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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 19:22

 

 

 

Cela n’est pas courant qu’un économiste de renom, éduqué et formé aux Etats-Unis pour lesquels il proclame son amour, ainsi que celui de ses grands-parents flamands affamés par la bourgeoisie de Léopold II et qui y ont émigré et fait souche à Chicago. Il l’écrit :

 

« Mon Amérique, c’est celle des années 1970, du concert de George Harrison pour le Bangladesh au Madison, de Crosby, Stills & Nash et d’Hotel California. C’est surtout celle du film The Paper Chase, un film sur des étudiants en droit d'Harvard qui, dans la trame de Love Story, me convainquit, au terme des deux chocs pétroliers d’aller, moi aussi, un jour, étudier aux États-Unis. »

 

C’est aussi celle de ses études dans différentes universités et à la prestigieuse Harvard.

 

« Ce fut délibérément, le Midwest et un Master of Science. L’Indiana, en dessous de Chicago. Le Middle of Nowhere : la vraie Amérique, celle des bus scolaires jaunes, des aciéries en ruine, mais aussi des champs de maïs à l’infini. Celle des longues routes, et celle, plus bas, de Cap Canaveral qui m’avait fait rêver le 16 juillet 1969. »

 

Et il conclut avec tristesse : « Tout cela, c’était avant. »

 

« Avant une tentative de coup d’Etat, le 6 janvier de l’an passé, des dizaines de milliers de morts par armes à feux, autant, si pas plus, par l’overdose d’opioïdes, des courants fanatiques évangélistes, des ports d'armes - signe d'une décadence sociétale - et aujourd’hui, le retrait du droit élémentaire à l’avortement.



Moi qui ai tant aimé ce pays, je dis qu’il devient idéologiquement dangereux.



Ce pays a lancé trop de guerres jamais terminées, répand trop de violences qui sont gommées par l’image du pauvre G.I. tombé pour nous à Omaha Beach. Pauvres d’eux en 1944. Pauvres d’eux aujourd’hui. »

 

 

 

Le juge Clarence Thomas nommé en 1991 par George Bush père est un des six juges qui ont voté la permission d'interdire l'IVG aux Etats des USA. Il veut aussi abroger la loi sur le mariage pour tous et interdire la contraception.

Le juge Clarence Thomas nommé en 1991 par George Bush père est un des six juges qui ont voté la permission d'interdire l'IVG aux Etats des USA. Il veut aussi abroger la loi sur le mariage pour tous et interdire la contraception.

 

 

 

Oui, un économiste libéral pur jus qui proclame que ce pays « devient idéologiquement dangereux. », cela n’est pas courant ! Mais ce « tweet » d’humeur dénote une profonde honnêteté intellectuelle. Cet économiste, le Belge Bruno Colmant, a ce 25 juin exprimé non seulement sa tristesse, mais surtout sa révolte envers l’évolution de la société étatsunienne depuis deux ou trois décennies et qui s’est accélérée avec les quatre années de « trumpisme » qui se sont clôturées par une tentative de coup d’Etat visant à détruire les vénérables institutions de la première démocratie du monde contemporain.

 

 

 

Bruno Colmant, le plus connu des économistes belges francophones, professeur à l'ULB et à l'UCLouvain est un esprit libre et exprime toujours ses opinions.

Bruno Colmant, le plus connu des économistes belges francophones, professeur à l'ULB et à l'UCLouvain est un esprit libre et exprime toujours ses opinions.

 

 

 

L’arrêt massue

 

Et aujourd’hui, c’est la Cour Suprême, la plus haute juridiction des Etats-Unis qui par six voix contre trois autorise les 50 Etats US à interdire l’IVG ! C’est une régression sans précédent. Et ce n’est pas fini : un des juges veut s’attaquer à la contraception et au mariage pour tous. Trump avait dit : « Au-dessus de la loi, il y a Dieu ! ». Il est manifestement suivi !

 

Et ce conservatisme a des partisans en Europe. Ainsi, Dieu Godefridi l’intellectuel libéral belge a écrit au sujet de l’arrêt de la Cour suprême : « Cet arrêt est magistral ; il est tel une symphonie ». Un autre politicien libéral, bourgmestre (maire) d’une commune de la périphérie bruxelloise l’a bruyamment approuvé. Le très droitier président du MR (le parti libéral belge francophone, l’ineffable GLouB, a refusé de sanctionner ce personnage.

 

Que signifie donc cet assaut de conservatisme dans une Amérique en proie aux plus graves troubles ? Car, tout est lié. Il y a ce néo-puritanisme qui impose des restrictions à des libertés fondamentales, à l’autonomie individuelle et particulièrement à celle des femmes et des « minorités » sexuelles. Il y a cet aveuglement sur la violence meurtrière qui sévit dans l’ensemble du territoire étatsunien où le commerce des armes est libre pour tout un chacun et provoque quasi quotidiennement des dizaines de morts. Il y a ce racisme qui génère la violence meurtrière dont les principales victimes sont les Noirs américains ou les Afro-américains comme on dit aujourd’hui. Il y a cet impérialisme belliciste qui continue d’embraser de nombreuses régions dans tous les continents et qui est la cause des guerres meurtrières et interminables qui embrasent le Moyen-Orient et aujourd’hui l’Europe orientale.

 

Cet arrêt de la Cour suprême a eu des effets quasi immédiats dans plusieurs Etats nord-américains. Ainsi, le Missouri fut le premier à décréter l’interdiction totale de l’IVG et prépare une loi qui sanctionne sévèrement toute femme habitant cet Etat qui irait avorter dans un Etat où l’IVG est autorisée, ainsi que toute personne qui l’aiderait ! Une des principales libertés pour la femme, celle de disposer de son corps, est donc totalement aliénée !

 

Le professeur Jean-Philippe Schreiber de l’ULB vient d’écrire ce 27 juin dans sa chronique sur Facebook :

 

« Une faiblesse intrinsèque constituée par la prérogative qu’a le président des États-Unis de nommer les juges de la Cour suprême, au gré des décès ou des départs de ses membres. Le hasard a ainsi voulu que le président Donald Trump puisse nommer trois des neuf juges à la Cour suprême durant son mandat, en même temps qu’il désignait des dizaines de juges très conservateurs dans les différentes juridictions fédérales. Il a ce faisant précipité l’apothéose d’un mouvement réactionnaire qui s’est dessiné au lendemain de la fameuse décision Roe vs. Wade de 1973, autorisant la pratique de l’interruption volontaire de grossesse. Cette contre-révolution ultra-conservatrice guidée par la droite chrétienne trouve aujourd’hui son épiphanie dans l’arrêt qui renverse la décision de 1973. Ce n’est pas seulement qu’en cinquante ans la Cour suprême ait balancé d’une majorité libérale à une majorité conservatrice. C’est qu’elle est aujourd’hui, comme l’est le parti républicain, devenue l’otage d’une majorité décidée à opérer une révolution morale, à rendre à l’Amérique une espérance prophétique souvent fondée sur les prescrits bibliques… non seulement en matière d’avortement et de contraception, mais aussi d’homosexualité et de mariage entre personnes de même sexe, de port d’armes, de ségrégation, de libertés publiques et en particulier de liberté religieuse, de politique fiscale à l’égard des Églises et de leurs réseaux scolaires… Une partie significative de l’appareil judiciaire américain, et la composition actuelle de la Cour suprême l’illustre, est désormais sous la coupe de nationalistes chrétiens fermement décidés non seulement à miner les droits des femmes, mais à contrer ce qu’ils considèrent être la corruption morale de la Nation choisie par Dieu. Là réside le terrible constat : la décision de ce vendredi 24 juin n’est qu’une étape de cette effrayante révolution. »

 

 

 

Jean-Philippe Schreiber est très inquiet des conséquences de l'arrêt de la Cour suprême US dans le monde.

Jean-Philippe Schreiber est très inquiet des conséquences de l'arrêt de la Cour suprême US dans le monde.

 

 

 

Et ajoutons la réflexion du collègue de Jean-Philippe Schreiber, le professeur Vincent de Coorebyter :

 

« L’universalisme qui impose une vision de l’émancipation féminine est perçu comme un impérialisme. C’est un argument très présent dans le débat. » On est mal parti !

 

Cette effrayante révolution conservatrice est avant tout le fait des sectes évangéliques qui ont de plus en plus de poids aux Etats-Unis comme en Amérique du Sud et en Afrique centrale, tout comme depuis la révolution iranienne de 1979, elle est aussi le fait de l’islamisme radical – qu’il soit chiite ou sunnite – qui s’est répandu dans tout le monde musulman, mais aussi dans les communautés musulmanes en Europe qui ont de plus en plus de poids.

 

En Europe, notamment en France et en Belgique, plusieurs voix se sont élevées pour inscrire dans la Constitution des Etats, la liberté de pratiquer l’IVG, car il est bien entendu plus difficile de modifier une constitution qu’une loi. Cependant, une députée du parti « Défi » (francophones bruxellois) a fort opportunément rappelé que l’avortement n’était pas totalement sorti du Code Pénal ! En effet, une femme qui pratiquerait une IVG après 12 semaines est passible de poursuites judiciaires ! Ainsi, « bétonner » dans la Constitution une liberté qui n’est pas complète est juridiquement bizarre ! Encore une histoire belge !

 

La loi religieuse prime la loi civile !

 

On vient de s’en apercevoir à Bruxelles : le Parlement bruxellois vient de voter une ordonnance autorisant l’abattage sans étourdissement des animaux dans les abattoirs. Auparavant, l’abattage se faisait avec étourdissement préalable pour ne pas trop faire souffrir la bête et pour qu’elle conserve son sang. Les exigences halal ou casher veulent l’égorgement de l’animal sans étourdissement. Une majorité de parlementaires bruxellois a donc cédé à la pression des « religieux ». Ainsi, des partis qui ont la laïcité dans leur ADN ont toléré qu’en l’occurrence, la loi religieuse prime la loi civile ! C’est un précédent particulièrement dangereux !

 

Le professeur Vincent de Coorebyter, aussi président du CRISP (Centre de Recherche Social et Politique) donne une intéressante réflexion publiée dans l’enquête publiée par le journal « l’Echo » du samedi 25 juin 2022 sur le poids des religions à Bruxelles.

 

 

 

Le professeur Vincent de Coorebyter s'intéresse au poids de plus en plus grand des religions à Bruxelles.

Le professeur Vincent de Coorebyter s'intéresse au poids de plus en plus grand des religions à Bruxelles.

 

 

 

« … la défense de certains dogmes par nos mandataires politiques s’inscrit aussi dans le phénomène sociologique incarné par mai 68, qui défend le droit des minorités et des individus à l’affirmation et à l’identité. Ce qui peut valoir aussi bien pour l’identité sexuelle que religieuse. (…) C’est une lame de fond qui a touché tous les partis et qui en faveur de l’expression de la religiosité, considérée comme l’une des facettes de cette liberté de choix que toute personne possède dans la vie. »

 

À moins qu’on la lui ôte ! Les religions monothéistes sont par définition exclusives ! Il est assez symptomatique que l’on parle toujours de « liberté religieuse » et qu’il n’est pratiquement plus question de « liberté de conscience » qui, elle, est générale.

 

L’aliénation

 

Nous vivons dans ces affaires une terrible aliénation. Elle finit par toucher tous les domaines de la vie sociale jusqu’à la géopolitique, car les graves tensions internationales que nous vivons sont aussi le résultat de l’aliénation.

 


« L’aliénation religieuse de quelque secte que ce soit, est une malédiction humaine. Penser l’émancipation c’est combattre l’aliénation. La religion étant mère de toutes les aliénations, plus son emprise est forte, plus la perspective d’émancipation s’éloigne. Et plus la perspective d’émancipation sociale s’éloigne, plus celle d’une renaissance spirituelle est inévitable. Le combat pour la libre expression et contre les dogmes de tout ordre est, plus que jamais, indispensable pour réaliser l’émancipation intégrale des citoyens, ce qui est le but ultime du socialisme. » déclarait Jef Baeck, trop tôt disparu, à l’occasion d’une Assemblée générale des Mutualités socialistes du Brabant où son discours de clôture était attendu impatiemment par tous les militants.

 

 

 

Jef Baeck prononçant son discours très politique de clôture de l'AG annuelle des Mutualités socialistes du Brabant

Jef Baeck prononçant son discours très politique de clôture de l'AG annuelle des Mutualités socialistes du Brabant

 

 

L’objectif ultime du socialisme compris par certains, car d’autres socialiste ont voté l’ordonnance bruxelloise : tous les députés PS à l’exception notable de deux d’entre eux.

 

Mais il ne s’agit pas que de socialisme, loin de là. Il s’agit de l’émancipation de l’ensemble des hommes et des femmes dans le monde. Ce qu’on appelle l’occident, c’est-à-dire en gros les USA et l’Europe sont directement menacés tout comme le reste du monde. Cela est donc un combat universel et nous devons nous y préparer, car il est loin d’être gagné. C’est notre civilisation qui est en jeu.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 16:27

 

 

 

Il fallait s’y attendre. Nous nous faisions encore des illusions. Mais non, la réalité vient une fois de plus nous frapper : Pritti Patel, la Home Office Secretary (ministre de l’Intérieur britannique), vient de trancher. Elle autorise l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. C’est le clap de fin d’une fuite de plus de onze années. Certes, les avocats du fondateur de Wikileaks ont quatorze jours pour faire appel, mais la Haute Cour peut refuser la procédure d’appel et il y a fort à parier que ce sera le cas. Un appel précédent avait déjà été refusé par cette juridiction.

 

 

 

Julian Assange est la victime de l'acharnement étatsunien.

Julian Assange est la victime de l'acharnement étatsunien.

 

 

 

Quiconque dans ce pays devrait avoir honte !

