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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 10:21

  

 

Voici un mot de notre ami Bernard Gensane paru sur son blog ( http://bernard-gensane.over-blog.com/ ). Aujourd’hui que le tortionnaire argentin Videla est mort, voici un aspect peu connu des procédés de ces dictateurs soutenus et protégés par la « grande démocratie », le « pays de la liberté », à savoir les Etats-Unis.

 

Au passage, on s’apercevra de l’exploitation que l’on fait du football qui est devenu aujourd’hui l’enjeu sordide de la basse politique et du fric sale.

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Lors de la Coupe du monde de football de 1978 en Argentine, le pays hôte s’est qualifié miraculeusement par un 6 à 0 face au Pérou. Cette victoire écrasante a toujours parue suspecte à beaucoup. Mais l’important est que, pendant que l’équipe trouvait le chemin des filets adverses, la dictature torturait et tuait sans répit.

 

 

 foot_argentine.jpg

Une vaste campagne pour le boycott de la Coupe du monde de football en Argentine ne donna pas l'effet escompté : le fric en a décidé autrement.

 

 

En 1978, le Pérou subit la dictature militaire du général Francisco Morales Bermudez. Il est très vraisemblable que Videla et lui ont scellé un pacte de mort : l’équipe péruvienne prenait une déculotté (les Argentins devaient gagner par quatre buts d’écart pour se qualifier en demi-finale) et Videla s’occupait d’éliminer treize ressortissants péruviens opposés à la dictature.

 

 

 Videla.jpg

Videla recevant l'hostie : l'alliance du fric, du sabre et du goupillon est toujours sanglante.

 

 

Selon l'ancien sénateur péruvien Genaro Ledesma Izquieta, Buenos Aires s’était engagée, en échange de la victoire, à accueillir ces opposants puis à les faire disparaître au cours d'un “ vol de la mort ”. C’était la première fois que le Pérou rejoignait les régimes qui collaboraient – au sein de l’opération Condor  – avec les régimes qui éliminaient leurs opposants politiques (Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Brésil et Bolivie).

 

Capturés pour avoir participé à la grève générale qui parvint à mettre un terme à la dictature péruvienne en mai 1978, les treize opposants péruviens furent emmenés par la force en Argentine par avion militaire. À San Salvador de Jujuy, on les obligea à demander l’asile politique, ce qu’ils refusèrent. Ils furent transférés, toujours par la force, à Buenos Aires et jetés en prison. Le gouvernement de Videla finit par accepter de les libérer à condition que la France paye les frais occasionnés par cette libération !

 

La victoire footballistique miraculeuse survint après des pressions exercées contre les footballeurs péruviens, mais aussi après l’envoi au Pérou d’un chargement de 14 000 tonnes de grain argentin.

 

En 1986, lors de la Coupe du monde au Mexique, Maradona sera aidé par dieu lui-même qui lui accordera de pousser le ballon à la main (« la mano de Dios ») au fond des filets anglais. Ce qui était tout de même plus urbain que les menées des crapules galonnées.

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 10:07

« Be afraid ! », voici l’avertissement de Carmen Reinhart dans l’Echo de ce 15 mai 2013. Souvenez-vous, cette économiste américaine, professeur à Harvard, fut évoquée sur ce blog suite à une erreur qui a été détectée dans l’ouvrage This time is different  qu’elle a publiée avec Kenneth Rogoff et qui veut démontrer que le seuil fatidique de 90 % de dette par rapport au PIB empêche le retour à la croissance. (http://uranopole.over-blog.com/article-l-ideologie-tue-les-idees-117554611.html) Mais, bien que Carmen Reinhart s’en défende, les erreurs et omissions condamnent sa thèse sans appel.

 

 

carmen_reinhart.jpg

 

Carmen Reinhart, l'économiste de Harvard, veut piquer dans le bas de laine des p'tits Belges !

 

 

Mais, comme tous les fanatiques, ces gens sont obstinés. Carmen Reinhart persiste et signe. Non seulement, elle balaye les erreurs d’un revers de la main et considère que sa thèse des 90 % ne peut être discutée, mais elle en rajoute pour la Belgique tout particulièrement.  Elle estime indispensable de restructurer la dette en Europe. Pour la Belgique, en particulier, une mesure urgente et bien entendu inéluctable à prendre est : « transférer la dette des emprunteurs aux épargnants ». En clair, cela signifie prélever dans l’épargne des ménages pour payer la dette. Et voilà la « patrie des arts et de la pensée » transformée en un second Chypre !

 

 

Un bas de laine belge bien tentant

 

 

Pourquoi la Belgique ? Tout simplement parce que l’épargne des particuliers y est très importante, surtout en livrets. On estime le pactole à quelque 450 milliards d’Euros. C’est fort tentant, n’est-ce pas ? Aussi, les banques seraient particulièrement intéressées à ajouter une partie substantielle de cette manne à la dette publique qui leur rapporte tant.

 

 

Si une mesure pareille est prise, c’est tout le système fiscal qui sera bouleversé. Les différents impôts et taxes sur les revenus de toutes sortes sont prélevés de commun accord entre les pouvoirs exécutifs et législatifs. Tout est motivé en détail et visible pour tous. C’est le Ba ba de la démocratie parlementaire.

 

 

Baal n’est jamais rassasié !

 

 

 

Ici, il s’agirait d’une mesure d’urgence et en fait d’une véritable spoliation des avoirs du plus grand nombre. Elle ne serait motivée que par idéologie : 90 % de dette est insupportable par définition. Donc, il n’y a qu’un moyen de faire face : préserver sur l’épargne des particuliers. Après avoir imposé l’austérité qui provoque une anémie volontaire des pouvoirs publics, après avoir considérablement réduit les revenus du travail, on appauvrit les ménages en prélevant dans leur épargne. En économie, cela s’appelle des transferts. On transfère tout vers le capital qui se comporte comme le dieu Baal à qui est offert des humains en holocauste et qui n’est jamais rassasié !

 

 

 

peter_hartz.jpg

 

Peter Hartz : penseur du nouvel esclavagisme

 

 

D’ailleurs, ces transferts ont commencé il y a déjà pas mal de temps. Ainsi, en Allemagne, en 2003-2005, du temps du chancelier Schröder, une réforme portant le nom de Peter Hartz, a consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail. L’initiateur de cette réforme, Peter Hartz, était à l’époque  le DRH de Volkswagen. Il a présenté ses propositions au chancelier (socialiste !) de l’époque, Gérard Schröder, qui les a mises en œuvre. Arrêtons-nous un instant sur ces réformes.

 

 

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Gerard Schröder, chancelier allemand de 1998 à 2005, a profondément libéralisé le système social et politique allemand.

 

 

Le 16 août 2002, Peter Hartz, remettait au chancelier fédéral, le social-démocrate Gerhard Schröder, un rapport sur « la remise à plat en profondeur de l’Etat social » allemand. Ce fut le coup d’envoi d’une série de réformes législatives, connues sous le nom des « lois Hartz » qui durèrent jusqu’en 2005 et changèrent profondément l’Allemagne.

 

Un « Big Brother social »

 

Ces réformes libéralisent le marché du travail allemand, permettant aux employeurs de payer des salaires de 400 euros mensuels aux salariés ou de 1 euro par jour aux chômeurs de longue durée. Gerhard Schröder ne se lance pas dans une flexibilité à la scandinave ou à la britannique : les salariés restent « protégés » dans leur contrat par la loi. En revanche, le travail partiel est favorisé et le temps de travail flexibilisé. Le point d’orgue de cette réforme, c’est donc la loi « Hartz IV ». Elle réduit de deux à un an le temps d’indemnisation du chômage, quelque soit la durée de cotisation. Ensuite, tout le monde passe dans la catégorie « indemnisation chômage II » (Arbeitlosengeld II) où l’on bénéficie de certaines protections : un loyer et le chauffage sont payés par la commune et une indemnisation forfaitaire qui est aujourd’hui de 374 euros par adulte et par mois est versée. Mais en retour, le bénéficiaire, qui sera désormais en Allemagne appelé « Hartz IV », doit se soumettre à un contrôle permanent : sur son train de vie et ses recherches d’emplois. Avant de toucher son indemnisation, il doit utiliser la majeure partie de ses économies pour son propre entretien. Il doit accepter les emplois que lui propose l’agence du travail, même payé 1 euro de l’heure tout en continuant à toucher une partie de son indemnité).

