Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Présentation

  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
  • Contact

Recherche

7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 20:38

 

 

« Uranopole » en 2026      

 

Les fidèles lecteurs du blog « Uranopole » se sont rendu compte que sa « production » a baissé. Eh oui ! Son animateur, votre serviteur, vieillit et ses capacités physiques diminuent, en espérant que la partie intellectuelle de celles-ci reste intacte…

 

Aussi, ai-je décidé de traiter durant l’année qui vient de traiter en priorité trois thèmes de manière approfondie par des contributions périodiques. Il va de soi que les « morceaux d’humeur » paraîtront régulièrement – actualité oblige !

 

Ces trois thèmes, ce sont au fond le triptyque de George Orwell dans son dernier et célèbre roman « 1984 » : la guerre – « La guerre, c’est la paix » - qui est désormais aux portes de l’Europe qui vit en plus un inquiétant déclin, ensuite, le mensonge – « l’ignorance c’est la force » - où règnent la désinformation, la traque de la recherche de la vérité et l’abêtissement généré par une propagande simpliste des médias commerciaux et mainstream et enfin la tyrannie – « La liberté, c’est l’esclavage » - qui s’installe peu à peu dans les rares pays pratiquant encore une démocratie parlementaire et particulièrement dans une institution ambitionnant officiellement l’unité entre les peuples d’Europe. L’association entre un populisme s’installant peu à peu au pouvoir dans les démocraties parlementaires occidentales et des grandes entreprises de traitement de l’information ouvre la porte à un pouvoir absolu et totalitaire jamais connu auparavant dans l’histoire de l’humanité.

 

Que ces sinistres perspectives n’empêchent pas les lecteurs du blog « Uranopole » de passer une excellente année 2026 !

 

P.V.

 

Venezuela : R.I.P. le droit international !

 

La livraison de janvier 2026 du « Monde diplomatique » publie un article en « une » intitulé « Donald Trump le pirate des Caraïbes ». Rarement, titre de presse, n’a été aussi juste !

 

Depuis longtemps le droit international qui a été progressivement élaboré depuis le XIXe siècle et finalisé après la Seconde guerre mondiale, se porte de plus en plus mal. Un coup fatal lui a été porté en ce samedi 3 janvier 2026 par l’agression étatsunienne contre le Venezuela et l’enlèvement de son président Nicolas Maduro ainsi que de son épouse.

 

 

Nicolas Maduro, président du Venezuela, capturé par les agents étatsuniens et amené de force à New York. Un dictateur, certes, mais enlevé en infraction totale au droit international

Nicolas Maduro, président du Venezuela, capturé par les agents étatsuniens et amené de force à New York. Un dictateur, certes, mais enlevé en infraction totale au droit international

 

 

Le président vénézuélien va être jugé pour narcotrafic et terrorisme selon les autorités US. En outre, Trump annonce que les Etats-Unis installeront au Venezuela un pouvoir conforme à leurs normes. Tout cela a bien sûr une forte odeur de pétrole, mais pas uniquement. C’est une nouvelle colonisation en vue de dominer les peuples et les ressources de leurs pays sous des prétextes fallacieux.

 

Voici ce que disait Maduro à l’analyste français Ignacio Ramonet, ancien journaliste du « Monde diplomatique » :

 

« En réalité, nous assistons à une tentative de repositionnement des États-Unis comme puissance hégémonique dans un contexte géopolitique profondément transformé par l’impressionnante montée en puissance de la Chine et l’émergence des BRICS comme force décisionnelle mondiale. L’hégémonie exercée par Washington est de plus en plus contestée par ces puissances émergentes. Dans ce contexte nouveau, la Maison-Blanche et le Pentagone ont décidé de renforcer en priorité le théâtre d’opérations sécuritaire le plus proche du territoire états-unien, à savoir l’Amérique latine et les Caraïbes, leur ancien « arrière-cour » … Il s’agit de réaffirmer la domination sur une région que, depuis 150 ans et depuis la doctrine Monroe [1823], Washington considère comme une sorte de « protectorat exclusif », avec une « souveraineté limitée » pour les pays de cette zone, dont le Venezuela. Une zone que le Département d’État considérait également, de 1945 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme une sorte d’« arrière-garde stratégique ».

 

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac et candidat à la présidence française pour 2027 rappelle une vérité essentielle : violer la souveraineté d’un État et imposer un changement de régime par la force ne mène jamais à la démocratie ou à la paix, mais au chaos (comme en Irak ou en Libye).

 

 

Dominique de Villepin a une vision claire des enjeux géopolitiques de ces tensions provoquées par Donald Trump.

Dominique de Villepin a une vision claire des enjeux géopolitiques de ces tensions provoquées par Donald Trump.

 

 

Mediapart le rappelle par ailleurs ce 4 janvier : « La décapitation du régime ne signifiant pas sa fin effective, on ne peut d’ailleurs pas écarter l’hypothèse que Washington travaille avec une partie vassalisée de ce dernier. C’est le sens des « demandes » faites aux autorités locales par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui a rappelé l’embargo en cours et la possibilité d’un autre recours à la force de la première puissance mondiale. Les effusions de joie des exilé·es du Venezuela, compréhensibles quand il s’agit de victimes de la kleptocratie maduriste, pourraient dès lors être de courte durée. »

 

La démocratie et la liberté des peuples ne se sont jamais imposées par la force impérialiste. L’Irak, la Libye, l’Afghanistan en sont des exemples tragiques.

 

Les États-Unis se placent hors du droit international, et la soumission européenne face à cela est inacceptable. Il n’y a pratiquement aucune expression de protestation émanant des dirigeants européens. L’un d’entre eux, Emmanuel Macron, salue la chute du « dictateur » Maduro ! Il s’est quelque peu rétracté après, mais c’est trop tard !

 

Mediapart écrit dans sa livraison du 4 janvier : « Depuis samedi, les déclarations sont faites en ordre dispersé et oscillent entre des protestations molles et des communiqués aux accents complices. Comme à propos des crimes de Benyamin Netanyahou en Palestine, c’est la voix de l’Espagne qui se distingue le plus, le premier ministre Pedro Sánchez ayant condamné explicitement une « violation du droit international » et dénoncé le « militarisme » gagnant le sous-continent américain. »

 

Dire qu’il n’y a pas si longtemps, dans le chef des dirigeants des institutions européennes, la notion de souveraineté était considérée comme nuisible, voire fascisante ! L’atlantisme est un vieux fléau qui interdit à l’Union européenne d’être une entité souveraine. Or, sans souveraineté, que sera l’UE sinon une association de nations dépendantes de Washington ? On en eu un aperçu l’année dernière lors des négociations en Ecosse entre Trump et Ursula von der Leyen sur les droits de douane US. Cette dernière a cédé devant le brutal New yorkais ! Et n'oublions pas l’achat par la Belgique des onéreux chasseurs bombardiers F35 dont la maintenance et même l’usage dépendent totalement des USA.

 

Le pire est arrivé avec l’enlèvement de Maduro et de son épouse. On entre ici dans la violence majeure ! Certes, il y a quelques précédents comme Noriega qui fut enlevé sous George Bush en 1989. Certes, Maduro est un leader corrompu qui, en plus, a été incapable de préserver et de faire avancer la « révolution bolivarienne » de son prédécesseur Chavez. Cela n’est pas un argument pour l’exfiltrer de son pays pour le juger aux USA. En outre, il semble que Trump n’en restera pas là. Il menace la vice-présidente du Venezuela qui assure l’intérim de la présidence depuis le départ forcé de Maduro. Il veut également s’en prendre à la Colombie et aussi au Groenland ! Quand cela va-t-il s’arrêter ?

 

La réalité est que l’impérialisme US est de plus en plus redoutable. On va progressivement vers un bouleversement géopolitique majeur : deux « Grands » vont dominer le monde, la Chine et les USA, la Russie étant affaiblie et l’Europe insignifiante. Les pays du Sud, quant à eux, sont encore incapables de peser sérieusement.

 

Cela dit, l’histoire n’est jamais écrite d’avance. Des bouleversements sont encore possibles. On verra bien.

 

P.V.

 

 Affaire Jacques Baud : une nouvelle affaire Assange ?

 

Une décision aberrante et sans précédent vient d’être prise par le Conseil des ministres des Affaires étrangères des Etats-membres de l’Union européenne : Jacques Baud, ressortissant suisse vivant à Bruxelles, ancien membre du renseignement suisse, ayant travaillé à l’organisation des missions de la paix des Nations Unies ainsi que pour l’OTAN. Il participa aux négociations avec les plus hauts responsables militaires et du renseignement russes en 1991 lors de la chute de l’URSS. Il participa à des programmes d’aide à l’Ukraine après la « révolution » de Maidan en 2014.

Jacques Baud est accusé d'avoir affirmé que l'Ukraine aurait provoqué sa propre invasion pour adhérer à l'OTAN...

Jacques Baud est accusé d'avoir affirmé que l'Ukraine aurait provoqué sa propre invasion pour adhérer à l'OTAN...

 

 

Il vit à Bruxelles et se trouve sanctionné par le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE pour « services à la Russie » en affirmant que c'est l'Ukraine qui aurait provoqué sa propre invasion pour adhérer à l'OTAN ! Si Jacques Baud évoque certains torts de l'Ukraine dans le déclenchement de l'invasion russe, il n'a jamais affirmé une telle absurdité ! D'ailleurs, pourquoi le lui reprocher aujourd'hui, alors qu'il a commenté la guerre en Ukraine depuis ses débuts en 2022 ?

