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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 22:19

 

Réflexion d’Edgar Morin

 

Le sociologue nonagénaire n’a pas perdu son acerbe sens critique. Dans un débat avec Jean Daniel paru dans le numéro de l’Obs du 22 octobre, il décrit le vrai clivage de la société en France, qui est aussi celui qui sévit dans l’ensemble de l’Europe.

Edgar Morin toujours aussi acerbe

Edgar Morin toujours aussi acerbe

 

 

E.M. - Quand on pense à la manière dont les sans-papiers avaient malgré tout été soutenus non seulement par des intellectuels, mais par toute une partie de la population, l'évolution est frappante. A mon avis, elle est liée à la régression profonde du présent. Nous assistons à une vichysation rampante, qui n'est évidemment pas née de rien. Il y a TOUJOURS eu deux France qui se sont combattues, dès l'affaire Dreyfus, la loi Combes, la laïcité. La France républicaine l'avait emporté. La deuxième France, qui était à l'époque monarchiste, aristocratique, ultraréactionnaire, est restée en partie raciste, farouchement nationaliste. Et dans la crise profonde, à la fois économique, de civilisation, je dirais même "anthropologique", c'est celle-ci qui progresse, alors qu'il y a dépérissement du peuple de gauche. Et il n'est pas étonnant de voir certains intellectuels, aujourd'hui, changer de credo.

 

Nul acquis n'est irréversible, y-compris la démocratie.

 

Et ce qui ne se régénère pas dégénère. Ce ne sont ni les vitupérations, ni les imprécations, ni les dénonciations permanentes qui peuvent agir contre le Front National. Tant qu'on n'aura pas formulé une voie nouvelle, une nouvelle espérance, il sera irrésistible.

 

Le PS et le FN

 

Justement dans cette redoutable perspective, quelle réponse apporte le PS français appelé aussi le parti « solferinien » du nom de la rue où se trouve son siège à Paris ?

 

Les pontes de Solferino redoutent avec raison la Bérézina. Ils pourraient perdre toutes les régions qu’ils dirigent au profit du… Front national !

 

Pour ces messieurs dames, une défaite aux régionales signifierait la fin du pouvoir à court terme. Et là, ce serait la catastrophe ! En effet, il n’est pas question de faire quelque-chose du pouvoir, mais d’avoir le pouvoir. Alors, on est prêt à toutes les compromissions.

 

Aussi, que fera le PS qui prévoit une défaite cuisante ?

 

Sera-ce le Front républicain : c’est-à-dire se désister au deuxième tour en faveur du candidat centriste ou sarkozyste, ou même fusionner avec lui ?

 

Sera-ce le maintien du candidat socialiste au deuxième tour contre la droite « démocratique » au risque de faire élire un FN ? Ou encore appeler à l’abstention avec le même risque ?

 

Manifestement, les édiles « socialistes » sont divisés à ce sujet.

 

On peut se poser la question : Hollande usera-t-il de la même stratégie que son prédécesseur, François Mitterrand ? Feu le président socialiste avait restauré la proportionnelle en 1986 pour affaiblir la droite au profit du FN, afin d’être plus fort lors de la cohabitation.

 

Le jeu serait encore plus dangereux, car on s’aperçoit que dans plusieurs régions, la droite « démocratique » est fort proche du Front national. Il arrive que des candidats FN passent chez les « Républicains » et l’inverse. En PACA, le choix de l’électeur sera Estrosi ou Marion Maréchal (nous voilà !) Le Pen. On se demande quelle est la différence entre le vieux droitier et la blonde facho…

 

Marion Maréchel (nous voilà !) Le Pen : il n'y a pas beaucoup de différences avec son concurrent Estrosi.

Marion Maréchel (nous voilà !) Le Pen : il n'y a pas beaucoup de différences avec son concurrent Estrosi.

 

Manuel Valls a beau hurler : « Nous ne laisserons pas une seule région au FN ! » Il n’est plus maître du jeu.

 

Cela dit, l’électorat du FN représente jusqu'à présent un maximum de 18 %. Dès lors, il y a peu de chance qu’il puisse emporter une région, même là où il est fort comme dans le Nord Pas de Calais ou en PACA.

 

Le vrai danger se trouve dans l’ultra-droitisation des candidats LR. Sarkozy a poussé à cela au lieu de chercher au centre. Il est vrai qu’il traîne tellement de casseroles qu’il doit absolument engranger une victoire s’il veut que sa carrière politique ne passe pas par la case prison.

 

Quant au PS, sa déliquescence est inéluctable. Il y a trois ans, le journaliste Jean-François Kahn a proposé la dissolution du PS. Pour que la gauche ait un avenir en France, il a sans doute raison.

 

Vous allez voter pour Hillary ?

 

Déjà, la gauche libérale et la droite bobo européennes se mobilisent pour souhaiter ardemment l’élection d’Hillary Clinton à la présidence des Etats-Unis.

 

Hillary Clinton à la sortie de l'Elysée, montrait bien à Hollande qu'elle est la patronne !

Hillary Clinton à la sortie de l'Elysée, montrait bien à Hollande qu'elle est la patronne !

 

Une femme à la tête de la « plus grande démocratie du monde » après un Noir, quel progrès ! Oui mais, quelle femme ?

 

Une journaliste américaine, Diana Johnstone, vient de publier un ouvrage intitulé « Hillary Clinton : la reine du chaos » (éd. Delga, Paris, 2015). Elle a présenté son livre à la radio RT France. Voici un extrait de son interview. A lire ceci, l’avenir n’est pas rose si Madame Clinton se retrouve à la Maison Blanche en novembre 2016.

Diana Johnstone pousse son analyse jusqu'au bout.

Diana Johnstone pousse son analyse jusqu'au bout.

 

RT France : Dans votre livre, vous étudiez plusieurs interventions américaines dont les guerres en Irak et en Libye. A quel point le scénario syrien ressemble-t-il aux autres guerres menées par les Etats-Unis ?

 

Diana Johnstone : Depuis la guerre du Kosovo contre la Serbie en 1999, on voit des variations du même scénario : en Irak, en Libye et maintenant en Syrie. Sous un prétexte ou un autre, les faiseurs d’opinion occidentaux proclament un état d’urgence dans le pays ciblé, dû aux agissements d’un «dictateur» qui «doit partir». En Syrie, comme en Libye et au Kosovo, l’OTAN soutient militairement un groupe de rebelles sans trop se préoccuper de ses antécédents criminels ou de ses objectifs réels, en présentant ses membres comme des «victimes» qui souhaitent installer «la démocratie». Après des bombardements humanitaires, le pays ainsi «sauvé» sombre dans le chaos.

 

RT France : Est-ce une guerre gagnée pour les Etats-Unis ?

 

D.J. : La caractéristique principale de ces guerres menées par les Etats-Unis est qu’elles ne sont ni gagnées ni perdues, dans le sens que l’on atteint jamais «la démocratie» proclamée comme objectif. On casse une société, produisant un désordre ingérable dont l’un des résultats est de provoquer des flots de réfugiés qui déferlent aujourd’hui sur l’Europe. C’est vrai, même pour la première guerre de la série. Sait-on que le deuxième plus grand nombre de demandeurs d’asile en Europe depuis des mois sont les Albanais du Kosovo, qui fuient leur pays «libéré» par l’OTAN ?

 

RT France : Quel est donc l’objectif de ces guerres ?

 

D.J. : Le véritable objectif de ces guerres n’est que négatif. Il ne s’agit pas de créer des démocraties et de défendre les droits de l’homme, mais de détruire un pays qui ne correspondrait pas aux impératifs de l’hégémonie américaine.

 

En 2003, la France a eu le courage, applaudie par la plupart des pays du monde, de refuser la guerre américaine qui a détruit l’Irak, guerre qui a fait le lit du soi-disant «Etat Islamique». Malheureusement, la campagne américaine de dénigrement de la France semble avoir terrifié Paris et incité les dirigeants qui ont succédé à Chirac à rentrer dans le rang.

 

RT France : Le désaccord entre la Russie et les Etats-Unis sur le dossier syrien dure depuis déjà plus de trois ans. Pourquoi est-ce que la position russe de soutenir el-Assad au nom de la lutte contre l’EI n’est pas prise en considération par l’Occident ? Est-ce que les Etats-Unis et la Russie peuvent trouver à un consensus ?

 

D.J. : L’accord sur les armes chimiques syriennes a donné la preuve que la coopération entre les Etats-Unis et la Russie pourrait bien fonctionner, et qu’elle pourrait être la base d’un accord pour sauver la Syrie du chaos qui la détruit. C’est pour cela que le «Parti de la Guerre» à Washington a tout de suite mis le paquet pour diaboliser Vladimir Poutine et bloquer le chemin de la paix. Si j’ai écrit un livre sur Hillary Clinton, c’est parce qu’elle est la candidate préférée de ce Parti de la Guerre qui traverse les partis politiques Démocrate et Républicain et qui dirige en coulisses la politique étrangère américaine. Là où le Président Obama hésite parfois, Hillary Clinton se montre empressée, par exemple pour armer les rebelles syriens soi-disant «modérés» contre el-Assad. Aux Etats-Unis, on commence à reconnaître à quel point cette femme est dangereuse, mais en France, on ne le comprend pas du tout. Mon livre l’explique.

 

RT France : Vous avez également écrit que les Etats-Unis exploitent la nostalgie anti-communiste et antirusse présentant Vladimir Poutine comme la «dernière incarnation du mal». Est-ce que cela fonctionne toujours ?

 

D.J. : C’est moins une nostalgie qu’une habitude. On voit maintenant que le communisme a largement servi de prétexte pour être hostile à Moscou durant la Guerre froide. Le complexe militaro-industriel, dont je décris le rôle fondamental, a besoin d’ennemis pour se justifier. Il ne suffit pas de détruire de temps à autre un petit pays, il faut un adversaire de taille pour justifier les budgets faramineux du Pentagone. Puis, il y a l’objectif stratégique défini par Zbigniew Brzezinski, de tenir séparées la Russie et l’Europe occidentale, pour mieux dominer les deux.

 

RT France : Est-ce que cela profite aux Etats-Unis ?

 

D.J. : Demander si cela profite aux Etats-Unis suppose que la politique étrangère soit plus rationnelle qu’elle ne l’est. Regardez un peu le Congrès des Etats-Unis, où l’ignorance dispute la mauvaise foi. Le pouvoir de l’argent a corrompu le système politique américain, et notamment sa capacité à penser. Malheureusement, les Européens semblent toujours croire qu’il y a un bon pilote dans l’avion.

 

RT France : Selon vous Hilary Clinton personnifie «l’orgueil et l’exceptionnalisme américains». En quoi est-ce que c’est mal ?

 

D.J. : Tous les pays sont exceptionnels, et je voudrais qu’ils le restent dans un monde riche de diversité, au lieu d’être obligés de se calquer sur un seul modèle, tel que l’impose la globalisation à l’américaine. Mais l’exceptionnalisme américain est très spécial, car il ne se borne pas à la célébration des qualités du pays, qui sont réelles, mais aspire à faire la loi dans le monde entier. Il s’agit de l’idée selon laquelle les Etats-Unis sont le centre de vertu dans le monde, d’origine peut-être divine, et qui sont donc appelés à répandre cette vertu sur la planète, non pas par l’exemple, ce qui serait intéressant, mais par les armes. Cette conviction leur permet de ne voir les millions de morts, de blessés, de vies ruinées résultant de leurs guerres que comme des accidents regrettables d’une entreprise innocente et bien intentionnée. Et cet orgueil est accompagné par une peur maladive de «l’autre», que ce soient les «communistes», ou les «terroristes», vus comme les forces du Mal vouées à la destruction du centre du Bien. En cela, les Etats-Unis ressemblent beaucoup à leur protégé Israël. En passant, la candidature de Hillary Clinton est soutenue par le milliardaire israélien Haim Saban qui déclare sans gêne qu’il mettra autant de dollars qu’il le faut pour la faire élire à la présidence.

 

RT France : Est-elle capable de remporter l’élection présidentielle ?

 

D.J. : Elle est non seulement capable de remporter l’élection présidentielle de 2016, mais, depuis des mois elle est donnée comme la gagnante sûre et certaine. Sa campagne est très bien financée, ce qui compte avant tout dans les élections américaines. Le parti républicain en face n’offre qu’un spectacle pathétique de clowns minables. Son seul challenger démocrate jusqu’à présent, le vieux Sénateur du Vermont, Bernie Sanders, était peu connu et est considéré comme trop à gauche pour être pris au sérieux. Mais on vit dans un monde changeant et tout peut changer.

 

Museler les organisations syndicales ?

 

La dernière journée de mobilisation du Front commun syndical en Belgique a donné lieu à des incidents, somme toute, assez courants. L’autoroute à Liège a été bloquée et il y a eu des dégâts. Le gouvernement nationaliste libéral de Charles Michel a poussé des cris d’orfraie. Les syndicats sont devenus le principal danger pour la démocratie en Belgique !

 

L'autorute E40 près de Liège a été bloquée par des syndicalistes de la FGTB lors de la journée d'action du 19 octobre.

L'autorute E40 près de Liège a été bloquée par des syndicalistes de la FGTB lors de la journée d'action du 19 octobre.

 

Tout d’abord, un hôpital a déposé plainte contre les militants syndicalistes qui ont bloqué l’autoroute pour avoir empêché un chirurgien d’arriver à temps pour opérer une patiente. Cette journée d’action était annoncée. La direction de cet établissement aurait pu prévoir un renforcement de son équipe médicale ! Elle fait porter la responsabilité de ses carences sur les grévistes.

 

Il est clair que l’on veut faire porter le chapeau de ce drame à la FGTB. De là à ce que l’on dise qu’il s’agit d’une organisation criminelle, il n’y a qu’un pas que d’aucuns sont prêts à franchir.

 

Le comble, ce fut la leader socialiste bruxelloise Laurette Onkelinx qui fustigea le comportement des syndicalistes ! L’image du PS devient de plus en plus floue !

