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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 17:32

 

Robert Falony, figure de la gauche belge, ancien journaliste au « Peuple », à « la Wallonie », au « Matin », à « l’Eglantine », au « Journal du mardi » avec qui je collabore depuis des années au sein du Club « Osons le socialisme » (http://osons.le.socialisme.over-blog.com/# ) réplique à l’article intitulé « Paris zone de guerre » paru sur « Uranopole ». Il est en outre l’auteur d’un ouvrage de référence : Robert Falony 1914-2014 La véritable histoire du siècle en Belgique et dans le monde Editions Jourdan, Paris, 2014 (www.editionsjourdan.fr) voir « Uranopole » : http://uranopole.over-blog.com/2014/12/robert-falony-1914-2014-la-veritable-histoire-du-siecle-en-belgique-et-dans-le-monde-un-ouvrage-de-reference.html

 

Nos opinions ne divergent pas beaucoup en définitive, mais s’expriment de manière différente. Aussi, je lui réponds par après.

 

Tout débat est sain. Aussi, est-il ouvert à tous les lecteurs du blog « Uranopole ».

 

P.V.

 

 

Les sanglants attentats de Paris du 13 novembre (ici une rescapée du "Bataclan" est évacuée) ont secoué l'opinion et suscité des débats fondamentaux à côté d'exploitations politiciennes éhontées.

Les sanglants attentats de Paris du 13 novembre (ici une rescapée du "Bataclan" est évacuée) ont secoué l'opinion et suscité des débats fondamentaux à côté d'exploitations politiciennes éhontées.

 

 

Pas de vision manichéenne des évènements !

 

 

 

Il m'est impossible de souscrire à la thèse selon laquelle seul le monde "occidental" serait responsable des évènements actuels.

 

 

Oui, en Irak, la guerre anglo-américaine de 2003 a créé, par la destruction de l'Etat irakien, les conditions favorables à l'émergence de Daech avec le concours d'anciens officiers de Saddam Hussein et l'amertume des sunnites. Mais l'Histoire n'a pas commencé là. Bien auparavant, la première guerre du Golfe avait débuté avec l'annexion brutale du Koweit par le dictateur irakien. Lequel avait, tout au long des années 80, conduit une guerre criminelle contre l'Iran, qui a peut être sauvé le régime des mollahs. Une guerre dont les capitales occidentales se sont certes accommodées, mais dont elles ne sont quand même pas responsables.

 

 

Et le terrorisme de style Ben Laden est né en ce début des années 90: de l'indignation de ce pieux et richissime saoudien d'avoir assisté au passage de forces américaines en territoire arabe. Un premier attentat contre le WTC de New York a lieu en 1993. Il y eut ceux de Nairobi et de Dar es Salam. Comme la majorité des victimes étaient africaines, on ne s'en affligea pas trop en Europe. Puis Londres et Madrid. Ben Laden a fini sa vie au Pakistan. Dans l'ignorance des services secrets pakistanais, spécialisés dans le double jeu? Est ce "le monde occidental" qui a inventé le schisme entre sunnites et chiites, que les vils mécréants que nous sommes ont bien le droit de regarder comme une de ces sottises religieuses dont l'Histoire abonde, une obscure querelle sur la succession d'un prophète. (Washington n'existait pas à l'époque...).

 

 

Oui, le "monde occidental" a fait beaucoup de sottises en Afghanistan. Cela ne fait pas des talibans d'héroïques résistants et des démocrates zélés.

 

 

Oui, la partialité du "monde occidental" en faveur d'Israël rend compte de beaucoup d'animosité dans le monde arabe. Mais la plupart des régimes arabes se sont servis de la cause palestinienne, ils ne l'ont pas servie...

 

 

Allons droit au fait: la question du droit ou du devoir d'ingérence face aux situations d'oppression dans le monde divise et continuera de diviser la gauche. Cela a commencé avec la Yougoslavie. Elle divise aussi la droite. Il ne fallait pas voler au secours des rebelles de Benghazi ? Empêcher le déferlement des djihadistes au Mali ? Ceux qui raisonnent ainsi doivent aller au bout de leur raisonnement: jamais d'intervention extérieure, chacun chez soi.

 

 

On rejoint ainsi un polémiste comme Onfray en France. Sans parler du délire manichéen qui dégouline du site Investig.action du sieur M.C. Là, on en est à voir dans les "printemps arabes" la main des Etats-Unis... Les post-staliniens tombés du train de l'Histoire en sont toujours à courir le long de la voie, ne pouvant imaginer un monde autre que binaire…

 

 

Sur Daech et le califat ensuite: non seulement toute comparaison avec les terrorismes très sélectifs de l'ultragauche au siècle dernier est complètement inadéquate, mais encore on se trouve devant un phénomène entièrement nouveau, un terrorisme totalement aveugle dans un esprit de suicide collectif. Il y a là plus d'un point commun avec le nazisme de 1945...