 

Il s’agit donc de transformer l’Etat social en système d’assistanat où la vie quotidienne du « bénéficiaire » est surveillée. De plus, il est dans l’obligation d’accepter l’emploi que l’agence de travail lui offre, même le plus dégradant et le plus mal payé.

 francois-hollande.jpg

François Hollande a bien réfléchi : les réformes seront libérales et basées sur celle de Schröder.

 

 

On remarquera que le travailleur « Hartz IV » est plongé dans une pauvreté relative permanente et perd tout pouvoir de décision. Il est en réalité soumis à un « Big Brother » social ! Il n’y a pas de quoi sourire : ce genre de système se répand à travers toute l’Europe. En outre, les réformes Hartz ont créé un marché du travail parallèle « ouvert » aux travailleurs sous-payés et précarisés. On s’aperçoit d’ailleurs que ce système a été adopté par un social-démocrate et c’est un autre social-démocrate qui, aujourd’hui, souhaiterait l’appliquer à son pays : François Hollande.

 

Et le coût du capital ?

 

Pour justifier ces abominations, on se base sur des notions floues et non chiffrables comme la compétitivité. Voici ce qu’en dit ATTAC France dans un document paru en décembre 2012 (« En finir avec la compétitivité ») : « Le thème de la compétitivité est un marronnier des débats de politique économique. C’est une obsession tenace malgré la difficulté à en proposer une définition claire et admise par tous, sinon sous une forme tellement vague qu’elle se prête à toutes les interprétations : « la définition généralement retenue de la compétitivité d’une nation est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale » (…). Les auteurs ne cachent pas « les réserves méthodologiques que le concept suscite»et ils rapportent même le propos de Paul Krugman « contre la “dangereuse obsession” de compétitivité de l’administration Clinton et de l’Union européenne » car « la compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales ». Vide de sens, mais symbolisant très bien les stratégies patronales de pousser encore plus avant la libéralisation de l’économie et du « marché » du travail en particulier, malgré « l’inscription de la cohésion sociale dans les politiques de compétitivité » affirmée par la Stratégie de Lisbonne. »

 

La grande problématique porte évidemment sur le coût du travail. Cette question est devenue obsessionnelle dans le chef des syndicats patronaux et des gouvernements européens. Là aussi, ATTAC répond : « Le débat public se concentre sur le coût du travail sur la base de données souvent discutables. En effet, les données de référence d’Eurostat posent problème tant sur la comptabilisation des heures de travail qui sous-estime la durée du travail en France, que sur le calcul de la masse salariale qui surestime le poids, en France, de la formation professionnelle dans le coût du travail. De plus, ce débat est en général biaisé. D’une part, il ne prend que rarement en compte la productivité du travail, c’est-à-dire le coût salarial unitaire. Or les écarts de productivité entre pays sont plus grands que les écarts de coût horaire. D’autre part, il mêle allégrement coût du travail dans l’industrie et dans les services marchands. Or la productivité augmente plus faiblement dans les services que dans l’industrie. le coût salarial unitaire baisse en moyenne dans la zone euro sauf pour le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. En France, il baisse de 0,5 % par an de 1996 à 2008, en Allemagne de 0,7 %. Globalement, on constate une tendance à la convergence des coûts salariaux unitaires dans la zone euro, avec une baisse dans l’industrie et une hausse dans les services. Ces constats, combinés au caractère biaisé de certaines données statistiques, démentent l’affirmation selon laquelle il y a eu en France une dérive du coût du travail qui plomberait la compétitivité des entreprises. »

 

 

Et l’association altermondialiste pose une question jamais évoquée : celle du coût du capital. « Mais surtout, on met toujours en avant le coût du travail alors que le coût du capital n’est quasiment jamais évoqué. Pourtant, les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6% en 1999. La part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années. autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement, passe sous silence le fait que, crise ou pas crise, la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité.

 

Dans cette situation, l’exigence patronale d’un transfert massif des cotisations sociales vers les ménages (en grande majorité salariés) apparaît pour ce qu’elle est : le refus de toucher aux dividendes versés aux actionnaires. »

 

 

En définitive, il n’y a globalement pas de réduction des coûts de l’entreprise, il y a transfert des dépenses afférentes au travail vers les actionnaires.

 

 

Il serait plus que temps que des économistes honnêtes et indépendants se penchent sur cette question des coûts. Mais il y en aura peu qui oseront compromettre leur carrière pour effectuer enfin un travail scientifique digne de ce nom.

 

 

Ce seront les colossaux échecs auxquels ils devront faire face qui pourront éventuellement susciter un changement. Aujourd’hui, cependant, il y a danger. On étend le « Big Brother » social aux pays de la zone Euro et on propose, après « l’expérience » cypriote de puiser dans l’épargne des ménages. Après l’austérité, la privatisation des services publics, le détricotage du droit du travail, voilà les nouvelles étapes de la révolution ultralibérale.

 

 

Y a-t-il une opposition ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:24

Le météorologiste – prévisionniste belge, Luc Trullemans, est depuis quelques semaines la coqueluche du microcosme politico-médiatique en Belgique.

 

Trullemans est sans conteste un excellent prévisionniste. Il débuta sa carrière à l’Institut royal météorologique (IRM) belge. Il doit sa notoriété au routage météorologique qu’il a établi pour l’aérostier américain Steve Fossett qui fut le premier à effectuer le tour du monde en ballon. Luc Trullemans a aussi routé le premier vol international de l’avion à énergie solaire, Solar Impulse.

 

 

 

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Luc Trullemans, prévisionniste de talent et ex- M. Météo de RTL-TVI

 

 

 

Sa réputation a intéressé la chaîne médiatique privée belge, membre du groupe CLT, RTL-TVI/Bel RTL qui l’a engagé pour présenter la météo tout en poursuivant son travail à mi-temps à l’IRM. Cette médiatisation, manifestement, lui est montée à la tête et ses collègues s’en sont d’ailleurs plaints en privé. Il se sentait désormais intouchable !

 

Fort présent sur le réseau social Facebook, Trullemans l’inondait d’images de toutes sortes sur la météo. S’il était resté très prudent sur la controverse relative au réchauffement climatique, il l’était devenu de moins en moins en diffusant de plus en plus souvent des propos populistes et à la limite de la xénophobie.

 

 

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Philippe Delusinne, administrateur de RTL-TVI : les annonceurs publicitaires n'accepteraient pas être associés à des propos islamophobes. C'est une évolution, incontestablement !

 

 

Il a franchi le pont trop loin le 26 avril 2013 où, sur un post facebook, il fustige les Musulmans en concluant par une menace : « Intégrez-vous ou dégagez ! ». Il accompagne en outre ce post d’images et de caricatures à caractères islamophobe et anti-arabe. Aussitôt, l’administrateur-délégué de RTL-TVI, Philippe Delusinne, licencie le « Monsieur Météo » le 29 avril 2013. Dès lors, l’affaire prend une toute autre tournure.

 

Trullemans menteur et provocateur

 

En premier lieu, on s’aperçoit très vite que Trullemans a menti : il avait affirmé, pour se justifier, qu’il avait tenu ces propos sous le coup de la colère et de l’émotion, suite à une agression. En réalité, il s’agissait d’une bagarre entre un automobiliste maghrébin et Trullemans qui s’est déroulée sur l’autoroute reliant l’aéroport à Bruxelles. Le météorologiste reconnaît lui-même qu’il l’avait « fait ch… pendant cent mètres ! ». On observera au passage son excellent usage de la langue française…

 

En outre, au lieu de calmer le jeu, Trullemans en rajoute dans les médias et sur Facebook. Là, cela irrite son second employeur, le patron du Ministère de la Politique scientifique, Philippe Metten, qui chapeaute l’IRM. Il convoque le directeur de l’IRM et exige qu’une sanction soit prise à l’égard de Luc Trullemans. Comme l’administration est lente, on ignore, pour l’instant, de quelle nature sera ladite sanction.

