoir insisté, ils ont entamé une grève de deux semaines.

 

 

Les pauvres coupables par définition !

 

 

"Ce qui me met en colère, c'est que toute la faute est rejetée sur les gens" dit Amandine Linotte. "Depuis sept mois, tout le monde fait tout son possible pour épargner les personnes âgées, occuper les enfants et télétravailler. Dans les établissements de soins, le personnel a dû exiger de travailler avec des masques, des bénévoles ont appelé des personnes qui étaient seules à la maison. Aujourd'hui, ces travailleurs sont montrés du doigt et les nouveaux foyers sont de leur faute, tandis que le gouvernement est négligent. Il n'y a personne dans le cockpit et les mesures manquent de clarté."

 

Jamagne fait un signe de tête. "Après minuit, vous ne pouvez pas sortir pour laisser sortir votre chien, mais en attendant, les bus sont bondés. Qui d'autre peut comprendre cela ? »

 

Ces constats de ces travailleurs soignants de terrain montrent bien que la cause principale de la pandémie se trouve dans les conditions de précarité des classes pauvres.

 

Pandémie et lutte des classes

 

Quelles en sont les causes ?

L’étude « une pandémie de la pauvreté » montre :

 

« Nos analyses révèlent que le surpeuplement des logements comme l’exposition au virus via le marché du travail jouent un rôle déterminant dans la diffusion de l’épidémie et ont un effet important sur la surmortalité liée au COVID-19. Une augmentation de 1 point de pourcentage (pp) de la part des logements surpeuplés est associée à une augmentation de 5,65 pp de la surmortalité liée à l’épidémie. De la même manière, une augmentation de 1 pp de la part des habitants occupant des métiers impliquant des contacts fréquents avec le public est associée à une augmentation de 2,56 pp de la surmortalité liée à l’épidémie. En revanche, l’effet de l’exposition au virus via le marché du travail est légèrement moins prononcé lorsque cette exposition est mesurée par la part des travailleurs clés, suggérant que la diffusion du virus sur le marché de travail avait déjà commencé avant la période de confinement.

 

 

 

Appel de détresse d'un SDF réfugié au Bois de la Cambre à Bruxelles affiché sur le panneau des annonces d'une grande surface : la précarité s'étend.

Appel de détresse d'un SDF réfugié au Bois de la Cambre à Bruxelles affiché sur le panneau des annonces d'une grande surface : la précarité s'étend.

 

 

 

Enfin, nos analyses montrent que la part des logements multigénérationnels est également associée à des niveaux de mortalité bien plus élevés, suggérant que l’effet des mauvaises conditions de logement et de l’exposition sur le marché du travail sur la surmortalité pourrait en partie s’expliquer par la transmission du virus aux personnes âgées (et donc plus vulnérables) par des personnes en emploi vivant sous le même toit. Plus spécifiquement, nous montrons qu’une augmentation de 1 pp de la proportion de logement multigénérationnel est associé à une augmentation de 12 pp de la surmortalité liée à l’épidémie. »

 

Il est donc clair que le logement et les conditions de travail des populations précarisées sont les causes principales de leur contamination bien plus importante que les autres catégories, autrement dit les autres classes sociales.

 

Et nous tombons dans la lutte des classes lorsqu’on analyse comment les autorités réagissent. Les auteurs de l’étude « pandémie de la pauvreté » et des acteurs de terrain réagissent en plaidant pour une nette amélioration des conditions d’hébergement de ces populations.

 

Ludovic Lamant ajoute, prenant le cas de l’Espagne : se référant à une autre étude intitulée « Impact de la pandémie Covid – 19 par revenu : frapper le plus durement les plus démunis ».

 

 

Un Covid des riches et un Covid des pauvres

 

 

« Comme ailleurs en Europe, les quartiers populaires sont les plus touchés. L’une des études les plus sérieuses sur le sujet porte sur la première vague à Barcelone : le district populaire de Nou Barris (revenu moyen annuel, par ménage, à 28 000 euros) a enregistré un taux de 75 cas pour 10 000 habitants de février à avril – contre un taux de 29 cas seulement à Sarrià-Sant Gervasi (revenu moyen au-delà de 65 000 euros).

 

La deuxième vague semble répéter, voire amplifier ce schéma. Depuis fin août, les communes du sud de Madrid – Usera, Puente de Vallecas, Villaverde – sont celles où le virus se répand le plus rapidement. Alors que la circulation du virus exploite les inégalités socio-économiques de la région de Madrid, El País oppose un « Covid de riches » à un « Covid de pauvres ».

 

El Confidencial va plus loin : « Si la première vague frappait les plus âgés, la deuxième frappe les plus démunis. Et aucune restriction d’aucune sorte ne va régler ce problème. » Comment expliquer cette situation ? « Dans les districts à revenu inférieur, les habitants ont des emplois qui, en majorité, ne peuvent être assurés à distance », explique l’universitaire María Grau, coauteure de l’étude sur Barcelone, à InfoLibre. L’impossibilité du télétravail entraîne par exemple un recours plus fréquent aux transports publics, et donc un risque plus élevé d’exposition au virus.

 

À cela s’ajoutent des conditions de travail plus difficiles, par exemple entre ouvriers des abattoirs, ou entre travailleurs précaires, souvent en milieu fermé et à plusieurs. Autres facteurs souvent avancés : la promiscuité des espaces de vie, mais aussi les contraintes du travail informel. « Il ne suffit pas de dire aux gens qu’ils doivent rester en quarantaine, encore faut-il qu’ils aient les moyens de le faire. Personne ne doit se trouver dans une situation où il faut choisir entre sa santé et son emploi », ajoute María Grau. »

 

 

 

La gouverneure de la région madrilène, la post franquiste membre du "Parti Populaire" Isabel  Ayuso Diaz préfère confiner les pauvres !

La gouverneure de la région madrilène, la post franquiste membre du "Parti Populaire" Isabel Ayuso Diaz préfère confiner les pauvres !

 

 

 

Réaction des autorités madrilènes : un confinement sélectif ! La gouverneure de Madrid, Isabel Ayuso Diaz, membre de la tendance droitière du Parti Populaire, a décrété le confinement des quartiers pauvres de la région madrilène, six districts de la capitale et sept communes de la région, soit quelque 885.000 personnes ! Outre cette mesure discriminatoire, un tel confinement dans des conditions de logements précaires et de promiscuité risque d’accroître encore la contamination !

 

La Cour suprême espagnole vient de casser cette décision considérant qu’elle était contraire à l’égalité des citoyens devant la loi. Il reste un brin de démocratie en Espagne !

 

Une nette surmortalité au sein des classes populaires

 

Ludovic Lamant explique in fine : « Des professionnels de la santé continuent de plaider pour des mesures ciblées, mais moins punitives : ils réclament des livraisons de masques pour les plus précaires, ou encore l’installation express des personnes détectées positives dans des chambres d’hôtel individuelles, pour ne pas contaminer le reste du foyer dans ces quartiers populaires. Au-delà, ce sont des chantiers de longue haleine, difficilement compatibles avec la gestion à chaud d’une épidémie, à l’instar de l’amélioration des conditions de vie des travailleurs de l’informel. »

 

En Belgique, particulièrement à Bruxelles, la région la plus touchée du Royaume, c’est le flou ! Les deux communes les plus atteintes sont Anderlecht et Molenbeek. Eh oui ! Molenbeek tant stigmatisée à cause de l’islamisme. Preuve que c’est dans ce terreau de misère que fleurit la plante vénéneuse du fanatisme ! Et aussi que ses habitants sont les moins bien protégés contre la pandémie.

 

Une étude publiée le 14 octobre par un statisticien de Solidaris (la mutualité socialiste) constate, sur l’ensemble du territoire belge, une nette surmortalité au sein des classes populaires. La mortalité a augmenté de 70 % de mars à mai, en comparaison de la même période sur les cinq années précédentes, pour les personnes qui bénéficient du revenu minimum d’insertion contre 45 % pour les autres.

 

Jérôme Vrancken, l’auteur de l’étude, estime que « puisque la surmortalité varie, il faut mettre en place des réponses différenciées, selon les publics, (…). Il faut d’abord mettre au point des messages de santé publique adaptés à tous les publics, il faut ensuite penser chaque décision de la gestion de crise à travers le prisme des inégalités ».

 

Cette opinion fait écho à celle de Joël Girès cité par « Mediapart », qui co-anime par ailleurs un observatoire des inégalités en Belgique : « Jusqu’à présent, c’est une vision très épidémiologico-centrée de la crise qui s’est imposée, et perdure encore, alors que nous avons affaire, aussi, à une crise du logement, à une crise de l’emploi. » Sortir du tout-médical, pour mieux penser la réponse aux quartiers les plus populaires ? Il a fallu qu’une députée libérale au Parlement bruxellois, Alexia Bertrand, proclame qu’il faut cesser de traiter la région bruxelloise de manière homogène et qu’il faut au contraire une gestion de la crise sanitaire quartier par quartier.

 

La misère ou la vie ?

 

Très bien, mais cela doit se faire sans aucune discrimination, car on la voit venir notre Alexia Bertrand ! Les habitants des beaux quartiers pourraient en toute impunité se remplir la panse dans les restos, ceux des quartiers populaires resteraient confinés. Non ! Pas ainsi ! Aussi, des mesures obligatoires de geste barrière et d’interdiction de rassemblements que ce soit dans le secteur Horeca ou dans les secteurs culturels et sportifs sont indispensables pour toutes et tous, mais si on veut à la fois éradiquer cette pandémie et respecter les libertés, il convient qu’un effort considérable soit consenti spécialement dans les zones défavorisées.

 

Des solutions sont possibles et même indispensables, mais elles nécessitent de considérables moyens qu’on a toujours refusés aux habitants de ces quartiers, sinon leur faudra-t-il encore subir la misère pour avoir une faible probabilité de rester en vie ?

 

C’est sur la voie de la solidarité qu’il faut désormais avancer si on veut respecter chaque citoyen et le principe fondamental d’égalité. Syndicats, mutuelles, associations, militants doivent absolument s’y consacrer en priorité et faire pression sur les « politiques » pour qu’ils agissent.

 

 

Pierre Verhas

 

Prochain article sur le sujet : la liberté ou la vie !

 

Post-scriptum

 

Caricatures et laïcité

 

Après le dernier « papier » d’Uranopole qui a été consacré à l’assassinat par un fanatique islamiste du professeur Samuel Paty à Conflans Ste Honorine au Nord-Ouest de Paris, une polémique est née sur les réseaux sociaux Facebook. Je n’ai jamais été « Charlie » pour deux raisons. Cet hebdo a renoncé à son indépendance en acceptant la tutelle d’un homme de pouvoir, Philippe Val qui s’est empressé de virer Siné qui était à mon sens le journaliste et dessinateur qui représentait le mieux ce beau courant anarchiste qui avait débuté avec Hara Kiri, courant qui s’est étiolé peu à peu. La seconde raison touche aux fameuses caricatures que je trouvais choquantes, vulgaires et inutilement provocantes. Je me suis référé à l’opinion du dessinateur belge Philippe Geluck (l’auteur du « Chat ») que je partage entièrement.

 

 

 

 

 

 

 

Là, j’ai été témoin de la manifestation d’un véritable dogmatisme laïque de la part de gens qui se réclament de la liberté de pensée. Un comble ! C’est à peine si j’étais un « traître à la cause sacrée ». Réaction assez curieuse pour des adeptes du libre examen… La raison ? Je considère qu’insister lourdement sur ces caricatures au nom de la liberté d’expression est aussi idiot que contreproductif.

 

Comme le dit Geluck, représenter le Prophète Mouhammad est inconcevable pour tout musulman, même le plus modéré. Voici une histoire particulièrement symbolique : celle du Dôme du Rocher sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem – ou mont du Temple pour les Juifs – ce splendide bâtiment recouvert des mosaïques bleues et surmonté par une immense coupole dorée. Il est le premier grand monument de l’Islam et se trouve à Haram al Sharif – le noble sanctuaire – troisième lieu saint de l’Islam après La Mecque et Médine. Il fut achevé en 691 ou en 692 et son architecte était un chrétien byzantin. Il a demandé au calife de pouvoir y apposer des symboles chrétiens. Celui-ci accepta à la condition que ces symboles soient abstraits et non concrets (une croix, ou l’image de la Vierge, par exemple). L’architecte fit en sorte que le dôme soit appuyé sur douze colonnes symbolisant ainsi les douze apôtres et il y a quatre entrées aux quatre points cardinaux, chaque entrée représentant un des quatre évangiles. Ainsi, l’architecte a respecté le caractère sacré des représentations non figuratives pour les musulmans

 

 

 

La misère ou la vie ?

