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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 21:59

 

 Le Figaro et l’édition électronique du Courrier international rapportent chacun une recension des mémoires post-mortem de Zhao Ziang décédé en 2005, qui fut secrétaire général du Parti communiste chinois en 1989 lors du mouvement étudiant de la place Tiananmen.

 

La personnalité de Zhao Ziang est pour le moins complexe. Il fut le secrétaire général du parti communiste chinois, représentant l’aile novatrice de ce parti, en 1989. Il tomba en disgrâce au moment de la répression sanglante des étudiants occupant la place Tiananmen. Il fut placé en résidence surveillée pendant quinze ans jusqu’à sa mort.


 

Zhao Ziang  fut convaincu de la direction politique imposée par Deng Xiaoping de libéralisation de l’économie chinoise. Le fameux mot d’ordre « Enrichissez-vous ! ». Deng avait aussi lancé le slogan : « Un pays, deux systèmes ! ». C’est ce dernier que Zhao mit en œuvre. Zhao était un chercheur en économie de tendance ultralibérale à

Zhao Ziang

l'Académie des Sciences Sociales à Pékin. Il a copié le modèle de paradis fiscal et de zone franche de Hong Kong, a installé une zone franche, faible impôt à Shenzhen, à côté de Hong Kong pour attirer les usines de l'occident. Rapidement, le PIB de Shenzhen dépassa celui de Portugal. Il a également créé une monnaie FEC, Foreign Exchange Cert, en parallèle à un yuan qui était trop cher et n'avait pas été convertible à l'époque. Vingt ans plus tard, Shenzhen devient le plus grand centre industriel du monde dans les secteurs comme textile, vêtements, électronique, jouets, électroménager, montres, ordinateur, télécom, plastique. En fait Zhao expérimentait le modèle de Hong Kong, sachant que cette île serait rétrocédée par la Grande Bretagne à la République populaire de Chine en 1998. C’est ce modèle qui fut à l’origine de l’actuelle société chinoise d’économie ultralibérale, de croissance à deux chiffres et de dictature sanglante.

 

Et c’est par ce dernier aspect que les mémoires de Zhao Ziang sont intéressantes. Vingt ans après son limogeage et quatre ans après sa mort, le dirigeant réformiste fait voler en éclats la chape de plomb qui recouvre la répression de Tiananmen, dans des mémoires explosifs enregistrés sur des cassettes audio en secret. Ces mémoires, rédigés à partir de trente heures d'enregistrement, ont été transmis à trois proches, sortis clandestinement de Chine, puis transcrits et compilés par des amis de confiance. L'ouvrage publié en anglais par un éditeur américain, Simon & Schuster, est en vente à Hong Kong. Bien entendu, il faudra vérifier l’authenticité de tout cela.

 

Le mouvement étudiant, dès le départ, prit une ampleur considérable dès le 17 avril 1989 en manifestant à la mémoire de Hu Yaobang, dirigeant réformiste chinois, limogé, qui venait de mourir. En mai et juin 1989, le " printemps de Pékin " s´est terminé dans le sang. Le " nettoyage " de la place Tiananmen par l´armée marquait le retour à une dictature communiste figée. Cette décision a été prise au prix d´une crise profonde à la tête du régime. C´est ce que prouvent les compte rendus confidentiels révélés par la revue américaine " Foreign Affairs ".

Nous publions ici, en les commentant, des extraits des conversations entre hauts dirigeants au moment de la crise, telles qu´elles ont été retranscrites dans des comptes rendus confidentiels qui viennent d´être exfiltrés de Chine par un haut cadre du régime. Ce dernier n´est connu que sous le pseudonyme Zhang Liang. Les textes ont été jugés authentiques par deux universitaires américains reconnus, Andrew Nathan et Perry Link, qui en publient des passages dans la revue Foreign Affairs (numéro de janvier-février 2001) avant d´en donner une version plus complète dans un volume à paraître sous peu, The Tiananmen Papers (Little, Brown). Foreign Affairs a diffusé ces comptes rendus sur son site Internet. Ils confirment en tout cas, les mémoires de Zhao Ziyang.