 

 

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Maître Michael Modrikamen avocat sulfureux et chef du Parti populiste "Parti populaire" (un seul siège occupé par un député qu'il a exclu de son parti...) va certainement profiter de "l'affaire" Trullemans pour relancer son parti en attisant le feu.

 

 

Enfin, Trullemans conteste son licenciement de RTL-TVI et prend comme avocat Michaël Modrikamen, le défenseur des petits actionnaires de Fortis, mais aussi le président du Parti populaire, formation proche de l’extrême-droite et qui ne cache pas son admiration pour Marine Le Pen. Mais notre prévisionniste exclu prétend ignorer que son nouveau défenseur fait de la politique ! Il l’aurait choisi par hasard ! Ben, voyons !

 

Luc Trullemans se transforme en Frigide Barjot.

 

Enfin, le beau Luc qui ne doute de rien, sans doute inspiré par la brillante animatrice de manifs’, Frigide Barjot, s’est décidé à appeler à manifester pour la « liberté d’expression », le 25 mai prochain à Bruxelles. Au passage, il a affirmé, la bouche en cœur, qu’il ne fait pas lui non plus de politique…

 

 

 manif_trullemans.jpg

Une manif d'une vingtaine de manifestants membres du groupuscule fasciste "Nation" - beaucoup sont courageusement masqués - a eu lieu devant le siège de RTL-TVI pour la réintégration de Luc Trullemans, au nom de la liberté d'expression. Le météorologiste n'a pas désavoué cet encombrant copinage... (photo 7 sur 7)

 

 

Cette affaire rocambolesque n’arrive pas à s’éteindre. Au-delà du pâle personnage de Trullemans, elle est révélatrice d’un climat malsain. La communauté musulmane en Belgique et particulièrement à Bruxelles fait l’objet d’une profonde méfiance de la part du reste de la population. Il est incontestable que cette communauté est tiraillée par diverses tendances.

 

Nous avons déjà montré, en racontant ici l’histoire de Rachid ( http://uranopole.over-blog.com/article-rachid-110867284.html) combien il est difficile à des jeunes Musulmans de s’intégrer dans notre société : ils sont rejetés par les Belges qui s’en méfient et ils sont haïs par leurs jeunes congénères qui les considèrent comme des traîtres. Aucun effort sérieux n’a été consenti pour leur intégration. L’éternelle excuse du manque de moyens financiers ne tient pas. Il n’y a jamais eu une réelle volonté politique de trouver une solution à la cohabitation. Les moyens de base manquent cruellement. Il n’y a pas de système scolaire digne de ce nom, en dépit des fameuses ZEP (zones d’éducation prioritaire), de services sociaux efficaces – c’est le secteur associatif qui assure tant bien que mal ces missions – d’équipements collectifs dignes de ce nom ; les quartiers ghettos sont laissés à l’abandon, les « marchands de sommeil », les trafiquants de toutes sortes y pullulent, etc. Tout cela est une véritable poudrière qui peut exploser d’un jour à l’autre. On a d’ailleurs vite oublié les émeutes de Forest et de Cureghem qui ont eu lieu il y a quelques années. Mais l’appareil répressif est là, s’il est inefficace à prévenir des débordements qui pourraient très mal tourner, il est prêt à se mettre en marche, à la moindre alerte « terroriste ».

 

La répression n’est pas la solution.

 

Croit-on que la répression, la traque des islamistes, l’encadrement policier vont résoudre le problème ? Au contraire, cela ne fait qu’attiser les tensions. On a trop tendance à confondre l’ensemble des communautés musulmanes avec des groupuscules terroristes.

 

Cependant, il existe un danger visible. C’est la propagande radicale musulmane qui se répand par les chaînes satellitaires arabes comme Al Jazeera complaisamment financée par l’Emirat du Qatar, et par des imams venus d’on ne sait où, qui attisent le feu dans les mosquées. En dehors d’actions ponctuelles, on ne fait rien de sérieux.

 

 

 Al_Jazeera.jpg

Studio de la TV satellitaire Al Jazeera au Qatar.

 

 

On refuse un dialogue digne de ce nom. Un exemple : il est absurde de refuser de débattre avec un homme comme Tariq Ramadan qui a incontestablement une influence considérable sur l’ensemble des Musulmans en Europe. Est-il ou non un Frère musulman ? Peu importe. Si on veut un débat efficace et pouvant aboutir à un résultat, il faut le faire avec un interlocuteur influent et ne pas lancer d’exclusives à son égard.

 

 

 tariqramadan.jpg

Il est absurde de refuser le débat avec Tariq Ramadan.

 

 

Ne rien éluder.

 

Ce débat ne doit rien éluder. Toutes les questions – surtout celles qui fâchent – doivent être abordées. Sinon, une vie commune entre communautés d’origines diverses sera impossible. C’est aussi une raison pour laquelle il ne faut pas céder aux idées brutales et imbéciles de personnages comme Trullemans et Modrikamen.

 

Si nous avons écrit « vie commune », c’est volontairement pour ne pas user du mot « intégration ». On peut se poser la question : l’intégration est-elle obligatoire pour une cohabitation harmonieuse ? Faut-il renoncer « pour s’intégrer » à sa culture originelle ? Là aussi, ce serait une grave erreur et aussi une source de conflits. Les cultures peuvent vivre ensemble et s’imprégner les unes des autres. Cela a toujours été ainsi et c’est un des moteurs du progrès de l’humanité, contrairement à ce que pensent des esprits animés par l’exclusion comme un certain ex-prévisionniste.

 

Sans oublier bien sûr la question sociale qui est vitale pour tous.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:53

Une des principales critiques de la droite à l’égard de la gauche porte sur son enfermement idéologique. La gauche serait prisonnière de dogmes qui l’empêcheraient de produire une quelconque idée nouvelle dans tous les domaines. Ce serait l’explication du conservatisme de la gauche.

 

Reconnaissons que cette analyse n’est pas tout à fait fausse. Depuis la Révolution russe de 1917 jusqu’à la chute du Mur de Berlin, le marxisme léninisme a marqué la pensée des partis de gauche en Europe occidentale. Or, la prise du Palais d’hiver en octobre 1917 par les Bolchéviks ne fut qu’un classique coup d’Etat. Lénine, qui était un authentique révolutionnaire, sut rallier à sa cause les Soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats, notamment grâce à l’aide de Trotsky. Le putsch eut dès lors une assise populaire et le contrôle sur l’armée.

 

La « troisième révolution » de Kronstadt

 

Cependant, un autre personnage agissait dans l’ombre : Joseph Staline manœuvra à la centralisation du pouvoir, ce qui revint à écarter les Soviets. D’ailleurs, tout finit en 1921, avant Staline, par l’écrasement dans le sang des marins de Kronstadt. En effet, les habitants de ce port situé au golfe de Finlande avaient décrété la ville « commune libre » se ralliant ainsi aux Soviets. Après la guerre civile, en 1921, la Russie était ruinée après sept ans de conflit. Des grèves se déclenchèrent, notamment à Kronstadt qui était devenue le symbole de la Révolution.

 

 

 

 

 

Cronstadt1917

 

La révolte des marins de Kronstadt en 1921 fut sans doute le moment le plus important de l'histoire du socialisme.