 

 

 

Une fameuse leçon de tolérance qui nous vient du fond des âges. On en est bien loin aujourd’hui.

 

 

Revenons-en aux caricatures : un journal satirique danois a publié en 2005 des caricatures de Mahomet et cela a déclenché des réactions d’une extrême violence dans le monde arabo-musulman jusqu’à l’incendie de l’ambassade du Danemark à Islamabad faisant six morts. Depuis lors, la tension est palpable entre les mouvements islamiques – notamment les Frères musulmans – et l’Europe occidentale, particulièrement la presse. Charlie-Hebdo publie des caricatures de leur cru en 2006. C’est à nouveau le tollé d’autant plus que cet hebdo remet ça pratiquement chaque semaine. Comme l’écrit Henri Goldman dans son blog cosmopolite : « on a trouvé judicieux de souffler sur les braises en transformant les caricatures en fétiches agités en permanence. » Les islamistes menacent la rédaction de « Charlie », on a incendié volontairement leurs locaux. La rédaction est placée sous protection policière. Cela ne suffit pas. Inutile de rappeler la tragédie du 12 janvier 2015.

 

 

Pourquoi insiste-t-on tellement là-dessus dans les milieux laïques ? Quel intérêt y a-t-il à entretenir une tension dangereuse et même meurtrière au nom de la liberté d’expression ? Ce n’est pas ici que nous allons faire une analyse approfondie, mais je voudrais faire observer à mes amis laïques que ces dessins ne heurtent pas les islamistes, mais l’ensemble des musulmans. Les islamistes utilisent la même méthode que les nazis en Allemagne avant la Seconde guerre mondiale : ils surfent sur la frustration et la misère du peuple pour asseoir leur pouvoir et commettre leurs crimes. En provoquant systématiquement les musulmans, certains laïques tombent dans le piège qui leur est tendu par les djihadistes.

 

 

D’ailleurs, à Conflans Sainte Honorine, Samuel Paty l’avait compris – et c’est sans doute cela qui lui coûta la vie – en invitant les élèves musulmans de sa classe à sortir afin qu’ils ne soient pas heurtés par la caricature qu’il allait montrer. Ce professeur savait parfaitement que la liberté d’expression ne doit pas attaquer de front ce qui est sacré pour une partie de sa classe.

 

 

Alors, autant il faut se battre pour la liberté d’expression de tout un chacun et de journalistes comme Assange et toutes celles et tous ceux qui sont enfermés en Turquie, en Iran, en Arabie Saoudite, en Egypte, en Israël et dans bien trop d’autres lieux du monde ; autant faut-il en finir avec ces provocations idiotes et même puériles qui ne servent que la stratégie de la tension de nos pires ennemis. SVP : faites des caricatures sur d’autres thèmes !  Ce qui ne manque pas, loin de là.

 

 

Autant il faut éliminer les cellules clandestines des groupes terroristes comme Al Qaïda ou Daesh, autant faut-il aussi prendre au haut niveau de sévères mesures à l’égard de ces monarques de la Péninsule arabique et de l’auto-proclamé « Sultan » dit Rech Erdogan qui met la Turquie sous le joug et sème la guerre dans le Caucase et en Méditerranée.

 

 

Mais, en dehors de déclarations matamoresques de Macron notamment, on attend toujours.

 

 

P.V.

 

 

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 22:14

 

 

 

Imaginez-vous au sortir de l’école, lorsque vous étiez comme moi un potache adolescent, qu’un de vos profs se fasse décapiter au coin de la rue après avoir donné un cours qui ne plaisait pas à certains ? Non ! Vous ne l’imaginez pas, parce que c’était impossible.

 

Imaginez-vous que des parents d’élèves viennent menaçants à l’école pour demander l’exclusion de ce prof parce qu’il a donné une leçon qui a choqué leur rejeton ? Non ! Vous ne l’imaginez pas, parce que c’était impossible.

 

Imaginez-vous un de ses parents d’élève déposer plainte et alerter les médias pour que ce prof traité de « voyou » soit poursuivi ? Non ! Vous ne l’imaginez pas, parce que c’était impossible.

 

Imaginez-vous enfin que les réseaux sociaux soient inondés de « posts » haineux, menaçants et insultants à l’égard de ce prof. Non ! Vous ne l’imaginez pas, parce que c’était impossible.

 

 

 

Samuel Paty a été tué sur le front de la liberté d'expression.

Samuel Paty a été tué sur le front de la liberté d'expression.

 

 

 

Jean-Christophe Attias ancien professeur de Collège cité par la professeure de Physique de l’Université de Tunis Madame Faouzia Charfi, écrit :

 

« Et ce n'est pas juste un hashtag. Je suis prof depuis près de quarante ans. J'ai eu ma période collège, une décennie, dans la banlieue nord de Paris. Je suis souvent rentré chez moi fatigué, découragé, excédé.

 

Je n'ai jamais cessé d'aimer ces gosses.

 

Et je n'ai jamais eu peur.

 

Jamais.

 

Même quand l'atmosphère était lourde ou tendue dans le collège ou alentour.

 

Aujourd'hui, je le sais. Je sais que si je devais reprendre lundi matin le RER, Gare du Nord, pour rejoindre ma classe, j'aurais la peur au ventre.

 

Ceux qui nous disent, triomphants et obscènes, « On vous l'avait bien dit ! On vous avait prévenus ! », n'ont rien à proposer. Pas le moindre début de solution qui nous donnerait une chance de résister au courant puissant et terrifiant qui nous emporte tous. Rien à droite. Rien à gauche. Devant nous une seule perspective : la guerre de tous contre tous. Nous avons bien un ennemi. Mais cet ennemi n'a qu'un but : nous faire devenir ce qu'il est, tel qu'il est. C'est aussi à cela qu'il nous faut résister. Et nul ne sait comment.

 

Je n'ai aucun diagnostic à poser, nul horizon à dessiner, je n'ai que des erreurs à confesser. Et des larmes à verser. Sur cette mort. Sur nous. Sur le monde où nous vivons. Sur celui qui s'annonce. Et nous en sommes tous là, tous. Il va falloir travailler pour nous sortir de là.

 

Demain. Sans faute.

 

Pour aujourd'hui, je n'ai rien de plus à dire que ceci : pendant presque quarante ans, je n'ai eu à cœur d'enseigner que la joie d'apprendre, l'art de douter, l'ambition de créer, il me reste désormais à enseigner à lutter contre la peur. »

 

 

 

Abdelhakim Sefrioui, par ailleurs "copain" de Dieudonné  a carrément fait un appel au meurtre !

Abdelhakim Sefrioui, par ailleurs "copain" de Dieudonné a carrément fait un appel au meurtre !

 

 

 

Aujourd’hui, c’est une terrible réalité. Deux mondes s’affrontent et dès aujourd’hui en un lieu qui devrait être un havre de paix : l’école. Dès le départ, l’affaire de cette simple leçon dans un collège de la banlieue parisienne a pris des proportions gigantesques dont d’ailleurs les islamistes sont coutumiers. Ainsi, Abdelhakim Sefrioui, un personnage totalement étranger à ce collège, membre du conseil des imams de France, proche de Dieudonné, bien connu des services secrets français a lui aussi traité Samuel Paty de « voyou ». Et ces quelques jours de tensions exacerbées se sont achevés par la pire agression qu’un homme peut subir.

 

Une nouvelle guerre de religions

 

Deux mondes s’affrontent, disions-nous. Ce n’est pas le « choc des civilisations » cher aux néoconservateurs américains, mais c’est un conflit majeur entre deux conceptions du monde qui transcendent les « civilisations ». Ce qu’il se passe aujourd’hui ressemble à s’y méprendre aux guerres de religions qui déchirèrent l’Europe aux XVIe et XVIIe siècles.

 

Ces guerres commencées en 1517 par les fameuses 95 thèses de Luther qui remettent en question les fondements même de l’Eglise catholique apostolique romaine, sont à la fois idéologiques et géopolitiques. Cela se traduit très vite par un affrontement entre l’Europe germanique et l’Europe latine doublé de terribles répressions contre les Réformistes ou les Contre-réformistes. La France est divisée entre Huguenots et Catholiques, les Pays-Bas affrontent l’occupant espagnol dans une guerre à la fois politique et religieuse. L’Europe du Nord se rallie au luthérianisme. L’Italie est en grande partie sous le joug espagnol. Quant à la Grande Bretagne elle est divisée entre l’Ecosse catholique et l’Angleterre anglicane qui a fait une sorte de synthèse entre les catholiques et les protestants. Et derrière tout cela veillait la plus grande puissance de l’époque : l’empire ottoman gardien de l’Islam.

 

Eh bien ! Aujourd’hui, en Europe, il y a de nombreux parallèles avec les guerres de religion de la Renaissance. Si les guerres de religions sont depuis longtemps enterrées en Europe, une autre religion s’est épanouie peu à peu après la décolonisation et par l’immigration : l’Islam. La démographie aidant, il a pris de plus en plus d’influence particulièrement sur les jeunes générations. La religion islamique s’est répandue de manière anarchique. Que ce soit en France ou en Belgique, ses prosélytes n’ont tenu aucun compte des règles en vigueur sur les relations entre la religion et la société civile. Mais qui sont ses prosélytes ?

 

Le gardien de l’Islam aujourd’hui est l’Arabie Saoudite ainsi que ses satellites, les Emirats arabes unis, Bahreïn, Dubaï et le Qatar dans une moindre mesure, car ce petit pays gazier très riche est assez proche de l’Iran. L’Arabie Saoudite est née en 1919 du renversement des Hachémites de La Mecque et de Médine par un chef de guerre qui est devenu le roi Saoud. À l’époque, les Anglais qui étaient très influents dans la région ne s’en sont pas trop préoccupés du moment qu’ils pouvaient exploiter le pétrole de la British Oil Company nécessaire à la navigation maritime vers l’Inde. En 1945, le président américain Franklin D Roosevelt signe un accord historique avec le roi Ibn Saoud garantissant la protection du royaume en échange du quasi-monopole sur l’extraction du pétrole de la péninsule arabique accompagné bien sûr de royalties pour le roi et sa famille. Roosevelt avait vu juste : la péninsule arabique est de loin le principal producteur de pétrole du monde. Mais sans s’en apercevoir, il avait ouvert la boîte de Pandore.

 

 

 

Ibn-Saoud, roi d'Arabie Saoudite et le Président US Franklin D Roosevelt négocient sur le porte-avions américain Quincy un accord qui aura de lourdes conséquences.

Ibn-Saoud, roi d'Arabie Saoudite et le Président US Franklin D Roosevelt négocient sur le porte-avions américain Quincy un accord qui aura de lourdes conséquences.

 

 

 

À l’époque, on ne prit pas au sérieux la doctrine islamique des Saoud qu’ils ont imposé sur l’ensemble de la péninsule. Les Saoud étaient adeptes du wahhabisme, une des interprétations les plus rigoristes de l’Islam sunnite avec le salafisme. En 1973, après la guerre du Kippour entre Israël, l’Egypte et la Syrie, les pays exportateurs de pétrole réunis dans une organisation internationale, l’OPEP, décrètent en représailles du soutien occidental à Israël, une forte augmentation des prix de l’Or noir qui perturbe considérablement les économies européennes et dans une moindre mesure l’économie étatsunienne. C’est le premier choc pétrolier et le meneur de jeu est l’Arabie Saoudite.

 

L’année charnière : 1979

 

Un second choc pétrolier a lieu en 1979. Il est encore plus dur que le premier et contraint les Etats européens à entamer une dure politique d’austérité économique et sociale. L’Europe occidentale qui a vécu sous les lauriers de la relance d’après-guerre est dès lors considérablement affaiblie.

 

L’année 1979 est aussi celle de la révolution islamique en Iran. Elle marque un réveil de l’Islam. Les populations musulmanes d’Europe occidentale commencent à bouger. Le port du voile islamique se répand et de nombreuses mosquées sont construites dans les villes à forte densité musulmane. La Belgique reconnaît la religion mahométane en 1981. On pense à l’époque qu’en permettant aux immigrés arabo-musulmans d’exercer leur culte en toute liberté, cela favorisera leur intégration dans la société européenne. Cela se faisait dans un esprit d’ouverture qui n’était d’ailleurs pas accepté par tous les Belges, loin de là !

