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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 20:33

 

 

 

Le dernier roman de Michel Claise, magistrat et écrivain, est un cri de révolte et d’indignation. Son héroïne, Monica, se retrouve après avoir subi un drame épouvantable, dans l’univers des Sans Abris, des SDF. Cet univers que l’on refuse d’appréhender, de voir, de sentir, cet univers qui nous fait honte. Nos regards se détournent quand nous en voyons une ou un faire la manche dans nos belles avenues commerçantes.

 

 

 

Michel Claise met dans son dernier roman ses talents de magistrat, d'écrivain et d'observateur implacable au service d'une cause par trop souvent ignorée.

Michel Claise met dans son dernier roman ses talents de magistrat, d'écrivain et d'observateur implacable au service d'une cause par trop souvent ignorée.

 

 

 

Certains astronomes pensent qu’il n’y a pas qu’un seul univers et qu’il existe en plus du nôtre, des univers parallèles que nous sommes encore incapables d’observer pour peu qu’ils existent. Nous regardons en biais, car nous voulons ignorer l’univers de la rue, celui des rejetés de notre société sans issue. Si les médias nous rappellent que les SDF existent – et  sont de plus en plus nombreux – surtout lorsque les températures tombent sous zéro degré centigrade et, à l’approche des fêtes de fin d’année où il est bon de donner son obole ou – encore mieux à participer à un repas dans un resto du cœur lors d’un des deux réveillons, la vérité veut que nous nous donnons bonne conscience et qu’en réalité nous troublons notre vision le plus possible, car nous en avons peur et surtout, dans cette société atomisée, nous ne savons plus ce que signifie le mot humanité.

 

Michel Claise emmène la jolie Monica d’abord à l’ULB – évidemment ! – où elle fait de belles études de philo romane afin de devenir prof de français. Elle rencontre un autre étudiant, Philippe, un beau et brillant garçon qui termine ses études d’ingénieur polytechnicien avec « grande dis ». Elle est originaire de Couvin près de la frontière française. Ses parents appartiennent à la classe moyenne. Elle « kote » à la cité U. Lui habite chez ses riches parents dans une splendide villa à Uccle. Il est fils unique. Ils connaissent l’amour intense. Tous deux vivent un paradis. À la fin de leurs études, lui dégote un job de cadre supérieur dans une grosse boîte informatique et elle a la chance d’obtenir un poste de prof de français dans un lycée huppé de Bruxelles. Elle accouche par après d’un petit Matthieu. Ils décident de partir en vacances dans le Midi de la France. Là, c’est la catastrophe. Sur l’autoroute du Midi de la France, près de Dijon, Philippe ne put éviter l’accident. Un camion écrase la voiture. Philippe et Matthieu sont tués sur le coup. Monica est désincarcérée dans un état quasi désespéré. Cependant, les chirurgiens parviennent au bout de plusieurs semaines à la sauver et à la rafistoler après qu’elle ait été mise en coma artificiel pendant plusieurs jours. À son réveil, le choc est insupportable quand, en plus de sa souffrance, elle apprend la mort de son fils et de son mari.

 

Et c’est la descente aux enfers. De retour en Belgique, elle est prise en main par sa tante. Monica n’a plus le courage d’aller travailler. Elle s’isole dans son appartement. Elle boit de plus en plus, se replie sur elle-même et un jour, elle franchit le pas : elle remplit une valise de vêtements et de bouteilles d’alcool et elle quitte l’appartement en laissant la clé à l’intérieur de la porte. Et là, elle va pénétrer dans l’autre univers, celui des SDF. Gare du Midi, d’abord. Elle y rencontre une autre femme sans-abri, Sandrine, qui la prend rapidement sous son aile et lui enseigne les codes de vie de la rue. Et là, l’auteur se lâche. Michel Claise redevient l’enquêteur qu’il est. Il décrit en détail ce monde des SDF avec la violence des bandes de voyous et des dealers qui s’attaquent à eux, les uns gratuitement, les autres parce que les Sans Abris empiètent sur leur « territoire » de commerce, et aussi avec les bagarres entre SDF pour des broutilles. Il faut tenter de vivre en groupe pour se protéger des agressions et trouver un peu de chaleur pour essayer de dormir. Monica fait son « apprentissage ». Elle apprend ainsi comment faire un « logement » avec des cartons. 

 

Michel Claise décrit une ville où cet univers parallèle est partout. Cependant, il se trouve sous les yeux et sous le nez des quidams comme nous qui ne veulent rien voir, rien sentir. Même la police n’intervient pas toujours. Trop peu nombreuse et mal équipée, elle est contrainte de « sélectionner ». Et puis, le monde des dealers est d’une violence inouïe : les caïds, de jeunes mecs conduisant de grosses cylindrées, viennent livrer la « marchandise » aux dealers de rue et « relever » les compteurs. Tout dealer qui dévie est immédiatement sanctionné. Au mieux par un passage à tabac, au pire par la mort. L’un d’entre eux, Youssef, un jeune Marocain paumé rejoint le groupe de SDF de Monica qui dormait dans un endroit caché de la Gare centrale. Il « deale » avant de roupiller avec eux. Un soir, il revient dans un état épouvantable. Il fut certainement rossé et Youssef meurt la nuit dans ce cloaque qu’ils appelaient la « caverne ». Au petit matin, après l’avoir constaté, l’un d’eux lui fait son éloge funèbre : « Pauvre garçon, il n’était pas assez voyou pour survivre dans ce monde qui l’a avalé. »

 

L’univers SDF a aussi ses codes. Chacun doit faire la manche afin de pouvoir se payer un repas dans un bistrot qui les admet et/ou acheter des bouteilles d’alcool de mauvaise qualité parce que moins chères. Cependant, le « partage » des territoires de manche n’est pas évident. Et il fait aussi l’objet de bagarres. Chacun a son territoire et pas question qu’un autre vienne s’y installer. De plus, il faut choisir un endroit où il y a du passage. La sortie d’une grande surface ou d’une agence de banque, par exemple. Les rues commerçantes sont les plus propices à la manche. Et puis, il y a les Roms. Ces femmes avec leurs enfants en bas âge qui mendient à longueur de journée. Elles sont sous la coupe de brutes qui les amènent à des endroits décidés d’avance. Ces types veillent à ce qu’il n’y ait pas d’autres mendiants dans le coin, et ceux qui s’y trouveraient sont invités à déguerpir, sinon ils sont battus avec la pire des violences. C’est ce qui est arrivé à la veille du Nouvel an à un membre du groupe de Monica. Son état étant sérieux, un inspecteur de police fit appel aux secours et il fut emmené à l’hôpital.

 

Dans ces ténèbres, luit cependant une lumière : la maraude. Dans l’épisode ci-dessus, elle fut alertée par la police et se rendit auprès du groupe avec des boissons chaudes, des tartines et des mots d’encouragement. Et puis, on peut remercier Michel Claise de réhabiliter le SAMU social de Bruxelles. Si il y a peu, un politicien et sa femme ont flétri cette association en se payant honteusement sur son dos, leurs maraudes composées de bénévoles passant la nuit sous le froid, le vent, la pluie et parfois la neige, prenant le risque de tomber sur des bandes redoutables, aident les SDF avec efficacité et humanité, tentant ainsi d’atténuer leur détresse. Il serait indigne de les confondre avec ces dirigeants indélicats !

 

Un jour, une infirmière aperçut Monica dans la rue et réussit à l’emmener à la Place de la Monnaie où il y avait un mobile-home sur lequel était inscrit « Washing car ». Elle lui fit prendre une douche. Elle s’aperçut qu’elle avait une méchante tache au dos et y appliqua une pommade. Elle prit ses vêtements et lui en donna d’autres propres en lui promettant que la semaine prochaine elle pourrait venir prendre une autre douche et remettre ses habits lavés et repassés. Monica ne revint pas, évidemment ! Ensuite, sa consommation d’innommables tords boyaux finit par la rendre malade. Elle éprouve des douleurs insupportables au ventre. Elle est emmenée d’urgence à l’hôpital Saint-Pierre au centre de Bruxelles où le diagnostic de l’urgentiste est très mauvais. Elle doit se faire opérer. Cependant, au bout de la nuit, Monica s’échappe et rejoint la rue qui est devenu son seul univers.

 

Si les maraudes ne changeront jamais rien à ce terrible phénomène social qu’est le sans-abrisme, elles sont indispensables, car elles apportent un minimum de réconfort à ces milliers de gens qui « dorment » dans la rue, qui n’ont ni passé, ni présent, ni avenir, où le temps ne compte plus sinon pour manger, pour boire de l’alcool, pour essayer de dormir au chaud en ignorant s’il y aura un réveil.

 

Un autre aspect, ce sont les chiens. Pour de nombreux SDF, le chien est leur seul compagnon. Il peut être aussi un protecteur. Michel Claise adresse d’ailleurs un clin d’œil au Prince Laurent, le frère du Roi, qui a monté une petite structure avec des vétérinaires dont la tâche est de soigner les chiens des Sans-abris. Beaucoup de refuges refusent les chiens, aussi leurs maîtres ou maîtresses préfèrent rester dans la rue.

 

Pour Monica, les choses commencent à tourner au vinaigre. Elle était dans un groupe de Russes sans abris comme elle. Après la manche, elle avait assez d’argent pour s’acheter des bouteilles de vodka dans une supérette dans le quartier chic de la Toison d’Or. Au passage à la caisse, elle déclenche l’alarme. Un des Russes avait à son insu caché dans ses poches trois bouteilles. Palabres. La police arrive. Elle est embarquée. Là, elle raconte son histoire. Fichage, prise d’empreintes digitales et elle est relâchée.

 

 

Quelques semaines plus tard, la police vient l’arrêter boulevard de Waterloo. Monica n’est plus qu’une épave. Elle est accusée du meurtre de sa tante qu’elle aurait tué en la frappant avec un cendrier en cristal. De plus, elle en aurait profité pour voler ses bijoux. Elle nie farouchement. Une avocate, Béatrice Dufour, est désignée d’office. Celle-ci prend pitié de cette femme qui va s’accrocher à elle. Et ici, c’est le magistrat Michel Claise qui prend le relai. Tout en poursuivant son intrigue, il décrit avec minutie le fonctionnement de la machine judiciaire : interrogatoire chez le juge d’instruction, compléments d’enquête demandé à deux inspecteurs de police, détention provisoire à la prison des femmes de Berkendael en annexe de celle de Forest dans la banlieue bruxelloise. Là, Monica doit s’adapter aux autres détenues et aux matonnes. Elle y arrive d’autant plus facilement qu’elle subit un sevrage forcé. Monica redevient petit à petit la femme qu’elle était auparavant. Cette métamorphose va être essentielle pour sa défense. De plus, ses parents ont décidé de l’aider à s’en sortir. Ils ne peuvent imaginer que leur fille soit une meurtrière.

 

 

Elle passe d’abord devant le tribunal correctionnel où il est question de la placer dans un asile. Pour Monica, tout sauf l’internement ! Heureusement, les experts psychiatres ne sont pas d’accord entre eux. Me Dufour en profite et parvient à obtenir la saisine de la Cour d’Assise. Ici, nous laissons au lecteur qui le désire le soin de connaître la suite et la fin de cette histoire.

 

Disons une seule chose : le dénouement est tout à fait inattendu. Mais il est d’une logique implacable qui explique tout.

 

Sans Destination Finale est à mon sens le meilleur roman de Michel Claise. Il est passionnant et profond. Chaque page apporte un nouvel élément dans l’intrigue. Il est drôle parfois. Il pose des questions fondamentales dans un environnement dramatique.

 

Le roman est sans doute la meilleure manière de prendre conscience de cette tragédie du sans-abrisme. Michel Claise a exprimé sa révolte lors de la présentation de son ouvrage à la librairie bruxelloise Filigrane, vendredi 8 novembre : « Un roman comme un cri ! ça suffit ! Cette société qui nous étouffe ! »

 

Oui, ça suffit ! Il est temps de se lever et en attendant de faire l’effort de regarder ce qu’il se passe autour de nous, tout près de nous et peut-être même en nous.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Sans Destination Finale ou l’exclusion volontaire

 

 

Michel Claise

 

Sans Destination Finale

Editions Genèse, Paris, 2019

ISBN : 979-1-09646895-92

Prix : 21 €

 

 

 

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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 14:45

 

 

 

Les larges avenues

 

Le Chili se soulève comme bien d’autres pays à commencer par la France des gilets jaunes. L’Irak, le Liban, l’Equateur, Hong Kong, la Catalogne et j’en passe. On sent que ces mouvements populaires sont profonds et durables en dépit d’une répression de plus en plus dure. Certes, comme en France, où il y a un essoufflement des gilets jaunes, on observe que le mouvement change de nature. On dirait que s’installe une société parallèle qui échappe au contrôle du pouvoir. Ce phénomène est tout à fait nouveau et déconcerte aussi bien la tête de l’Etat que l’opposition même la plus radicale. En effet, il n’a ni programme, ni leader. Comme toujours, l’histoire réserve des surprises ! Et les pouvoirs néolibéraux commencent à avoir bien du souci !

 

Néanmoins, les dernières paroles prononcées sur les ondes par Salvador Allende le 11 septembre 1973, du palais de la Moneda où il était assiégé par les militaires chiliens putschistes de Pinochet, retrouvent aujourd’hui tout leur éclat :

 

« Continuez et sachez que le jour où vous rouvrirez les larges avenues par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure est plus proche que lointain. »

 

Et le peuple chilien a de la mémoire, car il chante à nouveau les hymnes révolutionnaires de l’époque, ici à Santiago du Chili, avec l’aide de l’orchestre philharmonique de la ville, où le temps n’est plus aux commémorations, mais au renouveau.

 

 

 

 

 

 

Règlement de comptes à OK Has been

 

La Belgique – comme d’autres pays dits démocratiques – traverse depuis les élections du 26 mai dernier une crise politique dont on ne voit guère l’issue. Dans une interview au journal le Soir, l’équivalent du Monde ou du Guardian, Antoinette Spaak, fille de feu Paul-Henri Spaak le social-démocrate atlantiste, l’ancienne dirigeante du FDF, le parti francophone bruxellois, fustige Charles Michel, le Premier ministre libéral qui a prématurément démissionné pour se « préparer » à son poste de président du Conseil européen. Elle lui reproche ainsi sa désertion. Antoinette n’a pas tort. On se demande pourquoi il quitte un gouvernement minoritaire aux abois alors qu’il pouvait rester encore un bon mois.

 

 

 

Antoinette Spaak, ancienne leader francophone de Bruxelles, fustige à juste titre le Premier ministre sortant, Charles Michel.

Antoinette Spaak, ancienne leader francophone de Bruxelles, fustige à juste titre le Premier ministre sortant, Charles Michel.

Charles Michel le très libéral Premier mnistre étant recasé à la présidence du Conseil européen n'a rien trouvé de mieux que de quitter son poste avant terme.

Charles Michel le très libéral Premier mnistre étant recasé à la présidence du Conseil européen n'a rien trouvé de mieux que de quitter son poste avant terme.

 

 

 

Mais quelle importance ? Encore jeune, Charles Michel a déjà son bâton de maréchal européen et il terminera sans doute sa carrière dans cinq ans comme administrateur d’une multinationale ou d’une grande banque comme bien d’autres « européens », à moins qu’il ait le secret espoir qu’à l’instar de feu Paul-Henri Spaak, on le rappelle pour résoudre la crise belge. Il a d’ailleurs exprimé son mécontentement au « Soir » d’avoir été « négligé » par les « préformateurs », le socialiste Demotte et le nationaliste flamand Bourgeois.

 

Quand on a été, il est toujours permis de rêver.

 

PV

 

Costa Gavras nous rappelle la crise grecque de 2015.

 

Le grand cinéaste grec de gauche – 86 ans – vient de sortir un film sur la crise de la dette grecque de 2015 où Tsipras et Varoufakis affrontèrent seuls la Troïka et l’Eurogroupe pendant six mois. Yanis Varoufakis, alors ministre des finances du gouvernement Syriza de Tsipras, a raconté cet épisode qui ressemble à une tragédie grecque, dans un livre intitulé « Conversation entre adultes » qui révèle les coulisses des négociations européennes. (Voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2017/11/les-lecons-du-professeur-yanis.html )

 

C’est cet ouvrage qui a servi de base au scénario du film « Adults in the room » qui sort demain 6 novembre. Varoufakis a aidé le cinéaste en lui passant les chapitres de son ouvrage pendant sa rédaction, ainsi que des enregistrements qu’il avait pris lors des réunions européennes.

 

 

 

 

 

 

Il y a cependant un désaccord entre Varoufakis et le président du CADTM, Eric Toussaint qui reproche au ministre des finances grec de l’époque de ne pas avoir contesté la légitimité de la dette grecque.

 

Toussaint écrit :

 

« En contrepoint du récit de Varoufakis repris par Costa-Gavras dans son film, Eric Toussaint indique des évènements que l’ex-ministre des Finances passe sous silence. Toussaint exprime un avis différent de Varoufakis sur ce qu’il aurait fallu faire, sur l’appréciation de ce qu’il a fait et sur la stratégie adoptée par le gouvernement dirigé par Alexis Tsipras.

 

A partir de la fin avril 2015, sous la pression des dirigeants européens, Tsipras met de côté Varoufakis, sans lui retirer son portefeuille de ministre des finances, pour les négociations à Bruxelles. Il le remplace par Euclide Tsakalotos et donne de plus en plus de poids à Georges Chouliarakis qui agissait objectivement dans l’intérêt des créanciers depuis février 2015. Dijsselbloem et Juncker avaient insisté auprès de Tsipras pour que Chouliarakis soit au centre des négociations car c’était le représentant grec avec lequel ils se sentaient le plus en confiance.

 

A partir de la fin avril 2015, sous la pression des dirigeants européens, Tsipras met de côté Varoufakis, sans lui retirer son portefeuille de ministre des finances, pour les négociations à Bruxelles. Il le remplace par Euclide Tsakalotos [1] et donne de plus en plus de poids à Georges Chouliarakis [2] qui agissait objectivement dans l’intérêt des créanciers depuis février 2015. Dijsselbloem et Juncker avaient insisté auprès de Tsipras pour que Chouliarakis soit au centre des négociations car c’était le représentant grec avec lequel ils se sentaient le plus en confiance.

