De l’espoir à l’extermination
Les négociations entre Israéliens et Palestiniens entamées dès la conférence de Madrid de 1991 se firent sur des bases ambiguës, car ni l’une ni l’autre partie n’exprimait clairement sa volonté. Les Israéliens voulaient certes un accord avec les Palestiniens pour enfin établir la paix et accessoirement assurer leur domination en cédant le moins possible de territoires occupés depuis 1967 et les Palestiniens revendiquaient prioritairement le droit au retour des réfugiés de 1948 et de 1967.
Ces deux revendications étaient au départ, inacceptables pour les deux interlocuteurs. C’est la source du conflit depuis les débuts du Sionisme : Les Juifs voulaient réoccuper la terre de leurs lointains ancêtres selon les textes bibliques et les Palestiniens, particulièrement les musulmans, mais par après les chrétiens refusaient de leur laisser la place ! Le Dôme du Rocher devint le symbole de la lutte palestinienne après la défaite de 1967. Et puis, chacune des parties pense : on ne partage pas ce qui nous appartient ou ce qui nous a été attribué.
Le Dôme du Rocher sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem est un puissant symbole aussi bien pour les Israéliens que pour les Palestiniens.
Un autre élément s’ajoute : l’Etat d’Israël qui, comme on le sait, n’a pas de constitution, n’a fixé aucune frontière. Ecoutons feu Ariel Sharon n’était pas seulement un baroudeur, il fut aussi un stratège et il fut un des rares dirigeants israéliens à avoir une vue à long terme. D’ailleurs, David Ben Gourion, le fondateur d’Israël, le voyait comme son véritable successeur.
D’ailleurs, dès le début, les Israéliens n’avaient aucune intention de « rendre » les territoires occupés. Le « plan Ygal Allon » qui partageait la Cisjordanie en deux sur une ligne allant du Nord au Sud, le démontre.
Dans un entretien accordé au supplément hebdomadaire du quotidien israélien Haaretz, le 13 avril 2001, Ariel Sharon livra le fond de sa pensée : « Aujourd’hui, les gens ne vibrent plus à l’idée d’“une acre et encore une acre”. Moi, cette idée m’excite toujours… La guerre d’indépendance n’est pas terminée. Peut-être durera-t-elle éternellement. Un peuple normal ne se pose pas de questions du genre “allons-nous toujours vivre avec l’épée ?” L’épée fait partie de la vie. »
Ariel Sharon était un baroudeur, mais aussi un stratège qui concevait le "Grand Israël"
« La frontière sera là où nous planterons notre dernier arbre. »
Auparavant, dans un texte publié par le Yediot Aharonot en 1993, Ariel Sharon écrivait :
« Nos grands-parents et nos parents ne sont pas venus ici [en Israël] pour bâtir une démocratie. Tant mieux si elle est préservée, mais ils sont venus ici pour créer un État juif. L’existence d’Israël n’est vraiment menacée que par ceux qui, parmi les Israéliens, ne jurent que par la démocratie et la paix, au risque de saper les fondements de notre État juif démocratique et d’ouvrir la voie à la dictature criminelle d’un État palestinien dirigé par l’OLP. (…) Le sionisme n’a jamais prôné la démocratie, mais la création en Palestine d’un État juif appartenant à tout le peuple juif et à lui seul. »
Autrement dit, le fameux « processus de paix » que nous rabâchent les médias à tout bout de champ est une pure fiction. Sharon a pensé et mis en œuvre la colonisation des « territoires occupés » par Israël depuis 1967, colonisation qui se poursuit et même s’accentue, en dépit des « protestations » internationales. La colonisation des territoires est un élément de la construction d’Israël, car, selon Sharon, « Israël ne doit pas fixer de frontières. » Il existe donc, à la place du « processus de paix », un « processus constitutif », car « La paix n’est pas à l’ordre du jour dans les cinquante ans à venir. » Et la frontière « sera là où nous planterons notre dernier arbre. »
La Bible est un cadastre !
Il s’agit donc de créer Eretz Israël, la terre de l’Israël biblique. Le directeur du Centre d’Information Alternative, Michel Warschawski dit que pour tout Juif, religieux ou laïque, ashkénaze ou sépharade, « la Bible est un cadastre ». En effet, c’est en vertu des textes bibliques qu’est déterminé le territoire d’Israël sans tenir aucun compte des frontières reconnues par les Nations Unies et de la volonté des habitants non juifs de cette terre. Il ajoute : « L’athée israélien ne croit pas en Dieu, mais il croit dur comme fer que Dieu lui a donné cette terre. » Il considère dès lors que la Bible est la base même de l’identité juive.
