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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 09:10

 

Vaccins : une querelle d’enfants gâtés

 

« La pandémie a aggravé le décalage Sud/Nord. Je vois le Nord s’éloigner, avec une certaine indifférence. Il suffit de se pencher sur l’inégalité en termes de couverture vaccinale des pays du Sud. »

 

Voilà les propos tenus à la séance solennelle de rentrée académique ce 17 septembre à l’Université Libre de Bruxelles par Madame Faouzia Charfi, Docteur d’Etat, professeur de physique à l’Université de Tunis, ancienne secrétaire d’Etat à l’éducation du gouvernement issu de la révolution tunisienne de 2011 et membre de l’Académie des arts, des lettres et de la science de Tunisie.

 

Devant de tels propos que penser de notre querelle européo centrée sur l’opportunité ou non du vaccin immunisant du COVID 19 ?

 

 

 

Ce charmant Monsieur proteste contre le pass sanitaire affublé de l'étoile jaune ! Le confusionnisme en plein !

Ce charmant Monsieur proteste contre le pass sanitaire affublé de l'étoile jaune ! Le confusionnisme en plein !

 

 

 

Depuis plusieurs semaines, un mouvement « antivax » manifeste un peu partout en Europe, de manière parfois violente en usant d’arguments « massues ». Tout y passe : la prétendue nocivité des vaccins administrés, les théories du complot les plus aberrantes, la compromission des gouvernements avec le lobby Big pharma, etc. Ce mouvement monte en puissance et a une influence sur la décision gouvernementale. En effet, nos gouvernements faibles en décision et forts en répression hésitent quant à une politique claire à prendre en matière de vaccination. Ils n’osent pas décréter la vaccination obligatoire et instaurent le « covid safe ticket » ou le « pass sanitaire ». Autrement dit, ils créent une discrimination entre vaccinés et non vaccinés. Résultat : cela ne fait que renforcer le mouvement « antivax » !

 

De plus, même des juristes éminents, des médecins pro-vaccins tirent la sonnette d’alarme au sujet de ce « pass ». Ils craignent que sa généralisation mène à une nouvelle restriction des libertés. Et on peut effectivement se poser des questions sur des méthodes de contrôles pour le moins curieuses. Cependant, encore   fois, les comportements irrationnels l’emportent chez certains jusqu’à l’odieux. Porter l’étoile jaune comme signe de non-vaccination est inadmissible ! C’est une confusion des esprits qui peut mener aux pires excès ! Et le résultat est un renforcement du pouvoir !

 

On peut, si on veut, discuter sur le vaccin et sur son éventuelle nocivité par des effets secondaires indésirables. Le résultat est là : là où une proportion significative de la population est vaccinée, l’épidémie recule sensiblement.

 

Cependant, tout cela n’est-il pas querelle d’enfants gâtés ? On ne se penche guère sur les conséquences sociales de la pandémie. Les deux confinements en Belgique ont mis en évidence les terribles inégalités notamment dans le domaine du logement et de l’accès aux soins de santé. On a pu constater un phénomène passé inaperçu jusqu’alors : la précarité étudiante. Et aussi a-t-on mesuré l’impact des politiques restrictives qui ont duré deux décennies sur le système hospitalier ? Les hôpitaux ont été au bord de la saturation pendant la première vague épidémique. Et ce fut à peine mieux lors de la seconde vague.

 

 

 

Aide alimentaire pour des étudiants précaires. Les joies de notre société ultralibérale...

Aide alimentaire pour des étudiants précaires. Les joies de notre société ultralibérale...

 

 

 

En plus, chanter victoire aujourd’hui est aussi stupide qu’inopportun. Certes, dans la plupart des pays européens, la pandémie a diminué de manière significative, mais on oublie qu’un virus circule au-delà des mers et des frontières. Si dans une partie significative de l’Europe, la vaccination fait ses effets, c’est loin d’être le cas dans les pays du Tiers-monde et notamment dans le Sud méditerranéen comme le rappelle Faouzia Charfi. Or, c’est le simple bon sens qui doit dicter de massives campagnes de vaccination dans ces contrées si on veut réduire la pandémie à défaut de l’éradiquer. Mais là, aucun effort n’est consenti ! Dans l’esprit de ses dirigeants, la petite Europe est sans doute une île isolée dans l’Océan ! Et il ne faut pas oublier Big Pharma qui favorise systématiquement les pays riches dans la distribution des vaccins.

 

Une femme exceptionnelle !

 

Nous venons de l’évoquer dans le billet précédent. La professeure de physique expérimentale à l'Université de Tunis, ancienne secrétaire d'Etat à l'éducation du gouvernement issu de la révolution tunisienne de 2011, Faouzia Charfi est aujourd'hui à Bruxelles où elle a présidé lundi 20 septembre après-midi à l'Académie royale de Belgique le jury de la Fondation Henri Lafontaine qui a accordé son prix biennal à une école libre et laïque au Rwanda.

 

 

 

Madame Faouzia Charfi à l'Académie royale de Belgique pour la remise du prix Henri Lafontaine

Madame Faouzia Charfi à l'Académie royale de Belgique pour la remise du prix Henri Lafontaine

 

 

 

Faouzia Charfi est l'auteure d'un livre extraordinaire intitulé "La science voilée" (Odile Jacob, 2013) où elle raconte comment la science dans le monde arabe qui était très développée au Haut Moyen-âge a décliné à la suite de la domination du dogmatisme islamique. Elle met en parallèle avec le dogmatisme de l'Eglise catholique qui a persécuté Giordano Bruno et Galilée aux XVIe et XVIIe siècles. Elle vient de publier à la même maison d'édition, un ouvrage intitulé « L'Islam et la Science. En finir avec le compromis » qui est diffusé depuis mercredi en France.

 

 

Dans son discours, Faouzia Charfi a insisté sur la primauté de la méthode scientifique sur le dogmatisme qui revient en force sous plusieurs aspects. Méthode scientifique qui est un fondement de la pensée libre. Elle a également traité de la condition des femmes dans le monde arabo musulman surtout après la débâcle de Kaboul mais aussi en Occident, conditions menacées par les mêmes offensives dogmatiques.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 08:40

 

 

 

Le méga-procès destiné à juger les coupables des attentats meurtriers du 13 novembre 2015 à Paris vient de s’ouvrir. La question est posée : à quoi va servir ce véritable show judiciaire et politique sensé durer neuf mois ?

 

En effet, c’est gigantesque : 1 800 parties civiles, 300 avocats, 20 coaccusés et un million de pages de dossier ! Les coaccusés ? Tous des seconds couteaux à commencer par le plus célèbre d’entre eux, Salah Abdeslam, le jeune habitant de Molenbeek, seul survivant des commandos islamistes du 13 novembre.

 

 

 

Les différentes parties attendent de pouvoir rentrer dans la salle d'audience.

Les différentes parties attendent de pouvoir rentrer dans la salle d'audience.

 

 

Voici ce qu’en écrit sur Facebook M. Benichou Hamid, musulman d’origine algérienne, ancien policier à la commune bruxelloise de St-Josse ten Noode et qui lutte depuis longtemps contre l’islamisme.

 

 

 

Benichou Hamid, ancien policier à St-Josse ten Noode dénonce le communautarisme depuis des années.

Benichou Hamid, ancien policier à St-Josse ten Noode dénonce le communautarisme depuis des années.

 

 

 

« Les médias nous saoulent avec du Salah Abdeslam et par l'occasion, ternissent l'image de tous les citoyens de foi ou de culture musulmane.

 

Il n'en demeure pas moins, qu'il reste un délinquant de quartier qui s'est, soi-disant, recyclé en djihadiste pour cette opération dont la cible était de tuer des innocents au nom de d'une vision de l'islam inculquée par des frero-salafistes depuis des décennies à Bruxelles avec la complicité non déclarée de nos responsables locaux, assos et éducateurs de rue

Le costume que certains médias belges et français lui mettent lors de ce procès est trop grand pour ce délinquant des rues Molenbeekoises.

 

Pour moi, Il n'est ni le commanditaire et encore moins l'idéologue de ces attentats mais un simple participant de seconde zone.

 

Aujourd’hui, profitant des caméras, il veut se donner le rôle d'un défenseur assidu du djihadisme assassin et faire croire qu'il est ce qu'il n'a jamais été à savoir un djihadiste.

Il demeure un criminel frustré et incapable de s'insérer dans notre société due à un manque de culture, de formation, d'éducation etc.

 

Il n'est pas le seul hélas à avoir emprunté cette voie sans issue.

 

Quant à sa radicalisation en prison, c'est du n'importe quoi.

 

Nous savons tous que ces délinquants, dès qu'ils mettent les pieds dans un centre pénitencier s'orientent automatiquement vers la religion au lieu de se diriger vers le savoir, les sciences etc.… et deviennent des supra-musulmans, des leaders de bande recyclés en fous de dieu.

Ce parcours est connu de tous les services de police qui combattent ces voyous depuis plus de 30 ans.

 

Rien de nouveau, alors silence et laissons la justice faire son travail. »

 

 

 

L'impressionnant dispositif pour conduire Salah Abdeslam  au Palais de Justice de Paris.

L'impressionnant dispositif pour conduire Salah Abdeslam au Palais de Justice de Paris.

 

 

 

Oui, laissons la Justice faire son travail, mais dans la sérénité. Celle-ci est impossible dans cette atmosphère de show médiatisé avec un coaccusé qui a choisi comme stratégie de systématiquement perturber les audiences. En effet, il n’a plus rien à perdre. Cependant, le président de la Cour d’Assises spéciale trouvera sans doute le moyen de le calmer. On verra.

 

 

Cela dit, ces accusés ne sont pas les véritables terroristes. Ils sont pour la plupart des « pieds nickelés » issus de la délinquance « classique »et ont servi de « supplétifs ». Les vrais sont morts ou se trouvent cachés dans une planque au Moyen Orient. La véritable question à laquelle il faut répondre si on veut que les parties civiles fassent leur deuil : qui sont les commanditaires et quelle est leur stratégie ? Par exemple, pourquoi Paris était-il particulièrement visé ? Un indice : on sait que les attentats de Bruxelles en mars 2016 n’étaient pas programmés. Ils eurent lieu parce que la bande qui se préparait à frapper à nouveau la capitale française était repérée. Même si les attaques à Bruxelles furent meurtrières – plus d’une trentaine de morts – ils étaient improvisés. Ce qui a sans doute « limité » les dégâts. Bruxelles servait de base arrière aux terroristes.

 

 

Alors, à quoi sert ce méga-procès ? Tout va être passé en revue avec les innombrables témoins qui se trouveront à la barre. Même le président de l’époque, François Hollande, apportera sa contribution. Il y aura à la fin de sévères condamnations fermes, d’autres avec sursis, peut-être même des relaxes pour l’un ou l’autre insignifiant sous-fifre. C’est évidemment le rôle d’une Cour de Justice, mais tout cela dans quel but ?

 

 

Le terrorisme, ne l’oublions pas, est avant tout un acte de guerre. Et la guerre est difficile à juger. Surtout lorsque les combattants qui sont tombés dans les mailles du filet de la Justice sont de simples soldats. Un acte de guerre qu’un tribunal a très difficile à analyser parce que ce n’est pas son rôle.

 

 

C’est ainsi que la locution « guerre contre le terrorisme » n’a aucun sens. Le terrorisme est un moyen de mener la guerre, une arme en quelque sorte. On ne mène pas la guerre contre une arme ! Il s’est agi, sous prétexte de terrorisme, d’une guerre impérialiste comme les autres avec comme objectif le contrôle des hydrocarbures au Proche Orient par les Etatsuniens essentiellement.

 

La débâcle de Kaboul marque sans doute la fin de ce type de conflit. Si les dirigeants européens font preuve d’un minimum de courage et de lucidité afin d’enfin tenter de prendre notre destin en main sans dépendre d’une superpuissance qui connaît un déclin manifeste. Et cela marquera sans doute la fin de cette vague de terrorisme.

 

On verra !

 

 

Pierre Verhas

 

 

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 16:48

 

 

 

On brûle des livres ! Où ? Chez les talibans ? Dans le Xing Jiang ? A Médine ? Non, vous n’y êtes pas ! Dans le très « civilisé » Etat d’Ontario au Canada !

 

La purification par la flamme

 

Au sud-ouest de l’Ontario, le Conseil scolaire catholique Providence regroupant 30 écoles a opéré à une véritable purge dans les bibliothèques des établissements. Près de 5 000 livres jeunesse au sujet des Autochtones ont été détruits, déclare Radio-Canada. L’affaire remonte à 2019. Lors d'une « cérémonie de purification par la flamme » dans l'une des écoles du complexe, des titres bannis des rayons ont été brûlés, dans un but éducatif. Les cendres ont ensuite servi d'engrais pour planter un arbre, explique le Conseil scolaire. Une vidéo destinée aux élèves explique la démarche : « Nous enterrons les cendres de racisme, de discrimination et de stéréotypes dans l’espoir que nous grandirons dans un pays inclusif où tous peuvent vivre en prospérité et en sécurité ».

 

Au total 155 œuvres différentes ont été retirées (soit 4716 livres), et 193 sont en évaluation actuellement. Tous les livres n'ont pas été brûlés. D'autres cérémonies devaient se tenir dans les autres établissements, mais la pandémie de Covid-19 les a retardées. Parmi les œuvres éliminées figurent des bandes dessinées d'Hergé (« Tintin en Amérique », « Le temple du soleil »), des Lucky Luke, « Astérix et les Indiens », ou encore des romans et des encyclopédies autour des Autochtones.

 

 

 

Obélix ne peut pas être amoureux d'une "Autochtone" sexy. C'est le comble du racisme !