Les conversations confirment la confrontation entre le secrétaire général du parti, Zhao Ziyang, et la vieille garde communiste. Celle-ci va forcer Deng Xiaoping, le patriarche du régime, à donner l´ordre de la répression militaire. Contre Zhao, le plus en pointe des conservateurs est le premier ministre Li Peng, fils adoptif de feu Zhou Enlai, un des fondateurs de la Chine communiste.



La désinformation

25 avril 1989. Depuis dix jours, les manifestations d´étudiants réclamant " la démocratie " se succèdent au centre de Pékin, provoquées par la mort, le 15 avril, de l´ancien secrétaire général du Parti communiste, Hu Yaobang, un libéral limogé deux ans plus tôt par Deng Xiaoping. Le premier ministre Li Peng se rend chez Deng.

Li Peng : " L´attaque est dirigée directement contre vous et les autres vétérans révolutionnaires prolétariens. "

Deng Xiaoping : " On dit que je dirige tout depuis les coulisses ? "


Deng Xiaoping

Li Peng : " Il y a des appels réclamant la démission du gouvernement (…), des appels à instaurer des élections et à réviser la Constitution, à lever les restrictions sur les partis politiques et la presse et à abolir la classification des crimes " contre-révolutionnaires ".



Deng Xiaoping : " Ce n´est pas un mouvement étudiant ordinaire. Une petite minorité de gens exploite les étudiants. Ils veulent semer le trouble dans l´esprit des gens, et créer le chaos à travers le pays. C´est un complot bien planifié pour répudier le Parti communiste et le système socialiste au niveau le plus élémentaire. "


Le feu aux poudres


Le 26 avril, Le Quotidien du peuple, principale voix du pouvoir, reprend ces mots intégralement dans un éditorial. Le 27 avril, un million de manifestants défilent place Tiananmen pour réclamer que le journal retire ce jugement.



Li Peng

Cet éditorial controversé a été à l’origine de l’issue sanglante du mouvement démocratique étudiant, avait été préparé par le Premier ministre Li Peng sans le consentement de Deng Xiaoping [celui-ci était lors l'homme fort du régime, mais sans titre ou fonction officiels]. C'est du moins ce que révèle dans ses mémoires posthumes Zhao Ziyang, alors secrétaire général du Parti, Prisoner of the State Et, effectivement, cet éditorial eut pour effet de durcir le mouvement étudiant qui manifesta sa défiance à l’égard d’éventuelles négociations avec le pouvoir.


Selon Zhao, cet éditorial a été le résultat des manipulations de dirigeants ultraconservateurs comme Li et Chen, qui ont joué sur les craintes de Deng Xiaoping et sur son mépris pour les mouvements étudiants.

"La conversation du 25 avril entre Deng Xiaoping, Li Peng et les autres était censée rester privée. Mais Li Peng a décidé de divulguer les remarques de Deng Xiaoping et a paraphrasé leur discussion dans l'éditorial du Quotidien du peuple le lendemain.”


Zhao explique ensuite que Deng Xiaoping était furieux que Li ait publié ses propos sans son autorisation. Le président aurait alors prévenu Li de "ne pas refaire ça", ce que Li lui aurait promis à plusieurs reprises.


Reste qu'en fin de compte c'est tout de même Deng Xiaoping le responsable de ce qui est arrivé, dit Zhao [qui précise que la mise en place de la loi martiale a été décidée par Deng].
"Le personnage clé dans cette affaire, c'était Deng Xiaoping lui-même. S'il refusait d'adoucir sa position, je n'avais aucune chance de faire changer Li Peng et Yao Yilin", écrit Zhao.
"Deng Xiaoping a toujours privilégié la fermeté face aux manifestations étudiantes parce qu'il était convaincu qu'elles nuisaient à la stabilité du pays."

"Parmi les grandes figures du Parti, Deng Xiaoping a été l'un de ceux qui insistaient le plus sur les moyens dictatoriaux. Il en rappelait souvent l'utilité. Chaque fois qu'il parlait de stabilité, il insistait sur l'importance de la dictature."



