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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 09:42

 

 

 

Les scandales et autres « affaires » qui émaillent ce début de l’an de grâce 2017 sont les révélateurs de l’effondrement du système politique dans la partie francophone de la Belgique. En Wallonie avec Publifin qui éclabousse le gouvernement wallon et compromet le principal parti, le PS, et à Bruxelles, le Kazakhgate qui flétrit le très libéral MR.

 

 

Nous avons déjà évoqué cette dernière affaire. Les nouveaux éléments révélés dans la presse confirment et renforcent la conviction de l’opinion publique sur l’importance de ce scandale qui ressemble de plus en plus à une affaire d’Etat.

 

 

Le PS touché dans sa structure

 

 

Cependant, le scandale Publifin touche de plein fouet la structure même du PS. En outre, Publifin remet en mémoire les terribles dérives qui ont secoué sa principale Fédération, celle de Liège, et remet à l’avant-scène une pièce nauséabonde quelque peu oubliée, qui a éclaté le 18 juillet 1991 sur le parking de Cointe avec l’assassinat d’André Cools.

 

 

 

André Cools a voulu créer une forte structure publique palliant aux carences du secteur privé pour sauver l'économie liégeoise.

André Cools a voulu créer une forte structure publique palliant aux carences du secteur privé pour sauver l'économie liégeoise.

 

 

 

Et cette affaire qui prend d’énormes proportions pourrait bien sonner le glas du Parti Socialiste francophone de Belgique.

 

 

Tout est parti d’une idée d’André Cools. Aussitôt avoir quitté la présidence du Parti socialiste en 1981, Cools s’est rendu compte que son successeur, Guy Spitaels, ne ferait rien pour le redressement économique du bassin liégeois touché de plein fouet par la crise de la sidérurgie. De plus, quelques années plus tard, en 1988, éclata l’affaire de la Société générale. La plus grande holding belge passait entre les mains de la française Suez. Il n’y avait donc rien à espérer du côté du privé.

 

 

Aussi, André Cools a eu l’idée de se baser sur ce qui existait d’efficace et suffisamment riche à Liège : les intercommunales. Il se fit nommer ministre des pouvoirs locaux au gouvernement wallon pour pouvoir mettre en œuvre son idée. Il profita, pour ce faire, des structures locales de la région liégeoise.

 

Cools veut mettre en place un contre-pouvoir économique et financier public grâce à un puissant réseau d'intercommunales et en faire une holding publique. Ceci devait attirer des multinationales à investir dans la région. A ses côtés dans ce projet, il prend comme conseiller, un réviseur d’entreprises et aussi un manieur génial des chiffres, Michel Daerden.

 

 

 

Michel Daerden, sous ses airs rigolards, était un redoutable manieur de chiffres et un politicien puissant et astucieux.

Michel Daerden, sous ses airs rigolards, était un redoutable manieur de chiffres et un politicien puissant et astucieux.

 

 

 

En effet, comme ministre, le pouvoir d’André Cools s'étend alors sur les communes, les intercommunales et les services associés comme l'énergie, l'eau, la gestion des déchets et l'informatique. Si bien qu'à Liège, grâce au développement d'un réseau tentaculaire d'entreprises et d'intercommunales, peu de choses sont possibles sans son accord. Il devient le président de la SMAP (qui, après le scandale Lewalle, changera son nom en Ethias), société d’assurances qui participera à la création de la holding Néos dont Cools prendra la tête. Via la holding Meusinvest, Néos appuiera la Société de gestion de l'aéroport de Bierset pour faire de l'aéroport liégeois un pôle de croissance économique.

 

 

C’est alors – et ce n’est sans doute pas une simple coïncidence – que les choses prennent une tournure dramatique. En 1990, André Cools veut prendre tout en main à Liège, mais il se heurte à l’opposition farouche du tandem Dehousse – Happart qui est soutenu sous le manteau par Spitaels. Il démissionne de son poste ministériel et pousse Alain Van der Biest, ancien ministre des Pensions et bourgmestre de Grâce Hollogne à lui succéder.

 

 

 

Feu Alain Van der Biest s'est laissé écraser par une situation qui le dépassait.

Feu Alain Van der Biest s'est laissé écraser par une situation qui le dépassait.