 

« Quiconque dans ce pays se soucie de la liberté d'expression devrait avoir profondément honte que la ministre de l'Intérieur ait approuvé l'extradition de Julian Assange vers les États-Unis, le pays qui a comploté son assassinat. Julian n'a rien fait de mal. Il n'a commis aucun crime et n'est pas un criminel. Il est journaliste et éditeur, et il est puni pour avoir fait son travail » a déclaré son épouse Stella Morris. Julian Assange et elle ont convolé en mars dernier en prison. Stella Morris est son avocate depuis qu’Assange s’est réfugié à l’ambassade d’Equateur. Ils ont deux enfants.

 

 

Stella Assange et WikiLeaks ont déclaré que « ce n'est pas la fin du combat. Ce n'est que le début d'une nouvelle bataille juridique ». Si l'autorisation de faire appel est accordée, l'audience pourrait ne pas avoir lieu avant début 2023, a expliqué à l'agence PA Kate Goold, associée du cabinet d'avocats Bindmans et spécialisée dans les affaires d'extradition.

 

 

 

Stelle Morris qui vient d'épouser Julian Assange et leurs deux enfants. Une femme admirable !

Stelle Morris qui vient d'épouser Julian Assange et leurs deux enfants. Une femme admirable !

 

 

 

Même si l'appel est refusé, l'extradition pourrait être retardée pour des raisons de santé si Julian Assange « est trop malade, par exemple, s'il n'est en état de prendre l'avion ». Julian Assange « a également la possibilité de faire appel de la décision d'extrader pour des motifs liés aux droits de l'homme si cela est nécessaire pour éviter une véritable injustice » a-t-elle avancé. Il pourrait saisir la Cour européenne des droits de l'homme, un processus susceptible de prendre plusieurs années. Cependant, la saisine de la CEDH n’est pas suspensive de la décision d’extradition. Elle ne peut avoir comme conséquence que la condamnation éventuelle de l’Etat britannique.

 

 

Un dernier espoir...

 

 

Une autre pièce s’ajoute à ce dossier. Le nouveau Premier ministre australien, Anthony Albanese a affirmé lundi 20 juin qu'il entend s'engager « diplomatiquement » au sujet des poursuites engagées par les États-Unis à l'encontre de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui se bat pour éviter d'y être extradé. Cet engagement politique d’un Etat membre du Commonwealth pourrait avoir beaucoup de poids.

 

 

 

 

Anthony Albanese, le nouveau Premier ministre australien, s'oppose par la voie diplomatique à l'extradition de son concitoyen Julian Assange.

Anthony Albanese, le nouveau Premier ministre australien, s'oppose par la voie diplomatique à l'extradition de son concitoyen Julian Assange.

 

 

Espérons !

 

 

Nous reproduisons ci-dessous le « papier » de Viktor Dedaj, un des rédacteurs resposables du site le « Grand Soir » qui se bat pour la libération de Julian Assange depuis des années, qui a traduit un nombre considérable d’articles sur cette tragique affaire et qui lutte depuis le début pour sa libération et… la liberté de la Presse. Il est ainsi le meilleur porte-parole francophone en l’occurrence.

 

 

 

Viktor Dedaj se bat avec acharnement pour la libération de Julain Assange.

Viktor Dedaj se bat avec acharnement pour la libération de Julain Assange.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Le jour où le journalisme est mort

 

Malgré les appels de virtuellement toutes les organisations de défense des droits de l’homme, de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, d’organisations et de syndicats de journalistes, Priti Patel vient de signer l’extradition de Julian Assange. La défense a 14 jours pour faire appel. L’appel peut être refusé.

 

 

Julian Assange : la fin d’une illusion

 

 

 

Il s’agit d’une grande victoire pour la presse institutionnelle qui a tout fait pour réduire "la plus importante affaire de presse de notre existence" (dixit John Pilger) en un vulgaire faits divers. Une presse qui a relayé pendant plus de dix ans tous les mensonges, calomnies et légendes urbaines qui ont servi d’écran de fumée pour occulter les vrais tenants et aboutissants. Le résultat fut celui qui avait été prévu et planifié dès 2010 : faire disparaître le cas Assange de la conscience collective et procéder à l’élimination - médiatique si possible, physique si nécessaire - du journaliste le plus innovant, primé, efficace et dangereux (pour les pouvoirs corrompus) du 21ème siècle.

 

Une presse si prompte à faire du "fact-checking" lorsqu’il s’agit de sauver un récit officiel mais si absente lorsqu’il s’agit de sauver le représentant le plus conséquent de notre droit de savoir. Des accusations de viol (qui n’ont jamais existé) jusqu’aux pseudos "mises en danger" de vies, en passant par la qualité de ses chaussettes, rien ne lui aura été épargné. Avec une mention spéciale pour tous ceux qui ont collaboré et profité et gagné de petites fortunes sur le dos de Wikileaks, et qui n’ont pas trouvé une once de courage - ou de volonté ? - pour exprimer leur solidarité avec lui.

 

Et comme à chaque fois que le nom de Julian Assange apparaît dans les fils de l’actualité, on assistera à un défilé de trolls en mission, dont certains sont munis d’une carte de presse, qui nous asséneront leurs conneries habituelles. Je serais tenté de dire que l’Histoire leur sera ingrate, mais encore faut-il que l’Histoire ne soit pas réécrite au passage, comme ils l’ont déjà fait et comme ils sont encore en train de le faire.

 

Bien-sûr, ils diront qu’en ce qui concerne Assange et Wikileaks, il ne s’agissait pas vraiment de journalisme et que la presse institutionnelle sera toujours là pour nous informer correctement. Mais que voulez-vous que la presse des milliardaires dise d’autre ?

 

Le journalisme est mort non pas au fond d’un cachot, non pas d’une balle dans la tête, non pas dans l’explosion d’une voiture, ni même découpé dans une ambassade saoudienne. Il est mort le jour où il a choisi la complicité en laissant filer en silence et vers l’oubli le meilleur d’entre eux.

 

Viktor Dedaj

           

 

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 13:06

 

 

 

Dans le climat actuel, on a trop tendance à aborder la très complexe question de l’immigration sous l’angle du racisme ou de la religion. Tout d’abord, il y a différents types d’immigration dont les principaux sont l’immigration économique – ce dont il est question ici – l’afflux de réfugiés fuyant des guerres de plus en plus meurtrières et destructrices comme en Syrie et en Ukraine, guerres pour lesquelles nous portons de lourdes responsabilités, les réfugiés de la faim dont l’exemple dramatique donné régulièrement sont ces migrants provenant de l’Afrique subsaharienne et risquant le naufrage en Méditerranée sur de frêles embarcations fournies par des mafias de passeurs.

 

 

Le continent européen et particulièrement les pays d’Europe occidentale sont de véritables aimants pour ces populations fuyant la misère la plus atroce.

 

 

Le problème posé par l’immigration est le regroupement familial qui est une idée généreuse. Cependant une générosité mal organisée peut générer des catastrophes. C’est ainsi que les enfants ont été sous-scolarisés parce qu’on n’a pas donné les moyens suffisants pour qu’ils puissent se développer harmonieusement au sein de la société européenne. C’est bien pour cela que ces débats sur l’intégration ou l’assimilation n’ont absolument aucun sens. Cette génération abandonnée est à la merci des extrémistes religieux ou nationalistes qui trouvennt en elle une masse malléable pour leurs projets destructeurs.

 

 

Seul le développement par l’enseignement, une politique de logements décents permettra d’en sortir. Mais cela nécessite d’énormes moyens. Aura-t-on un jour la volonté de les concrétiser ? C’est cependant vital.

 

 

Dans l’article qui suit de la plume de notre ami Bernard Gensane (blog : http://bernard-gensane.over-blog.com/ ), il s’agit d’une analyse de la question de l’immigration en France, s’inspirant en partie de l’économiste Maurice Allais, prix Nobel d’économie, qui pose les bonnes questions et qui n’apporte guère de réponses tant le problème est complexe.  Enfin, on s’apercevra que la problématique en France est similaire à la nôtre dans notre petite Belgique à trois régions.

 

 

Cependant, on ne résoudra le problème que par le biais de l’économie. Le seuil des écoles doit impérativement être ouvert aux jeunes issus de l’immigration. Cela nécessite de considérables investissements. Les logements et les services collectifs doivent être décents et efficaces pour permettre aux immigrés de sortir des ghettos dans lesquels ils sont volontairement ou non enfermés. Cela nécessite aussi de gros investissements. Dois-je continuer ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Symbolique de l'immigration en Belgique selon la Libre Belgique

Symbolique de l'immigration en Belgique selon la Libre Belgique

 

 

 

Pour que l'immigration soit un facteur de prospérité.

 

Par Bernard Gensane

 

 

 

L'immigration coûte-t-elle ou est-elle bénéfique à la fois aux immigrés et aux populations d'accueil ? 

 

 

C'est une question à laquelle il est très difficile d'apporter une réponse objectivement satisfaisante, d'autant que les économistes qui étudient ces questions de près ne sont pas d'accord entre eux.

 

 

Tant qu'on utilisera les travailleurs immigrés pour tirer les salaires des travailleurs d'origine vers le bas, on contribuera à l'appauvrissement général des populations et de nos pays. Malheureusement, la spirale est toujours aussi infernale.  On va ainsi bientôt voir arriver des travailleurs asiatiques via la Roumanie... Pour qu'il y ait enrichissement, il faut, au contraire, que le niveau moyen de qualification des travailleurs immigrés soit supérieur au niveau moyen de qualification des travailleurs du pays d'accueil. Et ce, dans la durée, car, on le sait bien, une forte proportion d'immigrés ne retourne pas au pays. Il faut donc que ce qui est valable pour eux soit également valable pour leurs enfants et petits-enfants.

 

 

Si l'immigration de masse n'a pas posé de graves problèmes des années cinquante jusqu'au milieu des années soixante-dix, c'est parce qu'il n'y avait quasiment pas de chômage et donc parce que les immigrés venaient soulager des mains-d’œuvre autochtones pléthoriques. Voir l'exemple des usines Renault et, avant cela, des Polonais dans les mines de charbon.

 

 

Aujourd'hui, les travailleurs immigrés qui parviennent à trouver un vrai emploi sont bénéficiaires. Les employeurs de même. En revanche, les pays d'origine sont dans l'ambiguïté : ils perdent des forces vives, ce qui est très regrettable à terme mais, dans le même temps, ils se soulagent d'une démographie excédentaire et de jeunes, parfois turbulents et intenables dont ils ne savent plus quoi faire. Dans les deux cas : un gâchis.

 

 

Si le regroupement familial est, humainement, une très bonne chose, il a souvent pour conséquence un afflux de mères et d'adolescents sans vraie qualification, difficilement adaptables au monde de l'emploi des pays développés. Et on ne parle même pas des demandeurs de faux asiles ou des clandestins qui occupent désormais dans nos sociétés la majorité des postes ubérisés.

 

 

Quant à la question de savoir, si les immigrés payent ou vont payer les retraites des locaux, la réponse fait débat. Elle ne pourrait être positive que si les immigrés repartaient immédiatement à la fin de leur période d'activité professionnelle.

 

Aujourd'hui, des économistes et démographes de gauche pensent que le besoin d'immigration n'est pas vital pour faire tourner la machine économique car les sociétés du Nord disposent de réserves d'activité considérables : chômeurs, femmes, robots. Par ailleurs, la main d'œuvre issue de l'immigration est sous-employée. Les enfants sont majoritairement peu ou mal éduqués. Cette sous-éducation crée du chômage chez les jeunes issus de l'immigration, ce qui débouche, là encore, sur une baisse généralisée des salaires, facteur d'appauvrissement général et sur une stagnation de la productivité. Sans parler du développement d'une économie parallèle.

 

 

Comme tout individu, comme tout être social, l'immigré représente un coût pour la collectivité. Il doit être soigné, logé, ses enfants éduqués etc. Ce qui pose problème quand il paye très peu d'impôts ou qu'il transfère une partie de ses revenus vers son pays d'origine. L'immigré n'est pas responsable de la saturation des services publics car le système a été organisé avant lui et sans lui. S'il n'y avait pas d'immigrés dans les cellules de prison ou dans les rames de métro, c'est d'autres prolétaires – blancs pour parler vite – qui encombreraient ces lieux.

 

 

L'économiste Maurice Allais posait en son temps les problèmes dûs, en France, à une soudaine immigration de masse, à la suite de l'indépendance de l'Algérie, par exemple : « Sans entrer dans les différents types d’immigration (immigration de travail, de peuplement, regroupement familial…), les principaux effets de l’immigration apparaissent clairement : 

 

L’arrivée d’immigrants ne modifie pas immédiatement le niveau du PIB. Le PIB doit alors être partagé entre les citoyens et les nouveaux arrivants. 

 

L’arrivée des immigrants nécessite des investissements supplémentaires qui réduisent la part de la consommation de tous les ménages (construction de logement, infrastructures…). Elle conduit donc, au moins temporairement, à un appauvrissement de la population locale dont la valeur est supérieure à la contribution directe de l’immigration au taux d’accroissement de la population (à long terme 3 à 4 fois ce taux d’immigration). L’arrivée de nouveaux travailleurs ne peut être valorisée qu’à long terme.

 

Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que l’immigration est nuisible en elle-même. L’arrivée d’immigrants en Amérique du Nord a indiscutablement contribué à l’essor de l’économie du nouveau monde, même si cela s’est fait au détriment des premiers habitants, les Indiens.

Une immigration temporaire peut permettre de faire face à un manque temporaire de main d’œuvre ou à un déséquilibre de la pyramide des âges. Toutefois, celle-ci est évidemment contre-indiquée dans un pays qui, comme la France, souffre d’un important chômage de masse. »

 

Allais observait que, dans le contexte de la mondialisation, les employeurs étaient contraints d'embaucher des travailleurs immigrés : « Pour l'employeur, il est transitoirement préférable d'embaucher un immigré, moins exigeant qu'un citoyen. Il est naturel qu'il fasse ce choix qui lui est quasiment imposé par une concurrence exacerbée par la mondialisation. Cet employeur peut même délocaliser sa production et ainsi éviter de payer les salaires nationaux et les charges sociales associées. Il contribuera ainsi au déséquilibre des comptes sociaux, au déficit de la balance commerciale et à la désindustrialisation de la nation. » Et Allais estimait à 32 milliards de biens publics à produire chaque année pour accueillir les immigrés et leurs familles dans des conditions normales.