 

Alors, on revient avec de vieux projets. Les libéraux francophones du MR ont déposé une proposition de loi garantissant la « liberté du travail » qui consiste en réalité à interdire les piquets de grève. Autrement dit, si ce texte est adopté, il n’y aura plus de grève !

 

Plus fort, les nationalistes flamands de la NV-A proposent eux que les syndicats aient obligatoirement la personnalité juridique. Cela signifie que les syndicats seront soumis à un contrôle étatique et que les fonds de grève seront fiscalisés. C’est là aussi la fin du droit de grève et... de la liberté d'association !

 

Derrière cela, se trouve le patronat le plus agressif du VOKA, grand soutien de la NV-A.

 

De là à ce que ces nostalgiques réintroduisent le corporatisme…

 

Jan Jambon aime marquer !

 

Le ministre de l’Intérieur belge, le nationaliste flamand NV-A, Jan Jambon propose que les réfugiés portent un badge lorsqu’ils se déplacent sur la voie publique. Marqués comme du bétail, les migrants !

 

Jan Jambon montre son vrai visage : la répression et la discrimination comme au bon vieux temps...

Jan Jambon montre son vrai visage : la répression et la discrimination comme au bon vieux temps...

 

Cela ne vous rappelle rien ? L’étoile jaune pendant l’occupation, par exemple ?

 

Si cette mesure est adoptée, dorénavant, la Belgique aura réinstauré la discrimination selon les origines. Qui a dit que le libéralisme est démocratique ?

 

La fin de Schengen

 

La Hongrie avait déjà construit sa « barrière » à sa frontière avec la Serbie pour « contrôler » le flux des réfugiés. Cela ne menaçait pas les accords de Schengen qui assurent la liberté de circulation des personnes dans l’espace éponyme, puisque la Serbie ne fait pas partie de l’Union européenne et n’a pas signé les accords en question.

 

Voici l’Autriche qui construit une barrière à sa frontière avec la Slovénie. Là, c’est autre chose ! Les deux pays sont membres de l’Union européennes et signataires des accords Schengen.

 

Si le Conseil et la Commission laissent faire cela. C’est la fin de Schengen. On rétablira le contrôle aux frontières. Belle régression !

 

Mais, rassurez-vous, la libre circulation des capitaux n’est pas concernée !

 

 

Pierre Verhas

 

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 09:29

 

Bernard Gensane

22 octobre 2015

 

Décidément, notre ami Bernard Gensane est en forme ! Après avoir publié qur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com) un billet sur Peter Sutherland, voici qu’il livre aujourd’hui une analyse sur le mot « ouvrier » qui disparaît (volontairement ?) du vocabulaire courant. On le remplace, entre autres, par « collaborateur ». Autant « ouvrier » est chargé de dignité, autant « collaborateur » rappelle les pires souvenirs et est mensonger : un collaborateur est l’égal du « collaborant ». Ce qui n’est évidemment pas le cas dans une entreprise où le patron est le seul maître après le dieu Banque. Et puis, il y aussi l'expression «collaboration de classe» qui a aussi une connotation péjorative, celle de trahison.

 

Bernard est linguiste et donc, il étudie l’étymologie de ce beau mot et fait une analyse comparée de son sens dans les autres langues.

 

Bien sûr, cette petite étude vaut pour la France, mais on peut être convaincu qu’elle est valable pour la Belgique. Ici, on distingue les ouvriers et les employés comme « travailleurs manuels et intellectuels ».

 

Le régime social des deux catégories n’est pas identique, mais ces différences ont tendance à s’estomper. Ainsi, le patronat a obtenu d’aligner les préavis de licenciement des employés sur ceux moins avantageux des ouvriers. Mais l’essentiel n’est pas là.

 

La fermeture de nombreuses industries en Europe, la mécanisation de l’agriculture, les « nouvelles technologies » font disparaître de nombreux métiers. C’est toute une culture qui meurt. Et cette culture est avant tout portée par les ouvriers, par la classe ouvrière.

 

La « classe ouvrière » ! Quelle expression ringarde ! C’est de l’archéo-marxisme doublé de stalinisme, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est cette classe ouvrière qui a marqué l’histoire du XXe siècle en Europe et aux Etats-Unis et qui marquera sans doute celle du XXIe siècle dans l’ensemble du Tiers-monde. Nous évoquerons bientôt l’épouvantable condition ouvrière dans les usines chinoises fabriquant des composants électroniques pour les grandes transnationales du secteur (Apple, Microsoft, Nokia, Sony, Amazon, etc.).

 

L’ouvrier n’est pas mort. Et, comme l’écrivaient il y a plus d’un siècle les philosophes socialistes, l’ouvrier est porteur d’avenir. Il détient l’avenir du monde, car il possède, lui seul, les moyens de lutter contre les nouvelles et terribles entreprises d’exploitation de l’homme par l’homme qui utilisent comme armes les nouvelles technologies.

 

L’outil a changé. L’objectif reste identique.

 

 

Pierre Verhas

 

N'oublions pas le rôle essentiel des femmes dans la lutte pour une condition ouvrière digne de ce nom.

N'oublions pas le rôle essentiel des femmes dans la lutte pour une condition ouvrière digne de ce nom.

 

Depuis combien d’années n’ai-je pas entendu quelqu’un me dire : « je suis ouvrier », « nous, les ouvriers », « la classe ouvrière », « en tant que fils d’ouvrier » ? En revanche, les « assistants », les « collaborateurs », les « techniciens » (surtout « techniciennes ») de surface, les « agents » pullulent.

 

Le mot « ouvrier » vient du latin operarius, celui qui fait, qui travaille avec ses mains. Dès le XIIe siècle, le mot possède la valeur qu’il a aujourd’hui et qu’il conservera pendant des siècles : « personne louant ses services moyennant un salaire et effectuant un travail manuel ». En anglais, le mot work vient d’un vocable de l’indo-européen puis du proto-germanique signifiant « œuvre, travail ». En allemand, arbeit (le travail, arbeiter = travailleur) vient du proto germanique arbaidiz signifiant « labeur » ou « souffrance ». Au moyen âge, la société connaît trois ordres : ceux qui prient (les oratores), ceux qui se battent (les bellatores) et ceux qui travaillent (les laboratores). Le verbe latin laborare signifie à la fois labourer et travailler. Pour 90% de la population active, le labeur se confond avec le labour. Jusqu’au XVIIIe siècle, ouvrier est synonyme d’artisan, voire d’artiste. Avec la Révolution industrielle apparaissent ouvrier agricole, ouvrier d’usine. L’expression jour ouvrier (XVe siècle) deviendra jour ouvré (XVIIe siècle). Ouvrier peut être utilisé comme adjectif, comme dans l’expression cheville ouvrière (articulation centrale, par extension élément clé d’un ensemble). On connaît également les abeilles ouvrières, et bien sûr la classe ouvrière, dénommée également prolétariat.

 

La définition aujourd’hui la plus communément admise du mot « ouvrier » est « une personne qui loue ses services dans le cadre d’un travail artisanal, industriel ou agricole en échange d’un salaire. Cette définition restreint le statut du salariat au travail manuel. Elle exclut donc les employés de bureau et, semble-t-il, les caissières de supermarché. En France, l’effectif ouvrier a atteint son maximum vers 1970 (40% des emplois), époque de forte mobilisation quand le duo infernal Pompidou/Marcellin avait fort à faire. Nous en sommes aujourd’hui à environ 24%.

 

On peut se demander si ne pas se qualifier d’ouvrier signifie intérioriser une construction sociale des professions. Être un ouvrier revient-il à se dévaloriser ? En particulier dans une société où les divers modes d’expression de la classe ouvrière, les syndicats en particulier, deviennent de moins en moins audibles, quand ils ne jouent pas carrément le jeu de la collaboration de classe.

 

La reproduction sociale, repérée dès le début des années soixante, est de plus en plus forte, ce qui pousse de nombreux jeunes issus de la classe ouvrière à opter pour une autre représentation d’eux-mêmes. Dans ce cas, ces jeunes sont, comme disait Bourdieu, vus par « les yeux des autres ».

 

La puissance du parti communiste étant devenu dérisoire, la parole ouvrière autonome est devenue inaudible. Pour ce qui est du journal L’Humanité, la mention du lien avec le parti a été supprimée en 1999. Le quotidien est soutenu financièrement par TF1 et Lagardère.

 

Depuis quarante ans, l’Assemblée nationale compte entre zéro et deux ouvriers dans ses rangs.

 

25% des ouvriers ont moins de trente ans. Un ouvrier sur deux travaille dans le secteur tertiaire. Les gros bataillons des grandes entreprises industrielles ont disparu. Le mirage de l’appartenance aux « classes moyennes » (concept anglo-saxon) est de plus en plus tentant. Mais rêver d’échapper au prolétariat parce qu’on est titulaire d’un Bac Pro et enfiler les petits bouleaux et les CDD nourrit une forme durable de schizophrénie.

 

 

Bernard Gensane

 

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 21:50

 

Bernard GENSANE

20 octobre 2015

 

Notre ami Bernard Gensane vient de publier sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/) et sur le blog « Le Grand Soir » un excellent billet sur un personnage méconnu et pourtant un des plus puissants d’Europe : Peter Sutherland.

 

Il décrit le parcours de cet homme d’origine irlandaise qui a une influence considérable sur la politique de l’Union européenne qui s’inscrit dans le cadre de la mondialisation néolibérale.

 

Un petit bémol, cependant : Bernard conclut en pensant qu’il faut conserver l’homogénéité interne des nations européennes. En cela, nous sommes en désaccord. La seule réponse à la mondialisation néolibérale est une alternative mondiale elle aussi. On combat l’ennemi à son échelle et il est illusoire de penser qu’on pourra le vaincre en rétablissant l’Etat nation d’antan.

 

Et il n’y a pas que moi qui le pense. Sylvain Laurens écrit en conclusion de son excellent ouvrage Les courtiers du capitalisme Milieux d’affaires et bureaucrates à Bruxelles (Marseille, éd. Agone, 2015) écrit : « Seule une entreprise politique plurinationale et se donnant pour objet la remise en cause de la structure même du champ de l’eurocratie pourrait défaire ce qui a été agencé au fil des décennies. » Et cette stratégie n’empêche nullement la préservation et l’illustration de notre culture qui s’enrichit aussi de celle de l’Autre.

 

Pierre Verhas

 

Peter Sutherland un des hommes les plus influents dans le monde

Peter Sutherland un des hommes les plus influents dans le monde

 

Il est l’un des hommes les plus influents de l’Union européenne. À côté de lui, Hollande, c’est du pipi de chat. Il est proche de la retraite, mais gageons qu’il sera remplacé par un clone aussi dingue que lui de la mondialisation libérale, du capitalisme financier le plus débridé. Selon lui, ne pas accepter cette mondialisation est une stupidité politique et économique, et aussi « une attitude moralement indéfendable ».

 

Comme tout bon dirigeant « européen » de haut niveau qui se respecte (voir Mario Draghi, Mario Monti, Lucas Papademos), Sutherlan a passé vingt ans à la tête de la banque Goldman Sachs. Là, comme dans les instances européennes, il a œuvré, dans la discrétion ou en pleine lumière, au profit de l’oligarchie capitaliste mondiale. Lire à ce sujet La Banque : Comment Goldman Sachs dirige le monde de Marc Roche.

 

À l’origine, Sutherland est avocat. Dans son pays, une Irlande que l’on peut considérer comme l’un des laboratoires préférés de la déréglementation à tout crin, il est nommé procureur général (Attorney General of Ireland), en d’autres termes le premier conseiller du gouvernement en matière juridique. En 2011, il propose – et finit par imposer – au gouvernement irlandais des réductions budgétaires de 3 milliards d’euros.

 

Sa fiche Wikipédia nous dit tout de sa carrière d’homme d’affaires : « Peter Sutherland, né le 25 avril 1946 à Foxrock dans le comté de Dun Laoghaire-Rathdown, est une personnalité des affaires et un homme politique irlandais. Il est président de l’European Policy Centre, de Goldman Sachs International (depuis 1995), la présidé BP (British Petroleum) (1997-2009), et aussi la section Europe de la Commission Trilatérale (2001-2010) [poste auquel il fut remplacé par Jean-Claude Trichet, dont le CV est presque aussi impressionnant puisqu’ils appartiennent aux mêmes cercles d’influence] Il est aussi directeur non exécutif de la Royal Bank of Scotland. » Il sera en outre l’un des dirigeants du plus important site de vente en ligne à destination des entreprises, le chinois Alibaba (153 milliards de dollars de chiffre d’affaires). Sutherland fut assurément un dirigeant efficace : à la fin de son mandat à la tête de BP, la société faisait 42 millions de livres de bénéfices par jour. Par ailleurs, ce membre influent du groupe Bilderberg (v) aura été le représentant honoraire pour l’Union européenne du Transatlantic Policy Network.

 

Sutherland préside également la London School of Economics, à l’origine une école socialisante (quand on pense qu’elle fut fondée par les époux Webb et George-Bernard Shaw et qu’elle fut en pointe lors de la contestation de mai 68 !), aujourd’hui parangon de la pensée libérale. Et il est représentant spécial de l’ONU pour les migrations internationales et le développement. À ce titre, il est très favorable à l’arrivée d’immigrés (lui, l’Irlandais qui appartient à un peuple d’émigrés) constituant des bataillons industriels de réserve. Il s’est exprimé sur ce sujet devant une commission parlementaire de la Chambre des Lords en 2012 : « L’immigration représente une dynamique cruciale pour la croissance économique. La population autochtone vieillissante de l’Allemagne ou des Etats sud-européens est l’argument clé en faveur du développement de sociétés multiculturelles (…). Les Etats doivent être plus ouverts, tout comme le Royaume Uni l’a démontré. (…) Les Etats-Unis ou l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des sociétés de migrants, ils peuvent donc accueillir plus facilement des populations différentes d’elles-mêmes ». L’objectif politique étant, par le biais du multiculturalisme, « la destruction de l’homogénéité interne des nations européennes ». Pour les grandes entreprises mondialisées, les coutumes, les nations, les traditions culturelles diverses, les frontières, les structures sociales ne doivent pas faire obstacle au commerce.