 

 

L’année 1979 est aussi celle de l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge soviétique. Dès 1980, la Résistance s’organise soutenue à la fois par les Etats-Unis et par l’Arabie Saoudite. Un membre d’une grande famille saoudienne, un certain Oussama Ben Laden, recrute, entraîne et arme des moudjahidines – des combattants – musulmans contre les Soviétiques avec l’appui de la trop fameuse CIA.  C’est à ce moment-là qu’a commencé le terrorisme islamique. Ces moudjahidines ont reçu les armes les plus modernes et ont formé la base du terrorisme islamique. La base en arabe se dit : Al Qaïda…

 

 

 

Oussama Ben Laden travaillait d'abord pour les services secrets US.

Oussama Ben Laden travaillait d'abord pour les services secrets US.

 

 

 

Le rôle majeur de l’Arabie Saoudite

 

À la fois pour contrer le chiisme iranien et pour avoir l’adhésion des musulmans européens, l’Arabie Saoudite sunnite et les autres monarchies pétrolières ont financé la construction de mosquées ainsi que des écoles coraniques un peu partout en Europe. Et puis, les Saoudiens y ont envoyé des imams prêcher dans ces nouvelles mosquées et aussi former d’autres imams sur place.

 

Ces imams s’adressent particulièrement aux jeunes à l’esprit malléables et leur inculquent la haine de l’Occident « mécréant », celle des homosexuels, le rejet des principes fondamentaux de la démocratie : la liberté de conscience, la mixité, l’égalité hommes-femmes, l’apprentissage de la théorie darwinienne, etc. Ces prêches durent depuis des années et ont une grande influence sur la pensée et le comportement des jeunes musulmans. Il y a en plus l’endoctrinement via les télévisions satellites comme Al Arabia et Al Jazzera. Ces penseurs moyenâgeux se servent des technologies les plus modernes pour leur conquête des esprits !

 

Le juge Michel Claise m’a un jour raconté. Il y a quelques années, alors qu’il était juge d’instruction de permanence, il a été saisi au milieu de la nuit d’une affaire d’agression collectives de la part de jeunes arabo-musulmans au Parc Royal à Bruxelles qui est connu pour être dans la soirée le lieu de rendez-vous des homosexuels. Plusieurs d’entre eux ont été sérieusement blessés et la police a réussi à arrêter la plupart des membres de cette bande qui provenaient tous d’un même quartier de la commune limitrophe de St-Gilles. Au terme des interrogatoires, le magistrat a conclu que ces individus avaient été endoctrinés par un imam prêchant contre les homosexuels dans une mosquée locale. Il a dépêché le lendemain un inspecteur de police arabo-musulman dans cette mosquée. L’imam en question s’était évaporé. Il était Saoudien. Je me souviens aussi des propos d’un musulman de mes connaissances qui est très pratiquant et qui se plaignait de ces « imams étrangers » qui prêchaient ce genre d’appel lors de la prière du vendredi.

 

Ainsi, la religion est un instrument de manipulation des esprits destiné à asseoir un pouvoir totalitaire, en l’occurrence l’influence des monarchies pétrolières sur les pays occidentaux dans leurs seuls intérêts économiques et géopolitiques.  

 

Un terrible échec

 

Voici une vingtaine d’années, un politicien de la droite libérale belge, Daniel Ducarme, aujourd’hui décédé avait affirmé dans les médias : « L’intégration est un échec ! ». Cette déclaration a provoqué une levée de boucliers de la bien-pensance. Pourtant, à la réflexion, il avait raison.

 

Malgré les efforts des groupes antiracistes, des associations de solidarité, de syndicalistes et de quelques hommes et femmes politiques, les populations arabo-musulmanes dans les villes d’Europe occidentale ont été laissées pour compte. Il n’y eut aucune action réelle des pouvoirs publics pour une politique de logement, de scolarité, de santé publique, d’intégration culturelle. La crise économique et sociale et le chômage n’ont fait qu’aggraver la discrimination entre les groupes issus de l’immigration et les autochtones. Au contraire, l’accent a été mis sur la répression. On oublie que c’est là que la délinquance se déclenche, car il n’y a pas d’espoir social. Les jeunes immigrés ne disposent que d’un enseignement médiocre dans un contexte guère propice à l’étude. Ils sont le plus souvent livrés à eux-mêmes sans espoir d’avenir. C’est le « no future » généralisé. Donc, c’est le terreau idéal pour le trafic de stupéfiants, la marginalisation et donc l’endoctrinement à des idées aussi radicales que simplistes comme l’islamisme salafiste.

 

C’est aussi le terreau idéal pour le terrorisme. De petits délinquants se sentent valorisés en commettant leurs forfaits au nom de la religion, comme le dit le criminologue français Alain Bauer.

 

Après l’Arabie Saoudite, l’Etat islamique

 

À Bethlehem, lors d’un entretien avec Edmund Shehadeh, directeur de la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation), nous avions évoqué l’islamisme et ses fléaux et il a affirmé : « L’Etat islamique, ce sont les Américains ! »  J’avoue avoir été surpris par son affirmation. Cependant, à la réflexion, Daesh n’est pas né d’une génération spontanée. Il a disposé de moyens considérables qui ne peuvent provenir que d’un Etat puissant. Cet Etat ne peut qu’être l’Arabie Saoudite et les services secrets US sont certainement au courant. Complicité ou aveuglement ? Peu importe.

 

Alain Bauer ajoute : « Depuis que le ministre des attentats de Daech, Al-Adnani, avait appelé à frapper de cette manière, oui. Il a depuis "rejoint son créateur", celui auquel il croyait, mais il avait donné toutes ses instructions, tout est sur YouTube. Il avait enjoint les djihadistes à rejoindre les terres de combat, en Syrie, en Irak, et pour ceux qui n’en avaient pas la possibilité, à opérer près de chez eux, avec les moyens dont ils disposaient. C’était annoncé, il y a eu des instructions, elles ont été exécutées. C’est un processus qui a commencé à Saint-Quentin-Fallavier en 2015, avec la décapitation d’un chef d’entreprise par un de ses anciens employés, s’est poursuivi à Saint-Etienne-du-Rouvray en 2016 avec l’égorgement du père Hamel, et a failli se reproduire de manière dramatique il y a quelques semaines devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.

 

 

 

Le criminologue Alain Bauer tente une analyse objective de la nébuleuse islamique.

Le criminologue Alain Bauer tente une analyse objective de la nébuleuse islamique.

 

 

 

C’est étonnant qu’il n’y en ait pas eu plus. La différence c’est que le cas terrible de ce professeur ressemble beaucoup plus à un assassinat commandité qu’à un attentat. La victime était ciblée. L’opérateur vivait à Evreux, il n’avait pas d’attache familiale à Conflans-Sainte-Honorine. L’enquête le dira, mais il y a une organisation avec lui. On n’est pas du tout dans le cas du "loup solitaire", qui n’existe pratiquement pas (…), mais d’individus isolés. » (Marianne.net 17/10/2020)

 

Alain Bauer conclut : « Ce "jihad de proximité" a été théorisé par Abou Moussab Al-Souri dans son manifeste "Appel à la résistance islamique mondiale", où il expliquait l’échec d’Al-Qaïda avec ses attentats complexes et de grande ampleur. Il a été à l’origine de ce djihad de troisième génération. »

 

Samuel Paty : victime d’une diabolique stratégie

 

Ce dimanche 18 octobre, place de la République à Paris, des milliers de personnes se sont rassemblées en hommage à Samuel Paty et pour défendre les principes fondamentaux de la République. La reporter de la chaîne RTL-TVI a interrogé un des participants, un jeune prof d’histoire dans un lycée, qui a répondu qu’il allait changer sa manière de présenter la question de la liberté d’expression pour éviter de choquer ses élèves. En réalité, ce jeune enseignant n’est pas conscient qu’il cède aux djihadistes assassins de Samuel Paty ! Et c’est justement leur stratégie.

 

Et puis, ne serait-ce pas insulter les musulmans qui, eux, vomissent ces djihadistes qui détruisent leur culture et leur pensée ?

 

Lisons ce texte écrit par un jeune universitaire musulman ayant étudié à Paris. Il nous démontre que tout être humain parvient à vaincre le fanatisme par la réflexion. Ainsi, l’immense majorité des musulmans n’est pas coupable du meurtre de Samuel Paty.

 

« J'ai lu le statut d'une personne, commentant l'assassinat du professeur en France, qui considérait que la solution contre le terrorisme, la Culture, était un vieux poncif.

 

Si je vous disais que j'ai été conservateur au point de penser que les juifs étaient naturellement nos ennemis, que les femmes qui couchaient avant le mariage finiront en enfer. Au point de penser que tous ceux qui ne se soumettaient pas aux 5 piliers étaient infréquentables. Et ce qui était assez drôle, dans tout cela, c'est que je ne comprenais rien à l'Islam.

 

Pire que ça, je ne me soumettais pas, moi-même, aux 5 piliers de l'Islam.

 

Mais bien sûr, il est plus simple de reprocher aux autres leur manque de foi, leur athéisme, leurs blasphèmes que de s'interroger sur sa propre foi et ses contradictions.

 

J'ai grandi en France et comme tout bon immigré j'ai grandi avec pour culture géopolitique les interprétations de mon père et ses amis qui traduisaient les informations d'Antenne 2 en langage victimaire. Les arabes étaient victimes de tout et tous, responsables de rien, ni de personne. En bon immigré, biberonné aux discours revanchards, je rejetais la culture du pays dans lequel je grandissais en idéalisant une culture, une religion, un pays d'origine que je ne connaissais quasiment pas.

 

Quand est arrivée la guerre du Golfe j'ai voulu mieux comprendre ce qui se passait et je me suis rendu à une autre bibliothèque que celle de ma ville qui était en mode "nos ancêtres les gaulois". C'était l'Institut du Monde Arabe. Là-bas, je découvrais l'Histoire de la Tunisie, donc du Maghreb, donc du Monde Arabe, donc du monde musulman, donc de l'Islam. Je m'amuse à dire que je suis alors passé de l'Islam zmigri qui consistait à ne pas manger de porc, ne pas boire d'alcool et changer de chaines quand il y a "Alerte à Malibu", à l'Islam du texte. Dès lors et jusque ma deuxième année à la fac, ma vie était réduite aux études, à la prière et quelques sorties en mode sandwich grec à St Michel puis monter, descendre et remonter les Champs Elysées en prenant soin de parler suffisamment fort pour déranger les gens et boiter en marchant, bien évidemment.

 

L’Institut du Monde Arabe m'offrait un accès gratuit à la Culture mais me garantissait, surtout, en même temps, un accès à une culture mondiale, à notre humanité. Là-bas, au sein de ce magnifique bâtiment dessiné par Jean Nouvel, je découvrais enfin mes origines, j'avais enfin une identité. Je n'étais plus le gars perdu, le cul entre deux chaises, coincé entre deux cultures. Surtout, je ne me sentais plus obligé de rejeter la culture du pays dans lequel je grandissais parce que je devais rester fidèle à ma culture d'origine, qui m'était pourtant inconnue.

 

Dès lors que je savais d'où je venais, que je savais qui j'étais, j'étais enfin prêt à accueillir dans mon existence ma double culture, arabe et française. Quand on sait d'où on vient, on ne craint plus de s'intégrer où on est. En y repensant, je me dis que mon rejet de la culture française était dû à ce que je faisais passer pour la défense de ma culture d'origine et qui finalement n'était qu'un ridicule maquillage de mon ignorance de la religion dont je me prétendais, du peuple dont j'étais issu, du pays d'où je venais.

 

Je suis ensuite passé de l'Institut du Monde Arabe au Centre Pompidou avec toujours l'envie d'en savoir plus sur la Tunisie, la France, le Monde. Je ne suis pas une encyclopédie vivante, loin de là, mais ce que la Culture m'a donné comme connaissance m'a permis de m'intégrer et avoir même des situations confortables et des responsabilités partout où j'ai vécu. Que ce soit en France, au Canada ou désormais de retour sur ma terre natale, en Tunisie.

 

Est-ce que la Culture est la solution miracle pour éloigner les jeunes du conservatisme, les conservateurs de l’extrémisme, les extrémistes du terrorisme, certainement pas. Parce qu'aucune culture, aucun peuple, aucune religion n'a de solution miracle. Il y a en revanche une solution, entre autres, qui permet de réduire les risques de passer du mauvais coté, celui de l'intolérance et la violence. La Culture permet de se situer dans l'Histoire, dans le monde, dans le pays où on vit et c'est peut-être cela la solution. Mieux se connaitre pour mieux comprendre les autres.