 

 

Ces grèves avaient pour objectif le rétablissement des Soviets, des libertés de réunion, de la presse, d’opinion. Les marins de Kronstadt s’allièrent à ceux de Petrograd. La répression du pouvoir soviétique fut particulièrement sévère. Le 6 mars 1921, les marins élisent un comité révolutionnaire provisoire. Ils envoyèrent un message radio aux « ouvriers du monde entier » libellé comme suit :

 

« Nous sommes partisans du pouvoir des Soviets, non des partis. Nous sommes pour l’élection libre de représentants des masses travailleuses. Les soviets fantoches manipulés par le Parti communiste ont toujours été sourds à nos besoins et à nos revendications ; nous n’avons reçu qu’une réponse : la mitraille (...). Camarades ! Non seulement ils vous trompent, mais ils travestissent délibérément la vérité et nous diffament de la façon la plus méprisable (...). À Kronstadt, tout le pouvoir est exclusivement entre les mains des marins, soldats et ouvriers révolutionnaires (...). »

 

Voici l’analyse du Soviet de Kronstadt : « Il est clair que le parti communiste russe n'est pas le défenseur des travailleurs qu'il prétend être. Les intérêts des travailleurs lui sont étrangers. S'étant emparé du pouvoir, il n'a plus qu'une seule crainte : le perdre et c'est pourquoi il croit que tous les moyens lui sont bons : calomnie, violence, fourberie, assassinat, vengeance sur la famille des rebelles. Ici, à Kronstadt, nous avons posé la première pierre de la troisième révolution qui fera sauter les dernières entraves des masses laborieuses et ouvrira toute grande la voie nouvelle de la créativité socialiste. (…) Sans coup férir, sans qu'une goutte de sang ait été versée, le premier pas a été franchi. Les travailleurs ne veulent pas de sang. Ils ne le verseront que réduits à l'autodéfense. (…) Les ouvriers et les paysans ne cessent d'aller de l'avant, laissant derrière eux l'Assemblée constituante et son régime bourgeois, la dictature communiste, sa Tchéka et son capitalisme d'État. »

 

 

trotsky_leon_03.jpg 

Trotsky n'hésita pas à réprimer dans le sang les marins de Kronstadt. 

 

La seule réponse fut la sanglante répression par l’Armée Rouge commandée par Trotsky. La « troisième révolution » était donc définitivement écrasée. L’URSS était désormais une fausse dénomination : cette « Union » n’était ni « Socialiste », ni « Soviétique ». Ainsi, il est clair que seul le parti communiste centralisé détenait le pouvoir absolu au détriment des Soviets et était le seul gardien de l’idéologie qui n’avait plus rien à voir avec le Socialisme et qui n’évolua qu’en fonction des intérêts des castes se succédaient au pouvoir à Moscou. La moindre critique et toute idée nouvelle étaient désormais châtiées avec la plus grande intransigeance. Et par après, bien des épisodes aussi sanglants eurent lieu réprimés par le stalinisme, aussi bien en Union Soviétique qu’en bien d’autres lieux dans le monde, comme en Espagne, à Berlin, en Hongrie, en Tchécoslovaquie.

 

 

Toujours la même méthode

 

 

Et ce toujours avec la même méthode : le travestissement des faits, l’avilissement de leurs adversaires, le refus de toute négociation et enfin, la répression sanglante. Et aussi, toujours avec ceux qu’on a appelé les compagnons de route : des intellectuels occidentaux aveuglés – ou complices – servant de faire valoir et de diffuseur des mensonges de la propagande.

 

 

Si les communistes staliniens mirent au point cette formidable machine totalitaire usant de toutes les technologies générées au XXe siècle, ils eurent de zélés disciples a priori inattendus. Très vite, les plus ultras du capitalisme comprirent le parti qu’ils pouvaient tirer de cette formidable machine d’ahurissement et de propagande.

 

 

Prenons l’actualité récente. Dans les analyses – ou plutôt disons les conclusions sur commande – des économistes qui prônent l’austérité, apparaissent depuis quelques temps de sérieuses erreurs de calcul, d’omissions ou de déformations de données, voire de falsifications qui remettent en question les soi-disant effets bénéfiques à moyen terme de l’austérité imposée aux Etats membres de la zone Euro depuis la crise grecque.

 

 

La nouvelle dogmatique

 

 

Les économistes de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) qui ont travaillé à mettre au point les politiques d’austérité imposées par l’Union européenne suite aux pressions allemandes, ont affirmé haut et clair : « Au-delà d’un endettement dépassant les 90 % du PIB, les pays endettés ne peuvent connaître qu’un effondrement de leur croissance, l’essentiel de leurs ressources étant mobilisé pour rembourser la dette »  

 

 

Cet acte de foi résonne comme un dogme auprès des gouvernements de toute l’Union. Il semblait donc établi qu’au-delà d’un certain niveau d’endettement, la  croissance s’effondrait et la faillite était au bout du chemin, quelles que soient les circonstances historiques, politiques ou géographiques. Cette thèse fut publiée en 2010 dans un ouvrage qui devint vite un best seller : « This time is different » dont les auteurs, Carmen Reinhart et Ken Rogoff, sont deux historiens économistes.

 

 

 

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 Kenneth Rogoff : un adversaire acharné de Joseph Stiglitz

 

 

Quelle aubaine pour les néolibéraux. La démonstration est du pain bénit. Les keynésiens sont définitivement à terre ! Comme l’écrit Martine Orange dans Mediapart : « En moins de trois mois, l’axiome de Reinhart et Rogoff devint un dogme pour les politiques de droite : point de salut pour un pays endetté à plus de 90 %. Avec son dogmatisme désormais bien connu, la Commission européenne reprit en urgence cette nouvelle doxa et l’inscrivit dans les tables de la loi aux côtés du fameux 3 % (de déficit public). » Au passage, quand on s’aperçoit que Kenneth Rogoff est le principal adversaire de l’économiste keynésien, prix Nobel, Joseph Stiglitz, on n’est guère surpris.

 

Le festival des erreurs

 

Mais il y a un hic. Les calculs qui ont permis d’aboutir à ce modèle, sont faux. Et ce sont Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, trois économistes de la même université que celle de Rogoff, le prestigieux MIT, qui ont démonté la thèse de leur confrère. Et, au départ, leur objectif était de reprendre la démonstration de Reinhart et Rogoff. Ils ont simplement repris les chiffres publiés dans l’ouvrage. Celle-ci était impossible à partir de ces données. Ils ont demandé aux deux auteurs de leur donner les chiffres bruts sur lesquels ils avaient travaillé. Patatras ! Sur cette base, les travaux des auteurs de « This time is different » étaient truffés d’erreurs !

 

Il y eut d’abord des erreurs par omissions. Il n’a pas été tenu compte de la croissance de la Nouvelle Zélande qui a une dette de l’ordre de 90 % et a connu pendant quatre années une croissance de 2,6 % par an ! Un rêve pour les Européens ! Ensuite, il y a des erreurs dans la pondération qui, selon Hendon, Ash et Pollin, donnent un écart en ce qui concerne la croissance de l’ordre de deux points ! Une paille !

 

La réaction ? Bon ! Il y a une petite erreur due à l’utilisation du logiciel Excel, mais Reinhart et Rogoff maintiennent leur thèse envers et contre tout. Et très vite, ils bénéficient du soutien de tous leurs collègues néolibéraux. Et en lisant le site d’informations ultralibéral « Atlantico », on a un splendide spécimen de la novlangue propre aux idéologues.

 
A la question : En quoi l’erreur de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff justifierait-elle les théories de Keynes ? Nicolas Goetzmann (économiste et conseiller financier) répond : « En rien. Mais les économistes qui ont découvert l’erreur elle-même sont Keynésiens eux-mêmes. La découverte d’une erreur chez le voisin ne permet pas de justifier sa propre théorie. La seule chose qui a été mise en avant est l’invalidité du seuil de 90% d’endettement qui provoquerait la récession.
 

Ensuite, et plus insidieusement Rogoff & Reinhart ont dénoncé l’interprétation abusive de leurs travaux qui consistait à évoquer un lien de causalité entre fort endettement et récession. Ils acceptent « l’association » des deux, mais pas le lien de causalité. La conclusion de la Tribune qui vise à valider la relance keynésienne est absurde. Ce n’est pas parce que le lien de causalité entre endettement et récession est rompu que plus d’endettement veut dire plus de croissance. C’est une extrapolation gratuite et sans fondement. De plus, même les néo-keynésiens admettent que dans un système monétaire comme le nôtre, la relance budgétaire est neutre, son effet est de 0. C’est que nous avons vécu en Europe : après la relance des années 2009 et 2010, la BCE est venue en contrer les effets en 2011. »

 

Cela vaut la peine de se pencher sur ce morceau de duplicité. D’abord, être keynésien implique que l’on est malhonnête dans la dénonciation de « l’erreur ». Vient ensuite la déformation : la soi-disant interprétation abusive du lien de causalité entre endettement et récession. Les critiques de Rogoff et Reinhart ont montré au contraire qu’il était possible de connaître une croissance en même temps qu’un fort endettement. Et la conclusion qui est faussement attribuée aux trois critiques n’a rien à voir avec le sujet.