Obélix ne peut pas être amoureux d'une "Autochtone" sexy. C'est le comble du racisme !

 

 

 

C’est donc un autodafé, acte que l’on pensait définitivement révolu depuis la chute du nazisme. Autodafé : terme d’origine portugaise qui émane du latin « actus fidei », acte de foi. On se trouve ainsi dans la pire et criminelle démarche dogmatique !

 

 

 

Les autodafés des nazis à Berlin en 1933. Des manifestations quasiment religieuse. Où est la différence aujourd'hui ?

Les autodafés des nazis à Berlin en 1933. Des manifestations quasiment religieuse. Où est la différence aujourd'hui ?

 

 

 

L’antiracisme a pris un autre visage.

 

Le combat contre le racisme mené depuis la décennie 1960-70 s’inscrit dans la décolonisation en Europe et dans la lutte pour l’égalité aux Etats-Unis. Combien de sacrifices furent consentis pour cette cause ? Combien d’hommes et de femmes furent massacrées ? Et ce ne fut pas en vain. Les lois ont changé, les vrais criminels sont poursuivis et condamnés et surtout les mentalités ont évolué. Une majorité a fini par accepter l’Autre qui, en définitive, est Sien. Tout aurait dû évoluer vers une harmonie.

 

Eh non ! Illusions ! Aujourd’hui, l’antiracisme a pris un autre visage. Celui de l’Inquisition. Il faut éliminer les coupables, détruire ce qu’ils ont créé, effacer leurs abominations de la mémoire. C’est la fameuse pensée woke, c’est la cancel culture. Vient ensuite une discrimination à l’envers : les femmes, les « racisés » se réunissent entre eux excluant le boomer blanc hétérosexuel quinquagénaire.

 

On déboulonne les statues glorifiant les conquérants colonialistes, on censure les écrits non conformes et, aujourd’hui, on est passé à un stade supérieur : on brûle des livres bannis dans un cérémonial « purificateur » digne des pires moments de l’Inquisition des XVIe et XVIIe siècles et du nazisme du XXe siècle.

 

Une petite colère…

 

Et cela ne se limite pas aux livres. Le grand historien professeur à l'Université Libre de Bruxelles, Jean-Philippe Schreiber rapporte dans sa chronique sur le réseau social Facebook, le 19 juin dernier :

 

 

 

L'historien, professeur à l'Université Libre de Bruxelles connu pour sa défense de l'universalisme est lui aussi victime de la pensée woke.

L'historien, professeur à l'Université Libre de Bruxelles connu pour sa défense de l'universalisme est lui aussi victime de la pensée woke.

 

 

 

« J’avais envie, aujourd’hui, de vous faire part d’une petite colère, une colère... disons, post-coloniale... Je m’explique. J’ai toujours considéré, dans mon métier, que les collaborations internationales étaient essentielles pour faire progresser les connaissances, développer l’enseignement et la recherche, favoriser l’ouverture et la curiosité. Voilà pourquoi j’ai des partenariats ~ et surtout de belles amitiés forgées grâce à ceux-ci ~, depuis de longues années, avec des universités de ce que l’on appelle le nord, et d’autres situées dans ce que l’on appelle le sud, au Rwanda, au Congo, en Tunisie ou en Côte d’Ivoire notamment. Il s’agit là de collaborations équilibrées, où chacun des partenaires apporte une plus-value à l’autre, où la circulation se fait dans les deux sens, les enseignants du sud venant enseigner au nord et inversement. Pour renforcer cette collaboration, déjà soutenue pour partie par la Fédération Wallonie-Bruxelles et mon Université, nous avons avec une collègue introduit une demande de financement auprès d’un organisme que je ne nommerai pas, afin de réaliser des capsules vidéo à vocation pédagogique sur le fait religieux, répondant ainsi aux souhaits de nos partenaires du sud, auxquels elles sont pour partie destinées. Une façon de réduire les coûts pour éviter de systématiquement envoyer des enseignants à l’étranger et de s’appuyer sur l’accès de plus en plus développé aux technologies de la communication dans les pays tiers. Quelle ne fut pas notre surprise, ma collègue et moi, de recevoir le motif de la fin de non-recevoir à notre demande de financement : le rapport du ou des évaluateurs anonymes considérait en effet que notre proposition était « malvenue dans une perspective postcoloniale » car « le choix de faire des capsules vidéo européennes pour ‘expliquer’ le fait religieux au monde africain est malvenu et des questions légitimes peuvent être posées sur la pertinence d’un rapport ´à l’ancienne´ » ...

 

Je crois rêver... Non seulement parce que sur un préjugé et une méconnaissance totale du type de relations que nous entretenons avec nos partenaires, le rapporteur anonyme prive nos étudiants du sud d’un outil pédagogique des plus utiles... Mais surtout parce que je n’imaginais pas qu’un jour si proche la « cancel culture » s’insinuerait jusque dans le financement de la recherche, et qu’un simple outil de diffusion des connaissances serait proscrit au motif qu’un rapporteur exalté l’anathémiserait pour déviationnisme post-colonial. Ce monde devient fou, ainsi livré à des ayatollahs de la pensée... »

 

Donc, voilà un organisme officiel qui se réfère à la pensée « postcoloniale » pour empêcher une coopération entre Européens et Africains ! Là aussi, c’est très grave.

 

Le néoracisme

 

Ainsi, ce néoracisme – qualifions-le ainsi – s’installe partout, gangrène nos sociétés et au nom d’une pensée aussi unique que dogmatique interdit tout acte considéré comme non conforme.

 

C'est un combat vital : éliminer cette dangereuse dérive avec force et vigueur. Nous sommes tous et toutes les filles et les fils des Lumières et nous devons donner toute notre énergie pour la protéger et l’épanouir pour le progrès de l’humanité pour que ces fous ne rallument pas les bûchers !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 17:18

 

 

 

Le titre du roman d’Alexandre Dumas qui marqua la suite des Trois mousquetaires – qui étaient quatre, pourrait bien s’appliquer aux événements que nous vivons !11 septembre 2001, 15 août 2021 : vingt ans de « guerre contre le terrorisme ». Vingt années à la suite des attentats de New York et de Washington dont les tenants et aboutissants ne sont toujours pas résolus suivis de vingt années de bombardements, d’occupation de territoires étrangers, de populations jetées sur les routes de l’exil, d’emprisonnement arbitraire, d’attaques « ciblées », de sacrifices de part et d’autre qui n’ont pas empêché la poursuite des attaques terroristes aussi bien en « Occident » que dans le monde musulman.

 

Tout cela pour aboutir à un pitoyable et tragique échec. Vingt ans pour s’apercevoir que les talibans n’ont jamais été vaincus. Alors, posons-nous une question : quel est le but réel de ces guerres successives menées par l’empire US ?

 

 

 

600 Afghans entassés dans un C17 US fuyant les talibans qui ont reconquis Kaboul le 15 août.

600 Afghans entassés dans un C17 US fuyant les talibans qui ont reconquis Kaboul le 15 août.

 

 

 

Il y a quarante ans : des résultats spectaculaires

 

En réalité, il y a quarante ans et non vingt que tout débuta. Et la réalité est loin de ce que la propagande US et la presse mainstream ont raconté ! Comme le rapporte le journaliste australien John Pilger, par ailleurs ami de Julian Assange dans « Consortium news », un site datant de 1995 de journalisme d’investigation indépendant traduit et publié dans le site « Le Grand Soir info » bien connu des lecteurs d’Uranopole :

 

« En 1978, un mouvement de libération dirigé par le Parti Démocratique Populaire d’Afghanistan (PDPA) a renversé la dictature de Mohammad Dawd, le cousin du roi Zahir Shah. Cette révolution, immensément populaire, a pris les Britanniques et les Américains par surprise. »

 

Le nouveau gouvernement procéda à des réformes radicales. « Le Washington Post rapporte que "la loyauté des Afghans envers le gouvernement peut difficilement être mise en doute." Laïque, moderniste et, dans une large mesure, socialiste, le gouvernement proclama un programme de réformes visionnaires comprenant l’égalité des droits pour les femmes et les minorités. Les prisonniers politiques furent libérés et les dossiers de la police brûlés publiquement.

Sous la monarchie, l’espérance de vie était de 35 ans ; un enfant sur trois mourait en bas âge. Quatre-vingt-dix pour cent de la population était analphabète. Le nouveau gouvernement introduit la gratuité des soins médicaux. Une campagne d’alphabétisation de masse fut lancée. »

Les résultats furent spectaculaires.

« À la fin des années 1980, la moitié des étudiants universitaires étaient des femmes, et les femmes représentaient 40 % des médecins, 70 % des enseignants et 30 % des fonctionnaires afghans.

Les changements furent si radicaux qu’ils restent vivaces dans la mémoire de ceux qui en ont bénéficié. Saira Noorani, une chirurgienne qui a fui l’Afghanistan en 2001, se souvient :

"Toutes les filles pouvaient aller au lycée et à l’université. Nous pouvions aller où nous voulions et porter ce que nous voulions... Nous avions l’habitude d’aller dans les cafés et au cinéma pour voir les derniers films indiens le vendredi... tout a commencé à mal tourner lorsque les moudjahidines ont commencé à gagner... ils étaient soutenus par l’Occident." »

 

La guerre clandestine étatsunienne

 

C’est là en effet que tout commença. Dès 1979, le président US de l’époque, Jimmy Carter, autorisa un programme d’actions secrètes de 500 millions de dollars pour renverser le gouvernement du PDPA accusé d’être inféodé aux Soviétiques. On traita ce gouvernement de « marionnette » de Moscou, or, de l’aveu même de l’ancien secrétaire d’Etat de Carter, Cyrus Vance, il n’y eut aucune preuve d’une quelconque complicité des Soviétiques dans le coup d’Etat de 1978 qui renversa la monarchie.

 

Pilger explique : « Les 500 millions de dollars ont permis d’acheter, de soudoyer et d’armer un groupe de fanatiques tribaux et religieux connus sous le nom de moudjahidines. Dans son histoire semi-officielle, le journaliste du Washington Post Bob Woodward écrit que la CIA a dépensé 70 millions de dollars rien qu’en pots-de-vin. Il décrit une rencontre entre un agent de la CIA désigné sous le nom de "Gary" et un chef de guerre appelé Amniat-Melli :

"Gary a posé une liasse de billets sur la table : 500 000 dollars en liasses de billets de 100 dollars de 30 cm de haut. Il pensait que ce serait plus impressionnant que les 200 000 dollars habituels, la meilleure façon de dire que nous étions là, que nous étions sérieux, que nous avions de l’argent, que nous savions que vous en aviez besoin... Gary allait bientôt demander au quartier général de la CIA et recevoir 10 millions de dollars en espèces."

Recrutée dans tout le monde musulman, l’armée secrète américaine fut formée dans des camps au Pakistan dirigés par les services de renseignement pakistanais, la CIA et le MI6 britannique. D’autres furent recrutés dans un collège islamique à Brooklyn, New York - à deux pas des tours jumelles. L’une des recrues était un ingénieur saoudien appelé Oussama Ben Laden. »

 

 

 

Zbigniew Brzezinski, conseiller US à la sécurité, à la gauche de Jimmy Carter

Zbigniew Brzezinski, conseiller US à la sécurité, à la gauche de Jimmy Carter

 

 

 

En effet, le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski, un émigré polonais viscéralement anticommuniste décédé en 2017 fut la cheville ouvrière de cette opération dont les conséquences sont incalculables. Il fallait renverser le gouvernement afghan. Pilger rapporte les propos tenus par l’ambassadeur US à Kaboul en août 1979 : « Les intérêts plus larges des États-Unis ... seraient satisfaits par la disparition du gouvernement du PDPA, malgré les revers que cela pourrait entraîner pour les futures réformes sociales et économiques en Afghanistan. »

Donc, les réformes qui amènent le pays à une modernisation harmonieuse comptent pour du beurre. L’égalité hommes femmes, la progression du niveau de vie, un système de santé efficace n’ont aucune importance pour les Etatsuniens qui proclament haut et fort qu’ils veulent instaurer la démocratie partout, par la force s’il le faut ! La démocratie ? Disons plutôt leur démocratie ! 

Très vite, les moudjahidines qui se regroupent dans une Alliance du Nord obtiennent de grands succès et constituent une menace pour le gouvernement de Kaboul. Le Président afghan Taraki téléphone le 18 mars 1979 au Premier ministre soviétique Kossyguine pour demander l’aide de l’Union soviétique. Les succès de l’Alliance du Nord inquiètent aussi Moscou qui craint que le djihadisme se répande dans les républiques soviétiques voisines. Aussi, les Soviétiques décident de fomenter le 28 décembre 1979 un coup d’Etat pour renverser le PDPA et y placer un de leurs hommes, Babrak Karmail. En janvier 1980, l’Armée Rouge intervient massivement, cela contre l’avis de son état-major qui craignait un enlisement. Mais la gérontocratie soviétique était encore très puissante !

 

Le clown taliban

 

Dès lors, tout change : les Etatsuniens appuient ouvertement les moudjahidines qu’ils avaient aidés clandestinement jusqu’alors. La propagande occidentale bat son plein. On voit même BHL se pointer en Afghanistan et se déguiser en clown taliban ! Les Soviétiques, quant à eux, essuient revers sur revers. Et en 1988, l’Armée Rouge se retire définitivement. Le régime placé par les Soviétiques tint jusqu’en avril 1992 après la prise de Kaboul par les hommes du célèbre commandant Massoud. Cependant, les vainqueurs n’arrivent pas à installer un gouvernement stable. Massoud démissionne. Le gouvernement suivant est confronté aux talibans qui conquièrent l’ensemble du pays. Massoud et l’Alliance du Nord se retirent. Il sera assassiné en 2001. Les talibans contrôlent l’ensemble du pays dès 1994. De son côté, Oussama Ben Laden réfugié au Soudan revient en Afghanistan.