 

 

En dépit de l’alcoolisme notoire et de la fidélité à géométrie variable du nouveau ministre, Cools qui était un homme très sentimental sous sa carapace de dur à cuire, considérait Van der Biest qui, en outre, était écrivain et poète de talent, comme son successeur. Bien mal lui en prit. Dès le début, Van der Biest se montre incapable d’assurer son poste. Il s’entoure de personnages douteux à qui il octroie des postes de confiance, comme Richard Taxquet et Pino Di Mauro qui ont manifestement des liens avec la mafia italienne. Mais, c’est ici qu’apparaît pour la première fois Stéphane Moreau qui était un jeune politologue diplômé de l’Université de Liège. Il est bombardé conseiller dans le cabinet de Van der Biest et se gardera bien de se mêler aux mafieux du cabinet. Van der Biest est soupçonné d’être mêlé à l’assassinat de Cools et est forcé de démissionner en 1992 et c’est un autre socialiste liégeois, Guy Mathot, qui lui succède. Sa réputation est plus que sulfureuse. Il est cité dans de nombreuses « affaires », mais il n’a jamais été inquiété.

 

C’est l’heure de Stéphane Moreau

 

Mathot envoie Stéphane Moreau à Liège où il est nommé chef de cabinet du bourgmestre Henri Schiltz. C’est à ce moment là que le jeune technocrate prend son envol. Il commence à mettre sur pied ses affaires politiques et commerciales. Il est très vite nommé échevin des finances de la commune de Ans et prend la direction du Palais des Congrès de Liège, propriété de l’Intercommunale IGIL (Intercommunale de Gestion de l’Immobilier à Liège).

 

Mathot est forcé de démissionner en 1994 avec Guy Spitaels qui s’était fait nommer Ministre-président du gouvernement wallon, tous deux compromis dans l’affaire des pots de vin dans la livraison à l’armée belge des hélicoptères Agusta. On sait comment tout cela s’est terminé : en 1998, Guy Spitaels et Guy Coëme sont condamnés, tandis que Guy Mathot est blanchi.

 

C’est l’occasion pour Michel Daerden de s’imposer à Liège. Il prend Moreau sous son aile.

 

 

 

Michel Daerden à gauche a pris Stéphane Moreau comme dauphin. Le dauphin s'est finalement transformé en Brutus en évinçant l'ancien ministre.

Michel Daerden à gauche a pris Stéphane Moreau comme dauphin. Le dauphin s'est finalement transformé en Brutus en évinçant l'ancien ministre.

 

 

 

C’est en 2005 que tout bascule. Stéphane Moreau met la main sur le Fonds de pension de l’Association liégeoise d’électricité (ALE) qui avait été intégrée dans le consortium financier fondé par André Cools. Ce Fonds dispose d’une réserve financière de 500 millions d’Euros qui étaient placés à la SMAP.

 

Moreau fait passer le Fonds de pensions de l’ALE du statut d’ASBL à celui de financement des pensions et le nomme « Tecteo Fund » qu’il appelle par après Ogeo Fund.

 

Cette transformation de ce fonds de pension signifie que Tecteo/Ogeo Fund peut désormais profiter d'un large choix en matière d'avantages fiscaux, comme la dispense d'une retenue d'impôt ou le caractère non imposable des bénéfices engrangés. En contrepartie, il est soumis au contrôle de la Commission bancaire, financière et des assurances, contrôle qui est plutôt laxiste.

 

Malgré de nombreuses réticences, notamment de la part des organisations syndicales qui se posaient des questions sur l’avenir des pensions des travailleurs de tous ces organismes, Moreau a réussi à étendre Ogeo Fund à des Fonds de pensions d’autres intercommunales, comme l’Association Liégeoise du Gaz (ALG) présidée par le bourgmestre Willy Demeyer qui avait refusé au départ et puis qui a bien été contraint d’accepter.

 

Dès lors, Ogeo Fund intégré à Tecteo group est devenu le cinquième Fonds de pensions de Belgique avec à sa tête le seul Stéphane Moreau. C’est alors que certains dirigeants du PS commencèrent à s’inquiéter de la croissance exponentielle de l’empire Moreau. Mais, rien n’y fit. Il avait l’appui total du très puissant Michel Daerden.

 

Cette expansion fulgurante commence à agacer et inquiéter pas mal de monde. En 2009, Ogeo est en quasi faillite ! Mais Moreau le nie et poursuit comme avant. Des lettres anonymes parviennent au Parquet de Liège où Stéphane Moreau est accusé de piller l’intercommunale. Autrement dit de se servir de l’argent public de Tecteo pour ses affaires privées. Le groupe cependant est un important pilier économique de la région liégeoise : il occupe 2.000 travailleurs pour un chiffre d’affaires consolidé de 570 millions d’Euros.