 

Et on dit tout et son contraire ! Simone Wapler, conseiller financier, explique : « La barre des 90 % est cependant très symbolique. D’abord il s’agit d’un pourcentage d’endettement en fonction du PIB ce qui n’a pas grande signification. Un État ne possède pas le PIB d’un pays, il lève des impôts. Il vaudrait donc mieux regarder la dette d’un État exprimée en fonction des rentrées fiscales. Ensuite, il est important de savoir qui détient la dette. Les citoyens, comme au Japon ou bien des investisseurs institutionnels étrangers comme en France ou encore la Banque centrale comme aux États-Unis ? Bref le seuil de 90 % est sans grande importance. Ce qui importe est le sens de la variation : plus la dette grossit, plus un pays sape son dynamisme. »

 

Sans doute, mais alors pourquoi cette dogmatique des chiffres du FMI et de l’Union européenne : ne pas dépasser la barre fatidique des 90 % d’endettement et des 3 % de déficit ? Pourquoi Madame Wapler ne réclame-t-elle pas plus de souplesse de la part des autorités monétaires et européennes ?

 

En tout cas, voilà un solide coup de canif dans la dogmatique de l’austérité. Mais, bien évidemment, pas question de le reconnaître. Il faut envers et contre tout poursuivre le même chemin.

 

Toujours la même méthode (bis)

 

Et ici, comme aux débuts de la dictature soviétique, il y a travestissement volontaire des faits, l’avilissement des contradicteurs, le refus de toute négociation. On n’en est pas encore à la répression sanglante, mais les contre-pouvoirs sont muselés et toute alternative est exclue.

 

Il y a eu peu avant une autre erreur. Au FMI, cette fois-là. Ce fut dans l’évaluation de l’effet multiplicateur des mesures budgétaires. Le FMI annonça que cet effet était de l’ordre de 0,5 %, alors qu’il se situe entre 0,9 et 1,7%. En clair, lorsque l’Etat réduit sa dépense d’un euro, cela entraîne une baisse de l’activité économique entre 90 centimes et 1,7 Euro. Cela n’est pas négligeable.

 

Mais une relance est impossible pour nos économistes ultralibéraux. Simone Wapler, toujours dans « Atlantico » déclare péremptoire : « Mais ce que nous appelons « croissance » n’est en réalité qu’une somme de dépenses dont une part substantielle est financée à crédit. Donc plus les dépenses augmentent, plus il y a de « croissance ». Imaginez un ménage qui comptabiliserait comme des revenus ses crédits à la consommation. Le jour où sa banque lui coupe ses crédits ses revenus baissent. 

 

Les plans de relance keynésiens ne fonctionnent pas car la consommation n’a jamais créé de richesse. La consommation n’est que le reflet de la richesse à condition que cette consommation soit financée par de l’argent réellement gagné et non redistribué. » Circulez ! Il n’y a rien à voir !

 

Trois dogmes tombent.

 

Mais voilà trois dogmes qui tombent : les 3 % de déficit, les 90 % d’endettement et le coefficient budgétaire erroné. Pensez-vous que l’on en tiendra compte ? Va-t-on remettre tout à plat et voir ce qui peut nous sortir de ce « merdier » ? Bien sûr que non ! Le Commissaire européen à l’économie, le Finlandais Olli Rehn, refuse de reconnaître ces erreurs et prône la poursuite de la politique d’austérité.

 

 

 

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 La sévère Christine Lagarde a sifflé la fin de la récréation ! 

 

 

Après cela, il y eut un certain flottement. Barroso  a exprimé des doutes, le FMI qui se posait la question de la relance, même le Premier ministre néerlandais, Karl Rutte, pourtant ami d’Angela Merkel, demande que l’on change de cap. Et last but not least, en visite en Europe en avril, le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Jacob Lew, invite les Européens à donner du lest à l’austérité.

 

 

 

 

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 Jose Manuel Barroso fut-il saisi par le doute ? 

 

 

Mais tout de suite, c’est le rappel à l’ordre. Christine Lagarde avertit qu’il n’est pas question de relâcher l’effort budgétaire. Olli Rehn tape du poing sur la table et Barroso rentre dans les rangs.

 

L’idéologie tue les idées, car elles ne parviennent à s’exprimer. Ces dirigeants entre les mains de la haute finance ne veulent rien entendre. Ils ne se rendent pas compte qu’ils jettent l’Europe et une grande partie du monde dans la misère et qu’ils ouvrent un boulevard à l’aventure totalitaire.

 

Pourtant, des idées, il y en a. Et il faudra bien avoir le courage de les mettre sur la table.

 

Pierre Verhas

 

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 20:12

Le Président légal du Chili s’est donné la mort le 11 septembre 1973 pour ne pas tomber entre les mains des putschistes fascistes de Pinochet qui attaquaient la Moneda, le Palais présidentiel de Santiago de Chili.

 

La dernière entreprise socialiste démocratique était définitivement assassinée !

 

2013 : Perpétuons et faisons fructifier l’héritage de Salvador Allende !

 

Comité Allende 40

 

Sergio Rojas Fernandez         Monique Discalcius            Pierre Verhas

 

Compte : BE51 5230 8056 6962 de Comité Allende 40

pour financer les manifestations prévues en ce quarantième anniversaire.

 

 

 

Allende 40

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 09:53

  

 

Le CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde) et ATTAC France ont publié un communiqué commun demandant la mise en faillite de la bad bank Dexia qui fait l’objet d’une garantie de 87,5 milliards d’Euros des Etats français et belge. (Voir sur "Uranopole" : http://uranopole.over-blog.com/article-dexia-la-facture-n-arrive-qu-une-fois-112074726.html)   

 

Ces deux associations arguent à juste titre que la garantie ne doit plus courir dès lors que le créancier a pris des risques excessifs. Pour le CADTM et ATTAC, cette garantie des deux Etats à l’égard de Dexia est l’exemple type de « dette illégitime ». Rappelons que le CADTM appelle à juste titre à procéder à un audit de la dette publique, afin d’en séparer la partie illégitime (intérêts usuraires, dettes non justifiées voire indues, etc.) de la partie légale. Si on maintient cette garantie et que la France et surtout la Belgique recapitalisent régulièrement Dexia, il leur sera de plus en plus difficile de résorber la dette publique et cela justifiera de nouveaux trains de mesures antisociales.

 

Des jugements sont en attente en France et en Belgique sur cette question de la garantie de Dexia et des procédés scandaleux pratiqués par cette banque à l’égard de leurs clients comme les pouvoirs locaux et régionaux.

 

Une mise en faillite de la bad bank est indispensable : elle permettra d’éliminer une bête nuisible. Nous insistons cependant sur les conséquences sociales de cette mise en faillite pour le personnel. Il convient dès à présent de prévoir des indemnités substantielles de licenciement pour les travailleurs de Dexia.

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 DEXIA

                                            Dexia a assez nui ! Il est plus que temps d'en finir !

 

 

Le CADTM et ATTAC soutiennent les collectivités publiques en procès contre Dexia et exigent la mise en faillite de la « bad bank »

 

 
Dexia Crédit Local est un gouffre sans fond pour les finances publiques locales et nationales en Belgique et en France. Attac et le CADTM invitent les collectivités territoriales lésées par Dexia à suspendre le versement des intérêts, comme la loi les y autorise. Les États français et belge doivent annuler les 85 milliards d'euros de garanties consenties à Dexia et à ses créanciers : s'ils ont pris des risques excessifs, les créanciers doivent assumer leurs pertes, pas les contribuables !