 

 

 

BHL animé par son anticommunisme viscéral n'a pas hésité à se déguiser en taliban, alors adulés par la propagande occidentale

BHL animé par son anticommunisme viscéral n'a pas hésité à se déguiser en taliban, alors adulés par la propagande occidentale

 

 

 

On sait ce qu’il s’est passé. Une longue nuit s’est abattue sur Kaboul. Le fanatisme religieux régna en maître. Le sort des femmes est épouvantable. Toute opposition est réprimée avec la dernière rigueur. La misère s’installe. Tout cela, dans l’indifférence des Occidentaux. Surviennent les attentats du 11 septembre 2001. George W Bush accuse les talibans de cacher et de protéger les coupables dirigés par Ben Laden. Il décide de punir et d’envahir l’Afghanistan. Puis ce sera le tour de l’Irak avec le mensonge des « armes de destruction massive ». Bush a dit, comme le rapporte John Pilger : « Le peuple opprimé d’Afghanistan connaîtra la générosité de l’Amérique. Lorsque nous frapperons des cibles militaires, nous larguerons également de la nourriture, des médicaments et des fournitures aux personnes affamées et souffrantes... » Chaque mot est un mensonge ! Il n’y avait que l’impérialisme qui motiva cette invasion. Elle n’apporta rien au peuple afghan sinon plus de sang et de misère.

 

 

 

La femme afghane fut contrainte de s'effacer en 1994. Elle doit à nouveau se gommer en 2021.

La femme afghane fut contrainte de s'effacer en 1994. Elle doit à nouveau se gommer en 2021.

 

 

 

Orifa ou la femme afghane

 

John Pilger raconte l’humiliation vécue par Orifa, une femme afghane : « En 2001, l’Afghanistan était sinistré et dépendait des convois de secours d’urgence en provenance du Pakistan. Comme l’a rapporté le journaliste Jonathan Steele, l’invasion a indirectement causé la mort de quelque 20 000 personnes, car l’approvisionnement des victimes de la sécheresse a cessé et les gens ont fui leurs maisons.

Dix-huit mois plus tard, j’ai trouvé dans les décombres de Kaboul des bombes à fragmentation américaines non explosées, souvent confondues avec des colis de secours jaunes largués depuis les airs. Elles arrachaient les membres d’enfants affamés en quête de nourriture.

Dans le village de Bibi Maru, j’ai vu une femme appelée Orifa s’agenouiller devant les tombes de son mari, Gul Ahmed, un tisseur de tapis, et de sept autres membres de sa famille, dont six enfants, et de deux enfants tués dans la maison voisine.

Un avion F-16 américain s’était détaché d’un ciel bleu clair et avait largué une bombe Mk82 de 500 livres sur la maison de terre, de pierre et de paille d’Orifa. Orifa était absente à ce moment-là. À son retour, elle a rassemblé les morceaux de corps.

Des mois plus tard, un groupe d’Américains est venu de Kaboul et lui a donné une enveloppe contenant 15 billets : un total de 15 dollars. "Deux dollars pour chaque membre de ma famille tué", a-t-elle dit. »

 

 

 

Résultats des bombardements US : ce sont les civils qui trinquent.

Résultats des bombardements US : ce sont les civils qui trinquent.

 

 

 

Aujourd’hui, les Etatsuniens viennent de subir une défaite aussi sinon plus humiliante que celle de Saigon en 1975.

 

 

 

Les GI's sont contraints de fuir Kaboul.

Les GI's sont contraints de fuir Kaboul.

 

 

 

Des regrets ? Quels regrets ?

Pilger conclut :

« L’invasion de l’Afghanistan était une supercherie. Au lendemain du 11 septembre, les Talibans ont cherché à se distancer d’Oussama Ben Laden. Ils étaient, à bien des égards, un véritable partenaire américain avec lequel l’administration de Bill Clinton avait conclu une série d’accords secrets pour permettre la construction d’un gazoduc de 3 milliards de dollars par un consortium de compagnies pétrolières américaines.

Dans le plus grand secret, des dirigeants talibans avaient été invités aux États-Unis et reçus par le PDG de la société Unocal dans son manoir du Texas et par la CIA à son siège en Virginie. L’un des négociateurs était Dick Cheney, qui deviendra plus tard le vice-président de George W. Bush.

En 2010, j’étais à Washington et je me suis arrangé pour interviewer le maître d’œuvre de l’ère moderne de souffrance de l’Afghanistan, Zbigniew Brzezinski. Je lui ai cité son autobiographie dans laquelle il admettait que son grand projet d’attirer les Soviétiques en Afghanistan avait créé "quelques musulmans agités".

J’ai demandé "Avez-vous des regrets ?"

"Des regrets ! Des regrets ! Quels regrets ?"

Lorsque nous assistons aux scènes actuelles de panique à l’aéroport de Kaboul, et que nous écoutons les journalistes et les généraux dans des studios de télévision se lamenter à distance sur le retrait de "notre protection", n’est-il pas temps de prêter attention à la vérité historique afin que toutes ces souffrances ne se reproduisent plus ? »

Dans une interview parue dans « Libération » du 27 août 2021, le chercheur franco-iraquien Adel Bakawan estime que la clé de la victoire des talibans en Afghanistan est leur capacité à fédérer, contrairement à l’opposition irakienne qui est divisée en groupes ethniques et religieux. Les Etatsuniens en Irak comme en Afghanistan ont dissous l’armée officielle et ont constitué des milices qui devaient générer une nouvelle armée. Ils ont mis à la tête des deux Etats des personnalités corrompues qui leur étaient toute dévouées. Adel Bakawan le dit bien au sujet de l'Irak : « Comment améliorer l'économie du pays, quand 4 000 milliards de dollars sont partis en corruption ?» Le président afghan qui a fui vers une monarchie pétrolière de la Péninsule arabique n'a pas oublié d'emporter une somme colossale ! 

Le retrait de l’armée US décidé par Obama après l’assassinat d’Oussama Ben Laden était dicté avant tout par des motivations électoralistes. Trump et Biden ont suivi et on constate le résultat. Le djihadisme internationaliste représenté par Daesh revient en force – il l’a montré avec les attentats meurtriers à l’aéroport de Kaboul – et le gouvernement irakien comme sans doute les talibans en Afghanistan ont là un adversaire redoutable. Rien n’est donc réglé pour le plus grand malheur des peuples irakiens et afghans.

 

Quant à l’Occident, il n’existe plus en ces pays. Le glas sonne pour l’empire US.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 20:19

 

 

 

Ce 15 août 2021 restera marqué dans l’histoire comme la déroute de l’Occident dans le Sud. La chute de Kaboul par la débandade des forces étatsuniennes va bouleverser à court terme les rapports de forces mondiaux. On peut s’attendre à d’autres tragédies – car ce sont les peuples qui trinquent dans ces guerres aux buts indéfinis – notamment au Mali où les Français se sont enlisés et sans doute au Maghreb et particulièrement en Tunisie où la pression djihadiste est de plus en plus forte.

 

 

 

Une femme et ses enfants tentant de fuir avec ses enfants à Kaboul.

Une femme et ses enfants tentant de fuir avec ses enfants à Kaboul.

 

 

 

L’Occident – c’est-à-dire le monde capitaliste transatlantique avec ses quelques supplétifs – est en train de payer son arrogance au prix fort. Les Etats-Unis ont voulu imposer leur dominion sur un Moyen-Orient regorgeant d’hydrocarbures qui sont le sang du complexe industriel occidental en prétendant lutter contre « le terrorisme ». Vingt ans de conflit en Afghanistan, en Irak et dans bien d’autres régions du Moyen-Orient pour aboutir à la plus humiliante défaite ! Les Talibans n’ont pas attendu le 31 août, date officielle du retrait des troupes US pour conquérir Kaboul qu’elles étaient censées protéger jusqu’au bout. C’est la panique, partout ! Les hélicoptères emportent les diplomates et les civils qui les ont aidés dans la plus grande confusion. C’est Saigon bis !  Une population terrorisée, des femmes et des enfants ne sachant où aller. Le piège absolu !

 

 

 

Comme à Saigon, les hélicoptères de l'US Army viennent chercher en catastrophe les diplomates étatsuniens à leur ambassade à Kaboul.s

Comme à Saigon, les hélicoptères de l'US Army viennent chercher en catastrophe les diplomates étatsuniens à leur ambassade à Kaboul.s

... pendant que les chefs talibans pénètrent dans le palais présidentiel.

... pendant que les chefs talibans pénètrent dans le palais présidentiel.

 

 

 

Que penser de tout cela ? Le temps n’est pas encore aux analyses. Voici deux textes-témoignages qui ont été publiés sur le réseau social Facebook par notre ami, l’écrivain Jean Lemaître et Marianne Sluszny, ancienne journaliste à la RTBF.

 

Le premier :

 

Les loups sont entrés dans Kaboul…

 

 

Et que font les occidentaux ? Après avoir joué les apprentis sorciers armant les talibans et les pires intégristes pendant des dizaines d'années, en commençant lors de l'invasion par les Soviétiques il y a maintenant 40 ans… les USA dépêchent des milliers de soldats sur place, dans la capitale... Pour protéger la population ? Que nenni ! Pour assurer le départ précipité de leurs derniers soldats et fonctionnaires sur place ! Les chancelleries occidentales se taisent dans toutes les langues. La honte de la honte, le gouvernement belge en est encore à se tâter, s'il se permettra encore d'expulser de force des réfugiés afghans (au mépris de toutes les lois internationales), promis à la mort certaine s'ils sont rejetés dans le pays où ils étaient en danger extrême. Jadis, on invoquait comme une bannière le « droit à l'ingérence humanitaire ». Au panier, maintenant !. Les loups sont entrés dans Kaboul.... Charmante Elvire... Elle est où, la dite « communauté internationale » si « vertueuse »... ? Envie de vomir !

 

Jean Lemaitre

 

 

 

Les femmes à Kaboul craignent l'arrivée des Talibans.

Les femmes à Kaboul craignent l'arrivée des Talibans.

 

 

 

L’abominable sort des femmes sous le joug des Talibans

 

Les témoignages terrifiants, des femmes afghanes, les premières exposées, recueillis par une journaliste de la BBC sur le terrain.

 

"Chaque nuit, de jeunes hommes et femmes terrifiés m'envoient des messages désespérés, me demandant de l'aide.

 

"Priez pour nous", dit l'un d'eux. "La situation est critique, nous sommes très inquiets", dit un autre.

 

« Je voudrais vous demander de m'aider à sortir d'ici... J'ai produit des émissions qui défendent les droits des femmes, l'armée nationale afghane et les progrès de l'Afghanistan. Je ne sais pas si je vais rester en vie ou si je vais être tuée ici », m'a écrit une autre.

 

Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, est en état de choc. Au cours de la semaine dernière, les talibans ont envahi le pays et se sont emparés de plus d'une douzaine de capitales provinciales. Après la chute de Kandahar et d'Herat, les insurgés ont désormais en ligne de mire la capitale.

 

Je fais des reportages en Afghanistan depuis plus de dix ans. Au fil des ans, j'ai passé du temps avec des journalistes, des femmes juges, des femmes parlementaires, des militantes des droits de l'homme et des étudiantes. Beaucoup d'entre elles sont devenues de bonnes amies.

 

Elles disent tous la même chose, estimant avoir pris des risques. Elles disent avoir été encouragées par les Américains et leurs alliés à prendre les risques en question. Pendant vingt ans, l'Occident a inspiré, financé et protégé cette nouvelle génération d'Afghans. Elles ont pleinement joui de libertés et d'opportunités.

 

Maintenant, elles me disent qu'elles se sentent complètement abandonnées par les nations démocratiques dont elles pensaient faire partie.

 

« Malheureusement, la situation n'est pas bonne... Des rumeurs circulent, selon lesquelles les talibans se promènent dans ma région à minuit. Nous sommes vraiment inquiets et effrayés par cette situation », m'a dit une femme.

 

Lors de mon dernier voyage à Kaboul, j'ai parlé à des combattants de première ligne et à des fantassins talibans. Ils m'ont dit qu'ils étaient déterminés à imposer de nouveau la charia, qui comprend la lapidation en cas d'adultère, l'amputation des mains en cas de vol et l'interdiction pour les filles d'aller à l'école au-delà de l'âge de 12 ans.

 

« En tant que jeune femme éduquée et militante sociale, j'ai vraiment peur de la situation qui empire chaque seconde. Ma famille et moi avons peur que les talibans nous prennent notre vie. Le problème est que toutes les personnes qui m'entourent savent que je suis étudiante", m'a écrit une femme.

 

Nous avons enterré tous nos documents et autres indications pour cacher notre identité aux talibans. Il est évident que cette précaution ne nous aidera pas longtemps. Maintenant, moi et ma famille avons décidé d'aménager un espace souterrain pour nous abriter des balles et des missiles qui pourraient arriver... Cette mesure de sécurité pourrait nous permettre de rester en vie, au moins jusqu'à ce que les talibans commencent à fouiller les maisons une par une. »

 

Ce n'est pas l'Afghanistan et Kaboul que connaissent ou souhaitent ces jeunes femmes. Alors que les talibans se préparent à envahir la capitale, il ne semble pas y avoir d'endroit où fuir ou se cacher.

 

« Des rumeurs circulent, selon lesquelles les talibans vont prendre le pouvoir et tuer toutes les personnes affiliées au gouvernement et aux États-Unis. Nous avons très peur », me dit l'une des femmes.

 

Le silence est jusque-là la seule réponse des Américains et de leurs alliés occidentaux à ces appels à l'aide. »

 

« Si les talibans prennent Kaboul, je vais mourir, c’est certain »

 

 

Voici l’autre témoignage diffusé par Marianne Sluszny.