 

La puissance colossale de Tecteo et puis de Nethys

 

La presse a fait état de voyages luxueux non justifiés, de voitures de haut de gamme, etc. pour des dirigeants de Tecteo, mais cela n’a pas eu de suite. La Justice n’a inculpé personne. On était donc à business as usual.

 

Et puis, Tecteo devient Publifin (les intercommunales) Nethys. Nethys prend en charge la télédistribution (Voo, Brutélé), l’Internet (Win), etc. Bref, Nethys agit comme une société privée et diversifie. C’est ainsi qu’est née la nébuleuse Nethys avec cet ensemble de sociétés gérant les secteurs les plus divers.

 

 

 

La structure complexe du groupe Nethys - publifin d'après La Libre Belgique

La structure complexe du groupe Nethys - publifin d'après La Libre Belgique

 

 

 

Dans un article publié par la Libre Belgique du 18 janvier 2017, un expert décrit comment fonctionne le système mis en place par Stéphane Moreau pour échapper à la tutelle wallonne sur les intercommunales.

 

« "Le groupe Nethys/Brutélé (Voo) échappe depuis plus de dix ans au droit wallon. Son actuel directeur général, Stéphane Moreau, par ailleurs bourgmestre socialiste de la commune d’Ans, multiplie les entourloupes afin d’échapper aux législations wallonnes en matière d’intercommunales et d’interrégionales ainsi qu’au contrôle de la tutelle."

 

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut remonter en 2005. A l’époque, c’est l’ALE, l’Association liégeoise d’électricité, qui est en charge de la distribution d’électricité dans la Cité ardente ainsi que dans quelques communes de la province de Liège (jusqu’à son intégration au groupe Tecteo sous le nom de Resa Electricité à la fin des années 2000).

 

Lorsqu’il prend les commandes de l’intercommunale, Stéphane Moreau décide d’y faire entrer la commune des Fourons, commune à facilités enclavée en Région wallonne mais rattachée depuis 1963 à la province flamande du Limbourg. L’objectif : se mettre à l’abri des règles wallonnes en matière d’intercommunales et ainsi échapper à la disposition décrétale régionale de l’époque qui interdisait aux directeurs d’intercommunales d’être en même temps bourgmestre d’une commune wallonne. "En incluant les Fourons dans l’opération, Stéphane Moreau et l’ALE contournaient ainsi le droit wallon et le contrôle de tutelle", s’offusque une source proche du dossier. » C’était en outre très astucieux politiquement : la défense des Fourons étant un des objectifs de la Fédération de Liège du PS. De plus, il se mettait le clan Happart dans ses faveurs.

 

Mais lors de la législature 2009-2014 (PS, CDH, Ecolo), le gouvernement wallon réagit. Tecteo devient en 2013 le groupe Nethys avec Publifin, en 2014, qui reprend les intercommunales. Les deux sociétés sont intimement liées. Il y a manifestement confusion entre les fonds publics et l’argent privé et les actions du groupe dépassent de loin le rôle des intercommunales, par exemple en reprenant le groupe de presse l’Avenir et en investissant dans les journaux provençaux « Nice Matin » et « le Provençal »…

 

Cela dépasse évidemment le rôle des intercommunales. En réalité, Moreau s’est servi de celles-ci pour monter son groupe et diversifier même jusqu’au… Congo.

 

C’est ensuite que le scandale éclate. Par décret du gouvernement wallon, Publifin est divisée en Comité de secteurs, comme celui du gaz ou celui de l’électricité, tout cela par l’absorption de l’ALG et de l’ALE. Et c’est suite à cela que sont créés les fameux comités de secteur en 2010. En réalité ces comités de secteur servent à offrir des compensations aux dirigeants de l’ALE et de l’ALG qui ont dû se faire « hara kiri ». C’est le numéro 2 de Publifin, le député provincial PS liégeois André Gilles qui élabora le système de rémunérations des mandataires qui appartiennent aux trois partis traditionnels : 13 élus PS, 9 CDH (chrétiens) et 9 MR (libéraux). Ces émoluments sont considérables et ne sont justifiés par aucune prestation. On organise des réunions bidon, on paie des membres absents et les barèmes sont exorbitants.

 

Un séisme meurtrier

 

C’est un élu CDH qui dénonça le système qui, par ailleurs, est agent à la Cour des comptes ! Il déclencha un séisme. Sans doute déjà échaudé par le Kazakhgate qui paralyse le parti ennemi, le MR, le président du PS, l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo qui n’a jamais pu assurer le contrôle de la Fédération liégeoise, s’efforce d’introduire un strict code d’éthique dans la gestion des entreprises publiques. Code d’éthique basé essentiellement sur la limitation des cumuls de mandats et de rémunération, mais – ce qui fait perdre toute crédibilité à cette décision – avec 21 exceptions dont la n° 2 du PS, Laurette Onkelinx.