 

Tsipras accepte de faire de nouvelles concessions à la Troïka avec laquelle il multiplie les contacts et les discussions. Selon Varoufakis, Tsipras a envoyé un courrier fin avril 2015 à la Troïka dans lequel il signifiait son acceptation de dégager un surplus budgétaire primaire de 3,5 % chaque année pour la période 2018-2028. Cette nouvelle reculade rendait impossible la fin de l’austérité car cela nécessitait des coupes supplémentaires dans les budgets sociaux et une accélération des privatisations. Cela n’a pas suffi à la Troïka qui voulait d’autres concessions et un accord n’a pas été trouvé.

 


.

 

Pendant ce temps, la Commission pour la vérité sur la dette grecque instituée par la présidente du parlement grec travaillait d’arrache-pied pour produire son rapport et ses recommandations avant la fin du deuxième mémorandum qui avait été prolongé jusqu’au 30 juin 2015. L’objectif était de présenter le rapport lors d’une séance publique au parlement les 17 et 18 juin 2015 afin de peser sur l’issue du mémorandum et des négociations. Selon le mandat reçu par la commission, il fallait identifier la proportion de la dette qui peut être définie comme illégitime, illégale, odieuse ou insoutenable.

 

 

La commission était composée de 30 personnes, 15 provenant de Grèce et 15 provenant de l’étranger dont plusieurs professeurs de droit dans différentes universités (en Grande-Bretagne, en Belgique, en Espagne et en Zambie), un ex-rapporteur des Nations unies en matière de dette et de respect des droits de l’homme, des experts en finance internationale, des auditeurs des comptes publics, des personnes ayant participé antérieurement à des audits de la dette publique, un ex-président d’une banque centrale et ex-ministre de l’économie, des spécialistes des banques ayant acquis une connaissance approfondie du secteur bancaire au cours de leur vie professionnelle. Parmi les 15 personnes provenant de Grèce, plusieurs avaient une expérience dans le monde bancaire, dans le domaine de la finance internationale, du droit, du journalisme, de la santé. »

 

Et ensuite :

 

« Malgré des demandes répétées qui lui ont été adressées, Yanis Varoufakis n’a pas aidé la commission à réaliser sa mission. Son désintérêt pour la commission est patent car il ne mentionne pas une seule fois celle-ci dans le livre qu’il consacre à son explication des évènements de 2015. Il n’a pas du tout compris que cette commission et les conclusions qu’elle allait produire pouvaient grandement aider la Grèce à se libérer des créanciers avec des arguments très forts tant par rapport à l’opinion publique en Grèce que par rapport à l’opinion internationale. Bien sûr, pour que les propositions de la Commission trouvent un débouché concret, il aurait fallu que des membres du gouvernement fassent du bruit autour des enjeux et des travaux de cette commission. Qui était la personne la mieux placée du gouvernement pour faire écho à l’audit de la dette si ce n’est le ministre des finances ?


.

En effet, cette commission avait été instituée par la présidente du Parlement grec qui se situait à la gauche de Syriza. Contrairement à ce qu’écrit Toussaint, Varoufakis y fait une courte allusion dans son ouvrage. Il ne fait aucun commentaire sur le travail de cette commission. Il dit simplement qu’il n’était pas en position pour négocier la légitimité de la dette grecque. D’ailleurs, la question se pose pour toutes les dettes : quelle est la part de légitimité et celle d’abus ? Qui va arbitrer ? Il n’existe aucun organe politique ou judiciaire à même de trancher cette question fondamentale.

 

Yanis Varoufakis a négocié avec les moyens dont il disposait… c’est-à-dire quasi rien ! La seule garantie était donc l’échec.

 

Une véritable question quand un parti de gauche prend le pouvoir : quels sont les moyens de ses fins ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 23:11

 

 

 

Le 21 octobre a eu lieu la première audience de Julian Assange dans le cadre de la procédure d’extradition vers les USA au tribunal de première instance à Westminster.

 

Un diplomate amoureux du droit et de la vérité

 

L’ancien ambassadeur de Grande Bretagne, Craig Murray rapporte le déroulement de cette audience qui a été traduit et publié en français sur le site du « Grand Soir ». Murray n’est pas n’importe qui. Né dans le Norfolk en 1958, il fit ses études dans un lycée du Norfolk qui était plutôt militariste. Il refusa de porter l’uniforme des cadets et ses résultats scolaires en pâtirent. Il a rejoint le parti libéral anglais dont il fut président des jeunesses d’East Anglian. Il poursuivit ses études à l’université de de Dundee où il obtint une Maîtrise des Arts en sciences humaines. Il a passé en 1984 le concours ouvert de la fonction publique. Après avoir brillamment réussi ce concours, il opta pour la diplomatie. Murray fut chargé de mission du Foreign Office et du Commonwealth Office dans plusieurs pays dont le Nigeria, en Pologne, au Ghana, puis il devint fonctionnaire responsable à Chypre. En août 1991, il travaillait au centre de surveillance de l’embargo en tant que chef de la section FCO. Ce travail impliquait de surveiller entre autres les tentatives du gouvernement irakien en matière de contrebande d'armes et de contournement des sanctions. Il envoya des rapports quotidiens à Margaret Thatcher et ensuite à John Major. C’est à partir de cette mission que Craig Murray contesta en 2002 la fameuse légende des « armes de destructions massives » en possession de l’Irak qui servirent de prétexte à la guerre d’Irak de 2003.

 

 

 

Craig Murray, ancien haut diplomate britannique devenu un ardent défenseur des droits humains dans le monde. Il soutient ouvertement Julian Assange.

Craig Murray, ancien haut diplomate britannique devenu un ardent défenseur des droits humains dans le monde. Il soutient ouvertement Julian Assange.

 

 

 

En 2002, Murray est nommé ambassadeur en Ouzbékistan. Là, il dénonce la dictature d’Islom Karimov et la torture généralisée. Tony Blair, alors Premier ministre, ne tint aucun compte de ses avertissements. Forcément, le régime Ouzbek était protégé par la CIA… Dans un discours public prononcé en octobre 2004, Craig Murray met les pieds dans le plat :

 

« L’Ouzbékistan n’est pas une démocratie qui fonctionne et ne semble pas aller dans le sens de la démocratie. Les principaux partis politiques sont interdits ; Le Parlement n'est pas soumis à des élections démocratiques et il manque des freins et des contrepoids à l'autorité de l'électorat. Il y a pire : nous pensons qu'il y a entre 7 000 et 10 000 personnes en détention que nous considérons comme des prisonniers politiques et / ou religieux. Dans de nombreux cas, ils ont été faussement déclarés coupables de crimes avec lesquels il ne semble y avoir aucune preuve crédible d'un lien quelconque. »

 

Murray est aussitôt révoqué. Il rapporta tous ces événements dans un livre publié en 2006, intitulé Murder in Samarkand dont on a tenté d’entraver la diffusion pour une sordide affaire de droits d’auteur sur la photographie de couverture de cet ouvrage. Il n’a pas été traduit en français.

 

Cependant, les dénonciations de Murray n’eurent aucun effet. L’Ouzbékistan servant de base arrière aux troupes occidentales en Afghanistan, il jouit d’une protection particulière des pays de l’OTAN et de la CIA. Murray reprit par après une carrière universitaire et dès 2012, soutint activement Julian Assange réfugié à l’ambassade équatorienne à Londres. Il fait toujours l’objet de tracasseries de la part des autorités et aussi des GAFAM : son compte Facebook a été censuré en 2017 et tous les messages publiés à partir de juillet 2017 ont été effacés. Murray tient un blog : https://www.craigmurray.org.uk/

 

Une audience inquiétante

 

Murray voit ainsi le déroulement de l’audience. Il s’inquiète d’abord de l’état physique et mental de Julian Assange, bien qu’il ne cache pas qu’il ait été sceptique au sujet des allégations de tortures dont le lanceur d’alerte aurait été l’objet, même de celles du délégué de l’ONU, Nils Melzer (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2019/08/qui-est-big-brother-ii.html ).

 

 

 

Photographie de Julian Assange au début de son séjour à Belmarsch. Par après, son régime fut bien plus strict et tous les assistants à l'audience du tribunal de Westminster du 21 octobre disent qu'il est devenu l'ombre de lui-même.

Photographie de Julian Assange au début de son séjour à Belmarsch. Par après, son régime fut bien plus strict et tous les assistants à l'audience du tribunal de Westminster du 21 octobre disent qu'il est devenu l'ombre de lui-même.

 

 

 

« J’ai été très choqué par la perte de poids de mon ami, par la vitesse à laquelle a perdu des cheveux et par l’apparition d’un vieillissement prématuré et largement accéléré. Il boite comme je ne l’ai jamais vu auparavant. Depuis son arrestation, il a perdu plus de 15 kg.

Mais son apparence physique n’était pas aussi choquante que sa détérioration mentale. Lorsqu’on lui a demandé de donner son nom et sa date de naissance, il a visiblement lutté pendant plusieurs secondes pour se les rappeler. Je reviendrai sur le contenu important de sa déclaration finale, mais la difficulté qu’il a eue pour s’exprimer était très évidente ; il a eu beaucoup de mal à articuler les mots et à se concentrer sur son raisonnement. »

 

Une épave confuse et incohérente

 

Il ajoute une impression encore plus forte :

 

« J’étais encore plus sceptique à l’égard de ceux qui prétendaient, comme me l’a dit dimanche soir un membre de son équipe de défense, qu’ils craignaient que Julian ne meure avant la fin du processus d’extradition. Non seulement j’y crois, mais je suis hanté par cette pensée. Tout le monde dans cette cour a vu hier que l’un des plus grands journalistes et l’un des plus importants dissidents de notre époque est torturé à mort par l’État, sous nos yeux. C’était insupportable de voir mon ami, l’homme le plus articulé, l’esprit le plus vif que je n’ai jamais connu, réduit à cette épave confuse et incohérente. »

 

Ainsi, non seulement Assange est atteint dans son corps et dans son esprit, mais pire, il est en danger de mort.

 

Rappelons que le 12 avril 2019, sur plainte de l’ambassadeur équatorien à Londres, la police londonienne a exfiltré violemment le journaliste de la légation. Il a été presqu’aussitôt condamné à 50 semaines de prison et enfermé à la prison de Belmarsch réputée pour être une des plus dures du Royaume Uni et le gouvernement britannique a accepté la demande d’extradition des Etats-Unis. À Belmarsch, les témoins qui ont pu lui rendre visite firent état de sa dégradation physique et mentale. Le nombre de visites est réduit au minimum, même pour ses avocats qui ont dès lors difficile à assurer sa défense pour empêcher une extradition vers les Etats-Unis où il risque 175 années de prison ! Et il n’y a pas de libération conditionnelle aux USA !

 

Le « viol » est oublié !

 

Murray confirme :

 

« L’accusation portée contre Julian est très précise : conspiration avec Chelsea Manning pour publier les journaux de guerre en Irak (Iraq War logs), de la guerre en Afghanistan (Afghanistan war logs ) et les câbles du Département d’État. Les accusations n’ont rien à voir avec la Suède, rien à voir avec le sexe et rien à voir avec les élections américaines de 2016 ; une clarification simple que les médias traditionnels semblent incapables de comprendre. »

 

En effet, nous avons évoqué les grotesques accusations d’abus sexuels qu’aurait commis Assange envers deux de ses employées en Suède. Nous avons aussi rapporté qu’une des principales associations féministes anglaises, « Women against Rape » a décidé de défendre Assange :

 

« Dans cette affaire, le processus judiciaire a été corrompu dès le début et la justice a été refusée tant aux accusatrices qu’à l’accusé. D’une part, les noms des femmes ont été diffusés sur Internet ; elles ont été dénigrées, accusées d’avoir tendu un "piège de miel", leurs allégations rejetées comme "pas de vrai viol". D’autre part, M. Assange a été traité par la plupart des médias comme s’il était coupable, bien qu’il n’ait même pas été accusé. » (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2019/09/julian-assange-une-nouvelle-piece-au-dossier.html )

 

Donc devant l’inanité de cette accusation, comme le signale Craig Murrray, cette fameuse accusation de viol qui a été au départ la raison principale de « l’exil » d’Assange à l’ambassade d’Equateur où il fut enfermé plus de sept ans. En effet, s’il avait été extradé vers la Suède, il risquait donc d’être à nouveau extradé de ce pays, cette fois vers les Etats-Unis ! Finalement, on se retrouve à la case départ. Il est donc évident que cette rocambolesque histoire de viol avait un double objectif : démonétiser Assange et favoriser son extradition. Objectif atteint ! Mais l’accusation est oubliée.

 

D’autre part, l’ancien diplomate anglais dénonce l’acharnement de la magistrate chargée de juger la validité de la demande d’extradition. En dépit de l’état lamentable où se trouve Julian Assange

 

« … les agents de l’Etat, en particulier l’impitoyable juge Vanessa Baraitser, n’étaient pas seulement préparés mais désireux de participer à ce sport sanguinaire. En fait, elle lui a dit que s’il était incapable de suivre la procédure, ses avocats pourraient lui expliquer plus tard ce qui venait de lui arriver. Elle ne s’est pas posé la question ne serait-ce qu’un millième de seconde de savoir comment un homme qui, de par les accusations portées contre lui, était reconnu comme quelqu’un de très intelligent et compétent, en avait été réduit par l’État à quelqu’un incapable de suivre le déroulement de son propre procès. »

 

L’Etat profond Etatsunien ouvertement derrière cette affaire

 

L’objet de l’audience du 21 octobre était de fixer le calendrier de la procédure d’extradition. La défense demanda une prolongation de délai afin de préparer au mieux le dossier étant donné qu’ils n’avaient que rarement accès à leur client en prison. Murray ajoute cet élément révélateur :

 

« En outre, il venait tout juste de se voir accorder un accès limité à un ordinateur, et tous ses dossiers et documents pertinents avaient été saisis à l’ambassade équatorienne par le gouvernement américain ; il n’avait pas accès à ses propres documents pour préparer sa défense. »

 

À quel titre le gouvernement américain saisit des pièces destinées à l’instruction d’un procès anglais ?

 

Et ce n’est pas tout ! Tout d’abord, comme l’écrit Craig Murray, la défense a fait état de l’espionnage de Julian Assange à l’ambassade d’Equateur et particulièrement de ses entretiens avec ses avocats, organisé par une société espagnole, UC Global, pour le compte de la CIA. Le quotidien El Pais rapporte le 9 octobre 2019 l’arrestation en Espagne du patron de cette société, un certain David Morales, suite à une plainte des avocats d’Assange.

 

« Les preuves présentées au tribunal espagnol comprenaient également un complot de la CIA visant à enlever Assange, ce qui révèle l’attitude des autorités américaines à l’égard de la légalité de cette affaire et sur le traitement qu’il pouvait attendre aux États-Unis. L’équipe de Julian a expliqué que le processus juridique espagnol était en cours et que les preuves qui en découleraient seraient extrêmement importantes, mais qu’elles ne seraient peut-être pas terminées et qu’elles ne seraient donc pas entièrement validées et disponibles à temps pour le calendrier actuel proposé pour les audiences d’extradition d’Assange»

 

On nage en plein roman de Tom Clancy ou de Frederic Forthith ! Mais le tribunal ne veut rien entendre. Le procureur Lewis, au nom de l’accusation, s’opposa à toute prolongation de délai qui aurait permis à la défense de Julian Assange de déposer de nouvelles preuves. La juge Baraitser ne voulut en aucun cas changer la date de l’audience d’extradition fixée au 25 février 2020. Elle permit une courte suspension d’audience afin que l’accusation et la défense puissent s’entendre sur les modalités.

 

Ensuite ce qu’il s’est passé est révélateur de la partialité du tribunal et surtout de sa dépendance ! Lisons Murray :

 

« Cinq représentants du gouvernement américain étaient présents (initialement trois, deux autres sont arrivés au cours de l’audience), assis derrière les procureurs au tribunal. Les procureurs se réunirent immédiatement avec les représentants américains, puis sortirent ensemble de la salle d’audience, pour décider comment réagir aux dates proposées.

 

 

Après l’ajournement, l’équipe de la défense déclara que selon son avis professionnel, elle ne pouvait pas se préparer correctement si la date de l’audience était maintenue au mois de février, mais, conformément aux instructions de Baraitser, elle a néanmoins proposé un calendrier pour la présentation de son dossier. En réponse à cela, le procureur adjoint de Lewis se précipita à l’arrière de la salle d’audience pour consulter de nouveau les Américains, tandis que Lewis disait ouvertement à la juge qu’il " recevait des instructions de ceux au fond de la salle". Il est important de noter que, comme il l’a dit, ce n’est pas le bureau du procureur général du Royaume-Uni qui était consulté, mais l’ambassade des États-Unis. Lewis a reçu ses instructions américaines et a convenu que la défense pouvait avoir deux mois pour préparer son dossier (la défense demandait un minimum de trois), mais que la date de l’audience de février ne pouvait être déplacée. Baraitser a rendu une décision approuvant tout ce que Lewis avait demandé. »

 

 

Ce procès d’extradition est donc une farce tragique !