 

Sutherland n’a que 69 ans. Il a vaincu un cancer glorieusement. Il peut encore sévir un bon moment.

 

 

Bernard Gensane

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 14:55

 

En un siècle, le monde, comme le dit la chanson, a changé de face. Nous vivons une « révolution permanente » pour reprendre l’expression de Trotski, mais pas dans le sens qu’il lui avait donné.

 

Pendant la majeure partie du XXe siècle, une bataille idéologique faisait rage. Les communistes, les fascistes, les héritiers des Lumières voulaient anéantir l’ancien ordre mondial pour en établir un nouveau. Lénine, Staline et Mao ont tenté de démanteler les structures de la société humaine et de construire grâce à la science un monde meilleur.

 

Voilà ce qu’écrit l’historien israélien Yuval Harari – jeune historien né en 1976 en Israël de parents libanais qui a fait son doctorat à l’Université d’Oxford. Il s’est spécialisé dans la synthèse historique. Il dit : « Les très grandes questions historiques m’ont toujours intéressé, dit-il. Par exemple, sommes-nous plus heureux que nos ancêtres ? Pourquoi les hommes ont-ils dominé les femmes dans la plupart des sociétés ? Des questions auxquelles vous ne pouvez répondre si vous ne vous penchez que sur certains aspects du sujet. » Son ouvrage le plus célèbre – le pendant du livre de Stephen Hawking « Une brève histoire du temps » - s’intitule en français : « Sapiens Une brève histoire de l’humanité » (Albin Michel, 2015). Il a été traduit en 20 langues.

 

Yuval Harari se pose sans doute la question shakespearienne en étudiant l'histoire de l'Homo Sapiens.

Yuval Harari se pose sans doute la question shakespearienne en étudiant l'histoire de l'Homo Sapiens.

 

Créer une nouvelle race d’hommes.

 

Harari poursuit : Hitler et ses sbires ont utilisé des méthodes encore plus impitoyables au service de projets encore plus ambitieux. Celui des nazis était de créer une nouvelle race d’hommes au lieu de simplement construire une nouvelle société. Ils voulaient modifier la biologie humaine, accélérer l’évolution et créer des surhommes.

Adolf Hitler avait une ambition démentielle : créer une surhumanité en écrasant l'humanité existante. L'objectif des entreprises transnationales n'en est pas si éloigné.

Adolf Hitler avait une ambition démentielle : créer une surhumanité en écrasant l'humanité existante. L'objectif des entreprises transnationales n'en est pas si éloigné.

 

Les progressistes étaient à peine moins ambitieux. Défenseurs des idées des Lumières, ils espéraient recréer le paradis sur Terre grâce à l’instruction pour tous et au progrès technologique. Ils ont renversé les structures hiérarchiques datant de plusieurs siècles et donné du pouvoir aux femmes, aux minorités et à la jeunesse.

 

Les familles et les communautés étaient les piliers de la société depuis la naissance de l’homo sapiens. Avec les progressistes, l’individu est mis au centre. Il est libéré de ses parents, de ses voisins et même de la nation et de l’Etat.

 

Moins agressifs que ceux des communistes ou des fascistes, les idéaux progressistes ont pour point commun d’avoir créé un Etat Léviathan.

 

Et pour les progressistes, ce fut une réussite en relativement peu de temps : un siècle. Ils ont fondé un système d’enseignement, de santé et de couvertures sociales qui coexiste avec un système économique de libre entreprise.

 

Une élite sans ambitions

 

Mais tout cela est menacé aujourd’hui. Les dirigeants politiques, les responsables de l’enseignement, les patrons de l’économie manquent d’ambitions au profit d’un projet mondialisé élaboré par les entreprises transnationales dont le premier objectif est le démantèlement de l’Etat. Ce sont les transnationales qui ont récupéré les grandes ambitions délaissées par les politiques.

 

Inutile d’aller à la Maison blanche, au 10 Downing street, à l’Elysée ou au Kremlin pour les trouver. Il faut aller voir les apprentis sorciers de la Silicon Valley et les argentiers de Wall Street et de la City.

 

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Uber – ce qu’on appelle les GAFA – ont entre leurs mains des pouvoirs inégalés que jamais personne, ni aucune structure n’a eus depuis le début de l’humanité. Et tout cela se fait sans contrôle.

 

D’ailleurs, qui pourrait les contrôler ?

 

Intelligence ou conscience ?

 

La vraie question qui se pose aujourd’hui : qui l’emportera ? L’intelligence ou la conscience ? Dans le monde progressiste jusqu’à la fin du XXe siècle, intelligence et conscience étaient liées dans pratiquement tous les domaines. C’était considéré comme une évidence.

 

Aujourd’hui en ce début de XXIe siècle, en économie, l’intelligence est primordiale et la conscience n’a guère d’importance.

 

Dans une interview à la Libre Belgique du 17 octobre, l’économiste libéral Bruno Colmant déclare : « Le choc provoqué par la révolution numérique est majeur. Tout d’abord, il va toucher essentiellement le secteur tertiaire, qui constitue 70 % de notre économie. Ce secteur intègre beaucoup de tâches d’intermédiation et répétitives, soit celles qui vont être de plus en plus remplacées par des outils numériques. D’autre part, cette nouvelle économie numérique est de nature plus décentralisée. Que ce soit Uber ou le Bitcoin, on se retrouve dans des logiques et des structures où chaque agent économique se comporte comme un indépendant. Cela signifie un changement dans le rapport à l’Etat. Un indépendant contribue moins à l’Etat, tout en acceptant de moins recevoir de cet Etat. On sort d’une société fondée sur des accords collectifs pour entrer dans un modèle typiquement anglo-saxon et, je dirais même, dans un monde protestant. »

 

L'économiste Bruno Colmant semble s'enthousiasmer pour la révolution numérique.

L'économiste Bruno Colmant semble s'enthousiasmer pour la révolution numérique.

 

Certes – et nous le voyons avec Uber – les structures sont bouleversées. Mais affirmer que « chaque agent économique se comporte comme un indépendant » demande un minimum d’examen. Qu’entend-on par « indépendant » ? Il s’agit en fait d’une nouvelle forme d’exploitation de l’homme par l’homme bien plus dangereuse que les précédentes, car le soi-disant indépendant ne sait plus à quoi se référer. Prenons le cas des « taxis » Uber. Que fait un chauffeur indépendant ? Il s’inscrit chez Uber et reçoit la fameuse application Uber qui consiste en un central téléphonique de taxis « numérique ». Une commande lui arrive via l’application. Il va chercher le client et le conduit à destination comme n’importe quel autre taxi. Celui-ci paye un prix fixé par Uber et le chauffeur reçoit 20 % de la recette. Tout cela sans taxes ni charges sociales.

 

En réalité, le chauffeur « indépendant » court tous les risques : son capital, c’est sa voiture qu’il a investi lui-même. L’essence, l’entretien, les assurances sont à sa charge. Et encore, dans le cadre de la législation actuelle, il ne peut prendre une assurance professionnelle, puisqu’il ne rentre pas dans le cadre légal du transport rémunéré des personnes. Donc, c’est le chauffeur qui court tous les risques. On ose appeler cela « l’économie partagée ». Il s’agit en réalité d’un contrat léonin où Uber se contente de vendre son application et d’encaisser la majeure partie des recettes de ses chauffeurs abonnés, sans investissements ni risques de sa part.

 

Système révolutionnaire

 

D’autre part, un système comme Uber est aussi révolutionnaire puisqu’il viole délibérément les lois du pays où il s’installe. Et c’est volontaire : il s’agit de lois de protections et ce type de législation gêne très fort les transnationales qui veulent les éradiquer dans tous les domaines. Ainsi, le fameux TTIP (Traité Transatlantique pour l’Investissement et le Partenariat) poursuit le même objectif : rendre caduques toutes les lois de protections du commerce, des services et de la production au nom du sacro-saint libre échange et du dogme de la « concurrence libre et non faussée ». Là aussi, c’est léonin, puisque une entreprise transnationale aura plus de pouvoir qu’un Etat par le système de tribunaux privés.

 

A la question : Où les Etats seront discrédités au profit des grandes entreprises technologiques ? Colmant répond : « Les Etats vont en effet se retrouver de plus en plus écartelés entre des engagements collectifs qu’ils doivent honorer et des sources de prélèvement sur les richesses qui s’émiettent de plus en plus. »

 

C’est parfaitement exact. Et c’est aussi une raison essentielle pour que l’on construise une structure démocratique et étatique européenne à la place de l’Union européenne actuelle, instrument du néolibéralisme. Un retour à l’Etat-nation signifiera l’impuissance et la défaite avec ses conséquences inéluctables.

 

Nous assistons donc à une déstructuration sociale par la disparition de plusieurs professions au profit d’algorithmes. D’après une étude effectuée par deux chercheurs de l’Université d’Oxford, Carl Benedikt Frey et Michel A. Osborne intitulée The Future of Employment parue en 2013, 47 % des emplois américains auront disparu d’ici 2030. Cela va du démarcheur téléphonique aux arbitres sportifs, en passant par les boulangers, les conducteurs de bus, les ouvriers du bâtiment, les serveurs et barmen, les marins et j’en passe.

 

La révolution industrielle du XIXe siècle a eu pour conséquence la création d’une toute nouvelles classe ouvrière urbaine – qui a dépeuplé les campagnes – le XXIe siècle pourrait voir – du moins dans le monde développé – la naissance d’une nouvelle classe pléthorique composée d’individus économiquement inutiles.

 

Il faudra donc de nouveaux modèles économiques et sociaux bien plus ambitieux que ceux de Marx, de Lénine, de Mao, de Rousseau ou de Keynes.

 

Les habits anciens de feu le Président Mao commencent à s'éffilocher.

Les habits anciens de feu le Président Mao commencent à s'éffilocher.

 

Le point faible est de croire à une nouvelle société d’abondance dans laquelle il n’y a plus de producteurs, mais uniquement des consommateurs. Les producteurs se trouvent dans le Tiers-monde et pourraient se soulever. En plus, on ne tient nul compte des impératifs écologiques, des inégalités et de la concentration du capital.

 

Nous assistons donc en notre temps à deux phénomènes : ce que j’appelle l’« orwellisation », c’est-à-dire l’extension de la surveillance totale et à l’« uberisation », c’est-à-dire la suppression des métiers qui permettent à l’homme d’utiliser ses outils à sa guise par l’extension de ce qu’on appelle faussement l’économie du partage.

 

Il s’agit de deux faces d’une révolution que nous sommes en train de vivre sans bien nous en rendre compte : la révolution numérique. Toute notre vie et celle de nos descendants en seront bouleversées La structure de la société risque de s’effondrer au profit d’une atomisation des relations sociales tuant toute solidarité et instaurant la loi du plus fort.

 

Yuval Harari ajoute : « En tant qu’historien, je ne suis pas en mesure de juger si un tel projet est réalisable. Toutefois, je sais que les accomplissements des hommes sont rarement à la hauteur de leurs espoirs. Même s’ils n’y sont pas arrivés, les communistes ont marqué le XXe siècle par leur volonté de vaincre les inégalités entre les hommes. Notre siècle sera peut-être caractérisé par la tentative d’améliorer l’être humain et de braver la mort, même si cela est un peu prématuré. Les mentalités ont changé. Au revoir l’égalité, bonjour l’immortalité. »

 

Et Harari avertit : « Il est dangereux d’associer des technologies qui permettent de contrôler la vie et la mort à des politiques mégalomaniaques, mais il serait encore plus dangereux de faire l’autruche. »

 

Les hommes politiques sont-ils véritablement responsables ? Ils refusent de se projeter dans l’avenir. Le même Harari pose la question : « Si les hommes politiques ne veulent pas assumer la responsabilité de planifier l’avenir, quelqu’un d’autre le fera. Ainsi, il se pourrait que les décisions les plus importantes de l’histoire de l’humanité soient prises par un minuscule groupe d’ingénieurs et d’hommes d’affaires, tandis que les hommes politiques seront occupés à débattre sur les quotas d’immigration et sur l’Euro. »

 

Big Brother n’est pas mort. Il a de multiples visages et il vous regarde toujours.

 

Cependant un point fondamental et passé sous silence : ce projet est au seul service de l’oligarchie mondialisée et ne donne même pas l’illusion d’un progrès pour l’immense partie de l’humanité méprisée, exploitée et délaissée. Un tel déséquilibre n’est pas tenable en dépit des colossaux les moyens concentrés entre quelques mains.

 

Et la Résistance s’organise peu à peu.

 

 

Pierre Verhas

 

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 22:04

 

Raoul-Marc Jennar est une figure attachante. Il est un militant infatigable de l’altermondialisme après avoir été militant wallon, membre de plusieurs cabinets ministériels. Il a été quelques temps militant du NPA puis du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

 

Jennar fut également très actif pour un « non de gauche » au Traité constitutionnel européen lors du référendum français de 2005. Aujourd’hui, il mène une campagne infatigable contre l’adoption du traité commercial transatlantique (le TAFTA ou TTIP).

 

Sans être opposé à l’idée européenne, Raoul-Marc Jennar s’est toujours méfié des institutions européennes. Depuis la crise grecque, il va plus loin : il préconise de quitter purement et simplement l’Union européenne qu’il estime gangrénée par le néolibéralisme et non réformable, pour construire une Europe sur de nouvelles bases. Et il n’est pas le seul.

 

Raoul-Marc Jennar : une personnalité de gauche attanchante qui se trompe au sujet de l'avenir de l'Europe.

Raoul-Marc Jennar : une personnalité de gauche attanchante qui se trompe au sujet de l'avenir de l'Europe.

 

Au sein de la gauche radicale, plusieurs voix s’élèvent pour en finir avec l’Euro d’abord et avec l’Union européenne ensuite. En outre – et c’est le cas de Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche – ce serait l’Allemagne qui serait la seule responsable de la crise européenne. C’est excessif. Si, comme nous l’avons déjà écrit, l’Allemagne a réussi à imposer son leadership et sa politique ordolibérale, c’est évidemment parce qu’elle est l’Etat-membre le plus puissant, mais aussi parce que les 27 autres ont accepté ou même approuvent sa politique.