Reprenons Foreign Affairs. Le10 mai. Réunion du bureau politique à la veille de l´arrivée en visite officielle de Mikhaïl Gorbatchev.


Yang Shangkun (chef de l´Etat, vétéran) : " Si les travailleurs se soulèvent, nous sommes en grande difficulté. En particulier quand Gorbatchev est là, nous devons faire attention à ce que le peuple sache

étudiants et militaires face à face en avril 1989
à la place Tiananmen


que le parti et le gouvernement prennent ses revendications au sérieux. Nous ne devons pas laisser les étudiants et les citoyens encombrer le sommet sino-soviétique. "
Zhao exprime son souhait d´une approche modérée, écartée par Li Peng.

Li Peng : " C´est déjà pratiquement l´anarchie dans plusieurs établissements d´enseignement du pays. Il y a des affiches qui calomnient les dirigeants du parti et du gouvernement. On appelle ça la démocratie ? On appelle ça la liberté ? En quoi est-ce que tout cela est différent de la révolution culturelle [des années 60] ? Si on laisse les choses continuer comme ça, le pays versera dans le chaos. "

Tentative de dialogue ou faux-semblants ?

13 mai. Réunion d´urgence du comité permanent (cinq membres) du bureau politique, sans Deng Xiaoping.

Zhao Ziyang : " La grève de la faim des étudiants sur la place [Tiananmen] dure depuis quatre jours. Nous avons eu un dialogue avec leurs représentants et leur avons promis de les prendre au sérieux, en leur demandant de mettre fin à leur jeûne, mais cela n´a pas marché. La place est tellement encombrée avec des foules de gens excités, des bannières et des slogans, que les représentants étudiants eux-mêmes reconnaissent qu´ils n´ont guère de contrôle sur la situation. "

Yang Shangkun : " Ces derniers jours, Pékin a été livré à l´anarchie. Les étudiants sont en grève dans tous les établissements. Les employés de certains bureaux sont dans la rue. Les transports et plein d´autres services ne marchent plus… Nous avons un sommet sino-soviétique historique et devrions avoir une cérémonie officielle de bienvenue sur la place Tiananmen, et au lieu de cela nous sommes obligés de la tenir à l´aéroport… "

Zhao Ziyang : " Quand je suis revenu [d´un voyage en] Corée du Nord, j´ai appris que l´éditorial [du Quotidien du peuple] du 26 avril avait provoqué une forte réaction et était devenu une question de premier plan pour les étudiants. J´ai pensé qu´il était préférable de laisser de côté la question très sensible du caractère subversif du mouvement étudiant dans l´espoir que les choses se calment en faisant usage de moyens démocratiques et légaux. Mais le 13 mai, quelques centaines d´étudiants ont commencé une grève de la faim en demandant que l´éditorial soit répudié. Donc, nous n´avons d´autre solution à présent que de réviser cet éditorial du 26 avril et de trouver les moyens de désamorcer ce sentiment de confrontation entre nous et les étudiants afin que la situation retourne à la normale le plus vite possible. "

Li Peng :" Ce n´est pas vrai, camarade Ziyang ! Il est faux de dire que la présentation de l´éditorial du 26 avril visait la majorité des étudiants. Il visait une petite minorité d´individus qui utilisent le mouvement étudiant (…) en tirant prétexte de certaines de nos erreurs et des problèmes afin de lancer une lutte politique contre le Parti communiste et le système socialiste, et d´étendre ce combat depuis Pékin au pays tout entier pour créer des troubles à l´échelle nationale. Ce sont des faits indiscutables, cela. Et même si de nombreux étudiants n´ont pas compris l´éditorial du 26 avril, celui-ci a eu son utilité pour exposer cette vérité. "

Zhao Ziyang : " Ce que je vois, moi, c´est que la raison pour laquelle tant d´étudiants se sont joints aux manifestations est qu´ils ne pouvaient accepter le qualificatif de "chaos" pour désigner le mouvement. Les étudiants insistent pour que le parti et le gouvernement proposent une interprétation différente de ce mouvement, et je crois que nous nous devons d´examiner cette question très sérieusement parce qu´il n´y a pas d´autre alternative… "