Dexia Crédit Local (DCL) fait l'objet en France d'au moins 80 plaintes intentées par les collectivités locales. En cause, ses prêts « toxiques » reposant sur des indices plus spéculatifs les uns que les autres : la parité entre l’euro et le franc suisse, mais aussi le yen, le dollar, l’inflation, les indices de la courbe des swaps, jusqu’au cours du pétrole ! La banque a ainsi pu augmenter considérablement ses bénéfices tandis que les acteurs publics locaux (collectivités territoriales, hôpitaux publics) se trouvent aujourd'hui piégés par des taux d'intérêt dépassant souvent les 20 %.

Ces taux usuraires pourraient toutefois être réduits radicalement en cas de victoire des collectivités locales, à l'instar des trois jugements rendus le 8 février dernier par le tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre. Ce dernier a condamné Dexia à ne recevoir que le taux légal, soit 0,04% sur trois crédits contractés par le département de la Seine-Saint-Denis. Dexia vient de faire appel de ce jugement. Sans attendre l'issue de ce procès, tous les acteurs lésés par Dexia ont intérêt à suspendre unilatéralement et immédiatement la totalité des intérêts dus à Dexia, comme l'a fait la commune de Sassenage. En effet, le paiement des intérêts, considéré comme sérieusement contesté, ne constitue pas une dépense obligatoire comme l'a souligné la Chambre régionale des comptes d’Auvergne Rhône-Alpes dans un avis rendu le 31 mai 2012.

Sans occulter la responsabilité de certains élus politiques dans ces dettes toxiques illégales et illégitimes, le CADTM et ATTAC soutiennent les actions en justice intentées par les pouvoirs publics contre Dexia et les responsables de la débâcle en France et ailleurs comme en Belgique où plusieurs communes ont décidé de porter plainte contre les administrateurs du Holding communal de Dexia, qui était l'un des principaux actionnaires de la banque en Belgique. Le CADTM et ATTAC invitent les collectivités locales, les hôpitaux et les organismes de logement social impactés par les prêts toxiques à suspendre le paiement de leurs échéances et à attaquer en justice les banques qui leur ont fait souscrire ces prêts.

Il est temps de mettre fin à l'impunité des responsables du fiasco Dexia qui continue de plomber les finances de nos États et de mettre un terme aux sauvetages à répétition. Rappelons que Dexia a déjà été sauvée trois fois depuis 2008 grâce à l'argent public et que cela peut encore durer jusqu'en 2031 ! Car la Belgique, la France et le Luxembourg ont décidé de garantir les dettes de la bad bank de Dexia, dont fait partir DCL, pendant près de 20 ans pour un montant atteignant 85 milliards d'euros (sans compter les intérêts et les accessoires).

Autrement dit, si Dexia ne rembourse pas ses créanciers dont nous ne connaissons toujours pas l'identité malgré nos demandes répétées, ce sont les citoyens qui devront régler ses dettes. Cerise sur le gâteau : nos États se sont même engagés à renoncer à tout moyen de défense contre Dexia et ses créanciers en s'engageant à payer automatiquement même si ces dettes sont illégales, précise la Convention de garantie signée par les ministres des finances !

Cette convention et tous les autres engagements de nos États à garantir les emprunts de Dexia doivent donc être annulés. Rappelons qu'une action en justice pour l'annulation de la garantie accordée par la Belgique a été introduite par le CADTM, ATTAC et deux députées belges et est en cours d'examen par le Conseil d'État belge. Une fois ces engagements annulés, il est dans l'intérêt des citoyens de mettre la bad bank de Dexia en faillite afin de stopper ces sauvetages à répétition.

Le cas Dexia est un cas emblématique de dettes illégitimes léguées par les banques aux États ou, autrement dit, de socialisation des pertes. Ces sauvetages bancaires expliquent largement l'augmentation de la dette publique en Europe depuis ces cinq dernières années. Or, cette dette illégitime sert aujourd'hui de prétexte pour imposer des coupes budgétaires dans les secteurs sociaux et privatiser les services publics au détriment des populations qui ne sont pas responsables.

Ce n'est pas aux populations de payer la facture à travers les augmentations d'impôts injustes comme la TVA, les coupes budgétaires, les licenciements, le démantèlement du code du travail, les baisses de salaires, d'allocations de chômage, etc.

Pour refuser le paiement de ces dettes illégitimes et remettre en cause ces politiques d'austérité, la mobilisation autour de l'audit citoyen de la dette est plus que jamais nécessaire. L'audit permettra d'identifier toutes les dettes illégitimes mais aussi les créances odieuses sur les pays en développement et pousser à leur annulation.

À cette fin, le CADTM et ATTAC s'engagent à renforcer les comités d'audits citoyens de la dette existant notamment en France et en Belgique et appellent à en créer de nouveaux.

 

Attac France,

Paris, le 19 avril 2013

 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 23:41

La droite française a aussi sa novlangue « politiquement correcte », sa pensée unique.

 

 

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 10:50

Le bréviaire hebdomadaire de la pensée unique néolibérale en général et de la City londonienne en particulier vient encore de montrer son objectivité après les disparitions de Hugo Chavez et de Margaret Thatcher. De l’injure à la dévotion…

 

 

Presse économique

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 20:17

  

 

Dans le Journal du Dimanche du 13 janvier, voici ce que répond l’économiste et anthropologue belge Paul Jorion sur l’affaire Cahuzac, ses suites et ses conséquences.

 

Jorion dénonce la collusion entre le monde politique et les milieux financiers les plus véreux. Il alerte sur le fait que la troïka qui est le véritable gouvernement de l’Europe va chercher l’argent là où il y en a encore, dans les comptes bancaires de tout un chacun.

 

En effet, seulement 25 à 30 % des crédits sont tournés vers l’économie réelle. Donc, des masses considérables d’argent échappent à celle-ci et donc, à une très hypothétique reprise. Les Etats ont commencé par sauver les banques ruinées par la spéculation. Les contribuables ont supporté aussi bien la perte réelle, mais en plus paient les paris perdus des banques. Ces « paris perdus » représentent 80 % de la dette !

 

Enfin, cette crise profite évidemment aux riches qui ne sont guère prêts à aide à la résoudre. La concentration de capital entre les mains d’une petite minorité n’a sans doute jamais été aussi importante dans l’histoire. Et les politiques ne peuvent rien faire, les plus cyniques et cupides d’entre eux ramassant les miettes.

 

Pierre Verhas

 

 

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Paul Jorion a une vue lucide de la société d'aujourd'hui.

 

Extrait du JDD du 13 avril 2013 (propos recueillis par Laurent Vadiguié)

Que vous inspirent les réactions à l'affaire Cahuzac?


Il y a un certain nombre de choses que l'on savait déjà dans la façon dont le politique fonctionne. Dans ses grandes lignes, l'affaire Cahuzac ne nous apprend rien. Mais comme on est dans une période de crise, que l'on demande aux citoyens ordinaires de plus en plus d'efforts, le niveau de tolérance a baissé. Pour moi, le tournant, c'est Chypre. La troïka qui nous gouverne, la Banque centrale, le FMI et la Commission européenne, a préparé un plan dans lequel il est prévu d'aller chercher de l'argent là où il en reste, c'est-à-dire sur les comptes bancaires des simples citoyens ! Aujourd'hui, l'affaire Cahuzac ne peut pas passer. Cette situation me fait penser aux années trente en France.

C'est-à-dire?


C'est le même genre de période de crise, où l'on demande davantage de contributions aux gens et où on découvre que ceux qui pourraient contribuer le plus à l'effort collectif non seulement ne le font pas, mais parviennent à y échapper. En 1934, il y a eu l'affaire Stavisky, un scandale qui a montré les collusions entre les milieux financiers peu recommandables et les milieux politiques. Cahuzac, c'est la même chose… la collusion des milieux financiers offshore, de leurs montages dans des paradis fiscaux, avec le super-gendarme du fisc chargé de les contrôler.

La réponse de François Hollande est celle de la transparence. La trouvez-vous adaptée?