Michel Warschawski a milité toute sa vie pour un accord avec les Palestiniens.
Ainsi, il existe pas mal d’obstacles sur le chemin qui mène à la création d’un ou de deux Etats dans la région !
Dans une lettre ouverte au Président français Macron, faisant suite à sa promesse de reconnaissance de l’Etat de Palestine, parue dans le Monde du 5 août 2025, Elie Barnavi et Vincent Lemire, tous deux historiens, résument l’évolution des négociations qui se sont déroulées depuis la déclaration Balfour du 2 novembre 2017 (Voir première partie) :
« Votre initiative s’inscrit dans une longue histoire de promesses, de reconnaissances et de dénis, qui s’est toujours faite par échanges de courriers. Le 2 novembre 1917, le secrétaire d’Etat britannique aux affaires étrangères lord Balfour apportait par écrit son soutien au projet d’« établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif », promettant que « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ». A la fin de la première guerre israélo-arabe, le 24 janvier 1949, le ministre français des affaires étrangères Robert Schuman reconnaissait par écrit « le gouvernement provisoire d’Israël », ajoutant que « cette décision ne préjuge pas de la délimitation définitive par les Nations unies du territoire sur lequel il exercera son autorité ».
Oralement le 2 mai 1989 avec sa fameuse formule sur la charte de l’OLP désormais « caduque », puis par écrit le 9 septembre 1993, Yasser Arafat reconnaissait « le droit d’Israël à une existence en paix et sécurité » ainsi que « les résolutions 242 et 238 du Conseil de sécurité », c’est-à-dire les frontières issues de la ligne de cessez-le-feu effective entre 1949 et 1967. Le lendemain, le gouvernement israélien dirigé par Yitzhak Rabin reconnaissait « l’OLP comme représentant du peuple palestinien » mais ne reconnaissait pas le droit des Palestiniens à un Etat. C’est cette absence de réciprocité, ce déni de dignité et de légitimité, péché originel des accords d’Oslo, que votre courrier à Mahmoud Abbas tente de réparer : une reconnaissance préalable, destinée à créer les conditions de son effectivité. Votre décision du 24 juillet est donc, au sens propre, historique. »
D’égal à égal
Pour la plupart des dirigeants israéliens, le peuple palestinien n’existe pas ! Comme me l’a dit un jour un éminent dirigeant palestinien, Edmond Shehadeh, le fondateur et directeur honoraire de l’hôpital BASR à Bethlehem : « Nous parlerons avec les Israéliens lorsqu’ils nous traiteront d’égal à égal ! »
On observe clairement cette inégalité dans les fameux accords d’Oslo entre Israéliens et Palestiniens qui ont donné naissance à l’Autorité palestinienne en Cisjordanie (la « west bank » pour les Palestiniens, la Judée Samarie pour les Israéliens). Cela confirme les propos d’Elie Barnavi de Vincent Lemire et du Docteur Shehadeh.
Le 9 septembre 1993, les accords d’Oslo, signés entre le dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, et le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, consacraient la solution dite à deux États. À l’époque, le grand intellectuel palestinien Edward Saïd a surnommé l’accord « le Versailles palestinien », conscient de la capitulation qu’il représentait pour son peuple sans garantir son droit à l’autodétermination.
La célèbre poignée de mains Arafat Rabin à Washington après la signature des accords d'Oslo en 1993. Deux années après Rabin fut assassiné par un Juif fanatique et Arafat décéda par après dans un hôpital français. On a pensé à un empoisonnement. Faire la paix est dangereux au Proche Orient !