Li Peng : " Camarade Ziyang, les phrases-clés de l´éditorial du 26 avril ont été tirées des remarques du camarade Deng Xiaoping en personne : "C´est un complot bien planifié… c´est du chaos… dans le but de répudier le Parti communiste chinois et le système socialiste… le parti et la nation tout entière sont confrontés à une lutte politique de la plus haute importance"… Voilà ce que le camarade Xiaoping a dit. On ne peut changer cela. "

Zhao Ziyang : " Alors nous devons expliquer la nature réelle du mouvement étudiant au camarade Xiaoping et changer le jugement que le gouvernement porte sur ce mouvement. "

Crise ouverte au Parti

Zhao Ziyang perd la bataille de la loi martiale

Réunion du comité permanent du bureau politique à la résidence de Deng Xiaoping, le 17 mai au matin. Y assistent deux autres vétérans, Yang Shangkun et Bo Yibo.

Zhao Ziyang : " Le plus important dans l´immédiat est de convaincre les étudiants de découpler leur grève de la faim de leurs exigences et de les amener à quitter la place et à rentrer dans leurs campus. Sinon, tout va exploser en un clin d´œil. La situation est hautement tendue. "

Yang Zhangkun : " Est-ce qu´on peut encore dire qu´il n´y a pas eu de dommage porté à l´intérêt national et à celui de la société ? Ce n´est pas le chaos ? Si quelqu´un affirme ici que ce n´est pas le chaos, je ne vois pas comment on peut encore espérer faire avancer la réforme et l´ouverture [du système économique] ou poursuivre sur la voie de la construction socialiste… "

Li Peng : " Je crois que le camarade Ziyang doit endosser la responsabilité principale de l´escalade de la situation. Quand le bureau politique lui a demandé son avis alors qu´il était en Corée du Nord, le camarade Ziyang a envoyé un télégramme disant qu´il était "en complet accord avec le plan du camarade Xiaoping pour faire face aux troubles". Il a dit encore, après son retour le 30 avril, qu´il était en accord avec les remarques du camarade Xiaoping et le mot "chaos" de l´éditorial. Mais quelques jours plus tard, le 4 mai, devant une conférence de la Banque asiatique de développement [la BAD, réunie à Pékin], il a donné, sans consulter quiconque au sein du comité permanent, un discours qui s´en prenait directement à la déclaration du camarade Xiaoping et à l´esprit de l´éditorial. Premièrement, alors que le chaos était évident aux yeux de tous, il a osé dire que "la Chine s´épargnera de grands troubles". Deuxièmement, alors que les preuves s´accumulaient de ce que le chaos visait à renverser le Parti communiste et le système socialiste, il continuait à prétendre que les manifestants "ne s´opposent pas à notre système mais exigent que nous remédiions à nos insuffisances dans le travail". Troisièmement, quand tant de faits montraient qu´une poignée de gens exploitaient le mouvement étudiant pour provoquer des troubles, il a dit qu´il y aurait "toujours des gens prêts à ce genre d´exploitation" de la situation. Cela contredisait explicitement le jugement correct du centre du parti selon lequel ces manœuvres avaient effectivement commencé… "

Yao Yilin, un vétéran, accuse Zhao Ziyang d´avoir fait reposer la responsabilité de la situation sur Deng Xiaoping.

Yao Yilin : " Je ne comprends pas pourquoi le camarade Ziyang a mentionné le nom du camarade Xiaoping dans sa conversation avec Gorbatchev hier. Etant donné l´état des choses, cela ne pouvait que viser à faire endosser au camarade Xiaoping l´entière responsabilité de la situation et conduire les étudiants à viser Xiaoping dans leurs attaques. Cela a fait empirer encore les choses. "