Jean-Luc Mélenchon met trop souvent ses sentiments au-dessus de l'analyse.

Jean-Luc Mélenchon met trop souvent ses sentiments au-dessus de l'analyse.

 

Le début du racisme

 

Yanis Varoufakis est d’ailleurs très sévère à l’égard de Mélenchon en l’occurrence : « Croire qu'il y a un 'type' psychologique allemand, c'est le début du racisme. Je ne suis pas du tout d'accord avec Mélenchon sur ce point et je lui ai dit à la Fête de l'Huma. C'est une pensée faible, surtout. Car la zone euro a été construite non pas par un gouvernement allemand, mais par une coalition d'élites françaises, allemandes, grecques, et tous sont également responsables de sa désastreuse architecture. »

Yanis Varoufakis a pris du recul, a une analyse et un projet.

Yanis Varoufakis a pris du recul, a une analyse et un projet.

 

En effet, ce souhait d’un retour à l’Etat nation est une forme de repli sur soi, quoi qu’en disent ses partisans. Et le repli sur soi engendre inéluctablement le racisme.

 

Et puis, il ne faut pas oublier un élément essentiel qui va bien au-delà des Etats : le poids des transnationales dont les plus puissantes, d’après Paul Jorion, sont une cinquantaine de banques et puis les oligopoles industriels et commerciaux qui contrôlent 70 % de l’économie mondiale.

 

Ce débat a commencé avec la crise grecque qui est la première qui oppose un Etat-membre à l’ensemble de ceux qui constituent l’Union européenne. Nous avons suffisamment évoqué cette crise sur le blog « Uranopole » tout en considérant qu’une sortie de l’Euro et de l’Union européenne serait une fatale erreur pour un pays confronté avec les agressions de la Troïka qui, ne l’oublions pas, ne sévit pas qu’en Grèce.

 

On ne répond pas à une agression par la fuite, mais en organisant la Résistance.

 

La majorité des Grecs ne voulait pas sortir de l’Euro. Certes, il y a une contradiction : rester dans l’Euro signifie se soumettre aux diktats de la troïka, c’est-à-dire accepter le 3e mémorandum, ce que ne veut pas cette même majorité.

 

Les trois paradoxes de l’Union européenne

 

Dans une interview au journal financier belge « l’Echo » datant du 3 septembre, Yanis Varoufakis analyse les conséquences du diktat du 13 juillet et les relations entre la Grèce et l’UE :

 

« Il y a un paradoxe monumental au cœur de l’Union européenne. Celui-ci se décline en trois parties. D’abord, c’est la première fois de l’histoire de l’humanité que des créanciers imposent des conditions qui, de fait, les assurent de ne jamais revoir leur argent. Deuxièmement, il y a en Grèce un peuple qui veut, dans sa grande majorité, absolument rester dans la zone Euro, mais qui en même temps rejette de manière tout aussi absolue les conditions qui lui sont imposées pour cela. Au même moment, en Allemagne, dont le gouvernement est responsable des conditions imposées à la Grèce, vous avez une grande majorité qui veut que la Grèce reste dans la zone Euro mais en appliquant les termes de l’accord. Troisièmement, cet accord, et le programme qui va avec, est tellement aberrant que même s’il était mis en application par Dieu lui-même aidé de ses Archanges, il ne pourrait pas réussir. Ces trois parties du paradoxe sont tellement intimement liées qu’elles ne peuvent être résolues qu’ensemble. Le système grec ne peut résoudre ce puzzle à lui tout seul. Tôt ou tard, il devra être résolu à travers les institutions européennes tant pour la Grèce que pour l’Europe. »

 

On se trouve donc devant un blocage général. Comment en sortir ? Varoufakis constate tout en mettant en garde contre la dérive des institutions et particulièrement de l’Eurogroupe dont il a vécu l’amère expérience : « La plus grande économie mondiale ne peut pas être gouvernée par une équipe digne du Moyen-âge et un Eurogroupe qui se réunit, délibère et décide sans publier même un compte rendu et sans avoir à rendre des comptes à quiconque ! Les citoyens européens n’ont même pas le moyen de savoir ce qui se dit à ces réunions ! En plus, au-delà du déficit démocratique évident, ce type de procédé fait que les décisions prises sont mauvaises et économiquement catastrophiques et font que l’UE est aujourd’hui le grand malade de l’économie mondiale. »

 

Raoul-Marc Jennar réplique : « On regrettera toutefois qu’il écarte d’emblée, au nom du danger nationaliste et du risque de fragmentation de l’Europe, toute idée de construire une autre union des peuples d’Europe rendue possible seulement par la dénonciation des traités européens et de leur interprétation extensive par la Cour de Justice de l’Union européenne. Comme si les politiques de l’Union européenne et les institutions conçues pour les mettre en œuvre ne constituaient pas aujourd’hui le plus grand danger de la renaissance du nationalisme et de l’opposition des peuples d’Europe entre eux. Le dogme de la concurrence qui met en compétition les peuples de l’UE, l’impossibilité inscrite dans les traités de toute harmonisation fiscale et sociale qui en est le corollaire, l’impuissance des peuples à encore décider de leur destin, tout cela fournit aux extrêmes-droites nationalistes et identitaires des arguments décisifs bien plus menaçants pour la cohésion de l’Europe.

 

Le discours de Varoufakis représente dès lors une tentation dangereuse parce qu’il entretient, une fois de plus, l’illusion qu’une autre UE est possible. Comme son crédit médiatique est grand, il capte l’attention de ceux qui, à gauche, entretiennent la confusion des esprits et brouillent à dessein leur message sur l’UE. Il retarde d’autant la prise de conscience à gauche de la nécessité de sortir de l’UE, non pas comme une fin en soi, mais comme le seul moyen de construire l’indispensable union des peuples qui le souhaiteront ; une union où, en lieu et place de la concurrence, la souveraineté populaire sera le principe moteur. »

 

Que propose Varoufakis ?

 

« Réunir tous les citoyens européens qui se sentent concernés par ces phénomènes au-delà de leurs appartenances politiques et de l’idéologie de chacun, créer des débats et des discussions et un vrai réseau. Son but sera d’étudier et de trouver des moyens de démocratiser la zone euro : c’est une nécessité absolue. Une fois que des positions consensuelles seront trouvées, comment cela pourrait s’exprimer politiquement pays par pays. »

 

L’ancien ministre grec des finances ne veut pas créer au départ un nouveau parti politique. Il explique : « Mon idée est de procéder de manière inverse : créer d’abord un courant de pensée et d’action paneuropéen et ensuite mettre en place des partis au niveau national, mais dont l’agenda politique est européen. On n’en est pas encore là aujourd’hui… »

 

Cette idée rejoint celle de contre lobbying qui a été proposée ici même. (http://uranopole.over-blog.com/2015/09/l-impasse-souverainiste.html)

 

Le déclin de la social-démocratie

 

On peut parfaitement concevoir une Union européenne débarrassée de ces traités politiques. Certes, il faut une majorité pour cela : c’est loin d’être le cas aujourd’hui. La gauche divisée est considérablement affaiblie. La social-démocratie s’est ralliée sans gloire à la politique ultralibérale arguant du fameux TINA thatchérien et laissant accroire que son rôle consisterait à adoucir les mesures antisociales qui accompagnent cette politique et à se battre pour maintenir l’Etat social. Auparavant, elle parlait de construire « l’Europe sociale ». C’est un mensonge éhonté, tout comme celui de François Hollande lors de la campagne électorale de 2012 qui a osé proclamer que son « ennemi est la finance ».

 

 

François Hollande n'arrête pas de pratiquer le double langage.

François Hollande n'arrête pas de pratiquer le double langage.

 

La social-démocratie qui n’a cessé de décliner depuis la chute du Mur de Berlin est hypnotisée par la majorité conservatrice de plus en plus forte et, pour se consoler, renonçant à toute politique sociale, s’est lancée dans le « sociétal » avec des réformes – certes utiles, mais que ne changent en rien le rapport de force – sur les questions éthiques. Fascinée par le pouvoir, la social-démocratie ne peut qu’accentuer son ambigüité. Elle devra bien constater un jour qu’elle ne répond plus aux aspirations de la société.

 

Dès lors, le « peuple de gauche », ce qu’il subsiste de la classe ouvrière, les laissés pour compte de plus en plus nombreux sont en plein désarroi : ils n’ont pas de relais dignes de ce nom. Soit ils s’abstiennent, soit ils se tournent vers l’extrême-droite – c’est en effet dans les fiefs traditionnels de la gauche ouvrière que le Front national est le mieux implanté – et une minorité vers la gauche de la gauche.

 

Certes, cela bouge dans la « gauche de la gauche ». Podemos en Espagne change son discours au préalable anti Union européenne. Au Portugal, la gauche radicale a obtenu près de 10 % des voix aux dernières élections législatives, alors que le parti social-démocrate est laminé au profit des conservateurs. Cette nouvelle gauche portugaise est intéressante : elle allie le discours radical à une analyse cohérente et à un refus de la fuite en avant vers l’anti-européisme.

 

Va-t-on mobiliser les masses contre l’UE ?

 

Un démantèlement de l’Union européenne implique inéluctablement un retour à l’Etat nation. La question est : certes, les institutions européennes – et cela se comprend – ne sont pas populaires. Mais va-t-on mobiliser les masses pour démanteler l’Union européenne et ses nuisibles traités ?

 

Rien n’est moins sûr. Les accords de Schengen qui permettent la libre circulation à travers le territoire de l’Union européenne et même au-delà sont incontestablement populaires, notamment auprès des jeunes. Les programmes Erasmus sont recherchés par la plupart des étudiants universitaires à travers l’Europe.

 

Même l’Euro est populaire. Ne plus devoir changer aux frontières des différents Etats-membres est un avantage incontestable. Cela permet d’avoir une comparaison des prix et ainsi de faire pression contre les excès.

 

L’Europe est rentrée dans notre culture et elle y restera. Certes, il n’y a pas la même conception de la construction européenne partout. Les derniers événements avec les réfugiés ont montré le fossé qui sépare les pays de l’ancienne Mitteleuropa des Etats d’Europe occidentale. Certes, il faudra lutter contre les institutions européennes qui installent progressivement un dangereux système totalitaire.

 

Un terrible aveu de faiblesse

 

Mais, peut-on penser sérieusement qu’en revenant à l’Etat nation, on construirait une « autre » Europe sous prétexte qu’il est impossible de réformer les institutions européennes ?

 

Ce serait un terrible aveu de faiblesse ! Ce serait admettre qu’on est désormais incapable de créer un rapport de force !

 

Et, en outre, un Jacques Sapir a déjà franchi le premier pas, ce serait nous allier à nos pires ennemis : l’extrême-droite populiste, nationaliste ! Est-on prêt à payer ce prix ?

 

Ce serait, après la capitulation de la social-démocratie face au néolibéralisme, une reddition sans condition au nationalisme que la gauche par essence universaliste a toujours combattu.

 

Et la sortie de l’Euro ?

 

D’aucuns disent qu’à défaut de sortir de l’Union européenne, il faut se retirer de l’Euro. C’est là aussi une grave erreur. Yanis Varoufakis répond dans l’Obs du 8 octobre. Et il sait de quoi il parle :

 

« C’est une question intéressante pour la zone euro dans son ensemble. Le problème, c’est qu'on ne peut pas envisager sérieusement une éventuelle sortie d’un pays de la zone euro. Car dès que la discussion commence, le mécanisme est enclenché et aussitôt les banques du pays concerné s’écroulent. Par conséquent, il est tout simplement impossible d’avoir un plan B opérationnel. Il ne peut être que théorique. Nos études sur la question, comme celles de la BCE d’ailleurs, n’était confiées qu’à 5-6 personnes pour rester discrètes. Pour qu’un tel plan soit opérationnel, il faudrait que près d’un millier d’experts se coordonnent. Cela ne pourrait plus rester secret, et provoquerait donc une panique bancaire, avec une sortie de l’euro à la clé… »

 

Et il ajoute en évoquant les débuts du gouvernement Syriza jusqu’au funeste 13 juillet :

 

« Si on avait voulu quitter l’Euro avec Tsipras, il aurait fallu recréer une drachme pour dévaluer. Cela aurait été un suicide pur et simple. Exactement la même chose que d’annoncer une dévaluation un an à l’avance, car créer une nouvelle monnaie, cela prend un an. Imaginez Jacques Delors, lorsqu’il était ministre des Finances, annonçant : « Mes chers concitoyens, voilà, dans un an le franc va être dévalué de 30 % à 40 %. » Tout le monde aurait exfiltré son argent. La France aurait été foutue. Les dévaluations ne fonctionnent que lorsqu’elles sont imposées en moins de vingt-quatre heures. »

 

Et il conclut au sujet du chantage d’exclusion de l’Eurozone fait à la Grèce :

 

« Si j’avais été Tsipras et que l’on m’ait dit : « Ou tu signes, ou l’on vous jette dehors de l’Euro. », je leur aurais répondu : « Eh bien, faites-le. » Je sais exactement ce que cela aurait coûté, mais je l’aurais fait quand-même et pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’ils ne l’auraient pas fait ! Ils ne souhaitaient pas que la Grèce sorte de l’Euro en réalité. Deuxièmement, parce que, même s’ils l’avaient fait, c’est eux qui auraient été maudits par nous. Le paradoxe, c’est que pour stopper la fragmentation de l’Euro, il aurait fallu commencer par cesser de la craindre. »

 

Ajoutons qu’une exclusion d’un pays de l’Eurozone est interdite par les traités. Aussi, les dirigeants de l’UE se seraient mis en porte-à-faux.

 

Le fléau : la peur

 

Ce que raconte l’ancien ministre grec des finances, avec le recul de quelques mois, montre combien la peur a joué en cette affaire.