 

 

 

L'immigration de la faim : des passeurs vendent à des prix d'or de frêles embarcations en Afrique du Nord pour "permettre" aux migrants de traverser la Méditerranée. Le moindre incident peut être mortel !

L'immigration de la faim : des passeurs vendent à des prix d'or de frêles embarcations en Afrique du Nord pour "permettre" aux migrants de traverser la Méditerranée. Le moindre incident peut être mortel !

 

 

La question est de savoir si l'accueil des immigrés sera toujours compatible avec l'esprit et la lettre de l'État social que la France a connu depuis l'après-Deuxième Guerre mondiale. 

 

 

 

Bernard Gensane

 

 

 

 

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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 08:45

 

 

Chomsky et l'opinion « mainstream »

 

 

Si l’éminent linguiste étatsunien Noam Chomsky toujours bon pied bon œil à 94 ans se retrouve marginalisé par les médias mainstream, c’est parce que ses analyses sont sans complaisance.

 

 

Noam Chomsky, 94 ans, toujous bon pied bon œil et surtout... lucide

Noam Chomsky, 94 ans, toujous bon pied bon œil et surtout... lucide

 

 

 

Le site « le Grand Soir » fait de son discours sur la guerre en Ukraine l’analyse suivante dont voici un extrait :

 

« En tant qu’un des plus fins analystes des médias en activité, Chomsky met en évidence plusieurs contradictions dans le discours dominant actuel et particulièrement aux États-Unis que l’on retrouvera dans les médias mainstream européens, notamment le Monde en France.

 

D’abord, il y a selon lui deux idées qui se contredisent mais qui prédominent dans le discours occidental : d’un côté, une jubilation sans retenue devant une prétendue démonstration que l’armée russe serait un « tigre de papier », incapable même de conquérir à quelques kilomètres de ses frontières des villes défendues seulement par leurs habitants en armes. De l’autre, que nous devons en conséquence nous incliner, tout pleins d’une terreur devant cette impressionnante machine militaire sur le point d’attaquer et de soumettre quiconque se trouve sur son chemin.

 

En bref, face à une armée russe « faible » il faut nous armer jusqu’aux dents, rejoindre la plus puissante des machines de guerre de l’histoire, une alliance militaire qui prétend toujours être défensive, alors que ses archives démontrent clairement le contraire, dirigée par les EU et le Royaume-Uni et qui a jusqu’à aujourd’hui un historique d’agressions, de violences et de subversions. Nous devons exacerber les tensions pour nous protéger d’un tigre de papier incompétent.

 

Ensuite, toujours selon Chomsky, le gouvernement des EU considère la propagande russe comme tellement ridicule que quiconque y est confronté éclatera de rire. Donc, en toute logique, il est nécessaire de protéger les citoyens étasuniens (et européens) en leur en empêchant l’accès par le blocage de tous les médias russes. Pas question d’entendre ce que les dirigeants russes disent. Et il est aussi impératif de censurer d’éminents reporters, tels que Chris Hedges, ancien grand reporter pour le New York Times, spécialiste du Moyen-Orient et des Balkans. Tout ce qui vient de lui doit être détruit. Nous ne sommes pas autorisés à écouter une seule chose que les Russes pourraient dire ou penser. Les Étasuniens (et les Européens) sont tellement faibles mentalement qu’ils pourraient être bouleversés par ce qu’ils entendent, aussi ridicule et risible que ce soit.

 

Les pays libres ont un long historique de protection de leurs populations contre tout ce qui pourrait dévier de la ligne officielle, contre toute pensée impropre. Cela remonte à la Première Guerre mondiale, reconnue aujourd’hui par les historiens comme une guerre « pour rien », dont les intelligentsias européennes soutenaient la nécessité pour protéger leurs nations respectives et où les voix dissidentes étaient simplement étouffées voire carrément éliminées : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en Allemagne, Eugene Debs aux États-Unis, Jean Jaurès en France. Dans les pays libres, on a le droit de s’exprimer mais à ses risques et périls.

 

 

 

L'ancien leader travailliste Jeremy Corbyn

L'ancien leader travailliste Jeremy Corbyn

 

 

 

Chomsky prend ainsi l’exemple de Jeremy Corbyn, député travailliste anglais et ancien candidat malheureux au poste de premier ministre britannique qui a récemment déclaré la nécessité pour le Royaume-Uni de se détacher de l’OTAN (et de l’influence des EU) afin de former une alliance européenne pour la paix, transposant de facto dans le présent une des deux positions européennes (hors cadre de l’UE) qui s’opposent après la fin de la Seconde Guerre mondiale : la vision atlantiste selon laquelle l’Europe doit rejoindre le système atlantique, sous domination des EU, vision que bien évidemment ce pays privilégie, et une vision alternative, dont le plus célèbre partisan fut Charles De Gaulle, celle d’une force indépendante dans les affaires du monde, allant de l’Atlantique jusqu’à l’Oural, idée soutenue également par Olof Palme, ancien premier ministre de la Suède et Willy Brandt, ancien chancelier allemand.

 

Pour ces positions, Corbyn vient d’être exclu définitivement du Parti travailliste (après en avoir été suspendu pour un soi-disant antisémitisme). »

 

En mettant en lumière cette contradiction sur l’armée russe, Noam Chomsky démonte la propagande occidentale dont sont noyés les médias et la presse mainstream. On n’informe plus, on se contente de diffuser cette propagande via les agences de presse. D’ailleurs, on distille des informations contradictoires. De vieux chars russes T62 sont acheminés vers le front de l’Ukraine. L’armée russe manquerait-elle de chars ? Les drones kamikazes turcs (voir « Uranopole » https://uranopole.over-blog.com/2022/01/l-apprenti-sorcier-erdogan-et-les-armes-de-destructions-letales.html ) feraient des ravages. De l’artillerie lourde est fournie à l’Ukraine, etc.

 

 

 

Le journaliste reporter de BFM TV abattu par les Russes en Ukraine. Encore un !

Le journaliste reporter de BFM TV abattu par les Russes en Ukraine. Encore un !

 

 

 

Et comme toujours, les grands reporters et correspondants de guerre risquent leur peau et se font abattre en Palestine comme en Ukraine pour informer le public, permettant ainsi aux citoyens de se faire leur opinion, car sans leurs images et leurs commentaires, une guerre n’existe pas ! C’est pour cela qu’on les tue !

 

 

La Belgique retrouve petit à petit ses vieux démons.

 

 

À peine la crise de la Covid calmée, des bruits persistants courent au sujet d’une éventuelle chute de la « Vivaldi », ce gouvernement dirigé par l’ultralibéral flamand Alexander De Croo composé de sept partis antagonistes : les libéraux flamands de l’Open Vld, les libéraux francophones du MR, le PS francophone et « Vooruit » (« en avant », les socialistes flamands), les Ecolos francophones et Groen (écologistes flamands) et enfin le Cd&V (chrétiens flamands) , est menacé d’éclater. Il est vrai qu’il est attaqué à l’intérieur comme à l’extérieur.

 

 

 

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a fort à faire pour maintenir la cohérence de son gouvernement fait de bric et de broc...

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a fort à faire pour maintenir la cohérence de son gouvernement fait de bric et de broc...

 

 

 

En outre, un petit roquet ne cesse d’aboyer et trouble systématiquement la « sérénité » de ce gouvernement, l’ineffable Georges Louis Bouchez dit GlouB, président du MR qui imite bien Trump en tweetant à tout va où il se fait un plaisir d’attaquer systématiquement ses deux adversaires francophones : Ecolo et le PS. Trois partis du même gouvernement qui se disputent, cela fait désordre.

 

 

 

Gerorges-Louis Bouchez dit GlouB, le petit Trump...

Gerorges-Louis Bouchez dit GlouB, le petit Trump...

 

 

 

Les sondages en outre sont catastrophiques pour ce gouvernement, ce qui n’arrange guère les choses. On constate en Flandre une progression spectaculaire des deux mouvements nationalistes flamands, la très droitière NV-A (Nouvelle Alliance Flamande) et le néo-nazi Vlaams Belang (Grand groupe Flamand) qui, à deux, ont quasi la majorité absolue au Parlement flamand. En Wallonie, le Parti de la gauche radicale PTB (Parti du Travail de Belgique) dépasse le PS. À Bruxelles, le PS s’effondre au profit des Ecolos et des libéraux du MR. Tout cela ne contribue en rien à la stabilité gouvernementale.

 

La montée du nationalisme flamand réveille en plus les vieux démons communautaires. On parle de plus en plus d’une 7e réforme de l’Etat (revendication fondamentale de la NV-A). Le 25 mai, un débat télévisé à la RTBF réunissait de jeunes politiciens francophones de tous bords. On peut dire qu’ils n’ont rien à envier à leurs aînés. Même langue de bois, mêmes revendications dépassées, mêmes slogans obsolètes. On évite les questions qui fâchent ! Et on ne pose pas la question fondamentale : voulons-nous encore vivre et œuvrer ensemble dans ce pays ?

 

Non, on est reparti pour un bricolage institutionnel qui ne fera que grossir le monstre « fédéral » à la Belge ! Tout cela ne peut que mal finir.

 

En attendant, quelle que soit la suite de cette affaire, une chute de gouvernement et des élections anticipées ne pourraient qu’ajouter du désordre en ces temps troublés par des menaces de guerre et de crise économique majeure. Et sur le plan social, on pourrait en revenir à l’austérité et au démantèlement des acquis sociaux.

 

 

 

Assange attend la décision du Home Office.

 

 

 

Voici un extrait d’un article du journaliste britannique Jonathan Cook sur l’évolution de l’affaire Assange paru sur le site « Le Grand Soir ».

 

 

 

 

Julian Assange sera-t-il ou non extradé ?

Julian Assange sera-t-il ou non extradé ?

 

 

 

La ministre britannique de l’Intérieur, Priti Patel, décidera ce mois-ci si Julian Assange doit être extradé vers les États-Unis, où il risque une peine pouvant aller jusqu’à 175 ans, probablement effectuée en isolement strict, 24 heures sur 24, dans une prison américaine de très haute sécurité.

 

Il a déjà passé trois ans dans des conditions tout aussi difficiles dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, à Londres.

 

Les 18 chefs d’accusation retenus contre Assange aux États-Unis sont liés à la publication par WikiLeaks, en 2010, de documents officiels ayant fait l’objet de fuites, dont beaucoup montrent que les États-Unis et le Royaume-Uni sont responsables de crimes de guerre en Irak et en Afghanistan. Personne n’a été traduit en justice pour ces crimes.

 

Au lieu de cela, les États-Unis ont défini le journalisme d’Assange comme de l’espionnage - et, par voie de conséquence, ont affirmé leur droit de saisir tout journaliste dans le monde qui s’attaque à l’État de sécurité nationale américain - et les tribunaux britanniques ont donné leur bénédiction dans une série d’audiences d’extradition.

 

Les longues procédures contre Assange se sont déroulées dans des salles d’audience à l’accès très restreint et dans des circonstances qui ont empêché à plusieurs reprises les journalistes de couvrir correctement l’affaire.

 

Cependant, malgré les graves implications pour la liberté de la presse et la responsabilité démocratique, le sort d’Assange n’a suscité guère plus qu’un soupçon d’inquiétude dans la plupart des médias occidentaux.

Peu d’observateurs semblent douter que Mme. Patel signera l’ordre d’extradition américain, surtout pas Nils Melzer, professeur de droit et rapporteur spécial des Nations unies.

 

En tant qu’expert de l’ONU sur la torture, Melzer s’est donné pour mission depuis 2019 d’examiner minutieusement non seulement le traitement d’Assange pendant ses 12 années de confinement croissant - supervisé par les tribunaux britanniques - mais aussi la mesure dans laquelle la procédure régulière et l’État de droit ont été respectés dans la poursuite du fondateur de WikiLeaks.

 

M. Melzer a rassemblé ses recherches détaillées dans un nouveau livre, The Trial of Julian Assange, qui fournit un compte rendu choquant de la non-droit rampant des principaux États impliqués - la Grande-Bretagne, la Suède, les États-Unis et l’Équateur. Il documente également une campagne sophistiquée de désinformation et de diffamation visant à dissimuler ces méfaits.

 

Le résultat, conclut Melzer, a été une attaque incessante non seulement contre les droits fondamentaux d’Assange, mais aussi contre son bien-être physique, mental et émotionnel, que Melzer qualifie de torture psychologique.

 

Le rapporteur des Nations unies affirme que le Royaume-Uni a investi beaucoup trop d’argent et d’énergie pour obtenir la persécution d’Assange au nom des États-Unis, et qu’ils ont eux-mêmes un besoin trop pressant de dissuader d’autres personnes de suivre la voie tracée par Assange pour dénoncer les crimes occidentaux, pour risquer de laisser Assange en liberté.

 

Au lieu de cela, ils ont participé à une vaste mascarade juridique visant à masquer la nature politique de l’incarcération d’Assange. Et ce faisant, ils ont systématiquement fait fi de l’État de droit. »

 

Rappelons que Nils Melzer a publié un ouvrage « The Trial of Julian Assange » qui paraîtra en français en septembre prochain.

 

Un élément nouveau pourrait cependant jouer en faveur de Julian Assange. Les élections en Australie, son pays natal, ont amené une majorité progressiste au pouvoir chassant les conservateurs. Sans doute, le nouveau Premier ministre à Canberra fera-t-il pression sur le gouvernement de Londres. Wait and see !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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22 mai 2022 7 22 /05 /mai /2022 20:59

 

 

 

Le 24 février 2022 marque le début de la fin du projet « Union européenne ». Une grande et belle idée s’effondre. Celle exprimée il y a longtemps par plusieurs grands esprits comme Victor Hugo, Johann Wolfgang von Goethe, Henri Lafontaine, Jose Ortega y Gasset et bien d’autres qui consistait à unifier les peuples d’Europe afin de bâtir la paix dans la liberté et la prospérité.