 

La juge en sursis

 

 

Les femmes juges en Afghanistan craignent d’être exécutées par les talibans et demandent à la communauté internationale de les aider à fuir le pays et à prévenir la chute de Kaboul.

 

Tayeba Parsa est juge en Afghanistan depuis 10 ans. Elle voit avec horreur les talibans prendre le contrôle de son pays, province après province, sa ville natale de Ghazni y compris, et foncer vers Kaboul. Elle sent que le temps presse et elle craint d’être sur le point de tout perdre, peut-être même sa vie.

 

 

 

La Juge Tayeba Parsa sait qu'elle risque d'être assassinée par les Talibans.

La Juge Tayeba Parsa sait qu'elle risque d'être assassinée par les Talibans.

 

 

 

« Vous savez, quand les talibans prennent le pouvoir dans un secteur, une des premières choses qu’ils font est d’ouvrir les portes des prisons et de libérer leurs sympathisants, explique la juge Parsa d’une voix à la fois calme et fatiguée.

 

Les femmes juges, nous sommes inquiètes, apeurées. Nous savons que les talibans visent en premier les militaires, puis le milieu judiciaire. Nous avons jugé et condamné certains d’entre eux. Ils veulent se venger. »

 

Sans oublier qu’en étant des femmes occupant un emploi, qui plus est une place de pouvoir dans la société, elles deviennent des cibles naturelles pour les talibans, qui refusent d’accorder ce type de droit aux femmes, ajoute la magistrate.

 

La juge Parsa, qui est aussi responsable des communications pour l’Association des femmes juges d’Afghanistan, indique qu’il y a présentement un peu plus de 250 femmes juges dans le pays, et qu’elles représentent 11 % de la profession. Elle rappelle que deux femmes juges ont déjà été exécutées en janvier.

 

Elle est convaincue que c’est ce qui attend l’ensemble de leur petite communauté si les talibans prennent le contrôle de la capitale afghane, où la majorité d’entre elles sont réfugiées présentement.

 

Depuis des mois, elle et un groupe de femmes juges échangent sur une application mobile cryptée à propos de leurs craintes, des menaces dont elles sont victimes aussi. Des menaces parfois écrites, téléphoniques ou verbales.

 

Tayeba Parsa affirme avoir elle-même été régulièrement victime d’intimidation dans sa salle de cour. Elle craint que sa vulnérabilité ne soit accentuée par son appartenance à la minorité Hazara, qui a été historiquement réprimée par les talibans.

 

Étant une juge de la division commerciale de la cour d’appel de Kaboul, elle explique s’être mis à dos de nombreux hommes d’affaires puissants et peu scrupuleux dans les dernières années, des hommes qui entretiennent très souvent des liens étroits avec les talibans. "J’ai condamné des membres de la mafia, des talibans même, dit-elle. Je sens que je suis en danger. Je sais que ma vie est en danger," affirme-t-elle avec fermeté.

 

Fuir, la seule option

 

Tayeba Parsa s’est donc résignée à contrecœur à tout faire pour quitter le pays le plus rapidement possible." Nous aimons notre travail, nous aimons notre pays, confie-t-elle. Mais si nous restons ici, nous allons être emprisonnées ou mourir".

Si elle veut vivre, elle doit partir, même si pour cela, elle devra laisser derrière elle ses accomplissements des dix dernières années. « Il n’y a pas d’autre solution », conclut-elle à regret.

 

« Dans les 20 dernières années, nous avons pu goûter à la démocratie, à l’état de droit, au développement des droits de la femme. Nous allons perdre toutes ces avancées. Nous allons reculer de 100 ans. »

 

Mais fuir est plus facile à dire qu’à faire pour elle et ses collègues. Elle rappelle que beaucoup de pays ont fermé leurs ambassades et qu’il est dans le contexte extrêmement difficile de faire avancer des démarches pour obtenir les documents nécessaires pour quitter l’Afghanistan et être accueilli à l’étranger.

 

Appel à l’aide

 

Voilà pourquoi les femmes juges d’Afghanistan ont contacté l’Association internationale des femmes juges (IAWG) pour obtenir de l’aide. L’Association, qui représente plus de 6500 juges dans une centaine de pays, a accepté avec empressement de porter leur message, explique la juge Mona Lynch, directrice régionale de l'IAWG pour l’Amérique du Nord.

 

La juge Mona Lynch se fait la porte-parole des femmes juges afghanes qui craignent de perdre le contact avec le reste du monde si les talibans prennent le contrôle de Kaboul.

 

« Ces femmes courageuses contribuent depuis 20 ans à maintenir un état de droit et une gouvernance stable en Afghanistan. Elles sont menacées pour le travail qu’elles font. Elles ont besoin d’aide et nous allons être leur voix », indique la juge de Nouvelle-Écosse.

 

Dans un communiqué publié vendredi, l’Association exhorte les parties impliquées dans les négociations de paix de veiller à ce que les droits des femmes et des filles soient préservés, notamment ceux des femmes juges qui se retrouvent dans une situation particulièrement périlleuse et vulnérable.

 

L’IAWJ demande aussi aux gouvernements d’inclure les femmes juges afghanes et leurs familles dans les mesures spéciales accordées aux interprètes, journalistes et autres personnels ayant fourni un service essentiel aux formes militaires étrangères en Afghanistan.

 

L'Association souhaite par ailleurs que les femmes juges fassent partie des groupes prioritaires sélectionnés par le gouvernement canadien, qui a annoncé vendredi qu’il accueillerait 20 000 réfugiés afghans.

 

Tayeba Parsa, elle, espère que son appel à l’aide sera entendu et qu’elle et ses collègues femmes juges réussiront à fuir le pays à temps. Ou qu’une intervention de la communauté internationale réussisse à freiner l’avancée des talibans et prévienne ainsi la chute du gouvernement afghan.

 

Si les talibans réussissent à occuper Kaboul, je crois que notre exécution à toutes est assurée, j’en ai peur. Nous avons besoin de l’aide extérieure pour éviter le pire.

 

Marianne Sluszny est très inquiète :  J'ai publié ce texte sur la situation effarante des femmes afghanes. Est-ce que c'est parce qu'il est issu d'un organisme portant pour nom. Laïcité 30 qu'il recueille si peu d'attention ?

 

 

 

Un tweet parmi d'autres : des appels désespérés au secours.

Un tweet parmi d'autres : des appels désespérés au secours.

 

 

Ajoutons que le gouvernement belge, suite à l’invraisemblable avis du Commissariat général aux réfugiés et apatrides qui ne prévoit pas de suspension des décisions d'expulsion vers l'Afghanistan. Et envisage davantage de refus de protection en cas de victoire des talibans, s’apprête à expulser les réfugiés afghans sans papier !

 

 

La grande menace est là !

 

 

La grande menace est là. En plus du terrible sort que les Talibans réservent aux femmes et à tous leurs opposants, une longue nuit tombe sur l’Afghanistan et sa capitale Kaboul. Cette nuit va sans doute se répandre sur l’Afrique et tout le Proche Orient. Les occidentaux par leur arrogance et leur lâcheté ont perdu toute crédibilité. D’ores et déjà d’autres régions du monde sont menacées : en Afrique, le Mali où les Français sont tentés de suivre « l’exemple » étatsunien élargissant ainsi la menace sur toute l’Afrique subsaharienne, au Maghreb, l’Algérie et la Tunisie en proie à une grave crise politique, sans oublier la Libye en pleine anarchie. Quant au Liban et à la Syrie, tout est possible. Et n’oublions pas la Turquie d’Erdogan.

 

La grande menace est aussi l’extension de l’obscurantisme non seulement par la menace islamiste, mais aussi par les évangélistes et les tenants de la pensée « woke ». Un terrible retour en arrière est possible. Cependant, si dans la nuit qui s’étend, sans doute une lumière brillera dans les ténèbres. Il ne tient qu’à nous de l’allumer !

 

 

En attendant, aidons dans toute la mesure du possible les femmes et les démocrates afghans ! On ne peut laisser passer cela sans agir !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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11 août 2021 3 11 /08 /août /2021 19:57

 

 

 

Ce mercredi 11 août, Julian Assange comparaît devant la Royal Court of Justice, la Cour d’appel de Londres, qui va statuer sur l'appel du gouvernement américain contre la décision du tribunal de refuser l’extradition de Julian Assange.

 

 

 

Julian Assange juste après son exfiltration de l'ambassade d'Equateur

Julian Assange juste après son exfiltration de l'ambassade d'Equateur

 

 

 

Rappelons que le fondateur de Wikileaks fut violemment expulsé de l’ambassade d’Equateur à Londres où il s’était réfugié le 16 août 2012 pour échapper à une extradition vers les Etats-Unis où il risque 175 ans de prison. Le 12 avril 2019, sur plainte de l’ambassadeur d’Equateur, la police londonienne a exfiltré violemment le journaliste réfugié à la légation. Il a été presqu’aussitôt condamné à 50 semaines de prison pour avoir échappé à la Justice britannique et aussitôt enfermé à la prison de haute sécurité de Belmarsch réputée pour être une des plus dures du Royaume Uni et en même temps, le gouvernement de Londres a accepté la demande d’extradition d’Assange vers le Etats-Unis, car il est accusé d’espionnage. Cependant, l’affaire reste pendante devant la Justice britannique. On connaît la suite : le procès en extradition présidé par la juge Baraister qui a, en l’occurrence, confondu siège et ministère public. Ce fut un procès truqué indigne d’une nation démocratique comme le Royaume Uni. En février 2020, eurent lieu quatre audiences du tribunal de Westminster en vue de l’extradition du journaliste australien vers les USA. Assange était enfermé dans une cage de verre blindé et tout était fait pour l’empêcher d’avoir contact avec ses avocats. L’affaire a été initialement reportée au 14 août 2020 à cause de tergiversations de la partie américaine. D’hésitations en hésitations, le jugement fut enfin prononcé le 4 janvier 2021 et tout en reconnaissant le bien fondé des accusations étatsuniennes, la magistrate refuse l’extradition ! Son motif : Assange ne peut être extradé pour des raisons médicales arguant que les conditions dans lesquelles il serait incarcéré dans une prison étatsunienne de haute sécurité seraient trop dures.

 

Entre temps, il s’est produit deux événements qui ne font que confirmer l’inanité de l’accusation contre Julian Assange.

 

Un gêneur en prison !

 

Un des plus fervents partisans du fondateur de Wikileaks, Craig Murray, ancien diplomate, ancien ambassadeur de Grande Bretagne en Ouzbékistan, est condamné à huit mois d’emprisonnement pour outrage à magistrat, ce qui est exceptionnel dans la pratique judiciaire britannique. Il s’est présenté à la police écossaise pour débuter sa peine. C’est une haute magistrate écossaise, Lady Dorrian qui a prononcé le jugement.

 

 

 

Lady Dorrian, la haute magistrate écossaise qui a condamné Craig Murray à huit mois de prison pour "outrage à magistrat".

Lady Dorrian, la haute magistrate écossaise qui a condamné Craig Murray à huit mois de prison pour "outrage à magistrat".

 

 

 

Craig Murray est un gêneur. Né dans le Norfolk en 1958, il fit ses études dans un lycée du Norfolk qui était plutôt militariste. Il refusa de porter l’uniforme des cadets et ses résultats scolaires en pâtirent. Il a rejoint le parti libéral anglais dont il fut président des jeunesses d’East Anglian. Il poursuivit ses études à l’université de de Dundee où il obtint une Maîtrise des Arts en sciences humaines. Il a passé en 1984 le concours ouvert de la fonction publique. Après avoir brillamment réussi ce concours, il opta pour la diplomatie. Murray fut chargé de mission du Foreign Office et du Commonwealth Office dans plusieurs pays dont le Nigeria, en Pologne, au Ghana, puis il devint fonctionnaire responsable à Chypre. En août 1991, il travaillait au centre de surveillance de l’embargo en tant que chef de la section FCO. Ce travail impliquait de surveiller entre autres les tentatives du gouvernement irakien en matière de contrebande d'armes et de contournement des sanctions. Il envoya des rapports quotidiens à Margaret Thatcher et ensuite à John Major. C’est à partir de cette mission que Craig Murray contesta en 2002 la fameuse légende des « armes de destructions massives » en possession de l’Irak qui servirent de prétexte à la guerre d’Irak de 2003.

 

 

 

 

Craig Murray, malade, est contraint de subir huit mois d'emprisonnement parce qu'il dérange l'establishment !

Craig Murray, malade, est contraint de subir huit mois d'emprisonnement parce qu'il dérange l'establishment !

 

 

 

En 2002, Murray est nommé ambassadeur en Ouzbékistan. Là, il dénonce la dictature d’Islom Karimov et la torture généralisée. Tony Blair, alors Premier ministre, ne tint aucun compte de ses avertissements. Forcément, le régime Ouzbek était protégé par la CIA… Murray est aussitôt révoqué. Il rapporta tous ces événements dans un livre publié en 2006, intitulé Murder in Samarkand dont on a tenté d’entraver la diffusion pour une sordide affaire de droits d’auteur sur la photographie de couverture de cet ouvrage. Il n’a pas été traduit en français.

 

En réalité, on peut penser que ce sont ses comptes-rendus et rapports sur le procès d’Assange qui ont dérangé la Justice britannique. (Voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2019/10/julian-assange-avant-qu-il-ne-soit-trop-tard.html ). Craig Murray n’est pas un journaliste professionnel et, pour beaucoup de magistrats britanniques, seuls ces derniers sont habilités à effectuer des commentaires et des comptes-rendus critiques sur un procès. C’est donc à la fois une atteinte à la liberté de la presse et à celle d’expression ! Bien entendu, on n’a entendu personne condamner ce jugement indigne.