Edward Saïd écrit : « appelons cet accord de son vrai nom : un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien. Ce qui le rend pire encore, c’est qu’au cours des 15 dernières années, l’OLP aurait pu négocier un arrangement meilleur que ce Plan Allon modifié, et exigeant de faire moins de concessions unilatérales à Israël. Pour des raisons que les dirigeants connaissent fort bien, ils ont refusé toutes les ouvertures précédentes. Pour donner un exemple que je connais personnellement : à la fin des années ’70, le secrétaire d’État Cyrus Vance m’a demandé de persuader Arafat d’accepter la résolution 242, avec une réserve (acceptée par les USA) à ajouter par l’OLP et insistant sur les droits nationaux du peuple palestinien ainsi que sur l’autodétermination palestinienne. Vance a dit que les USA reconnaîtraient immédiatement l’OLP et instaurerait les négociations OLP-Israël. Arafat refusa l’offre catégoriquement, de même que des offres similaires. Ensuite éclata la guerre du Golfe, et l’OLP perdit encore plus de terrain à cause des positions désastreuses qu’il adopta alors. Les gains de l’Intifada furent dilapidés, et maintenant, les défenseurs du nouveau document disent : « Nous n’avions pas d’alternative ». Il serait plus exact de dire : « Nous n’avions pas d’alternative parce que nous en avions perdu ou rejeté bien d’autres, ne nous laissant que celle-ci ».
Pour avancer vers l’autodétermination palestinienne – qui n’a de sens que si liberté, souveraineté, égalité, et non une soumission perpétuelle à Israël, sont ses objectifs — il nous faut reconnaître honnêtement où nous en sommes, maintenant que l’accord intérimaire va être négocié. Ce qui est particulièrement mystifiant, c’est comment tant de leaders palestiniens et leurs intellectuels peuvent continuer à parler de cet accord comme d’une « victoire ». Nabil Shaath l’a qualifié de « parité complète » entre Israéliens et Palestiniens. La réalité c’est qu’Israël n’a rien concédé, comme l’ancien secrétaire d’État James Baker l’a dit dans une interview télévisée, excepté, tout platement, l’existence de « l’OLP comme représentant du peuple palestinien ». Ou, comme la colombe Amos Oz l’aurait dit au cours d’une interview à la BBC, « c’est la deuxième plus grande victoire de l’histoire du sionisme ».
Par contre, la reconnaissance par Arafat du droit d’Israël à exister comporte toute une série de renonciations : à la Charte de l’OLP ; à la violence et au terrorisme ; à toutes les résolutions pertinentes de l’ONU, sauf la 242 et la 338, qui ne disent pas un mot des Palestiniens, de leurs droits et de leurs aspirations. Implicitement, l’OLP mettait de côté bien d’autres résolutions de l’ONU (qu’avec Israël et les États-Unis, elle est apparemment disposée à modifier ou à abroger) qui, depuis 1948, ont donné aux réfugiés palestiniens des droits, dont le droit à des compensations ou au rapatriement. Les Palestiniens ont gagné bien des résolutions internationales — proposées notamment par l’Europe, le Mouvement des non-alignés, la Conférence islamique et la Ligue arabe, ainsi que par l’ONU – et qui rejetaient ou condamnaient les colonies israéliennes, les annexions et les crimes contre le peuple sous occupation.
Il semblerait donc que l’OLP a mis fin à l’Intifada, qui n’incarnait ni le terrorisme ni la violence, mais le droit des Palestiniens à résister, alors qu’Israël continue d’occuper la Cisjordanie et Gaza. La considération première du document est la sécurité d’Israël, et aucunement la sécurité des Palestiniens contre les incursions israéliennes. Dans sa conférence de presse du 13 septembre, Rabin a été franc sur la poursuite du contrôle souverain d’Israël ; de plus, a-t-il dit, Israël détiendrait le Jourdain, les frontières avec la Jordanie et l’Égypte, la mer, la terre entre Gaza et Jéricho, Jérusalem, les colonies et les routes. Peu de choses dans le document suggèrent qu’Israël renoncera à la violence contre les Palestiniens ou, comme l’Irak a été forcé de le faire après son retrait du Koweït, dédommagera les victimes de sa politique au cours des 45 dernières années. »
Netanyahou s’inscrit dans la continuité.
Près de trente-deux ans plus tard, Israël est dirigé depuis quelques années par un fervent opposant aux accords d'Oslo, Benyamin Netanyahou. Les Israéliens avancent dans l’annexion de la Cisjordanie, qui est désormais presque actée, et poursuivent depuis plus de 650 jours une guerre génocidaire à Gaza. Les accords d’Oslo ont depuis longtemps été enterrés.
Gaza : la mort, l'odeur de la mort, les fantômes de la mort. Des survivants réduits à l'état de zombies. Et on ose parler de défense légitime !