Zhao Ziyang : " Peut-on me donner une chance d´expliquer ces deux points ? A la réunion de la BAD, je souhaitais avant tout pacifier le mouvement étudiant et renforcer la confiance des investisseurs dans la stabilité de la Chine. Les premières réactions à mon discours ont toutes été positives et je n´étais pas conscient qu´il y ait eu des problèmes à ce sujet. (…) Le camarade Li Peng a dit que j´avais fait du bon travail et qu´il s´en ferait l´écho quand il rencontrerait lui-même les représentants de la BAD. Pour ce qui concerne mes commentaires à Gorbatchev : depuis [1987], quand je rencontre des dirigeants de partis communistes d´autres pays, je mets un point d´honneur à préciser que le rôle de Deng Xiaoping en tant que principal preneur de décision de notre parti ne changera pas [alors que Deng a annoncé son départ progressif à la retraite]. Je le fais de façon à m´assurer que le monde extérieur comprend que le pouvoir que détient le camarade Xiaoping est totalement légal en dépit de son départ à la retraite. "

Deng Xiaoping : " Camarade Ziyang, ce discours du 4 mai à la BAD marquait un tournant. Depuis, le mouvement étudiant n´a fait qu´empirer. Bien sûr, nous voulons construire une démocratie socialiste. Mais nous ne pouvons faire cela à la hâte, et encore moins voulons-nous importer de la camelote de style occidental. Si notre peuple d´un milliard de gens se jette dans des élections multipartites, tout ce que nous aurons sera le chaos, la guerre civile que nous avons déjà eue lors de la "révolution culturelle"… Je sais que vous vous disputez entre vous, mais la question principale n´est plus de régler les querelles, c´est de savoir si nous reculons ou non. (…) Les vétérans, moi compris, brûlons d´angoisse devant ce que nous voyons dans Pékin ces jours-ci. Ça ne peut pas durer. D´abord, calmons l´instabilité à Pékin, sans quoi nous ne serons plus en mesure de la calmer dans les provinces, les régions, les villes… S´allonger sur les voies ferrées, battre les gens, se livrer à la casse, au pillage, qu´est-ce que c´est sinon le chaos ? Si ces choses continuent, peut-être même que nous allons finir en résidence surveillée ! "

La décision

Deng Xiaoping : " J´ai longuement réfléchi. J´ai conclu que nous devons faire entrer l´armée et déclarer la loi martiale à Pékin - du moins dans l´agglomération. Elle devra être chargée de réprimer le chaos une bonne fois pour toutes et de ramener l´ordre normal. Je formule solennellement cette proposition au comité permanent du bureau politique et j´espère que vous l´examinerez sérieusement. "

Zhao Ziyang : " Eh bien il vaut mieux avoir une décision que pas de décision. Mais, camarade Xiaoping, cela va m´être difficile de mettre en œuvre ce plan. Ça me pose un problème. "

Deng Xiaoping : " La minorité se soumet à la majorité ! "

Zhao Ziyang : " J´obéirai à la discipline du parti ; la minorité se soumettra à la majorité, en effet… "

Ici, on peut se poser une question : Zhao n’a pas refusé ouvertement de donner l’ordre. Il évoque des difficultés techniques. Ses mémoires font accroire qu’il refusa de donner l’ordre de tirer sur les étudiants : «Je me suis dit que, quoi qu'il arrive, je refuserais d'être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants», écrit-il. En réalité, il semble qu’il ait caché ce refus derrière des obstacles d’ordre technique. Ce dont ses adversaires ne sont pas dupes.

Le 21 mai, alors que la loi martiale est censée avoir pris effet le samedi 20 mai mais que l´armée s´est vu interdire l´entrée de la capitale par la population, Deng informera les autres vétérans qu´il a décidé de se débarrasser de Zhao Ziyang. Réunion des leaders historiques à la résidence de Deng selon les notes provenant de son bureau personnel telles que transmises au secrétariat du bureau central du parti.

Deng Xiaoping : " Zhao Ziyang s´est complètement démasqué dans ces troubles ; il se tient visiblement du côté des fauteurs de troubles et a objectivement et concrètement fomenté des divisions visant à faire éclater le parti en défendant le chaos. Heureusement, nous sommes encore là ! Zhao Ziyang a stimulé les troubles, il n´y a plus de raison de le garder. Hu Qili ne fait plus l´affaire non plus comme membre du comité permanent."