 

 

Pire encore, la juge Baraitser rejeta une demande de la défense de tenir une audience distincte pour établir si le cas de Julian Assange s’appliquait aux dispositions du traité d’extradition entre la Grande Bretagne et les Etats-Unis. Nouveau refus ! Pourtant, il est exclu d’après l’article 4 de ce traité qu’une personne accusée pour des faits politiques soit extradée. Murray produit cet article :

 

« L’extradition ne sera pas acceptée si le délit motivant cette extradition est de nature politique. » S’ensuit une liste de délits qui ne peuvent être considérés comme « politiques », comme le crime, l’enlèvement, l’escroquerie, etc. Or, d’après Murray :

 

« À première vue, ce dont Assange est accusé est la définition même d’une infraction politique - si ce n’est pas le cas, de quoi s’agit-il ? Il n’est mentionné par aucune des exceptions énumérées dans cette liste. Il y a donc toutes les raisons de se demander si cette accusation est visée ou non par le traité d’extradition, et d’y répondre avant le long et très coûteux processus d’examen au cas où le traité s’applique. Mais Baraitser a tout simplement rejeté l’argument d’emblée. »

 

Et enfin, last but not least :

 

« Lewis se leva et a suggéra que la défense ne devrait pas être autorisée à faire perdre son temps à la cour avec beaucoup d’arguments. Tous les arguments à l’audience de fond devaient être présentés à l’avance et par écrit et qu’une "guillotine" (ses mots exacts) devait être appliquée pour couper court aux arguments et aux témoins au tribunal, peut-être au bout de cinq heures pour la défense. »

 

Et puis la charmante juge Baraitser décida que « l’audience de février aura lieu, non pas au tribunal de première instance de Westminster, relativement ouvert et accessible, où nous étions, mais au Belmarsh Magistrates Court, le sombre établissement de haute sécurité utilisé pour le traitement juridique préliminaire des terroristes, et rattaché à la prison à sécurité maximale où se trouve Assange. Il n’y a que six sièges pour le public, même dans la plus grande salle de Belmarsh »

 

Autrement dit, c’est quasi le huis clos. Et comme le conclut Murray :

 

« A Belmarsh, il est maintenu en isolement 23 heures par jour. Il a le droit de faire de l’exercice pendant 45 minutes. S’il doit être déplacé, ils évacuent les couloirs avant son passage et ferment toutes les portes des cellules pour s’assurer qu’il n’a aucun contact avec un autre prisonnier en dehors de la courte période d’exercice strictement supervisé. Il n’y a aucune justification possible pour que ce régime inhumain, utilisé contre les grands terroristes, soit imposé à un éditeur en détention préventive. »

 

Les dés de Julian Assange sont jetés.

 

Malheureusement oui, Monsieur l’ambassadeur ! Nos régimes « démocratiques » gangrénés par l’ultralibéralisme deviennent de plus en plus totalitaires et l’Angleterre, la plus ancienne démocratie du monde, n’y échappe pas.

 

L’Etat profond US (1) prouve une fois de plus qu’il est le maître absolu du jeu dans une grande partie du monde, et particulièrement en Europe. Les dés de Julian Assange sont jetés et il subira le régime « Nuit et brouillard » jusqu’à la fin sans doute proche de ses jours, à moins que devenu un zombie, on le libère et puis il croupira dans une maison de repos.

 

Quoi qu’on pense de Julian Assange, nul homme, nul journaliste ne mérite un tel sort. Et si la solidarité à son égard est exprimée par quelques personnalités courageuses et quelques centaines de personnes attachées à la liberté, nul grand journaliste, nul organe de presse d’envergure, nul média, nul homme ou femme d’influence ne se sont levés pour exiger ne fût-ce qu’un sort équitable à Julian Assange.

 

C’est pratiquement le point de non-retour ! Réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard pour Assange, avant qu’il ne soit trop tard pour nous tous !

 

 

Pierre Verhas

 

 

  1. L’Etat profond est un concept politique apparu en Turquie durant les années 1990, en lien avec l’affaire Susurluk. Sa définition varie mais il désigne le plus souvent la réunion d’un groupe de personnes au sein d’une entité informelle qui détient secrètement le pouvoir décisionnel de l’Etat au-delà du pouvoir légal. Il est constitué soit par le noyau de la classe dominante, soit par des représentations d’intérêts au sein d’un Etat bureaucratique. C’est la composante la plus restreinte, la plus agissante et la plus secrète de l’establishment. (in Edward Snowden, Mémoires vives, Seuil, Paris, 2019, p.140, note de bas de page 1)

 

 

 

 

 

 

 

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 20:46

 

 

 

Il y a trente ans, en septembre 1989, à Creil dans la région parisienne éclatait l’affaire du voile qui, aujourd’hui, n’est toujours pas résolue. Cependant, rappelons-nous, en 1979, il y a quarante ans en Iran et en Grande Bretagne, comme le rappelle Amin Maalouf dans son dernier livre « Le naufrage des civilisations » (Paris, Grasset 2019), éclataient deux révolutions conservatrices : la prise de pouvoir par l’Ayatollah Khomeiny et la mise en place du néolibéralisme par Margareth Thatcher.

 

 

 

Le 17 septembre 1989, à Creil, l'affaire du voile débuta et enclencha un conflit qui n'est toujours pas apaisé aujourd'hui.

Le 17 septembre 1989, à Creil, l'affaire du voile débuta et enclencha un conflit qui n'est toujours pas apaisé aujourd'hui.

 

 

 

Ces deux événements sont liés. La théocratie chiite qui s’installa en Iran à la place d’une dictature monarchique atroce provoqua un réveil de l’Islam dans l’ensemble du monde musulman. Les fidèles de Mahomet virent dans le nouveau régime iranien surgir une étincelle ravivant la flamme de leur religion qui allait enfin retrouver la lumière qui fut éteinte depuis la chute du califat ottoman lors de la Première guerre mondiale. Et dans l’occident « démocratique », le néolibéralisme thatchérien imposa un modèle de société plus ouvert que le précédent et répondant à la philosophie protestante anglo-saxonne : le communautarisme permettant à chaque groupe ethnoreligieux de vivre selon ses propres règles dans un même territoire national. Historiquement, c’est ainsi que se sont construits les Etats-Unis au détriment, ne l’oublions pas, de la population locale.

 

La rivalité entre l’Eglise catholique et la République en France, ainsi qu’entre le même clergé et l’Etat en Belgique ont mené dès la deuxième moitié du XIXe siècle à deux formes de séparation entre l’Eglise et la puissance publique, ou entre le spirituel et le temporel. C’est ce qu’on appela par après la laïcité.

 

Cependant, la laïcité ne peut être relativement efficace que dans une société homogène. La France, comme la Belgique, en dépit de leurs diversités internes, étaient relativement homogènes jusqu’à la décolonisation.  Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une société homogène, notamment à la suite de l’immigration qui a provoqué surtout dans les espaces urbains l’émergence d’une société diversifiée sur les plans culturel, social et religieux. C’est ce que certains appellent la société « multiculturelle ». Par leur culture, par leur religion, les allochtones surtout musulmans n’arrivent pas à intégrer les principes d’une société laïque. La religion est leur ciment et ils refusent que celle-ci soit subordonnée à une société sécularisée.

 

La société dite « multiculturelle »

 

En réalité, nous ne vivons pas une société « multiculturelle ». Ce qualificatif est une construction purement intellectuelle ; nous vivons dans une société composée de plusieurs groupes ethnico-religieux qui cohabitent dans nos cités, mais qui ne se rencontrent pas. Et cela est source de conflits et de racisme. En plus, le chômage dû à la crise économique et financière consécutive des chocs pétroliers a accru les tensions entre les populations autochtone et allochtones.

 

Aussi, le fléau du racisme commençait à prendre des proportions inquiétantes. Des groupes d’extrême-droite violents devenaient de plus en plus dangereux et les manifestations individuelles discriminatoires se multipliaient aussi bien chez des particuliers que dans les entreprises, voire même les services publics. Cela représentait un danger majeur pour la cohérence de la société, pour la pérennité des principes fondamentaux et aussi pour l’ordre public. Il fallait réagir. Des dispositions législatives furent prises à cet effet durant la décennie 1980-90. Elles furent indispensables et conduisirent à un relatif mais réel apaisement bien que le racisme ne fût jamais tout à fait éradiqué.

 

 

Pendant ce temps-là, les manifestations de religiosité islamique se multiplient. De plus en plus de femmes musulmanes portent le voile. Depuis toujours, les femmes âgées portaient un foulard sur la tête, mais à la suite de la révolution iranienne, en Europe et particulièrement en France et en Belgique, des jeunes femmes et même des jeunes filles se couvrent le chef d’un foulard. Et on observe aussi ce phénomène chez les jeunes élèves des écoles secondaires officielles ainsi que dans les universités.

 

 

 

Au Collège de Creil, le 17 septembre 1989,le proviseur signifie à deux  élève portant le voile traditionnel leur exclusion temporaire.

Au Collège de Creil, le 17 septembre 1989,le proviseur signifie à deux élève portant le voile traditionnel leur exclusion temporaire.

 

 

 

C’est à l’école que le conflit entre musulmans pratiquants et laïques a éclaté. Le 17 septembre 1989, il y a tout juste trente ans, à Creil, dans la banlieue parisienne, le proviseur du Collège Gabriel-Havez exclut temporairement deux élèves qui avaient refusé d’ôter leur voile au sein de l’établissement. Cela déclencha un tollé épouvantable au point que le gouvernement français de Michel Rocard en fut ébranlé. Le quotidien « Le Figaro » sous la plume d’Eugénie Bastié a publié dans son numéro du week-end des 21 et 22 septembre 2019 une très intéressante et complète rétrospective de cette affaire.

 

La gauche se divisa. Une partie d’entre elle et non la moindre condamna vigoureusement la décision du proviseur de Creil. Il y avait la Ligue des Droits de l’Homme, SOS Racisme, le Mrap. De leur côté les syndicats d’enseignants comme le Sgen-CFDT et la FEN (Fédération de l’Education Nationale regroupant des socialistes et des communistes) appuient la décision des responsables du Collège Gabriel-Havez et lancent même un mouvement de grève sous le mot d’ordre « Bas les foulards ! » Le Nouvel Observateur du 2 novembre 1989 publia une tribune retentissante : « Profs, ne capitulons pas ! » Elle est signée par Elisabeth Badinter, Elisabeth de Fontenay, Catherine Kintzler, Régis Debray, Alain Finkielkraut. Cinq ténors de la gauche intellectuelle. En conséquence, Lionel Jospin qui était ministre de l’Education nationale ne savait plus à quel saint se vouer. Il tergiversa et renvoya la patate chaude au Conseil d’Etat qui lui répondit le 27 novembre 1989 que « le voile ne peut pas en soi constituer un motif d’exclusion, invoquant la « liberté de conscience » de l’élève. » (Le Figaro). C’est donc aux chefs d’établissements scolaires à décider ou non l’interdiction du voile dans leurs collèges et lycées. En 2004, Chirac, alors à la présidence, imposa une loi d’interdiction du port du voile dans les écoles secondaires. Cette loi, comme toutes les autres, fut plus ou moins bien appliquées.

 

 

 

Jacques Chirac, alors président en 2004, annonce une loi d'interdiction du port de signes "ostensibles" religieux à l'école, au nom de la laïcité. Etait-ce une bonne idée ?

Jacques Chirac, alors président en 2004, annonce une loi d'interdiction du port de signes "ostensibles" religieux à l'école, au nom de la laïcité. Etait-ce une bonne idée ?

 

 

 

De la gauche sociale à la gauche sociétale

 

Il y a une explication à l’hésitation de Jospin. Selon le politologue Laurent Bouvet, « La réaction de Jospin n’est pas idéologique, elle est due à la pente sociétale prise par la gauche pour compenser le réalisme économique adopté en 1981. » Et il avertit : « C’est aussi de l’ignorance. Beaucoup de gens ne comprendront que bien plus tard les enjeux. »

 

En effet, par le tournant libéral – qu’on a appelé de la rigueur – pris par Mitterrand en 1982, la gauche socialiste pour se démarquer de la droite mit en avant les questions de société comme la discrimination, le racisme, les droits humains, laissant ainsi de côté la question sociale, alors que toutes ces problématiques sont intimement liées. Une autre conséquence fut l’isolement de la laïcité, voire de sa marginalisation. Elle fut même assimilée à l’extrême-droite en France.

 

En effet, la mouvance laïque se divisa. Une dissidence est apparue sous le nom de « Riposte laïque » qui fut fondée par un ancien militant de la CGT proche des mouvements de libre pensée. Très vite, ce groupe se mobilisa essentiellement contre les musulmans et adopta les thèses discriminatoires de l’extrême-droite.

 

Tout cela ne fit qu’accroître les tensions. Des manifestations pour le voile furent organisées par des groupes islamiques. Les responsables politiques aussi bien de gauche que de droite se détournèrent de cette question, laissant ainsi le terrain à l’extrême-droite et à l’islamisme qui commençait à se développer en France et aussi en Belgique.

 

Vers le communautarisme

 

En Belgique, les différents ministres de l’éducation laissèrent aux chefs d’établissements de l’enseignement officiel la latitude de résoudre la question du voile dans leurs écoles. La plupart optèrent pour l’interdiction. Cela se passa sans heurts majeurs, mais de nombreux élèves musulmans se tournèrent vers l’enseignement catholique dit libre et l’on vit se fonder des écoles islamiques cependant peu nombreuses.

 

Cependant, que ce soit en France ou en Belgique, on vit s’accroître l’influence de l’Islam auprès des jeunes issus de l’immigration. Le Figaro dans l’article précité évoque une récente enquête effectuée par l’Ifop (Institut français de l’opinion publique – le principal institut de sondage outre Quiévrain), l’hebdomadaire Le Point et la Fondation Jean Jaurès. Cette étude montre que les jeunes musulmans ne se sont pas laissé tenter par la société de consommation et se rallient de plus en plus à l’orthodoxie islamique. « En 1989, seuls 7 % des 18-24 ans déclaraient fréquenter les mosquées, ils sont aujourd’hui plus de 40 %. » Ce n’est plus tellement la question du voile qui mobilise les jeunes musulmans, mais celle du halal ! Remarquons au passage que les jeunes issus des milieux laïques ne se mobilisent guère et se moquent éperdument de ces questions. Eux ont totalement intégré la société de consommation et se soucient avant tout de leur emploi futur – ce qui est compréhensible. Mais, question subsidiaire : dans ces deux catégories de jeunes, quelle est la plus forte ?

 

La propagande islamique – c’est volontairement que j’évite le qualificatif « islamiste » - diffusée notamment par Tariq Ramadan a porté ses fruits. D’autre part, la partie sociétale de la gauche a réussi à imposer certains de ses principes fondamentaux comme le « droit à la différence ». Même si plusieurs intellectuels ont tiré la sonnette d’alarme en avertissant : « Le droit à la différence, c’est la différence de droits ! ». Autrement dit, l’édifice juridique universel basé sur le triptyque liberté – égalité – fraternité s’effondre devant l’application d’un tel concept. C’est tout le sens de cette querelle sur le voile ou sur les « accommodements » dits « raisonnables » qui souhaitent la dérogation à ces principes de base pour assurer une cohabitation harmonieuse entre les communautés, comme, par exemple, des restrictions à la mixité, la dispense de certains cours comme celui de biologie dans les écoles secondaires, l’interdiction du voile, le service de la nourriture halal dans les cantines scolaires, etc.

 

 

 

Tariq Ramadan lors de sa superbe distilla une propagande islamique insidieuse mais très efficace auprès des musulmans en Europe francophone et en Grande Bretagne.

Tariq Ramadan lors de sa superbe distilla une propagande islamique insidieuse mais très efficace auprès des musulmans en Europe francophone et en Grande Bretagne.

 

 

 

C’est ainsi que s’installe petit à petit le communautarisme. Sur le terrain, des élus locaux, bon gré mal gré, sont contraints de procéder à ces fameux « accommodements » pour éviter des troubles dans leurs communes et municipalités. Au niveau de l’enseignement, on ferme depuis longtemps les yeux sur le voile et s’est même posé la question de congés religieux et du respect des contraintes exigées lors de la période du Ramadan.

 

Un constat d’échec

 

Dans un ouvrage intitulé « La crise de l’égalité » (édition Espace de Libertés, Bruxelles, 2012), Jean-Philippe Schreiber, professeur d’histoire des religions à l’Université Libre de Bruxelles, connu pour son attachement aux fondements des Lumières, écrit :

 

« Un ami, récemment, (…) posait la question : notre époque éteint-elle les Lumières ? Il partageait là une véritable inquiétude : inquiétude, d’une part, face au combat réactionnaire mené contre les principes de Lumières, dans le chef surtout des Eglises, mais aussi de ceux qui voient dans les Lumières l’origine des supposés dévoiements de notre modernité ; inquiétude, d’autre part, face à la mise en cause, souvent plus subtile mais non moins pernicieuse, de principes fondateurs de notre modernité démocratique, en particulier du projet égalitaire des Lumières. Une mise en cause qui se manifeste surtout dans la vision culturaliste de la société qui se développe de plus en plus. Celle-ci voit dans l’universalisme un paternalisme éculé qui aurait eu la prétention d’émanciper par la coercition, au nom de valeurs ethnocentrées, et elle lui oppose des politiques différenciées, multiculturalistes ou interculturalistes, dans le but de prétendument mieux gérer notre diversité sociale – sans trop de souci de rompre ainsi avec le principe d’égalité des citoyens. »

 

Analyse profondément juste, mais aussi constat d’échec !

 

 

 

Le professeur Jean-Philippe Schreiber défend une laïcité issue des Lumières.

Le professeur Jean-Philippe Schreiber défend une laïcité issue des Lumières.

 

 

 

Il est malheureusement vrai que la laïcité apparaît comme une idée et une institution paternaliste et dépassée. Elle a depuis longtemps le complexe minoritaire. Et elle l’est, dans notre société, alors que, paradoxalement, les lois fondamentales sont basées sur les principes des Lumières et, en Belgique, le mouvement laïque a obtenu de grandes victoires comme, par exemple, la loi de dépénalisation partielle de l’avortement et la loi sur l’euthanasie, sans compter les combats pour l’égalité hommes-femmes.

 

Seulement, pour paraphraser la fameuse parole de Staline : « La laïcité, combien de divisions ? » Combien de jeunes sont-ils prêts à se consacrer à la cause de la laïcité ? Et, surtout, pourquoi en est-il ainsi, alors que de nombreux défis apparaissent ?