 

Jacques Baud est l’auteur de plusieurs ouvrages d’analyse géopolitique sur le conflit qui oppose la Russie à « l’Occident », sur le conflit du Proche Orient, etc. Ses ouvrages bien documentés servent de références, mais ne s’inscrivent certes pas dans la ligne « mainstream » tout en ne prenant pas partie pour l’un ou l’autre camp. Manifestement, il « gênait » !

 

Est-ce une nouvelle affaire Assange ? Le Conseil européen n’est pas une juridiction et n’a donc pas à sanctionner quiconque, à moins qu’il saisisse une juridiction compétente, ce qui n’est pas le cas de Jacques Baud en l’occurrence. Alors, que va-t-il se passer ? Il faudra bien trouver une solution et surtout revenir à la légalité. D’autre part, pour quel motif est-il « neutralisé » ? On l’accuse d’être pro-russe. Jusqu’à plus ample informé, l’Union européenne n’est pas en guerre avec la Russie…

 

A moins que l’Union européenne entre autres abus décrète le délit d’opinion !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 11:09

 

 

Une crise vient d’éclater entre la Belgique et les institutions européennes sur ce projet fou de confisquer les avoirs russes gelés depuis l’offensive de Poutine en Ukraine en février 2022. L’Union européenne opte soit pour un emprunt européen, soit pour la confiscation des avoirs russes gelés depuis l’offensive de Poutine contre l’Ukraine en février 2022. Comme l’écrit le 5 décembre Serge Quoidbach, éditorialiste de l’Echo : « Actifs russes : pour se construire une morale à bon compte »

 

 

Selon « la Libre Belgique » du 4 décembre : « La première option prend la forme d'un emprunt européen, garanti par les marges du budget de l'Union. La seconde, qui crispe la Belgique, est celle du "prêt pour réparations" qui consiste à utiliser les 210 milliards d'euros d'actifs de la Banque centrale russe immobilisés dans l'UE aux bénéfices de l'Ukraine. La Commission défend qu'il ne s’agît pas de confisquer ces actifs russes, ce qui serait inédit autant qu'illégal, mais "d'emprunter des soldes de trésorerie auprès d'institutions financières de l'UE" qui en détiennent et de les déplacer dans un instrument financier, qui prêtera l'argent à Kiev. »

 

Environ 140 milliards proviendraient des caisses d'Euroclear qui se trouve à Bruxelles. Répondant à une exigence belge, la Commission entend mettre à contribution toutes les institutions financières qui détiennent des actifs russes et pas seulement Euroclear. Quelque 25 autres milliards sont immobilisés dans d'autres sociétés dépositaires de titres ou dans des banques commerciales en… Belgique, en France, en Allemagne, en Suède et à Chypre, précise l'exécutif européen. À ces 165 milliards d'euros potentiels s'ajoutent les 45 milliards d'euros, réservés pour le prêt Era consenti à l'Ukraine par le G7.

 

 

 

Le siège de la banque Euroclear qui détient les avoirs russes gelés par l'Union européenne (photo VRT)

Le siège de la banque Euroclear qui détient les avoirs russes gelés par l'Union européenne (photo VRT)

 

 

Dans le « Soir », Béatrice Delvaux écrit : « La Belgique sera-t-elle mise au ban de l’Union européenne ? ­Deviendra-t-elle le traître de l’aide à l’Ukraine et l’allié involontaire de Poutine, au nom de la défense de sa stabilité financière ? C’est cet enjeu d’une extrême gravité qui est au centre du bras de fer entre, d’un côté, le gouvernement belge et, de l’autre, la Commission européenne et un très grand nombre d’Etats membres, Allemagne en tête, tous soulagés de ne pas être dans notre situation. (…)

 

Le risque réputationnel pour la Belgique est énorme, disent les experts. Le risque financier pour la Belgique est gigantesque, rétorque De Wever. Les deux ont raison mais le gouvernement belge est désormais confronté à bien plus qu’un dilemme, un cas de conscience existentiel. Si les 18 et 19 décembre prochains, comme ils semblent en avoir l’intention, les Européens votent à la majorité qualifiée le système de prêt de réparation « contre » la Belgique, notre pays se retrouverait – probablement aux côtés de la Hongrie et la Slovaquie –, dans le camp de ceux qui n’auront pas tout fait pour aider l’Ukraine, et donc protéger l’Europe d’un jeu de domino tragique. Blâmée pour avoir préféré la garantie de ses « petits intérêts » à la survie d’une population qui se bat, aussi pour nous, depuis bientôt quatre ans. »

 

 

 

Bart De Wever, Premier ministre de Belgique maintient sa position envers et contre tout !

Bart De Wever, Premier ministre de Belgique maintient sa position envers et contre tout !

 

 

La Belgique « traître à l’Union européenne » ?  Jusqu’où va le dogmatisme européiste (1) ? Qui trahit quoi ? Non, De Wever ne garantit pas « ses petits intérêts » ; il craint avec cette confiscation, une grave crise financière en Belgique, il craint pour la survie du système monétaire mondial qui serait gravement menacé par cette confiscation des avoirs de la banque centrale russe. Il craint au contraire une exacerbation du conflit avec cette folle mesure unilatérale. Et, comme exposé plus haut, les risques engendrés par cette mesure de confiscation sont énormes.

 

Euroclear le rappelle, d’après l’Echo du 5 décembre : « L’idée de l'Europe d'utiliser les actifs russes gelés chez Euroclear pour soutenir l'Ukraine pourrait bien se retourner contre ses États membres. Moscou pourrait riposter, entraînant des coûts colossaux pour les États membres, prévient Euroclear.

 

La Belgique est sous une pression intense pour accepter les propositions de la Commission européenne. Celles-ci visent à mobiliser environ 140 milliards d'euros d'actifs russes bloqués chez Euroclear pour aider l'Ukraine. Jusqu'à présent, le gouvernement a résisté, craignant de devoir assumer seul les risques associés. La grande question est de savoir ce qui se passerait si la Russie parvenait, par voie judiciaire, à récupérer ses milliards prêtés à Euroclear. »

 

Rappelons que 140 milliards d’euros représentent 1/3 du PIB de la Belgique !

 

Les pressions sur le gouvernement belge sont énormes.  Outre une campagne de presse, la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et le chancelier allemand Merz se sont invités à dîner à au Lambermont, la résidence du Premier ministre belge (le Matignon belge) pour « convaincre » Bart De Wever de débloquer les avoirs russes détenus par Euroclear. Il n’a rien concédé.

 

Au passage, que venait faire le chancelier allemand dans un dossier litigieux entre la Commission et le gouvernement belge ? N’est-ce pas une nouvelle preuve que l’Union européenne est dominée par l’Allemagne ?

 

 

 

 

Rencontre au Lambermont entre Ursula von der Leyen, Friedrich Merz, chancelier allemand et Bart De Wever

Rencontre au Lambermont entre Ursula von der Leyen, Friedrich Merz, chancelier allemand et Bart De Wever

 

 

Ensuite, une lettre provenant des gouvernements des trois pays baltes, de la Pologne et de la Tchéquie a été envoyée au Premier ministre belge pour qu’il cède en cette affaire. Sans effet, non plus !

 

Et évidemment, on assiste à une campagne de dénigrement et de déstabilisation à laquelle se livre une partie de la presse mainstream européenne dont « le Soir » de Bruxelles.

 

Malgré cela, le Premier ministre belge campe sur ses positions tout en faisant certaines propositions techniques pour en sortir. Il est aussi vrai que Bart De Wever bénéficie du soutien quasi unanime de la Chambre des Représentants de Belgique, de la gauche radicale à la droite populiste. C’est la première fois depuis bien des décennies que cela se produit ! Cela renforce considérablement la position qu’il a adoptée.

 

Il y a vraiment un paradoxe Bart De Wever : nationaliste flamand, partisan du séparatisme, ultralibéral, mais défenseur de la souveraineté belge. Il y a cependant une logique à cela : De Wever, nationaliste, homme de droite et – il vient de le montrer – homme d’Etat – a le sens de l’opportunité : si dans la négociation du budget fédéral belge 2026, il a réussi à faire adopter plusieurs mesures favorables à la Flandre, sur le plan européen, il défend des positions qui vont dans l’intérêt de la Belgique et… de l’Europe ! D’ailleurs, il semble que quelques Etats-membres de l’UE nuancent leur position en ce dossier des avoirs russes.

 

Cela impliquerait un début de changement politique de l’Union européenne. On verra après le Sommet des 18 et 19 décembre. Il faudra une fois pour toutes que la Commission et son encombrante bureaucratie comprennent que la construction européenne, c’est autre chose que des diktats qui vont à l’encontre du bon sens, de la sécurité et même des règles européennes. D’ailleurs, comme l’a dit l’économiste et académicien belge Bruno Colmant : en ce dossier, la Commission n’est pas unanime, alors, faute de mieux, elle se rabat sur la Belgique.

 

 

Bruno Colmant a affiné sa pensée : ses analyses sont souvent justes et percutantes.

Bruno Colmant a affiné sa pensée : ses analyses sont souvent justes et percutantes.

 

 

Tout nouvel élément à ajouter à ce dossier : la Banque centrale russe dépose plainte contre Euroclear et réclame 200 milliards d'Euros ! 

 

Une preuve de plus qu'il est temps de changer de méthode dans la direction politique de l’Union européenne, si on veut éviter à terme une guerre majeure, car cette politique sans nuances nous y mène tout droit. 

 

 

Pierre Verhas

 

 

  1. Nous ne mélangeons pas l’idée de la construction d’une union des peuples européens pour laquelle nous avons toujours milité avec la dérive des institutions européennes et particulièrement de la Commission qui devient un organisme doté d’un vaste pouvoir sans contrôle et qui dicte sa loi selon ses propres règles. L’ultralibéralisme, le libre échangisme et le bellicisme dominent la Commission qui devient ainsi « vogelfrei » comme disent les Allemands.