 

Je ne crois pas, ou plutôt je n'espère pas, si je n'avais pas été un jour à l'Institut du Monde Arabe que je serais passé du côté de ceux qui font couler le sang de ceux qui font couler de l'encre. En revanche peut être que si je n'avais pas eu accès à la Culture j' aurais participé au déclin humain auquel nous assistons.

 

Je laisse, pour réfléchir, à ceux qui ne croient toujours pas que la Culture peut nous prémunir de la violence des extrémistes et de l'intolérance des xénophobes un des plus beaux vers, d'un des grands poèmes de Victor Hugo, "A qui la faute"

 

Le livre en ta pensée entre, il défait en elle

Les liens que l'erreur à la vérité mêle,

Car toute conscience est un nœud gordien.

Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.

Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l'ôte.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Prochain article : le « séparatisme » n’est pas que musulman.

 

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 10:13

 

 

 

Dreyfus était juif et a été persécuté pour cela. Assange ne l’est pas.

Dreyfus fut poursuivi et condamné pour espionnage puis réhabilité parce qu’il était innocent.

Assange est poursuivi et sera condamné pour espionnage, mais ne sera pas réhabilité, alors qu’il n’est pas un espion.

Dreyfus fut condamné parce que ses accusateurs voulaient à tout prix qu’il paye pour la faute d’un autre.

Assange sera condamné par les Etatsuniens parce qu’il a fait un travail d’investigation de journaliste assimilé à de l’espionnage qui dérange l’Etat profond. Et l’objectif est de dissuader tout autre journaliste de procéder à des investigations comme l’a fait Assange.

Lors de l’affaire Dreyfus, la « grande » presse à de rares exceptions près était muette. Dans le cas d’Assange, la presse « mainstream » - particulièrement le « Monde » et le « Guardian » - est silencieuse ou d'une scandaleuse hypocrisie à l’égard d’une injustice qui la concerne au premier chef.

Lors de l’affaire Dreyfus, il y eut la courageuse intervention « J’accuse » d’Emile Zola qui, à terme, fut à l’origine de sa réhabilitation. Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture a aussi publié un « J’accuse » au sujet de la persécution de Julian Assange. (http://uranopole.over-blog.com/2020/04/j-accuse.html ), mais on peut douter que celui-ci mène à sa réhabilitation.

 

 

 

Il y a bien des points communs entre la traque de Julian Assange au début du XXIe siècle et celle du capitaine Dreyfus à la fin du XIXe siècle
Il y a bien des points communs entre la traque de Julian Assange au début du XXIe siècle et celle du capitaine Dreyfus à la fin du XIXe siècle

Il y a bien des points communs entre la traque de Julian Assange au début du XXIe siècle et celle du capitaine Dreyfus à la fin du XIXe siècle

 

 

 

Assange ne dispose d’aucun soutien dans l’establishment à l’exception de quelques personnalités artistiques et politiques comme Pamela Anderson ou Yanis Varoufakis et d’autres encore. Cependant, ces personnes sont marginalisées et ne disposent d’aucun moyen sérieux de pression pour mettre un terme à cette injustice.

 

Il faut le constater : aucun des « grands » du monde de la Presse, de celui de la Justice et de celui du monde académique ne lève le petit doigt pour Julian Assange. Certes, il y eut quelques protestations mais bien timides au regard de l’enjeu fondamental représenté par la traque du fondateur de Wikileaks.

 

Et quelle traque !

 

Traqué et traité avec la  violence d'Etat !

 

Comme l’explique John Pilger, un des rares grands journalistes, un Australien qui fut correspondant de guerre, solidaire d’Assange sans faille, mais lui aussi marginalisé. (http://uranopole.over-blog.com/2016/02/julian-assange-qui-l-emportera-la-force-ou-le-droit.html ). Comme témoin oculaire du procès de Julian Assange auquel il assiste à chaque audience depuis la reprise en septembre du procès en extradition à Londres, Pilger nous décrit dans une interview au site arena.org.au traduite en français et publiée au site « Le Grand Soir » du 2 octobre, un procès à la fois stalinien, kafkaïien et orwellien. Sa description est terrible et pose non seulement la question de la vie de Julian Assange et aussi de l’avenir de nos libertés fondamentales.

 

 

 

John Pilger est un ami de longue date de Julian Assange.

John Pilger est un ami de longue date de Julian Assange.

 

 

 

« L’atmosphère qui règne actuellement est choquante. Je le dis sans hésitation ; j’ai siégé dans de nombreux tribunaux et j’ai rarement connu une telle corruption de la procédure ; c’est une véritable vengeance. Si l’on met de côté le rituel associé à la "justice britannique", il a parfois évoqué un simulacre de procès stalinien. Une différence est que dans les procès-spectacles, l’accusé se tenait devant le tribunal proprement dit. Dans le procès d’Assange, le défendeur était enfermé derrière une épaisse vitre et devait ramper à genoux jusqu’à une fente dans la vitre, sous la surveillance de son gardien, pour entrer en contact avec ses avocats. Son message, chuchoté et à peine audible à travers les masques faciaux, était transmis par un post-it vers l’avant du tribunal où ses avocats plaidaient contre son extradition vers un enfer américain. »

 

Nous sommes, rappelons-le, en démocratie.

 

Pilger décrit ensuite le supplice que subit Julian Assange.

 

« C’était il y a plus d’un an. Au cours des trois dernières semaines, avant l’aube, il a été fouillé, enchaîné et préparé pour être transporté à la Cour pénale centrale, la Old Bailey, dans un camion que sa partenaire, Stella Moris, a décrit comme un cercueil renversé. Il avait une petite lucarne ; il devait se tenir debout de façon précaire pour regarder dehors. Le camion et ses gardes étaient exploités par Serco, l’une des nombreuses sociétés politiquement liées qui opèrent dans la majeure partie de la Grande-Bretagne de Boris Johnson. Le voyage durait une heure et demie. C’est un minimum de trois heures passées chaque jour dans un trafic qui avance à une allure d’escargot. Il a été conduit dans sa cage étroite au fond de la cour, puis a levé les yeux, en clignant des yeux, pour essayer de distinguer les visages dans la galerie publique à travers le reflet du verre. Il a vu la silhouette de son père, John Shipton, et moi, et nos poings se sont levés. À travers la vitre, il a tendu la main pour toucher les doigts de Stella, qui est avocate et qui est assise dans la salle. »

 

Et il ajoute :

 

« Considérez cette routine quotidienne de Julian Assange, un Australien jugé pour journalisme de vérité. Il a été réveillé à cinq heures dans sa cellule à la prison de Belmarsh, dans la morne banlieue sud de Londres. La première fois que j’ai vu Julian à Belmarsh, après avoir passé une demi-heure de contrôle de "sécurité", y compris le museau d’un chien dans mon derrière, j’ai trouvé une silhouette affreusement mince, assise seule et portant un brassard jaune. Il avait perdu plus de 10 kilos en quelques mois ; ses bras n’avaient plus de muscles. Ses premiers mots ont été : Je crois que je perds la tête.

 

J’ai essayé de lui assurer que ce n’était pas le cas. Sa résilience et son courage sont formidables, mais il y a une limite. »

 

Nous sommes, rappelons-le, en démocratie.

 

 

 

Dessin d'Assange dans sa cage de verre avec son gardien. On voit un homme manifestement vieilli et diminué

Dessin d'Assange dans sa cage de verre avec son gardien. On voit un homme manifestement vieilli et diminué

 

 

 

Il n’y a guère de différence avec ce qu’ont décrit il y a plus d’un demi-siècle Arthur Koestler dans « le Zéro et l’Infini » et George Orwell dans « Hommage à la Catalogne » et « 1984 ».

 

John Pilger n’a pas fini dans sa description du supplice que vit quotidiennement le fondateur de Wikileaks. Et il prend à témoin Charles Glass qui a été otage à Beyrouth.

 

« La partialité pure et simple des tribunaux dans lesquels j’ai siégé cette année et l’année dernière, avec Julian sur le banc des accusés, a entaché toute notion de justice britannique. Lorsque des policiers malhonnêtes l’ont traîné hors de son asile à l’ambassade équatorienne - regardez bien la photo et vous verrez qu’il tient un livre de Gore Vidal dans ses mains ; Assange a un humour politique similaire à celui de Vidal - un juge lui a infligé une peine scandaleuse de 50 semaines dans une prison de haute sécurité pour simple violation de la liberté sous caution.

 

Pendant des mois, il s’est vu refuser tout exercice physique et a été maintenu à l’isolement, déguisé en "soins de santé". Il m’a dit un jour qu’il faisait des allers et retours dans sa cellule pour son propre semi-marathon. Dans la cellule voisine, l’occupant a hurlé toute la nuit. Au début, il a été privé de ses lunettes de lecture, abandonnées dans l’ambassade lors de l’arrestation. On lui a refusé les documents juridiques avec lesquels préparer son dossier, ainsi que l’accès à la bibliothèque de la prison et l’utilisation d’un ordinateur portable de base. Les livres qui lui avaient été envoyés par un ami, le journaliste Charles Glass, lui-même survivant de la prise d’otages à Beyrouth, ont été retournés. Il ne pouvait pas appeler ses avocats américains. Il a été constamment médicamenté par les autorités de la prison. Quand je lui ai demandé ce qu’ils lui donnaient, il n’a pas pu me répondre. Le gouverneur de Belmarsh a été décoré de l’Ordre de l’Empire britannique. »

 

Nous sommes, rappelons-le, en démocratie.

 

Assange subit la torture !

 

Quant à l’état de santé physique et mentale de Julian Assange, c’est la catastrophe. Tout est fait pour le transformer en zombie, pour le déshumaniser.

 

« A l’Old Bailey, un des témoins médicaux experts, le Dr Kate Humphrey, neuropsychologue clinicienne à l’Imperial College de Londres, a décrit les dégâts : L’intellect de Julian était passé d’un niveau "supérieur, voire très supérieur" à un niveau "nettement inférieur" à ce niveau optimal, au point qu’il avait du mal à absorber l’information et à "fonctionner dans la moyenne inférieure".

 

C’est ce que (…) le professeur Nils Melzer, appelle la "torture psychologique", résultat d’un "harcèlement collectif" par les gouvernements et leurs médias. Certaines des preuves médicales d’experts sont si choquantes que je n’ai pas l’intention de les répéter ici. Il suffit de dire qu’Assange est diagnostiqué autiste et atteint du syndrome d’Asperger et que, selon le professeur Michael Kopelman, l’un des plus grands neuropsychiatres du monde, il souffre de "préoccupations suicidaires" et trouvera probablement un moyen de se suicider s’il est extradé vers l’Amérique»

 

Le procureur britannique a considéré devant les experts qui l’ont diagnostiqué que la maladie mentale de l’accusé est de la « simulation » !

 

Nous sommes, rappelons-le, en démocratie !

 

Le piège s’est refermé sur Assange

 

Ainsi, l’affaire est entendue avant même les plaidoiries. L’ancien diplomate Craig Murray qui assure la chronique quotidienne des audiences du procès d’extradition (voir à son sujet : http://uranopole.over-blog.com/2019/10/julian-assange-avant-qu-il-ne-soit-trop-tard.html ), a relaté dans le compte-rendu de l’audience du mercredi 23 septembre :

 

 

 

L'ancien diplomate Craig Murray suit quotidiennement le procès en extradition de Julian Assange. Il en fait un compte-rendu détaillé traduit en français sur le site Le Grand Soir.info.

L'ancien diplomate Craig Murray suit quotidiennement le procès en extradition de Julian Assange. Il en fait un compte-rendu détaillé traduit en français sur le site Le Grand Soir.info.

 

 

 

« Mercredi, le piège s’est refermé, car le juge Baraitser a insisté sur le fait que les témoins doivent conclure la semaine prochaine, et qu’aucun temps ne sera accordé pour la préparation des plaidoiries finales, qui doivent être entendues le lundi suivant. Ceci a amené la défense à se rapprocher le plus possible d’une protestation, soulignant qu’elle n’a toujours pas abordé le nouvel acte d’accusation remplaçant, et que le juge a refusé leur demande d’ajournement avant le début de l’audition des témoins, pour leur donner le temps de le faire.

 

Edward Fitzgerald QC pour la défense a également souligné qu’il y avait eu de nombreux témoins dont les témoignages devaient être pris en compte, et que les conclusions écrites finales devaient être préparées physiquement en se référant aux transcriptions et autres pièces du procès. Baraitser a répondu que la défense lui avait donné 200 pages de plaidoirie d’ouverture et qu’elle ne voyait pas pourquoi il en faudrait davantage. Fitzgerald, qui est un gentleman de la vieille école dans le sens le plus sympathique du terme, s’est efforcé d’exprimer son étonnement de voir que toutes les preuves depuis les plaidoiries d’ouverture pouvaient être rejetées comme inutiles et sans effet.