La transparence est une notion tout droit venue de la théorie économique. En économie, on est persuadé que si les acteurs sont transparents, la fixation des prix sur les marchés sera optimale. La transparence, c'est le vocabulaire de l'économie adapté à la politique. En politique, je ne suis pas sûr que le concept soit adapté. On n'a pas besoin de transparence, mais tout simplement d'honnêteté. Ce n'est pas davantage de transparence que réclament les gens. D'ailleurs personne n'aimerait vivre dans une maison de verre, tout le monde aspire à avoir une vie privée à l'abri des regards, et on ne demande pas cela aux politiques. On leur demande tout simplement de faire primer l'intérêt général sur les intérêts particuliers. Comme on a l'impression que ce n'est pas le cas, le divorce est profond. Il ne se voit pas seulement dans les courbes des sondages de popularité, mais surtout dans les taux d'abstention aux élections.

 

Quelle devrait être la réponse?


Il y aurait des mesures lourdes, de grandes réformes institutionnelles, à prendre simultanément. De façon générale, il faut pouvoir réinjecter dans l'économie réelle non seulement l'argent qui échappe à l'impôt via la fraude fiscale, mais aussi les 80 % de l'activité financière consacrés à la pure spéculation. Ce sont ces énormes masses de capitaux flottants, qui bougent d'un pays à un autre, simplement dans le but de spéculer sur les prix, qui dérèglent les économies. Simplement en France, seulement 25 à 30% des crédits bancaires sont tournés vers l'économie réelle, et le reste ce sont des crédits spéculatifs… Cela fait des masses gigantesques d'argent qui échappent au monde réel.

 

Quelles sont les différences avec la crise de 1929?


Il y a de nombreuses similitudes entre la situation actuelle et celle de 1929, mais il y a surtout une différence énorme. En 1929, les riches ont perdu beaucoup d'argent. Mais pas cette fois-ci. Lors de la crise de 2007, les systèmes financiers ont réussi à s'immuniser contre leurs propres pertes. De 2007 à 2011, les États sont intervenus pour régler les pertes de leurs banques! En acceptant de payer ces pertes, les États ont pris à leur charge 80% de dettes qui étaient en fait les paris perdus des financiers entre eux. Les contribuables ont donc supporté non seulement les pertes de l'économie, 20% des dettes seulement, mais aussi les paris perdus des financiers. En résumé, les riches n'ont rien perdu, contrairement à 1929. On sait même grâce à une étude de l'Insee que la concentration de richesses en France, depuis 2007, non seulement ne s'est pas ralentie mais s'est accélérée. Et c'est vrai pour tout l'Occident. En 2000, les 1% d'Américains les plus riches détenaient 32,8 % de la ­richesse nationale. En 2010, cela monte à 40%! C'est cela la grande spécificité de la crise actuelle. Non seulement elle ne touche pas les riches, mais elle leur profite…

Mais les régimes d'austérité frappent tout le monde…


Ces politiques aggravent encore plus le problème. Elles font baisser le pouvoir d'achat des moins nantis, en augmentant leurs impôts et, au nom de la compétitivité, en baissant leurs salaires! C'est absurde. Le pire, dans la situation actuelle, c'est le désarroi des dirigeants, que je perçois en discutant avec certains d'entre eux. Ils ont un discours sur "le cap à pendre", "la rigueur", mais ils n'y croient pas eux-mêmes. Ils ne savent plus ce qu'ils doivent faire… Ils semblent même avoir le sentiment déroutant qu'il n'y aurait plus de solutions.

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 23:02

Pour une raison technique, les illustrations n'ont pu être jointes à cet article. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous en excuser.

 

 

Depuis les « aveux » de Jérôme Cahuzac, on ne parle plus que de mensonges en politique et, ce, bien au-delà de l’Hexagone. « On » - c’est-à-dire François Hollande – exige la transparence, soi-disant pour montrer qu’on surveille ces vilains politiciens par trop sensibles aux sirènes de la finance internationale et des magots planqués dans des « paradis fiscaux ».  Les ministres et les parlementaires seront tenus d’étaler leur patrimoine sur la place publique afin de montrer combien ils sont dévoués à la cause publique. Même le président des Etats-Unis publie sa feuille d’impôts avec tous les détails de ses revenus. Barack Obama et sa charmante () épouse ont gagné l’équivalent de 606.611 Euros en 2012. « Pas de quoi faire les gros titres de la presse habituée à ce genre de chiffres. » écrit le Huffington Post. Mais aux USA, c’est entré dans les mœurs et le politicien qui fait la moindre tricherie là-dessus est immédiatement et irrémédiablement broyé.

 

En France, c’est la grosse bagarre sur cet étalage des avoirs des responsables politiques. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale – et pourtant considéré comme proche de Hollande – y est farouchement opposé craignant du « voyeurisme ». Jean-François Copé en profite pour tenter de se refaire une vertu après le cirque de la présidence de l’UMP, Jean-Luc Mélenchon demande à David Pujadas de France 2 qui l’interroge, de publier lui-même son patrimoine ! Belle cacophonie.

 

Pire que le mensonge, la tromperie

 

Nous dirons plutôt : belle tromperie ! On amuse la galerie avec cette affaire. Les politiciens paniquent : Les citoyens – électeurs vont-ils encore tolérer que ceux qui leur serrent la ceinture jusqu’à l’étouffement, aillent en toute quiétude faire fructifier leur très illégitime pactole dans de lointaines îles fiscalement et climatiquement paradisiaques ? Même Marine Le Pen, Notre Dame de l’immaculée moralité, est éclaboussée ! Et son digne papa a sans doute considéré l’existence de son compte en Suisse comme un détail de sa trouble histoire.

 

Tout cela est en définitive dérisoire, car les politiques ne disposent plus que d’un pouvoir très limité. Les décisions importantes en matière budgétaire leur sont imposées par l’Union européenne, par un Pacte budgétaire que les parlementaires ont bien dû voter. Et l’Union européenne a imposé cette politique, non par une décision politique commune, mais sous la pression des « marchés » et des banques. Même des adaptations budgétaires de moindre importance sont soumises à l’autorisation de la Commission européenne. Ainsi, en Belgique par exemple, sous la pression des Socialistes, « l’effort » d’austérité a été quelque peu relâché uniquement grâce à l’autorisation de la Commission européenne.

 

La classe politique n’a rien fait pour enrayer cette évolution. D’abord, par les privatisations, ensuite par les accords du GATT qui ont mis en place l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) qui impose le libre échange dans tous les secteurs de l’économie, et puis par la financiarisation de l’économie via la dérégulation et enfin par le transfert de souveraineté vers des organes supranationaux non démocratiques, la classe politique s’est volontairement mise hors jeu.

 

TINA a tué la gauche de gouvernement.

 

Que s’est-il passé ? Un homme politique belge un peu plus lucide et cynique que les autres a dit un jour : « On fait de la politique pour l’argent ou pour le pouvoir ». Le pouvoir n’est donné qu’à ceux qui s’en montrent capables, mais bon nombre furent attirés par l’argent. Et ce phénomène de « financiarisation » de la classe politique que la droite, vu sa nature de parti de la classe dominante, intègre plus ou moins aisément, affaiblit considérablement la gauche.

 

Voici l’analyse qu’en fait pour Mediapart l’historien Christophe Prochasson, se référant à l’affaire Panama qui fit scandale en France dans les années 1880 : « C’est une nouvelle classe sociale qui accède aux commandes et fréquente des milieux d’affaires dont elle était à distance jusque-là, ce qui multiplie les risques de compromissions et de conflits d’intérêts.

 

La situation me semble analogue dans les années 1980, qui accroît les liaisons dangereuses. Une classe sociale qu’on pourrait définir comme la petite bourgeoisie, notamment intellectuelle, se trouve mise en relation avec des classes sociales plus élevées, qu’elle ne fréquentait guère jusque-là, par les places qu’elle exerce désormais dans l’État : des rencontres se font, des amitiés se nouent, des mariages sont contractés… On peut penser à Pierre Bérégovoy, cheminot qui, en devenant ministre, se trouve amené à fréquenter certains milieux financiers, et notamment des personnes qui lui octroieront un petit prêt lui permettant d’acheter son appartement.