 

 

Ne soyons pas des munichois.

 

 

Robert Falony

 

 

 

Réponse :

 

Continuons à nous écarter de la ligne officielle et sinueuse.

 

 

 

Contrairement à ce que l’on affirme un peu partout, je ne crois pas que la religion soit le véritable moteur des conflits que nous vivons actuellement au Proche Orient et qui se sont étendus par terrorisme interposé à l’Europe occidentale.

 

 

La religion est instrumentalisée et sert à manipuler les populations pratiquantes pour servir de chair à canon. Cela a d’ailleurs toujours été ainsi. Remontons à l’Inquisition, à ce qu’on a appelé les guerres de religion et d’autres exemples foisonnent. Le prétexte de la religion lors d’une guerre a toujours caché les objectifs réels pour lesquels les peuples ne se seraient pas mobilisés. Et c’est le cas aujourd’hui. Daech n’a qu’un très lointain rapport avec l’Islam en dépit des apparences. Le prétendu Etat islamique est l’instrument d’une guerre dont les enjeux sont bien plus importants que les interprétations intégristes de textes religieux surannés.

 

 

À l’heure actuelle, les besoins de consommation en Occident étant en croissance exponentielle et les sources énergétiques se raréfiant, le contrôle de ces dernières est vital pour toutes les puissances industrielles. Et deux d’entre elles sont rivales et se livrent à une guerre par peuples interposés. La Russie veut assurer le contrôle de son flanc Sud pour pouvoir protéger les gazoducs partant de la mer Caspienne. Les Etats-Unis veulent conserver le contrôle des ressources pétrolières de la péninsule arabique et assurer leur approvisionnement par mer et par gazoducs et oléoducs.

 

 

Dès lors, Israël « tête avancée » de l’Occident contribue à protéger les routes maritimes des Etatsuniens et des Européens. C’est la raison de l’impunité de l’Etat hébreu malgré ses nombreux viols des règles internationales. L’Afghanistan, la Syrie et la Turquie voient passer les oléoducs et gazoducs sur leur territoire et sont donc des enjeux vitaux dans cette configuration géopolitique. L’ennemi désigné est l’Iran et non Daech, car le régime des mollahs pourrait constituer une menace pour la navigation dans le Golfe. En outre, les monarchies féodales pétrolières redoutent une attaque de leur part.

 

 

Tout le reste coule de source (si l’on ose dire…) !

 

 

Alors, pourquoi s’inscrire dans cette logique de guerre ? Guerre qui, comme l’écrit Robert Falony, ne date pas de 2003, mais en réalité depuis l’agression de l’Irak de Saddam – appuyée par les Américains – contre l’Iran de Khomeiny en 1980. Cette guerre était d’ailleurs motivée par les mêmes enjeux.

 

 

D’autre part, il est exact que la problématique du droit d’ingérence fait débat. Il implique de soumettre la souveraineté d’une nation ou d’un peuple à des principes considérés comme supérieurs. C’est un ancien ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui est à l’origine de cette notion. Ces principes sont définis par la déclaration universelle des droits de l’homme de1948. Cependant, il n’existe aucun organe supranational indépendant des grandes puissances – en dehors du Conseil de sécurité de l’ONU – qui définisse les limites de ce droit d’ingérence.

 

 

Les rebelles de Benghazi ? On sait pertinemment qu’il ne s’agissait pas de la population de Benghazi qui se serait soulevée spontanément contre la dictature de Khadafi mais d’une partie de l’élite qui le servait et qui a utilisé ces gens pour renverser le tyran pour prendre sa place. Un de ses dirigeants était d’ailleurs l’ancien ministre de la Justice du « guide » responsable de meurtres d’Etat, de tortures et de détentions arbitraires. On sait aussi que le Conseil de sécurité a autorisé l’ingérence en donnant un mandat bien délimité, à savoir la protection de la population de Benghazi et non le renversement du dictateur et de son régime.

 

 

Alors, au-delà des grands principes, force est de constater que cette ingérence a des conséquences sanguinaires et catastrophiques et qu’elle n’a apporté aucune amélioration au sort de peuple libyen. Quant à Benghazi, elle est aujourd’hui aux mains des islamistes, la terreur y règne au point que l’ambassadeur des Etats-Unis y a été assassiné !