 

Victor Hugo avait dit :

 

« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne... Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. »

 

 

 

 

Victor Hugo fut un des premiers promoteurs de l'union des peuples d'Europe au XIXe siècle.

Victor Hugo fut un des premiers promoteurs de l'union des peuples d'Europe au XIXe siècle.

 

 

 

Cet extrait d’un discours du grand écrivain français à l’Assemblée nationale française cité par Gabrielle Lefèvre (https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/quand-sombre-l%E2%80%99europe ) et lu un jour par le dernier secrétaire général de l’Union Soviétique, Michaïl Gorbatchev, qui souhaitait construire une « maison commune » sur le vieux continent, montre combien certains œuvraient pour cette idée grandiose qui a été galvaudée par la cupidité et la lâcheté.

 

 

                                 

Mikhaïl Gorbatchev, le dernier chef d'Etat de l'URSS, avait vu juste et avait un grand projet pour l'unité des peuples d'Europe. Il fut saboté par les dirigeants européens.

Mikhaïl Gorbatchev, le dernier chef d'Etat de l'URSS, avait vu juste et avait un grand projet pour l'unité des peuples d'Europe. Il fut saboté par les dirigeants européens.

 

 

En effet, si les fondateurs de l’Union européenne se sont inspirés de ces grands anciens, ils ont échoué à faire de l’Europe une entité à la fois autonome et universaliste. Ce qu’on appelle la construction européenne s’est élaboré dans le cadre de la rivalité entre les deux grandes puissances impérialistes de l’époque, les Etats-Unis et l’Union Soviétique. Les institutions européennes se sont dès le début inscrites dans le camp « occidental » et capitaliste. L’affaire était donc viciée au départ : comment construire un édifice pacifique lorsqu’on faut partie d’un des camps antagonistes ?

 

Certes, le continent européen a vécu dans une paix relative pendant près de cinquante ans. Cependant, des guerres se déroulaient dans tous les continents et des pays européens y étaient mêlés directement ou non. Les guerres de décolonisation, la guerre de Corée, les deux guerres du Vietnam, les guérillas en Amérique latine, les guerres au Proche Orient ont eu lieu dans le cadre d’une « drôle de paix » entre les deux « Grands » qu’on a appelé la guerre froide.

 

Et dès la chute du Mur de Berlin et du communisme en Europe de l’Est, les démons de la guerre se sont réveillés en Europe centrale et en premier lieu dans les Balkans. En 1990, la Yougoslavie a éclaté. Et là, l’Union européenne qui s’appelait encore Communauté économique européenne, a raté une occasion unique de s’imposer comme force de paix. Au lieu de se présenter comme une entité neutre capable de faire pression sur les différentes parties en conflit, les Etats-membres sous la pression américaine de l’Allemagne et du… Vatican ont reconnu deux régions séparatistes : la Slovénie et la Croatie qui font aujourd’hui partie de l’Union européenne. Un ennemi était désigné : la Serbie, comme par hasard de culture slave orthodoxe et proche de la Russie. Cela provoqua une guerre atroce où fut pratiquée des deux côtés ce qu’on a appelé « l’épuration ethnique » ! Des troupes de différents Etats-membres au nom de l’ONU et de l’OTAN furent envoyées pour servir d’intermédiaires entre les belligérants sans obtenir un résultat. L’exemple du massacre de Srebrenica en est une tragique preuve, alors que les troupes hollandaises étaient présentes ! En Bosnie, les Occidentaux ont soutenu les musulmans contre les Serbes, les deux s’étant livrés à des atrocités innommables. Résultat : une Yougoslavie démantelée en plusieurs petits Etats avec deux d’entre eux qui demeurent sources de conflits : la Macédoine du Nord et le Kosovo, sans oublier la Bosnie qui connaît à nouveau des tensions. Tout cela fut imposé par la puissance étatsunienne dans le cadre des fameux accords de Dayton qui se montrent aujourd’hui très fragiles. Les armes pourraient à nouveau parler en Bosnie et au Kosovo.

 

 

Le terrible massacre de Srebenica a montré la dramatique faiblesse de l'Union européenne.

Le terrible massacre de Srebenica a montré la dramatique faiblesse de l'Union européenne.

 

 

 

Aujourd’hui, la guerre en Ukraine n’est en définitive que la suite logique et tragique de cette absence de politique stratégique en Europe. On se réfère toujours au même, mais dès 1960, le général de Gaulle avait compris que la France et l’Europe n’avaient aucun intérêt à s’aligner dans ce qu’on appelait à l’époque les « tensions Est-Ouest », c’est-à-dire la rivalité entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. Et, malgré la chute du Mur de Berlin suivie de l’effondrement de l’Union Soviétique, l’Union européenne est toujours « scotchée » à la stratégie géopolitique des USA.

 

Les empires blessés

 

On dit qu’un animal blessé est dangereux. C’est le cas aussi des empires. La guerre en Ukraine dite « opération militaire spéciale » en est la tragique illustration. Cette guerre est en réalité l’affrontement par « délégation » entre les Etats-Unis et la Russie.

 

Que l’on condamne sans appel l’agression déclenchée par Poutine est une chose essentielle, mais cela ne doit pas interdire d’analyser les tenants et les aboutissants de cette tragédie qui montre que le continent européen reste toujours un champ de bataille. Celui de l’affrontement entre deux empires blessés. Cela ne doit pas faire oublier les massacres dans le Donbass qui se sont déroulés dès 2014 et qui servirent de prétexte à « l’opération militaire spéciale » décidée par Poutine. Tout n’est ni blanc ni noir en cette tragédie.

 

 

 

Vladimir Poutine s'est lancé dans une aventure criminelle qui peut à terme mettre fin à son empire.

Vladimir Poutine s'est lancé dans une aventure criminelle qui peut à terme mettre fin à son empire.

 

 

 

Oui, nous avons affaire à deux empires en déclin. L’hégémonie mondiale économique et militaire des Etats-Unis d’Amérique s’effrite. La mondialisation prétendument « heureuse » ou néolibérale est un échec colossal. Elle a montré sa fragilité dès le surenchérissement des prix de l’énergie. Elle a créé un déséquilibre industriel, commercial et social en désindustrialisant aux Etats-Unis et en Europe pour délocaliser en Chine et aussi en Russie. La situation économique étatsunienne actuelle est catastrophique : son abyssal endettement et son colossal déséquilibre de la balance des paiements prennent des proportions dangereuses aussi bien pour les USA que pour le reste du monde.

 

Et n’oublions pas ses dramatiques échecs diplomatiques et militaires qui ont entamé sa puissance. La récente débâcle en Afghanistan l’a tragiquement montré. Quel terrible symbole : quelques milliers de talibans fanatiques ont réussi à humilier la plus grande puissance mondiale devant le monde entier ! Quelle confiance, dès lors, peut-on avoir envers la « protection » américaine ?

 

 

 

Le président US Joe Biden s'enferre dans le bellicisme en multipliant les déclarations provocatrices.

Le président US Joe Biden s'enferre dans le bellicisme en multipliant les déclarations provocatrices.

 

 

 

La Russie, quant à elle, composée des territoires de l’ex URSS dépouillés de plusieurs de ses anciens Etats qui, à l’exception d’un seul, la Biélorussie, se sont montrés hostiles à Moscou.

 

Sa grande faiblesse est de ne pas avoir réussi à se débarrasser des oripeaux de l’Union Soviétique. La nomenklatura soviétique a été remplacée par les oligarques dès la fin de l’URSS. L’infrastructure de cet immense pays comme son industrie sont obsolètes, cependant la Russie reste un important exportateur de matières premières dont le gaz, évidemment, le pétrole, le blé, l’aluminium, le lithium, l’uranium. Et, en cela, il est évident que les dirigeants de l’Union européenne n’en ont pas pris la mesure en décrétant les sanctions-embargos contre la Russie.

 

Dépouillée de ses anciennes républiques à l’Ouest et dans le Caucase, la Russie s’est trouvée acculée. Une guerre a déjà eu lieu en Géorgie où les Russes l’ont emporté. Il ne faut pas oublier non plus la guerre en Tchétchénie qui s’est déroulée dans des conditions atroces, dont on ne sait pas très bien qui en est le vainqueur. Quant à l’Ukraine, jusqu’en 2014, elle s’est montrée plutôt proche de Moscou. C’est en 2014, lors du renversement du régime pro-russe que le rapport de forces a changé et l’Union européenne en porte une grande responsabilité. En effet, elle a signé un traité de libre-échange avec l’Ukraine. Aussi, par effet domino, il aurait concerné la Russie puisque celle-ci avait déjà contracté un traité de libre-échange avec l’Ukraine.

 

 

 

La place Maidan en 2014, lieu emblématique de l'insurrection nationaliste ukrainienne. On remarque les drapeaux de l'Union européenne.

La place Maidan en 2014, lieu emblématique de l'insurrection nationaliste ukrainienne. On remarque les drapeaux de l'Union européenne.

 

 

 

C’était évidemment la porte ouverte au conflit. De plus, depuis qu’il est élu, Zelensky s’est montré particulièrement agressif dans le Donbass. Dès lors, la tension n’a cessé de croître jusqu’à ce fatidique 24 février 2022 où Poutine a envoyé ses troupes dans une « opération militaire spéciale » qui s’est transformée en une aventure militaire meurtrière. Il est vrai que, comme l’écrit Natacha Polony dans « Marianne » :

 

« La résistance et même les contre-offensives de l’armée ukrainienne s’expliquent par le fait qu’elle dispose d’un arsenal ultramoderne fourni par les pays de l’OTAN et de l’avantage immense que confère le renseignement américain. La formation de l’armée ukrainienne par des instructeurs occidentaux, bien sûr, à 2014, mais on ignore ce qu’il en est depuis le déclenchement de l’attaque russe le 24 février. Un reportage de Régis Le Soummier, publié au début d’avril dans le Figaro Magazine, décrivait comment les volontaires français rejoignant l’Ukraine étaient très officiellement pris en main, à 60 km à l’ouest de Lviv, par un vétéran de l’armée américaine… »

 

Il est vrai que les Etats-Unis ont fourni des armes à l’Ukraine pour 33 milliards de dollars, ce qui est colossal. Et le 19 mai, le Sénat US a débloqué en plus 40 milliards d’aide à l’Ukraine dont 6 milliards consacrés à l’achat de blindés et d’équipements ultramodernes. Il est dès lors évident que les dirigeants étatsuniens cherchent à acculer la Russie qui se montrera incapable à s’opposer efficacement à une contre-offensive ukrainienne.

 

Ajoutons que les missiles qui ont coulé le croiseur Moskva, fleuron de la flotte militaire russe, en Mer Noire, ont sans doute été tirés par des « conseillers » américains en Ukraine. Et la même Natacha Polony pense que les démocrates étatsuniens qui attribuent à Poutine la responsabilité de la défaite de Hillary Clinton en 2016, sont directement intervenus dans cette guerre d’Ukraine. De toute façon, la résistance ukrainienne qui est apte à vaincre l’armée russe est un élément fondamental qui pourrait profondément changer la donne.

 

 

 

Le croiseur Moskva coulé sans doute par des missiles US tirés du territoire ukrainien. Une terrible humiliation pour Poutine.

Le croiseur Moskva coulé sans doute par des missiles US tirés du territoire ukrainien. Une terrible humiliation pour Poutine.

 

 

 

Cependant, cette guerre est pleine de risques. Le premier d’entre eux est celui de l’extension du conflit. De régional, il pourrait devenir européen, voire mondial. Dans une tribune désormais célèbre, parue dans le « Figaro » du 12 mai 2022, Henri Guaino, ancien conseiller à la présidence de Nicolas Sarkozy, s’inquiète de l’évolution de cette guerre. Se référant à l’historien australien Christopher Clark sur les causes de la Première guerre mondiale, Les Somnambules, été 1914: comment l’Europe a marché vers la guerre, Flammarion, 2013, Guaino intitule sa tribune : « Nous marchons vers la guerre comme des somnambules. » En effet, l’Europe semble subir l’événement, ne prend aucune mesure pour enrayer cette guerre et, bien au contraire, l’Union européenne et particulièrement la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, s’aligne sur les prises de positions les plus radicales, c’est-à-dire celles des dirigeants démocrates étatsuniens. De plus on peut craindre qu’un engrenage infernal se soit mis en route. Henri Guaino le compare aux débuts de la Première guerre mondiale.

 

 

 

Henri Guiano, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a publié une analyse fouillée et lucide du conflit Russie - Ukraine.

Henri Guiano, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a publié une analyse fouillée et lucide du conflit Russie - Ukraine.

 

 

 

« En 1914, aucun dirigeant européen n’était dément, aucun ne voulait une guerre mondiale qui ferait vingt millions de morts mais, tous ensemble, ils l’ont déclenchée. Et au moment du traité de Versailles aucun ne voulait une autre guerre mondiale qui ferait soixante millions de morts mais, tous ensemble, ils ont quand même armé la machine infernale qui allait y conduire. »

 

Comment cela ?

Comme l’explique Henri Guiano : « En étendant l’OTAN à tous les anciens pays de l’Est jusqu’aux pays Baltes, en transformant l’Alliance atlantique en alliance anti-Russe, en repoussant les frontières de l’Union européenne jusqu’à celles de la Russie, les États-Unis et l’Union européenne ont réveillé chez les Russes le sentiment d’encerclement qui a été à l’origine de tant de guerres européennes. Le soutien occidental à la révolution de Maïdan, en 2014, contre un gouvernement ukrainien prorusse a été la preuve pour les Russes que leurs craintes étaient fondées. L’annexion de la Crimée par la Russie et son soutien aux séparatistes du Donbass ont à leur tour donné à l’Occident le sentiment que la menace russe était réelle et qu’il fallait armer l’Ukraine, ce qui persuada la Russie un peu plus que l’Occident la menaçait. L’accord de partenariat stratégique conclu entre les États-Unis et l’Ukraine le 10 novembre 2021, scellant une alliance des deux pays, dirigée explicitement contre la Russie et promettant l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan, a achevé de convaincre la Russie qu’elle devait attaquer avant que l’adversaire supposé soit en mesure de le faire. C’est l’engrenage de 1914 dans toute son effrayante pureté. »

 

 

Et cela répond à la doctrine des néoconservateurs étatsuniens élaborée en 1998 par l’ancien conseiller stratégique de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, lui-même d’origine polonaise, dans un ouvrage intitulé Le Grand Echiquier. Cet extrait de l’introduction de ce livre est révélateur :

 

 

 

Zbigniew Brzezenski, ancien conseiller de Jimmy Carter, a défini la position stratégique étatsunienne en Europe.