Pourtant, la solution dite à deux États continue d’être érigée en seule solution viable sur la scène internationale, y compris largement parmi les soutiens des Palestiniens. La diplomatie est parfois d’un immobilisme effarant !
Reconnaître deux États, un Israélien et un Palestinien, revient à gommer le caractère colonial du projet sioniste, affirme le 25 juillet 2025 à Mediapart Naji El Khatib, chercheur en sociologie politique, professeur à l'université Al-Najah de Naplouse, en Cisjordanie occupée que nous avons évoqué à plusieurs reprises sur le blog « Uranopole ».
Le professeur Naji El Khatib, sociologue à l'Université de Naplouse et à la Sorbonne plaide pour un Etat démocratique et laïque excluant toute discrimination "de la mer au fleuve".
Réfugié palestinien né au Liban, Naji milite pour la « One Democratic State Initiative », une mouvance qui prône un seul État démocratique de la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, réunissant Palestiniens et Israéliens en leur garantissant les mêmes droits. Il n’y a qu’ainsi qu’on pourra garantir le droit au retour des Palestiniens réfugiés, expulsés à la création d’Israël, et offrir l’autodétermination aux Palestiniens citoyens d’Israël, explique-t-il.
En effet, La solution à « deux Etats » ne résoudra pas le point le plus litigieux qui existe depuis la Nakba entre les Palestiniens et Israël : le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ajoutons que c’est sans doute la raison pour laquelle tout le monde occidental et une partie de l’opinion israélienne veut l’imposer.
Naji El Khatib ajoute : « Les accords d’Oslo étaient censés créer un État palestinien au bout de cinq ans, donc en 1998. On est en 2025, on négocie depuis trente-deux ans la création d’un État palestinien. Au moment des accords d’Oslo, il y avait environ 160 000 colons israéliens en Cisjordanie et à Gaza – ces derniers sont partis en 2005 sur décision de Ariel Sharon.
À cette époque-là, les territoires palestiniens promis correspondaient à 23 % de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, selon les statistiques israéliennes, les colons sont presque un million. Et de 23 % du territoire historique, on est passés à 10 %. Ces territoires ont été avalés par la colonisation : lors des négociations d’Oslo, toute la zone C, qui représente 60 % de la Cisjordanie, est passée sous le contrôle absolu d’Israël. »
Et Naji El Khatib conclut : « Il n’y a pas de vision française ni européenne dans la région. La France gaulliste avait une position claire par rapport à ce qui se passait au Moyen-Orient. S’il y a une politique française dans la région aujourd’hui, elle se résume à un soutien inconditionnel à Israël. Ce n’est pas nouveau. La France est complice du génocide et de la politique d’expansion coloniale de l’État d’Israël. »
En finir avec le Sionisme !
Et la France n’est pas seule. La Belgique a donné le 14 août une image honteuse d’elle-même. Le Parlement belge s’est réuni pour débattre de l’éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien. Le débat a tourné court : il n’y a pas eu d’accord sur une solution. Le ministre belge des Affaires étrangères, Daniel Prévot du parti « Les Engagé-es » (sociaux chrétiens) a donné une explication claire de la situation dramatique à Gaza mais, en conclusion, a avoué son impuissance ! Lisons le message que le Président fondateur de l’ABP (Amitiés Belgique Palestine) du CNPD et Sénateur honoraire, Pierre Galand, a diffusé sur Internet :
« Pour ceux et celles qui ont suivi le discours de M. Prévot ce jour à la Chambre, il est clair qu'il sait ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie, il sait ce que sont les obligations découlant des conventions signées par la Belgique, notamment celle relative à la prévention du génocide en cours à GAZA. Il a fait 14 fois référence au droit international et au droit humanitaire, il a fait un inventaire correct des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par le gouvernement Netanyahou et dans le même temps il a fait l'étalage de son impuissance tant au sein du gouvernement que du conseil européen. Par contre, il est resté muet quant à l'objet de la réunion de la commission des A.E. de la chambre réunie en urgence ce jeudi pour débattre des initiatives à prendre pour forcer l'ouverture des couloirs humanitaires aux secours alimentaires et médicaux indispensables pour sauver les populations de Gaza.
C'est révoltant ! »
Le ministre des Affaires étrangères belge Maxime Prévot, social-chrétien, n'a convaincu personne dans son plaidoyer pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine. Il est vrai qu'il le faisait à titre personnel !