 

 

Le Mali ? Il s’agit d’une intervention française sans mandat de l’ONU dans une des ancienne colonies françaises. Typique de la « Francafrique » que Hollande avait promis d’éradiquer. Et puis, il suffit de lire une carte géologique pour se rendre compte ce pays de l’Afrique subsaharienne est détenteur de richesses en uranium et en or qui attirent toutes les convoitises. Et cela intéresse la transnationale française Areva. Une déferlante islamiste ? Certes, ce pays est menacé, mais qui se trouve derrière AQMI sinon d’autres puissants intérêts financiers ?

 

 

Alors, des interventions extérieures ? Oui si elles servent une politique bien définie et qu’elles ne soient pas basées sur des circonstances ponctuelles comme ce fut le cas en Libye et comme ce l’est au Mali où la France y est enlisée.

 

 

Depuis le 11 septembre 2001, le soi-disant « Occident » a déclaré la guerre contre le terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme sinon une stratégie ? Fait-on la guerre à une stratégie ? Et comme le répète l’ancien ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin : Avant le 11 septembre, il y avait un foyer de terrorisme, l’Afghanistan. Aujourd’hui, il y en a une quinzaine répartis dans tout le Moyen Orient.

 

 

Nous faisons fausse route et dans la population, on commence à s’en convaincre. Ainsi, en Belgique, les mesures de sécurité qui paralysent l’économie de Bruxelles depuis quatre jours n’ont donné aucun résultat probant. On arrête dimanche soir, en mettant la capitale de l’Europe en état de siège, 16 personnes et on en relâche 15 le lendemain ! Et on s’indigne que la presse internationale se gausse des Belges. On maintient une « alerte » de niveau 4 à Bruxelles en fermant écoles et métros depuis samedi 21 novembre. On maintient le même niveau mercredi 25, mais avec écoles et métros ouverts ! Allez comprendre !

 

 

Cela a un caractère surréaliste, mais cet épisode fait partie d’un ensemble que l’on ne saisit pas bien, parce que les médias ne sont pas indépendants et ne peuvent dès lors se livrer à des analyses sérieuses de ce conflit pour éclairer l’opinion publique. Et ceux qui ont l’audace de s’écarter de la ligne – plus que sinueuse, certes – dictée aux médias font l’objet de l’opprobre « unanime ». Sans tomber dans les excès de Michel Collon qui ne fait guère l’objet d’attaques du monde médiatique – sert-il d’alibi ?, on s’aperçoit qu’un Michel Onfray, par exemple, en sait quelque-chose.

 

 

Eh bien, continuons à nous en écarter par nos analyses ! Et cela n’est pas une attitude de « munichois ».

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

lombet 25/11/2015 16:34

Bonjour Pierre,
Je rejoins la position de Mr.Falony qui me semble très nuancée. En outre, à la différence d'une certaine gauche,il ne verse pas dans l'autoflagellation systématique dés lors qu'il s'agit d'analyser les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Cela apporte une bouffée d'air frais et contribue à libérer les consciences.J'ai également fort apprécié les traits d'humour concernant les talibans adeptes invétérés de la liberté et de la démocratie ainsi que celui concernant les poststaliniens, Ces remarques donnent un ton de légèreté bien venu au commentaire.
Sur ce, je te souhaite une .bonne soirée.

Dominique MOURLANE 25/11/2015 09:50

Surtout pas des munichois !

La (les) religion(s) n'est pas un moteur des conflits, encore que cela reste à vérifier suivant d'où l'on se place, mais il en est au moins le terreau fertile, comme vous le rappelez en suivant.

Lors des attentats de janvier la question de la laïcité est venu rapidement sur la table. Il me semble qu'elle ait du mal à se faire entendre aujourd'hui alors que nous sommes dans une continuité d'action de la part de fanatiques instrumentalisés par le capital via la religion.

Le vivre ensemble ne peut être que profitable à l'ensemble des populations. Alors oui la laïcité est attaquée tous les jours par ceux là même qui veulent imposer la religion comme docta sanctorum. Nous le vivons aussi en France où au plus haut niveau de l’État des élus, des membres influents essaient de mettre à bas cette idée, encore utopique ?, du vivre ensemble. Et cela ne sont pas islamiste ils sont catholiques.

Le nombre de pays laïques a reculé ces dernières années. Le religieux s'étend à nouveau. Le combat laïque est donc un véritable choix pour aller vers la paix et le vivre ensemble.

Ce que j'essaie de dire en fait est que les liens entre le religieux et le monde de l'argent sont intimement liés. Donc les deux doivent être combattus, pacifiquement, pour envisager une paix durable sur terre.
Il y a trop longtemps que cela dure.