 

 

Partager cet article
Repost0
2 décembre 2025 2 02 /12 /décembre /2025 21:23

 

Bardella Président ?

 

Un sondage a montré qu’en cas d’élections présidentielles en France, le président du RN serait élu au second tour dans tous les cas de figure. Cela n’est guère surprenant dans le chaos politique provoqué par Macron après les élections européennes du 9 juin 2024.

 

Une majorité introuvable, des partis divisés, un personnel politique médiocre, un président qui n’a aucune ligne ni en politique intérieure, ni dans les affaires étrangères. Si en Belgique, au bout de moult tergiversations, on est parvenu à concocter un budget, c’est loin d’être le cas en France. Un constat : il y a une grave crise de la démocratie représentative et pas seulement au pays de Victor Hugo.

 

 

Lequel des deux ira ou non aux élections présidentielles de 2027 ou avant ? La Justice française tranchera...

Lequel des deux ira ou non aux élections présidentielles de 2027 ou avant ? La Justice française tranchera...

 

 

Le succès grandissant de l’extrême-droite en Europe est inquiétant, mais certains indices montrent qu’il n’est pas irréversible. Le succès (voir plus loin) de la grève générale des 24, 25 et 26 novembre en Belgique, ainsi que le déclenchement d’une grande grève contre le pouvoir de Meloni en Italie démontrent qu’il y a un important mouvement de rejet des politiques ultralibérales fascisantes. Mais, ce n’est pas gagné pour autant. Ce sera un long combat qui ne fait que commencer.

 

Enfin, pour en revenir à l’enfant prodige du RN adoubé par Marine Le Pen, il semble, à la lecture du « Canard enchaîné » qu’il suit sans scrupule la voie de ses mentors. Voilà notre brillant Jordan mouillé dans une affaire de détournements de fonds du Parlement européen pour financer son adaptation aux techniques des médias… Mon petit doigt me dit que le flair du « Volatile » n’en restera pas là ! Devra-t-il comme Marine connaître les affres de l’inégibilité ? Aussi, dans le paysage politique français, il faudra inéluctablement que Jordan se barre de là !

 

P.V.

 

Belgique : la mobilisation syndicale des 24, 25 et 26 novembre : réussite et échec

 

Les trois jours de grève générale contre les mesures de destruction sociale du gouvernement De Wever sont incontestablement un succès de masse. La classe travailleuse en a assez de cette austérité qui finit par la dépouiller. Cependant, ce mouvement exceptionnel est aussi un échec : le gouvernement a réussi à « dribbler » les organisations syndicales le jour même du lancement du mouvement en annonçant son accord sur le budget au petit matin du 24 novembre ! Un point pour Bart !

 

 

Piquets de grève nombreux, mobilisation de masse les 24, 25 et 26 novembre 2025 (photo "Le Soir")

Piquets de grève nombreux, mobilisation de masse les 24, 25 et 26 novembre 2025 (photo "Le Soir")

 

Donc, il n’y aura pas de suite au plus grand mouvement social enclenché depuis les grandes grèves de 1960-61.

 

Nous ne cessons de le dire : les organisations syndicales doivent changer de stratégie d’autant plus qu’elles ont la masse pour elles. Mais, sans résultat, cela risque de ne plus être le cas.

 

Alors, attention !

 

P.V.

 

L’Europe tombe en vrille !

 

Le quotidien financier belge « L’Echo » titre en une dans sa livraison du 28 novembre : « Presque toutes les industries européennes sont désormais menacées » : « Face à la concurrence chinoise et américaine, la quasi-totalité des industries européennes perdent du terrain, ou sont en difficulté, tant pour les emplois européens que la souveraineté industrielle et la transition écologique. Une étude dévoilée par IndustriAll fédération syndicale européenne de l'industrie, sonne l'alerte générale. »

 

"Perte de leadership", "déficit d'investissement", menace ". Ces constats, aigus, sont posés par une étude réalisée pour le compte d'IndustriAll  (la fédération syndicale européenne de l'industrie) par Syndex, cabinet de conseil au service des représentants syndicaux, et dont les résultats viennent d'être dévoilés.

 

Pas moins de 18 secteurs industriels européens ont été examinés par plus d'une quinzaine de contributeurs. Résultat ? Seul l'un de ces secteurs est jugé "en bonne forme" en Europe: l'aérospatial. « Le seul secteur où l'Europe se porte bien, mieux même que son rival américain et bien mieux que ses concurrents chinois. »

 

Voilà pour la seule bonne nouvelle de cette étude intitulée « En finir avec la naïveté européenne ». Du reste, le tableau dressé s'avère extrêmement sombre : les 17 autres secteurs passés au crible sont sous pression, voire en difficulté, face à la « concurrence des États-Unis et de la Chine », considérés comme en avance sur nous dans leur « renaissance industrielle ».

 

 

L’Union européenne est malade de ses dogmes : la concurrence « libre et non faussée » et le libre échangisme. À ces deux-là, il faut ajouter le bellicisme d’une grande partie des dirigeants européens avec en tête Ursula von der Leyen.

 

 

 

Ursula von der Leyen du haut de sa fierté se révèle être une dirigeante dangereuse.

Ursula von der Leyen du haut de sa fierté se révèle être une dirigeante dangereuse.

 

 

À force d’avoir voulu imposer le fédéralisme et affaiblir les Etats-nations, les dirigeants des institutions européennes ont obtenu exactement l’inverse. Un seul Etat domine l’UE : l’Allemagne. Et d’autres Etats en reviennent au repli sur soi nationaliste comme l’Italie de Meloni, la Hongrie d’Orban, la Tchéquie et la Slovaquie. La Pologne se trouve entre les deux : Donald Tusk qui dirige une coalition de centre gauche est violemment attaqué par la droite et l’extrême droite.

 

Enfin, dans le cadre de l’aide européenne à l’Ukraine, la commission européenne d’Ursula von der Leyen a eu « l’excellente » idée de confisquer les avoirs russes gelés depuis le début de la guerre. Ils se trouvent dans la banque Euroclear dont le siège est à Bruxelles. La Commission veut les confisquer pour les donner aux Ukrainiens dans le cadre de la reconstruction éventuelle de ce pays dévasté par la guerre. Bart De Wever, le Premier ministre belge (voir plus haut) s’y est farouchement opposé estimant que non seulement cette confiscation est illégale, mais aussi et surtout qu’elle pourrait déclencher une grave crise monétaire et aussi compromettre la conclusion d’un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie.

 

 

Face à l'énorme pression de l'UE et même des USA, Bart aura-t-il la force de résister ?

Face à l'énorme pression de l'UE et même des USA, Bart aura-t-il la force de résister ?

 

 

« Une promotion hâtive du plan de prêt de compensation proposé aurait pour conséquence collatérale que nous, en tant qu'Union européenne, empêcherions effectivement la conclusion d'un accord de paix final », déclare Bart De Wever dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne.

 

En effet, la confiscation unilatérale provoquerait inéluctablement une rupture de confiance qui pourrait ébranler le système monétaire mondial et ainsi générer une crise financière majeure avec des conséquences catastrophiques. Les détenteurs des avoirs russes ne sont pas nécessairement responsables de l’offensive de Poutine en février 2022. Aussi, une saisie de leurs biens financiers déclencherait chez d’autres détenteurs d’avoirs financiers des réactions de panique par le retrait massif de leurs avoirs des organismes financiers. On songe entre autres aux monarchies pétrolières du Golfe et aussi à de nombreux pays asiatiques et africains.

Cette affaire montre une fois de plus que l’oligarchie européenne vit dans une tour d’ivoire, ne tenant aucun compte des réalités de terrain et des règles des relations internationales. L’Union européenne, si elle veut survivre, doit profondément se réformer.

 

Affaire à suivre, évidemment ! On verra ce qu’il en sera au Sommet européen du 18 décembre prochain.

 

P.V.

 

Aimeriez-vous avoir des visites domiciliaires ?

 

Le ministre de l’Intérieur du gouvernement belge Quintin concocte un projet de loi renforçant les pouvoirs des autorités sur les visites domiciliaires. Le gouvernement Arizona prépare une loi qui autoriserait la police à pénétrer de force dans les domiciles privés pour arrêter des personnes sans papiers, entre 5h et 21h, sans le consentement des occupants.

 

 

C

Le ministre MR de l'Intérieur, Bernard Quintin, n'a pas l'air très attaché aux libertés fondamentales... (photo l'Echo)

Le ministre MR de l'Intérieur, Bernard Quintin, n'a pas l'air très attaché aux libertés fondamentales... (photo l'Echo)

 

 

Ce texte est particulièrement dangereux et sans garanties, comme le rappelait Myria il y a quelques mois

 

  • Des critères extrêmement vagues, notamment sur la notion de personnes "susceptibles de compromettre l’ordre public"
  • Aucun recours effectif pour contester la légalité d'une arrestation
  • Aucune protection réelle pour les enfants et personnes vulnérables présentes au domicile
  • Un contrôle judiciaire minimal et insuffisant 

 

De plus, ce texte est une menace grave du principe d'inviolabilité du domicile et du droit au respect la vie privée.

 
Enfin, il est une menace directe contre la solidarité citoyenne, en faisant peser sur les citoyennes et les citoyens solidaires la menace d'une irruption policière dans leur intimité.