 

Je crains que dans tout Londres, une pluie très forte ne tombe maintenant sur ceux qui, pendant toute une vie, ont travaillé au sein d’institutions de démocratie libérale qui, au moins largement et habituellement, fonctionnaient dans le cadre de la gouvernance de leurs propres principes professés. Dès le premier jour, il m’est apparu clairement que je suis en train de suivre une mascarade. Je ne suis pas du tout choqué que Baraitser pense que seuls les arguments d’ouverture écrits ont une importance quelconque. Je vous ai rapporté à maintes reprises que, lorsque des décisions doivent être rendues, elle les a présentées au tribunal sous forme pré-écrite, avant d’entendre les arguments qui lui sont présentés.

 

Je suis convaincu que la décision finale a déjà été prise dans cette affaire avant même que les plaidoiries ne soient entendues. »

 

 

Qui est le prochain ?

 

 

John Pilger termine par un réquisitoire contre l’attitude de la presse britannique et particulièrement du « Guardian » en cette dramatique affaire :

 

 

« En Australie, pays d’origine d’Assange, la "couverture" suit une formule familière établie à l’étranger. Le correspondant londonien du Sydney Morning Herald, Latika Bourke, l’a écrit récemment :

 

 

Le tribunal a appris qu’Assange était devenu dépressif pendant les sept années qu’il a passées à l’ambassade équatorienne où il a demandé l’asile politique pour échapper à l’extradition vers la Suède afin de répondre aux accusations de viol et d’agression sexuelle.

 

 

Il n’y a pas eu d’accusations de viol et d’agression sexuelle en Suède. La paresse de Latika Bourke n’est pas exceptionnelle. Si le procès Assange est le procès politique du siècle, comme je le crois, son issue ne scellera pas seulement le sort d’un journaliste qui fait son travail, mais intimidera les principes mêmes de la liberté de journalisme et de la liberté d’expression. L’absence d’un compte-rendu sérieux du procès est, à tout le moins, autodestructrice. Les journalistes devraient se demander : qui est le prochain ?

 

 

La honte du « Guardian »

 

 

Tout cela est une honte. Il y a dix ans, le Guardian a exploité l’œuvre d’Assange, en a revendiqué les bénéfices et les prix ainsi qu’un lucratif contrat hollywoodien, puis s’est retourné contre lui avec du venin. Tout au long du procès, deux noms ont été cités par l’accusation, celui de David Leigh du Guardian, aujourd’hui à la retraite en tant que "rédacteur des enquêtes", et celui de Luke Harding, le Russophobe et auteur d’un "scoop" fictif du Guardian qui prétend que le conseiller du Trump, Paul Manafort, et un groupe de Russes ont rendu visite à Assange à l’ambassade d’Équateur. Cela ne s’est jamais produit et le Guardian n’a toujours pas présenté d’excuses. Le livre de Harding et Leigh sur Assange - écrit dans le dos de leur sujet - a révélé un mot de passe secret pour un fichier WikiLeaks qu’Assange avait confié à Leigh lors du "partenariat" du Guardian. Il est difficile de comprendre pourquoi la défense n’a pas appelé ce duo.

 

Assange est cité dans leur livre déclarant, lors d’un dîner dans un restaurant londonien, qu’il se moquait de savoir si les informateurs cités dans les fuites avaient subi un préjudice. Ni Harding ni Leigh n’étaient présents au dîner. John Goetz, un journaliste d’investigation de Der Spiegel, était présent au dîner et a témoigné qu’Assange n’avait rien dit de tel. Incroyablement, le juge Baraitser a empêché Goetz de dire cela au tribunal. »

 

 

Le « Monde » à double pensée

 

 

Quant au « Monde », on atteint le summum de l’hypocrisie. Laurent Dauré dans « Le Grand Soir » rapporte :

 

Malgré ce contexte, en à peine 3 500 signes (550 mots), l’éditorial du Monde du 25 février – qui exprime donc le point de vue de la rédaction – réussit le tour de force de désapprouver l’extradition tout en éreintant implacablement l’homme innocent qui en est la cible, un « confrère » passionnément dévoué à la justice et à la vérité. On entrevoit un ignoble sous-texte : « Julian Assange a quand même un peu mérité sa disgrâce ». Dans un concentré de friponnerie intellectuelle, le quotidien énumère les principales critiques – et calomnies – des médias dominants (et parfois moins dominants...) à l’égard du fondateur de WikiLeaks et des actions de l’organisation. Et de citer des sentences à double sens, ce qui caractérise le « journal de référence », tel qu’il est devenu.

« Pour les défenseurs de la liberté d’informer, Julian Assange, 48 ans, n’est pas un “client” facile. »

Ou encore :

« Le fondateur de WikiLeaks est-il un lanceur d’alerte courageux, acharné à révéler des vérités utiles mais dérangeantes, ou un hackeur militant de la transparence absolue, dévoyé, et piégé par un Donald Trump dont il a aidé l’élection ? »

 

Le « meilleur » est pour la fin. Laurent Dauré explique :

 

« Assange a dit à plusieurs reprises que WikiLeaks aurait publié des documents pertinents sur l’équipe Trump s’ils en avaient reçus ; en janvier 2017, l’organisation a même fait un appel pour qu’on lui transmette la déclaration d’impôts que le président américain refuse de rendre publique après avoir promis de le faire pendant la campagne. Le Monde n’a cure de l’altruisme profondément humaniste de Julian Assange, il lui attribue une part de responsabilité dans la défaite de la « reine du chaos », et cela est impardonnable à ses yeux.

 

- « À cette époque, Julian Assange a confié ces centaines de milliers de documents militaires et diplomatiques à cinq journaux, dont le Guardian, le New York Times et Le Monde, en acceptant leurs règles éthiques, notamment la protection des sources. Les documents publiés furent donc expurgés des identités de toute personne susceptible d’être mise en danger, et éclairés par l’expertise indépendante des journalistes des cinq rédactions. »

 

L’art de se jeter des fleurs… et de minimiser l’apport et le sérieux de WikiLeaks. Ce passage laisse entendre qu’avant de collaborer avec ces phares de la presse internationale, l’organisation ne suivait pas de règles éthiques exigeantes, protégeait mal ses sources, etc. C’est faux. D’ailleurs Le Monde s’empêtre tout seul dans une incohérence car pourquoi aurait-il voulu s’associer à un partenaire irresponsable et négligent ? WikiLeaks a toujours eu le souci de veiller à la protection de ses sources et de travailler méticuleusement sur les documents fuités avant de les mettre à disposition du public. »

Laissons la conclusion à John Pilger :

 

« Ce qui est en jeu pour le reste d’entre nous l’est depuis longtemps : la liberté de demander des comptes à l’autorité, la liberté de contester, de crier à l’hypocrisie, de manifester sa dissidence. La différence aujourd’hui est que la puissance impériale du monde, les États-Unis, n’a jamais été aussi inquiète de son autorité métastatique qu’elle ne l’est aujourd’hui. Comme une voyou qui s’agite, elle nous précipitera vers une guerre mondiale si nous la laissons faire. Les médias ne reflètent guère cette menace.

 

 

WikiLeaks, en revanche, nous a permis d’entrevoir une marche impériale effrénée à travers des sociétés entières - pensez au carnage en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yémen, pour n’en citer que quelques-uns, à la dépossession de 37 millions de personnes et à la mort de 12 millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans la "guerre contre le terrorisme" - la plupart derrière une façade de mensonges.

 

Julian Assange est une menace pour ces horreurs récurrentes - c’est pourquoi il est persécuté, pourquoi une cour de justice est devenue un instrument d’oppression, pourquoi il devrait être notre conscience collective : pourquoi nous devrions tous être cette menace.

 

La décision du juge sera connue le 4 janvier. »

 

Aussi, comme par hasard, Assange sera extradé après le 4 janvier 2021, sauf très improbable retournement de situation, juste après la prestation de serment du Président US élu. Et pas d’illusion : si c’est Joe Biden, le sort du fondateur de Wikileaks ne sera guère meilleur, car à l’époque où il était vice-président d’Obama, Biden l’a traité d’espion terroriste.

 

 

Nous sommes, rappelons-le, en démocratie !

 

 

Pierre Verhas

 

 

Post scriptum

 

 

« Nous vivons le XXIe siècle avec une mentalité pré copernicienne. »

 

 

Voilà ce qu’explique le professeur tunisien Nader Hammami. Nader Hammami est Docteur en civilisation arabo-musulmane de l'Université de la Manouba, Enseignant-chercheur à l'Université de Carthage. Ses recherches portent sur les études coraniques, l'imaginaire historique et religieux. Il adhère à un Islam libéral et dans cette vidéo d’un entretien à une télévision tunisienne et diffusée sur les réseaux sociaux par Madame Faouzia Charfi, professeure à l’Université de Tunis et auteure de « La Science voilée » (Odile Jacob, 2017), Nader Hammami dénonce avec subtilité l’emprise de la religion sur les activités humaines. Il s’exprime ici en arabe et les sous-titres sont en français.

 

 

 

 

 

 

Si j’ai toujours refusé l’interdiction du voile au nom de la liberté de conscience et de… s’habiller comme on l’entend, l’emprise de plus en plus importante de la religion sur la vie sociale et sur les relations entre les personnes doit être combattue avec vigueur si nous voulons vivre dans une société libre. Il nous faut saluer des personnalités comme Madame Faouzia Charfi et Monsieur Nader Hammami qui sont en première ligne dans ce combat.

 

P.V.

 

 

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 15:16

 

 

 

On évoque régulièrement la Justice à deux vitesses, en clair la Justice de classe. Mais depuis la crise des migrants, on ne parle pas de la double Justice, c’est-à-dire celle où se heurtent deux règles légales contradictoires. Lorsque l’on rencontre une personne en danger, passer outre est constitutif du délit de non-assistance à personne en danger, délit sévèrement condamné par les Cours et tribunaux. Précisons en outre que cette disposition du Code Pénal ne précise pas quelle est la nature de la « personne » en danger.

 

Mais quand on porte secours à des jeunes femmes migrantes blessées en pleine montagne, dans le froid, on est poursuivi en France pour avoir porté illégalement aide et assistance à l’immigration clandestine. Donc, une loi de circonstance par ailleurs contestée par les plus hautes juridictions nationales et internationales l’emporte sur un principe fondamental de droit.

 

Alors, double question : où est la Justice ? Où est la loi ? La loi, expression de la volonté populaire est universelle, et la Justice se doit d’être rendue en son respect. Mais comment faire si les règles légales sont contradictoires ?

 

Bernard Gensane, bien connu des lecteurs d’Uranopole rapporte sur son blog ( http://bernard-gensane.over-blog.com/ ) cette histoire aussi émouvante qu’interpellante de Pierre-Alain Mannoui qui, roulant en pleine nuit dans les montagnes des Alpes Maritimes, rentrant chez lui, a rencontré sur sa route trois jeunes femmes africaines blessées et transies de froid. Il les réconforte tant bien que mal et les embarque dans sa voiture pour les emmener à l’hôpital le plus proche.

 

La suite est narrée par la mère de Pierre-Alain.

 

Oui, non seulement les migrants, mais nous aussi sommes en danger.

 

P.V.

 

 

 

Pierre-Alain Mannoui se retrouve devant la Justice parce qu'il est un homme juste.

Pierre-Alain Mannoui se retrouve devant la Justice parce qu'il est un homme juste.

 

 

 

Voici les nouvelles des procédures judiciaires de mon fils Pierre-Alain. Après 4 ans de procédure, les frais de justice continuent de s'accumuler, merci de votre générosité pour sa cagnotte.

 

 

L'aide aux migrants - Ma folle épopée judiciaire 

 


 
En 2016, dans le froid de la montagne des Alpes-Maritimes, en pleine nuit, j’ai rencontré 3 jeunes femmes qui étaient gravement blessées. Elles avaient fui la dictature d'Érythrée, elles étaient passées par les marchés aux esclaves de la Lybie et s’étaient perdues sur une route près de chez moi. Je les ai emmenées dans ma voiture pour les mettre à l'abri et qu'elles reçoivent des soins. On nous arrêté au péage et mis des menottes parce qu’elles n’avaient pas les bons papiers. 