On se souvient de ces incroyables images où l'on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s'excuse devant les caméras. «Nous sommes venus trop tard», finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. «J'étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j'ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n'avait pu être évitée.»

L´ordre donné à l´armée

2 juin au matin, résidence de Deng Xiaoping. L´armée piétine aux portes de Pékin depuis dix jours. Zhao a quitté la scène mais le régime ne l´a pas encore annoncé. Autour de Deng, les vétérans Li Xiannian, Peng Zhen, Yang Shangkun, Bo Yibo, et Wang Zhen - qui n´ont plus de position officielle de premier plan - reçoivent les trois membres encore en poste du comité permanent, Li Peng, Qiao Shi, Yao Yilin.

Li Peng : " Hier, le comité du parti pour la municipalité de Pékin et le ministère de la sécurité d´Etat ont soumis leurs rapports au bureau politique. Les rapports montrent clairement qu´à la suite de la déclaration de la loi martiale, les organisateurs et conspirateurs tenants du chaos ont cherché à occuper la place Tiananmen afin de s´en servir de centre de commandement pour une confrontation finale avec le parti et le gouvernement. La place est devenue "centre du mouvement étudiant et virtuellement de la nation entière". Quelles que soient les décisions du gouvernement, de fortes réactions seront à prévoir de la part de la place. Des brave-la-mort voudront bloquer les troupes chargées d´appliquer la loi martiale. Des voyous prendront d´assaut le bureau de la sécurité publique, tiendront des conférences de presse, recruteront les motocyclistes du Groupe des tigres volants [une unité de volontaires populaires spontanément regroupés pour informer les manifestants des éventuels déplacements de troupes] pour colporter les messages, tout cela dans un complot commandé depuis la place… Les éléments réactionnaires continuent d´utiliser la place comme un centre de fabrication d´opinions et de rumeurs contre-révolutionnaires. Des organisations illégales comme la Fédération autonome des étudiants (FAE) et la Fédération autonome des ouvriers (FAO) ont installé des haut-parleurs sur la place et diffusent des programmes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, attaquant les dirigeants du parti et de l´Etat, incitant au renversement du gouvernement et répétant des informations mensongères de la Voix de l´Amérique et de la presse de Hongkong et de Taïwan…. Ces éléments réactionnaires croient que le gouvernement s´effondrera s´ils refusent de quitter la place. (…)


" Quand les troubles ont débuté, les employés de l´ambassade américaine ont commencé à amasser du renseignement de manière active. Certains sont des agents de la CIA. Presque chaque jour, et surtout la nuit, ils vont traîner sur Tiananmen et dans des écoles comme l´université de Pékin et l´université normale de Pékin. Ils ont des contacts fréquents avec les chefs de la FAE et leur donnent des conseils. L´Alliance chinoise pour la démocratie [organisation dissidente basée aux Etats-Unis] s´est impliquée directement dans le chaos. C´est un outil que les Etats-Unis utilisent contre la Chine. Ces déchets de la nation, basés à New York, collaborent également avec l´Association des bénévoles chinois pro-Kouomintang [c´est-à-dire pro-Taïwan] pour créer un soi-disant Comité de soutien au mouvement démocratique chinois. Ils ont aussi donné de l´argent à la FAE. (…) Il devient de plus en plus clair que le chaos a été généré par une coalition de forces étrangères et réactionnaires internes et que leurs buts sont de renverser le Parti communiste et provoquer la subversion du système socialiste. "


Nettoyer Tiananmen

Wang Zhen : " Regardez ces salauds ! Pour qui se prennent-ils, à piétiner ainsi le sol sacré de Tiananmen depuis si longtemps ? ! Ils n´auront que ce qu´ils méritent ! Camarade Xiaoping, lançons les troupes immédiatement pour arrêter ces contre-révolutionnaires ! A quoi sert cette Armée populaire de libération, ces troupes de la loi martiale, à rester assises à manger sans rien faire ? Ils sont censés mettre la main sur les contre-révolutionnaires… Il nous faut y aller, ou nous ne nous le pardonnerons jamais ! Quiconque cherche à renverser le Parti communiste mérite la mort, et sans funérailles ! (…) Deng Xiaoping, les causes de cette affaire relèvent du contexte international. Le monde occidental, en particulier les Etats-Unis, a mobilisé toutes les machines de propagande pour procurer encouragement et assistance aux soi-disant démocrates ou opposants en Chine… des gens qui sont, en réalité, les rebuts de la nation chinoise. (…) "