 

Répondre à cette question est malaisé et surtout incomplet. Un premier constat : dans l’affaire du voile, il y eut une énorme erreur stratégique. On s’est attaqué à un symbole. Et cela ne pouvait que provoquer un conflit majeur manifestement remporté par les religieux islamiques pour diverses raisons aussi bien internes qu’internationales. Ce conflit s’est élargi à d’autres aspects de la vie en société comme la mixité et la domination du religieux sur le temporel avec la collaboration implicite des autres cultes. Ce sont donc les Lumières qui sont menacées, comme l’écrit Jean-Philippe Schreiber.

 

La laïcité a une faiblesse fondamentale – Jean-Philippe Schreiber l’admet implicitement – elle n’est efficace que dans une société homogène. L’erreur de la laïcité fut de s’assimiler à l’Occident, tout comme les Droits de l’homme se prétendant universels furent en réalité une construction occidentale qui n’est pas admise par les sociétés patriarcales et religieuses dans le Tiers-monde et aussi en Occident – on l’oublie trop souvent – par des mouvements réactionnaires de plus en plus puissants et donc dangereux comme les sectes évangéliques qui sont représentés jusqu’à la Maison Blanche.

 

Elle est aussi divisée. Certains souhaitent une « laïcité inclusive » qui ferait des concessions aux culturalisme tout en conservant ses principes universels. Ainsi, on s’aperçoit qu’il est de plus en plus malaisé de défendre le principe de l’universalité des Lumières.

 

En plus, en Occident, la laïcité à la française ou à la belge se heurte au modèle interculturel ou communautariste anglo-saxon. On ne peut pas dire que les Etats-Unis, la Grande Bretagne qui ont adopté la solution communautariste et dans une moindre mesure le Canada, la Nouvelle Zélande et l’Australie ne sont pas des Etats démocratiques. Aussi, opposer communautarisme et démocratie ne tient pas la route. Certes, en Angleterre, des tribunaux appliquent la fameuse charia sur le plan du droit des personnes. Et des violents conflits inter communautés existent aussi dans le monde anglo-saxon.

 

Cela amène à penser que le modèle anglo-saxon ou celui français des Lumières conduisent tous deux à l’échec. Et nous n’avons pas réussi à mettre en place une alternative au modèle communautariste anglo-saxon, sinon par la contrainte et l’interdiction. Et la laïcité s’accommode mal d’interdits !

 

Jean-Philippe Schreiber n’est guère optimiste. Il a écrit récemment sur le réseau social Facebook :

 

« Le projet égalitaire de la triade républicaine liberté/égalité/fraternité, célébré de manière incantatoire lors du bicentenaire de 1989, le sera tout autant, pour n’avoir pas réussi à construire une véritable égalité, ni mener à sa véritable expression le projet fraternel issu de la Révolution. Dans un contexte de plus en plus relativiste, l’esprit des Lumières se verra mis à mal pour avoir, clame-t-on, porté dans ses germes le racisme, la domination et les catastrophes idéologiques du XXe siècle. Progressivement, la laïcité va être réappropriée à droite, puis même à l’extrême droite, détournée de son propos et de son ancrage progressiste et instrumentalisée à des fins identitaires. Quel triste constat aujourd’hui : l’universalisme, l’esprit républicain, la laïcité et l’égalité sont mis à mal, plus que jamais, parce que ceux qui ne sont animés que par le ressentiment pensent que pour réparer les injustices sociales et culturelles, il faut faire droit aux minorités réelles et symboliques. En lieu et place d’une société des égaux, nous avons aujourd’hui une société des victimes. »

 

La laïcité est sans doute la plus grande idée de la fin du XIXe siècle lancée en France et en Belgique dans la foulée des Lumières et de l’Instruction obligatoire. Elle s’est traduite en France par l’adoption de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat qui est sans doute l’édifice juridique le plus équilibré qu’une démocratie ait produite. Cette loi ne fut jamais contestée, même sous le régime pétainiste pendant l’occupation, jusqu’à 2007 lorsque le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, la contesta ouvertement lors de sa visite à Rome où, à Latran, il prononça un discours affirmant la supériorité du curé sur l’instituteur. Aujourd’hui, sous la présidence d’Emmanuel Macron, la même loi est en danger par la volonté du chef de l’Etat d’imposer le modèle anglo-saxon à la société française et de réduire le rôle de l’Etat à sa plus simple expression avec un enseignement dépendant quasi totalement du secteur privé.

 

En Belgique et en France, nous l’avons vu, le communautarisme s’impose petit à petit. L’importance de la population musulmane a considérablement accru son poids politique. Le choc de la migration provoqué par les guerres menées par les occidentaux en Afrique du Nord et au Moyen Orient n’a réussi qu’à accentuer les tensions sans que l’on réussisse à trouver une solution à la plus importante crise humanitaire en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. Et cela répond à l’exigence démocratique, mais cela a pour conséquence d’affaiblir les principes laïques.

 

Alors, que faire ? Voilà la question.

 

Elément de réponse : avant tout, nous remettre en question si nous voulons assurer la pérennité de nos fondamentaux !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 21:23

 

 

 

L’organisation britannique « Women Against Rape » fondée en 1976 a publié le 29 juillet dernier un communiqué au sujet des accusations de viols qui pèsent sur Julian Assange. Ses auteurs démontrent que l’acharnement des Justices britannique et suédoise contre Assange est tout à fait inhabituel en la matière. Ce communiqué a été traduit et diffusé par le site « Le Grand Soir ».

 

Elle dénonce : « Dans cette affaire, le processus judiciaire a été corrompu dès le début et la justice a été refusée tant aux accusatrices qu’à l’accusé. D’une part, les noms des femmes ont été diffusés sur Internet ; elles ont été dénigrées, accusées d’avoir tendu un "piège de miel", leurs allégations rejetées comme "pas de vrai viol". D’autre part, M. Assange a été traité par la plupart des médias comme s’il était coupable, bien qu’il n’ait même pas été accusé. »

 

 

 

Julian Assange condamné à 50 semaines de prison attend son procès d'extradition.

Julian Assange condamné à 50 semaines de prison attend son procès d'extradition.

 

 

 

Comme les sorcières sur les bûchers

 

Elle se réfère au rapport de Nils Melzer, le rapporteur de l’ONU sur la torture, n’hésite pas à affirmer :

 

« ...Assange avait été systématiquement calomnié pour détourner l’attention des crimes qu’il dénonçait. Une fois déshumanisé par l’isolement, le ridicule et la honte, comme les sorcières que nous brûlions autrefois sur les bûchers, il était facile de le priver de ses droits les plus fondamentaux sans provoquer l’indignation publique dans le monde entier. Et c’est ainsi que l’on crée un précédent juridique... »

 

Dans notre précédent article, nous avons affirmé que ces accusations de viols pesant sur Julian Assange et fondées sur des allégations contradictoires des « victimes » qui ont été démenties puis reprises suite à des pressions de la Justice suédoise, servaient à discréditer le patron de Wikileaks auprès de l’opinion publique tout en étant un prétexte à le maintenir en prison pour l’extrader vers les Etats-Unis où il risque jusqu’à la peine de mort.

 

Journalistes, réveillez-vous !

 

Il est heureux qu’une des plus anciennes associations féministes contre le viol défende Julian Assange accusé d’un crime abominable sans aucune preuve sérieuse, sans respect de la présomption d’innocence. C’est fondamental pour la défense du fondateur de Wikileaks.

 

Cette affaire est sans doute la plus grave atteinte aux droits d’un journaliste depuis la Seconde guerre mondiale. Si Assange est extradé, condamné à une peine de prison à vie ou même à la peine de mort, c’est la liberté de la presse qui est condamnée. Tous les journalistes seraient désormais en danger. Journalistes, quelle que soit votre tendance, vos opinions, vos engagements, réveillez-vous !

 

Pierre Verhas

 

 

 

Assange : Le Rapporteur de l’ONU sur la torture a raison d’être alarmé par la manipulation des allégations de viols

 

Women Against Rape

 

Depuis plus de quarante ans, nous faisons campagne pour faire condamner les violeurs. Mais la poursuite de Julian Assange n'est pas motivée par des préoccupations au sujet du viol, mais par les pressions exercées par le gouvernement des États-Unis pour le punir pour ses dénonciations de crimes de guerre par Wikileaks. Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et les traitements cruels et dégradants, a raison d'être alarmé.

 

Au moment des allégations initiales contre Julian Assange, nous avons souligné le zèle inhabituel avec lequel il était poursuivi. (Le Guardian le 19 décembre 2010 et le 23 août 2012). Il ne ressemble à aucune autre enquête sur un viol que nous ayons vue ailleurs.

 

Le faible taux d’inculpation des hommes pour viols signalés au Royaume-Uni (les chiffres qui viennent d’être publiés montrent qu’il a encore baissé, passant de 14% à 2,5% en quatre ans) – résultant en grande partie d’enquêtes et de poursuites négligentes et biaisées, en dit long sur la façon dont le viol est généralement traité. Seulement un rapport sur 65 donne lieu à une sommation ou à une accusation. L’excuse de la police est qu’ils sont débordés et en sous-effectif.

 

Mais toutes les ressources ont été consacrées à l’affaire Assange, ce qui a coûté très cher au contribuable, ce dont on lui a ensuite fait le reproche.

 

Ce n’est pas à nous de décider si une allégation faite contre M. Assange est vraie ou non et si ce qui s’est passé équivaut à un viol ou à une violence sexuelle – nous n’avons pas tous les faits et ce qui a été dit n’a pas été vérifié. Mais nous savons que le droit des victimes de viol à l’anonymat et le droit des accusés d’être présumés innocents jusqu’à preuve du contraire sont tous deux essentiels à un processus judiciaire juste.

 

Dans cette affaire, le processus judiciaire a été corrompu dès le début et la justice a été refusée tant aux accusatrices qu’à l’accusé. D’une part, les noms des femmes ont été diffusés sur Internet ; elles ont été dénigrées, accusées d’avoir tendu un "piège de miel", leurs allégations rejetées comme "pas de vrai viol". D’autre part, M. Assange a été traité par la plupart des médias comme s’il était coupable, bien qu’il n’ait même pas été accusé.

 

Les procureurs suédois et britannique sont responsables de la manière dont les allégations des femmes ont été traitées. Comme dans toute poursuite pour viol, ce ne sont pas les femmes qui s’occupent de l’affaire, mais l’État.

 

Julian Assange a toujours dit clairement qu’il était disponible pour toute enquête sur les allégations, et il était en Suède lors de la première enquête qui l’a blanchi. Il a également précisé que sa seule préoccupation était de ne pas être extradé de Suède vers les États-Unis s’il y retournait, et c’est pourquoi il a demandé l’asile à l’ambassade équatorienne. La Suède a refusé de donner des garanties au motif qu’aucune demande de ce type n’avait été présentée par les États-Unis.

 

Mais dès que Julian Assange a été emmené hors de l’ambassade équatorienne après un changement de gouvernement, les États-Unis ont entamé une procédure d’extradition et porté 17 accusations, notamment d’"espionnage".

 

Nils Melzer met en garde contre les implications de la chasse aux sorcières contre M. Assange alors qu’il documentait les effets de son enfermement forcé, aujourd’hui de son incarcération. M. Melzer a écrit dans son éditorial :

 

« ...Assange avait été systématiquement calomnié pour détourner l’attention des crimes qu’il dénonçait. Une fois déshumanisé par l’isolement, le ridicule et la honte, comme les sorcières que nous brûlions autrefois sur les bûchers, il était facile de le priver de ses droits les plus fondamentaux sans provoquer l’indignation publique dans le monde entier. Et c’est ainsi que l’on crée un précédent juridique... »

 

Nous sommes heureuses que M. Melzer ait révisé certains de ses commentaires sur les allégations des femmes, mais globalement sa position demeure. M. Assange est publiquement vilipendé afin de détourner l’attention de la vengeance et du silence de l’Etat. Nous sommes alarmées par le précédent que cela crée pour les journalistes et les dénonciateurs partout dans le monde. Nous nous opposons à la torture et à la peine de mort. Nous ne pouvons tolérer la façon dont les allégations de viol contre une personne continuent d’être utilisées pour poursuivre un programme politique visant à cacher le viol, la torture et le meurtre commis par l’État.

 

Après avoir travaillé avec des milliers de victimes de viols qui demandent l’asile contre le viol et d’autres formes de torture, nous n’avons rencontré que l’obstruction des différents gouvernements britanniques. À maintes reprises, ils ont accusé des femmes de mentir et les ont expulsées sans se soucier de leur sécurité. Ne nous dites pas qu’ils s’inquiètent des victimes de viol.

 

Où est la campagne demandant justice pour les viols et les meurtres que Wikileaks a révélés ? Qui prendra la parole au nom de ces victimes si les dénonciateurs sont réduits au silence ?

 

En 2004, en collaboration avec le Black Women’s Rape Action Project, nous avons écrit à des femmes parlementaires au sujet des crimes de guerre et des actes de torture, y compris les viols, commis sous occupation étasunienne et britannique en Irak et en Afghanistan. Nous n’avons reçu aucune réponse.

 

Chelsea Manning (actuellement réincarcérée malgré la commutation de sa peine par le président Obama) a pu utiliser Wikileaks pour dénoncer le vaste camouflage de viols, d’autres violences sexuelles et de meurtres, y compris de femmes et d’enfants, par les militaires étasuniens en Afghanistan, en Bosnie et en Irak. Ces victimes ne comptent-elles pas ?

 

Julian Assange et Chelsea Manning ont déjà subi des années d’isolement, de détention, d’emprisonnement, de diffamation et d’humiliation publiques, plus longues et plus honteuses que de nombreux hommes condamnés pour viol.

 

Une fois de plus, la fureur et la frustration des femmes face aux injustices auxquelles nous sommes confrontées sont manipulées par les gouvernements à leurs propres fins. Envoyer quelqu’un à la mort ou en prison à perpétuité et torturer quelqu’un aux Etats-Unis pour "espionnage" ce n’est pas rendre la justice pour des affaires de viol.

 

Publié le 28 juillet 2019 par Women Against Rape

 

Traduction : Romane

 

http://againstrape.net/assange-un-rapporteur-on-torture-is-right-to-be...

 

URL de cet article 35217

 


https://www.legrandsoir.info/assange-le-rapporteur-de-l-onu-sur-la-torture-a-raison-d-etre-alarme-par-la-manipulation-des-allegations-de-viols.html

 

 

 

 

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 21:53

 

 

 

S’il y a dans la sphère cathodique, un sinistre personnage, c’est bien Yann Moix qui, ces derniers temps, fait parler de lui d’une manière vraiment nauséabonde. Nauséabonde, ce qualificatif dont BHL affuble tous ceux qu’il veut perdre.

 

 

 

Yann Moix  se trouve dans une tempête qui semble bien organisée...

Yann Moix se trouve dans une tempête qui semble bien organisée...

 

 

 

Nous avons déjà eu l’occasion à plusieurs reprises d’évoquer une personnalité aussi admirable que méconnue, Michel Warschawski. Né à Strasbourg en 1949, fils du Grand Rabbin d’Alsace, le jeune Michel émigra avec ses parents en Israël – il fit son « alya », comme on dit – et y reçut une éducation talmudique. Lorsqu’éclata la guerre des Six jours, en se rendant à l’âge de 17 ans comme « touriste » avec ses parents dans les territoires occupés. A Hébron, sur un marché, il voulut acheter une babiole et se rendit compte de la terreur du marchand à son égard. Là, il prit conscience de l’horreur de l’occupation. Ses parents l’avaient subie – et dans quelles conditions ! – pendant la Seconde guerre mondiale et il s’aperçut que les Israéliens dont bon nombre furent victimes des horreurs nazies procédaient de même avec les Palestiniens ! Depuis, il milita pour la solidarité entre Juifs et Palestiniens.

 

 

 

Michel Warschawski expliquant à feu notre camarade Jef Baeck et à son épouse Christine le système de colonisation des territoires occupés.

Michel Warschawski expliquant à feu notre camarade Jef Baeck et à son épouse Christine le système de colonisation des territoires occupés.

 

 

 

Lors d’une rencontre à Jérusalem, Michel Warschawski nous raconta son parcours. Un épisode m’a frappé. En 1989, il est accusé de complicité avec le Front Populaire de Libération de la Palestine, organisation cataloguée comme terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne. Une loi avait été votée à la Knesset interdisant à tout Israélien d’entretenir des relations avec des Palestiniens. Après son arrestation, un agent du Shin Beth – le service secret intérieur d’Israël – lui rendit visite dans sa cellule. Il lui proposa de choisir entre le « Blanc et le Noir », c’est-à-dire entre sa citoyenneté israélienne et sa solidarité avec les Palestiniens. S’il optait pour le « Blanc », il serait aussitôt libéré. Warschawski lui répondit : « Entre le Blanc et le Noir, il y a le Gris ! ». L’agent lui laissa trois jours de réflexion. Lorsqu’il revint, la réponse fusa : « Je suis toujours dans le Gris ! » et il fit vingt mois de prison.

 

Le « philosémitisme » face cachée de l’antisémitisme

 

Il nous a dit aussi autre chose : « L’antisémitisme sévit partout, nous le savons tous. Mais méfiez-vous encore plus du philosémitisme ! » En effet, ce sentiment est souvent hypocrite et justifie les pires exactions commises par les extrémistes israéliens et leurs « amis ».

 

Eh bien, l’affaire Yann Moix en est la frappante illustration. Ce personnage, ex-idole des médias français et du parisianisme le plus abject, grand ami de BHL, a été adulé pendant des années pour ses odieuses prestations à la fameuse émission « On n’est pas couché » (ONPC) du samedi soir sur la chaîne France 2. Son rôle – et il avait du talent pour cela – consistait à éructer, et répandre sa haine à l’égard d’un invité qui ne répondait pas aux « normes » BHeliennes ! Il n’a cependant pas toujours réussi. Il a tenté entre autres cet exercice avec Michel Onfray, mais là, le philosophe normand sortit vainqueur de ce sinistre duel.

 

 

 

Yann Moix n'a pas réussi à désarçonner Michel Onfray à ONPC. Cela n'empêche pas ce dernier de le défendre...

Yann Moix n'a pas réussi à désarçonner Michel Onfray à ONPC. Cela n'empêche pas ce dernier de le défendre...