 


Depuis des années ces dérives graves de l'Etat sont portées devant les juridictions par des associations ou des citoyens isolés. D’ailleurs cette année : 

 


Le conseil d'État et le Conseil Constitutionnel a confirmé que la France ne respecte pas sa devise Fraternité et son obligation d'accueillir les plus vulnérables comme les femmes ou les enfants fuyant les guerres. 

 


En référence à l’article 3 sur la torture la Cour Européenne des Droits de l'Homme vient de condamner la France sur la façon dont elle a traité des personnes qui devaient être mises à l'abris. 

 


Et même des policiers à Briançon ont été condamnés à de la prison pour avoir répété violences, humiliations et vols sur des personnes qui avaient besoins d'aide. 

 


Malgré cela pour la 5e fois je me retrouve devant un tribunal. Un épopée judiciaire digne des plus grandes affaires : 1ere Instance à Nice, Cour d’Appel d’Aix en Provence, Cour de Cassation à Paris, Conseil Constitutionnel et maintenant une nouvelle cour d’appel à Lyon. Car en fait l'enjeux de cette affaire qui peut paraitre ubuesque fait froid dans le dos : 

 


Est ce qu’il faut éduquer nos enfants en disant qu'il y a certaines personnes différentes qu'il ne faut pas secourir ? Comme les juifs à une autre époque… 

 


Est ce qu’il faut réduire la définition de la Fraternité ? Comme on l'a fait sous l'occupation… 

 


Alors voilà j’y retourne pour que plus personne ne soit poursuivi pour avoir été humain, pour avoir accueilli comme cela s’est toujours fait partout et à toutes les époques. C'est aussi pour ça qu'un rassemblement est prévu le jour du procès, devant la cour d'appel de Lyon le 23 septembre 2020 à 13h.  


 
Mais il y a de l’espoir car nous sommes très nombreux à être humain. En ce moment par exemple des bénévoles comme ceux de Roya-Citoyenne apportent de la chaleur humaine et de la nourriture à des gens laissés à l'abandon grâce à vos dons et votre aide. 

 

24 SEPT. 2020 — 

 

Il est 19h45, elle a commencé à 13h30

 

Ça a été dur, très lourd...

 

L’avocat général souhaite la condamnation. Il a cherché à faire passer Pierre-Alain pour un militant. Et un militant connaît la loi et la loi c’est la loi et Pierre-Alain savait qu’il ne respectait pas la loi, voilà son argumentation qui a duré plus d’une heure.

 

Il demande 5 mois de prison avec sursis.

 

Pour la défense Pierre-Alain est un citoyen ordinaire qui s’est trouvé en présence de gens en souffrance ayant besoin d’aide. Maëva, son avocat, a été très bonne. Elle a relevé des anomalies dans le réquisitoire de l’avocat général.

 

Pierre-Alain a été très solide, à la barre pendant 3 heures sans interruption. Plus des questions supplémentaires à la fin.

 

J’ai trouvé que le président de la Cour cherchait à le coincer sur des petits détails, il coupait les cheveux en quatre dans la première partie de l’audience. Il paraissait plus humain pendant le réquisitoire du procureur. Ce dernier m’a fait frémir mais certaines personnes ont trouvé qu’il avait fait des erreurs.

 

Je suis incapable de tout comprendre dans ces démonstrations de haut vol des lois.

 

Mais je me suis dit en l’écoutant que respecter la loi de façon aussi dépourvue d’humanité et de fraternité mènerait à une société où je n’aurais pas envie de vivre.

 

Je n’aimerais pas le croiser. C’est de l’acier.

 

J’ai bien compris le sens de « raide comme la justice » ! Oui vraiment très raide !

 

Suis nouée,

 

Le verdict sera rendu le 28 octobre à 13h30

 

… À suivre

 

Dans le meilleur des cas Pierre-Alain sera relaxé mais à mon avis le procureur ira en cassation. Il veut le faire condamner

 

Autrement si Pierre-Alain est condamné, c’est lui qui ira en cassation pour aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme.

 

Donc on n’est pas sorti de l’auberge...

 

Ouf.

 

Pas facile.

 

Post-Scriptum

 

 

Israël : un témoignage accablant

 

Eléonore Merza Bronstein et son compagnon Eitan Bronstein Aparicio, ont quitté à la fin de l’année dernière l’Etat d’Israël pour s’installer en Belgique. Eléonore est une femme d’origine juive et musulmane qui est partie en Israël pendant sa jeunesse mais qui a refusé d’en prendre la nationalité pour des raisons politiques. Elle a rencontré Eitan, un Israélien qui a fait son alya en 1965, à l’âge de cinq ans, en provenance d’Argentine. Il a travaillé dans un kibboutz. Il a fondé en 2001 l’ONG Zochrot pour sensibiliser l’opinion israélienne sur la Nakba – la catastrophe en arabe -, c’est-à-dire l’expulsion de quelque 750.000 Arabes palestiniens par les milices juives du territoire du futur Etat d’Israël en 1947-48.

 

J’ai rencontré Eléonore en Israël quelques semaines avant son exil volontaire en Belgique, elle est une femme déterminée, courageuse, dotée d’une grande ouverture d’esprit, mais elle ne supportait plus le poids de la « pensée unique » sioniste qui marginalisait son couple et ses enfants dans la société israélienne.

 

Eléonore et Eitan ont contribué à un travail à la fois anthropologique et géographique : cartographier tous les villages arabes sur lesquels les Israéliens ont construit leurs propres cités et leurs propres villages. Ainsi, la Nakba ne consistait pas seulement à expulser les Arabes de Palestine, mais aussi à détruire leur passé et à effacer leur histoire. La carte qui a été publiée est un terrible acte d’accusation aussi bien contre l’Israël d’avant 1967 que celui dans les territoires occupés depuis – le Golan et la Cisjordanie.

 

 

Eleonore Merza Bronstein et son compagnon Eitant Brosntein Aparicio

Eleonore Merza Bronstein et son compagnon Eitant Brosntein Aparicio

La double Justice

 

Eléonore et Eitan ont publié un ouvrage en français intitulé « Nakba Pour la reconnaissance de la tragédie palestinienne en Israël ». (Éditions Omniscience : www.omniscience.fr ). Il s’agit d’un dialogue entre eux deux où ils allient leurs histoires personnelles et militantes avec l’histoire mouvementée de cette région du monde.

 

Désormais installés et travaillant en Belgique, Eléonore et Eitan accordent des interviews à différents médias où ils expliquent à la fois leurs parcours et les enjeux de ce conflit tragique et interminable, en dénonçant un processus totalitaire qui se perpétue. En voici une diffusée sur le réseau social Facebook.

 

https://www.facebook.com/ajplusfrancais/videos/311716833257011

 

P.V.

 

 

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 19:44

 

 

 

Je ne m’attendais pas après mes derniers articles postés sur la question des relations entre l’Islam et la société européenne à une fois de plus discuter de la question du voile. Voici que cette controverse malsaine a resurgi cette fois-ci avec de sérieuses conséquences. Quand cela ? Le 31 août. Où cela ? Au conseil communal de Molenbeek, la commune belge la plus mondialement connue avec Waterloo, pour reprendre les paroles de Merry Hermanus sur Facebook.

 

 

 

Le voile s'est répandu pratiquement partout dans les pays occidentaux (ici au Québec). L'interdire d'une manière ou d'une autre est une grossière erreur.

Le voile s'est répandu pratiquement partout dans les pays occidentaux (ici au Québec). L'interdire d'une manière ou d'une autre est une grossière erreur.

 

 

 

À l’ordre du jour de ce conseil figurait une proposition de modification du règlement de travail des employés communaux portant sur l’autorisation du port des « signes convictionnels » sur les lieux de travail, en clair le port du voile musulman. L’affaire était mal emmanchée. La bourgmestre socialiste Catherine Moureaux était opposée à cette proposition contrairement à d’autres membres du Collège qu’elle préside et aussi à plusieurs membres du groupe socialiste du Conseil. La majorité molenbeekoise est une tripartite composée des socialistes francophones (PS), des socialistes flamands (SPa) et du MR (libéral de droite). Le PS et le SPa se sont divisés sur ce dossier. Et cette division est apparue au conseil communal, au sein même du groupe PS. En effet, c’est à la fin de la séance du conseil communal, vers 2 h du matin, que le conseiller communal PS Jamal Ikazban qui est aussi chef de groupe socialiste au sein du Parlement régional bruxellois, a déposé une motion demandant l’application de la « neutralité inclusive » à la commune de Molenbeek. En clair, permettre le port des signes religieux aux fonctionnaires communaux. Cette motion a été adoptée. Seuls les libéraux ont voté contre. Les Ecolos dans l’opposition ont voté pour à une exception près, les deux autres partis d’opposition, le CDH (chrétiens) et le PTB (gauche radicale) ont également voté pour. Ainsi, la bourgmestre Catherine Moureaux est mise en minorité.

 

 

 

Lorsqu'elle fut triomphalement élue bourgmestre de Molenbeek; Catherine Moureaux ne mesura sans doute pas les énormes difficultés avec lesquelles elle sera confrontée, notamment avec la communauté musulmane de Molenbeek gangrenée par l'islamisme.

Lorsqu'elle fut triomphalement élue bourgmestre de Molenbeek; Catherine Moureaux ne mesura sans doute pas les énormes difficultés avec lesquelles elle sera confrontée, notamment avec la communauté musulmane de Molenbeek gangrenée par l'islamisme.

 

 

 

« Neutralité inclusive » : une manipulation sémantique de plus

 

Remarquons que l’on se trouve une fois de plus devant le cas d’une manipulation sémantique du type de celles que dénonçait George Orwell dans son dernier roman « 1984 » par sa description de la « novlangue ». On adjoint un qualificatif à un substantif qui exprime un concept clair, ce qui a pour effet de lui donner une autre définition. Ainsi, rappelons-nous la « laïcité positive » prônée par Nicolas Sarkozy lors de son discours de Latran en 2007 où il prétendit attacher plus d’importance au curé qu’à l’instituteur. La laïcité tout court est donc implicitement négative ! Aujourd’hui, il est question de « neutralité inclusive ». Cela implique donc que la neutralité tout court est donc exclusive.

 

On ne mesure pas les conséquences de ces pratiques sémantiques. Elles ouvrent la porte au totalitarisme tout comme les tenants du « politiquement correct » qui, dans les relations intercommunautaires, imposent aussi une nouvelle sémantique depuis les drames de Minneapolis et du Wisconsin, comme l’interdiction de prononcer certains mots comme « Noirs » qui sont remplacés par « Afro-descendants ». Un éditeur n’a pas hésité à changer le titre d’un roman d’Agata Christie – cela ne date pas d’hier ! – « Les dix petits nègres ». Cela a l’air drolatique, mais c’est avant tout inquiétant : une fois de plus Orwell. On appauvrit la langue pour qu’elle soit conforme à une idéologie. L’étape suivante sera-t-elle de supprimer ou de modifier des mots « inconvenants » dans les textes des œuvres littéraires ?

 

La gauche bruxelloise : le schisme est bien là !

 

Revenons à notre controverse politique. Le vote de la motion à Molenbeek a provoqué d’autres remous.

 

La commune voisine, Bruxelles-ville, qui est dirigée par une majorité PS - Ecolo a une tout autre approche : elle interdit le port du voile et de tous signes religieux dans les écoles supérieures de son ressort. À la suite d’une plainte introduite par une étudiante de la haute école Francisco Ferrer dépendant de la Ville de Bruxelles contre son règlement d’ordre intérieur, la Cour constitutionnelle a avalisé ce règlement au nom du principe de neutralité. Voilà donc les deux partis de la gauche bruxelloise qui sont divisés. Et il ne faut surtout pas penser que le clivage est entre militants « issus de l’immigration » et militants « belgo-belges ». Ainsi, l’échevine socialiste de l’Instruction publique – quelle splendide expression ! – de la Ville de Bruxelles, Faouzia Hariche, s’est réjouie de l’arrêt de la Cour constitutionnelle : « La Cour garantit la validité du projet pédagogique de la Ville visant à instituer un environnement éducatif totalement neutre. »

 

 

 

Faouzia Hariche, échevine socialiste de l'Instruction publique de Bruxelles-Ville : une femme courageuse qui ne déroge pas à ses principes.

Faouzia Hariche, échevine socialiste de l'Instruction publique de Bruxelles-Ville : une femme courageuse qui ne déroge pas à ses principes.

 

 

 

D’un côté, une partie des socialistes de Molenbeek s’expriment pour le port du voile, de l’autre, les socialistes de la Ville y sont opposés. Cette question va donc bien au-delà d’une querelle locale.