 

Et comme cela ne suffisait pas : le gouvernement de l’Equateur a retiré à Assange la nationalité équatorienne que Correa lui avait accordée !

 

L’espion se rétracte !

 

L’autre affaire est la rétractation d’un témoin-clé dans l’affaire Assange. Il s’agit de Sigurdur Ingi Thordarson, un Américain d’origine islandaise, qui a été recruté par les services de renseignement étatsuniens pour monter un dossier contre Assange. Il s’est infiltré dans le staff de Wikileaks en lui faisant croire qu’il était un de ses plus proches collaborateurs. En réalité, il s’était porté volontaire pour collecter des fonds pour Wikileaks en 2010, mais il en a profité pour détourner plus de 50 000 dollars de l’organisation. À cette époque, Julian Assange se rendait justement en Islande en raison de son travail avec les médias islandais et les membres du Parlement pour préparer l’Initiative islandaise pour les médias modernes, un projet de liberté de la presse qui a débouché sur une résolution parlementaire soutenant les lanceurs d’alerte et le journalisme d’investigation.

 

 

 

Thordarson aux côtés de Julian Assange. Pourquoi ne s'en est)il pas méfié ?

Thordarson aux côtés de Julian Assange. Pourquoi ne s'en est)il pas méfié ?

 

 

 

Or, les services étatsuniens, en vue de l’appel du jugement de premier instance, ont peaufiné leur acte d’accusation contre Assange en présentant une version actualisée sur la base des informations que leur a fourni Thordarson.

« Les documents judiciaires désignent M. Thordarson simplement par le terme ’Teenager’ (’Adolescent’, une référence à son apparence juvénile plutôt qu’à son âge réel, il a 28 ans) et l’Islande par le terme ’Pays de l’OTAN 1’, mais ne font aucun effort pour cacher l’identité de l’un ou l’autre. Ils sont censés montrer qu’Assange a chargé Thordarson de commettre des intrusions informatiques ou des actes de piratage en Islande.

 

Le but de cet ajout à l’acte d’accusation était apparemment de consolider et de soutenir l’accusation de complot portée contre Assange en relation avec ses interactions avec Chelsea Manning. Celles-ci se sont produites à peu près au même moment où il résidait en Islande et les auteurs de l’acte d’accusation ont estimé qu’ils pouvaient renforcer leur dossier en alléguant qu’il était également impliqué dans des activités illégales là-bas. Ces activités incluraient des tentatives de piratage des ordinateurs de membres du Parlement et d’enregistrement de leurs conversations. » (voir le « Grand Soir » : Bjartmar Oddur Peyr Alexandersson, Gunnar Hrafn Jonsson : https://www.legrandsoir.info/un-temoin-cle-dans-l-affaire-assange-admet-avoir-menti-dans-l-acte-d-accusation-stundin.html )

 

Répondant à une enquête effectuée par le journal islandais Stundin, Thordarson admet « qu’Assange ne lui a jamais demandé de pirater ou d’accéder aux enregistrements téléphoniques des députés. Sa nouvelle affirmation est qu’il avait en fait reçu des fichiers d’un tiers qui prétendait avoir enregistré des députés et avait proposé de les partager avec Assange sans avoir la moindre idée de ce qu’ils contenaient réellement. Il affirme n’avoir jamais vérifié le contenu des fichiers ni même s’ils contenaient des enregistrements audio comme le suggérait sa source tierce. Il admet en outre que l’affirmation selon laquelle Assange lui aurait demandé d’accéder à des ordinateurs afin de trouver de tels enregistrements est fausse.

Néanmoins, la tactique employée par les autorités américaines semble avoir porté ses fruits, comme le montre la décision rendue par la juge Vanessa Baraitser le 4 janvier de cette année. Bien qu’elle se soit prononcée contre l’extradition, elle l’a fait uniquement pour des raisons humanitaires liées aux problèmes de santé d’Assange, au risque de suicide et aux conditions de détention dans les prisons américaines. En ce qui concerne les accusations réelles formulées dans l’acte d’accusation, Mme Baraitser s’est rangée aux arguments de l’équipe juridique américaine, notamment en citant les échantillons spécifiques provenant d’Islande, qui sont désormais sérieusement remis en question. »

 

En réalité, Thordarson travaillait pour le FBI. Ce personnage s’est infiltré dans l’équipe Wikileaks alors qu’il n’a aucune compétence en informatique et qu’il est considéré comme sociopathe. D’autre part, il a détourné des fonds destinés à Wikileaks et ses responsables le soupçonnaient. Il y a quelque-chose d’étrange dans l’attitude des responsables de cet éditeur, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

Cependant, les rétractations de Thordarson à Stundin remettent fondamentalement en question l’acte d’accusation US contre Assange. Une fois de plus, on observe que cette nouvelle de première importance n’a que très peu été rapportée par les grands médias. D’autre part, l’attitude des autorités islandaises envers Assange pose aussi question.

 

Les dés sont pipés.

 

« En mai 2019, Thordarson s’est vu proposer un accord d’immunité, signé par Dwyer, qui lui accordait l’immunité de poursuites sur la base de toute information sur des actes répréhensibles dont ils disposaient à son sujet. L’accord, vu par écrit par Stundin, garantit également que le DoJ ne partagerait aucune de ces informations avec d’autres organismes de justice ou de police. Cela inclut les agences islandaises, ce qui signifie que les Américains ne partageront pas les informations sur les crimes qu’il aurait pu commettre et qui menaceraient les intérêts de la sécurité islandaise - et les Américains en avaient apparemment beaucoup mais n’avaient pas réussi, au fil des ans, à les partager avec leurs homologues islandais. »

 

Ensuite :

 

« Selon les informations obtenues par Stundin, l’accord d’immunité entre le département de la justice et Thordarson a été présenté au siège de la police de Reykjavik, où le seul rôle du policier islandais a été de confirmer l’identité de Thordarson avant de le laisser seul avec son avocat dans l’arrière-salle où il a rencontré la délégation américaine.

 

C’est comme si l’offre d’immunité, obtenue et scellée plus tard lors d’une réunion à Washington, avait encouragé Thordarson à prendre des mesures plus audacieuses en matière de criminalité. Il a commencé à escroquer des particuliers et des entreprises à une échelle plus grande que jamais ; généralement en acquérant ou en créant des entités juridiques qu’il utilisait ensuite pour emprunter des marchandises, louer des voitures de luxe, voire commander de grandes quantités de marchandises à des grossistes sans aucune intention de payer ces biens et services.

 

Thordarson a également falsifié le nom de son propre avocat sur des avis au registre de la Company House, prétendant faussement avoir augmenté les fonds propres de deux sociétés à plus de 800 000 dollars américains. L’objectif était d’utiliser ces entités, dont la situation financière était solide sur le papier, dans une opération immobilière.

 

L’avocat a signalé le faux à la police où d’autres cas similaires, ainsi que de multiples autres rapports de vol et de tromperie, s’accumulent maintenant.

 

Lorsqu’il a été confronté aux preuves de tous ces crimes par un journaliste de Stundin, il a tout simplement admis tout cela et l’a expliqué comme une pratique commerciale normale. Il n’a pas encore été inculpé et continue de pratiquer ce ’business’. Le journal local DV a rapporté la semaine dernière que Thordarson avait tenté de commander des marchandises à crédit en utilisant un nouveau nom de société, Icelandic Vermin Control. Malgré l’utilisation d’un faux nom et d’un masque facial COVID, il a été identifié et la transaction a été interrompue. Il a été vu pour la dernière fois roulant à toute vitesse dans une Tesla blanche, selon DV. »

 

Avouons que tout cela est bien étrange ! Une fois de plus, un pays – l’Islande – s’incline devant les diktats US en l’affaire Assange et on peut être circonspect devant l’immunité accordée à Thordarson qui poursuit ainsi ses exactions en toute impunité. Aussi une autre question : pourquoi a-t-il prononcé cette rétractation au Stundin ?

 

L’invraisemblable condamnation de Craig Murray qui ne pourra être témoin du procès en appel sur l’extradition d’Assange et le peu de cas que l’on fait des déclarations et des infractions de Thordarson laissent penser qu’au début de la procédure d’appel à Londres, les dés sont pipés et que le sort de Julian Assange est scellé.

 

N’est pas Big Brother qui veut !

 

Pourtant, il reste un espoir. Une pression internationale commence à poindre envers les USA comme envers la Grande Bretagne. Amnesty International s’est enfin réveillé. « Cet appel fallacieux devrait être rejeté par le tribunal et le président Biden devrait saisir l'occasion d'abandonner ces accusations à motivation politique qui ont mis la liberté des médias et la liberté d'expression sur le banc des accusés», a déclaré le directeur de l'organisation non-gouvernementale pour l'Europe, Nils Muiznieks. «Obama a ouvert l'enquête sur Julian Assange, Trump a porté les accusations contre lui, il est maintenant temps pour le président Biden de faire ce qu'il faut et de mettre fin à ces poursuites grotesques qui n'auraient jamais dû être engagées. » Amnesty, ce n’est pas rien.

 

Une autre intervention est celle du Président du Mexique échaudé par l’affaire Pegasus, ce logiciel espion israélien qui s’est introduit dans les ordinateurs et téléphones portables de plusieurs dirigeants politiques dont le Président mexicain.

 

 

 

Le Président du Mexique Andr§s Manuel López Obrador exige la libération de Julian Assange à la suite de l'affaire Pegasus dont il a été victime.

Le Président du Mexique Andr§s Manuel López Obrador exige la libération de Julian Assange à la suite de l'affaire Pegasus dont il a été victime.

 

 

 

 

À la suite de cela, le président du Mexique a tenu à rendre hommage au travail réalisé par Julian Assange, dont il a appelé à la libération. Dans le cadre d'une conférence de presse qui s'est déroulée le 21 juillet, Andrés Manuel López Obrador s'est exprimé sur les pratiques présumées d'espionnage ciblé visant des journalistes, avocats et responsables politiques, récemment mises en lumière par un consortium de 17 médias dans le cadre de l'affaire Pegasus. Assange doit être libéré soulignant l'efficacité d'une telle coordination à l'échelle mondiale, le président mexicain a alors estimé qu'il était tout aussi primordial de reconnaître l'importance des travaux menés par Julian Assange à travers la plateforme WikiLeaks.  « Assange doit être libéré parce qu'il est injustement en prison, traité avec cruauté, pour avoir fourni des informations d'une ampleur encore plus grande que l'affaire en cours ».

 

Au moment où les révélations liées à l'affaire Pegasus font le tour du monde, le président du Mexique appelle à la libération du fondateur et éditeur de WikiLeaks, Julian Assange, qui a le premier révélé les opérations de désinformations et surveillance à une échelle mondiale.

 

C’est la première fois qu’un chef d’Etat d’une puissance moyenne, de plus voisine des Etats-Unis intervient si fermement dans cette affaire de surveillance généralisée organisée par la plus importante puissance mondiale, mais qui connaît aujourd’hui une période de déstabilisation.

 

N’est pas Big Brother qui veut !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 10:08

 

 

 

Une excellente réflexion sur le racisme de notre ami Bernard Gensane publiée sur son blog le 29 juillet 2021. En quelques mots, il remet les montres à l’heure après l’agitation provoquée par l’indignation dans l’ensemble des Etats-Unis et par après dans le monde entier suscitée par le meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis dans le Minnesota, le 25 mai 2020. Les violences policières contre les Noirs – aujourd’hui en « politiquement correct », on dit « afro-américains » - sont régulières au pays de l’Oncle Sam et continuent en dépit de l’énorme mouvement de solidarité envers George Floyd et la sévère condamnation du policier meurtrier.

 

 

Ce fut le moment du mouvement « Black Lives matter » qui avait d’ailleurs été fondé en 2013 pour lutter contre le peu de cas que font les policiers américains de la vie des citoyens Noirs américains. Son slogan se répandit dans le monde entier tant l’émotion était grande. Cependant, il laisse, qu’on le veuille ou non, un goût de trop et de trop peu. De trop peu, parce que les violences policières qui sont le fruit de la déliquescence des démocraties occidentales et particulièrement étatsunienne qui se muent peu à peu en systèmes autoritaires, voire totalitaires. Aussi, ces violences systématiques qui en sont les conséquences, ne concernent pas uniquement les Noirs, mais aussi bien des catégories de population, comme les gilets jaunes en France ou les Ouighours en Chine. De trop, parce que justement on insiste sur une seule catégorie de population. Ainsi, on en arrive à cet abominable concept de « racisés ».

 

 

« Racisé » désigne toute personne non blanche susceptible d’avoir subi l’oppression des « Blancs » pendant ou après la colonisation. Il y a donc les « Blancs » et les autres. Cette pensée se concrétise par des réunions séparées, ou seuls les « racisés » sont admis. Elle est complétée par une autre notion : le décolonial. Il faut effacer toute mémoire de la période coloniale par la « cancel culture », combattre tout comportement jugé colonialiste. Ainsi, par exemple, tout récemment en Belgique, un programme de recherche en histoire qui rassemblait des historiens africains et européens s’est vu refusé de subventions sous prétexte d’esprit « postcolonial » ! C’est la première fois qu’un tel critère dicte une décision prise par un pouvoir officiel ! Voilà un exemple de ravage que peut causer la pensée « woke ». Et les exemples sont légion. Ainsi, aux Etats-Unis, il est fait pression pour supprimer l’étude et la pratique de la musique classique considérée comme colonialiste.  

 

 

Comme le rappelle Bernard, Claude Lévi-Strauss a démontré déjà dans les années 1970 que le concept de race est une fiction. Il n’existe pas de race, mais un genre humain diversifié. C’est sur cette base et cette seule base que doivent se faire les rapports entre groupes et individus humains.