 

 

 

Alors, qui est Yann Moix ?

 

Né dans une famille modeste dans la Nièvre, Yann Moix fit de brillantes études qu’il termina à la prestigieuse école « Science Po » à Paris. Incontestablement, il est doté d’un talent littéraire qui fut confirmé par le Prix Goncourt du premier roman en 1996. Il a été « découvert » par Bernard Henri Lévy en 1994. Il collabora aussi à la page culturelle de l’hebdomadaire « Marianne ». Bref, il a réussi à s’introduire dans le microcosme parisien.

 

En même temps, Yann Moix fréquente l’écrivain antisémite Marc-Edouard Nabe. Il copina aussi jusqu’en 2013 avec le négationniste Paul-Eric Blanrue qui a travaillé, puis s’est disputé avec Robert Faurisson. Du joli monde, quoi !

 

Le site de gauche « Le Média » rapporte le point de vue de Blanrue sur Yann Moix. C’est édifiant !

 

 

 

 

Paul-Eric Blanrue avec Yann Moix et une jeune femme.  Ils ont manifestement l'air de bien se connaître.

Paul-Eric Blanrue avec Yann Moix et une jeune femme. Ils ont manifestement l'air de bien se connaître.

 

 

 

« Yann Moix et moi avons été les meilleurs amis du monde pendant plus de dix ans. On se voyait pratiquement tous les jours au début et un peu moins sur la fin. Après qu’il se soit cassé la gueule au cinéma avec « Cinéman », je le voyais moins. J’ai souvent aidé Yann dans ses démarches littéraires et j’ai toujours été remercié à la fin de ses livres. Néanmoins, il m’a un jour chapardé de nombreuses pages qu’il a insérées dans son roman « Naissance » avec lequel il a reçu le prix Renaudot 2013. Ce sont des pages que j’avais écrites pour un projet de série pour Canal Plus. C’est du plagiat ! Ce ladre ne m’a même pas remercié ni crédité. Voilà le genre du personnage. »

 

 

Blanrue ajoute :

 

« Vous savez, Yann Moix est un grand menteur, un mythomane. Il a affirmé par exemple ne plus me voir depuis 2010 alors que j’ai les preuves, sms et e-mails à l’appui, qu’on s’est vu jusqu’au printemps 2013 à Paris. Durant l’été précédent, il m’avait envoyé des centaines d’e-mails dont parfois 25 dans la même journée. C’est un fou furieux, un caractériel. Quand il est énervé, il casse tout chez lui. »

 

Une curieuse ignorance

 

Et où cela devient scabreux :

 

 

« A vingt-deux ans, Yann a sorti des opuscules illustrés et écrits à la main où il se moquait de la Shoah. Il vendait ses livrets, sous forme de photocopies, à dix francs l’exemplaire, après le BAC, en école de commerce à Reims. Il y a eu trois numéros de cet opuscule d’ « Ushoaïa ». C’était très critique envers BHL. Ensuite, il avait une peur bleue que ça se sache. »

 

 Et c’était connu ! Mais bien avant que l’Express ne révèle le pot aux roses en août 2019. Blanrue lui-même raconte dans son dernier ouvrage « Sécession – l’art de désobéir » :

 

« Après la publication d’une première liste de signataires (ndrl : Blanrue évoque là une pétition qu’il a lancée en 2010 pour l'abrogation de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard), nous eûmes à faire face à deux défections. Mgr Gaillot nous demanda d’ôter son nom. Le prélat gauchiste ne chercha pas à nier avoir subi des pressions de groupes opaques et s’en excusa platement auprès de nous. Moins correcte fut l’attitude de Yann Moix, qui était un ami (très) intime depuis le début des années deux mille. Après avoir signé crânement le texte en connaissance de cause, il fut pris d’une subite crise de panique et se désista sans m’en avertir, m’accusant, qui plus est, de l’avoir fait tomber dans un piège ! Misérable petit sacripant !

 

Sur le site de La Règle du Jeu, la revue de son mentor BHL, ce ladre déclara qu’il ignorait que le nom de Faurisson apparût sur la pétition et qu’en conséquence il ne pouvait moralement y figurer. Je réagis sur le blog du Clan des Vénitiens en prouvant qu’il mentait comme une brassière. Deux journalistes du Monde.fr, spécialisés dans la traque des extrémistes de droite, réels ou supposés, menèrent une enquête et parvinrent au même résultat que moi en utilisant Google-cache, la mémoire du moteur de recherche. Moix venait d’être pris la main dans le pot à confiture cyanurée !

 

 

Le pire c’est que Moix connaissait Faurisson depuis longtemps. Depuis son enfance orléanaise, de fait. C’est une information classée « secret défense » qu’il a soigneusement cachée à tout le monde. Son médecin de famille était en effet l’époux d’une sœur de Faurisson, qui venait régulièrement déjeuner le dimanche chez ses parents, lorsqu’il était gamin. Par la suite, lorsqu’il fit ses études supérieures, Moix crut original de rédiger à la main, avec maintes caricatures qui ne plairaient point au CRIF, une revue intitulée Ushoahïa, le magazine de l’extrême, qui s’inspirait de l’émission de Nicolas Hulot mais surtout de l’album de bandes dessinées Hitler = SS de Jean-Marie Gouriot et Philippe Vuillemin, et des thèses faurissoniennes. C’eût été catastrophique pour sa réputation et sa carrière si cette anecdote était éventée ! Il fut tellement épouvanté qu’on découvrît l’existence de sa farce estudiantine de mauvais goût qu’il courut à plat ventre l’avouer par prévention à son éditeur Jean-Paul Enthoven et à BHL. On imagine leurs bobines à cette occasion – et on se doute de l’estime qu’ils portent désormais à leur poulain en leur for intérieur. On sait aussi par la peau de quelle partie de son anatomie ils le tiennent ! »

 

 

Alors que tout le monde connaissait les « anciennes » et sulfureuses fréquentations de Yann Moix, BHL en a fait son mentor avec pour mission d’être le gardien du temple BHelien à ONPC, mission qu’il remplit avec zèle ! Là est la vraie question !

 

 

 

BHL et Yann Moix : une erreur de casting ?

BHL et Yann Moix : une erreur de casting ?

 

 

Le petit Céline

 

 

Dans le « Figaro » du samedi 31 août, Jean-Paul Enthoven fait part de ses doutes sur le poulain des éditions Grasset et ses manifestations philosémites. « Yann Moix a fait des études talmudiques, a appris l’hébreu avec une ferveur que j’ai toujours trouvée suspecte. »

Et Enthoven lance l’estocade.

 

 

« Pour moi, il a toujours été un fasciste pas dans le sens politique mais dans son comportement, sa façon de ne pas venir aux rendez-vous, de traiter les femmes. Qu’il ait une idiosyncrasie fasciste, c’est sûr. Il ne croit pas à la politesse, c’est une brute, c’est même physique. Il a quelque-chose de commun avec Boris Johnson. Sa seule impatience, c’est de disqualifier la personne en face. C’est notre petit Céline. »

 

 

Moix est passé sous les « fourches caudines » d’ONPC ce samedi 31 août. RAS ! Il fut gentiment interrogé par le confesseur Franz-Olivier Giesbert, par ailleurs directeur du « Point » dont le principal chroniqueur est BHL. Tout se passa entre gens de bonne compagnie. Moix en ce confessionnal cathodique se battit la coulpe, fit part de sa honte, du dégoût de lui-même. Bref de son repentir !

 

 

Et cela suffit pour Son Eminence le cardinal BHL qui lui a aussitôt accordé l’absolution.

 

 

« … j'ai eu des explications musclées avec l'intéressé qui me confirma la réalité de cette part d'ombre ; qui trouva des mots qui me parurent sincères pour dire la honte que, désormais, ces insanités lui inspiraient ; et que je vis, d'abord avec circonspection, puis, petit à petit, avec respect, s'engager dans une âpre, rude et longue aventure intérieure dont l'enjeu devait être de traiter le mal par le bien et de l'arracher, une bonne fois, à ses anciens penchants criminels.

 

Car ce n'est pas une mince affaire que de tordre le cou, même quand on est très jeune, au vieil homme antisémite en soi.

 

Il ne suffit pas de dire « j'ai changé ».

 

Ni de s'autoproclamer « meilleur ami des Juifs ».

 

Et l'histoire – à commencer par celle des Juifs – ne connaît que trop ces retournements trop commodes dont le paradigme reste celui de Baalam, le mauvais sorcier, requis par le roi de Moab pour maudire le peuple d'Israël et à qui l'Éternel dit, au moment où il s'apprête à retourner ses malédictions en bénédictions : « Pas besoin de ta bénédiction, ils sont déjà bénis ! »

 

Non.

 

Il y faut du caractère, une force d'âme, ainsi que des boussoles intérieures dont le futur auteur de Mort et vie d'Edith Stein était visiblement démuni et dont il eut à s'équiper. (…)

 

Et puis il y faut un changement profond de l'âme, une conversion intellectuelle – et ce mouvement-là, ce creusement, cette plongée silencieuse dans les ténèbres de soi ainsi que dans la lumière des textes qu'il avait haïs de manière si vile, je suis mieux placé que beaucoup pour savoir, en revanche, avec quelle opiniâtreté il s'y est engagé. (…)

Je crois au repentir.

 

Je crois à la réparation.

 

Et quand un homme, tout homme et donc, aussi, un écrivain donne les preuves de sa volonté de rédemption, quand il s'engage, avec probité, dans le corps à corps avec ses démons, je pense qu'il est juste de lui en donner acte, de lui tendre loyalement la main et, si on le peut, de l'accompagner. »

 

 

On pleure déjà dans les chaumières !

 

 

Il reste cependant une question sans réponse. BHL, l’Union des étudiants juifs de France, la LICRA et d’autres cénacles si prompts à dénoncer toute manifestation d’antisémitisme et surtout toute critique à l’égard de la politique israélienne défendent bec et ongle un personnage dont son éditeur lui-même prétend qu’il est un fasciste. Moix manifestant un philosémitisme touchant à un intégrisme presque religieux garde toujours grâce à leurs yeux. Pourquoi ?

 

 

Sans doute fallait-il sauver le soldat Yann Moix pour préserver l’aura du cardinal BHL qui a manifestement fait une erreur de casting. A moins que ?

 

 

Non, décidément, je préfère de loin le « Gris » de Michel Warschawski à cette sinistre mascarade germanopratine.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 19:53

 

 

L’intox se cache bien derrière le dossier Assange !

 

À peine avoir posté l’article intitulé « Qui est Big Brother ? (II) » consacré à la persécution contre le journaliste Julian Assange qu’il a fallu se rendre compte qu’une partie de informations publiées relèvent de l’intox.

 

En effet, nous avons fait part de l’inquiétude sur l’absence de réaction de sa mère qui avait lancé une campagne sur la « toile » pour attirer l’attention sur les dangers que courait son fils sur le plan de sa santé. Elle craignait même une issue fatale Depuis lors, on ne l’avait plus entendue. Eh bien, non, c’est faux !

 

Le site russe d’informations « Sputnik news » pourtant réputé pour être un diffuseur de « fake news » a publié le 11 août cette information qui ne peut être remise en question :

 

« La mère de Julian Assange, fondateur du site Wikileaks détenu à Londres, accuse les gouvernements américain et britannique d’assassiner lentement son fils pour avoir parlé des crimes de guerre et de la corruption. »

 

Les gouvernements américain et britannique tuent « lentement et illégalement » le fondateur du site Wikileaks, Julian Assange, pour avoir révélé la vérité sur les crimes de guerre et la corruption, a écrit dimanche 11 août la mère du lanceur d’alerte, Christine Assange, sur Twitter.

 

 

« Mon fils Julian Assange est lentement, cruellement et illégalement assassiné par les gouvernements américain et britannique, pour un journalisme maintes fois primé révélant crimes de guerre et corruption ! »

 

Le père de Julian Assange a célébré le 3 juillet le 48e anniversaire de son fils à Melbourne, précisant que Julian était déterminé à se battre pour sa liberté, affirme la chaîne australienne d’informations continues SBS News :

 

« Sa santé s'est stabilisée et son esprit est extrêmement fort et il est déterminé à lutter pour sa liberté et pour la liberté de la presse pour nous informer de ce que font nos gouvernements »

 

 

Alors ? Les parents de Julian Assange ne s’occupent plus de leur fils ? Là aussi, veut-on discréditer la famille Assange ?

 

Le 1er juillet, le rédacteur en chef actuel de Wikileaks Kristinn Hrafnsson avait fait savoir que Julian Assange avait été transféré à l’hôpital pénitentiaire de la prison de Belmmarsh à cause de son état de santé il y a un mois et que son état psychologique se stabilisait. Cela prouve que le successeur de Assange s’occupe de lui, contrairement là aussi à certaines affirmations.

 

 

 

 

Voici une vidéo montrant Assange avec un compagnon de détention dans la prison de Belmarsh au Sud-Est de Londres. Elle a été filmée par un autre détenu. Elle a été diffusée par la chaîne d'information russe vidéo Ruptly. Et il est assez étrange de constater que la date de prise de vue date du 7 juillet 2017. C'est donc soit un montage, soit plus probablement une non mise à jour du smartphone qui a servi à la prise de vue. Encore, une fois, attention à l'intox. Néanmoins, ces images sont vraisemblables, selon les proches d'Assange. Elles le montrent amaigri mais en relative bonne forme.

 

 

 

D’autre part, le même Kristinn Hrafnsonn qui aurait hésité à lancer une procédure d’appel pour la condamnation de Julian Assange à 50 semaines de prison après son expulsion de l’ambassade d’Equateur à Londres, si on lit l’article d’Aymeric Monville dans le « Grand Soir », a lui aussi réagi avec fermeté. Dans une interview à la même agence « Sputnik news », datant du 21 juillet 2019, il déclare :

 

Tout d’abord pour en finir avec les poursuites contre les lanceurs d’alertes.

 

« Pour protéger les lanceurs d’alerte, nous devons créer une vraie loi. Les lois sur l’information qui ont été adoptées dans de nombreux pays ont généralement l'effet inverse. Cela ne protège pas les lanceurs d’alerte, ces lois disposant que vous devez consulter certaines plateformes avant de parler aux médias. Vous devrez parler à votre patron et seulement après, monter les marches. Si vous ne vous en tenez pas strictement à cette procédure, vous risquerez des poursuites. Cela dit, il y a une compréhension et une appréciation. Les gens apprécient ce qu’Edward Snowden a fait, hormis bien sûr les autorités américaines. Je veux dire, c’était une information extrêmement importante qu’il nous apportait. Nous avons été impliqués dans Wikileaks avec Edward Snowden parce que les médias l’ont trahi. […]. Donc, pour répondre à votre question de façon concise sur le soutien aux lanceurs d’alerte, je dirai que les lois devraient être modifiées, et que l’opinion devrait être sensibilisée à l’importance du rôle des lanceurs. »

Kristinn Hrafnsonn, l'actuel rédacteur en chef de Wikileaks. Il a pu rendre visite à Assange à Belmarsh avec l'actrice Pamela Anderson.

Kristinn Hrafnsonn, l'actuel rédacteur en chef de Wikileaks. Il a pu rendre visite à Assange à Belmarsh avec l'actrice Pamela Anderson.

 

 

 

Ensuite, il décrit les difficultés que connaissent les lanceurs d’alerte.

 

Sputnik: Voyez-vous un danger à encourager la dénonciation et la liberté de la presse pour des raisons de sécurité nationale? Ces règles et ces lois sont mises en place pour de bonnes raisons vraisemblablement ?

 

 

Kristinn Hrafnsson : « Bien sûr, il y a une limite, une ligne que vous ne franchissez pas. J'ai toujours dit que si quelqu'un publiait des fuites sur Wikileaks et que j’y voyais des codes de lancement des missiles des sous-marins ou autre chose du genre, alors, bien sûr, cela ne serait pas publié. Il y a une limite. Mais le concept de « menace pour la sécurité nationale » - ce terme est tellement utilisé au sens large qu’il a perdu tout son sens. »

 

Et pour cause :

 

« La publication de 2010 (relative à la guerre d’Afghanistan), qui est à la base de l'acte d'accusation maintenant contre Wikileaks, contre Julian Assange. Le gouvernement américain soutient depuis 10 ans que cette publication avait des conséquences terribles. J'avais le chef d'état-major à la télévision devant moi, affirmant que Wikileaks pouvait déjà avoir du sang sur les mains. Il était en larmes, ce qui était un peu ironique, étant donné qu'il nageait dans le sang des massacres en Irak et en Afghanistan. Mais en 2013, le Pentagone a dû admettre dans le procès de Chelsea Manning que personne n'avait été blessé à la suite de la publication de 2010. […] Donc, finalement, je ne suis pas trop inquiet, je ne vois pas que ce que fait Wikileaks affecte réellement la sécurité nationale. »

 

Cela démontre que le procès fait à Julian Assange n’a aucun sens sur le plan juridique. Son véritable objectif est d’intimider les « lanceurs d’alertes » afin qu’ils ne gênent plus le pouvoir. Et en cela, il faut être inquiet, surtout après ce que publie la mère de Julian Assange.

 

Sputnik: En tant que rédacteur en chef, à la suite de Julian Assange, êtes-vous inquiet pour votre liberté, du fait que vous pourriez être visé de la même manière ?

 

 

Kristinn Hrafnsson : « Je suis à peu près sûr d'être ciblé d'une manière ou d'une autre, si une campagne de diffamation est décidée contre moi. Je suppose juste que cela pourrait arriver. Même dans certaines procédures judiciaires, nous savons avec certitude que deux de mes collègues et moi-même sommes soumis à une enquête du tribunal secret de Virginie. Donc, tout peut arriver, mais cela fait partie du travail. Les personnes qui s'engagent dans le journalisme s’exposent au danger. Partout dans le monde, des journalistes sont tués dans des zones de guerre […]. Nous ne pouvons donc pas nous plaindre du fait que nous pourrions avoir affaire à des conséquences négatives de notre action. Si vous croyez en certains idéaux comme je crois au journalisme, vous faites ce qui doit être fait. »

 

 

L'actrice américaine Pamela Anderson accompagnée de Kristinn Hrafnssonn rend visite à Assange à la prison de Belmarsh. Elle a eu une liaison avec le fondateur de Wikileaks et lui a rendu de nombreuses fois visite lorsqu'il était réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres.