 

Il était évidemment impossible pour les pays qui pratiquent des politiques drastiques d’austérité d’accepter qu’un seul Etat-membre sorte de ce carcan. Varoufakis cite l’exemple de la Lettonie. Son Premier ministre avait peur d’être renversé si la Grèce l’emportait, son peuple n’aurait jamais admis qu’il cède après avoir pratiqué une telle ponction que 25 % des Lettons en âge de travailler ont quitté le pays. Le second pays est la France qui a une peur bleue de voir l’Allemagne lui imposer la troïka, car sa situation est catastrophique, ce qui explique sans doute le cafouillage politique du tandem Hollande-Valls à la merci du banquier Macron.

 

Varoufakis avoue que les hésitations grecques – le référendum du 5 juillet avec la victoire du « non » et la capitulation du 13 juillet – ont fait beaucoup de tort à la gauche.

 

« Nous leur avons fait beaucoup de mal. Podemos est désormais très endommagé à cause de nous. Mais tout est lié : une des raisons pour lesquelles l’Europe officielle était absolument décidée à nous écraser, c’était la montée de Podemos. Les sociaux-démocrates en Allemagne et ailleurs craignaient notre succès. Si on avait réussi à faire repartir l’économie grecque, ils auraient fini comme le Pasok, à 4 %. Donc, ils devaient nous détruire, et ils l’ont fait. »

 

Aujourd’hui, Podemos a rectifié le tir. Podemos a emporté les municipales et possède des « fiefs » en Espagne. C’est évidemment un signal que tout n’est pas perdu.

 

La Lettonie a peur, la France a peur. Et comme l’a bien expliqué, Yanis Varoufakis, cette peur s’exprime au sein de l’Eurogroupe où se prennent les décisions. Le Conseil et la Commission ne faisant qu’entériner. À partir du moment où la peur l’emporte, il est impossible de construire un projet. Et c’est ce qu’il s’est passé : l’Europe cafouille parce qu’elle a peur. Elle a peur de l’effondrement de l’Euro, elle a peur des réfugiés, elle a peur de la guerre.

 

Et c’est la chance de la gauche européenne qu’appelle Varoufakis de ses vœux : elle seule peut réenchanter le projet européen en allant au-delà de la peur.

 

Le souverainisme est une fuite en avant dictée aussi par la peur. Il ne pourrait conduire qu’à la catastrophe. Et le rêve légitime de souveraineté du peuple serait définitivement fracassé.

 

Le peuple s’entend au-dessus des frontières et sa souveraineté ne pourra s’exercer que si elle les dépasse.

 

Il était illusoire de penser que la Grèce, elle seule, aurait pu défier la Troïka. Une nation n’est rien face aux forces supranationales. Tsipras a choisi la capitulation, Varoufakis opte pour un mouvement populaire européen à long terme au-dessus des frontières.

 

 

Pierre Verhas

 

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 09:20

 

Ce 7 octobre, le Front commun syndical (FGTB – CSC – CGSLB), les trois syndicats traditionnels belges, a appelé à manifester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral – extrême-droite flamande de Charles Michel. Disons que ce fut un succès, mais sans plus. Sans doute 100.000 manifestants, mais on ne peut pas objectivement parler d’une mobilisation massive.

 

Le comble fut la présence des dirigeants du PS avec comme slogan « des solutions plus justes sont possibles » qui a été caricaturé par un facétieux : « La journée du cœur qui saigne. » Allusion à son président (à vie ?) Elio Di Rupo, ancien Premier ministre, qui a osé dire, il y a quelques mois, que son cœur saignait depuis que le gouvernement Michel a pris des mesures d’exclusion du chômage. Or, c’est sous son gouvernement que ces mesures ont été décidées et préparées ! Et il vient en plus de déclarer à une association patronale que la paix sociale garantit les investissements en Belgique !

 

Les Socialistes francophones belges manifestent avec le mot d'ordre ambigü : "Des solutions plus justes sont possibles."

Les Socialistes francophones belges manifestent avec le mot d'ordre ambigü : "Des solutions plus justes sont possibles."

Slogan piraté sur les réseaux sociaux par un facétieux qui rappelle "le coeur qui saigne" d'Elio Di Rupo.

Slogan piraté sur les réseaux sociaux par un facétieux qui rappelle "le coeur qui saigne" d'Elio Di Rupo.

 

Comment dès lors veut-il, en tant que chef de l’opposition, être crédible ? Le PS est en pleine déliquescence : il perd ses militants, les sondages successifs lui sont défavorables, il n’a pratiquement plus de base. Le grand parti des travailleurs se transforme inéluctablement en un petit lobby de technocrates.

 

Résultat : la gauche se trouve affaiblie par l’effondrement de sa principale force politique. Et ce n’est pas le succès incontestable du PTB qui changera fondamentalement la donne.

 

Quant aux organisations syndicales, – et particulièrement la FGTB – ont-elles raison de poursuivre cette stratégie de grands rassemblements « promenades » pour exprimer la colère des travailleurs face à l’austérité ? Non.

 

Ce moyen de pression, certes spectaculaire, est insuffisant. La mobilisation classique ne fonctionne plus. Dans les entreprises privées, les travailleurs sont tellement encadrés qu’ils n’osent plus faire grève. Seuls certains services publics, comme les transports publics et la Poste, parviennent à mobiliser. Et encore, les arrêts de travail n’ont pas été suivis par l’ensemble des travailleurs : le courrier a été distribué dans certains endroits, des bus, des trains et des trams roulaient. Et puis, qui manifeste ? Des délégués syndicaux, quelques agents des services publics, des militants politiques. Incontestablement, ce n’est pas la base qui descend dans la rue.

 

Et quand on écoute les discours des leaders syndicaux, c’est toujours la même rengaine : « Nous restons mobilisés ! Nous ferons céder le gouvernement ! ». Cela n’est pas crédible.

 

Le syndicalisme « classique » est menacé d’effondrement. Sa base est encore là par la force de l’habitude et par la peur du chômage. Mais elle ne se mobilise plus avec des mots d’ordre qui « viennent d’en haut ». Rappelons-nous : il y a quelques mois, ce furent les délégués d’entreprises qui s’opposèrent à un mot d’ordre de grève venant de l’état-major. C’était un premier avertissement qui n’a manifestement pas été entendu par la direction syndicale.

 

Pour réellement combattre les politiques ultralibérales, il faut d’urgence une autre stratégie. En premier lieu, il convient de redonner la voix à la base et ensuite, un réel mouvement n’aura d’effet que s’il dépasse les frontières. L’offensive ultralibérale est internationale. C’est internationalement – en commençant par l’Union européenne – qu’on a une chance de la stopper, sinon la freiner.

 

Et nous avons un exemple « près de chez nous » comme on dit : le conflit à Air France.

 

Ce 6 octobre, s’est tenu comité d’entreprise à la compagnie Air France où la direction a annoncé un nouveau plan social avec à la clé 2.900 emplois passant à la trappe. Les pilotes, de leur côté, refusent de faire « un effort ». Vieux classique, cherchant un bouc émissaire, la direction les rend responsables de la quasi faillite de l’entreprise. Mais les autres travailleurs ne sont pas dupes. Ils savent très bien que le gouvernement Valls cherche à vendre Air France. Aussi, en général, un plan social est toujours le bienvenu pour un éventuel repreneur – suivez mon regard vers les Emirats pétroliers – qui peut espérer acheter l’entreprise à un moindre coût.

 

Mais des négociations avec un directeur général dénommé Alexandre de Jougnac placé là par Sarkozy et maintenu par Hollande, connu pour être proche de l’extrême-droite, qui en plus souhaite rétablir le travail des enfants, ne peuvent qu’être compromises.

 

Alexandre de Jougnac, PDG d'Air France, souhaite rétablir le travail des enfants !

Alexandre de Jougnac, PDG d'Air France, souhaite rétablir le travail des enfants !

 

Et évidemment, cela s’est mal terminé : deux cadres supérieurs ont été molestés à la sortie du comité d’entreprise par des travailleurs en colère. Enfin, les dégâts sont mineurs : quelques vêtements déchirés, sans plus et un DRH obligé de sauter une clôture torse nu, sa chemise lui ayant été arrachée. Mais – et c’est cela qui est impardonnable – ils ont subi une humiliation dont ils auront difficile à se remettre.

 

Le DRH d'Air France malmené, a perdu sa chemise !

Le DRH d'Air France malmené, a perdu sa chemise !

 

Du coup, Manuel Valls, le Premier ministre « socialiste » de Hollande a traité ces travailleurs de « voyous » et il a appelé à prendre les plus sévères sanctions judiciaires pour ces « violences ». Le président français lui-même a dénoncé lesdites « violences ».

 

Violences ? Bien sûr, déchirer les vêtements d’un quidam n’est pas de première douceur. Mais la violence réelle n’est-elle pas de jeter près de 3.000 personnes dans la misère ? En plus, ces dirigeants affichent leur total mépris à l’égard de cette « valetaille » taillable et corvéable à merci.

 

En l’occurrence, la Justice est rapide : les travailleurs filmés lors de l’échauffourée ont été reconnus et seront incessamment convoqués. Cette vélocité est à mettre en parallèle avec la lenteur du pouvoir judiciaire dans la résolution des affaires financières.

 

Et, pire, des responsables politiques qui se réclament de l’héritage de Jean Jaurès rampent devant un patronat arrogant, méprisant, incapable de faire son boulot, à la totale merci de la finance. L’indécence est devenue la règle en ce bas monde !

 

Cette double pensée engendre la révolte et il est d’ailleurs étonnant qu’elle n’ait pas été plus violente.

 

Il faut considérer ces incidents comme un sérieux avertissement. Ces plans sociaux successifs, ces restructurations, la fameuse flexibilité, les mesures antisociales de la loi Macron sont autant de coups portés à la classe des travailleurs.

 

La révolte, si elle peut se comprendre, n’est cependant pas une stratégie.

 

Lisons la réaction du Wall Street Journal aux incidents d’Air France, rapportée par le Courrier international.

 

« Les syndicats ont une large part de responsabilité dans cette situation : ils défendent une réglementation contraire à la croissance, qui limite les heures de travail hebdomadaires, oblige les sociétés qui licencient à verser de lourdes indemnités, dissuade les investissements à l’étranger et ne sauvegarde pas l’emploi.

 

Ceux qui sont réfractaires aux réformes, en particulier à gauche, pensent pouvoir préserver le statu quo par des règles qui entravent les licenciements et contrecarrent la concurrence. Or, le véritable enjeu réside dans la capacité des économies à rebondir face aux changements inévitables et créer des nouveaux débouchés pour les salariés qui restent sur le carreau… »

 

Ce texte a le mérite de la clarté. Décortiquons-le.

 

Les responsables des faillites des entreprises : les syndicats, donc les travailleurs.

 

La réglementation « contraire à la croissance », c’est le fameux code du travail tant décrié qui contient la traduction juridique de toutes les conquêtes sociales depuis les débuts du mouvement ouvrier. En clair, c’est cela que l’on veut démanteler pour en revenir à un quasi servage, mais high tech, celui-là.

 

Quant aux « débouchés pour les salariés qui restent sur le carreau », suivez mon regard vers Uber…

 

Il est clair que l’échauffourée à Air France est surmédiatisée dans l’objectif de dénigrer les organisations de travailleurs. A eux de ne pas se laisser piéger !

 

La dignité vaut plus que mille chemises !

 

 

Pierre Verhas

 

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 19:29

Michel Onfray : dissidents de tous les pays, unissez-vous !

 

La clique intello-bourgeoise germanopratine a son nouveau « Satan » : il s’appelle Michel Onfray. Son péché ? « Faire le jeu du FN. » Péché mortel, mais, ça, en réalité, c’est pour la valetaille.

 

Onfray, homme de gauche depuis toujours, ne chante pas au diapason de la gauche libérale qu’il déteste. Il ne verse pas des larmes de crocodile au sujet des réfugiés. Il préfère analyser les choses : savoir pourquoi des populations entières émigrent du Moyen-Orient et d’Afrique pour tenter de trouver un sort meilleur en Europe. On n’aime pas quand il dit : « La France est islamophile à l’intérieur et islamophobe à l’extérieur ». En athée convaincu, il n’apprécie pas que l’on subventionne les mosquées et que l’on prône le communautarisme en violant la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les bases républicaines et il comprend que les musulmans nous haïssent alors qu’ils sont bombardés quotidiennement depuis près de vingt ans par les Occidentaux dont les Français.

 

Michel Onfray préfère l'analyse à l'émotion.

Michel Onfray préfère l'analyse à l'émotion.

 

Même le Premier ministre, Manuel Valls, s'en est mêlé lorsqu’Onfray a affirmé qu’il préfère des analyses exactes d’Alain de Benoist à des analyses fausses d’intellectuels de gauche. Le directeur fondateur de l’Université populaire de Caen avait franchi la ligne rouge tracée sans aucune concertation et amovible à souhait, par « la clique » !

 

Dans une interview au Figaro, Onfray analyse l’effet médiatique et l’exploitation de la photo du petit Aylan rejeté par la mer sur une plage de Turquie. Il signale simplement qu’à l’ère numérique, « une manipulation est à la portée du premier venu ». Tollé de l’intelligentsia !

 

En réalité, ce genre de propos gêne l’intelligentsia autoproclamée qui, signalons-le en passant, est proche du pouvoir, sinon à son service. Et elle use du procédé malhonnête de l’interprétation. Notre « ami » Laurent Joffrin écrit dans « Libération » : Onfray suggère que « la photo de l’enfant mort est une manipulation médiatique qui substitue l’émotion à l’analyse. » Or, si Michel Onfray a évoqué la possibilité d’une manipulation, il n’a pas affirmé que cette photo est truquée. La manipulation est ailleurs : elle est dans l’exploitation médiatique de ce cliché.

 

Nous pourrions poursuivre les exemples. Reportez-vous au numéro de « Libération » du 15 septembre 2015.

 

Yann Moix, le nouvel inquisiteur d'ONPC, manque manifestement de talent et traîne quelques casseroles...