Zbigniew Brzezenski, ancien conseiller de Jimmy Carter, a défini la position stratégique étatsunienne en Europe.

 

« La maîtrise des nouveaux instruments de pouvoir (la technologie, les communications, l'information, aussi bien que le commerce et les finances) est indispensable. Pour autant, la politique étrangère des États-Unis doit aujourd'hui encore prendre en compte la dimension géopolitique el utiliser toute son influence en Eurasie pour créer un équilibre durable sur le continent et y jouer un rôle politique d'arbitre. L'Eurasie reste l'échiquier sur lequel se déroule la lut1e pour la primauté mondiale. Pour y participer, il est nécessaire de se doter d’une ligne géostratégique, c'est-à-dire de définir une gestion stratégique de ses intérêts géopolitiques. Dans un passé récent, en 1940, deux candidats à la suprématie mondiale, Adolf Hitler et Joseph Staline, se sont entendus (lors de négociations secrètes qui ont eu lieu en novembre de cet1e année-là) pour exclure l’Amérique de l'Eurasie.

Tous deux avaient compris que la pénétration de la puissance américaine en Eurasie mettrait fin à leurs espoirs de domination, ils partageaient un même postulat : l'Eurasie se situant au centre du monde, quiconque contrôle ce continent, contrôle la planète. Un demi-siècle plus tard, les perspectives ont changé : la primauté américaine en Eurasie sera-t-elle durable et quelles fins peut-elle servir ? La politique américaine doit viser des objectifs généreux et visionnaires. Elle doit favoriser les liens nécessaires à une vraie coopération mondiale en accord avec les tendances à long terme et les intérêts fondamentaux de l'humanité.

 

L'apparition d'un concurrent en Eurasie, capable de dominer ce continent et de LA POLITIQUE D'UNE SUPERPUISSANCE.  Défier l’Amérique, remettrait en cause ces objectifs. »

 

 

 

La tête de pont démocratique de Brzezenski englobe la France, le Bénélux, le Danemark, l'Allemagne, la Pologne et l'Ukraine, noyau critique de la sécurité européenne vis-à-vis de la Russie.

La tête de pont démocratique de Brzezenski englobe la France, le Bénélux, le Danemark, l'Allemagne, la Pologne et l'Ukraine, noyau critique de la sécurité européenne vis-à-vis de la Russie.

 

 

 

L’Union européenne aux abonnés absents

 

Ainsi, les Etats-Unis, via l’OTAN, dominent stratégiquement ce conflit. Ils sont maîtres du jeu. Veulent-ils l’étendre afin de conforter leur domination sur le continent « Eurasie » ? Sans doute. L’avenir nous le dira. En attendant, l’Union européenne est aux abonnés absents. Ses dirigeants se sont impliqués comme s’ils considéraient que l’Union était elle-même agressée. Elle n’a pour riposte que les sanctions et la livraison d’armes aux Ukrainiens.

 

Les sanctions ? On se tire une balle dans le pied. Prenons comme exemple le gaz. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen passe un accord avec les USA pour acheter du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) avec les USA. C’est ke fameux gaz de schiste qui est très cher. Pourtant, le gazoduc traversant l’Ukraine pour ravitailler l’Allemagne et d’autres pays de l’UE fonctionne toujours malgré la guerre, l’Ukraine touchant au passage des royalties – business as usual – malgré la guerre.

 

On n’a pas mesuré notre dépendance à la Russie. En coupant tout lien, l’UE ne tiendrait que trois mois, alors que la Russie trois ans. La Russie est le plus grand producteur mondial d’aluminium. Les produits chimiques de gaz viennent de Russie. Les dérivés du pétrole comme le gazole sont raffinés en Russie, etc. En plus, elle est le troisième producteur au monde de pétrole et aussi le premier exportateur mondial.

 

Et n’oublions pas la question du blé. En décrétant un embargo, on risque de provoquer une crise alimentaire mondiale, car la Russie et l’Ukraine sont les principaux exportateurs de blé au monde. Le Maghreb, en plus de l’Europe, pourrait être sérieusement touché.

 

Nul ne sait que sera l’issue de cette guerre. On peut cependant être certain qu’elle aura des conséquences désastreuses pour le continent européen. L’Union européenne s’avère incapable à défendre les intérêts vitaux des Etats-membres. Elle n’est plus que la courroie de transmission des intérêts des multinationales essentiellement américaines via les lobbies qui la gangrènent. Elle n’a pas réussi en soixante-cinq ans d’existence à s’accorder sur l’essentiel ; sa relation avec le monde.

 

La loi du plus fort ?

 

Henri Guiano conclut en citant Henri Kissinger : « “Si l’Ukraine doit survivre et prospérer, elle ne doit pas être l’avant-poste de l’une des parties contre l’autre. Elle doit être un pont entre elles. L’Occident doit comprendre que pour la Russie l’Ukraine ne pourra jamais être un simple pays étranger”. C’est par sa neutralisation que la Finlande a pu demeurer libre et souveraine entre les deux blocs pendant la guerre froide. C’est par sa neutralisation que l’Autriche est redevenue en 1955 un pays libre et souverain.

 

 

 

Le patriarche Henry Kissinger est toujours aussi lucide.

Le patriarche Henry Kissinger est toujours aussi lucide.

 

 

 

Faire aujourd’hui des concessions à la Russie, c’est se plier à la loi du plus fort. N’en faire aucune, c’est se plier à la loi du plus fou. Tragique dilemme. Un dilemme comme celui-ci, vécu dans la Résistance par le poète René Char :

 

“J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser la détente du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé ! Nous étions sur les hauteurs de Céreste (…) au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là. Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête (…) Je n’ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu’est-ce qu’un village ? Un village pareil à un autre ?» Et nous, que répondrons-nous aux regards qui nous imploreront d’arrêter le malheur quand nous l’aurons fabriqué ? »

 

 

Le drame aujourd’hui : nul ne semble apte à arrêter le malheur !

 

 

 

Pierre Verhas

 

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 19:46

 

 

 

La journaliste palestinienne Shireen Abu Aqleh, éminente reporter pour Al Jazeera, qui est depuis plus de 20 ans l’un des visages les plus connus pour rendre compte de la situation actuelle en Palestine dans les médias en langue arabe, a été abattue aux premières heures du mercredi 11 mai par les forces d’occupation israéliennes qui envahissaient Jénine. Cette journaliste américano-palestinienne née à Jérusalem de parents arabes chrétiens de Bethlehem est célèbre, car elle a effectué des reportages un peu partout en Palestine. Elle a approfondi la question de la vie sous l’occupation israélienne et des prisonniers palestiniens, en interrogeant des familles palestiniennes et des acteurs des deux côtés.

 

 

 

Shirleen Abu Aqleh,la grande journaliste pamestinienne abattue alors qu'elle faisait un reportage sur les attaques israéliennes au camp de réfugiés palestiniens de Jénine.  Ici sur le mont des Oliviers à Jérusalem Est. A l'arrière plan,  l'Esplanade des mosquées avec le d^me du Rocher surmonté par une coupole dorée, lieu de tat d'affrontements entre ¨Palestiniens et Israéliens

Shirleen Abu Aqleh,la grande journaliste pamestinienne abattue alors qu'elle faisait un reportage sur les attaques israéliennes au camp de réfugiés palestiniens de Jénine. Ici sur le mont des Oliviers à Jérusalem Est. A l'arrière plan, l'Esplanade des mosquées avec le d^me du Rocher surmonté par une coupole dorée, lieu de tat d'affrontements entre ¨Palestiniens et Israéliens

 

 

 

Jénine où « on » lui a ôté la vie est un camp de réfugiés palestiniens situé au Nord de la Cisjordanie. Il fait régulièrement l’objet d’attaques de Tsahal qui cherche à neutraliser des dirigeants palestiniens et à traquer la population de ce camp.

 

Shireen Abu Aqleh a été abattue d’une balle dans la tête alors qu’elle portait son gilet « Presse », suscitant l’indignation face à son meurtre et aux attaques systématiques dirigées contre les journalistes palestiniens.

 

 

Shireen Abu Aqleh fut abattue alors qu'elle portait son gilet "Press"

Shireen Abu Aqleh fut abattue alors qu'elle portait son gilet "Press"

 

 

 

L’assassinat de Shireen Abu Aqleh a suscité des comparaisons avec le meurtre du journaliste palestinien Yasser Murtaja et d’Ahmed Abu Hussein à Gaza pendant la Grande Marche du retour en 2018, ainsi qu’avec les 50 journalistes palestiniens tués depuis 2000 par l’occupation israélienne. Il y a aussi des dizaines de journalistes palestiniens détenus derrière les barreaux de l’occupation, dont Bushra al-Tawil, emprisonnée sans inculpation ni procès en détention administrative. Shireen Abu Aqleh était une figure incontournable d’Al Jazeera, célèbre dans toute la région arabe pour ses reportages sur les quatre guerres contre Gaza, la guerre israélienne contre le Liban et la lutte de libération palestinienne en cours. À de nombreuses reprises, elle a couvert les histoires des milliers de prisonniers palestiniens, de leurs familles, de leurs vies et de leur résistance.

 

 

 

Shireen Abu Aqleh fut transportée par ses collègues à la morgue de l'hôpital de Jenine.

Shireen Abu Aqleh fut transportée par ses collègues à la morgue de l'hôpital de Jenine.

 

 

 

Evidemment, l’armée israélienne a réagi. Dans un communiqué, elle a déclaré que ses estimations initiales indiquent que la journaliste palestinienne, Shireen Abu Aqleh, a été tuée par des hommes palestiniens armés.

 

« Les premiers éléments de l'enquête indiquent, contrairement à ce qui a été publié dans les médias arabes, que la correspondante d'Al-Jazeera, Shireen Abu Aqleh, avait été tuée mercredi matin, par des hommes armés dans le camp de Jénine, où elle faisait ses couvertures médiatiques », a déclaré le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, dans un tweet.

 

Et puis, le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, propose aux Palestiniens d’organiser une autopsie commune de la journaliste d’Al-Jazeera pour savoir d’où viennent les balles qui l’on tuées. Si les Israéliens étaient si certains de leurs dénégations, pourquoi proposent-ils cette démarche ? Sans doute pour éviter une campagne d’indignation dans le monde entier… De son côté, l’ONU exige une enquête indépendante. On peut toujours rêver !

 

Va-t-on vivre avec cet assassinat une nouvelle affaire Charles Enderlin ? Rappelez-vous, la traque qu’a subi pendant des années le grand journaliste franco-israélien Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, qui a été attaqué parce qu’il avait filmé un affrontement entre Israéliens et Palestiniens au milieu duquel se trouvait un père palestinien et son jeune fils qui ont manifestement été abattus par les soldats de Tsahal. Il ne fut réhabilité que plusieurs années après par la Justice française. Les Israéliens auraient-ils l’intention de jouer la même « partition » au sujet de Shireen Abu Aqleh ?

 

 

 

Le père et le fils palestiniens s'abritant entre deux feux à un checkpoint israélien où ils furent finalement abattus par les Israéliens. Charles Enderlin fut méchamment attaqué pendant des années avant d'être réhabilité par un tribunal français.

Le père et le fils palestiniens s'abritant entre deux feux à un checkpoint israélien où ils furent finalement abattus par les Israéliens. Charles Enderlin fut méchamment attaqué pendant des années avant d'être réhabilité par un tribunal français.

 

 

 

Notons aussi que le 27 avril dernier, une plainte officielle a été́ déposée auprès du bureau du procureur de la Cour pénale internationale, à La Haye, au nom du Syndicat des journalistes palestiniens et de la Fédération internationale des journalistes.

 

 

 

Cette plainte concerne des crimes commis contre des journalistes palestiniens par l'occupation israélienne, et a été́ préparée par un avocat britannique au nom du Syndicat et de la Fédération, et comprend tous les dossiers qui ont pris environ deux ans à préparer.

 

 

Au cours de l'année 2021, l'occupation israélienne a commis 368 violations contre des professionnels des médias et des institutions de presse en Palestine, notamment dans la bande de Gaza avec la mort du journaliste Youssef Muhammad Abu Hussein.

 

 

Si une enquête commune des Israéliens et des Palestiniens a lieu sur l’assassinat de Shireen Abu Aqleh, les enquêteurs de la CPI devraient y participer aussi !

 

 

Shireen Abu Aqleh était une journaliste qui dérange. Et elle dérange tellement que dans sa maison de Beit Hanina, quartier de Jérusalem-Est situé à la limite de Ramallah, alors que ses amis s’étaient rassemblés pour le deuil, la police israélienne est entrée pour exiger de couper la musique qui… « perturbait les habitants » ! La limite de l’indécence est largement franchie !

 

Un hommage national palestinien a été rendu à Shireen Abu Aqleh à Ramallah. Au moins, l'honneur est sauf.

 

 

Ceux qui tuent des gens désarmés qui dérangent portent un nom : Assassins !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

 

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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 10:47

 

 

 

Punta del Este, la capitale de l’Uruguay, petit pays d’Amérique du Sud enclavé entre la vaste Argentine et l’immense Brésil reçoit du 2 au 5 mai les journées mondiales pour la liberté de la Presse organisée par l’UNESCO composées de 47 délégations provenant des Etats-membres.