L'actrice américaine Pamela Anderson accompagnée de Kristinn Hrafnssonn rend visite à Assange à la prison de Belmarsh. Elle a eu une liaison avec le fondateur de Wikileaks et lui a rendu de nombreuses fois visite lorsqu'il était réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres.

 

 

 

Quant au fait que Hrafnsonn ne soit pas intervenu dans la procédure d’appel sur la condamnation à 50 semaines de prison, il est malaisé de conclure : qui sait si Julian Assange, lui-même, n’a pas voulu faire appel pour des raisons que nous ignorons ? En tout cas, à la lecture de cette interview, Hrafnsonn montre bien qu’il est dans la ligne qu’a lancée Julian Assange dès la fondation de Wikileaks.

 

Et, ici, on ne peut pas accuser « Sputnik news » de diffuser de fausses informations !

 

Cela prouve que nous devons rester très vigilants à l’égard de l’intox qui surgit d’un peu partout pour salir Assange et celles et ceux qui se battent pour sa libération et aussi et surtout pour défendre avec force et vigueur la liberté de la presse.

 

P.V.

 

Un gouvernement de « programme » ?

 

La crise gouvernementale belge lancée depuis le départ des nationalistes flamands du gouvernement Michel et qui se prolonge après les élections du 26 mai 2019 vient de connaître une nouvelle et assez curieuse étape.

 

Le roi Philippe a nommé dès le lendemain des élections deux « informateurs », le socialiste flamand Johan Van de Lanotte et le libéral francophone Didier Reynders. Jusqu’à présent, ils ne sont pas arrivés après avoir consulté tous les partis, sauf le PTB – gauche radicale –, les Ecologistes et le Vlaams Belang, extrême-droite nationaliste flamande et néonazie et qui sont tous les trois vainqueurs des élections ! Certes, ces formations ne sont pas nécessaires pour former une coalition, mais il n’est pas normal qu’elles n’aient pas été reçues par les deux « informateurs » d’autant plus que le roi a lui-même reçu le président des néo-nazis du Vlaams Belang au grand dam de nombreux démocrates !

 

 

 

Johan Van de Lanotte et Didier Reynders, les "informateurs" désignés par le roi Philippe pour déblayer le terrain en vue de la quasi impossible formation d'un gouvernement fédéral belge.

Johan Van de Lanotte et Didier Reynders, les "informateurs" désignés par le roi Philippe pour déblayer le terrain en vue de la quasi impossible formation d'un gouvernement fédéral belge.

 

 

 

Mais l’enjeu n’est pas là. Les deux « informateurs » ont eu une idée pour la formation d'un gouvernement fédéral : élaborer un gouvernement de programme, selon deux quotidiens flamands, Het Nieuwsblad et Gazet van Antwerpen. Didier Reynders et Johan Vande Lanotte élaborent un programme avec des objectifs clairement définis. Les partis qui y adhèrent formeront le prochain gouvernement. Le principal objectif est d'éviter les grandes discussions idéologiques. Les deux informateurs vont proposer un texte relatif à une dizaine de domaines, tels que la sécurité sociale, l'immigration et le climat. Ils formulent des objectifs clairs pour chaque section ainsi que la manière d'y parvenir. Le texte se base sur les discussions exploratoires menées avec les partis. Il est aussi chiffré.

 

L'étape suivante verra les informateurs proposer leur « programme » aux partis. Ceux qui sont d’accord formeraient ensemble un gouvernement, à condition, évidemment, qu'ils disposent de la majorité à la Chambre.

 

Il est assez piquant de demander d’éviter des débats idéologiques sur des sujets aussi sensibles que la Sécurité sociale, l’immigration et le climat. C’est fermer la porte au débat pour imposer une seule "idéologie"... Devinez laquelle !

 

Et c’est vouloir former ce qu’on appelle pudiquement un gouvernement de « techniciens » qui aura tous les pouvoirs pour démanteler l’Etat social et museler l’opinion libre.

 

 

P.V.

 

 

 

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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 20:36

 

 

L’ignorance c’est la force !

 

On ne peut pas dire que les masses se soulèvent pour défendre Julian Assange qui est pourtant traité comme un paria depuis une décennie parce qu’il n’a cessé de révéler au monde les différents crimes d’Etat commis entre autres par l’armée étatsunienne en Irak. Ah ! On lui reproche de s’être servi de Chelsea Manning pour publier des documents classés « top secret » prouvant, images à l’appui, ce qu’il avançait. Sa méthode avec son association Wikileaks : il diffusait sur la toile les documents bruts qu’il réussissait à se procurer via les failles d’Internet. Il s’est attaqué à de très gros morceaux dont les fameux e-mails d’Hillary Clinton considérés comme ultraconfidentiels.

 

 

 

Julian Assange est sans doute la référence du journalisme libre du XXIe siècle.

Julian Assange est sans doute la référence du journalisme libre du XXIe siècle.

 

 

 

Julian Assange était en outre poursuivi par la Suède pour une sombre affaire de viols qui semble être un coup monté. Suite à cela, un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui. Pourtant, il ne voulait pas échapper à la Justice suédoise, mais il craignait qu’en étant arrêté par les Suédois, il soit extradé vers les Etats-Unis qui le réclamaient pour espionnage. Après avoir été à Londres en résidence surveillée, le patron de Wikileaks fut contraint de se réfugier le 16 août 2012 à l’ambassade d’Equateur à Londres, le président équatorien à l’époque, Rafaele Correa, lui ayant en effet accordé l’asile politique.

 

 

 

Rafaele Correa, président de gauche de la République d'Equateur, accorda l'asile politique à Julian Assange.

Rafaele Correa, président de gauche de la République d'Equateur, accorda l'asile politique à Julian Assange.

 

 

 

Cependant, en dépit des dispositions du droit international, il n’a pu sortir de l’ambassade pour se rendre en Equateur. Assange est donc resté enfermé dans ce petit bâtiment pratiquement sept ans où il a pu malgré tout continuer à diriger Wikileaks. Correa a été renversé en 2018 par le conservateur Lenin  Moreno. Aussi, le sort de Julian Assange était compromis. Le 12 avril 2019, sur plainte de l’ambassadeur équatorien à Londres, la police londonienne a exfiltré violemment le journaliste de la légation. Il a été presqu’aussitôt condamné à 50 semaines de prison et enfermé à la prison de Belmarsch réputée pour être une des plus dures du Royaume Uni et le gouvernement britannique a accepté la demande d’extradition des Etats-Unis. L’affaire reste pendante devant la Justice britannique. Si celle-ci accorde l’extradition, Assange risque 175 ans de prison pour « espionnage », voire même la peine de mort. 

 

 

 

La violente arrestation de Julian Assange montre bien la volonté des autorités britanniques de l'extrader vers les Etats-Unis.

La violente arrestation de Julian Assange montre bien la volonté des autorités britanniques de l'extrader vers les Etats-Unis.

 

 

 

Cet acharnement contre Julian Assange et la passivité de la presse – particulièrement la presse mainstream – prouvent que l’establishment occidental et particulièrement anglo-saxon veut sa peau et souhaite faire un exemple. Les procédés utilisés pour neutraliser le patron de Wikileaks sont aussi odieux qu'efficaces.

 

A propos du prétendu viol

 

Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, qui connaît la langue suédoise, a écrit :

« ce que j’ai découvert, c’est qu’il n’a jamais été accusé d’une infraction sexuelle. Certes, peu après que les Etats-Unis eurent encouragé leurs alliés à trouver des raisons de poursuivre Assange, deux femmes ont fait la une des journaux en Suède. L’une d’entre elles a affirmé qu’il avait déchiré un préservatif et l’autre qu’il n’en avait pas porté, dans les deux cas lors de rapports sexuels consensuels - ce qui n’est pas exactement le scénario d’un "viol" à part en Suede. Rappelez-vous, chaque femme a même soumis un préservatif comme preuve. Le premier, supposément porté et déchiré par Assange, n’a révélé aucun ADN, ni à lui, ni à elle, ni celui de qui que ce soit d’autre. Allez comprendre. Le second, utilisé mais intact, était censé prouver qu’il s’agissait d’un rapport sexuel "non protégé". Allez comprendre, encore une fois. Les femmes ont même envoyé un texto disant qu’elles n’avaient jamais eu l’intention de signaler un crime, mais qu’elles avaient été "poussées" à le faire par une police suédoise zélée. Allez comprendre, encore une fois. Depuis lors, la Suède et la Grande-Bretagne ont tout fait pour empêcher Assange de faire face à ces allégations sans avoir à s’exposer simultanément à l’extradition américaine et donc à un procès-spectacle suivi d’une peine de prison à vie. »

 

 

 

Nils Melzer, rapporteur des Nations Unies sur la torture s'engage pour la protection de Julian Assange.

Nils Melzer, rapporteur des Nations Unies sur la torture s'engage pour la protection de Julian Assange.

 

 

 

Melzer a ajouté dans son rapport :

« Je pense qu’il est également important de souligner que ce qu’on appelle une allégation de viol n’est pas du tout ce qu’on appellerait un viol en anglais ou dans toute autre langue que le suédois dans le monde et je sais de quoi je parle car je parle suédois. Cette allégation de viol se réfère donc à un délit, qui n’implique aucune violence. »

 

Ajoutons que les deux femmes n’avaient jamais déposé plainte et que c’est, selon leurs propres dires, la police suédoise qui a fait pression pour qu’elles le fassent.

 

La Suède a été encore plus loin dans son acharnement : elle a modifié la loi en 2018 pour rendre les « accusations » portées contre Assange plus conformes à la définition de « viol », les prétendus faits ayant eu lieu en 2010 !

 

Il est clair que cette accusation abominable dont les fondements sont plus que douteux a pour objet de discréditer Assange aux yeux de l’opinion publique très sensible à l’égard des pervers sexuels depuis l’affaire Dutroux. Et c’est réussi en ce sens qu’aucun grand journaliste n’ose se mobiliser pour Assange qui est traité comme un paria depuis plus d’une décennie. Seuls des militants et des militantes de la mouvance radicale défendent l’Australien.

 

Les vraies raisons

 

L’acharnement des autorités suédoises s’explique sans doute par le puritanisme excessif qui sévit dans ce pays depuis quelques années, mais aussi par autre chose que révèle Assange lui-même. Avant de se réfugier à l’ambassade d’Equateur, Julian Assange était en résidence surveillée dans une résidence de Ellingham Hall.

 

 

Il reçut en juillet 2011 la visite d’Éric Schmidt, le président de Google. Ce fut un affrontement entre les deux géants du Net qui a été enregistré et a fait l’objet d’un ouvrage de Julian Assange, Google contre Wikileaks, éditions Ring.fr. Ce livre passionnant montre la puissance de Google et on sent bien que Schmidt qui est rejoint par les numéros 2 et 3 de la firme de la Silicon Valley, Jared Cohen et Scott Malcomson, jauge Julian Assange qui ne tombe pas dans le piège. Cela donne un débat époustouflant. Cependant, le premier des GAFA est bien plus puissant que Wikileaks, car il est introduit partout, notamment dans le fameux groupe de Bilderberg et dans l’Etat profond US avec lequel il travaille.

 

 

 

Eric Schmidt, ex-patron de Google, a tenté en vain de piéger Julian Assange.

Eric Schmidt, ex-patron de Google, a tenté en vain de piéger Julian Assange.

 

 

 

Une note de bas de page relative à la Suède est révélatrice et pourrait constituer l’explication de la véritable raison de l’acharnement des autorités de ce petit royaume contre Assange.

 

« Au milieu des années 2000, la Suède était considérée comme un paradis pour les internautes avec une connectivité élevée (près de 90 % des ménages suédois) et des politiques favorables à la technologie mises en œuvre par le gouvernement suédois. De nombreux services menacés de censure ont choisi la Suède comme refuge électronique. Malheureusement, à mesure que des services se déplaçaient vers la Suède, cette particularité du pays est rentrée en conflit avec ses relations politiques en particulier avec les Etats-Unis. Cela a conduit à une série de mesures de répression (par exemple, le procès Pirate Bay) à la suite de pressions exercées par la Maison Blanche, comme le montrent les câbles Wikileaks, et la fuite subséquente de ses services. La Suède n’a qu’une population de neuf millions d’habitants, est géographiquement isolée et se trouve à proximité d’une Russie résurgente. En fin de compte, elle n’avait pas le poids pour risquer d’affronter son principal allié militaire et de renseignement. » (Note de bas de page 6, p. 89)

 

Aussi, il n’est guère surprenant que la Suède exerce sur Assange une pression telle qu’il a dû se réfugier en Angleterre. Cela prouve que les pays européens et l’Union européenne sont sous la tutelle de l’Etat profond américain et sans doute qu’Assange sert d’exemple pour dissuader toute velléité de résistance. Il y a deux personnes au monde qui disposent d’une certaine liberté de manœuvre en l’occurrence : Edward Snowden qui est réfugié en Russie et qui peut jusqu’à présent s’exprimer librement tant qu’il ne nuit pas aux intérêts de Moscou et le journaliste anglo-brésilien Glenn Greenwald qui, pour le moment, est persécuté par le gouvernement du fasciste Bolsonaro, mais pour l’instant, il bénéficie du soutien de l’opinion brésilienne et de son pouvoir judiciaire. Enfin, il ne faut pas passer sous silence le sort de Chelsea Manning qui est littéralement persécutée par la Justice US.

 

 

 

Glenn Greenwald, ici avec Edward Snowden qui l'a choisi pour diffuser ses informations. Un des seuls journalistes réellement indépendant.

Glenn Greenwald, ici avec Edward Snowden qui l'a choisi pour diffuser ses informations. Un des seuls journalistes réellement indépendant.

 

 

 

La violation des principes fondamentaux

 

Quant à Julian Assange, on peut s’inquiéter sur son sort. Et tout cela se passe dans la totale violation des principes qui sont le fondement de notre démocratie, enfin, de ce qu’il en reste...

 

Le journaliste et grand reporter australien John Pilger – très critiqué par la presse meanstream, notamment pour ses reportages sur la guerre en Syrie – soutient ouvertement Julian Assange et il en fait une question fondamentale pour l’avenir du journalisme.

 

 

 

Le journaliste australien John Pilger est un grand défenseur de Julian Assange.

Le journaliste australien John Pilger est un grand défenseur de Julian Assange.

 

 

 

Ainsi, dans un discours qu’il a prononcé lors d’un rassemblement à Sidney de solidarité pour Julian Assange, Pilger a expliqué les raisons de l’acharnement des autorités occidentales à son égard :

 

« Julian est un Australien remarquable, qui a changé la façon dont beaucoup de gens perçoivent l’hypocrisie des gouvernements. Et pour cela, il est devenu un réfugié politique soumis à ce que les Nations Unies appellent une "détention arbitraire".

L’ONU dit qu’il a le droit à un libre passage vers la liberté, mais cela lui est refusé. Il a droit à un traitement médical sans crainte d’être arrêté, mais cela lui est refusé. Il a droit à une indemnisation, mais cela lui est refusée.

En tant que fondateur et rédacteur en chef de Wikileaks, son crime a été de jeter une lumière sur cette période sombre. Wikileaks a un bilan impeccable en termes de précision et de véracité, qu’aucun journal, aucune chaîne de télévision, aucune station de radio, aucune BBC, aucun New York Times, aucun Washington Post, aucun Guardian ne peut égaler. De fait, ils en sont humiliés.

Cela explique pourquoi il est puni. »

 

Et ce n’est pas tout.

 

« En 2016, Wikileaks a révélé un lien direct entre Clinton et le jihad organisé au Moyen-Orient : en d’autres termes, les terroristes. Un courriel révélait que lorsque Mme Clinton était secrétaire d’État américaine, elle savait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient l’État islamique, mais elle a accepté des dons énormes des deux gouvernements pour sa fondation.

Elle a ensuite approuvé la plus importante vente d’armes au monde jamais réalisée à ses bienfaiteurs saoudiens : des armes qui sont actuellement utilisées contre les populations du Yémen.

Cela explique pourquoi il est puni. »

 

On comprend aisément pourquoi l’establishment US et son instrument, l’Etat profond, cherchent à avoir la peau de Julian Assange !

 

De grands juristes américains s’inquiètent du précédent que constituerait une condamnation de Julian Assange. Ainsi, la journaliste contestataire australienne Caltlin Johnstone rapporte dans un article publié par le site « Le Grand Soir » du 1er janvier 2019 :

 

 

 

Caltlin Johnstone, une autre journaliste australienne indépendante défendant Julian Assange.

Caltlin Johnstone, une autre journaliste australienne indépendante défendant Julian Assange.

 

 

 

« Mardi dernier [juillet 2018 - NdT], un grand avocat du New York Times, David McCraw, a averti une salle pleine de juges que la poursuite de Julian Assange pour les publications de Wikileaks créerait un précédent très dangereux qui finirait par nuire aux principaux médias d’information comme NYT, le Washington Post et les autres médias qui publient des documents gouvernementaux secrets.

 

"Je pense que la poursuite contre lui constituerait un très, très mauvais précédent pour les éditeurs", a déclaré M. McCraw. "Dans cette affaire, d’après ce que je sais, il se trouve dans la position d’un éditeur classique et je pense que la loi aurait beaucoup de mal à faire la distinction entre le New York Times et Wikileaks. »

 

En clair, la liberté de la presse est menacée suite à l’affaire Assange qui constitue dès lors un précédent extrêmement dangereux.

 

 

 

L'avocat new yorkais David Mccrauw avertit les responsables de la presse US du dangereux précédent pour la liberté de la presse que constituerait une condamnation de Julian Assange.

L'avocat new yorkais David Mccrauw avertit les responsables de la presse US du dangereux précédent pour la liberté de la presse que constituerait une condamnation de Julian Assange.