 

 

 

Laurette Onkelinx est furieuse, mais son ire n'impressionne guère les Liégeois...

Laurette Onkelinx est furieuse, mais son ire n'impressionne guère les Liégeois...

 

 

 

La même Laurette Onkelinx frappe encore plus fort : elle exige que Stéphane Moreau choisisse entre son mandat de bourgmestre de Ans et sa présidence de Nethys. Cette « sortie » est approuvée par Di Rupo mais fort peu appréciée à Liège.

 

Le lendemain, Moreau est victime d’un accident cardiaque et se fait porter pâle. Il a jusqu’au 28 février pour décider.

 

Mais le scandale touche aussi le gouvernement wallon de Paul Magnette en plein cœur. Le ministre des pouvoirs locaux, le PS Paul Furlan, a la tutelle sur les communes et donc les intercommunales dont Publifin. Or, son chef de cabinet adjoint, Claude Parmentier, mandataire liégeois, est administrateur de Publifin et très proche de Stéphane Moreau. Il y a manifestement conflit d’intérêts et Parmentier est forcé à la démission. Mais l’opposition MR Ecolo exige la démission du ministre. Un malheur n’arrivant jamais seul, on découvre qu’il y a un autre conflit d’intérêts au sein de son cabinet, conflit qui ne concerne pas Publifin. Là, c’est le pont trop loin : Furlan prend l’initiative de la démission et c’est aussitôt un jeune député PS ardennais, Pierre-Yves Dermagne, qui lui succède. Le PS est obligé de puiser dans ses réserves, car le nouveau ministre est un jeune politicien prometteur, certes, mais sans expérience. Enfin, ne préjugeons pas.

 

 

 

Pierre - Yves Dermagne remplace au pied levé Paul Furlan comme ministre des pouvoirs locaux de la Région wallonne. Derrière les sourires de façade, une génération est contrainte de s'effacer.

Pierre - Yves Dermagne remplace au pied levé Paul Furlan comme ministre des pouvoirs locaux de la Région wallonne. Derrière les sourires de façade, une génération est contrainte de s'effacer.

 

 

 

Le ministre-président wallon Paul Magnette monte alors au créneau. Fort de son aura après sa résistance au CETA, il promet une réforme fondamentale de tout le système afin de mettre fin une fois pour toutes à ces dérives qui dure depuis trop longtemps. On verra…

 

« On a pris les mauvaises habitudes de la bourgeoisie sans en garder les qualités. »

 

Alors, que conclure à ce stade ?

 

Le PS est affaibli. Il est aussi divisé. Son président, l’ancien Premier ministre Di Rupo a perdu son autorité. Il était déjà contesté lorsqu’il quitta le gouvernement après avoir pris des mesures antisociales comme la dégressivité des allocations de chômage qui ont fait le plus mauvais effet au niveau des organisations syndicales et dans la population précarisée par la régression. Beaucoup de militants ne lui pardonnent pas de s’être représenté à la Présidence du Parti, après avoir quitté son poste de Premier ministre, alors que son mandat n’était pas terminé et qu’il s’est fait réélire sans challenger…

 

 

 

Elio Di Rupo doit passer la main à Paul Magnette s'il veut sauver le PS.

Elio Di Rupo doit passer la main à Paul Magnette s'il veut sauver le PS.

 

 

 

En outre, Di Rupo s’est montré mal à l’aise comme chef de l’opposition au gouvernement de droite NV-A – MR de Charles Michel. Pour rénover le parti, il a lancé en 2015 un « chantier des idées » qui s’avère être une coquille vide ne mobilisant guère les militants qui deviennent d’ailleurs de moins en moins nombreux.

 

La montée du parti d’extrême-gauche PTB (Parti du Travail de Belgique) est proportionnelle à la chute du PS dans les sondages. Encore heureux qu’il n’y ait pas un parti d’extrême-droite suffisamment fort en Wallonie et à Bruxelles.

 

Et cerise sur le gâteau, la timidité du PS en matière économique et sociale l’éloigne de la FGTB qui, elle-même, s’affaiblit suite à une mauvaise stratégie syndicale.