 

Il faut réagir et marquer fermement son opposition à ce texte. Voici comment :

Pour faire bouger les lignes, le CIRÉ (Centre d’Informations pour Réfugiés politiques) lance une campagne avec un clip vidéo percutant et une page dédiée pour mobiliser les citoyennes et citoyens  et interpeller les parlementaires.


Retrouvez leur clip sur avec toutes les informations pour réagir : https://www.cire.be/ceci-nest-pas-une-fiction/ 

 

Le combat contre l’installation progressive du totalitarisme est loin d’être terminé.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Partager cet article
Repost0
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 16:45

Chassez la xénophobie et la violence sociale, elles reviennent au galop !

 

Grâce au tandem David Clarinval, vice-premier ministre MR de l’emploi, de l’économie et de l’agriculture et Georges-Louis Bouchez dit GLOUB, président du MR !

 

Il faut savoir que le MR, deuxième parti du gouvernement de Bart De Wever a fait passer une mesure d’exclusion des chômeurs dits de longue durée, plus de deux ans pour économiser, bien entendu !

 

 

Le Président du MR Georges Louis Bouchez et le vice-premier ministre MR David Clarinval : un duo de droite populiste

Le Président du MR Georges Louis Bouchez et le vice-premier ministre MR David Clarinval : un duo de droite populiste

 

Au cours d’une interview radiodiffusée, le ministre Clarinval a affirmé : « Moins de la moitié [des chômeurs qui vont être exclus] sont Belges en réalité ». Le groupe de presse Sudinfo (Vers l’Avenir, la Capitale, etc.) a repris ces propos en gros titre et en les déformant. Or, qu’il s’agisse de Clarinval ou de Sudinfo, ces propos puant la xénophobie sont faux ! En réalité, 19 % des chômeurs concernés n’ont pas la nationalité belge. Le groupe Sudinfo avance le chiffre de 57 % se référant aux dires de Clarinval. Cela a déclenché un tollé. Le patron de Sudinfo a publiquement présenté des excuses pour cette « erreur ». Quant à Clarinval, il se tait dans toutes les langues. Cependant, après plusieurs interpellations parlementaires, il a bien dû présenter ses excuses pour ces odieux propos. Cela s’appelle s’en laver les mains !

 

Il y a longtemps, le 24 janvier 2018, Bart De Wever qui n’était pas encore Premier ministre, a publié une carte blanche dans le journal bruxellois « Le Soir » dont voici un extrait :

 

 

« Les frontières marquent non seulement notre démocratie et notre citoyenneté, mais aussi notre solidarité implicite. Aujourd'hui, nous savons qui peut utiliser notre sécurité sociale et pourquoi. Après tout, une res publica saine crée une communauté ethnique dans laquelle le citoyen assume non seulement la responsabilité du groupe, mais sait aussi qu'il peut compter sur lui si nécessaire. Dans ce contexte, les contribuables ne s'opposent pas à leurs contributions, même s'ils ne connaissent pas personnellement les concitoyens qui en bénéficient. La sécurité sociale que nous avons établie sur cette base est l'une des plus généreuses et ouvertes au monde. »

 

 

Il ne faut pas oublier que l'actuel Premier ministre de Belgique, Bart De Wever, est avant tout un nationaliste flamand imprégné d'idéologie ethniste.

Il ne faut pas oublier que l'actuel Premier ministre de Belgique, Bart De Wever, est avant tout un nationaliste flamand imprégné d'idéologie ethniste.

 

 

Implicitement, d’après De Wever, la Sécurité sociale ne devrait être réservée qu’aux « nationaux », ce qui est fondamentalement contraire à sa conception originale toujours en vigueur. C’est un élément essentiel qu’on n’a pas noté dans cette polémique : lors de l’élaboration de la sécurité sociale qui s’est négociée pendant l’occupation 1940-44 dans la clandestinité en Belgique et aussi à Londres avec le gouvernement en exil, il a été retenu l’universalité du système. Il n’a jamais été question de la nationalité du travailleur assuré. La condition pour qu’il puisse bénéficier des acquis de la sécurité sociale est son travail qui lui donne accès au régime d’assurance obligatoire : maladie, chômage, pension et aussi allocations familiales, accidents du travail, etc. Cela n’a rien à voir avec sa nationalité.

 

 

Cependant comme le dit le professeur de Science politique à l’ULB, Pascal Delwit : « Cette approche n’est pas nouvelle. Par séquences, on a régulièrement voulu pointer du doigt des personnes qui prendraient la place d’autres ou bénéficieraient indûment de la sécurité sociale : les femmes, les juifs et les Italiens dans les années 1930.

 

Le Professeur Pascal Delwit, politologue à l'ULB

Le Professeur Pascal Delwit, politologue à l'ULB

 

 

Plus récemment, un narratif a déboulé expliquant que la sécurité sociale ne pouvait être sauvée qu’en la réservant aux nationaux. L’actuel Premier ministre l’avait d’ailleurs endossé dans une carte blanche (https://www.lesoir.be/.../la-gauche-doit-choisir-entre...) [ voir l’extrait plus haut]. Et les droites radicales promeuvent depuis 20 ans une approche de «Welfare Chauvinism»: la sécurité sociale pour les nationaux ; enfin, les « vrais » nationaux. On l’a compris : il faut sérier les « vrais » des « faux ». Et quand on affirme qu’il y a 57 % de non-Belges parmi les chômeurs de longue durée, on série. Par ailleurs, on ment. »

 

Il y a implicitement au sein du gouvernement « Arizona » une volonté de séparer les étrangers et même ceux qui ont obtenu la nationalité belge, ainsi que leurs descendants, des Belges dits « de souche ». C’est extrêmement dangereux. L’ultralibéralisme de ce gouvernement, l’action du MR et de son fantasque président, ainsi que le Parti du Premier ministre, la NV-A, agissent en coulisse pour démanteler la sécurité sociale et marginaliser tous ceux qui n’ont pas l’origine « ad hoc ».

 

Cela s’appelle de l’apartheid et les « excuses » du ministre Clarinval devant la Chambre des représentants n’y changent rien.

 

P.V.

 

 

L’antisémitisme et la cause palestinienne

 

Ce n’est pas un scoop de constater qu’une partie de l’opinion assimile les partisans de la cause palestinienne à des antisémites depuis le début de la guerre du 7 octobre 2023. Cela va très loin d’ailleurs : un important parti français, LFI, la France Insoumise, est considéré comme antisémite ainsi que son dirigeant Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, ce n’est pas nouveau. Il y a depuis longtemps le slogan « Antisionisme = Antisémitisme ». Cela crée volontairement une grave confusion. Rappelons-nous le Premier ministre français sous la présidence de François Hollande, Manuel Valls, qui a voulu faire condamner toutes les personnes et tous les mouvements solidaires de la cause palestinienne pour antisémitisme.

 

 

Lisons ce qu’écrit le professeur palestinien Naji El Khatib, réfugié palestinien en France, formé à la sociologie à la Sorbonne et par après professeur à l’Université de Naplouse au Nord de la Cisjordanie. « Uranopole » a plusieurs fois évoqué son action et sa pensée.

 

 

 

Naji El Khatib Sociologue, réfugié palestinien au Liban puis en France, a été professeur à l'Université de Naplouse dans le Nord de la Cisjordanie. Il milite pour la constitution d'un seul Etat démocratique en Israël-Palestine.

Naji El Khatib Sociologue, réfugié palestinien au Liban puis en France, a été professeur à l'Université de Naplouse dans le Nord de la Cisjordanie. Il milite pour la constitution d'un seul Etat démocratique en Israël-Palestine.

 

Il décrit ce qui est arrivé lors d’une récente manifestation de solidarité avec la Palestine à Paris.

 

En France, après notre retour du Caire – où nous avions tenté d'organiser une Marche pour Gaza à partir de l'Égypte –, j’ai maintenu des liens étroits et réguliers avec les militants solidaires qui avaient participé à cette initiative. Nous avons pris part ensemble à de nombreuses activités et manifestations. C’est lors de l’une d’elles que j’ai été témoin d’un incident particulièrement marquant. Alors que le cortège traversait un quartier parisien à forte population juive, quelqu’un a lancé un œuf sur les manifestants. Personne n’a été touché, mais, dans un accès de rage, une femme qui avait pourtant joué un rôle important dans l’organisation de la Marche vers Gaza s’est mise à crier hystériquement en direction de l’immeuble d’où provenait le jet : « Sale race ! » – une expression odieusement raciste, préjudiciable à la cause palestinienne tout entière.

 

J’ai été choqué. Je lui ai demandé de se taire, mais elle m’a ignoré et a continué de vociférer. Heureusement, personne ne l’a filmée : cela aurait conforté le discours sioniste qui cherche à assimiler la solidarité avec la Palestine à une nouvelle forme d’« antisémitisme ».

 

Bien entendu, aucun des partis de gauche soutenant la cause palestinienne n’aurait réagi de la sorte, eu égard à leur conscience politique. Le problème est que la grande majorité des soutiens sur le terrain appartiennent à la même catégorie d’activistes que cette femme : dévoués à la Palestine et convaincus du bien-fondé de leur combat, mais représentant paradoxalement une menace politique pour cette cause. Il est donc urgent que les Palestiniens mènent une action unie et organisée à l’égard de ce large segment de leurs soutiens. »

 

Il est évident que cette guerre atroce où les crimes les plus abominables sont commis, de part et d’autre, engendre la haine des deux côtés. L’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 est criminelle en tuant des civils et en prenant des otages. L’atroce guerre israélienne de représailles qui a amplement détruit le territoire de la bande de Gaza et causé des dizaines de milliers de victimes dont bon nombre de civils, de femmes et d’enfants est, il faut le dire, encore bien plus criminelle. On a parlé de génocide. À mon sens, cela a été une erreur d’évoquer ce crime absolu, car sa définition prête à cautions et la propagande israélienne a pu dénoncer ainsi le prétendu antisémitisme de ceux qui accusent Israël de ce crime, même si en plus des évidents crimes de guerre et contre l’humanité de Tsahal, des associations et des personnalités de haut niveau affirment après examen qu’il y a un génocide.