 

 

 

La politique du secret

 

Dans une interview au journal suisse en ligne « Horizons et débats », l’ancien avocat du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme aux Nations Unies, Alfred de Zayas, n’y va pas de main morte. Il déclare :

 

« Julian Assange est journaliste. Son travail est protégé par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (art. 19) et la Convention européenne des droits de l’homme. M. Assange a également droit à l’asile, puisque la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés doit être pleinement appliquée dans sa situation. Il faut le répéter : Wikileaks apporte une contribution nécessaire et très précieuse à la démocratie car nous avons un besoin urgent des informations que nos gouvernements nous cachent, en particulier des preuves de corruption, de manipulation, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

 

 

 

Alfred de Zayas, ancien rapporteur des Nations Unies pour les Droits de l'Homme s'inquiète des conséquences de la traque de Julian Assange.

Alfred de Zayas, ancien rapporteur des Nations Unies pour les Droits de l'Homme s'inquiète des conséquences de la traque de Julian Assange.

 

 

 

La politique de secret des Etats-Unis – mais aussi des Etats européens – est peut-être la plus grande menace pour la démocratie et la paix dans le monde. C’est pourquoi nous avons besoin de nouvelles lois et règles pour protéger les lanceurs d’alertes concernant des crimes. Ils sont les héros de notre temps – et les véritables défenseurs de nos droits de l’homme. Lorsque des personnes courageuses comme M. Assange et M. Snowden sont persécutées et placées derrière les barreaux ou forcées à l’exil, nous perdons notre droit à l’information et nous nous approchons d’une dystopie orwellienne. »

 

 

La politique du secret se généralise en effet. La loi dite secret des affaires, les lois de censure adoptées notamment en France et la censure exercée par exemple par Facebook sur son réseau constituent autant de menaces pour les libertés fondamentales, mais aussi pour la paix. Les tensions ne cessent de monter un peu partout sans que, dans bien des cas, l’on n’en connaisse les véritables raisons.

 

 

Même en Belgique

 

 

 

Le ministre ultralibéral Didier Reynders a pondu en catimini un avant-projet de loi contre les lanceurs d'alerte.

Le ministre ultralibéral Didier Reynders a pondu en catimini un avant-projet de loi contre les lanceurs d'alerte.

 

 

 

Même en Belgique, le gouvernement pourtant en affaires courantes légifère en catimini en vue de sanctionner ceux qu’on appelle les « lanceurs d’alerte ». Le « Soir » du 14 août révèle que le vice-premier ministre, le libéral très à droite Didier Reynders, a déposé au Conseil des ministres un avant-projet de loi dit de « sécurité ». Ce texte a été soumis pour avis au Conseil d’Etat. Il vient de le remettre (avis 66143/2) et c’est ainsi que la presse a eu connaissance de cet avant-projet de loi. En plus, le Conseil d’Etat retoque sérieusement cet avant-projet et particulièrement son article 22 qui est libellé comme suit : « Les personnes qui ne sont pas titulaires d’une habilitation de sécurité et qui rendent publique[s] des informations classifiées, qui savent ou devraient savoir qu’une divulgation est susceptible de porter atteinte à un des intérêts fondamentaux visés à l’article 3, § 1er, sont passibles d’une amende de cent euros à cinq milles euros ». En clair, tout qui disposerait d’informations secrètes, même sans être habilité à les avoir, et qui les diffuse, est sanctionné par une amende pouvant monter jusqu’à 5.000 euros. Ce sont évidemment les « lanceurs d’alerte » qui sont visés par ce texte.

 

Après la loi secret des affaires, la loi Avia en France, cet avant-projet de loi « sécurité » s’inscrit dans une nette volonté du pouvoir au sein de l’Union européenne, d’encadrer la liberté de la presse. Ainsi, on fait tout pour laisser le public dans l’ignorance de faits et de dispositions qui pourraient lui être préjudiciables ou qui sont carrément contraires aux droits fondamentaux.

 

 

Pourtant ces dispositions vont totalement à l’encontre des vues des Nations Unies en la matière. Alfred de Zayas déclare :

 

 

« Dans mes rapports adressés au Conseil des droits de l’homme et à l’Assemblée générale de l’ONU, j’ai plaidé à plusieurs reprises en faveur d’une Charte pour les droits des lanceurs d’alertes [«Charter on the Rights of Whistleblowbers»]. Ils ont besoin d’une protection spéciale pour que le droit ne soit pas manipulé dans le but de réduire au silence les dissidents. »

 

Cela est resté lettre morte, évidemment !

 

 

Le sort de Julian Assange

 

 

Tous ceux qui connaissent et fréquentent Julian Assange sont très inquiets sur son sort et sur sa santé physique comme mentale. Nils Meltzer le souligne dans son rapport du 31 mai dernier :

 

« Il est évident que la santé de M. Assange a été gravement affectée par l’environnement extrêmement hostile et arbitraire auquel il a été exposé pendant de nombreuses années. (...) Mais surtout, en plus des maux physiques, M. Assange présentait tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, y compris le stress extrême, l’anxiété chronique et le traumatisme psychologique intense. »

 

Et il ajoute :

 

« Mon inquiétude la plus urgente est qu’aux Etats-Unis, M. Assange soit exposé à un risque réel de violations graves de ses droits de l’homme, y compris sa liberté d’expression, son droit à un procès équitable et l’interdiction de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. »

 

Meltzer n’est pas le seul à exprimer son inquiétude. L’Irlandaise du Nord, Mairead Maguire, lauréate du Prix Nobel de la Paix 1976 explique à Horizons & Débats :

 

 

 

Mairead Maguire, lauréate du Prix Nobel de la Paix 1976 s'inquiète du sort de Julian Assange et milite activement pour sa libération.

Mairead Maguire, lauréate du Prix Nobel de la Paix 1976 s'inquiète du sort de Julian Assange et milite activement pour sa libération.

 

 

 

« Malheureusement, je suis convaincue que Julian Assange n’obtiendra pas de procès équitable. Comme nous l’avons vu au cours des sept dernières années, les pays européens et bien d’autres n’ont pas la volonté politique ou l’influence nécessaires pour défendre ce qu’ils savent être juste et finiront par céder selon la volonté des Etats-Unis. Nous avons vu Chelsea Manning forcée à retourner en prison et à l’isolement, nous ne devons donc pas être naïfs dans notre façon de penser : c’est certainement ce qui attend Julian Assange.

 

J’ai rendu visite à Julian à deux reprises à l’ambassade d’Equateur et j’ai été très impressionnée par cet homme courageux et très intelligent. La première visite a eu lieu à mon retour de Kaboul. De jeunes adolescents afghans avaient insisté pour écrire une lettre et avaient demandé que je la transmette à Julian Assange, pour le remercier d’avoir publié sur Wikileaks la vérité sur la guerre en Afghanistan et pour avoir aidé à empêcher leur pays d’être bombardé par des avions et des drones. Tous m’ont parlé de frères ou d’amis tués par des drones alors qu’ils ramassaient en hiver du bois dans les montagnes. »

 

De plus, comme le rapporte Aymeric Monville dans le « Grand Soir », l’avocate de Julian Assange est d’une étrange passivité depuis son emprisonnement à Belmarsh près de Londres. On ne connaît pas ses conditions de détentions, on ne sait même pas s’il y est réellement. Il n’a droit à aucune visite, ni même de ses avocats. Aussi, le silence de Me Jennifer Robinson est éminemment suspect ! D’autre part, l’actuel rédacteur en chef de Wikileaks, Kristinn Hrafson a abandonné « faute de temps » (!) la procédure de recours contre la condamnation à l’emprisonnement de 50 semaines d’Assange par un tribunal londonien.

 

Et puis, des proches collaborateurs d’Assange ne donnent plus de nouvelles. Monville explique :

 

« On est, hélas, sans nouvelles de Sarah Harrison, qui avait apporté une aide précieuse à Edward Snowden, ainsi que de Jacob Appelbaum qui avait présenté la video la plus importante de Wikileaks, "Collateral Murder" (meutre collatéral).

 


Quant à Joseph Farell, qualifié d’ambassadeur de Wikileaks, on peut constater qu’il émarge au Centre for Investigative Journalism, qui a reçu le soutien de l’Open Society ainsi que la Fondation Ford. 

 


Ensuite, Renata Ávila, porte-parole de la défense de Julian Assange, est directrice exécutive depuis 2018 de la Fundación Ciudadanía Inteligente financée par l’Open Society (Soros) et même la National Endowment for Democracy !

 


Enfin, en ce qui concerne la Bertha Foundation, l’officine de l’avocate d’Assange Jennifer Robinson, dont nous parlions plus haut, les liens avec les réseaux Soros apparaissent clairement dès qu’on s’intéresse à la partenaire hongroise de ladite association, la Hungarian Civil Liberties Union, financée elle aussi par les réseaux Soros. Un épluchage fastidieux de la presse féminine nous apprend également que Mme Robinson nourrit de fortes ambitions politiques dans son pays, l’Australie, lesquelles expliquent sans doute les compromis avec cette fiévreuse activité de réseautage bien-pensant estampillé "démocratie" mais peu critique de l’impérialisme. Quand on s’intéresse à la principale partenaire de Jennifer Robinson à la Bertha Foundation, Mme Ramute Remezaite, on apprend bientôt que celle-ci a réussi à se faire expulser d’Azerbaïdjan.

 

 

 

Pourquoi le milliardaire américain Georges Soros s'occupe de Julian Assange ?

Pourquoi le milliardaire américain Georges Soros s'occupe de Julian Assange ?

 

 

 

Était-elle en mission pour organiser une énième révolution orange ? Rappelons que M. George Soros lui-même a reconnu bien volontiers son implication dans la révolution orange ukrainienne. Nous ne développons pas une théorie du complot, nous ne prétendons pas que les réseaux Soros "contrôleraient tout" comme le disent certains imbéciles, mais nous en tenons aux faits : les réseaux Soros sont un des acteurs majeurs des récents "regime change" que prise tant l’impérialisme états-unien. Ajoutons qu’il n’avait, jusque-là, jamais été dans les intentions ni les pratiques de Wikileaks de soutenir en quoi que ce fût ce type d’opérations, bien au contraire. » (souligné par nous)

 

 

Même la mère de Julian Assange s’est retirée de la campagne de soutien à son fils. Que s’est-il donc passé ? Il est évident qu’il y a eu des pressions et des menaces venant sans doute des plus hautes autorités. Le saura-t-on un jour ?

 

 

L’ignorance c’est la force !

 

 

Le troisième slogan du triptyque orwellien se réalise. La force du pouvoir est l’ignorance du peuple. Aussi faut-il museler les médias. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la plupart d’entre eux appartiennent à des milliardaires comme le « Monde » en France qui est la propriété de Xavier Niel, « Libération » repris par le groupe Rothschild, etc. A la limite des journaux de droite comme le « Figaro » qui était détenu par feu Marcel Dassault se montrent souvent plus indépendants !

 

 

Sans presse indépendante et libre, pas d’informations ! C’est aussi simple que cela. Le pouvoir le sait bien et particulièrement depuis les dernières années où l’on voit un renforcement du contrôle des médias avec les lois répressives contre les soi-disant « fake news », les prétendues « insultes » et la divulgation de secrets qui pourraient gêner le pouvoir.

 

 

Le cas de Assange est exemplaire et doit constituer une alerte majeure. Il est cependant curieux et en même temps révélateur que la grande presse dite « mainstream » ne se soucie guère de son sort. Après tout, Mesdames et Messieurs les journalistes, Julian Assange est un de vos confrères. Alors, qu’attendez-vous pour vous réveiller ?

 

 

La dernière lettre

 

Assange a écrit à son ami, le journaliste britannique indépendant Gordon Dimmack, après avoir été expulsé de l’ambassade d’Equateur :

 

 

 

Gordon Dimmack aussi journaliste indépendant britannique et ami de Julian Assange

Gordon Dimmack aussi journaliste indépendant britannique et ami de Julian Assange

 

 

 

« J’ai été privé de toute capacité de préparer ma défense, sans ordinateur, sans Internet, pas de bibliothèque jusqu’à présent, et même si j’y avais accès, ce ne serait qu’une fois par semaine et pour une demi-heure avec tous les autres [détenus]. Pas plus de deux visites par mois et il faut des semaines pour inscrire quelqu’un sur la liste des visiteurs à condition de fournir toutes leurs coordonnées pour faire l’objet d’une enquête de sécurité. Ensuite, tous les appels, à l’exception de ceux des avocats, sont enregistrés et d’une durée maximale de 10 minutes dans une période limitée de 30 minutes par jour, pendant laquelle tous les détenus se disputent le téléphone. Et le crédit ? Juste quelques livres sterling par semaine et personne ne peut appeler de l’extérieur.

 

En face ? Une superpuissance qui se prépare depuis 9 ans et qui a consacré de centaines de personnes et dépensé des millions sur cette affaire. Je suis sans défense et je compte sur vous et d’autres personnes de valeur pour me sauver la vie.

 

Je suis toujours debout, mais littéralement entouré de meurtriers. Mais l’époque où je pouvais lire, parler et m’organiser pour me défendre, défendre mes idéaux et mon équipe est révolue jusqu’à ce que je retrouve ma liberté. Ce sont tous les autres qui doivent prendre ma place.

 

Ce sont tous les autres qui doivent prendre ma place. »

 

Oui, pour notre liberté et puisque nous sommes assez veules pour tenter de le sauver, nous devons avoir le courage de prendre la place de Julian Assange. Ce qui nous oblige aussi à nous mobiliser. Après tout, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 10:46

 

 

 

I  La guerre c’est la paix.

 

Vous rappelez-vous ? Il y a un an, dans son émission sur BFM TV, le journaliste Jean-Jacques Bourdin s’indignait du système de reconnaissance faciale pratiqué en Chine, où chaque citoyenne et citoyen chinois est filmé par des caméras spéciales installées un peu partout et qui usent de la technologie de la reconnaissance faciale. Ainsi, chacune et chacun est identifié, mais aussi coté sur tous ses faits et gestes. Par exemple, une personne qui traverse à un feu rouge ou en dehors des passages cloutés est automatiquement sanctionnée par une amende et par un retrait de points qui s’il devient trop important peut provoquer l’interdiction de voyager ou de postuler à telle ou telle fonction. De plus, le portrait et le nom de la personne fautive sont exposés sur des grands panneaux électroniques au vu et au su de tout le monde.

 

 

 

Des millions de caméras de surveillance sont dispersées dans les espaces urbains chinois et permettent de reconnaître chaque individu !

Des millions de caméras de surveillance sont dispersées dans les espaces urbains chinois et permettent de reconnaître chaque individu !

 

 

 

Bourdin, regardant cela lors de la présentation d’un reportage sur le sujet effectué par un de ses collègues, s’écria : « Là, Big Brother est dépassé ! »

 

Eh non, Monsieur Bourdin, Big Brother n’est pas dépassé ! Bien au contraire, il est bien présent et en parfaite forme. « 1984 » est devenu réalité en Chine. En Chine seulement ? Bien sûr que non ! Les firmes chinoises qui ont conçu et fabriqué ce genre de caméras en pratiquant ce qu’on appelle aujourd’hui l’Intelligence Artificielle (IA) ont exporté leurs produits en Europe et dans d’autres pays et ont même effectué des transferts de technologie. Ainsi, sans qu’on le dise, la reconnaissance faciale s’installe un peu partout. Et ces technologies s’épanouissent avant tout dans un environnement totalitaire.

 

Mais cet environnement totalitaire est la résultante d’un état de guerre permanent comme le décrit l’historien américain Graham Allison.

 

Le piège de Thucydide

 

Le « Monde » du 10 juillet 2019 rapporte une interview de l’historien et spécialiste américain de la géopolitique, Graham Allison, ancien collaborateur du président Jimmy Carter, ancien secrétaire adjoint à la défense de Bill Clinton et conseiller spécial du secrétaire à la défense sous Ronald Reagan. Il est en plus professeur honoraire à l’université de Harvard. Il ne s’agit pas d’un néoconservateur se basant sur le prétendu « choc des civilisations », mais d’un analyste des rapports de forces entre grandes puissances. Allison a publié en 2017 un ouvrage édité en français en 2019 chez Odile Jacob intitulé Vers la guerre. L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ? Sa thèse : La guerre entre les Etats-Unis et la Chine serait inévitable, avertit le professeur Graham Allison, sauf si Américains et Chinois contournent le piège de Thucydide.

 

 

 

Graham Allison : l'intelligence artificielle se développe mieux dans un régime totalitaire.

Graham Allison : l'intelligence artificielle se développe mieux dans un régime totalitaire.

 

 

 

Qu’est-ce que le piège de Thucydide ? L’historien grec Thucydide auteur de Le guerre du Péloponnèse qui opposa Sparte à Athènes de 431 à 404 avant notre ère est la résultante d’un piège : la puissance montante – à l’époque, l’Athènes de Périclès, forte de sa victoire contre les Perses lors des guerres médiques (490-479 av. J.-C.) – suscite une vive inquiétude de la part de sa rivale, Sparte, cité stratocratique grecque par excellence [une stratocratie est une forme de gouvernement militaire dans lequel l'État et l'armée sont traditionnellement et constitutionnellement la même entité, et où les postes gouvernementaux sont toujours occupés par des officiers], qui n’a pas d’autre alternative que d’intervenir militairement pour conserver sa place de leader du monde hellénique. Près de 2 500 ans après la défaite d’Athènes, Graham Allison plaque cette grille de lecture sur les relations ambivalentes entre Pékin, la puissance émergente, et Washington, la puissance établie dans un monde à nouveau divisé en deux sphères, comme à l’ère de la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS.

 

« Lorsqu’une puissance émergente menace de détrôner la puissance dominante, comme ce fut le cas d’Athènes et de Sparte dans l’Antiquité ou de l’Allemagne et du Royaume-Uni au début du XXe siècle, tous les signaux d’alarme s’allument.

 

Ce qui est intéressant, c’est que la plupart des guerres qui ont résulté de cette rivalité, au cours des quelque cinq cents dernières années, n’ont pas été déclenchées par la puissance émergente, mais par un incident extérieur, qui n’avait parfois presque aucun lien, comme l’assassinat de l’archiduc Ferdinand à Sarajevo en 1914, qui, à l’époque, n’a même pas fait la « une » des journaux anglais.