 

Cette dimension sociologique n’excuse pas les dérives morales liées à l’argent, mais permet de comprendre comment elle a pu se produire. La gauche, quand elle parvient au pouvoir, a plus de mal à rester sur des engagements et des conduites qu’elle était « obligée » de respecter lorsqu’elle demeurait dans l’opposition, et que les tentations étaient moins présentes. L’exercice du pouvoir est périlleux en démocratie, parce que la démocratie est fondée sur une négociation permanente avec l’ensemble de la société, ce qui conduit à rencontrer des gens qui sont menaçants en termes éthiques. C’est parce qu’elle n’a jamais exercé le pouvoir que l’extrême gauche se trouve indemne. »

 

Si ce tournant eut lieu dans la décennie 1980-90, il est lié à l’offensive ultralibérale qui commença à attaquer les places fortes de l’Etat social. Et les personnels politiques de gauche n’étaient pour la plupart guère préparés à ce phénomène, d’autres – plus subtils – l’intégrèrent avec l’illusion de pouvoir sinon l’enrayer, du moins l’adapter à cet Etat social. Enfin, sentant l’évolution inéluctable de la société – le fameux « TINA » (2) de feu Margaret Thatcher – certains décidèrent d’en profiter pour eux-mêmes et pour leur clan.

 

Ainsi, les partis politiques de la gauche de pouvoir se muèrent en champs clos de luttes de clans qui prirent dans certains cas un tour sanguinaire. C’est particulièrement vrai pour les PS français et belge qui étaient à l’époque les seuls d’Europe à ne pas se proclamer sociaux-démocrates, c’est-à-dire « libéraux sociaux ».

 

D’ailleurs, les scandales politico-financiers se multiplièrent dès les années 1980 et touchèrent aussi bien la gauche que la droite. Cependant, étant donné la contradiction entre la pensée, l’éthique et les engagements de la gauche, et son exercice du pouvoir, ces « affaires » la flétrissent bien plus que la droite représentant la classe dirigeante et coutumière de certaines dérives.

 

Et en dehors de cet aspect, une des faiblesses majeures de la gauche de gouvernement est petit à petit de ne plus représenter la classe laborieuse issue de la classe ouvrière et des classes moyennes. La désindustrialisation provoquée par la mondialisation néolibérale a effrité la classe ouvrière et la disparité de plus en plus grande des revenus provoque la disparition de la classe moyenne. On s’oriente de plus en plus vers une société duale avec une masse précarisée vivant de l’assistance, de « petits boulots », de travail noir et une petite élite concentrant entre ses mains la quasi-totalité des richesses mondiales.

 

 

Le changement c’est maintenant ? Une coquille vide !

 

 

La gauche de gouvernement est incapable d’opérer un quelconque changement. Le fameux slogan de campagne de François Hollande « Le changement, c’est maintenant » s’est vite avéré être une coquille vide. D’ailleurs, on peut se poser la question : cette gauche souhaite-t-elle réellement un changement de cap ?

 

Comme l’écrit l’économiste Frédéric Lordon dans sa rubrique du « Monde diplomatique », « la pompe à phynance », ce 12 avril 2013 : « Sauf vocation à épouser l’Europe libérale, la raison en cercle et le socialisme de gouvernement jusqu’au bout de l’austérité, à l’image de Libération par exemple, c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes — objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur.

 

Sans vouloir empiler les paradoxes, il se pourrait pourtant que cette continuité-là recouvre un « changement qui est maintenant », bien réel celui-là, un changement non pas d’orientation de la politique publique — puisque de ce point de vue, c’est bien le même qui prolonge le même ! —, mais un changement plus profond et plus lourd, qui précisément rend possible que la « gauche » poursuive la politique de la droite à ce point d’indistinction : un changement d’alliance de classes. Sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis « moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital. »

 

Alors, y a-t-il un espoir politique ?

 

L’extrême-gauche est divisée et incapable de s’organiser et de s’imposer autrement que par la violence. L’exemple belge du PTB (Parti du Travail de Belgique) est emblématique. D’origine maoïste, ayant toujours essayé de s’intégrer dans le mouvement syndical et parfois même dans un syndicalisme critique, il a réussi à devenir représentatif dans des « fiefs » traditionnellement socialistes, comme le bassin sidérurgiste liégeois, en faisant élire des conseillers communaux () et dans la banlieue anversoise, il a réussi sous le nom de PvdA à faire désigner un échevin (). Dans le système électoral proportionnel belge, il rogne dangereusement sur l’électorat du PS et du SPa (PS flamand) qui pourraient ainsi perdre un ou deux sièges au profit de… la droite. Ces deux partis paient leur passivité dans l’affaire Arcelor Mittal et leur ambigüité dans leur attitude sur la question des populations issues de l’immigration.

 

Mais, le PTB – PvdA n’est pas clair quant à son renoncement au maoïsme et ses rapports qu’il entretient avec la dictature « communiste-capitaliste » chinoise.  En France, les rodomontades et les incohérences de Mélenchon le décrédibilisent.

 

Les écologistes belges comme français, quant à eux, restent enfermés dans leurs contradictions et dans leurs divisions. Leur participation au gouvernement est désastreuse et fleure un amateurisme dont ils ne parviennent pas à se débarrasser.

 

 

L’espoir viendra d’ailleurs. Sans doute du mouvement des « Indignés » ou « d’Occupy Wall Street », certes pleins de contradictions, mais où l’on sent une énergie et une intelligente volonté de changement réel. Dans les pays du Tiers-monde, les choses évoluent aussi. Dans plusieurs pays arabes, les « printemps » se désislamisent peu à peu pour se transformer en mouvements de revendications laïques et aussi sociales, comme en Egypte et en Tunisie. En Amérique latine, la révolution bolivarienne semble se consolider en dépit d’erreurs importantes. En Chine, le syndicalisme prend petit à petit de l’ampleur et oblige le pouvoir central à faire des concessions, certes minimes, mais réelles, notamment dans les salaires. Et les exemples de ce genre sont légion.

 

 

Le néolibéralisme : cela ne marche pas !

 

 

Utopique ?

 

 

Pas tellement. Le système néolibéral, en réalité, ne fonctionne pas. Il entrave l’économie. Un des plus importants indicateurs, la vitesse de circulation de la monnaie – paradoxalement fort peu utilisé – montre la fragilité de ce système qui a réussi à s’imposer dans le monde depuis 1980. Tout étudiant en première année d’économie ou de sciences politiques connaît la fameuse formule de Fisher :

 

MV = PT

 

où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation, P l’indice des prix et T le nombre de transactions.

 

Par la financiarisation, les banques centrales – avant tout la Fed étatsunienne et la BCE européenne – augmentent considérablement la masse monétaire. Le nombre de transactions est en nette diminution avec la crise et les prix en forte augmentation. Dès lors, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la vitesse de circulation de la monnaie diminue. Selon plusieurs sources, elle n’a jamais été aussi faible depuis 57 ans !

 

Si le facteur V est faible, cela signifie que l’économie fonctionne mal. Sur le plan industriel, on procède de la même manière. On provoque la surproduction,  on compresse les coûts de production – essentiellement les salaires par les mesures antisociales et les délocalisations – mais il reste des postes de prix de revient incompressibles, comme ceux de l’énergie. Résultat : les produits se vendent mal, ce qui n’empêche pas une inflation de plus en plus grande.

 

La seule solution financière se trouvera dans une réforme monétaire où l’on redéfinira le rôle de la monnaie dont la valeur doit être basée sur celle de la production et de la vente des biens et des services.

 

La seule solution économique se trouvera dans un changement radical de nos modes de production  et de consommation. La politique de l’offre néolibérale a montré ses dramatiques limites. La surproduction est source de misère, de graves dégâts sur l’environnement et est antiéconomique.

 

Un autre mode de vie est indispensable. Nous aurons l’occasion d’y revenir. C’est à une réelle révolution culturelle qu’il faudra nous atteler. Il faudra, si l’on veut vivre mieux, connaître un réel progrès, mieux partager les ressources se remémorer le vieux mot d’ordre de Karl Marx : « A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités ».

 

 

Pierre Verhas

 


L’expression« charmante épouse » n’est pas du tout ironique, ici.

TINA : there is no alternative

« Conseiller communal » est l’équivalent belge de « conseiller municipal ».

« Echevin » est l’équivalent belge de « maire-adjoint ».

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