Yann Moix, le nouvel inquisiteur d'ONPC, manque manifestement de talent et traîne quelques casseroles...

 

La tentative d’hallali a échoué à l’émission phare de France 2 du samedi soir « On n’est pas couché » où sévissent la chroniqueuse Léa Salamé de France Inter et le polémiste Yann Moix, au passage ex-copain du négationniste Paul-Eric Blanrue. Loupé ! Yann Moix, vulgaire comme à son habitude, s’étant livré à des insultes, a trouvé face à lui un Michel Onfray imperturbable et imperméable à ses provocations et qui l’a calmement remis à sa place, c’est-à-dire liquidé dans le caniveau ! Un grand moment !

 

Que l’on soit ou non d’accord avec Michel Onfray, peu importe. La clique parisianiste use de sa méthode favorite : discréditer l’adversaire pour mieux l’abattre, l’accuser d’être au service de son pire ennemi. Quant à l’argumentation, oublions-la. Probablement ignorent-ils de quoi il s’agit.

 

Ces personnages usent et abusent des méthodes staliniennes dénoncées jadis par George Orwell lors de la guerre d’Espagne où les staliniens luttaient plus contre les anarchistes et les communistes indépendants du POUM que contre les fascistes.

 

Le summum de la bêtise a été atteint le 3 octobre, toujours dans « Libération », par la chroniqueuse Marcela Iacub qui écrit : « S’il [Michel Onfray] s’exprime de la sorte, c’est parce qu’il croit pouvoir gagner une audience importante et aller chasser sur les terres du Front. Quoi qu’il en soit, on peut déjà parier que cette nouvelle entreprise délirante représentera son chant du cygne. Non seulement parce qu’au fur et à mesure il sortira des choses de plus en plus aberrantes - en imaginant que le peuple aime ça et qu’on lui empêche d’entendre ce genre de discours. Mais aussi parce que lorsqu’il comprendra qu’il n’a aucune chance, il lui arrivera la même chose qu’à Dieudonné. Il accusera le système de ne pas lui avoir permis de réussir, il perdra l’estime des médias ainsi que celle de ses lecteurs. Il est fort probable qu’à ce moment-là, il louera un théâtre dans lequel il versera sa haine chaque soir, tout en proposant à Marine une alliance qu’elle-même refusera pour préserver sa «respectabilité». »

 

Iacub fait dans la prospective. Onfray, écrit-elle, va chasser sur les terres du « Front » et s’alliera forcément à Marine Le Pen. L’homme de gauche devenu fasciste. Le nouveau Dieudonné. L’histoire se répète en bégayant : les anarchistes et poumistes de Barcelone devenus des fascistes en 1937 selon les staliniens. Onfray devenu frontiste selon la clique germanopratine.

 

Et Iacub de conclure :

 

« Ainsi, au lieu de l’interroger respectueusement sur ses thèses fascistes, le système médiatique qui l’encense aurait intérêt à enfermer Onfray chez un psychanalyste. »

 

Un psychanalyste ? Les Soviétiques enfermaient eux aussi les dissidents à l’asile psychiatrique.

 

Rien de nouveau sous le Soleil, donc. Il n’est pas bon pour ces messieurs-dames d’être un dissident.

 

Dissidents de tous les pays, unissez-vous !

 

Vers l’indépendance de la Catalogne ?

 

Le résultat des élections régionales en Catalogne n’est pas une bonne nouvelle. La poussée indépendantiste – essentiellement de droite – ne fera qu’encourager les nationalismes régionaux dans l’ensemble de l’Union européenne. Ce n’est pas pour rien que la NV-A, le parti nationaliste flamand qui est le premier partenaire du gouvernement belge, a envoyé ses félicitations au leader indépendantiste catalan.

 

Rassemblement des indépendantistes catalans à Barcelone : une légitimité dangereuse

Rassemblement des indépendantistes catalans à Barcelone : une légitimité dangereuse

 

Cela dit, la réaction des Catalans est compréhensible. Face au pouvoir de Madrid mené par le PP, parti chrétien du Premier ministre Rajoy, postfranquiste qui a toujours fermé la porte à des négociations avec les régions espagnoles ; face au poids de l’histoire où la Catalogne fut traquée durant la guerre civile et le régime franquiste, il est logique que le terrain soit désormais fertile pour les indépendantistes.

 

Cependant, il y a aussi quelque-chose d’inquiétant. La Catalogne est la région la plus riche d’Espagne. Et qu’il s’agisse de la Flandre en Belgique, de l’Ecosse au Royaume uni, de la « Ligurie » en Italie, ce sont les régions les plus riches qui revendiquent leur indépendance pensant ne plus devoir payer pour leurs voisines plus pauvres.

 

Encore une belle entrave à la construction européenne ! Quand les « dirigeants » de l’Union européenne se décideront-ils à faire leur autocritique ?

 

La Russie en Syrie

 

L’ambigüité occidentale en Syrie est sans pareil : qui finalement soutient et arme Daesh ? Les monarchies pétrolières du Golfe ? Les Occidentaux eux-mêmes ? On n’en sait trop rien. Quel est l’objectif réel de l’Etat islamique ? Pourquoi, par exemple, n’attaque-t-il pas certaines régions à « convertir » alors qu’il en a les moyens ? Pourquoi n’attaque-t-il pas Israël ? Pourquoi laisse-t-il la Jordanie comme un sanctuaire, même s’il y a eu de graves incidents ? Pourquoi a-t-il fait du Hamas un ennemi, alors qu’il partage avec lui la même conception religieuse ?

 

Les médias qui ne nous montrent que les atrocités aussi bien du régime Assad que de Daesh, nous empêchent d’analyser. Daesh – outre sa stratégie de la terreur, je dirais « de l’horreur » – a manifestement des buts de guerre. Le jour où on comprendra que Daesh n’est pas une organisation terroriste au même titre qu’Al Qaïda, mais une force politique qui use de la terreur comme arme, beaucoup de choses auront avancé. . La coalition qui a été élaborée par les Etats-Unis pour combattre l’EI est pour le moins étrange. Deux de ses membres, la Turquie et l’Arabie Saoudite, sont manifestement des soutiens de Daesh !

 

Vladimir Poutine a une stratégie bien déterminée et il l'applique et le fait savoir.

Vladimir Poutine a une stratégie bien déterminée et il l'applique et le fait savoir.

 

La Russie de Poutine est certes un régime autoritaire. Il a aussi sa propre vision géopolitique : accès à la Méditerranée et refus de l’extension de l’OTAN à sa frontière occidentale. Cette conception n’est évidemment pas celle des Occidentaux qui souhaitent étendre leur influence exclusive sur toute l’Europe et l’ensemble du Moyen-Orient, en isolant la Russie.

 

C’est une grave erreur, car la Russie ne constitue en rien une menace. Ses ambitions sont légitimes et ne sont agressives à l’égard de quiconque. Avec la montée de Daesh et la guerre en Syrie, la Russie est forcée d’intervenir. Et elle le fait. Et de manière efficace. Au grand dam des Occidentaux qui continuent leur petit jeu de cache cache avec Daesh.

 

Refaisons de la géopolitique. C’est le meilleur moyen de sauver la paix et aussi des vies à long terme.

 

Pierre Verhas

 

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 21:35

 

Voici le billet publié aujourd’hui sur le blog de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/). Cela s’appelle de la solidarité efficace.

 

Qu’attendent les tenants de la « gauche morale » en France et en Belgique pour faire la même chose ?

 

COIN DE CIEL BLEU…, par François Leclerc

 

Billet invité.

Le ferry affrété par la Région de Valence en collaboration avec la ville de Barcelone pour aller chercher les réfugiés sur l'île de Lesbos et les acheminer vers l'Espagne.

Le ferry affrété par la Région de Valence en collaboration avec la ville de Barcelone pour aller chercher les réfugiés sur l'île de Lesbos et les acheminer vers l'Espagne.

 

 

Ada Colau, la nouvelle maire de Barcelone, a lancé le réseau des « villes refuges », et la ville de Valence, conquise lors des récentes élections municipales par l’alliance Compromis (engagement en espagnol), soutenue par Podemos, est passée à l’acte. Un navire pouvant transporter 1.200 personnes ira début novembre chercher des réfugiés à Lesbos, afin de pouvoir les accueillir dans la région. A l’aller, du matériel humanitaire sera acheminé dans l’île. Au retour, des bénévoles membres d’ONG prépareront leur accueil en recensant leurs besoins médicaux, de logement et de scolarisation des enfants. Dans la Région valencienne, un réseau de villes et de villages s’est constitué pour y répondre. La Région y contribuera également. Plusieurs allers-retours du navire sont envisagés. Les réfugiés seront sélectionnés à Lesbos, en coordination avec les ONG qui y interviennent.

 

 

Ada Colau, la maire "Podemos" de Barcelone à l'origine de l'initiative d'affréter un bateau pour Lesbos en coordination avec la Région de Valence

Ada Colau, la maire "Podemos" de Barcelone à l'origine de l'initiative d'affréter un bateau pour Lesbos en coordination avec la Région de Valence

 

 

Si les ONG belges procédaient ainsi, on pourrait aussi embarquer quelques fonctionnaires de l’Office des étrangers. Ils pourraient, une fois arrivés à l’île de Lesbos, traiter les dossiers administratifs des réfugiés sélectionnés candidats à se rendre en Belgique. Cela permettrait d’accélérer les choses et surtout d’éviter des drames humains.

 

 

Qu’attend-on ? Au boulot !

 

 

Pas mal les « extrémiste de gauche » de Valence et Ada Colau, non ?

 

Remarquons que plusieurs organes de presse évoquent cette initiative, mais ne disent mot sur « Podemos » et Ada Colau, se contentant de parler uniquement de la Région de Valence. Un oubli « involontaire »…

 

 

Pierre Verhas

 

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 09:02

 

Nous reproduisons ci-dessous l’article très documenté de Jérôme Henriques paru sur le site du « Grand Soir » le 9 septembre 2015. Par les nombreux chiffres, les nombreuses références qu’il nous fournit, il remet les montres à l’heure et démontre que la crise des réfugiés est dramatiquement accentuée d’un côté par les attitudes répressives des autorités et de l’autre par leur passivité. C’est un éclairage important.

 

La crise dite des réfugiés met en lumière pas mal de choses. Tout d’abord, à ceux qui ne cessent de crier que l’Europe est oppressante et envahissante, ils doivent bien constater que dans une tragédie humaine comme celle-ci, l’Europe n’existe pas !

 

La fameuse intégration européenne est une plaisanterie quand on voit les pays de ce qui fut la « Mitteleuropa » se replier sur eux-mêmes en refusant toute forme de solidarité à l’égard de l’afflux des réfugiés, solidarité impliquant le partage des tâches de sauvetage et d’hospitalité par une répartition la plus équitable possible. La Charte des droits fondamentaux qui figure au TFUE (le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne) est un chiffon de papier depuis que Viktor Orban a modifié la constitution hongroise pour y implanter un régime autoritaire au caractère nettement fascisant.

 

Ensuite, l’opinion publique européenne ne sait plus où donner de la tête. D’un côté, la droite et l’extrême-droite infestent les médias et les réseaux sociaux du virus de la peur : ils crient à la fin de la civilisation, à l’invasion de milliers de terroristes qui vont mettre nos villes et nos villages à feu et à sang et, bien entendu, ils ajoutent un zeste de racisme en proclamant la fin de l’homme blanc et l’islamisation généralisée de la vieille Europe. De l’autre, les autorités officielles se montrent impuissantes, travaillent au jour le jour, ne prennent quasi aucune décision. Et les seules mesures prises sont inadéquates.

 

Des organismes indépendants tentent, parfois maladroitement, de ramener les choses à leur juste proportion en démontrant, chiffres à l’appui, qu’il ne s’agit pas d’une invasion, que c’est une guerre interminable en Syrie, en Irak et en Afghanistan qui est la cause de cet afflux de réfugiés en provenance du Moyen Orient. Les Africains qui traversent la Méditerranée fuient avant tout les guerres civiles qui ensanglantent l’Afrique centrale et aussi la misère la plus totale.

 

Et il y a aussi une polémique tout aussi odieuse qu’inutile : qui sont les migrants « économiques » et qui sont les réfugiés « politiques » ? Ne sont-ils pas l’un et l’autre ? Après tout, ceux qui fuient la guerre, fuient aussi la misère.

 

Cela dit, il ne faut pas se leurrer. Les classes moyennes européennes déjà ponctionnées par les violentes politiques d’austérité, voient d’un très mauvais œil cet afflux de réfugiés. Au moment où la seule croissance réelle est celle de la précarité, que de plus en plus de gens sont dans l’incapacité d’assurer l’essentiel pour vivre – encore aujourd’hui, le « Soir » nous apprend que 5 % des Belges n’arrivent pas à payer leur consommation d’eau –, les appels à la solidarité, s’ils touchent avant tout les « bobos associatifs » des grandes villes, restent lettre morte auprès de la population en général.

 

Or, c’est justement la solidarité qui sera le facteur pour en sortir. C’est la solidarité populaire qui pourra devenir la meilleure arme pour abattre les oppresseurs qui s’appellent entreprises transnationales et magnats de la finance qui voient en ces réfugiés la potentialité d’une main d’œuvre à bon marché taillable et corvéable à merci au détriment des travailleurs autochtones.

 

C’est justement dans ce piège-là qu’il ne faut pas tomber. L’unité des travailleurs d’où qu’ils viennent est essentielle, car elle a toujours été efficace.

 

Et puis, n’oublions pas ce précepte éthique essentiel : « Respecte l’étranger voyageur, aide-le, sa personne est sacrée ».

 

Pierre Verhas

 

 

La "clôture" hongroise à la frontière de la Serbie. Des images qui évoquent des souvenirs douloureux. Rien de nouveau sous le Soleil ! Notons cependant que ce "mur" est parfaitement conforme aux accords de Schengen...