 

Aujourd’hui, face à cette accumulation d’horreurs, il est logique qu’il y ait un barrage de haine entre les deux camps. Cependant, il faut lutter contre son développement sinon la cause est perdue. C’est ce que démontre Naji El Khatib dans son analyse des incidents qui se sont déroulés lors cette manifestation.

 

Rappelons-nous un autre incident : un bâtiment de l’ULB a été occupé par des activistes propalestiniens, l’année dernière. L’Université avait invité l’écrivain et ancien diplomate israélien Elie Barnavi à prononcer une conférence sur cette guerre. Barnavi a souvent exprimé sa critique sévère de l’évolution politique d’Israël et de la colonisation en Cisjordanie. Les activistes ont fait pression pour saboter cette conférence. Malgré tout, elle eut lieu sans incidents. L’attitude des militants propalestiniens a désservi la cause palestinienne. Disons aussi aux activistes sionistes, qu’ils ont bien des opposants dans le camp démocratique parmi lesquels pas mal de Juifs.

 

Aussi, remercions Naji El Khatib pour sa lucidité et son courage.

 

Pierre Verhas

 

 

Partager cet article
Repost0
2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 17:11

 

 

En cette période de tensions exacerbées, la guerre en Ukraine, les massacres à Gaza ainsi qu’en Cisjordanie et bien d’autres endroits dans le monde avec en plus la tentation totalitaire qui sévit en bien des pays dont le plus puissant, les Etats-Unis d’Amérique (à ce sujet, je conseille le tout récent essai de l’économiste et académicien belge Bruno Colmant dont il y aura une recension sur « Uranopole » : « Donald Trump le spectre d’un fascisme numérique », Bruxelles, Arthemis, 2025), il y a deux victimes collatérales : la recherche sereine de la vérité et la liberté d’expression.

 

Plusieurs personnages couronnés d’une grande autorité intellectuelle par les médias qui font la course folle au « buzz » prononcent des propos aberrants, agressifs et mensongers. C’est entre autres le cas de l’écrivain et philosophe français Raphaël Enthoven qui a tenu des propos inadmissibles au sujet des massacres à Gaza où il a notamment assimilé à des terroristes, les journalistes palestiniens de Gaza qui sont les seuls à informer le monde, au péril de leur vie, sur les atrocités qui s’y déroulent. Cela a déclenché un tollé ! Cependant, et c’est fatal, certaines réactions sont excessives, se retournent contre leurs auteurs et transforment Enthoven en une victime. Ainsi, il lui a été interdit de venir présenter ses ouvrages à la foire du livre de Besançon. Peu après, les organisateurs ont « rétropédalé », mais le mal était fait.

 

 

Raphaël Enthoven coupable ou victime ?

Raphaël Enthoven coupable ou victime ?

 

 

Dans sa chronique « la vie au temps de la chose », le professeur Jean-Philippe Schreiber que nous avons cité à plusieurs reprises sur « Uranopole » revient sur cette affaire et exprime son inquiétude sur les atteintes à la liberté d’expression tout en condamnant sans réserve les propos de Raphaël Enthoven. Il a tout à fait raison : condamner n’est pas interdire. Or, ce pas est vite franchi et nous mène tout droit au totalitarisme.

 

Nous reproduisons ici cette chronique in extenso en remerciant Jean-Philippe Schreiber de son autorisation.

 

 

PS. Dans le même ordre d’idée, un ami israélien a mis au défi les « propalestiniens » sur le réseau social Facebook de condamner sans réserve l’attentat antisémite qui s’est déroulé mercredi 1er octobre à la synagogue de Manchester faisant deux victimes. En ce qui me concerne, cela est évident et j’ajoute que je condamne sans réserve également les violences policières suivies d’insultes et de blagues antisémites à la suite d’un contrôle musclé de la Police fédérale dans le métro de Bruxelles, dont a été victime le 30 septembre Manuel Abramowicz qui, lui, milite pour la paix en Israël -Palestine et exprime sa solidarité avec les Gazaouis.

 

 

 

 

Manuel Abramowicz s'est fait un selfie pendant son arrestation...

Manuel Abramowicz s'est fait un selfie pendant son arrestation...

 

 

Vous avez dit ambiance ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

La vie au temps de la chose, mercredi 1er octobre

Par Jean-Philippe Schreiber

 

 

La vie au temps de la chose, mercredi 1er octobre. Un intellectuel français devait venir parler de son dernier livre dans une grande librairie bruxelloise. Sous la menace et la pression, cette dernière s’est vue contrainte ~ ou a choisi, c’est selon ~ d’annuler la rencontre littéraire prévue entre l’auteur et son public, à l’instar d’autres rencontres mises à mal déjà dans plusieurs villes françaises.

 

Raphaël Enthoven venait pourtant à Bruxelles défendre un livre consacré aux derniers jours de sa mère, décédée de la maladie de Parkinson, mais comme ailleurs il lui a été reproché des prises de position très contestables relatives à la guerre menée à Gaza par Israël. Je ne défends pas Raphaël Enthoven, et ne partage pas, loin s’en faut, ses déclarations incendiaires sur le conflit en cours au Proche-Orient.

 

Ce qui me préoccupe en revanche, c’est le climat de censure qui s’installe, c’est la liberté d’expression à géométrie variable, c’est la violence de l’interdit. On peut ne pas être d’accord avec Raphaël Enthoven, et même être radicalement en désaccord, dénoncer ses propos, fustiger ses aveuglements.

 

Mais l’empêcher de prendre la parole, qu’il s’agisse de parler littérature ou de défendre ses idées, c’est là une entorse grave à la raison démocratique. Caroline Sägesser le rappelait l’autre jour : la liberté d'expression est une pierre angulaire de la démocratie. Elle a raison : quand elle vaut pour les uns, elle vaut pour les autres. Et il ne peut y avoir de censure préalable, au gré de la morale ambiante.

 

C’est à la justice qu’il appartient de poursuivre les propos dont il aura été établi qu’ils étaient contraires à la loi. Caroline Sägesser l’a rappelé également : la Cour européenne des Droits de l’Homme estime que la protection de la liberté d’expression vaut non seulement pour les idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction quelconque de la population.

 

Je n’aurais pas été écouter Raphaël Enthoven s’il était venu à Bruxelles, parce que je trouve ses propos indignes. Mais il m’est totalement insupportable qu’il ne puisse y prendre la parole. J’y vois une inquiétante dérive et une atteinte manifeste à nos libertés fondamentales.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
29 septembre 2025 1 29 /09 /septembre /2025 09:03

 

 

Nos amis du site « Le Grand soir » (grandsoir.info) viennent de publier un article d’Orly Noy traduit par Viktor Dedaj initialement paru dans la revue israélienne +972 Magazine.

 

Les termes utilisés dans le titre et dans l’article sont très durs et peuvent choquer. N’oublions pas cependant que ce qui est choquant, sont avant tout les actions meurtrières de Tsahal dans la bande de Gaza qui ont atteint leur paroxysme en ce mois de septembre 2025, vingt-trois mois après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

 

 

L'insupportable quotidien de Gaza

L'insupportable quotidien de Gaza

 

 

Orly Noy est une citoyenne israélienne d'origine iranienne. Journaliste, traductrice de poésie en farsi, présidente du conseil d'administration de l'organisation de défense des droits humains B'Tselem, elle milite aussi au sein de Balad-Tajamu, un parti arabe-israélien laïque qui lutte « pour transformer l’État d’Israël en démocratie pour tous ses citoyens, quelle que soit leur nationalité ou leur origine ethnique ». Autrement dit un seul Etat réunissant une population des plus diversifiées en un territoire semi-désertique à peine plus grand que la Belgique.

 

 

Orly Noy, présidente de B'Tselem

Orly Noy, présidente de B'Tselem

 

 

C'est dans cette perspective politique que s'inscrit la tribune qu'Orly Noi a publié en anglais ce 18 septembre dans +972 Magazine. Quoi qu'on puisse penser du choix d'utiliser les termes de « dénazification » et d’ « holocauste », son texte a le mérite de pointer le système qui rend possible l'extermination des Palestiniens et surtout d'esquisser un cadre pour y mettre fin.

 

N'oublions pas qu’il y a, en cette tragédie, une immense responsabilité historique de la part des « démocraties » occidentales : il n’est plus besoin aujourd’hui d’attendre la décision de la Cour pénale internationale pour constater que nous avons affaire à un génocide à Gaza. L’offensive de ce mois de septembre 2025 vise à rayer Gaza Ville de la carte. C’est la deuxième fois depuis le 7 octobre 2023 que les autorités israéliennes contraignent des dizaines de milliers de Gazaouis à évacuer vers le Sud. Face à ces horreurs, la réaction des Occidentaux est d’une mollesse intolérable ! Nous assistons quotidiennement à un « génocide télévisé » comme le constatait déjà en mars 2024 l’historien israélien Ilan Pappe lors d’un colloque à Bruxelles.

 

Ainsi, grâce au courage et à l’obstination des journalistes palestiniens qui payent un lourd tribut à exercer leur métier, plus personne ne pourra dire « Je ne savais pas ! » ou, pire, nul ne pourra nier une vérité évidente ! Alors, pourquoi restent-ils passifs ? Quant aux Etats-Unis, on peut supposer que l’extermination systématique du peuple palestinien les arrange. Trump a bien proposé de transformer la bande de Gaza en une Riviera !