C’est révoltant, en effet et c’est même honteux. Les Européens qui ont démontré leur coupable faiblesse dans les autres conflits qui secouent le monde, croient sans doute qu’ils imposent une solution en reconnaissant l’Etat de Palestine qui n’existe pas et ne peut exister dans les circonstances actuelles. Ils ne font que servir en définitive les projets des fanatiques sionistes d’extrême-droite qui sont au pouvoir à Jérusalem. Elie Barnavi, un grand Monsieur, a honte d’Israël, nous autres Européens devrions avoir honte de nous-mêmes !
La seule solution possible à ce conflit séculaire et de plus en plus meurtrier est la constitution d’un Etat démocratique et laïque où il y a de la place pour tout le monde – Juifs israéliens comme Arabes palestiniens et d’autres de diverses origines et confessions.
Ce sera très difficile, c’est presque une utopie. Qui aura la force d’imposer un accord pour cette solution ? On n’en sait rien encore. Pour ce faire, il y a une condition essentielle : en finir avec le Sionisme, cette pensée politique nationaliste et colonialiste qui a lamentablement échoué dans son projet : assurer la sécurité aux Juifs dans un Etat leur appartenant exclusivement. Relisez les paroles de feu Ariel Sharon citées plus haut : « Le sionisme n’a jamais prôné la démocratie, mais la création en Palestine d’un État juif appartenant à tout le peuple juif et à lui seul. » Non, général, le peuple juif n’est pas seul !
Enfin, on parle tant d’humanitaire, face à l’impuissance de la « communauté » internationale à sauver les Gazaouis de la famine et de la mort. Méditons ce texte de la chronique intitulée « Chronique du Gazacide » écrit par un Gazaoui pour la lettre d’Alain Gresh « Orient XXI » qui vit cette terrible tragédie :
« Vivre sous une tente, c’est endurer une chaleur d’enfer pendant la journée, avec des mouches qui pénètrent à l’intérieur et n’arrêtent pas de vous agacer. Et la nuit, c’est l’inverse : il fait froid. Il faut mettre deux ou trois couvertures. C’est se réveiller en ayant mal partout, parce qu’on dort sur un sol déformé.
Vivre sous une tente, c’est dépendre de l’aide humanitaire et ne manger que des boîtes de conserve. C’est chercher tous les jours un endroit pour charger nos téléphones et nos lampes rechargeables.
Vivre sous une tente c’est faire la queue pour l’eau et la nourriture. Pour faire la cuisine, il faut un four en argile et du bois. Quand on n’a pas de bois, on utilise n’importe quoi. Beaucoup de gens brûlent des cartons ou du plastique. On respire presque toute la journée cette fumée de plastique. On fait la lessive dans les seaux, on porte les mêmes vêtements trois ou quatre jours pour économiser l’eau. Pour les toilettes, on creuse un trou. Vivre sous la tente, c’est surveiller en permanence les insectes, les serpents, les scorpions.
C’est une vie d’humiliation.
Mais cette tente est le symbole de la résilience palestinienne. Nous en avons fait un symbole politique, pour dire que nous allons rentrer chez nous. Parce qu’un jour, tout cela va s’arrêter. »
Un des nombreux camps de déplacés à Gaza... le rêve de Bibi Netanyahou ?
Tout comme la clé est le symbole des réfugiés palestiniens, la clé de leur maison perdue.
Pierre Verhas
Post scriptum
Alliance de l’innommable et de l’imbécillité
Ce qu'il reste du tronc de l'olivier planté en 2006 à la mémoire d'Ilan Halimi
Un olivier planté à Epinay-sur-Seine à la mémoire d’Ilan Halimi, un jeune Français de confession juive séquestré et torturé à mort en 2006 par le « gang des barbares », a été abattu dans la nuit du 14 au 15 août. Ce geste antisémite témoigne d’une terrible bêtise de la part de ses auteurs qui croyaient sans doute punir la mémoire d’un jeune Juif français enlevé, torturé et tué par une bande de voyous de bas étage. Ilan fut enlevé parce qu’il était Juif et que ses tortionnaires pensaient : un Juif, ça a de l’argent, donc nous pourrons l’échanger ! Cela n’a pas marché, voilà le résultat !
Aujourd’hui, c’est un dégât collatéral de la guerre de Gaza : ces imbéciles croient sans doute aider la cause palestinienne… Pauvres cons !
PV