 

Cet évènement est évoqué dans sa chronique au journal belge « Le Soir » de jeudi 28 avril par le journaliste et professeur à l’ULB, Jean-Paul Marthoz. Celui-ci est une référence dans le monde du journalisme. Marthoz est journaliste et essayiste. Ex-chef du service étranger du Soir, ex-directeur de l’information de Human Rights Watch, il est membre des conseils du Comité de protection des journalistes (New York), d’Index on Censorship et de l’Ethical Journalism Network (Londres).

 

 

Il est auteur et co-auteur de nombreux livres sur les questions internationales, dont La liberté sinon rien (2008), L’éthique de la dissidence (2010), Objectif Bastogne (2014) et Les médias face au terrorisme (2017).

 

 

 

Jean-Paul Marthoz, une référence dans le journalisme

Jean-Paul Marthoz, une référence dans le journalisme

 

 

 

Dans sa chronique, il évoque les difficultés de plus en plus grandes rencontrées par les journalistes en Europe. Il écrit : « Les conditions en Ukraine expriment la dangerosité de l’exercice du journalisme dans des régions en guerre. Mais la violence contre la presse s’exerce aussi de plus en plus en dehors des champs de bataille. Même sur le Vieux Continent, comme le soulignait mercredi à Bruxelles la « Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes ». En 2021, 82 alertes relatives aux attaques contre la sécurité et l’intégrité physique des journalistes ont été enregistrées, contre 51 en 2020. L’année dernière, six journalistes ont été tués, le chiffre le plus élevé depuis l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo en 2015. »

 

Et dans le reste du monde : « Et que dire du reste du monde ? Du Mexique, où plus de 150 journalistes ont été assassinés au cours des vingt dernières années dans le contexte ultra-violent de la guerre de la drogue ? De la Chine, cadenassée, fliquée ? Ou de l’Arabie saoudite, de moins en moins affectée par l’opprobre international qui avait suivi l’exécution du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 dans le consulat saoudien d’Istanbul ? »

 

Une stratégie délibérée

 

Ensuite, Marthoz évoque un ancien film de Costa Gavras paru en 1972, Etat de siège :

 

« On est en 1970, au moment où ce « bout d’Europe » sombre dans le chaos politique et la violence. Trois ans avant un coup d’Etat militaire qui allait convertir ce pays en « chambre de torture des Amériques ». Costa Gavras raconte l’histoire de l’enlèvement et de l’exécution d’un agent du FBI – interprété par Yves Montand – par la guérilla d’extrême gauche des Tupamaros. Mais il fait d’un journaliste le fil conducteur, la boussole éthique, de ce face-à-face. C’est ce dernier, Carlos Quijano, un septuagénaire distingué, qui, dans les conférences de presse pose les bonnes questions, celles qui dérangent les convenances paresseuses et les consensus commodes.

 

 

 

Carlos Quijano, journaliste uruguayen qui lutta pour la liberté d'informer dans son pays.

Carlos Quijano, journaliste uruguayen qui lutta pour la liberté d'informer dans son pays.

 

 

 

Directeur de Marcha, un hebdomadaire dont l’influence politique et intellectuelle débordait largement de l’Uruguay, il représentait une gauche « socialiste libérale », ouvrant ses pages à Pierre Mendès France et Octavio Paz, exprimant un idéal exigeant et universel de la démocratie et du journalisme. Très tôt, alors que beaucoup célébraient l’Uruguay comme la Suisse de l’Amérique latine, il avait mis en garde contre la corruption, les arrangements politiques, les inégalités sociales, les dérives des forces de sécurité, la sclérose d’une démocratie de plus en plus déclamatoire et factice. Citoyen d’un petit pays coincé entre les colosses brésilien et argentin et surveillé par les Etats-Unis, il se méfiait aussi des impérialismes et plaidait pour l’intégration de l’Amérique latine. Il avait conscience « de la fragilité nationale dans un contexte international menaçant », écrivait en 1990 la chercheuse Carmen de Sierra dans la revue America. »

 

Enfin, Jean-Paul Marthoz n’oublie pas, après avoir cité d’autres exemples, d’analyser :

 

« Dans beaucoup de pays, il ne s’agit pas de bavures ou de dérèglements, mais bien plus gravement, comme en Pologne ou en Hongrie, d’une stratégie délibérée, idéologique, de remise en cause des institutions et des principes de la démocratie, dont la liberté de la presse est un élément essentiel. »

 

Et Assange ?

 

C’est évident, mais nous avons ici et maintenant – hic et nunc – un autre exemple probant : celui de Julian Assange. Exemple une fois de plus passé sous silence. Et il y a peu de chances qu’à cette conférence de Punta del Este, l’affaire Assange soit citée par une des 47 délégations présentes. Pourtant, le cas Assange est sans doute le plus emblématique et constitue s’il est finalement extradé la menace la plus grave contre la liberté de la presse. Déjà, les poursuites dont il fait l’objet, son emprisonnement abusif constituent de graves atteintes aux droits humains mais une attaque directe contre un journaliste qui a exercé son métier, c’est-à-dire qui a informé.

 

 

 

Julian Assange et Stella Morris qui viennent de se marier dans la prison de Belmarsh.

Julian Assange et Stella Morris qui viennent de se marier dans la prison de Belmarsh.

 

 

 

Peur ou complicité ?

 

Le rapporteur spécial à l’ONU, Nils Melzer, vient de publier un livre The Trial of Julian Assange - A Story of Persecution qui paraîtra en français en septembre prochain qui expose la situation du fondateur de Wikileaks et raconte l’histoire de sa longue traque.

 

 

 

Le rapporteur spécial de l'ONU, le Suisse Nils Melzer. Un des plus efficaces soutiens de Julian Assange

Le rapporteur spécial de l'ONU, le Suisse Nils Melzer. Un des plus efficaces soutiens de Julian Assange

 

 

 

Melzer résume ainsi son livre :

 

« Bien que les crimes et le comportement arbitraire de tous les gouvernements impliqués soient devenus de plus en plus flagrants et évidents au cours de la dernière décennie, la véritable dimension de son cas a été presque totalement ignorée par les autres gouvernements, par les grands médias et par l’opinion publique.

 

Au contraire, le récit officiel a été docilement intégré, répété et maintenu : Assange, le violeur, le pirate informatique, l’espion et le narcissique lâche, qui a le sang d’innocents sur les mains, comparaît enfin devant un tribunal. Ici aussi, comme dans l’histoire des habits neufs de l’empereur, il fallait que quelqu’un vienne jeter un regard neuf et objectif sur tout cela et rompe le charme : « Regardez, l’empereur est nu ». Ceci, cher lecteur, est le but de ce livre. »

 

Le silence de la presse, des médias et d’un grand nombre de journalistes sur le sort de Julian Assange relève tantôt de la peur de se marginaliser tantôt d’une complicité évidente.

 

Mesdames, Messieurs, un minimum de courage ! C’est de votre avenir qu’il s’agit, c’est notre liberté à tous qui est menacée. Alors, réveillez-vous ! C’est le meilleur moyen de libérer Julian Assange.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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21 avril 2022 4 21 /04 /avril /2022 09:55

 

 

 

Nous vivons pas mal d’horreurs ces temps-ci : l’Ukraine, le Yémen, la Syrie, la Palestine et bien d’autres régions en ce bas monde. Il existe encore pas mal de pays avec lesquels nous entretenons de bonnes relations qui font de la peine de mort une sanction ordinaire. La Chine, l’Arabie Saoudite et plusieurs Etats des Etats-Unis dont le Texas.

 

L’histoire rapportée sur son blog par notre ami Bernard Gensane (http://bernard-gensane.over-blog.com/2022/04/melissa-lucio-va-mourir.html ) que nous reproduisons intégralement ici, raconte le calvaire de Melissa Lucio, une jeune-femme d’origine latino qui va mourir le 27 avril 2022 dans une prison du Texas.

 

Cette jeune femme, Melissa Lucio, a été condamnée dans des circonstances plus que contestables à la peine de mort pour le meurtre d’un de ses enfants. Elle est femme, elle est pauvre, elle est droguée, elle est latino, c’est-à-dire qu’elle possède tous les critères pour passer à la chaise électrique.

 

Si, dans le monde et aussi au Texas, des voix se sont élevées pour que l’Etat du Texas ne procède pas à l’exécution de Melissa. Il y a même un sénateur républicain, chaud partisan de la peine de mort qui a affirmé que Melissa Lucio est victime d’une « erreur judiciaire » et un des jurés a déclaré publiquement regretter d’avoir voté la peine de mort de Melissa Lucio.

 

En dépit de cette levée de boucliers, l’exécution est prévue pour mercredi prochain, 27 avril. Les pressions seront-elles suffisantes pour que le Gouverneur du Texas sursoie à cette exécution ? Il en est encore temps, plus que temps !

 

Au-delà de cette horrible histoire, il est plus que temps de nous poser une question : quand va-t-on cesser les indignations à géométrie variable ? Les indignations qui sont souvent dictées par les intérêts politiques du moment. En Europe, à notre connaissance, seuls Robert Badinter, l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterrand et l’ancienne Garde des Sceaux de François Hollande, Christine Taubira ont exprimé leur ferme soutien à Melissa Lucio. Le silence des autres « autorités morales » serait-il dû à la situation géopolitique actuelle où il n’est pas de bon ton de critiquer les Etats-Unis ?

 

Si on mettait les principes au-dessus des intérêts politiques, économiques, ou  partisans, bien des drames seraient évités et on empêcherait pas mal d’ injustices qui sont en réalité des crimes.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Melissa Lucio attend son exécution dans le couloir de la mort qu'ne prison texane.

Melissa Lucio attend son exécution dans le couloir de la mort qu'ne prison texane.

 

 

par Bernard Gensane

 

Elle est la première femme hispanique au Texas à être condamnée à mort, pour le meurtre de Mariah, sa fille de deux ans. Elle sera exécutée le 27 avril 2022.

 

Son procès a présenté de nombreuses failles de procédure.

 

Dès l’âge de six ans, elle a été victimes d’agressions sexuelles. Après l’avoir régulièrement battue, son mari l’abandonne en la laissant seule avec ses cinq enfants. Elle a d’autres enfants. Au moment des faits, elle vit avec neuf de ses enfants et son compagnon qui l’a violée à plusieurs reprises et a menacé de la tuer.

  

« Je suppose que je l'ai fait ! »

 

Le 17 février 2007, des ambulanciers sont appelés au domicile de Melissa car sa plus jeune enfant, âgée de deux ans, est inconsciente et ne respire plus. Elle présente des ecchymoses, des marques de morsure sur le dos, des touffes de cheveux arrachées et un bras cassé. Quelques jours avant, elle était tombée dans les escaliers mais ce fait n’est pas porté au dossier. L’enfant est déclarée morte après son arrivée à l’hôpital. Une expertise ultérieure permet d’estimer que la fracture au bras a été causée deux à sept semaines avant le décès. Deux jours après la mort de l’enfant, les inspecteurs interrogent Lucio pendant cinq heures en l’intimidant alors qu’elle est enceinte de cinq mois. Elle finit par dire : « Je suppose que je l’ai fait. »

 

 

 

Melissa Lucio avec ses enfants avant la tragédie

Melissa Lucio avec ses enfants avant la tragédie

 

 

 

Le procès a lieu en 2008. Le procureur est alors en période de réélection. Il est aujourd’hui emprisonné pour corruption et extorsion (condamnation des 13 ans). Aucun témoin n’est cité pendant le procès puisque la mort de la petite fille n’a eu aucun témoin. Aucun témoin n'est présent pendant le procès puisque puisqu'il n'y a eu aucun témoin de la mort de la petite fille. L'avocat de Melissa Lucio, commis d'office et ayant travaillé pour le procureur après le procès, ne permet pas à ses proches ni à ses enfants de témoigner en sa faveur, alors que ceux-ci disent tous d'elle que c'est une bonne mère. Les procureurs allèguent que Melissa Lucio a battu sa fille Mariah à mort ; les avocats de Lucio contestent la cause du décès et présentent le témoignage d’expert d’un neurochirurgien selon lequel la mort de Mariah pourrait plutôt résulter d’un traumatisme crânien causé par une chute dans un escalier. Melissa Lucio est néanmoins reconnue coupable de meurtre et condamnée à mort le 12 août.

 

En 2011, un appel est rejeté. En 2019, un groupe de trois juges de la Cour d’appel ; fédérale des États-Unis annule la sentence originelle au motif que la cour n’a pas permis à Melissa Lucio de se défendre correctement. Cette décision est ensuite annulée et Mélissa reste dans le couloir de la mort.

 

80 élus du Texas, dont des Républicains, réclament l’annulation de l’exécution de Mélissa.

 

En mars 2022, elle reçoit le soutien de Christine Taubira. Le mois suivant, celui de Robert Badinter.

 

Les enfants de Melissa ont écrit au gouverneur du Texas de ne pas tuer leur mère.

 

Selon Sabrina Van Tassel, qui a consacré un film à cette affaire, « les policiers ont montré à Melissa comment frapper une poupée violemment afin qu'elle imite leurs gestes et montre comment elle aurait battu sa fille. »

 

Pour Van Tassel, « Melissa Lucio est là où elle est parce qu’elle est femme. Femme, pauvre, hispanique. Elle coche toutes les cases de ce que l’Amérique honnit. Elle a clairement été condamnée pour ce qu’elle représente : une femme latino qui a trop d’enfants, un problème de drogue, et qui vit dans un taudis. A travers l’histoire de Melissa Lucio, c’est l’histoire de toutes les minorités accusées à tort aux Etats-Unis, c’est l’histoire de tout un système.
 
Dès qu’ils la voient, les policiers se disent qu’elle est coupable et qu’elle va payer. Melissa Lucio représente l’erreur judiciaire aux Etats-Unis qui s’abat sur les plus pauvres, les noirs, les latinos et toutes les minorités. Elle est en passe de devenir une icône. A travers son histoire, le gens se révoltent. Se rendre compte que l’on peut exécuter quelqu’un sur un tel manque de preuve, avec un procureur en prison et tout un système qui dysfonctionne a mis les Américains très en colère. Le mouvement a pris un tel essor que le Congrès texan, pourtant en grosse majorité républicain, a exprimé publiquement son opposition à l’exécution.