 

 

Un jour ou l’autre, les prétendues « démocraties occidentales » auront à répondre de leur indifférence coupable ressemblant à de la complicité, devant l’histoire ! Elles qui sont si promptes à donner des leçons aux autres, ne pourront plus jamais se poser en juge ou en arbitre. Le poids aussi bien moral que politique de l’Europe a pris un coup fatal lors de cette guerre de Gaza. Elle s’est montrée incapable d’exercer une pression réelle sur le gouvernement israélien, alors que c’était possible comme l’a affirmé, il y a peu, le diplomate israélien Elie Barnavi et, pire, elle s’affiche totalement dépendante des caprices des dirigeants actuels des Etats-Unis d’Amérique.

 

 

Pierre Verhas

 

Nous conseillons à nos lecteurs intéressés de cliquer sur les liens hypertexte de cet article. Cela leur donne accès à toute une série d’informations sur cette tragédie en Israël – Palestine.

 

 

Israël mène un holocauste à Gaza. La dénazification est notre seul remède.

 

L'arrêt de l’anéantissement que "l’armée du peuple" israélienne est en train de perpétrer en ce moment même à Gaza est l’action la plus urgente. Mais une fois qu’il aura cessé, il faudra s’attaquer aux racines du mal et déraciner l’idéologie de la suprématie juive qui nous a menés jusqu’ici.

 

 

 

La destruction de Gaza City a commencé.

La destruction de Gaza City a commencé.

 

 

La ville de Gaza est en proie aux flammes, alors que l’armée israélienne lance son offensive terrestre, menacée depuis longtemps, après des semaines de bombardements incessants. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, déjà visé par un mandat d’arrêt international pour crimes contre l’humanité, a qualifié cette dernière attaque d’« opération intensifiée ». Je vous invite à regarder les images diffusées depuis Gaza pour comprendre ce que signifie réellement cet euphémisme.

 

Regardez les yeux des personnes saisies d’une terreur sans pareille, même dans les moments les plus sombres de ce génocide qui dure depuis deux ans. Voyez les rangées d’enfants couverts de cendres gisant sur le sol ensanglanté de ce qui était autrefois un centre médical — certains à peine vivants, d’autres hurlant de douleur et de peur — tandis que des mains désespérées tentent de les réconforter ou de les soigner avec les quelques fournitures médicales qui restent. Écoutez les cris des familles qui fuient sans savoir où aller. Voyez les parents fouiller les décombres à la recherche de leurs enfants, des membres dépassant des décombres, un ambulancier berçant une fillette immobile, la suppliant en vain d’ouvrir les yeux.

 

Ce qu’Israël fait à Gaza n’est pas le résultat tragique d’événements chaotiques sur le terrain, mais un acte d’extermination mûrement réfléchi, exécuté de sang-froid par « l’armée du peuple », c’est-à-dire les pères, les fils, les frères et les voisins de nous, Israéliens.

 

Comment se fait-il que, malgré les témoignages de plus en plus nombreux provenant des camps de concentration et d’extermination de Gaza, aucun mouvement de refus massif ne se soit développé en Israël ? Il est vraiment inconcevable qu’après deux ans de ce carnage, seule une poignée d’objecteurs de conscience soient emprisonnés. Même les soi-disant « réfractaires gris » – des soldats de réserve qui ne s’opposent pas à la guerre pour des raisons idéologiques, mais qui sont simplement épuisés et s’interrogent sur son utilité – restent bien trop peu nombreux pour ralentir la machine à tuer, et encore moins pour l’arrêter.

 

Qui sont ces âmes obéissantes qui font fonctionner ce système ? Comment une société aussi profondément divisée – entre religieux et laïcs, colons et libéraux, kibboutzniks et citadins, immigrants de longue date et nouveaux arrivants – peut-elle s’unir uniquement dans sa volonté de massacrer les Palestiniens sans la moindre hésitation ?

 

Au cours des 23 derniers mois, la société israélienne a tissé un réseau infini de mensonges pour justifier et permettre la destruction de Gaza – non seulement aux yeux du monde, mais surtout à ses propres yeux. Le principal de ces mensonges est l’affirmation selon laquelle les otages ne peuvent être libérés que par la pression militaire. Pourtant, ceux qui exécutent les ordres de l’armée, semant la mort en masse sur Gaza, le font en sachant pertinemment qu’ils risquent de tuer les otages dans le processus. Les bombardements aveugles d’hôpitaux, d’écoles et de quartiers résidentiels, associés à ce mépris pour la vie des Israéliens retenus captifs, prouvent le véritable objectif de la guerre : l’anéantissement total de la population civile de Gaza.

 

 

Ruines et désolations quotidiennes. La passivité européenne est plus que coupable !

Ruines et désolations quotidiennes. La passivité européenne est plus que coupable !

 

 

« La phase finale de la nazification de la société israélienne »

 

Israël est en train de déclencher un holocauste à Gaza, et cela ne peut être considéré comme la seule volonté des dirigeants fascistes actuels du pays. Cette horreur va bien au-delà de Netanyahu, Ben Gvir et Smotrich. Nous assistons à la phase finale de la nazification de la société israélienne.

 

La tâche urgente consiste désormais à mettre fin à cet holocauste. Mais l’arrêter n’est que la première étape. Si la société israélienne veut un jour revenir dans le giron de l’humanité, elle doit se soumettre à un profond processus de dénazification.

 

Une fois que la poussière de la mort sera retombée, nous devrons revenir sur nos pas jusqu’à la Nakba, aux expulsions massives, aux massacres, aux confiscations de terres, aux lois raciales et à l’idéologie de la suprématie inhérente qui a normalisé le mépris pour les peuples autochtones de cette terre et le vol de leurs vies, de leurs biens, de leur dignité et de l’avenir de leurs enfants. Ce n’est qu’en affrontant ce mécanisme mortel inhérent à notre société que nous pourrons commencer à le déraciner.

 

Ce processus de dénazification doit commencer dès maintenant, et il commence par le refus. Le refus non seulement de participer activement à la destruction de Gaza, mais aussi de revêtir l’uniforme, quel que soit le grade ou le rôle. Le refus de rester dans l’ignorance. Le refus d’être aveugle. Le refus de se taire. Pour les parents, il est du devoir de protéger la prochaine génération afin qu’elle ne devienne pas coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

 

La dénazification doit également inclure la reconnaissance que ce qui était ne peut rester. Il ne suffira pas de simplement remplacer le gouvernement actuel. Nous devons abandonner le mythe du caractère « juif et démocratique » d’Israël, un paradoxe dont la poigne de fer a contribué à ouvrir la voie à la catastrophe dans laquelle nous sommes aujourd’hui plongés.

 

Cette tromperie doit cesser, et il faut reconnaître clairement qu’il ne reste que deux voies possibles : soit un État juif, messianique et génocidaire, soit un État véritablement démocratique pour tous ses citoyens.

 

L’holocauste de Gaza a été rendu possible par l’adhésion à la logique ethno-supremaciste inhérente au sionisme. Il faut donc le dire clairement : le sionisme, sous toutes ses formes, ne peut être lavé de la souillure de ce crime. Il doit être aboli.

 

La dénazification sera longue et globale, touchant tous les aspects de notre vie collective. Nous sacrifierons probablement encore plusieurs générations – tant des victimes que des auteurs – avant que ce fléau ne soit complètement éradiqué. Mais le processus doit commencer dès maintenant, en refusant de commettre les horreurs qui se produisent quotidiennement à Gaza et en refusant de les laisser passer comme si elles étaient normales.

 

Orly Noy

 

Ben Gvir, Netanyahu et Smotrich, les trois ministre israéliens accusés de crimes contre l'humanité

Ben Gvir, Netanyahu et Smotrich, les trois ministre israéliens accusés de crimes contre l'humanité

 

 

La tâche urgente consiste désormais à mettre fin à cet holocauste. Mais l’arrêter n’est que la première étape. Si la société israélienne veut un jour revenir dans le giron de l’humanité, elle doit se soumettre à un profond processus de dénazification.

 

Une fois que la poussière de la mort sera retombée, nous devrons revenir sur nos pas jusqu’à la Nakba, aux expulsions massives, aux massacres, aux confiscations de terres, aux lois raciales et à l’idéologie de la suprématie inhérente qui a normalisé le mépris pour les peuples autochtones de cette terre et le vol de leurs vies, de leurs biens, de leur dignité et de l’avenir de leurs enfants. Ce n’est qu’en affrontant ce mécanisme mortel inhérent à notre société que nous pourrons commencer à le déraciner.

 

Ce processus de dénazification doit commencer dès maintenant, et il commence par le refus. Le refus non seulement de participer activement à la destruction de Gaza, mais aussi de revêtir l’uniforme, quel que soit le grade ou le rôle. Le refus de rester dans l’ignorance. Le refus d’être aveugle. Le refus de se taire. Pour les parents, il est du devoir de protéger la prochaine génération afin qu’elle ne devienne pas coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

 

La dénazification doit également inclure la reconnaissance que ce qui était ne peut rester. Il ne suffira pas de simplement remplacer le gouvernement actuel. Nous devons abandonner le mythe du caractère « juif et démocratique » d’Israël, un paradoxe dont la poigne de fer a contribué à ouvrir la voie à la catastrophe dans laquelle nous sommes aujourd’hui plongés.