 

Cette pensée « woke » qui nous vient des Etats-Unis, est en quelque-sorte le négatif du racisme ordinaire. Elle est dangereuse et est la cause d’une grave régression. Elle doit être combattue avec rigueur.

 

Remercions Bernard Gensane de remettre les pendules à l’heure.

 

Pierre Verhas

 

 

De la race « caucasienne »

 

 

 

Toujours se méfier de ce qui est popularisé par l’Empire zunien. Ainsi les expressions « race caucasienne », « type caucasien ».

 

 

Pour l’anthropologie moderne – disons depuis les travaux de Lévi-Strauss – il n’y a pas de race. Il n’existe qu’un genre humain, avec des différences de surface et, surtout, des perceptions différentes. En 1978, je résidais en Côte d’Ivoire. Ma femme et ma fille âgée de trois ans étaient blondes comme les blés, et moi châtain clair. Un jour, ma fille me dit que je n’étais pas blanc, parce que, d’une part, elle confondait « blond » et « blanc » et que, d’autre part, elle me percevait comme plus proche de tous les Africains qui nous entouraient que de sa mère et d’elle.

 

 

L’utilisation du terme « caucasien » est une aberration qui, aujourd’hui, nous vient des États-Unis, et qui est désormais reprise sans vergogne et en pleine connerie par la police et la justice française. Et bien sûr par les médias.

 

 

Au XIXe siècle, les anthropologues utilisaient le terme « caucasien » (ou « europoïde) pour désigner des populations d’Europe, d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud. Cette typologie a fait long feu chez nous, mais pas aux États-Unis où le terme « caucasien » signifie juridiquement parlant « race blanche » ou « d’origine européenne ». Outre-Atlantique, le terme « leucoderme » (peau blanche) a pu être employé par des scientifiques, mais aussi dans des développements à vocation raciste. De nos jours, en effet, le concept de race est un concept politique, à la rigueur social.

 

 

Les évolutions à l’intérieur du genre humain ont été conditionnées par des nécessités d’adaptation. Par exemple, lors de la dernière période glaciaire (40-50 000 ans), quand l’Europe et l’Asie ont été colonisées par des humains venant du Sud, la peau s’est éclaircie pour des raisons de captation de bonnes vitamines et d’exposition aux ultra-violets.

 

 

L’utilisation du terme « caucasien » date de la fin du XVIIIe siècle lorsque l’anthropologue Johann Friedrich Blumenbach divise le genre humain en cinq races : les Caucasiens (les Blancs), les Mongols (les Jaunes), les Malais (les Marron), les Éthiopiens (les Noirs), les « Américains » (les Rouges). Pour Blumenbach, la race caucasienne était la première, dans les deux sens du terme. Ce, depuis Noé, son arche amarrée près du monde Ararat, à la frontière entre la Turquie et l’Arménie. Plus tard, Jupiter enchaînera Prométhée à un rocher dans les montagnes du Caucase. Pour le scientifique allemand, les crânes des Géorgiens étaient l’illustration parfaite de la race blanche. Blumenbach fonda la théorie dégénérationniste selon laquelle les humains proviennent d’une souche unique et que les différences sont dues à des modifications climatiques réversibles. Contemporain d’Emmanuel Kant et ayant eu connaissance de ses traités sur les races humaines (Von den verschiedenen Rassen der Menschen), Blumenbach va réviser ses positions vers 1790 en admettant que  certaines différences phénotypiques pourraient être irréversibles. Dans les pas de Kant (et de Buffon), il reconnaît qu’il ne peut y avoir une séparation radicale entre une race et les autres, qu’aucune race n’a la préséance sur les autres, qu’aucune race ne peut revendiquer à elle seule la qualité d’être humain – en réduisant les autres à l’indignité de l’esclavage – et que, comme le métissage, la fécondation entre races est possible, les humains ne forment qu’une seule espèce ayant la même origine.

 

 

En rédigeant leurs PV, les flics français — mais aussi les militants d’une certaine cause noire plus que douteuse – feraient bien de garder cela à l’esprit.

 

 

Bernard Gensane

 

 

 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 08:46

 

 

 

II Les Frères, le Voile et la Laïcité

 

« Trente ans que cela dure ! C’est un éternel recommencement car la plupart des gens ne se donnent pas les moyens de comprendre la complexité de la situation. » exprime excédée Brigitte Maréchal, la sociologue de l’UC Louvain spécialiste de l’Islam. En effet, on n’arrête pas de débattre sur la question du voile sans aboutir à une solution. Deux radicalités se heurtent : une partie significative du monde laïque et un certain fanatisme islamique qui serait, prétend-on, mené par les Frères musulmans.

 

Première question : les Frères musulmans sont-ils à l’origine de la généralisation du port du voile par les femmes musulmanes ? Il est exact (voir le premier volet de cet article - Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2021/07/l-islam-et-la-neutralite-i.html ) que pour installer leur pouvoir dans plusieurs pays du monde arabe, la Confrérie lança des campagnes pour imposer le port du voile. Est-ce le cas en Europe ? Et l’éventuelle action des Frères est-elle la seule cause de la multiplication du foulard ? Et surtout, qui peut répondre à ces questions ?

 

Laïcité Yallah

 

Il existe à Bruxelles un groupe d’influence qui s’appelle « Laïcité Yallah » qui regroupe plusieurs intellectuels hommes et femmes arabo-musulmans. Le journal « l’Echo » du 17 juillet 2021 publie une interview de Madame Djemila Benhabib, politologue d’origine algérienne qui a fui l’Algérie et qui a écrit un ouvrage intitulé « Ma vie à Contre Coran ». Madame Benhabib affirme d’emblée : « Il existe une militance islamiste dans notre pays qui passe par des Etats étrangers et des personnalités d’influence. » Elle vise directement les Frères musulmans qui, par leur prosélytisme émanant de différents pays s’infiltrent dans la communauté musulmane. L’exemple de Tariq Ramadan qui vivait en Suisse et voyageait à travers toute l’Europe et avait porte ouverte dans les grands médias, est connu de tous jusqu’à ce qu’il fût compromis dans des affaires de mœurs. Rappelons que Tariq Ramadan est le fils de Saïd Ramadan, lui-même gendre du fondateur des Frères musulmans, Hassad El Banna assassiné en 1948 par le premier ministre du roi Farouk d’Egypte.

 

 

 

Madame Djemila Benhabib, politologue membre de Laïcité Yallah

Madame Djemila Benhabib, politologue membre de Laïcité Yallah

 

 

 

La question du port du voile est très sensible en Belgique. C’est ainsi que le gouvernement actuel d’Alexander De Croo dit « le gouvernement Vivaldi » a été ébranlé suite à la nomination par une ministre écologiste de Madame Ishane Haouach, universitaire de haut niveau et porteuse du voile, comme commissaire au gouvernement d’une association publique pour l’égalité hommes femmes.

 

 

 

Alexander De Croo est perplexe à propos du voile.

Alexander De Croo est perplexe à propos du voile.

 

 

 

Pour Madame Benhabib : « Il y a une part d'ignorance car il n'est pas aisé de comprendre le fonctionnement et la logique des Frères musulmans. Et puis, il y a aussi une part de paresse intellectuelle, d'opportunisme et de calcul. Lorsqu'on est un homme ou une femme politique, on ne peut pas se permettre d'ignorer une telle militance. La responsabilité d'Ecolo dans cette affaire est très importante. La guerre à la laïcité est déclarée depuis plusieurs années. Et ce sont notamment certaines femmes voilées qui la mènent.

 

 

 

 

Ishane Haouach à l'origine du rebond de la polémique interminable sur le port du voile.

Ishane Haouach à l'origine du rebond de la polémique interminable sur le port du voile.

 

 

 

En outre, on a soupçonné Madame Haouach d’être membre des Frères musulmans. Mais, un rapport de la Sûreté de l’Etat a opportunément « fuité », rapport d’ailleurs assez ambigu qui évoque des rencontres régulières qu’elle aurait eues avec des membres de la Confrérie. Mais, elle n’y serait pas affiliée. Non, en définitive, c’est le port du foulard qui a été le catalyseur de cette campagne menée essentiellement par la droite du MR et qui a abouti à la démission de l’intéressée.

 

Cette affaire valait-elle une crise politique ?

 

D’un côté, il y a une véritable hystérie au sujet du voile islamique, de l’autre une tolérance excessive. Les deux camps ont cependant deux points communs : l’absence d’une analyse approfondie de cette question et bon nombre d’arrière-pensées.

 

Vous avez vu un « islamo-gauchiste » ?

 

Les antivoiles regroupent certains milieux laïques, la gauche social-démocrate, la droite libérale et l’extrême-droite. Les tolérants se retrouvent dans des formations comme Ecolo, la gauche radicale et il y a bien entendu les fameux « islamo-gauchistes » qu’on n’arrive pas à bien situer ou à définir.

 

Cette mosaïque de groupes hostiles au voile islamique génère la confusion. Et c’est l’extrême-droite qui engrange les profits ! Madame Benhabib en est d’ailleurs consciente. Dans son interview, elle dit : « Il est clair pour moi qu'Ihsane Haouach envisageait sa fonction à travers un détricotage de la neutralité. Ce n'est pas la première fois qu'elle a des mots extrêmement durs envers ceux qui défendent la neutralité. Dans ce contexte, la neutralité est associée à une fabrique de discrimination et ceux qui la défendent sont clairement diabolisés, assimilés à l'extrême droite. »

 

 

Et elle ajoute : « Il ne faut pas faire d'amalgames en estimant, par exemple, que les musulmans sont culturellement hostiles à la neutralité. Quand on est progressiste et qu'on a vécu dans un pays où la démocratie n'existe pas, on sait quel est le prix de la liberté. On sait l'importance de la séparation du politique et du religieux. Cet enjeu a fait couler beaucoup de sang dans de nombreux pays musulmans. C'est pourquoi il faut se solidariser avec les forces laïques et démocratiques dans ces pays. Comment se fait-il que nous ayons, par exemple, abandonné les démocrates turcs ? »

 

 

Neutralité : concept vague et abstrait

 

Certes, mais lesdites forces démocratiques et laïques devraient adopter une autre stratégie que celle de se limiter au seul combat contre le voile en prônant l’interdiction pure et simple au nom de la neutralité. La neutralité est une notion vague et abstraite.

 

Dans la fonction publique, le ou la fonctionnaire doit se montrer neutre dans l’exercice de sa fonction. Cela signifie que son travail doit s’effectuer sans aucune influence politique, philosophique ou spirituelle. En ce qui concerne sa personne, c’est différent. Le fonctionnaire est un citoyen libre d’avoir et d’exprimer n’importe quelle conviction tant qu’elle ne trouble pas l’ordre public. Être servi par une agente publique voilée ne change rien à ses obligations professionnelles tant qu’elle respecte la fameuse neutralité.

 

Posons-nous la question : la neutralité est-elle vraiment respectée dans la fonction publique ? Voyons les nominations politiques. Les partis dits de gouvernement se partagent les nominations aux postes de cadre sur la base d’une répartition bien définie des appartenances politiques des candidats, que ce soit dans les ministères, dans les organismes d’intérêt public ou même dans la magistrature. Où est la neutralité dans un tel système ?

 

La « lepenisation » du discours laïque

 

Aussi, cette guerre du voile ne mène qu’à créer des tensions profitables aux extrémistes de droite. Hervé Hasquin, ancien ministre libéral, ancien Recteur de l’ULB et Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie royale de Belgique en est conscient. Dans une tribune libre publiée dans l’hebdomadaire « Le Vif », le 7 juillet 2021intitulée « Gare à la « lepenisation » du discours laïque », analyse : « Théoriquement, cette laïcité officielle se veut inclusive. Dans le discours, on est souvent loin du compte. Il est de bon ton de faire assaut de laïcité républicaine. Mais jusqu'où aller sans sombrer dans l'intolérance, ou tout simplement dans la chasse aux sorcières.

 

 

 

Hervé Hasquin n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en critiquant une laïcité trop rigide selon lui.

Hervé Hasquin n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en critiquant une laïcité trop rigide selon lui.

 

 

 

Il est vrai que le terrorisme islamiste et les dictatures islamistes menacent nos démocraties. Convient-il pour autant de laisser la paranoïa, ou pire le racisme et le sexisme, l'emporter sur la démarche libérale, humaniste et rationnelle ? La tentation est grande de voir s'estomper les principes démocratiques ... » C’est exactement ce qui est dénoncé ici : l’hystérie qui s’est emparée du discours laïque aussi bien en France qu’en Belgique.

 

Hasquin ajoute : « Même en France, il n'existe pas de définition juridique de la laïcité. Trois principes semblent faire consensus. 1. La liberté de conscience, y compris le droit de manifester ses convictions dans le respect de l'ordre public. 2. Séparation de l'Etat et des Eglises, des institutions publiques et des organisations religieuses. 3. L'égalité de tous devant la loi quelles que soient les croyances et les convictions. Pour le reste, le concept est à géométrie variable. Mais vu l'air du temps, les surenchères ne manquent pas. » Il est évident que l’ancien Recteur vise aussi la Belgique avec cette querelle du voile qui s’est réveillée suite à l’affaire de la STIB et à la nomination de Ishane Haouach et qui s’est terminée en queue de poisson ! Pourquoi ? Parce qu’on fait d’un symbole comme le voile une arme de combat contre « nos » valeurs.

 

Emancipation Yallah !

 

La réponse de la laïcité organisée est d’en faire un combat essentiel sans qu’elle se rende compte qu’elle ouvre une boîte de Pandore dont les émanations profiteront aux extrêmes les plus odieux comme le racisme et paradoxalement l’antiféminisme ! Le voile que les laïques considèrent comme un outil d’enfermement et d’oppression de la femme musulmane est considéré par nombre de musulmanes comme un droit à l’identité et une affirmation de sa fidélité à l’Islam. Comment débattre dans ces conditions ?