Deux autres présents proposent de donner l´ordre aux troupes de reprendre le contrôle de Tiananmen. Qiao Shi, dernier à hésiter, estime que ce sera le " début du retour à la normale dans la capitale ".



Deng Xiaoping : " Je suis d´accord avec vous tous. Je propose que les troupes de la loi martiale commencent cette nuit à mettre en œuvre leur plan de nettoyage [de la place] et finissent dans les deux jours. Pendant que nous nous livrons au nettoyage, nous devons l´expliquer clairement à tous les citoyens et étudiants, et leur demander de partir, faire de notre mieux pour les convaincre.

La célèbre image d'un étudiant défiant les
chars de "l'armée du peuple", symbole de Tiananmen


Mais, s´ils refusent de partir, ils seront les seuls responsables des conséquences… "

En milieu de nuit, les premières unités tentent de forcer le passage. Le massacre de Pékin a commencé.

© Revue Foreign Affairs (" The Tiananmen Papers ")


Zhao Ziyang, dans ses mémoires,  bat en brèche la version officielle d'un complot «contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d'une «bande de gangsters». Dans son récit, on peut lire : «J'avais dit, à l'époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique.»


Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l'histoire apprise par les jeunes générations a été efficace et aussi parce que ces Mémoires sont malheureusement par trop un plaidoyer pro domo.

Comme il est écrit dans « le Monde » : « Expédié aux oubliettes de l'histoire officielle, l'ancien numéro un du parti fait résonner, dans le silence assourdissant qui entoure aujourd'hui la question des réformes politiques en Chine, ses réflexions sur la démocratie et l'impérieuse nécessité pour Pékin de mettre en place une "démocratie parlementaire" s'il souhaite "maintenir une économie de marché saine". Sans quoi, la Chine se retrouvera confrontée, comme les autres pays en développement, à "la commercialisation du pouvoir, à une corruption rampante, et à une polarisation de la société entre les riches et les pauvres". »


Cependant, il reste encore plein de contradictions. La Place de la Paix céleste gardant l’entrée de la Cité interdite n’a pas encore livré tous ses secrets, dont le premier est : les Chinois souhaitent-ils une « démocratie » à l’occidentale ? Corollaire : l'Occident "mondialisé" souhaite-t-il vraiment que la Chine devienne une démocratie parlementaire ? 

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

remy 21/03/2011 19:05


A PEINE 20 ANS

A peine 20 ans
Le feu dans le sang
La rage de vivre
Ils sont morts pourtant
Ils voulaient seul'ment
Etr' des homme libres

Ils ont défilé
Ont manifesté
En force pacifiste
Mais des hauts quartiers
On a décrété
C'est des anarchistes

Ils ont pris d'assaut
Juste avec des mots
Les rues de la ville
Ont rendu dingo
Avec leurs drapeaux
Un vieillard sénile

A peine 20 ans
Le feu dans le sang
L'envie d'exister
Ils sont morts pourtant
Ils voulaient seul'ment
Pouvoir s'exprimer

On va les charger
Faisons déployer
Nos colonn's de chars
Ils ont résisté
Ils les ont défiés
Pour marquer l'histoire

Pour la liberté
Mourir massacré
Sans arme à la main
Fort' la volonté
De vouloir frayer
L'espoir d'un chemin

A peine 20 ans
C'était au printemps
Une nuit de juin
Ils sont morts pourtant
Ils voulaient seul'ment
Etre libres enfin

A pein' 20 printemps
Les arbr's florissants
Un' nuit à Pékin
Ils sont morts pourtant
Ils voulaient seul'ment
Pouvoir vivre enfin