 

Le PS est devenu un parti d’appareil. 26 ans de pouvoir au niveau fédéral l’ont usé. À force de compromis avec la droite, de suivisme dans le cadre des mesures d’austérité européennes, d’immobilisme, le principal Parti de la Belgique francophone s’est desséché. Le journaliste Michel Henrion, ancien du « Peuple » vient de rappeler ce que disait André Cools il y a 25 ans : « On a pris les mauvaises habitudes de la bourgeoisie sans en garder les qualités. » Tout est dit en cette phrase.

 

Il y a eu tout de même un sursaut. Ce fut la résistance au traité de libre échange Union européenne – Canada, le CETA, lancée par Paul Magnette, résistance qu’il a opiniâtrement mené et qui a abouti à un compromis avec la Commission européenne. Suite à cela, il a élaboré avec 40 intellectuels de toutes nationalités la Déclaration de Namur qui élabore les principes qui devraient présider aux négociations commerciales internationales. (Nous aurons l’occasion d’en parler).

 

Va-t-on perdre le bénéfice de ce sursaut ? Cette ribambelle de scandales et de dysfonctionnements va-t-elle ôter tout crédit à ce qui est une des plus belles actions menée par un homme de gauche, son parlement et son gouvernement régional ?

 

Publifin sonne-t-il le glas du PS ?

 

Cette lamentable affaire Publifin sonne-t-elle le glas pour le PS Wallonie – Bruxelles ? Paul Magnette, lui-même, le craint s’il n’y a pas un changement radical. Trop d’affaires ont secoué ce vieux parti qui sur bien des plans n’arrive plus à répondre aux défis de notre temps. La dramatique affaire de Molenbeek l’a bien montré. Le PS n’a pas réussi à trouver une réponse adéquate, c’est-à-dire alliant efficacité et justice, au défi de la montée de l’Islam.

 

La fin du PS ou son statu quo serait catastrophique. La gauche se tournerait massivement vers le PTB et les sociaux-démocrates rejoindraient sans doute le MR. Et puis, que ferait la FGTB ?

 

Le PTB n’est ni Syriza, ni Podemos. C’est un parti anciennement maoïste qui secoue le cocotier, mais fait preuve de démagogie et ne semble pas avoir de stratégie en vue d’un renouveau de la gauche. Il a gardé un caractère sectaire, même si les circonstances l’ont amené à s’ouvrir quelque peu. Ainsi, il a rompu avec Gauche d’ouverture qui lui avait amené aux dernières élections des hommes et des femmes de gauche qui n’adhéraient pas à toutes ses thèses. Ce sont de graves et inquiétantes faiblesses qui empêchent cette formation d’avoir une réelle crédibilité.

 

Paul Magnette représente-t-il une dernière chance ?

 

Mais le PS, dans l’état actuel des choses, ne peut devenir lui aussi Syriza ou Podemos. Il est trop imprégné de la gestion du pouvoir pour espérer un changement radical. Est-il en voie de « pasokisation », c’est-à-dire de finir comme le PASOK grec ? C’est une hypothèse plausible, mais le Parti peut échapper à ce funeste destin s’il opère un changement radical.

 

Or, un sursaut de gauche est possible. La lutte contre le CETA en est un exemple et – en France – la victoire de Benoît Hamon dans un PS qui est en bien plus mauvais état, apporte bien des espoirs.

 

Et ce changement radical doit s’opérer sur deux plans : d’une part, se rapprocher du peuple non par le clientélisme mais par de réelles réponses aux préoccupations des travailleurs et des allocataires sociaux, ainsi que par une ouverture vers les PME menacées par le rouleau compresseur des entreprises transnationales et en y associant les structures sociales socialistes, la FGTB, Solidaris (les mutuelles) et la FMSB (Fédération des Mutuelles Socialistes du Brabant) qui, ne l’oublions pas, jouent un rôle fondamental dans le progrès social ; d’autre part, procéder à une profonde réforme interne afin d’empêcher les dérives que l’on a trop vécues et tenter qu’il redevienne un parti de militants et non d’obligés et de technocrates. En cela, une réforme des cabinets ministériels socialistes est elle aussi indispensable.

 

Qui peut le faire ? Incontestablement, Paul Magnette a la force et l’intelligence pour ça. Mais disposera-t-il de l’appui de la base pour vaincre un appareil sclérosé mais encore puissant ? C’est la question fondamentale, car seul, l’actuel ministre président de la Wallonie ne pourra changer grand ‘chose.

 

Et, sans doute le sait-il, un changement réel n’est possible qu’au départ de la base.

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

lombet 31/01/2017 09:44

Bonjour,
Excellent article détaillé.
Selon mes dernières informations, le parque général de Liège requiert la comparution de M. Moreau devant la Justice.
Bonne journée.