 

On le constate aussi bien chez les socialistes que chez les écolos. Il y a eu aussi une rupture dans la section Ecolo de Molenbeek. Rajae Maouane, conseillère communale a voulu imposer aux autres conseillers de son groupe le vote de la motion déposée par Ikazban. Un seul conseiller, par ailleurs chef de groupe des Verts molenbeekois, Karim Majoros, s’est abstenu et a aussitôt démissionné de son mandat ! C’est assez rare pour être noté : M. Majoros démissionne de son mandat alors qu’en général, c’est l’inverse. On démissionne de son parti et on garde son mandat… et ses avantages ! Bravo Monsieur Majoros, vous honorez l’éthique démocratique !

 

 

 

Le conseiller communal Ecolo de Molenbeek, Karim Majoros, a fait preuve de courage et de sens de l'éthique politique.

Le conseiller communal Ecolo de Molenbeek, Karim Majoros, a fait preuve de courage et de sens de l'éthique politique.

 

 

 

Mme Maouane n’est pas n’importe qui : elle est co-présidente nationale du parti Ecolo. Ikazban, quant à lui, est député régional et chef du groupe PS au Parlement bruxellois. Avec en plus, les divergences avec les socialistes et écologistes de Bruxelles-Ville, l’affaire dépasse de loin le cadre local et concerne la Région bruxelloise, sinon le pays tout entier. Rajae Maouane a beau dire : « Nous considérons que la neutralité concerne les actes posés par les agents et non l’apparence » (L’Echo, 3 septembre 2020), le schisme est bien là !

 

 

 

Rajae Maouane, conseillère communale Ecolo à Molenbeek et co-présidente du parti Ecolo a choisi la voie communautariste.

Rajae Maouane, conseillère communale Ecolo à Molenbeek et co-présidente du parti Ecolo a choisi la voie communautariste.

 

 

 

De même, Jamal Ikazban est connu pour être un militant islamiste. On le dit proche des Frères musulmans. On l’a surpris faire le signe des Frères lors d’une manifestation propalestinienne. Il ne cache pas son soutien au Hamas et soutient systématiquement le port du voile, voire de la burka. Et, bien entendu, il n’a jamais expliqué clairement sa position.

 

 

 

Jamal Ikazban, conseiller communal PS à Molenbeek, député régional bruxellois et chef de groupe PS au Parlement régional fait ici le signe des Frères musulmans lors d'une manifestation de solidarité avec la Paslestine à laquelle j'ai participé.

Jamal Ikazban, conseiller communal PS à Molenbeek, député régional bruxellois et chef de groupe PS au Parlement régional fait ici le signe des Frères musulmans lors d'une manifestation de solidarité avec la Paslestine à laquelle j'ai participé.

 

 

 

Au niveau de la Fédération régionale du PS, son président Ahmed Laaouej et chef de groupe socialiste à la Chambre des représentants, n’a jamais explicité sa position en la matière. Lorsqu’il fit campagne pour la présidence de la Fédération, il promit un débat sur la laïcité. Il a été élu avec 52 % des votes exprimés, ce qui est loin d’être un plébiscite. Aussi, même s’il mène une opposition rude au Parlement fédéral, il se tait dans toutes les langues au sujet des questions relatives à la laïcité. Sur le plan fédéral, on n’a jamais rien entendu de précis de la part du président du PS Paul Magnette. Il est vrai qu’il est fort occupé par les négociations pour la formation d’un éventuel gouvernement fédéral…

 

 

 

Ahmed Laaouej, député bourgmestre de la commune bruxelloise de Koekelbergh, chef du groupe PS au Parlement fédéral et Président de la Fédération bruxelloise du PS ne s'est toujours pas exprimé sur la question du communautarisme.

Ahmed Laaouej, député bourgmestre de la commune bruxelloise de Koekelbergh, chef du groupe PS au Parlement fédéral et Président de la Fédération bruxelloise du PS ne s'est toujours pas exprimé sur la question du communautarisme.

 

 

 

Au niveau du parti Ecolo, les deux co-présidents, le wallon Jean-Marc Nollet et la bruxelloise Rajae Maouane ne se sont toujours pas exprimé sur le sujet. L’Echo rapporte : « Concernant les pressions exercées par la co-présidente bruxelloise, la porte-parole bruxelloise du parti Lauriane Deschamps dément. ‘Il y a effectivement eu un débat sur le positionnement à adopter sur ce vote et il a été décidé que Karim Majoros s’exprimerait à titre individuel en raison de sa position différente, affirme-t-elle. Et d’ajouter que les propos de Rajae Maouane collent totalement avec le programme. ‘Elle ne fait pas mention des fonctions d’autorité car on parle d’un règlement de travail pour le personnel de l’administration et non de la police par exemple. La portée limitée du texte ne nécessitait pas de détailler la position d’Ecolo. »

 

Cette déclaration mérite de figurer en bonne place dans l’anthologie de la langue de bois !

 

Aujourd’hui, c’est trop tard !

 

Ces prises de position ambiguës des leaders écologistes et socialistes cachent mal un schisme qui est sans doute consommé de facto avant de l’être de jure.

 

Ma position a toujours été très claire et je l’ai écrit à plusieurs reprises : la querelle sur le voile déclenchée il y a plus de trente ans est malsaine, inefficace et dangereuse. Elle est malsaine en ce sens que l’on s’attaque à un droit individuel des femmes musulmanes, celui de s’habiller librement. Elle est inefficace parce qu’il est quasi impossible d’interdire de porter un signe quelconque s’il ne porte atteinte à l’ordre public. Elle est dangereuse, car elle sert de prétexte aux islamistes à déclencher un rapport de forces qui tournera en leur faveur. On vient de le voir avec la controverse de Molenbeek. Avant que le voile ne devienne le porte-étendard du fanatisme à cause de la mauvaise stratégie des mouvements laïques qui ont préféré l'interdiction à la controverse, il aurait fallu au contraire faire preuve de tolérance et ne pas mettre de l'huile sur le feu d'une guerre perdue d’avance. Aujourd’hui, c’est trop tard !

 

La pratique politicienne actuelle est de systématiquement différer les questions qui fâchent.  L’affaire du voile cache mal les relations tendues entre les communautés de confession musulmane et les tenants d’un système de libre pensée, qu’ils soient « blancs bleus belges » ou issus de l’immigration. Aujourd’hui, c’est une source de conflit majeur !

 

Au niveau de la Région bruxelloise, il sera quasi impossible de trouver un modus vivendi avec, selon des statistiques publiées par l’hebdomadaire « Le Vif », 49,5 % d’électeurs considérés comme musulmans. On paie à la fois le laxisme et l’aveuglement. C’est une honte de la part de plusieurs municipalistes et de responsables politiques régionaux d’avoir laissé pour compte de nombreux quartiers qui sont devenus le domaine des dealers et des imams de garage qui répandent la peste islamiste. Aujourd’hui, il n’est plus possible de réparer !

 

Quant à la gauche, elle est déchirée et donc inefficace et donc en voie de disparition.

 

Alors, posons-nous la seule question : Que faire ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Post-scriptum

 

Au terme de chaque article, « Uranopole » posera dorénavant un post-scriptum avec des infos qui ne concernent pas nécessairement le sujet traité.

 

Exit Jacques Carmeliet

 

Mon camarade Jacques Carmeliet vient de disparaître à l’âge de 85 ans. Il fut un compagnon de combat et un joyeux compagnon de vie. D’abord communiste, puis socialiste, il fut un infatigable syndicaliste représentant le PATO (Personnel Administratif Technique Ouvrier) à l’ULB. Il milita après sa prise de pension au PS à Uccle où il joua un rôle important, à la fois ferme et modérateur. Il est toujours resté fidèle aux principes de base de Justice et de Solidarité.

 

R.I.P. Jacques !

 

 

 

Jacques Carmeliet, joyeux compagnon et camarade avisé, n'est plus !

Jacques Carmeliet, joyeux compagnon et camarade avisé, n'est plus !

 

 

 

Lundi 7 septembre 17 h 00 : devant l’ambassade du Royaume Uni à Bruxelles, manifestation en solidarité avec Julian Assange

 

Ambassade du Royaume-Uni 10 avenue d'Auderghem (Rond-point Schuman) (Métro : Schuman)

Le 7 septembre, le procès de Julian Assange continuera à Londres et devrait durer 3 semaines.

Julian Assange est menacé d'extradition vers les Etats-Unis où il risquerait jusqu'à 175 années de prison.


Ce jour-là, marquons notre soutien à Julian Assange, soyons nombreux devant l'ambassade du Royaume-Uni à dire non à son extradition.


La décision dépend aussi de nous !

 

 

 

 

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 16:59

 

 

 

Le 2 septembre s’ouvrira à la Cour d’assises spéciale de Paris le procès des complices et compagnes des auteurs des attentats meurtriers des 7, 8 et 9 janvier 2015 contre l’hebdomadaire « Charlie Hebdo », de l’assassinat d’une policière municipale à Montrouge et du massacre de l’Hyper Casher de Vincennes.

 

Cinq ans après, que pourra apporter un procès qui ne condamnera que des seconds couteaux, tous les auteurs de ces actes criminels ayant été tués ? Pourtant, la Justice française attache à ce dossier une importance historique : les audiences prévues pour durer deux mois et demi seront filmées.

 

 

 

Fresque représentant les journalistes et dessinateurs tués lors de l'attaque contre "Charlie Hebdo" le  7 janvier 2015

Fresque représentant les journalistes et dessinateurs tués lors de l'attaque contre "Charlie Hebdo" le 7 janvier 2015

 

 

 

Deux conceptions du monde

 

Une fois de plus, ce sera un débat entre deux conceptions du monde en conflit : la société occidentale sécularisée et les sociétés fondées sur la religion, ou entre l’universalisme laïque et le communautarisme. Les deux se considèrent comme supérieures et détentrice de cette valeur suprême : « La civilisation » … En plus, sur le plan historique les Européens ont colonisé au XIXe siècle l’Afrique, le Moyen-Orient et une partie de l’Asie. Les guerres de décolonisation qui se sont soldées dans les deux décennies qui ont suivi la Seconde guerre mondiale par le retrait des Européens, ont généré ce qu’on appelle le néocolonialisme – c’est-à-dire le pillage encore plus intense des ressources des anciennes colonies – et une véritable guerre idéologique entre deux visions opposées du monde.

 

 

Est-ce le fameux « choc des civilisations » cher aux néoconservateurs américains ? Non, car les « civilisations » entretiennent des relations entre elles depuis des siècles. En réalité, on peut se demander si « civilisation » est un concept réel. Il n’y a pas de rapports de forces entre elles, mais entre des peuples qui ont des intérêts divergents et qui ont chacun leur propre culture. Dans ce rapport de force s’est introduit la religion. Et là, le conflit prend une autre nature. La religion sert en effet d’arme idéologique, car, qu’il s’agisse de l’Islam ou de la Chrétienté, la religion monothéiste est prosélyte et veut imposer sa vision au reste du monde.

 

 

Dès lors, deux questions se posent en ce débat parmi les plus tendus de notre temps. La première est posée par Pierre Kompany, bourgmestre belgo-congolais de la commune bruxelloise de Ganshoren et père du célèbre footballeur dans un article de la « Libre Belgique » du 22 août 2020 : « Il est regrettable que les Belges soient allés au Congo avec un objectif civilisationnel en disant ‘je te civilise’, cela n’a pas de sens. Ils auraient pu dire ‘une culture en vaut une autre’. Les Noirs que les Occidentaux ont rencontrés dans les forêts du Congo avaient des ancêtres qui venaient d’Egypte. Et en Egypte, ils avaient une civilisation brillante alors qu’ici, en Europe, au même moment, il n’y en avait pas. »

 

 

 

Pierre Kompany, le bourgmestre belgo-congolais de la commune bruxelloise de Ganshoren critique le colonialisme belge.

Pierre Kompany, le bourgmestre belgo-congolais de la commune bruxelloise de Ganshoren critique le colonialisme belge.

 

 

 

La laïcité est un pur produit occidental. Elle est issue des Lumières européennes. Comme nous l’avons déjà écrit, elle a plusieurs patronymes dont celui de la libre pensée. À l’époque coloniale elle a tenté d’installer ses principes dans les colonies – par opposition à la mission évangéliste chrétienne –, mais sans prendre en compte les cultures des peuples des pays colonisés. Certes, la laïcité n’est pas un prosélytisme. Elle est avant tout une méthode dont l’objet est de permettre à l’être humain de penser librement au-dessus des contraintes politiques et religieuses. Mais, cette méthode est un fruit occidental. Elle ne se retrouve dans aucune autre philosophie. C’est pourquoi, si son objet est universel, elle ne réussira jamais à s’imposer hors de l’Europe, ni même dans le monde anglo-saxon qui a choisi une autre voie.