 

Comme l’écrit Henri Goldman dans son blog cosmopolite (https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/blog/ce-que-l-emancipation-veut-dire ) : « Cette situation brouille les perceptions binaires. Ainsi, on affirme couramment que les femmes musulmanes qui portent le foulard seraient dominées par les hommes de leur propre communauté – pourtant victimes comme elles de l'islamophobie – qui les obligeraient à le porter contre leur gré. Mais d'autres affirment aussi qu’elles subiraient une domination de nature coloniale du fait de la société – pourtant très pointilleuse sur le droit des femmes – qui les obligerait à le retirer contre leur gré. Comment trancher entre ces affirmations contradictoires ? En écoutant les personnes concernées et en s’interdisant de parler à leur place. Même si on ne peut jamais exclure qu’une parole ne soit libre qu’en apparence et qu’elle soit la résultante de pressions intériorisées… comme tous les comportements humains sans aucune exception. Cette démarche d’éclaircissement a-t-elle été conduite à son terme et avec les nuances nécessaires ? »

 

 

 

Henri Goldman n'hésite pas, lui aussi, à mettre les pieds dans le plat.

Henri Goldman n'hésite pas, lui aussi, à mettre les pieds dans le plat.

 

 

 

Evidemment, non ! Et c’est pour cette raison que la « guerre du voile » ne peut conduire qu’à l’impasse.

 

Cependant, il ne faut pas s’aveugler. Cette confusion profite à l’extrême-droite, mais aussi aux islamistes. N’oublions pas que les Frères musulmans ont transformé la religion en un outil de combat et que leur prosélytisme est universel. C’est en cela que l’Islam radical est si redoutable et efficace. Il s’appuie sur une masse musulmane facile à endoctriner et surtout une jeunesse dont les perspectives en Europe ne sont guère réjouissantes et qui voit en l’Islam la voie vers l’émancipation, qui lui donne un autre but dans la vie que le chômage et la drogue. De ce point de vue, ceux qu’on appelle les « islamo-gauchistes » sont logiques : l’Islam est l’instrument qui permettra à ces peuples victimes du colonialisme de s’épanouir. Or, dans l’histoire, nulle religion n’a été émancipatrice !

 

Comme le rappelle Henri Goldman dans le même blog : « S’émanciper, c’est s’affranchir d’une domination. Celle-ci peut être de classe ou de genre, raciale ou coloniale, macro (au niveau d’un groupe social, voire d’un peuple entier) ou micro (concernant une collectivité restreinte, voire un individu). Mais il y a toujours intérêt à bien définir cette domination ainsi que celles et ceux qui en sont les bénéficiaires et les agents, pour éviter les erreurs d’aiguillage. »

 

Et l’émancipation ne peut se faire que par soi-même. Le rôle de la laïcité, en l’occurrence, serait bien plus utile en donnant aux opprimés les outils qu’ils utiliseront comme ils l’entendent pour s’épanouir. Emancipation Yallah !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Post scriptum

 

Terrible constat

 

Notre ami Bernard Gensane a publié ce constat : « Mon ancien collègue à la fac de Poitiers, Enrique Lister, fils du général républicain espagnol Lister, écrit ceci : »

 

« Ceux qui ont bâti toute une vie politique sur l’individualisme forcené et la désintégration des filets sociaux de solidarité viennent aujourd'hui exiger de la solidarité d’une société atomisée par le modèle du self-made-man : un bonimenteur de braderie, mais ce sont nos droits qu’il a bradés. »

 

Réel et terrible constat !

 

Le général républicain Lister avec Ernest Hemingway (à droite) pendant la guerre d'Espagne

Le général républicain Lister avec Ernest Hemingway (à droite) pendant la guerre d'Espagne

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19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 10:05

 

 

 

I Du califat à l’Islam contemporain

 

Cela s’agite encore avec le voile et l’Islam. Les rationalistes s’exercent à l’irrationnel ! Ils veulent exclure, interdire, sauver la statue de la laïcité menacée de disparition ! Beau programme ! S’il vous plaît, calmons-nous, discutons à tête reposée et, si c’est encore possible, tentons de raisonner.

 

Tout d’abord, replaçons les choses dans leur contexte historique.

 

Un conflit déchire l’Europe occidentale. Les tensions entre les musulmans européens et les autorités et milieux laïques prennent aujourd’hui d’inquiétantes proportions. Certes, cela ne date pas d’hier. Tout a commencé en Iran en 1979 par le renversement du régime du Shah Rezza Palhavi et le déclenchement de ce qu’on a appelé la révolution islamique. Cet événement régional a rapidement pris une dimension mondiale. La première manifestation visible en Europe et même aux Etats-Unis en fut la multiplication du port du voile par des femmes musulmanes sans que cela n’inquiète trop les autorités. Ensuite, la révolution khomeyniste eut très vite des suites géopolitiques majeures. Elle avait bouleversé le fragile équilibre imposé par les Etats-Unis au Moyen-Orient. C’est la fatwa de Khomeiny condamnant à mort l’écrivain indien Salman Rushdie pour l’écriture d’un ouvrage considéré comme « sacrilège » qui fit prendre conscience de la violence de ce qu’on a appelé depuis l’islamisme. On eut l’impression de revivre les pires moments de l’Inquisition !

 

 

 

 

La Kaaba à La Mecque - lieu le plus sacré de l'Islam

La Kaaba à La Mecque - lieu le plus sacré de l'Islam

 

 

 

Prenons conscience qu’une fois de plus, la religion servit d’instrument à un rapport de forces entre grandes puissances et nations émergentes, rapport de forces qui avait débuté en 1973-74 avec le premier choc pétrolier et qui s’est exacerbé avec le second choc en 1979, la révolution iranienne et l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique. Ensuite, on a encouragé un dictateur arabe local à attaquer l’antique Perse considérée comme dangereuse en espérant écraser ce nouveau pouvoir ! Les « méchants » avaient pris les diplomates de l’ambassade US en otage ! Vraiment, cela ne se fait pas ! Aussi, Saddam Hussein, le sunnite irakien a été chargé de punir les vilains chiites de Téhéran. Dix ans d’une guerre atroce qui a abouti à la victoire à la Pyrrhus de l’Iran et l’humiliation des USA. Les otages étatsuniens ont été relâchés le jour de l’élection de Reagan en novembre 1980 qui a succédé au démocrate Carter qui s’est embourbé par le fiasco d’une opération commando destinée à libérer les diplomates otages.

 

Ces événements ont redonné à l’Islam un immense prestige au niveau mondial, particulièrement dans le Tiers-monde et dans les communautés musulmanes en Europe. Cependant, ces guerres sont loin d’être terminées. Dans leur projet fou de « nouvel ordre mondial » ou de « grand Moyen-Orient », les Etats-Unis mènent la guerre sur plusieurs fronts. D’abord, clandestinement en Afghanistan via la CIA en dotant d’armes sophistiquées les moudjahidines qui combattaient pour chasser les Soviétiques et en y entraînant des commandos placés sous le commandement d’un Saoudien, un certain Oussama Ben Laden, qui constitua une organisation particulièrement efficace dénommée « Al Qaeda » - la base, en Arabe.

 

 

 

Oussama Ben Laden commença sa "carrière" au service des Etats-Unis !

Oussama Ben Laden commença sa "carrière" au service des Etats-Unis !

 

 

 

La guerre du Golfe qui s’en suivit dès 1991 permit le renforcement de l’Islam radical – aussi bien chiite que sunnite – au Moyen-Orient mais aussi dans le reste du monde. Ce fut la période du terrorisme islamique qui avait d’ailleurs commencé en Algérie et qui s’est étendu essentiellement en France où vit une importante communauté algérienne dans la décennie 1980-90. Grâce à Al Qaeda et sans doute à une frange du pouvoir saoudien, des attentats de grande ampleur visant avant tout des intérêts étatsuniens se déroulèrent en Afrique et en Europe. Cette vague atteignit son sommet lors des attaques à New York et à Washington du 11 septembre 2001.

 

Ce fut le déclenchement des guerres « contre le terrorisme », « du bien contre le mal » et l’émergence de la pensée du choc des civilisations. Ce furent non seulement des guerres pour bâtir le fameux « grand Moyen-Orient » placé sous le contrôle étatsunien, guerres interminables aux objectifs obscurs et aux issues incertaines avec des bombardements meurtriers associées à un conflit idéologique entre deux conceptions du monde ou plutôt au choc de deux fanatismes.

 

Et vinrent les Frères…

 

Un élément essentiel souvent négligé : l’Islam comme les autres religions dites du Livre est une religion révélée, mais en outre intimement associée à un pouvoir temporel, le califat. Nabil Mouline écrit dans son ouvrage « Le Califat », (Paris, Flammarion, collection Champs histoire, 2016) : « Depuis le VIIe siècle, le califat n’a cessé d’être un mot de ralliement – réel ou symbolique – pour les musulmans à travers le monde. Cette incroyable popularité s’explique sans doute par l’équation quasi systématique qui s’établit entre l’imaginaire collectif entre cette forme de monarchie universelle et l’Âge d’or de la communauté des croyants. ». Il est l’institution politico-religieuse centrale de l’Islam. Le califat est né au VIIe siècle, connut diverses formes et vicissitudes à travers l’histoire et s’acheva en 1917 avec la chute de l’empire ottoman. Depuis, la nostalgie du califat ne cessa de hanter l’âme des musulmans.

 

Cela dit, l’Islam, ni même le radicalisme islamique ne sont des blocs monolithiques. Outre les courants sunnites et chiites, il existe différentes tendances au sein de chacun d’eux. Ainsi, chez les sunnites, le salafisme et le wahhabisme – deux tendances radicales – ainsi que le soufisme plus spirituel, plus ouvert et modéré. A cela, il faut ajouter un mouvement très influent dont on parle beaucoup en ce moment : la Confrérie des Frères musulmans.

 

Cette Confrérie d’obédience sunnite est née à Ismaila dans le Nord de l’Egypte en 1928. Elle a comme objectif d’instaurer une société islamique par l’application de la charia. Elle s’est aussi ralliée au salafisme. La Confrérie est aussi un mouvement anticolonialiste. L’Egypte avait été placée sous mandat britannique après les fameux accords Sikes-Picot qui ont partagé les restes de l’empire ottoman en 1916 entre la France et la Grande Bretagne. Les élites égyptiennes de l’époque s’occidentalisaient et se laïcisaient. Aussi, plusieurs dirigeants musulmans égyptiens s’opposèrent à cette évolution et fondèrent ainsi la Confrérie. Ils rencontrèrent assez vite un important succès auprès d’une partie de l’élite comme dans la population musulmane d’Egypte. Les prêches dans les mosquées et aussi les organisations caritatives mises en place par les Frères exercèrent une influence considérable. La Confrérie ne s’est pas limitée à l’Egypte. Elle cherche à s’étendre dans l’ensemble du monde musulman et plus tard, même, à se mondialiser.

 

 

 

Deux fondateurs des Frères musulmans. A gauche : Hassan El Banna

Deux fondateurs des Frères musulmans. A gauche : Hassan El Banna

 

 

 

Le pouvoir colonial s’en inquiéta et réprima les Frères sans réussir à les éliminer. Au contraire, en 1943, ils comptèrent plus de 280 000 adeptes en Egypte, alors qu’en 1928, ils étaient 2 000 ! Après la Seconde guerre mondiale, Nasser se servit des Frères musulmans pour fomenter en 1952 son coup d’Etat contre le roi Farouk qui était un fantoche des Britanniques. Très vite, il y eut de profondes divergences entre le Raïs et les Frères. Nasser voulait faire de l’Egypte un Etat nation laïque à l’occidentale et après avoir échoué à négocier avec la Confrérie, il la fit interdire et persécuta ses dirigeants. Bon nombre d’entre eux s’exilèrent en Europe. C’est à ce moment que les Frères, paradoxalement, étendirent leur influence en dehors de l’Egypte. Ils devinrent une force spirituelle internationale, ce que par ailleurs ils cherchaient à devenir. Comment procédaient-ils ?

 

« L’appareil secret » des Frères musulmans

 

Les Frères créèrent de complexes réseaux d’associations spirituelles et caritatives au sein des communautés musulmanes d’Europe de plus en plus nombreuses suite d’abord à la décolonisation et par après à l’immigration. En Europe, la Confrérie put agir sans trop d’entraves se plaçant essentiellement sur les plans spirituel et caritatif. Les Frères ne prônent pas la violence mais la conquête par la voie spirituelle. Il existe cependant une exception : ils fondèrent dès 1945 une branche armée en Palestine pour lutter contre le mouvement sioniste et participa à l’offensive des armées arabes lors de la guerre de 1948-49 dite d’indépendance par les Israéliens. Cette armée clandestine dite « l’appareil secret » agit aussi en Egypte. Le 28 décembre 1948, le Premier ministre égyptien fut assassiné. En représailles, le pouvoir égyptien fit exécuter le fondateur de la Confrérie, Hassan-el-Banna. Par après, l’Egypte entre en conflit avec l’occupant anglais. Ceux-ci refusèrent de quitter leur base militaire du canal de Suez. De sanglantes émeutes associant les Frères, les communistes et les nationalistes égyptiens firent des centaines de victimes. Ces escarmouches durèrent jusqu’en 1954.

 

 

 

Gamal Abdel Nasser se servit de la Confrérie pour prendre le pouvoir et après la pourchassa.

Gamal Abdel Nasser se servit de la Confrérie pour prendre le pouvoir et après la pourchassa.