 

Si Thucydide nous regardait aujourd’hui, il dirait que tout se passe comme prévu. On est en train de se préparer le parfait piège de Thucydide : la Chine est la puissance émergente par excellence et si vous cherchiez quelqu’un pour le rôle du leader de la puissance dominante dans le film, vous ne trouveriez pas mieux que Donald Trump. »

 

Observons qu’une fois de plus, l’Europe est absente de ce jeu d’autant plus que son territoire ne serait pas le théâtre de cette éventuelle guerre.

 

En plus Graham Allison démolit l’idée fort répandue que l’innovation technologique ne peut se développer que dans une société où il y a la liberté de pensée.

 

« … si l’on prend l’exemple de l’IA. Pour nous, c’est un domaine où seuls les gens libres dans une société libre peuvent faire progresser l’innovation.

 

Est-ce toujours la règle ? J’ai essayé d’être très empirique et de regarder ce qui se passe : incontestablement, dans plusieurs domaines d’application de l’IA, la Chine ne se contente pas de rivaliser avec les Etats-Unis, elle les dépasse. » Il prend comme exemple les paiements par carte de crédit :

 

« Si vous voulez payer avec une carte de crédit dans un café Starbucks à Pékin ou à Shanghai, c’est comme si vous vouliez payer à Paris avec une poignée de centimes, ça énerve les gens parce que ça prend du temps : eux, ils sortent juste leur téléphone pour le flasher. Et maintenant, dans de nombreux endroits, vous ne sortez même pas votre téléphone, vous avez juste à montrer votre visage ! Dans la technologie financière, ce sont parfois les Américains qui s’inspirent des Chinois. »

 

Et pourquoi ? C’est ici que nous retrouvons Big Brother.

 

« Le carburant de l’IA, ce sont les données personnelles. En Chine, on collecte toutes les données et les gens qui travaillent sur l’IA ont accès à des millions de données de plus que ce que les chercheurs peuvent avoir aux Etats-Unis. C’est difficile de résister… »

 

La collecte des données personnelles devient le problème numéro 1 et il est très difficile de le résoudre. Et c’est en cela que nous devons nous poser la question de l’identité de Big Brother. Cette collecte qui est quasi impossible à contrôler est le fait d’entreprises transnationales qui contrôlent la « toile » comme les fameuses GAFAM qui ont ôté aux Etats leur monopole en ce domaine. Les récents incidents concernant les menaces sur la protection de la vie privée émanant de Facebook, sont symptomatiques : le géant des réseaux sociaux a d’abord fait profil bas et puis aujourd’hui, il redevient arrogant sachant bien qu’aucun Etat ou association d’Etats ne pourra le neutraliser. Et chaque utilisateur du réseau de M. Zuckerberg sait très bien que la censure y est pratiquée avec la complicité de certains Etats dont la France.

 

 

 

 

Mark Zuckerberg, le patron fondateur de Facebook n'hésite pas à défier la puissance publique en matière de censure sur son réseau.

Mark Zuckerberg, le patron fondateur de Facebook n'hésite pas à défier la puissance publique en matière de censure sur son réseau.

 

 

 

Toutes ces données prises à des sources multiples concernent tous les aspects de la vie matérielle, spirituelle, intellectuelle de la plupart des individus sur Terre. Quelle que soit notre condition, nous diffusons des données personnelles qui sont collectées par le « Big Data » qui sont utilisées par les applications IA.

 

Qu’est-ce que l’IA ? La définition n’est pas simple. L’intelligence humaine est elle-même difficile à définir. Chaque école de psychologie en a une. A fortiori, se lancer dans une explication claire de l’intelligence artificielle est dès lors aventureux. Nous nous contenterons d’analyser ce que l’IA fait et du rôle qu’elle peut jouer.

 

Prenons un exemple archi connu : un dealer cultive à son domicile du cannabis. Il sera très vite détecté par une facture d’électricité anormalement élevée pour le type de domicile qu’il habite. Cela n’a rien à voir avec l’IA, mais c’est le principe du Big Data. Une déduction est faite sur la base d’une donnée (la consommation d’électricité du dealer) par rapport à un ensemble d’autres données (la consommation moyenne d’électricité dans les domiciles de la même catégorie que celui du dealer). De plus, cette donnée peut être exploitée à d’autres fins, comme faire un recensement des dealers dans une région donnée. Sur le même principe, vous payez électroniquement une facture pour l’achat d’un objet quelconque. Non seulement, il est possible de déterminer ainsi vos goûts ou vos besoins ainsi que l’état de vos finances, même si la banque par laquelle vous faites cette transaction vous garantit la confidentialité. On pourra ainsi alimenter d’autres banques de données, comme le taux de vente de l’objet en question par le commerce ou le fabricant. Et c’est un processus similaire dans tous les domaines pour chacun d’entre nous, comme la santé, les déplacements, les activités, les loisirs, les intérêts culturels, les opinions politiques, etc. En rassemblant et en triant toutes ces données, il sera dès lors possible de tout savoir sur chaque individu peuplant cette Terre et en le rendant ainsi « transparent ». Autre exemple, votre médecin vous prescrit tel type de médicament. Eh bien, via le « Big Data », une compagnie d’assurance pourra déduire sur la base de votre consommation de médicaments de quel type de pathologie vous souffrez et ainsi vous refuser toute couverture le cas échéant.

 

Le collecteur et l’utilisateur du « Big Data » n’est rien d’autre que le marché qui dispose petit à petit d’un pouvoir absolu. Néanmoins, aujourd’hui, en dépit des garanties juridiques de plus en plus inefficaces, le marché a encore besoin de l’appui des Etats pour parachever sa domination totale.

 

 

En fonction du bon vouloir du Prince et du Banquier

 

 

Cette complicité est très inquiétante. Certains Etats – du moins ce qu’il en reste – ne défendent plus l’intérêt général mais se mettent au service du marché. C’est le cas de la France « macronienne » qui ne fait que succéder à celle de Sarkozy et de Hollande qui ont tous deux ouvert les portes à la loi du marché. La répression des gilets jaunes dont la violence a attiré l’attention des Nations Unies, les sanctions de plus en plus sévères à l’égard des opposants au président Macron et, dernièrement, la loi Avia sont autant de signes d’une dérive totalitaire voulue par le marché. Nous l’avons évoqué dans notre livraison précédente. Cette loi, sous prétexte de combattre les insultes sur Internet et les réseaux sociaux, porte atteinte à la liberté de la presse qui a été définie en France par une très ancienne loi datant de 1881. Il y aura donc un contrôle à la fois public et privé d’Internet et de la presse écrite, sans oublier que les journaux s’installent de plus en plus sur la toile, d’autant plus que la définition de haine n’est pas claire. Ce qui est la porte ouverte à toutes les censures en fonction du bon vouloir du Prince et du Banquier.

 

 

 

Jacques Attali avec Emmanuel Macron lors de la Commission Attali. L'alliance du Prince et du Banquier.

Jacques Attali avec Emmanuel Macron lors de la Commission Attali. L'alliance du Prince et du Banquier.

 

 

 

La guerre c’est la paix

 

« La guerre c’est la paix », la fameuse formule d’Orwell dans « 1984 ». l’IA et la censure sur la toile sont devenues de redoutables armes de guerre. C’est ce que nous démontre Graham Allison. Dans le piège de Thucydide où nous sommes en train de tomber, Big Brother se nourrit de la guerre. Orwell l’avait compris en montrant que les empires à peine imaginaires qu’il a décrits, sont en guerre permanente.

 

En la circonstance, Xi Jing Ping est un dirigeant redoutable et l’on s’apercevra que Trump sous ses aspects de clown sinistre l’est presque autant. Les deux Princes servent le Banquier en se livrant à une guerre commerciale permanente qui peut se transformer en conflit ouvert du moins par intermédiaires, comme cela se fait depuis des décennies.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Prochain article : Qui est Big Brother ? II La liberté c’est l’esclavage. Plus spécialement consacré à Julian Assange.

 

 

 

 

 

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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 21:47

 

 

 

En guise d’introduction


 

À l’occasion d’une conférence que j’avais donnée l’année dernière à Charleroi sur George Orwell, un des auditeurs m’a fait une remarque tout à fait pertinente. Selon lui, aujourd’hui, ce ne sont plus tellement les Etats qui introduisent un régime totalitaire en se servant des technologies de l’information pour assurer la surveillance générale, c’est surtout les grandes entreprises transnationales qui œuvrent en ce sens avec les moyens colossaux dont elles disposent.

 

Les Etats, du moins ce qu’il en reste depuis la privatisation des services publics, les abandons de souveraineté et la déliquescence de la classe politique, ne servent plus qu’à permettre l’installation de ce régime totalitaire mettant sous tutelle les individus composant des nations en voie de disparition. La notion de peuple est elle-même ringardisée et considérée comme nuisible.

 

Cette nouvelle donne du marché absolu fait l’objet d’une série d’articles qui vont être publiés sur « Uranopole ».

 

En guise d’introduction, voici un texte paru sur le site « Le Grand Soir » du 17 juillet 2019 de M. Jonathan Turley, professeur de droit d’intérêt public à l’Université George Washington qui considère que la France macronienne devient une grave menace pour la liberté d’expression en France, mais aussi dans le monde entier.

 

Monsieur Turley décrit très bien le processus qui consiste, en partant de discours de haine, à enlever l'anonymat des utilisateurs d'Internet et des réseaux sociaux.

 

Je mettrai un bémol : les exemples que Turley choisit sont tout à fait inappropriés parce qu'il oublie que la France, l'Allemagne et la Belgique sont dotées depuis longtemps de lois réprimant les expressions et les actes de racisme, d'antisémitisme et de xénophobie. Dans nos pays, des propos comme ceux récemment tenus par Trump entraînerait automatiquement l'inculpation de leurs auteurs.

 

On sait qu'aux Etats-Unis, pour bon nombre de citoyens et d'intellectuels américains la répression de tels propos est tout à fait inconcevable au nom du fameux "premier amendement".

 

L’article suivant qui paraîtra aussitôt après sur le blog « Uranopole » sera intitulé : « Qui est Big Brother ? I La guerre c’est la paix ».

 

Pierre Verhas

 

La France est devenue l’une des plus grandes menaces à la liberté d’expression

 

Jonathan Turley

 

Il y a un peu plus d’un an, le président français Emmanuel Macron est venu aux États-Unis pour faire entrer deux espèces invasives à Washington. L’un était un arbre et l’autre la censure.

 

Ironiquement, peu après la plantation de l’arbre, les autorités l’ont déterré pour le mettre en quarantaine. Cependant, l’espèce la plus dangereuse était son projet de censure, un projet qui a suscité les applaudissements enthousiastes de nos politiciens ineptes.

 

 

 

Trump et Macron plantent un chêne originaire de l'Aisne sensé symboliser l'amitié entre les USA et la France. Le chêne, aujourd'hui, est mort...

Trump et Macron plantent un chêne originaire de l'Aisne sensé symboliser l'amitié entre les USA et la France. Le chêne, aujourd'hui, est mort...

 

 

 

Nos politiciens aux États-Unis applaudissent Macron comme des idiots de village, mais la plupart des Américains sont de fervents partisans de la liberté d’expression. C’est dans notre sang. Cependant, Macron, que rien n’arrête, et d’autres en Europe, s’apprêtent à imposer un contrôle arbitraire de la parole sur Internet avec de nouvelles législations en France et en Allemagne. Si vous pensez qu’il s’agit d’une question européenne qui ne nous concerne pas, détrompez-vous.

 

Macron et son gouvernement veulent éliminer unilatéralement les contenus haineux sur Internet. Le Parlement français a adopté une nouvelle loi qui laisserait aux entreprises Internet comme Facebook et Google seulement 24 heures pour supprimer les propos haineux de leurs sites, sous peine d’une amende de 1,4 million de dollars par violation. Le vote final doit avoir lieu la semaine prochaine*. L’Allemagne a adopté une mesure semblable l’an dernier et a déjà imposé 56 millions de dollars d’amendes.

 

Les Français et les Allemands ont abandonné l’idée de convaincre les États-Unis de renoncer à leur liberté d’expression. Ils se sont rendu compte qu’il suffisait d’imposer des amendes écrasantes aux multinationales pour qu’elles soient forcées de censurer la parole selon des critères mal définis. Avec comme résultat probable la mutilation de l’invention qui a le plus favorisé la liberté d’expression dans l’histoire du monde. Tout cela se passe sans le moindre murmure d’opposition de la part du Congrès ou de la plupart des organisations de défense des libertés civiles.

 

La décision des Européens tombe en plein sur un angle mort de la Constitution des États-Unis. Le Premier Amendement est très efficace pour empêcher le gouvernement de restreindre la liberté d’expression, et la plupart des lois qui limitent la liberté d’expression en Europe seraient inconstitutionnelles aux États-Unis. Cependant, bien que protégés contre Big Brother, nous sommes démunis en face de Little Brother, composé de sociétés privées qui ont le pouvoir de censurer et contrôler les contenus en ligne dans le monde entier.

 

Les Européens savent qu’il est peu probable que ces entreprises se mettent à expurger du contenu dans certains pays seulement. Il va se passer la même chose qu’avec “l’exception californienne” : Tous les États américains sont soumis aux mêmes normes en matière d’émissions des véhicules au titre du Clean Air Act, mais la Californie a exceptionnellement obtenu le droit d’appliquer des normes plus strictes. Au lieu de fabriquer des voitures spéciales pour la Californie, les entreprises suivent les normes californiennes pour la conception des voitures. Les Européens savent donc que leurs normes de censure prévaudront non seulement dans leur pays, mais aussi aux États-Unis et ailleurs.

 

Les Européens se fondent aussi sur leurs succès antérieurs dans ce domaine. En 2013, un groupe d’étudiants juifs a utilisé les lois françaises pour poursuivre Twitter en justice et l’obliger à communiquer les noms de posters anonymes de commentaires jugés antisémites. À son crédit, Twitter s’est battu pour protéger l’anonymat, mais les tribunaux européens ont statué contre l’entreprise et, finalement, elle a cédé. L’anonymat disparaît au même rythme que la liberté d’expression dans ces pays.

 

Macron sait que la censure européenne va se métastaser sur Internet. La liberté d’expression est déjà bien réduite en Europe, et ces lois la criminalisent selon de vagues critères comme l’"incitation" ou l’"intimidation" fondée sur la race ou la religion. Par exemple, le créateur de mode John Galliano a été reconnu coupable par un tribunal français d’avoir tenu des propos antisémites contre au moins trois personnes dans un bar parisien. Lors de la détermination de la peine, la juge Anne Marie Sauteraud a lu la liste des injures dont Galliano a abreuvé Geraldine Bloch et Philippe Virgitti. "Il a dit "sale pute" au moins mille fois," a-t-elle dit explicitement.

 

Dans une autre affaire, le père de la candidate conservatrice française à la présidence, Marine Le Pen, a été condamné à une amende parce qu’il avait dit que les membres de la minorité rom "sentaient mauvais". Une mère française a été poursuivie parce que son fils était allé à l’école avec une chemise portant la mention "Je suis une bombe". Un Allemand a été arrêté pour avoir une sonnerie de portable avec la voix d’Adolf Hitler. Une politicienne conservatrice allemande a été placée sous enquête criminelle pour un tweet dans lequel elle accusait la police de vouloir amadouer "des bandes de violeurs barbares composées de hordes d’hommes musulmans"**. Même le ministre allemand de la Justice Heiko Maas a été censuré en vertu de ses propres lois pour avoir traité un auteur d’"idiot" sur Twitter.

 

Le résultat de ces lois mal définies était prévisible. Un récent sondage a révélé que seulement 18 % des Allemands estiment pouvoir s’exprimer librement en public. Plus de 31 % ne se sentent même plus libres de s’exprimer librement en privé avec leurs amis. Seulement 17 % des Allemands se sentent libres de s’exprimer sur Internet, et 35 % disent que la liberté d’expression est limitée à de petits cercles privés. C’est tout à fait terrifiant et il faut vraiment s’en inquiéter.

 

Les Nations Unies ne cessent d’appeler à faire des discours de haine un crime international. Les nations musulmanes veulent que le blasphème soit reconnu comme tel, et Israël veut que l’antisémitisme soit criminalisé. Même dans notre propre pays, des politiciens comme Howard Dean et divers universitaires prétendent que les discours de haine ne sont pas protégés par le premier amendement. La sénatrice Frederica Wilson a demandé que des gens soient "poursuivis" pour s’être moqués de membres du Congrès. Un récent sondage a révélé que la moitié des étudiants aux États-Unis pensent que les discours de haine ne devraient pas être tolérés.

 

Il est extrêmement ironique et fort triste de voir la France prendre la tête de la croisade pour restreindre la liberté d’expression. Autrefois bastion de la liberté, la France est aujourd’hui devenue l’une des plus grandes menaces internationales à la liberté d’expression. Elle a même diligenté des enquêtes criminelles pour réprimer la presse libre***. Pendant des années, nous nous sommes contentés d’observer ces évolutions depuis notre côté de l’Atlantique en considérant cela comme un problème uniquement européen. Mais avec ces nouvelles lois, c’est devenu un problème mondial. Cette espèce invasive hautement nuisible est sur le point d’être lâchée sur le web dans le monde entier.

 

Jonathan TURLEY

 

Jonathan Turley est professeur de droit d’intérêt public à l’Université George Washington. Vous pouvez le suivre sur Twitter @Jonathan Turley.

 

Traduction : Dominique Muselet

 

Notes :

 

*9 juillet 2019 : adoption en première lecture à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à lutter contre les contenus haineux sur internet. https://radical.hypotheses.org/13110

** En s’adressant à eux en arabe. https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/01/02/en-allemagne-la-suppr...

*** Affaire Benalla : Matignon a provoqué l’enquête sur les sources de Mediapart https://www.mediapart.fr/journal/france/060219/affaire-benalla-matigno...

 

 

 

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