 

Aujourd’hui, les Américains n’en peuvent plus des erreurs judiciaires. Il ne se passe pas un mois sans que quelqu’un qui a pris vingt ans, trente ans, quarante ans de prison, en sorte, à la faveur des analyses ADN et autres progrès de la science. Hélas, tous les condamnés à mort n’ont pas la chance d’avoir un film.
 
Les Américains se rendent compte que ce sont les plus pauvres et les minorités qui font les frais des dysfonctionnements du système judiciaire. Et ce particulièrement pour la peine de mort, car on ne peut se retrouver dans le couloir de la mort que si on est pauvre, que l’on appartient à une minorité ou que l’on est malade mental. Jamais quelqu’un qui a les moyens de payer une défense ne se retrouve dans le couloir de la mort. »

 

Un correspondant de Bernard Gensane raconte une autre histoire tout aussi atroce et édifiante.

 

 

C'est d'une tristesse infinie, les mots nous manquent comme pour « George Stinney Jr , d’origine africaine, ( qui ) était la plus jeune personne à avoir été condamné à mort aux États-Unis.


Il n’avait que 14 ans lorsqu’il a été exécuté sur une chaise électrique. Au cours de son procès, il portait une bible entre ses mains, affirmant son innocence. Il a été accusé d’avoir tué 2 fillettes blanches Betty 10 ans et Mary, âgée de 7 ans.


Les corps ont été retrouvés près de la maison du garçon dans laquelle il vivait avec ses parents.


A cette époque, tous les membres du jury étaient blancs. Le procès n’a duré que 2 heures et la peine à été dictée 10 minutes plus tard. Les parents du garçon ont été menacés et empêchés d’être présent dans la salle d’audience, avant d’être expulsés de la ville.


Avant l’exécution, George a passé 81 jours en prison sans pouvoir voir ses parents. Il a été maintenu à 80 kilomètres de sa ville, à l’isolement sans personne à qui parler.


Il a été électrocuté avec 5380 volts dans sa tête, imaginez toutes cette tension dans la tête d’un enfant, une mort horrible.


70 ans plus tard en 2014, son innocence a finalement été prouvée par un juge. Le garçon été innocenté, quelqu’un lui a reproché d’être noir. »


Les images de son exécution sont à voir sur internet. C'est une honte pour le genre humain.

 

 

 

 

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7 avril 2022 4 07 /04 /avril /2022 16:55

 

 

 

Nous entendons par démocratie formelle, le système électif au suffrage universel des pouvoirs constitués, c’est-à-dire les parlements dans la plupart des pays dits démocratiques et dans certains d’entre eux du chef de l’Etat.

 

Les élections françaises rassemblent les deux en commençant par celle du chef de l’Etat. Au terme d’une campagne qui a été « percutée » par la guerre d’Ukraine comme l’écrit Serge Halimi dans le « Monde diplomatique » de ce mois, on observe qu’Emmanuel Macron, le président sortant candidat à un deuxième mandat, sera, selon les sondages, pour l’élection au second tour, sans doute opposé soit à la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen ou – c’est moins probable – au candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon.

 

 

 

Emmanuel Macron, le président sortant, Marine Le Pen, RN extrême-droite, Jean Luc Mélenchon, la FI, gauche radicale, sont les trois candidats susceptibles de se trouver au second tout d'après les sondages.

Emmanuel Macron, le président sortant, Marine Le Pen, RN extrême-droite, Jean Luc Mélenchon, la FI, gauche radicale, sont les trois candidats susceptibles de se trouver au second tout d'après les sondages.

 

 

 

Selon les sondages ? Depuis le début de cette campagne électorale qui s’avère d’un niveau lamentable, ce sont les instituts de sondage qui mènent la danse ! Dès le départ, les résultats de leurs enquêtes indiquaient la même tendance à quelques points près : Macron largement en tête au premier tour suivi assez loin de Le Pen et puis de Mélenchon. Le second candidat d’extrême-droite, l’essayiste Éric Zemmour a fait illusion quelques temps et puis est rentré dans le rang du « marais » composé de la candidate de la droite républicaine, Valérie Pécresse, de celle du PS, la maire de Paris Anne Hidalgo, de l’écologiste Yannick Jadot et puis du communiste Roussel, ensuite clôturent la liste : le folklorique Jean Lassalle qui ne dit pas toujours des âneries, le prétendu gaulliste d’extrême-droite Nicolas Dupont-Aignan, les deux trotskystes Nathalie Artaud et Philippe Poutou.

 

Qu’observe-t-on ? Si l’on en croit les sondages les candidates des partis républicains, la PS Anne Hidalgo et la LR Valérie Pécresse n’ont plus aucune chance. Les deux partis qui ont alterné au pouvoir en France depuis 1981 sont laminés aujourd’hui. Macron a d’ailleurs tout fait pour qu’il en soit ainsi. D’ailleurs, bien des mandataires PS et LR se rallient en dernière minute au président sortant espérant encore exister. Même le souverainiste Jean-Pierre Chevènement, 83 ans il est vrai, a rejoint le camp macroniste !

 

 

 

Jean-Pierre Chevènement, champion du souverainisme, se rallie à l'européiste Emmanuel Macron.

Jean-Pierre Chevènement, champion du souverainisme, se rallie à l'européiste Emmanuel Macron.

 

 

 

La fin du centre ?

 

C’est un premier signe important. Les partis « traditionnels » qui ont gouverné sans relâche depuis des décennies sont en pleine déliquescence tant en France qu’en Belgique. Les Républicains, héritiers du parti gaulliste, sont laminés. Il est vrai que leurs deux derniers présidents – et anciens présidents de la République – feu Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ont été sévèrement condamnés par la Justice française pour malversations diverses. Cependant, outre cela, ils ne présentent aucun poids politique, car ce parti navigue à vue. Tantôt, il joue la carte néolibérale, tantôt celle de l’extrême-droite. Et cela continue : le programmes de la candidate de Républicains, Valérie Pécresse, pêche dans le cloaque de l’extrême-droite tout en prônant des mesures ultralibérales et antisociales.

 

Au centre gauche, le PS déjà sous François Mitterrand et par après avec Lionel Jospin et François Hollande ont mené une politique libérale et d’alignement systématique sur l’atlantisme et l’européisme, autrement dit ce qu’on appelle le centre ou le « ni droite ni gauche ». Il faut cependant noter que bon nombre d’entre eux, sans tout à fait rompre, n’ont pas suivi cette ligne. Ce fut le cas de Jean-Pierre Chevènement, de Claude Cheysson et sous Jospin, de Hubert Védrine. Sur le plan social, il y eut une personnalité comme Charasse qui n’acceptait pas le « tournant libéral ». Cependant, cette évolution du PS français vers une social-démocratie à l’allemande n’est pas la seule. Le PS belge francophone et son alter ego flamand ont connu un dilemme semblable. Ce double langage a désorienté l’électorat traditionnel des socialistes, aussi se sont-ils considérablement affaiblis. Et cela au profit du parti de gauche radicale le PTB qui dépasse le PS dans les derniers sondages.  Le parti chrétien a voulu se positionner au centre droit tout en n’affichant plus son engagement philosophique. Aussi, l’électorat catholique s’est-il lui aussi senti désorienté. Une bonne partie des chrétiens et de l’extrême-gauche ont constitué les troupes du parti Ecolo.

 

La radicalisation du paysage politique

 

La droite républicaine en France est laminée. La lamentable campagne de Valérie Pécresse en est une preuve. À quelques exceptions près, les grosses têtes de LR se détournent de « leur » candidate ! En Belgique francophone, depuis la présidence de l’ineffable Georges-Louis Bouchez dit GLOUB, les libéraux du MR entament un virage vers la droite dure. Avez-vous remarqué, par exemple, que les tweets de GLOUB consistent en des attaques vis-à-vis de ses partenaires classés à gauche au gouvernement – le PS et Ecolo – et le PTB. Il ne s’attaque jamais à l’extrême-droite flamande ou francophone…

 

 

 

Georges-Louis Bouchez dit GLOUB, président du MR, ne semble pas craindre la nuisance de l'extrême-droite.

Georges-Louis Bouchez dit GLOUB, président du MR, ne semble pas craindre la nuisance de l'extrême-droite.

 

 

 

Il est donc évident que pour ces deux pays, ce qu’on appelle le centre est en voie de disparition. Cela signifie une radicalisation de la représentation politique. La gauche se radicalise et la droite s’oriente de plus en plus vers l’extrême.

 

Or, si on revient en France, Macron a trouvé la formule. Il prône une politique « ni droite ni gauche » pourtant très dure sur le plan social comme le projet de porter l’âge de la retraite de 62 ans à 65 ans, comme l’obligation pour les « bénéficiaires » du RSA de prester 15h à 20h de travail hebdomadaire, etc. Comme l’écrit le politologue belge Vincent de Coorebyter dans sa chronique du « Soir » du 6 avril : « De longue date, Emmanuel Macron a jugé qu’il n’avait rien à craindre sur sa gauche. Le Parti socialiste est devenu inaudible, l’écologie n’est pas un bon thème pour une présidentielle, l’image de Jean-Luc Mélenchon est abîmée par certains de ses excès et les autres candidats de gauche incarnent des courants marginaux. »

 

De plus, contrairement à 2017, les Verts et les Communistes présentent chacun leur candidat, ce qui fragmente encore plus la gauche française. Si elle veut être présente au second tour, elle devrait se rassembler autour de Mélenchon qui est le seul à avoir une chance de poursuivre la « course » jusqu’à la fin. Cependant, selon les sondages il a environ 5 points de moins que Le Pen. Même s’il grimpe encore, ce sera très difficile d’y arriver en trois jours.

 

Comme l’écrit Serge Halimi dans le « Monde diplomatique » de ce mois : « la gauche est trop faible pour s’imposer, d’autant que depuis cinq ans les partis qui la composaient vaille que vaille ont conforté des analyses de plus en plus éloignées sur des questions aussi capitales que l’âge du départ à la retraite, la planification économique, la place du nucléaire dans le mix énergétique, les institutions de la Ve République, le fédéralisme européen, l’alliance avec les États-Unis, la guerre en Ukraine… De telles fractures ne sont pas susceptibles de se résorber, même si, le 10 avril prochain, M. Jean-Luc Mélenchon accédait au second tour du scrutin présidentiel, une performance à laquelle aucun autre candidat de cette (ex-)famille politique ne peut prétendre. En tout état de cause, la poursuite de la guerre en Ukraine favorise M. Macron en mobilisant l’attention des Français sur les efforts diplomatiques de leur président plutôt que sur le bilan désolant de son quinquennat. »

 

Vers une République autoritaire ?

 

Faisons un peu de politique-fiction. Le scenario le plus probable est à nouveau un duel Macron – Le Pen au second tour. Dans ce cas, il y a deux possibilités.

 

Au cas où Marine Le Pen gagne la présidentielle le 23 avril prochain, des troubles se déclencheront en France. Une partie significative des Français ne tolérera pas que l’extrême-droite même « édulcorée et dédiabolisée » occupe le Palais de l’Elysée. Cela donnera l’occasion à la nouvelle présidente de se livrer à une répression particulièrement sévère pour asseoir son autorité.  

 

Ensuite, il y aura les législatives. C’est le grand point faible du mouvement lepéniste. Il n’est implanté dans aucun département, ni aucune région même s’il dirige quelques villes moyennes comme Béziers ou Hénin Beaumont. Encore que Ménard, le maire de Béziers, a pris ses distances à l’égard de Le Pen et de Zemmour. Il sera donc très difficile à la nouvelle présidente de disposer d’une majorité. Elle devra dès lors museler le Parlement et gouverner par décret. C’est la porte ouverte à la dictature et, dans le pire des cas, à la guerre civile.

 

Si Emanuel Macron l’emporte, mais sans doute de quelques points seulement, les élections législatives lui donneront une majorité avec une « République en marche » hétéroclite composée d’anciens mandataires LREM et de ceux émanant du PS ou de LR qui se sont ralliés en dernière minute lors des élections présidentielles. Et il n’y aura pas d’opposition digne de ce nom. Le PS et LR seront quasi inexistants, les Verts déjà divisés éclateront sans doute et l’extrême-droite, comme on l’a vu, est incapable de former un groupe parlementaire digne de ce nom.

 

Dans ce cas, Macron gouvernera sans opposition.

 

Aussi, gouverner par décret ou sans opposition, cela s’appelle une République autoritaire. Et dans la situation internationale actuelle, cela ne fera que jeter de l’huile sur le feu.

 

Tout va très bien, Madame la Marquise…

 

Enfin, ce n’est que de la prospective. Nous serons fixés le 23 avril au soir et, nul ne le sait, le scenario pourrait être tout autre que ce que les sondages prévoient depuis des mois. C’est déjà arrivé !

 

Alors, comme disent nos amis Britanniques : wait and see.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 20:12

 

 

 

Les événements graves qui s’accumulent – épidémie de la Covid 19, guerre en Ukraine, tensions avec la Chine – nous font oublier le sort du journaliste australien enfermé depuis trois ans à la prison de Belmarsh – le Guantanamo britannique – à l’Est de Londres.

 

Pourtant, il s’en est passé des choses. En janvier dernier, Julian Assange passait devant la Haute Cour de Justice. Le Lord Chief Justice d’Angleterre et du Pays de Galles, Ian Duncan Burnett, a déclaré du haut de sa tribune que la question est de savoir si les « garanties diplomatiques » qui n’ont pas été soumises lors de l’audience de fond peuvent être soumises au stade de l’appel. La Cour a refusé à Julian Assange de faire appel devant la Cour suprême. En clair, c’est une des nombreuses bizarreries de la Justice britannique, la Haute Cour est habilitée à accepter ou refuser un recours auprès de la Cour suprême.