 

 

 

Une affaire de famille

 

Entre temps, et c’est un élément fondamental, au début des années 1950, les Etatsuniens et les Britanniques craignant l’instauration d’un régime communiste en Egypte avec l’arrivée au pouvoir de Nasser, firent appel aux Frères musulmans.  Le Guide Hassan al-Hudaybi, successeur de El-Banna négocia avec le chargé des questions orientales du Royaume-Uni, Trevor Evans et lui demanda des armes pour lutter contre Nasser. L'université de Princeton organisa avec la CIA un colloque sur les musulmans en Union soviétique avec Saïd Ramadan (1926 – 1995), le gendre et l’héritier spirituel du fondateur des Frères musulmans Hassan el-Banna et lui-même fondateur de la branche palestinienne du mouvement. Il a fondé en 1958 la Société islamiste d'Allemagne, puis la Ligue musulmane mondiale. Il est le père de Hani et de Tariq Ramadan. Les Frères sont véritable une affaire de famille !

 

Constante de la politique israélo-étatsunienne

 

On observe que c’est une constante dans la politique étatsunienne comme israélienne : chercher à s’associer un ennemi pour en combattre un autre considéré comme plus dangereux. C’est ainsi, comme nous l’avons vu, les Etatsuniens ont soutenu Oussama Ben Laden dans sa lutte contre les Soviétiques en Afghanistan et après le 11 septembre 2001, se sont servis d’Al Qaeda pour mener des opérations clandestines en Irak et en Syrie. Après la guerre des Six Jours, les Israéliens ont aidé le Sheikh Yassine, membre des Frères musulmans, à fonder le Hamas à Gaza pour contrebalancer l’influence de plus en plus grande de l’OLP de Yasser Arafat, comme l’a révélé le journaliste franco-israélien Charles Enderlin, bête noire des ultra sionistes, dans son livre « Le Grand Aveuglement » (Paris, Albin Michel, 2009). Le même Charles Enderlin a révélé récemment lors de la récente guerre dite des « treize jours » entre Israël et le Hamas que les Israéliens autorisaient et même aidaient le transfert de fonds destinés au Hamas à Gaza en provenance du Qatar via Lydda Airport (voir : https://uranopole.over-blog.com/2021/05/la-guerre-de-colonisation.html ). Et on peut également se poser la question avec Daesh qui disposa manifestement de puissants appuis extérieurs. Ajoutons que l’ennemi le plus « redoutable » est souvent une organisation arabe laïque ou socialisante… Ce n’est certes pas un hasard.

 

Force et faiblesse des « Frères »

 

Revenons aux Frères musulmans. Nasser fit interdire la Confrérie en 1954 et emprisonna 20 000 adeptes. En 1984, la Confrérie fut à nouveau autorisée mais uniquement comme organisation religieuse, ce qu’elle contourna en présentant des candidats « sans étiquette » aux élections. Lors des élections législatives de 2005, les Frères musulmans deviennent la deuxième force politique, derrière le Parti national démocrate (PND) de Moubarak. Mais les élections de 2010, entachées de forts soupçons de fraude, voient le parti de Moubarak remporter 95 % des suffrages. Les Frères musulmans, qui boycotteront le 2e tour, perdent l'intégralité de leurs sièges lors de ces élections. 

Dès 2010, la chaîne satellitaire qatarie Al Jazeera (en arabe : l’île pour évoquer la péninsule arabique) se fait la caisse de résonance des printemps arabes où les Frères jouèrent un rôle primordial en plusieurs pays arabes : Libye, Syrie, Bahreïn, Yémen. Pays qui, comme par hasard, à l’exception du Bahreïn où le mouvement fut réprimé avec l’aide de l’armée saoudienne, connaissent depuis des guerres abominables. Au départ, la Confrérie se montra discrète lors de la révolution qui renversa Hosni Moubarak. Cependant, elle parvint à imposer un parti – le parti de la justice et de la liberté – qui parvint à faire élire son chef Mohamed Morsi en 2012. Cependant, celui-ci ne parvint pas à réduire l’armée qui est la première force du pays qui fut au pouvoir sans discontinuer depuis 1952 !

 

 

 

 

Mohamed Morsi, éphémère président égyptien renversé par l'armée fut proche des Frères musulmans.

Mohamed Morsi, éphémère président égyptien renversé par l'armée fut proche des Frères musulmans.

 

 

 

D’autre part, des manifestations eurent lieu place Tahrir au Caire contre la « frérisation de l’Etat ». De nombreuses femmes craignent pour leurs droits. Les protestataires, effrayés de voir leur révolution confisquée, accusent la Confrérie de placer ses membres à tous les échelons du pouvoir. La contestation se cristallise également sur le front économique : les Frères musulmans ne parviennent ni à améliorer le quotidien des Egyptiens ni à gommer les difficultés du pays. Le gouvernement Morsi est destitué le 3 juillet 2012 par un coup d’Etat fomenté par l’armée. Le général Al-Sissi est placé à sa tête et instaure un pouvoir fort au départ très populaire. Ce nouveau régime est rapidement adoubé et financé par l'Arabie saoudite, dont les dirigeants ont promis 5 milliards de dollars au nouveau gouvernement. Il est aussi adoubé par les Etats-Unis et Israël. Les choses changent : les trois réelles puissances au Moyen-Orient soutenaient la Confrérie quelques temps auparavant !

 

Malgré des réactions violentes qui firent de nombreuses victimes, les Frères musulmans sont pour le moment neutralisés en Egypte, mais ils exercent une influence considérable dans un pays du Maghreb : la Tunisie. Le parti islamiste Ennahdah (Renaissance en arabe) fondé en 1981 et interdit par le régime Ben Ali à l’époque, fut légalisé en 2011 par le gouvernement d’union nationale issu du printemps arabe qui, rappelons-le, débuta en Tunisie. Ennahda ne souhaite pas d’un califat et prétend ne pas vouloir instaurer une république islamique. Il se base sur le modèle turc d’Erdogan. Il devient le premier parti tunisien après les élections organisées qui ont suivi la révolution de 2011. Il ira au pouvoir, mais le quitta assez vite, la population et surtout la classe moyenne était globalement hostile à l’islamisation de la Tunisie. Ennahda perdra les différents scrutins qui suivirent, mais garde toujours une influence considérable. De plus, il a officiellement pris ses distances avec les Frères musulmans, car il se proclame « musulman et démocrate », c’est-à-dire la séparation de la religion et de la politique. Cependant, ce parti est divisé et son aile radicale est encore très puissante. Il pourrait dès lors profiter de l’instabilité politique qui règne à Tunis.

 

 

 

Mohamed Bouazizi figure emblématique du printemps arabe tunisien. Le régime Ben Ali fut renversé et, depuis, c'est la lutte entre Ennahda proche des Frères et les démocrates tunisiens.

Mohamed Bouazizi figure emblématique du printemps arabe tunisien. Le régime Ben Ali fut renversé et, depuis, c'est la lutte entre Ennahda proche des Frères et les démocrates tunisiens.

 

 

 

Les Frères musulmans sont devenus une internationale islamique dont l’influence varie d’un pays à l’autre. Ils bénéficient de l’appui de la Turquie d’Erdogan, mais sont combattus par la principale puissance islamique, l’Arabie Saoudite qui a aussi son internationale : la Ligue islamique mondiale. Cependant, le poids de la Confrérie est bien plus important.

 

Les Frères ont une influence considérable sur les communautés musulmanes européennes, particulièrement en Belgique et en France. Ce sera l’objet du second volet de cet article.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

II Les Frères, le Voile et la Laïcité

 

 

 

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 10:26

 

 

 

Le dernier épisode bruxellois de la « guerre du voile » vient de se terminer par un compromis boiteux qui ne satisfait personne. Cette guerre trentenaire née en France et qui s’est étendue à la Belgique n’a comme effet d’attiser les tensions faisant ainsi le jeu des extrémistes de tous bords.

 

Pourquoi ?

 

Ce combat contre le port du voile à l’école officielle et dans les services publics vise évidemment au premier chef, qu’on le veuille ou non, des femmes d’origine arabo-musulmanes et turques alors que cette campagne est dictée par la préservation des idées émancipatrices universalistes et aussi par la résistance à une offensive qualifiée d’obscurantiste. Cependant, elle est plus souvent assimilée à de l’antiféminisme et à du racisme et donc à de la discrimination. Ce que n’ont pas manqué de rappeler – l’occasion étant trop belle – les groupements islamistes, bien sûr, mais aussi plusieurs associations féministes et ligues antiracistes. Et d’un autre côté, l’extrême-droite en tire profit pour se donner une image de défenseuse des principes laïques.  Ainsi, la laïcité s’est retrouvée isolée par ce qu’il faut bien appeler une grave erreur stratégique.

 

 

 

Amis laïques : nous nous gourrons !

 

 

 

La laïcité qui dans son histoire fut à la pointe des grands combats libérateurs et émancipateurs comme l’instruction publique gratuite et obligatoire que prôna déjà au siècle des Lumières l’encyclopédiste Denis Diderot ouvrant ainsi le seuil des écoles au plus grand nombre, comme plus tard la séparation des Eglises et de l’Etat, comme la lutte contre le fascisme et le totalitarisme, comme le combat encore inachevé pour l’égalité des hommes et des femmes, comme les grands combats éthiques, tels la dépénalisation de l’IVG, le mariage homosexuel, l’euthanasie.

 

Aujourd’hui, la laïcité s’attaque au port du voile. Elle, dont la raison d’être est la liberté et l’égalité, prône un interdit et fustige un symbole !

 

Tout symbole, par définition, et bien des amis de la laïcité ne l’ignorent pas, a plusieurs interprétations parfois contradictoires. Les militants de l’interdiction du port du foulard le définissent comme un signe d’oppression de la femme, de prosélytisme religieux, ou encore identitaire pouvant constituer une menace à la neutralité de l’Etat. D’autres ont une vision bien plus large. Si on interroge les femmes qui portent le foulard comme l’a fait le « Soir » des 19 et 20 juin – après tout, elles sont les premières concernées – il y a plusieurs sensibilités allant de la liberté de se vêtir selon la tradition, en passant par le signe religieux sans plus, voire la mode. D’autres en revanche évoquent la pression familiale et sociale au sein de la communauté. Et puis, quels que soient les motifs, le port ou non du voile est avant tout l’affaire de femmes musulmanes qui en ont assez d’être indiquées du doigt !

 

La problématique du port du voile a une histoire complexe comme le rappelle « La Libre Belgique » du 18 juin : « À l’époque, les femmes qui portent le voile le font souvent par habitude, pour un motif davantage culturel que véritablement religieux. (…) Un tournant s’opère à la fin des années 1970, période où le voile islamique devient un porte-étendard religieux. En Belgique, c’est également un moment charnière dans l’histoire de la migration. » La révolution iranienne de 1979 amorce l’expansion mondiale de l’islamisme qui se traduit en Europe occidentale par la massification du port du foulard par les femmes musulmanes. Ensuite, l’histoire va peser de tout son poids : la menace terroriste exacerbée par les attaques du 11 septembre 2001 va changer profondément les relations en Europe avec les communautés arabo-musulmanes. La « Libre » ajoute : « Dans les discours, on ne parlera plus d’immigrés, mais de musulmans, décrypte Madame Corinne Torrekens, politologue et spécialiste de l’Islam à l’ULB. Or, en Belgique, on parle toujours des mêmes personnes. Cette identité basée sur la religion va émerger dans la population, comme en réaction aux différents éléments médiatique, politique et international. »

 

Dans une autre interview à la « Libre Belgique », le 3 juin, Madame Torrekens synthétise la question : « La première chose, c'est l'influence du débat français. La deuxième, c'est l'impact des attentats terroristes car ils jouent un rôle sur la peur que l'islam suscite. Et la troisième est l'orientalisme, c'est-à-dire l'idée que les femmes voilées sont des femmes soumises. » Il faut cependant ne pas oublier le rôle actif des islamistes en l’occurrence.

 

On le voit : une vision réductrice de la question du voile ne mène à rien. On peut dès lors comprendre dans l’affaire de la STIB le juge du Tribunal du Travail qui a refusé de trancher « net » en l’espèce. Il a posé une question : faut-il un régime de neutralité exclusive ou inclusive dans un service public ? Dans le « Soir » Madame Jamila Si M’Hammed présidente du comité belge Ni Pute Ni Soumise répond : « La neutralité, ça nous préserve. Et on commence à la grignoter en essayant de changer ses contours initiaux. Mais la neutralité n’est ni inclusive ni exclusive, elle est indivisible, elle est Une comme la laïcité. »

 

Amis laïques, nous nous gourrons ! La réduction de cette question complexe au port du voile est contreproductive et ne peut mener qu’à encore plus de tensions. Tout d’abord, la laïcité s’accommode mal d’interdits. Ce n’est pas son rôle de mener campagne contre un symbole, aussi dangereux ou non soit-il. Et c’est surtout une erreur stratégique, car cela donne à la laïcité l’image d’une pensée rigoriste comme celle de certaines Eglises. Elle s’est déjà assimilée à un culte, ce serait le comble qu’elle en prenne les aspects les plus rébarbatifs ! D’ailleurs, si elle persiste dans cette voie, on peut craindre qu’elle aille à sa perte.

 

La laïcité peut mettre fin à cette lancinante « guerre du voile » en menant à grande échelle des actions émancipatrices notamment, en collaboration avec les habitants, par exemple dans le domaine de l’enseignement local et de la formation, dans celui de la culture, de l’action sociale, etc. A ces initiatives doivent évidemment être associées les femmes, voilées ou non, car il est bien plus intéressant de savoir ce qu’il y a dans leur tête que de se soucier de ce qu’elles portent au-dessus.

 

Pierre Verhas

 

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