La "clôture" hongroise à la frontière de la Serbie. Des images qui évoquent des souvenirs douloureux. Rien de nouveau sous le Soleil ! Notons cependant que ce "mur" est parfaitement conforme aux accords de Schengen...

 

 

D’après le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR), le nombre de réfugiés (I) a atteint le niveau record de 60 millions de personnes en 2014 (soit 42.500 nouveaux réfugiés par jour). La progression est saisissante.

 

Le HCR rappelle qu’ils étaient 51,2 millions l’année précédente, 37,5 millions la décennie précédente (1) et que ces phénomènes migratoires sont les plus importants (et de loin) depuis la seconde guerre mondiale (2). Depuis 2011, c’est le conflit Syrien qui génère le plus grand nombre de réfugiés dans le monde (II). Plus globalement, ils viennent essentiellement d’Afrique sub-saharienne et du Moyen-Orient : des Somaliens, Soudanais, Erythréens, Afghans, Irakiens ... qui fuient leurs pays en guerre ou les persécutions.

 

Toujours, d’après le HCR (données de fin 2013 (3) (4)), près de neuf réfugiés sur dix se retrouvent dans des pays considérés comme économiquement moins développés. Ainsi, les premiers à prendre leur part dans l’accueil des réfugiés du Moyen-Orient (Irak, Syrie, Afghanistan) sont les pays limitrophes. Le Pakistan arrive en tête avec 1,6 million de réfugiés, suivi de l’Iran avec 857.000 réfugiés, du Liban avec 856.000 réfugiés, de la Jordanie avec 641.900, de la Turquie avec 609.900 etc. En termes relatifs, c’est le Liban qui arrive largement en tête en accueillant environ l’équivalent d’un quart de sa population ; il est suivi par la Jordanie, qui accueille presque l’équivalent d’un dixième de sa population. Le Moyen-Orient concentre à lui seul un tiers des réfugiés dans le monde.

 

L’Europe est elle aussi touchée par cette crise migratoire, mais dans une moindre mesure. L’agence Frontex, qui surveille les frontières de l’Union européenne, a estimé à 280.000 le nombre de migrants entrés illégalement dans l’Union européenne en 2014. Depuis le mois de janvier, ils sont plus de 340.000 (comparativement aux 123.500 migrants enregistrés pendant la même période l’année dernière) (5). Si certains migrants utilisent la voie terrestre (principalement les Afghans et les ressortissants des Balkans), c’est la méditerranée qui constitue la porte d’entrée privilégiée en Europe (6). Selon le HCR, déjà plus de 300.000 migrants ont déjà réussi à la traverser en 2015 (2.500 d’entre eux sont morts) contre 219.000 pour toute l’année 2014 (3.500 morts) (7). Des Syriens, des Erythréens, des Somaliens ... (8).

 

Barque surchargée de réfugiés en Méditerranée : 1/20 d'entre eux n'atteindront jamais les rivages européens.

Barque surchargée de réfugiés en Méditerranée : 1/20 d'entre eux n'atteindront jamais les rivages européens.

 

Plus de 20.000 migrants sont morts ces 20 dernières années en tentant de traverser la Méditerranée pour entrer en Europe. Ils sont morts noyés suite au renversement de leur barque (9), asphyxiés dans les cales d’un navire (10) (11), morts de faim, de soif, de fatigue (12) ou de froid (13). Les tragédies s’enchainent à une telle allure qu’elles en deviennent presque abstraites : 300 morts par ici (14), 500 par là (15), ah tiens 700 morts cette fois-ci (16). Des nombres, juste des nombres ... Et pourtant, ce sont des vies humaines qui s’éteignent, celles de gens désespérés qui endurent une grande souffrance et dont l’agonie est souvent atroce. En témoignent les récits de sauveteurs qui voient la mort en direct (17) ou les images de corps sans vie qui flottent près des plages (18).

 

D’autres drames ont lieu à terre. Des migrants s’écharpent sur des grillages barbelés (19), d’autres meurent cachés sous les trains, à l’arrière de camions, ou dans les trains d’atterrissage des avions (20). Dans des pays peu sûrs, les migrants peuvent être persécutés, rackettés, rançonnés (21). En Europe, ils sont parfois pris dans des situations de débordement (22) ou confrontés à des policiers qui ont la main lourde (23). Entassés dans des centres d’accueil, certains y meurent parce qu’ils ne reçoivent pas les soins nécessaires ; d’autres se suicident, par peur d’être renvoyés dans leur pays. Ces histoires sont trop souvent anonymes et oubliées. Malgré tout, quelques ONG s’efforcent de recenser des faits précis et de rendre aux victimes leurs noms et leurs visages (24) (25) (26).

 

En Europe, certains pays sont en première ligne face à l’arrivée de migrants. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) (27), l’Italie et la Grèce ont accueilli sur leurs côtes près de 188.000 personnes (respectivement 97.000 et 90.500) depuis le début de l’année. Le taux de mortalité est très différent. Environ 60 personnes sont mortes en tentant d’atteindre la Grèce, 1.930 en tentant d’atteindre l’Italie. Dans la foulée du drame de Lampedusa (28), l’Italie avait initié en octobre 2013 l’opération "Mare Nostrum" : des bateaux patrouillaient jusqu’au large de la Libye pour venir au secours des migrants. Depuis novembre 2014, elle a été remplacée par l’opération Européenne "Triton". Mais avec beaucoup moins de moyens (2,9 puis 5,8 millions d’euros/mois contre les 9 millions d’euros/mois supportés par la seule Italie), "Triton" ne patrouille plus que près des côtes italiennes et son rôle n’est plus de secourir les migrants mais juste de contrôler les frontières ... De fait, 1 migrant /20 meurt en mer début 2015 contre 1/50 début 2014 (29).

 

En se reposant sur le règlement Dublin II (30) qui oblige l’état par lequel un demandeur d’asile entre dans l’Union européenne à traiter sa demande et à l’héberger, les pays membres tardent à se montrer solidaires des principaux pays d’entrée (Italie, Grèce, Hongrie). Mais après une nième catastrophe en avril 2015 (31), les choses commencent à s’accélérer. L’ONU fait pression sur l’Europe (32), l’Italie montre des signes d’exaspération (33) (34) et la commission Européenne propose de répartir l’effort entre les pays membres (III)(35). Dans un premier temps, cette politique de quotas (avec clé de répartition (IV)) est plutôt mal acceptée, de nombreux pays (comme la France) redoutant leur opinion publique sur le thème de l’immigration (36) (37). Mais cet immobilisme pèse de plus en plus sur les consciences (V). Décidant début septembre de ne plus expulser les migrants (en application de Dublin II), Merkel appelle avec Hollande à une "réponse unifiée" de l’Union européenne face aux réfugiés. Finalement, la France et l’Allemagne se rallient à l’idée de quotas (38) (39).

 

Suite au plan de répartition proposé par la commission, la France confirme début septembre l’accueil de 24.000 nouveaux migrants sur son sol (40). Elle devient ainsi le deuxième pays d’accueil derrière l’Allemagne (en valeur absolue) et le 8ème si on se rapporte au nombre d’habitants (valeur relative). Cette position est plus honorable que par le passé. Sur l’année 2014, d’après Eurostat, la France se classait respectivement 4ème (valeur absolue) et 13ème (valeur relative) (41). Va t-on vers une meilleure coordination entre les pays Européens ? On peut certes espérer que ce plan va alléger le fardeau des pays de premier accueil (Italie, Grèce, Hongrie) et apaiser les tensions intra-européennes (42) (43) (44) même si on peut aussi regretter que certains pays en soient exemptés (Angleterre, Irlande, Danemark). Se dirige-t-on pour autant vers une politique plus humaine en Europe ? C’est à voir. Si on veut cesser de s’emmurer ou d’entasser des personnes dans des centres d’accueil (45), il faudra certainement accepter de remettre en cause notre politique étrangère ... (VI) (46) (47) (48) (49) (50).

 

En attendant, accueillir ces réfugiés est de notre devoir. Signée et ratifiée par 145 pays dont la France, la Convention de Genève énonce que "le terme ’réfugié’ s’appliquera à toute personne (...) qui, craignant d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner" (51).

 

Le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) reconnait de plus que devant "des conflits ou une violence généralisée", il n’est pas nécessaire de conduire des entretiens individuels et que les personnes fuyantes peuvent être considérées comme des réfugiés "prima facie" (52). D’ailleurs, dans une note d’octobre 2013 consacrée à la Syrie, le HCR déclare qu’il reconnaît comme réfugiée toute personne fuyant le pays (aussi bien les opposants que les soutiens du pouvoir en place) à l’exception des personnes ayant commis des actes de violence (53). Ajoutons enfin que la France reconnaît le droit d’asile dans le préambule de sa Constitution, lequel peut être octroyé "à toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté" (VII) (54) (VIII).

 

Face au droit, les tordus ne manquent pas. De la droite à l’extrême droite, nombreux sont les responsables politiques qui poussent la démagogie jusqu’à son paroxysme. Comme Christian Estrosi qui évoque la présence de Daesh parmi les migrants (55), Nicolas Sarkozy qui se permet de comparer les migrants à une fuite d’eau (56) ou Marine Le Pen qui veut tous les renvoyer dans leur pays en guerre (57). Sur Internet, la fachosphère prend le relai, à coup de slogans chocs, de montages photos et d’informations pipeautées (58) (59). On pourrait en rire si ce n’était pas si grave. Malheureusement, ces idées gangrènent progressivement la société. Etonnant d’ailleurs de voir le populo cracher sur la misère, le croyant détester son prochain ou le persécuté d’hier mépriser celui d’aujourd’hui.

 

Puisque la théorie du "grand remplacement" est à la mode, ne passons pas à côté d’une question essentielle : à quand le grand remplacement des mentalités fascisantes ?

 

Jérôme Henriques

 

 

Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen : c'est à qui sera le plus odieux ! Dire qu'un de ces deux-là risque d'être le prochain président de la République !

Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen : c'est à qui sera le plus odieux ! Dire qu'un de ces deux-là risque d'être le prochain président de la République !

 

Références :

 

(1) ONU - HCR, Worldwide displacement hits all-time high as war and persecution increase

 

(2) ONU - HCR, World Refugee Day : Global forced displacement tops 50 million for first

 

(3) ONU - HCR, le coût humain de la guerre, page 13

 

(4) Rue 89, Quel est le pays qui abrite le plus de réfugiés au monde ? Ne répondez pas la France...

 

(5) Frontex, Number of migrants in one month above 100 000 for first time

 

(6) RFI, [Infographie] Carte des principales routes migratoires vers l’Europe

 

(7) ONU - HCR, Plus de 300 000 traversées clandestines en Méditerranée pour 2015, dont 200 000 arrivants en Grèce

 

(8) l’Humanité, Infographie : 30 fois plus de migrants morts en Méditerranée

 

(9) France 24, Environ 400 migrants seraient morts noyés en tentant de gagner l’Italie

 

(10) Le Monde, Des dizaines de migrants meurent dans la cale d’un bateau en Méditerranée

 

(11) Libération, Méditerranée : 55 cadavres de migrants à bord de trois embarcations

 

(12) RFI, Afrique : un nouveau drame de migrants clandestins

 

(13) Le Monde, Italie : une vingtaine de migrants meurent de froid sur un bateau en Méditerranée

(14) Le Monde, Au moins 300 disparus dans un naufrage en Méditerranée

 

(15) L’Obs, 500 migrants disparus en Méditerranée : ce que l’on sait du naufrage

(16) L’obs, Ce que l’on sait du naufrage des 700 migrants au large de l’Italie

 

(17) Libération, Lampedusa : "On en sortait un, l’autre coulait à pic"

 

(18) Jeune Afrique, Libye : 170 migrants retrouvés morts sur une plage

 

(19) Jeune Afrique, Maroc : des migrants lancent un nouvel assaut contre la frontière à Melilla

 

(20) L’Humanité, 71 réfugiés syriens ont péri dans un camion en Autriche

 

(21) Libération, Sinaï, le désert des tortures

 

(22) RFI, Migrants : la situation dégénère sur l’île de Kos en Grèce

 

(23) Libération, Calais : une vidéo montre des violences policières contre des migrants

 

(24) OWNI, La carte des morts aux frontieres de l’europe

 

(25) Migreurop, Des morts par milliers aux portes de l’Europe

 

(26) Fortress Europe

 

(27) IOM, Le bilan meurtrier dépasse les 2 000 décès de migrants dans la Méditerranée

 

(28) Le Grand Soir, Europe : le drame de Lampedusa accable les Vingt-Huit

 

(29) L’Humanité, Infographie : 30 fois plus de migrants morts en Méditerranée

 

(30) Règlement de l’UE : Dublin II

 

(31) L’obs, Ce que l’on sait du naufrage des 700 migrants au large de l’Italie

 

(32) Libération, L’ONU accuse l’UE de transformer la Méditerranée en "vaste cimetière"

 

(33) Le Huffington Post, Migrants : l’Italie menace de mettre en place un "plan B" qui ferait "mal à l’Europe" entière

 

(34) Le Parisien, L’Italie va repêcher des corps de migrants pour pousser l’Europe à agir

 

(35) Commission européenne, Questions et réponses sur l’agenda européen en matière de migration

 

(36) Le Dauphiné, Hollande : "pas question qu’il y ait des quotas de migrants" en Europe

 

(37) Slate, La France va-t-elle faire échouer le plan européen sur les migrants ?