 

Rappelons la saga judiciaire qu’a vécu Julian Assange. Après avoir été expulsé de l’ambassade d’Equateur à Londres, il a été conduit à la prison de Belmarsch et a été condamné à 50 semaines de prison pour avoir échappé à la Justice britannique. Un procès en premier instance concernant son extradition demandée par les Etats-Unis présidée par la juge Baraitser a conduit à donner raison à la demande étatsunienne sur le fond, mais à refuser l’extradition pour raisons de santé. Le tribunal considérait qu’Assange ne supporterait pas le régime carcéral spécial imposé par les Etats-Unis aux personnes accusées d’espionnage. La partie étatsunienne a fait appel de cette décision. La cour d’appel a donné raison aux Américains. Aussi, Assange a fait un recours devant la Cour suprême britannique. La Haute Cour qui est une instance intermédiaire vient de refuser d’autoriser cet appel de Julian Assange qui croupit toujours à la prison de Belmarsh.

 

Voici ce qu’explique au site du « Grand Soir » Craig Murray, l’ancien diplomate britannique et ami de Julian Assange, qui a assisté à l’audience.

 

« il est habituel que la Haute Cour refuse l’autorisation de faire appel ; avec la certification de l’intérêt public, Julian peut maintenant faire appel directement à la Cour suprême qui décidera ou non de statuer. Le refus d’autorisation par la Haute Cour est un pur signe de déférence envers la Cour suprême, Comme disent les avocats : “la Cour suprême dîne à la carte”.

Certains des points de l’appel que la Haute Cour a refusé de certifier comme défendables et d’intérêt public étaient importants. L’un d’entre eux était que les garanties diplomatiques données par les États-Unis promettaient de ne pas recourir à des pratiques illégales assimilables à de la torture, mais subordonnaient cette promesse au comportement futur d’Assange.

Or, le traitement illégal d’un prisonnier ne devient pas légal au motif que ledit prisonnier s’est mal comporté. Cela aurait dû être un argument irréfutable, sans parler du fait que la stratégie selon le comportement futur d’Assange serait décidée précisément par les mêmes autorités qui ont comploté pour l’enlever ou l’assassiner.

Tout cela n’a pas été certifié comme point de droit défendable d’intérêt public.

Ce qui est certifié et mis en avant est la simple question de savoir si les garanties diplomatiques ont été reçues trop tard. Etrangement, le jugement de Burnett et Holroyde reproche à la magistrate chargée de l’extradition, Vanessa Baraitser, de ne pas avoir demandé aux États-Unis des garanties diplomatiques à un stade plus précoce.

La doctrine selon laquelle un juge devrait suggérer aux avocats d’une des parties des points utiles pour renforcer leur dossier contre l’autre partie est entièrement nouvelle en droit anglais. Les États-Unis auraient pu soumettre leur note diplomatique à n’importe quelle étape de la procédure, mais ont choisi de ne pas le faire, afin de voir s’ils pouvaient s’en tirer sans prendre d’engagement quant au traitement d’Assange. Ils n’ont soumis une note diplomatique qu’après avoir perdu l’affaire initiale. Ce n’était pas à Baraitser de leur demander de le faire plus tôt, et cette suggestion est un ridicule plaidoyer de la part de Burnett.

C’est plus qu’un simple point de procédure. Si les garanties avaient été soumises au tribunal de première instance, leur valeur aurait pu être contestée par la défense d’Assange. Les conditionnalités auto-annulantes contenues dans les garanties elles-mêmes auraient pu être examinées, et le long passé des États-Unis en matière de rupture de telles garanties aurait pu être discuté.

En les introduisant seulement au stade de l’appel, les États-Unis ont échappé à tout examen de leur validité.

Cela a été confirmé par le jugement d’aujourd’hui. La question de l’acceptabilité de e n’étant pas un point d’appel défendable.

Ainsi, le point certifié, celui de savoir si les garanties peuvent être présentées au stade de l’appel, n’est pas seulement une question de calendrier et de délais, il s’agit de savoir si les garanties doivent être examinées ou non. »

 

L’establishment britannique veut se sortir de l’affaire Assange.

 

D’après Murray, l’establishment britannique tente par cette procédure de sortir de cette affaire. En attendant, Julian Assange a pris un billet pour une année de prison supplémentaire à Belsmarsh. En effet, en mars, la Cour suprême a refusé l’appel qui était fondé sur la santé de Julian Assange. Cela signifie que l’extradition est maintenant confiée au ministre de l’Intérieur du gouvernement conservateur de Boris Johnson. Si le ministre décrète l’extradition, l’affaire retourne au tribunal d’origine et à la juge Baraister. Alors, Assange, lui-même, pourra faire appel devant la Haute Cour et son appel portera sur les questions de fond pour lesquelles Baraister a initialement donné raison aux Etats-Unis. Et ces questions ne sont pas de la petite bière :

 

- l’utilisation abusive du traité d’extradition qui interdit spécifiquement l’extradition politique ;


- la violation de l’article 10 de la Convention des Nations Unies sur les droits de l’homme relatif à la liberté d’expression ;


- l’utilisation abusive de la loi américaine sur l’espionnage ;


- l’utilisation de preuves corrompues, payées par un fraudeur condamné qui a depuis reconnu publiquement que son témoignage était faux ;


- l’absence de fondement de l’accusation de piratage.

 

Cela signifie que pour la première fois, devant une instance supérieure, les questions de fond seront soulevées. Alors, on verra si la Haute Cour en tiendra compte sans céder aux pressions de la partie étatsunienne.

 

Voilà où on en est.

 

Le mariage de deux résistants

 

Il s’est passé une autre chose à la fois plus émouvante pour le journaliste et abominable par l’attitude de la Justice britannique. Julian Assange a convolé ! Une de ses avocates pendant son « exil » à l’ambassade d’Equateur, Stella Morris, est devenue sa compagne et a donné naissance à deux garçons. Depuis, elle mène une campagne sans relâche pour la libération de son compagnon. Ils ont décidé de se marier. Assange a dû demander l’autorisation des autorités pénitentiaires pour ce faire qui l’ont accordée mais sous des conditions drastiques. La cérémonie qui se déroulait dans la prison eut lieu le 24 mars dernier.

 

 

 

Stella Morris en robe de mariée aux bras de John Shifton, le père de Julian Assange avec ses deux fils Max et Gabriel et le frère d'Assange (en kilt) Gabriel Shefton.

Stella Morris en robe de mariée aux bras de John Shifton, le père de Julian Assange avec ses deux fils Max et Gabriel et le frère d'Assange (en kilt) Gabriel Shefton.

 

 

 

Ainsi, une liste de six invités en plus de la famille a été soumise à la direction pénitentiaire qui a refusé l’entrée de l’ancien diplomate Craig Murray pourtant un des témoins du mariage et du journaliste, lauréat du Prix Pulitzer, Chris Hedges. Craig Murray a récemment purgé une peine de huit mois de prison pour « outrage à magistrat » (voir Uranopole https://uranopole.over-blog.com/2021/08/assange-n-est-pas-big-brother-qui-veut.html )

 

La censure des GAFAM a frappé !

 

Ajoutons que, à son tour, comme par hasard, il est arrivé une mésaventure à Chris Hedges. Youtube a effacé toutes ses publications vidéo. Il écrit :

 

 

 

Craig Murray a purgé huit mois de prison pour un motif ridicule et Chris Hedges s'est vu effacer toutes ses vidéos sur Youtube. Ils n'ont pu entrer dans la prison de Belmarsh pour assister à la cérémonie de mariage de Julian Assange avec Stella Morris.

Craig Murray a purgé huit mois de prison pour un motif ridicule et Chris Hedges s'est vu effacer toutes ses vidéos sur Youtube. Ils n'ont pu entrer dans la prison de Belmarsh pour assister à la cérémonie de mariage de Julian Assange avec Stella Morris.

 

 

 

« L’intégralité des archives d’On Contact, l’émission nominée aux Emmy Awards que j’ai animée pendant six ans pour RT America et RT International, a disparu de YouTube. L’interview avec Nathaniel Philbrick sur son livre sur George Washington a disparu. Disparue, la discussion avec Kai Bird sur sa biographie de J. Robert Oppenheimer. Disparue, mon exploration avec le professeur Sam Slote du Trinity College de Dublin sur "Ulysse" de James Joyce. Disparue, l’émission avec Benjamin Moser sur sa biographie de Susan Sontag. Disparue, l’émission avec Stephen Kinzer sur son livre sur John Foster Dulles et Allen Dulles. Disparus, les entretiens avec les critiques sociaux Cornel West, Tariq Ali, Noam Chomsky, Gerald Horne, Wendy Brown, Paul Street, Gabriel Rockwell, Naomi Wolff et Slavoj Zizek. Disparus, les entretiens avec les romanciers Russell Banks et Salar Abdoh. Disparue, l’interview de Kevin Sharp, ancien juge fédéral, sur le cas de Leonard Peltier. Disparus, les entretiens avec les économistes David Harvey et Richard Wolff. Disparus, les entretiens avec les vétérans et diplômés de West Point Danny Sjursen et Eric Edstrom sur nos guerres au Moyen-Orient. Disparues, les discussions avec les journalistes Glenn Greenwald et Matt Taibbi. Disparues, les voix de ceux qui sont persécutés et marginalisés, notamment l’avocat des droits de l’homme Steven Donziger et le prisonnier politique Mumia Abu Jamal. Aucune des émissions que j’ai réalisées sur l’incarcération de masse, où j’interviewais des personnes libérées de nos prisons, n’est plus présente sur YouTube. Les émissions avec les caricaturistes Joe Sacco et Dwayne Booth ont disparu. Ils ont fondu dans l’air, sans laisser un seul support derrière eux. »

 

C’est une œuvre de premier ordre qui, soudain, n’est plus accessible au public ! Bien entendu, Hedges n’a reçu aucune notification de cette censure. En colère, le grand journaliste ajoute :

 

« Quels étaient mes péchés ? À la différence de mon ancien employeur, le New York Times, je ne vous ai pas vendu le mensonge des armes de destruction massive en Irak, je n’ai pas colporté de théories du complot selon lesquelles Donald Trump serait un agent russe, je n’ai pas diffusé un podcast en dix parties intitulé "Le Califat", qui était un canular, et je ne vous ai pas dit que le contenu de l’ordinateur portable de Hunter Biden était de la "désinformation". Je n’ai pas prophétisé que Joe Biden était le prochain Roosevelt ou qu’Hillary Clinton allait gagner les élections.

 

Cette censure consiste à soutenir ce que, comme nous l’a rappelé I.F Stone, les gouvernements font toujours : mentir. Contestez le mensonge officiel, comme je l’ai souvent fait, et vous deviendrez rapidement invisibles sur les médias numériques. Julian Assange et Edward Snowden ont exposé la vérité sur les rouages criminels du pouvoir. Regardez où ils sont maintenant. Entre l’aérographe de Joseph Staline - qui effaçait des photographies officielles les personnes qui n’en faisaient pas partie, comme Léon Trotski - et cette censure il n’y a plus qu’un pas. C’est une destruction de notre mémoire collective. Elle supprime les efforts pour examiner notre réalité d’une manière que la classe dirigeante n’apprécie pas. Le but est d’encourager l’amnésie historique. Si nous ne connaissons pas le passé, nous ne pouvons comprendre le présent.

 

"A partir du moment où nous n’avons plus de presse libre, tout peut arriver", avait prévenu Hannah Arendt. "Ce qui rend possible le règne d’une dictature totalitaire ou de toute autre dictature, c’est que les gens ne sont pas informés ; comment pouvez-vous avoir une opinion si vous n’êtes pas informé ? Si tout le monde vous ment en permanence, la conséquence n’est pas que vous croyez les mensonges, mais plutôt que personne ne croit plus rien. En effet, les mensonges, par leur nature même, doivent être modifiés, et un gouvernement menteur doit constamment réécrire sa propre histoire. Le destinataire ne se contente pas d’un seul mensonge - un mensonge qui pourrait durer jusqu’à la fin de ses jours - mais il reçoit un grand nombre de mensonges, selon la direction du vent politique. Et un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se décider. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez alors faire ce que vous voulez. (…)

 

La guerre en Ukraine, que j’ai dénoncée comme une "guerre d’agression criminelle" dès son début dans le billet "War is the Greatest Evil" sur ScheerPost, en est un exemple frappant. Tout effort pour la replacer dans un contexte historique, pour suggérer que la trahison des accords entre l’Occident et Moscou, que j’ai couverte en tant que reporter en Europe de l’Est lors de l’effondrement de l’Union soviétique, ainsi que l’expansion de l’OTAN pourraient avoir attiré la Russie dans le conflit, est rejeté. Nuance. Complexité. Ambiguïté. Contexte historique. L’autocritique. Tous sont rejetés. »

 

Qui contrôle le présent contrôle le passé…

 

Rappelons-nous George Orwell : « Qui contrôle le présent, contrôle le passé, qui contrôle le passé contrôle l’avenir ». Tout peut arriver disait Hannah Arendt. Oui, l’Occident, c’est-à-dire les Etats-Unis et son vassal l’Union européenne, évolue de plus en plus vers un régime totalitaire. Le drame de l’Ukraine nous le montre. Des actes comme la censure de Chris Hedges et d’autres sont non seulement inadmissibles, mais aussi inquiétants. N’oublions pas que Madame von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, vient d’autoriser les Etats-Unis d’avoir le contrôle sur les données relatives à chaque citoyen d’un pays européen qui pourrait être soupçonné de terrorisme ou d’éloge d’actions terroristes. Question subsidiaire : Madame Ursula von der Leyen n’outrepasse-t-elle pas ses compétences ?

 

 

 

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen outrepasse ses pouvoirs pendant cette guerre en Ukraine.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen outrepasse ses pouvoirs pendant cette guerre en Ukraine.

 

 

 

Ainsi, le mariage de Julian Assange avec Stella Morris montre que l’amour est une arme qui peut être redoutable, même s’il fut saboté par ses géôliers. Il est un acte de résistance et plus que probablement, Chris Hedges a subi cette censure et Craig Murray huit mois d’emprisonnement parce qu’ils participent à la même résistance pour la liberté et la solidarité.

 

Le combat continue !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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