 

Cette tromperie doit cesser, et il faut reconnaître clairement qu’il ne reste que deux voies possibles : soit un État juif, messianique et génocidaire, soit un État véritablement démocratique pour tous ses citoyens.

 

L’holocauste de Gaza a été rendu possible par l’adhésion à la logique ethno-supremaciste inhérente au sionisme. Il faut donc le dire clairement : le sionisme, sous toutes ses formes, ne peut être lavé de la souillure de ce crime. Il doit être aboli.

 

La dénazification sera longue et globale, touchant tous les aspects de notre vie collective. Nous sacrifierons probablement encore plusieurs générations – tant des victimes que des auteurs – avant que ce fléau ne soit complètement éradiqué. Mais le processus doit commencer dès maintenant, en refusant de commettre les horreurs qui se produisent quotidiennement à Gaza et en refusant de les laisser passer comme si elles étaient normales.

 

Orly Noy

 

 

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2025 1 15 /09 /septembre /2025 19:45

 

 

Lors de nos périples en Palestine en 2018 et en 2019, nous avons eu l’honneur de rencontrer à plusieurs reprises Michel Warschawski, fils du grand Rabbin d’Alsace, qui émigra en Israël encore bébé, infatigable militant israélien de la Paix après la guerre des Six Jours et du rapprochement entre Israéliens et Palestiniens. A Jérusalem, nous eûmes plusieurs conversations où, c’est inévitable, il fut  question de l’antisémitisme. Michel Warschawski, conscient bien entendu des ravages de celui-ci, attira notre attention sur un fléau qu’il considère comme encore plus dangereux : le philosémitisme.

 

 

Michel Warschawski explique à feu Jef Baeck et à son épouse Christine le système de colonisations juives en Cisjordanie. Il a aussi attiré notre attention sur les dangers du "philosémitisme".

Michel Warschawski explique à feu Jef Baeck et à son épouse Christine le système de colonisations juives en Cisjordanie. Il a aussi attiré notre attention sur les dangers du "philosémitisme".

 

 

Le philosémitisme est l’avers de l’antisémitisme. Comme le dit l’historienne juive franco-tunisienne Sophie Bessis sur le réseau Blast : « Les pays occidentaux sont passés d'un antisémitisme délirant à un philosémitisme tout à fait étonnant. » Sophie Bessis ajoute : « Antisémitisme et philosémitisme sont les deux faces d’une même médaille, car quel est le sens de tout cela ? C’est que le Juif n’est jamais quelqu’un comme les autres. Il est toujours exceptionnel. Soit on le hait, soit on l’aime trop ! Le Juif n’a pas droit à l’indifférence. Et çà, c’est extrêmement dangereux. »

 

 

 

Sophie Bessis, historienne juive franco-tunisienne, n'hésite pas à secouer le cocotier !

Sophie Bessis, historienne juive franco-tunisienne, n'hésite pas à secouer le cocotier !

 

 

L’historienne ajoute qu’on en vient à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui, particulièrement depuis le 7 octobre 2023. Il règne une ambiance exécrable : toute critique de l’action du gouvernement d’extrême-droite est taxée d’antisémitisme. Il est quasi impossible de débattre sereinement. Et cela est grave, car cela constitue à terme une menace sur la liberté d’expression. Certes, ce n’est pas nouveau, mais cela a pris depuis le 7 octobre 2023 des proportions dangereuses.

 

« Uranopole » a rapporté dans sa dernière livraison la saga du marrainage par l’Eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan de la promotion 2025 du 2e Master de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’ULB qui a déclenché un tollé au point qu’elle en est éclaboussée. (https://uranopole.over-blog.com/2025/08/morceaux-d-humeur-du-24-aout-2025.html )  Le dernier incident en date à ce sujet date du 7 septembre écoulé et est révélateur de cette tragique dérive.

 

Il s’agit du changement de nom d’une rue bruxelloise traversant deux communes du Sud de la capitale : Ixelles et Uccle. Cette rue se nomme désormais rue Andrée Geulen à la place de Edmond Picard.

 

Andrée Geulen (1921 – 2022) était une enseignante, résistante, communiste, membre du Comité de défense des Juifs — un réseau d’hébergement clandestin au sein duquel elle participa à sauver près de 300 enfants pendant la Seconde guerre mondiale. Lors de la cérémonie du 7 septembre, Julie Hellenbosch, la petite fille d’Andrée Geulen expliqua : « Ma grand-mère ne se considérait pas comme une héroïne. Elle a fait ce qui lui semblait juste. Comme beaucoup de femmes aujourd'hui. Baptiser cette rue du nom d’Andrée Geulen, c’est donner de la visibilité à tous ces actes courageux qui se font dans l’ombre, à toutes ces femmes qui placent le bien commun avant leur propre intérêt. C’est donner de l’espoir aux filles et aux femmes d’aujourd’hui et un modèle aux combattantes de demain ! »

 

 

 

Andrée Geulen pendant l'occupation

Andrée Geulen pendant l'occupation

 

 

Cependant, quelle fut la raison de ce remplacement de nom ? Edmond Picard (1836 – 1924) fut considéré comme un éminent juriste, un des fondateurs du socialisme belge à la fin du XIXe siècle. Il fut aussi sénateur. Mais, à la conférence du Jeune Barreau de Bruxelles en février 1994, le juriste Foulek Ringelheim fit état de l’antisémitisme et du racisme virulents de Picard jusqu’alors considéré comme un éminent juriste humaniste. Le célèbre avocat et militant de gauche Michel Graindorge se rendit aussitôt devant la salle d’audience de la Cour de cassation où se trouvait le buste à la mémoire d’Edmond Picard. Il le renversa, brisant ainsi cette sculpture et provoquant des dégâts au dallage de la salle ! Graindorge revendiqua son geste et dut s’expliquer auprès du Procureur du roi de Bruxelles, M. Dejemeppe. L’affaire en resta là, mais elle provoqua une grande émotion.

 

 

 

Michel Graindorge (1939 - 2015), avocat de toutes les causes où les principes essentiels pouvaient être menacés.

Michel Graindorge (1939 - 2015), avocat de toutes les causes où les principes essentiels pouvaient être menacés.

 

 

Notons au passage qu’à la fin du XIXe siècle, beaucoup de dirigeants de gauche n’hésitaient pas à tenir des propos antisémites. Le Juif était assimilé au capitaliste le plus dur ! Ce fut le cas, entre autres, de l’anarchiste Elisée Reclus qui joua un rôle fondamental dans la scission de l’Université Libre de Bruxelles en 1894.

 

Pour en revenir à notre époque, il était évident qu’il fallait changer le nom de la rue Edmond Picard. Celui d’Andrée Geulen fut choisi et ne souffrit aucune critique. Le dimanche 7 septembre 2025, fut procédé à l’inauguration présidée par les bourgmestres (maires pour nos lecteurs français) d’Ixelles et d’Uccle. Au début l’ambiance était chaleureuse d’après l’ancien bourgmestre d’Ixelles, l’Ecolo Christos Doulkeridis qui fut invité, car c’est lui qui avait initié cette odonymie (changement de nom). Lorsque son successeur, le Socialiste Romain de Reusme, salua la présence de Madame Annemie Schaus, Rectrice de l’ULB, des huées et quelques applaudissements se firent entendre. La tragédie de Gaza s’était invitée à cette cérémonie !

 

 

La plaque de la rue "Edmond Picard" n'est pas encore enlevée...

La plaque de la rue "Edmond Picard" n'est pas encore enlevée...

 

Le « philosémitisme » a sévi.

 

La Rectrice a été accusée d’avoir appuyé la promotion Rima Hassan et d’ainsi transformer l’Université en un fief « islamiste » et « antisioniste » ! L’affaire va encore plus loin : une eurodéputée exige que l’on coupe les subsides européens à l’ULB !

 

Doulkeridis raconte : « Une fille d’enfant caché a écrit plus tard combien elle avait été troublée de ce « mélange de genre, où trop de gens confondent Israël et juif. Un mélange qui entretient des blessures anciennes et détourne l’attention de ce qui faisait l’objet de la célébration : l’acte héroïque d’Andrée ». Et voilà ! Le « philosémitisme » a sévi !

 

 

 

Boris Dilliès, bourgmestre d'Uccle, au lieu d'honorer la mémoire d'Andrée Geulen, a jeté de l'huile sur le feu !

Boris Dilliès, bourgmestre d'Uccle, au lieu d'honorer la mémoire d'Andrée Geulen, a jeté de l'huile sur le feu !

 

 

Et ce n’est pas terminé ! Le bourgmestre d’Uccle, le MR très droitier Boris Dilliès en a rajouté dans son discours. Il a commencé par dénoncer le climat délétère d’antisémitisme qui règne à Bruxelles où de nombreux membres de la Communauté juive ne se sentent plus en sécurité. Sur cet aspect-là, il a raison, mais il aurait peut-être mieux fait de dire ce qu’il compte faire en tant que bourgmestre pour lutter contre ce fléau. Par après, son discours a tourné à la goujaterie : il a attaqué l’Université Libre de Bruxelles au sujet de la Promotion Rima Hassan, sans la citer. Voici exactement ce que Dilliès a dit : « Ce moment doit rappeler le combat contre l’antisémitisme, à l’heure où même dans notre Région, certains Belges, non-Belges ou Bruxellois se demandent s’ils sont vraiment les bienvenus dans une université censée incarner les Lumières. »  Donc, une quinzaine d’étudiants ont transformé un établissement universitaire de 38.000 étudiants en un repaire antisémite d’après le bourgmestre d’Uccle ! Outrée, la Rectrice de l’ULB s’est retirée.