 

Laïcité et religion(s)

 

La seconde question est posée par la relation entre la laïcité et la religion, ou les religions. En France, la fameuse loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat a clairement tracé la frontière entre l’action publique et le rôle évangélisateur du clergé. D’un côté comme de l’autre, cette loi a instauré un équilibre qui maintient à la fois la paix civile et la légitimité républicaine. Par deux fois, des responsables politiques ont tenté de rompre cet équilibre : Mitterrand en 1981 avec un projet de loi de laïcisation de l’enseignement qu’il a été contraint de retirer à la suite des réactions virulentes de l’Eglise et de la droite et Sarkozy en 2007 avec un discours prononcé à Latran où il affirma accorder plus d’importance au « curé qu’à l’instituteur ». Autrement dit : placer la laïcité au second plan. Tentative avortée, également.

 

 

 

Nicolas Sarkozy à Latran le 20 décembre 2007 remet en question la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat de 1905.

Nicolas Sarkozy à Latran le 20 décembre 2007 remet en question la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat de 1905.

 

 

 

En Belgique, nous vivons sous un régime à la fois concordataire et de séparation. Les cultes sont reconnus par la loi et financés par l’Etat. Cependant, l’Eglise – essentiellement catholique – n’est représentée dans aucun corps public sauf les Fabriques d’Eglise locales qui ont été fondées par un décret napoléonien de 1814 ! Et on s’aperçoit que par ce financement de cultes, l’Eglise catholique se taille la part du lion. Dès les années 1990, les laïques ont souhaité avoir leur dû et se sont ainsi assimilés à un culte ! Ce qui est pour le moins paradoxal !

 

 

L’hebdomadaire « Le Point » publie dans sa livraison du 13 août 2020 une interview de Me Richard Malka, l’avocat de « Charlie Hebdo ». Ses propos interpellent en ce sens qu’ils ouvrent un débat fondamental entre la coexistence entre les religions monothéistes – l’Islam en particulier – et la Laïcité. C’est l’objet de ce procès selon cet avocat et il a raison. À quoi sert, en effet, de juger spectaculairement des sous-fifres qui n’apporteront pas d’éléments nouveaux sérieux en cette affaire et qui tenteront d’échapper à leur culpabilité ? Remarquons au passage que dans la plupart des cas, l’issue de ces attaques se solde par la mort de leurs auteurs. Lors des attaques du 13 novembre 2015 à Paris contre le Stade de France, le Bataclan et les terrasses, tous les protagonistes ont été tués à une exception près. Leur chef, le belge Abaaoud, a été « descendu » à Saint-Denis le 18. Sans tomber dans le « complotisme », on peut s’étonner de cette propension des forces de sécurité à abattre les auteurs de ces crimes. Abaaoud ne semblait pas être un second couteau. Le capturer aurait sans doute été très intéressant pour les services secrets français et pour la Justice. Le seul « rescapé » de cette aventure est Salah Abdeslam qui a été arrêté à Bruxelles trois mois après. Ce dernier était le « logisticien » de la bande et n’a toujours pas pipé mot. Normal : il sait ce qu’il risque : ses « vrais chefs » sont toujours dans la nature… Aussi, simple question : n’est-ce pas eux qu’il faudrait capturer ?

 

 

 

Me Richard Malka, l'avocat de "Charlie Hebdo" pose les bonnes questions.

Me Richard Malka, l'avocat de "Charlie Hebdo" pose les bonnes questions.

 

 

 

Mais, revenons au débat ouvert par Me Malka. Je n’ai pas l’habitude sur ce blog de parler de ma petite personne. Ici, je fais une exception pour que le lecteur comprenne : « Je ne suis pas Charlie ». L’évolution de cet hebdo vers un conformisme libéral-libertaire depuis le licenciement de Siné soi-disant pour antisémitisme à la suite de la prise de contrôle de cet hebdomadaire par un homme du pouvoir, Philippe Val, était plus que déplaisante. J’ai considéré aussi que Charlie exagérait avec ses caricatures antimusulmanes. S’il a réagi courageusement aux menaces des islamistes à cette époque, s’obstiner dans cette voie me semblait contreproductif et surtout pas très intelligent. D’ailleurs, quand on lit l’extraordinaire récit de Philippe Lançon ( http://uranopole.over-blog.com/2018/05/quel-est-donc-ce-lambeau-que-je-ne-saurais-voir-ou-comprendre.html ), un des seuls rescapés de l’attentat, il révèle qu’un des dessinateurs de Charlie Hebdo assassiné par les terroristes, le « sage » de la bande, Georges Wolinski, considérait qu’il fallait arrêter cela. Trop tard, malheureusement !

 

Les controverses contre-productives de la laïcité : le voile et l’islamophobie

 

 

Deux controverses existent depuis quelques années : celui sur le port du voile et celui sur l’islamophobie. J’ai déjà évoqué la question du foulard à plusieurs reprises : l’interdiction dans les écoles et dans les administrations publiques, prônée par les militants de la Laïcité est aussi contreproductive. La Laïcité n’est pas là pour interdire, mais pour apporter le progrès, ce qui, il faut l’avouer, n’est plus aussi prioritaire à son agenda. En ce qui concerne l’islamophobie, nier son existence est tout aussi stupide. Et dans bien des cas, elle sert aussi de couverture au racisme. Et puis, il y a le vieux contentieux entre chrétiens et musulmans. Cela dit, il ne faut pas se leurrer : des personnages comme Tariq Ramadan ont œuvré sans relâche pour interdire toute critique de l’Islam considérée comme blasphématoire. Le but étant bien entendu d’inscrire dans la loi le blasphème comme délit. Le clergé catholique et les évangélistes sans le proclamer ouvertement, n’étaient pas hostiles à cette démarche de « l’intellectuel musulman » aujourd’hui carbonisé à la suite de ses peu ragoûtantes frasques sexuelles… Quant au « blasphème », on s’aperçoit que la presse « mainstream » fait preuve d’une grande prudence en la matière. Les éditorialistes si prompts à dénoncer, voire à insulter tout qui n’est pas dans « la ligne » évitent courageusement de s’avancer dans la critique même modérée d’actes et de propos émis par des religieux de toutes sortes.

 

Quid de la séparation du spirituel et du temporel ?

 

La véritable question est : prenant acte qu’une société de séparation totale du spirituel et du temporel est impossible, comment préserver la liberté d’expression, donc de pensée ? Dans son interview, Me Malka définit l’enjeu :

 

« Le mobile du crime [l’assassinat des journalistes et des dessinateurs de Charlie Hebdo] c’est la volonté d’interdire la critique de Dieu, donc la liberté d’expression, donc la liberté tout court. »

 

Cela est profondément vrai ! Ainsi, l’enjeu est de concilier la coexistence entre des communautés imprégnées de culture religieuse et une société laïque basée sur les principes fondamentaux édictés par les Lumières voici trois siècles. Mission impossible ? Devons-nous déroger à certains de ces principes afin d’assurer la paix civile ?

 

On a essayé ce qu’on a appelé les « accommodements raisonnables ». Par exemple, dans une piscine communale, on accepte de déroger au principe de mixité en réservant des heures pour les femmes uniquement, ou encore en dispensant les élèves de confession musulmane des cours de biologie. Cela n’a évidemment pas marché. On est arrivé à des situations rocambolesques comme l’interdiction de porter l’hidjab sur des plages de la Côte d’azur, ou de nager avec la « burkini » dans les piscines.

 

Moins folklorique fut le camion meurtrier de la Promenade des Anglais à Nice le 14 juillet 2016…  Voilà les deux faces auxquelles nous sommes confrontés.

 

 

 

Le meurtrier islamiste ayant fauché des dizaines de personnes avec un camion à Nice a fini par être abattu.

Le meurtrier islamiste ayant fauché des dizaines de personnes avec un camion à Nice a fini par être abattu.

 

 

 

L’aspect social

 

On oublie en outre l’aspect social. Rien de sérieux n’a été fait pour donner aux populations musulmanes vivant dans nos cités européennes les moyens de se développer dans notre société technique occidentale. Certes, il y a de brillantes réussites, mais elles se comptent sur les doigts de la main. Les « quartiers » ou les « zones » ou encore les « banlieues », tous ces lieux décentrés que le pouvoir nous cache via les médias, sauf quand cela s’embrase pour permettre à des politiciens de se faire valoir… Les banlieues aux logements taudisés, avec les écoles dites « poubelles » où le prétendu ascenseur social est bloqué au sous-sol, zones dites de « non droit » où les caïds de la drogue font la loi servent d’habitat à une population jeune, nombreuse et marginalisée. Comment dès lors donner la moindre chance à toute une génération ? Quelle société peut-elle se considérer « civilisée » si elle laisse pour compte des dizaines de milliers de gens « allochtones » ?

 

C’est un terreau fertile à l’islamisme qui est avant tout un redoutable instrument politique. Et là, par notre passivité, nous n’avons pas de réponse ! Un peu de sérieux : comment imprégner les principes de base de nos démocraties « modernes » - elle-même en crise, par ailleurs – à des gens confrontés à la misère, au chômage, à la drogue et surtout au « no future » ? Car, posons-nous la question : sommes-nous capables de leur proposer quelque-chose, sinon de l’assistance et de la répression ?

 

 

Une autre stratégie

 

 

Alors, la laïcité dans tout cela ? Comme nous l’avons déjà écrit : elle est isolée. Une partie de la gauche s’en détourne, car elle considère que vouloir instaurer la séparation du temporel et du spirituel dans les communautés de confession musulmane serait faire preuve de « colonialisme », d’islamophobie, voire même de racisme ! Et il est vrai que l’extrême-droite s’est saisie de cette polémique en se proclamant laïque ! Regardez « Riposte laïque » en France qui cache mal son racisme derrière sa prétendue défense de la laïcité.

 

Une fois de plus, c’est une question de stratégie. Il faut à la fois faire preuve de fermeté et de souplesse. Fermeté, l’actuel ministre français de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer le déclare (Le Point, 27 août 2020) :

 

 

 

Le ministre de l'Education nationale français Jean-Michel Blanquer essaie de voir à long terme.

Le ministre de l'Education nationale français Jean-Michel Blanquer essaie de voir à long terme.

 

 

 

À la question « La laïcité est-elle vraiment indispensable à l’école publique ? », le ministre répond :

« Oui, elle est consubstantielle à l’école de la République et fait partie des éléments fondamentaux de notre société. L’école est un sanctuaire pour nos enfants, qui ne doivent pas être soumis à un quelconque prosélytisme, qu’il soit religieux, politique ou même commercial. Ce principe de neutralité est indispensable non seulement pour que soit assuré un lien de confiance entre la famille et la République, mais aussi pour que soit garantie la promesse d’émancipation des futurs citoyens de notre pays. »

 

On ne peut être plus ferme. Il faut savoir ce que l’on veut. Le débat se situe entre deux conceptions de la société : L’universalisme laïque et le communautarisme. Le regain d’influence du religieux doublé à la domination économique, politique et culturelle anglo-saxonne en Europe occidentale favorise le communautarisme qui place la norme religieuse et/ou culturelle au-dessus de l’universalité des règles normatives. On s’en aperçoit avec l’islamisme, mais aussi avec le poids de plus en plus important des sectes évangélistes aux Etats-Unis, en Amérique latine, en Afrique et même en Europe.

 

 

C’est en cela que l’universalisme laïque est isolé et se trouve sur la défensive. Dans la même interview, Jean-Michel Blanquer en est conscient :

 

 

« Il faut être lucide et dire sans aucune ambiguïté qu’il y a des forces à l’œuvre à l’échelle nationale et internationale pour nous imposer un modèle de société qui n’est pas le nôtre. Ces forces sont très minoritaires, y compris dans le monde musulman. J’insiste d’ailleurs sur le fait que les premières victimes de la pensée séparatiste promue par les islamistes sont les musulmans qui, dans leur très grande majorité, partagent les valeurs de la République. »

 

C’est vrai, Monsieur le ministre, mais n’oubliez pas le poids culturel des entreprises transnationales et des institutions européennes qui voient d’un très bon œil l’instauration du modèle communautariste dans nos sociétés laïques. La démocratie a toujours dérangé le capital. Et avec nos gouvernements européens actuels – et particulièrement celui du président Macron – notre modèle de société n’a pas de très forts défenseurs.

 

Alors, amis laïques, il y a du boulot !

 

Pierre Verhas

 

 

 

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