 

(38) Les Echos, Berlin cesse d’expulser les Syriens et appelle l’Europe à répartir l’effort

 

(39) Libération, Hollande se rallie sans le dire à l’idée de quotas de réfugiés en Europe

 

(40) Le Monde, Les quotas migratoires proposés par l’UE

 

(41) Eurostat, The number of asylum applicants in the EU jumped to more than 625.000 in 2014

 

(42) L’Obs, Migrants bloqués à Vintimille : l’Italie face à "la trahison de la France"

 

(43) Libération, Migrants : Fabius juge "scandaleuse" l’attitude de certains pays, Hongrie notamment

 

(44) Sud Ouest, Migrants à Calais : le torchon brûle entre la France, l’Angleterre et Eurotunnel

 

(45) Le Monde, Migrants : quand l’Europe s’emmure

 

(46) Le Grand Soir, La France a toujours soutenu les plus grands dictateurs en Afrique

 

(47) Le Grand Soir, Afrique : Redéploiement de l’impérialisme français et sidération humanitaire de la gauche

 

(48) Le Grand Soir, La Libye, la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire

 

(49) Le Grand Soir, La Syrie, pays de tous les enjeux

 

(50) Le Grand Soir, La déchirure Ukrainienne

 

(51) ONU - Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Convention relative au statut des réfugiés

 

(52) ONU - HCR, Demandeurs d’asile

 

(53) ONU - HCR, International Protection Considerations with regard to people fleeing the Syrian Arab Republic

 

(54) Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

 

(55) 20 Minutes, Pour Christian Estrosi, "des terroristes de Daesh s’infiltrent parmi les migrants"

 

(56) Libération, Pour Nicolas Sarkozy, la crise humanitaire des migrants est comme une "grosse fuite d’eau"

 

(57) Le Monde, Marine Le Pen à Calais : "Renvoyer les migrants, même dans des pays en guerre"

 

(58) Libération, Non, des réfugiés n’ont pas refusé de la nourriture non halal

 

(59) Le Monde, Migrants : la guerre des images

 

 

(I) Le terme "réfugiés" est à prendre au sens large : cela englobe les demandeurs d’asile, les réfugiés (soit ceux dont la demande a été acceptée), les déplacés internes et les apatrides.

 

(II) On peut constater sur l’histogramme en (1) une forte progression du nombre de réfugiés sur cette période.

 

(III) Remise en question de Dublin II : l’article 78 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne énonce qu’en cas d’afflux soudain de migrants, la Commission européenne peut soumettre des mesures exceptionnelles.

 

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:12012E/T..

 

(IV) La clé de répartition est fondée sur quatre critères : PIB, population, taux de chômage et nombre de demandes d’asile déjà enregistrées par le pays.

 

(V) La photo du petit enfant mort noyé a peut-être été le catalyseur de ce changement de politique ; il est possible aussi que cette photo ait été instrumentalisée pour influer sur l’opinion publique. Pourquoi ne nous montre-t-on pas aussi des photos d’enfants Lybiens, Syriens, Palestiniens ... déchiquetés par les bombes.

 

(VI) Lire François-Xavier Vershave : "Françafrique, le plus long scandale de la république", "Noir silence", "Noir Chirac", "De la Françafrique à la mafiafrique".

 

(VII) Il s’agit du préambule de la constitution de 1946 ; le préambule de la Constitution de 1958 y fait référence.

 

(VIII) Il y a aussi la protection subsidiaire mais elle est très rarement appliquée

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 23:04

 

La courbe fatidique

 

Samedi dernier, lors d’une réception de rentrée, avec un ami banquier que j’ai déjà évoqué – oui, je fréquente un banquier ! Où est le problème ? – nous parlions du licenciement de Paul Jorion. Il m’a dit l’avoir invité à donner une conférence dans le cadre d’un cercle de réflexions au sein de l’institution qui l’emploie. Il m’a dit l’avoir écouté et qu’il le trouvait fort superficiel.

 

Comme mon ami n’avait pas étayé son impression d’un ou deux exemples, je n’ai pas répondu. Et puis, comme toujours dans ce genre de petite sauterie, on fut interrompus. Et notre conversation prit aussitôt fin. Cependant, sa réflexion m’a interpellé.

 

Ayant lu pas mal d’écrits de Paul Jorion et écouté quelques-unes de ses conférences, tout en consultant régulièrement son blog, je me suis demandé si cette critique de mon ami banquier que je connais comme homme de conviction réfléchi et nuancé, ne jetant pas des affirmations en l’air, n’était pas le résultat de l’affrontement entre deux approches fondamentalement contradictoires de l’économie.

 

Mon ami banquier, de par son métier, penche sans doute pour une conception mathématique de l’économie. Cette conception qui veut que dans les échanges de biens et de services entre les hommes, tout est quantifiable, donc rationnel.

 

Prenons l’exemple de la fameuse courbe de l’offre et de la demande : elle se base sur deux paramètres quantifiables, donc rationnels : la plus grande quantité de biens possible pour le moindre coût.

 

 

La fameuse courbe de l'offre et de la demande : en abcisse la quantité d'un produit offert sur le marché, en abcisse, son prix de vente. L'équilibre est atteint à l'intersection des deux courbes. On remarque donc que la loi de l'offre et de la demande se limite à ces deux dimensions : quantité et prix.

La fameuse courbe de l'offre et de la demande : en abcisse la quantité d'un produit offert sur le marché, en abcisse, son prix de vente. L'équilibre est atteint à l'intersection des deux courbes. On remarque donc que la loi de l'offre et de la demande se limite à ces deux dimensions : quantité et prix.

 

Certes, cette courbe, c’est le « B.A.-BA a » de l’économie. On prétend pouvoir tirer bien des leçons de cette courbe qui tente de quantifier, donc de donner une consistance mathématique à une activité sociale, c’est-à-dire à l’humain.

 

À la lecture de ce graphe, l’intersection des deux courbes (la quantité d’un produit offert sur le marché et le prix de vente) représente l’équilibre.

 

Ainsi, comme en physique, il y aurait recherche de l’équilibre, c’est-à-dire du moment parfait. Or, qui peut oser prétendre que les activités humaines, dont une des principales est l’échange, sont uniquement quantifiables pour parvenir ainsi à la perfection ?

 

Tout cela résulte d’une vue de l’esprit née au XVIIIe siècle de la pensée d’Adam Smith. C’est la dogmatique du parfait. Avant Kepler, l’Univers était fait de cercles et de sphères parfaites. On s’est peu à peu aperçu que ce n’était pas le cas et qu’aucun mouvement des astres n’était parfaitement régulier. On a même envoyé au bûcher ceux qui doutaient de ce mythe de la perfection! N’est-ce pas le cas aujourd’hui - jusqu’à présent limité à l’exclusion professionnelle – avec les économistes dits « hétérodoxes » ?

 

 

Monument à la mémoire de Giordano Bruno érigé à Rome à l'emplacement du bûcher où il est mort parce qu'il refusait les dogmes cosmologiques de l'Eglise catholique. Les économistes "hétérodoxes" de nos jours connaîtront-ils un sort équivalent ?

Monument à la mémoire de Giordano Bruno érigé à Rome à l'emplacement du bûcher où il est mort parce qu'il refusait les dogmes cosmologiques de l'Eglise catholique. Les économistes "hétérodoxes" de nos jours connaîtront-ils un sort équivalent ?

 

 

En définitive, cet équilibre parfait que chercherait à atteindre le marché, la « main invisible » du même marché et le dogme de la « concurrence libre et non faussées » ne sont-ils des vues de l’esprit ?

 

Si on observe la réalité, ce n’est pas toujours le prix le plus bas par rapport à l’offre et à la demande qui est le meilleur, mais celui qui est le plus adéquat. Le consommateur n’est pas l’individu « rationnel » de l’économie de l’offre dont la rationalité se limite à choisir ce qu’il considère comme étant le meilleur prix pour lui. Il est en réalité un citoyen capable de raisonner et de comprendre que pour avoir un produit de qualité, il faut assurer au producteur un revenu correct afin qu’il puisse vendre avec une marge raisonnable sur son prix de revient et disposer ainsi des ressources suffisantes pour assurer sa subsistance et ses investissements futurs. Et notre citoyen sait aussi que les marges successives prises par les intermédiaires – parfois inutiles – sont un élément nuisible dans la formation du prix du produit qu’il achète.

 

Prenons deux exemples actuels : le prix du lait et le prix du transport rémunéré de personnes.

 

Où est « l’équilibre » de l’offre et de la demande là où les grandes surfaces commerciales ont le monopole de la fixation du prix du lait au point qu’elles contrôlent la quasi-totalité du marché d’un produit essentiel à la vie et à la santé humaine, cela sans contrôle économique de la puissance publique ?

 

Et que se passe-t-il avec les petits producteurs, particulièrement en France et en Belgique ? Afin de garder leurs marges et de vendre le lait au prix soi-disant le plus bas au consommateur, les grandes surfaces n’acceptent d’acheter à ces producteurs qu’à un prix fixé en deçà du prix de revient.

 

Cette situation est évidemment intenable pour les producteurs d’autant plus que depuis la décision des institutions européennes d’abandonner la politique agricole commune afin d’ouvrir le marché à la concurrence, c’est-à-dire aux entreprises transnationales de l’agroalimentaire, il n’est plus question pour les producteurs d’avoir les protections des quotas et des compensations financières.

 

Cela mérite une révolution !

 

Le marché du lait sera ainsi totalement « libéralisé ». Les petits producteurs disparaîtront au profit d’une agriculture à la fois industrialisée et mondialisée qui mettra sur le marché des produits laitiers standardisés, de basse qualité, répondant à des normes sanitaires typiques d’un univers carcéral alimentaire aseptisé.

 

Ainsi, c’en est fini des produits au lait cru ! Le bon et le vrai camembert ! Le merveilleux fromage qui pue ! Tous détrônés par des pâtes soi-disant fromagères pasteurisées dénuées de goût ! Rien que cela mérite une révolution !

 

 

La dernière manifestation des agriculteurs devant les bâtiments de la Commission européenne est un avertissement dont les "huiles" devront tenir compte.

La dernière manifestation des agriculteurs devant les bâtiments de la Commission européenne est un avertissement dont les "huiles" devront tenir compte.

 

Le transport des personnes, comment le gérer dans nos cités tentaculaires dont le centre est consacré aux tours abritant les bureaux des entreprises transnationales, la périphérie aux commerces de grande surface, la banlieue logeant les classes moyennes et populaires de plus en plus précarisées en voie de « favelisation » parsemées de quelques oasis-forteresses pour les quelques centaines de nantis « pesant » financièrement à eux seuls plus de 90 % que les autres habitants ?

 

Uber est arrivé !

 

Les sociétés de transports publics sont à la peine, malgré leurs louables efforts. Quant aux taxis « classiques », ils sont chers, pas très propres, surtaxés, entre les mains de mafias, avec des chauffeurs mal rémunérés et pas toujours à la hauteur. Aussi, il n’est pas surprenant que le marché du transport des personnes soit à la merci de bouleversements. Alors ?

 

Eh, eh ! Uber est arrivé ! Sans se presser ! De Californie et a cherché à tout chambouler ! Uber, qu’est-ce que c’est ? Avant tout une « appli » pour smartphones mise au point par cette transnationale, à laquelle toute personne peut souscrire si elle a son permis de conduire et une voiture.

 

Ainsi, l’application lui sert de centrale de taxis qui lui fournit un client pour une course payée au tarif fixé par Uber qui est évidemment non concurrentiel avec celui d’un taxi ordinaire. Le chauffeur lui verse 30 % de sa recette. C’est ce qu’on appelle un système d’économie « partagée ».

 

En réalité, Uber fait travailler ses « chauffeurs » en toute illégalité, en infraction avec la loi sur le transport des personnes, sans aucune assurance pour le transport de personnes, ni protection sociale. La recette n’est pas assujettie à la TVA et le chauffeur comme Uber ne paient aucun impôt.

 

Pour Uber, l’opération financière est gagnante à tous les coups : pas de charges, pas d’investissements, bénéfice net assuré par la vente de son application et le pourcentage sur les recettes des chauffeurs. Pour le chauffeur, une rémunération en « noir », tous les risques à sa charge et à la merci du moindre anicroche. Curieux partage !

 

Et nos politiciens ultralibéraux s’enthousiasment de cette « innovation ». Enfin de la souplesse dans les transports ! Lors d’un débat télévisé à la RTBF au sujet d’Uber, le très néolibéral échevin d’Uccle Boris Dilliès, professeur à l’European communication school – une école privée multinationale – et député bruxellois n’a rien trouvé de mieux d’affirmer qu’Uber était très utile à des étudiants ivres en fin de guindaille incapables de se payer un taxi ordinaire pour retourner cuver chez papa et maman ! C’est sans conteste un argument massue pour admettre les pratiques d’Uber !

 

Borsi Dilliès le très néolibéral jeune "espoir" des libéraux bruxellois...

Borsi Dilliès le très néolibéral jeune "espoir" des libéraux bruxellois...

 

Et voilà comment on bâtit l’économie de demain. Voilà les « réformes » qu’on veut nous imposer !

 

Non, au vu de ces deux exemples – le drame des producteurs de lait et l’escroquerie Uber - la question de l’économie ne se réduit pas aux marges des différents acteurs et au prix le plus bas pour le consommateur. C’est une vue à court terme.

 

Comme il est aisé aux tenants du marché libre, à ceux qui détiennent le pouvoir absolu de l’argent de considérer l’être humain comme une unité quantifiable que l’on peut manier à sa guise. Ce réductionnisme, sans qu’ils s’en aperçoivent, qui, aujourd’hui, est l’instrument de leur pouvoir aussi absolu qu’éphémère, laissera la place à une réelle intelligence des choses. Alors, il sera trop tard pour eux.

 

L’économie, en effet, est dans sa réalité historique comme quotidienne une science humaine tenant compte de la complexité des êtres humains de quelque classe, de quelque peuple, de quelque sexe. C’est par cette voie et cette voie seulement, qu’elle peut apporter sa pierre à la connaissance de l’homme et ainsi contribuer à sa destinée.

 

 

Pierre Verhas

 

 

PS. On en sait un peu plus sur l’éviction de Paul Jorion. Le recteur de la VUB a reconnu que jamais son université n’avait pris une mesure aussi dure à l’égard d’un membre du corps académique. Il a réitéré les motifs du licenciement invoquant un prétendu refus de l’intéressé de se plier à la déontologie. Curieux tout de même que l’on s’en aperçoive juste à la veille de la rentrée universitaire !

 

Tout cela renforce l’hypothèse d’un limogeage idéologique. Les néolibéraux n’ont rien à envier des staliniens d’antan.

 

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