 

 

Annemie Schaus, Rectrice de l'ULB défend avec courage et lucidité son Alma mater contre tous les extrémismes et particulièrement contre l'antisémitisme.

Annemie Schaus, Rectrice de l'ULB défend avec courage et lucidité son Alma mater contre tous les extrémismes et particulièrement contre l'antisémitisme.

 

 

Notons que Boris Dilliès n’en est pas à son coup d’essai ! Il a fait hisser le drapeau israélien sur la maison communale d'Uccle après le 7 octobre. On se souvient aussi des autopompes qu'il avait envoyées, à plusieurs reprises, contre les manifestants rassemblés devant l'ambassade d'Israël. Cela lui valut des critiques de professionnels du maintien de l’ordre qui ne sont pas tous des brutes. Et n’oublions pas les pressions qu'il a exercées sur le Centre culturel d’Uccle pour obtenir l'annulation d'un spectacle de Guillaume Meurice.

 

 

Christos Doulkeridis estime quant à lui : « Quand il dit à propos de l’ULB « L’Université censée incarner les lumières… » il sait qu’il jette de l’huile sur le feu et qu’il induit volontairement l’idée que l’université elle-même serait antisémite ou indulgente face à l’antisémitisme. C’est insultant, choquant et inacceptable. Sur la forme parce que le moment n’est pas du tout approprié. Sur le fond parce que ce n’est absolument pas étayé et qu’il représente une autorité publique. Quand une rue est taguée de slogans antisémites, on ne traite pas d’antisémite le Bourgmestre de la commune où ça s’est produit. On travaille avec lui à prendre les mesures adéquates le plus rapidement possible et on sait que ce n’est pas évident et que le combat nécessite qu’on soit bien unis et non qu’on essaie de marquer des points contre ses partenaires. »

 

 

Christos Doulkeridis, ancien bourgmestre Ecolo d'Ixelles, initiateur du projet de changement de nom de la rue Edmond Picard pour honorer Andrée Geulen

Christos Doulkeridis, ancien bourgmestre Ecolo d'Ixelles, initiateur du projet de changement de nom de la rue Edmond Picard pour honorer Andrée Geulen

 

Le même jour, une énorme manifestation de solidarité avec la Palestine se déroulait à Bruxelles.

 

 

 

Anne Herscovici, militante de gauche ixelloise est de tous les combats.

Anne Herscovici, militante de gauche ixelloise est de tous les combats.

 

 

Anne Herscovici, ancienne présidente du CPAS d’Ixelles et ancienne députée Ecolo, s’adresse dans un article à Boris Dilliès : « Dimanche, vous n'avez pas détaillé ce qui vous permet d'affirmer que l'ULB serait « antisémite ». On se doute que vous visiez le fait que la direction de l'université n'a pas fait évacuer, l'an dernier, les étudiants qui occupaient un bâtiment du campus pour dénoncer le génocide à Gaza ; qu'elle a suspendu plusieurs collaborations institutionnelles avec des partenaires israéliens ; et qu'elle a respecté la procédure qui a mené des étudiants à choisir le nom de Rima Hassan pour nommer une promotion en droit.

 

Vos propos assimilant l’ULB à l'antisémitisme sur cette base relèvent d'un procédé rhétorique grossier. Le même qui transforme le drapeau palestinien et le keffieh en symboles islamistes, les résistants à des terroristes, les manifestations contre le nettoyage ethnique à des rassemblements pro-Hamas...

 

Joël Rubinfeld [président de la Ligue belge contre l’antisémitisme et proche de l’ancien député israélo-français Meyer Habib] et une partie de vos amis sont coutumiers de cette méthode, qui vous rangent non pas du côté des « Justes » mais des complices.

 

Les « Justes », s'ils existent, luttent contre toute forme de racisme, de colonialisme, d'injustice sociale. Comme Andrée Geulen. L'une de ses petites-filles déclara d'ailleurs, après avoir entendu votre discours : « Elle serait venue manifester cet après-midi pour soutenir le peuple palestinien. Ce qui se passe à Gaza est insupportable. Elle aurait trouvé ça tout aussi insupportable que ce qui s’est passé durant la Seconde Guerre mondiale. C’était une femme qui défendait tous les combats que nous, petits-enfants et arrière-petits-enfants, on essaye de transmettre. »

 

Quelques heures plus tard, une partie de la petite assistance devant laquelle vous avez parlé rejoignait l'immense marée humaine qui manifestait contre le génocide à Gaza. Fidèle à l’esprit d’Andrée Geulen. »

 

Tout est dit !

 

Il est encore loin le moment où l’on pourra débattre de la question du Proche Orient en toute sérénité et sans anathèmes.

 

Il est encore loin le moment où l’on considérera que le peuple palestinien a le droit de vivre comme tout autre peuple et de retourner chez lui.

 

Il est encore loin le moment où les Israéliens installés en Palestine depuis quelques générations pourront vivre en paix avec leurs voisins palestiniens dans une seule entité démocratique.

 

Il est encore loin le moment où les Juifs auront droit à l’indifférence comme le souhaite Sophie Bessis.

 

En définitive, l’immense majorité des Juifs israéliens ou non ne désirent qu’une chose : qu’on leur foute la paix !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 août 2025 7 24 /08 /août /2025 20:38

 

 

Promotion Rima Hassan

 

Avis de tempête (dans un verre d’eau) à la Faculté de Droit et de Criminologie de l’ULB (Université Libre de Bruxelles, connue pour sa promotion du principe du principe du Libre examen) : les étudiants en Droit de la promotion 2025 ont choisi de nommer l’eurodéputée LFI d’origine palestinienne Rima Hassan comme marraine de leur promotion. Tollé général ! Pressions de toutes sortes : médias, personnalités politiques, intellectuelles et intellectuels bien en vue : cette eurodéputée est une « terroriste », bien entendu « antisémite », partisane du Hamas et on en passe. Pensez donc, après les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 ! Une honte !

 

 

 

 

Rima Hassan fille d'une famille de réfugiés palestiniens en Syrie, juriste spécialisée dans les questions de discrimination, militante pour la Justice en Palestine, eurodéputée LFI ayant entre autres travaillé avec Raphael Glucksmann sur la question des Oïghours, est aujourd'hui la cible d'une propagande odieuse et mensongère de la part des partisans du gouvernement Netanyahou.

Rima Hassan fille d'une famille de réfugiés palestiniens en Syrie, juriste spécialisée dans les questions de discrimination, militante pour la Justice en Palestine, eurodéputée LFI ayant entre autres travaillé avec Raphael Glucksmann sur la question des Oïghours, est aujourd'hui la cible d'une propagande odieuse et mensongère de la part des partisans du gouvernement Netanyahou.

 

 

En dépit d’une campagne sans précédent de la bien-pensante occidentaliste et pro-israélienne, les étudiants en 2e master Droit ont tenu bon et le nom de la promotion 2025 est maintenu. Les propos les plus virulents ont été tenus le 22 août 2025 par Dorian de Meeüs, le Rédacteur en chef du quotidien « La Libre Belgique » journal conservateur catholique, de grande qualité journalistique et largement ouvert à d’autres opinions. Ici, cependant, la « Libre » retombe dans ses travers d’antan. Son éditorial s’intitule : « Le déshonneur d’une promotion ». Excusez du peu ! Lisez : « S'il est parfaitement légitime de vouloir de saluer les voix qui s'élèvent contre l'injustice, l'ULB a aussi des valeurs universelles à défendre. Son "libre examen" est censé incarner le discernement, la rigueur et le refus du dogmatisme. » Remarquez les guillemets entourant les mots libre examen ! Et en quoi, Rima Hassan incarne le « dogmatisme » ? Parce que, selon M. de Meeûs : « D'extrême gauche, son parcours politique est lesté de zones d'ombre et de postures qui, mises bout à bout, composent un tableau incompatible avec les valeurs humanistes qu'une grande faculté de droit se doit d'incarner. » D’extrême gauche ? Cela, c’est grave ! On peut citer des noms de politiciens qui ne sont pas « d’extrême » quoi que ce soit, qui ne sont pas non plus compatibles avec les « valeurs humanistes » …

 

 

Dorian de Meeüs, rédacteur en chef de la Libre Belgique est très sévère à l'égard de la promotion 2025 des étudiants en 2e Master de la Faculté de droit de l'ULB qui a décidé de l'appeler Rima Hassan.

Dorian de Meeüs, rédacteur en chef de la Libre Belgique est très sévère à l'égard de la promotion 2025 des étudiants en 2e Master de la Faculté de droit de l'ULB qui a décidé de l'appeler Rima Hassan.

 

 

Après avoir passé en revue les prises de position « intolérables », selon lui, de Rima Hassan, Dorian de Meeûs conclut : « Il ne s'agit pas d'interdire un débat, ni de censurer une parole. Mais d'affirmer que le lustre d'une université ne se partage pas avec des figures qui, par leurs propos, fracturent et stigmatisent. Comment justifier qu'une promotion de futurs gardiens de l'État de droit se choisisse pour marraine une personnalité ainsi contestée ? Des autorités académiques lucides ne peuvent tolérer ce symbole. Ce serait celui du déshonneur pour les étudiants et enseignants, d'aujourd'hui et d'hier, pour la faculté et pour l'université. L'ULB mérite mieux. Ses valeurs aussi. »

 

Il est assez piquant d’observer que le rédacteur en chef d’un quotidien qui n’a pas manifesté dans sa longue histoire un grand enthousiasme envers l’ULB et les principes qu’elle défend, donne aujourd’hui des leçons aux autorités académiques de ladite Alma mater !

 

Et puis, il faudrait peut-être écouter les arguments de la première intéressée : Rima Hassan. Voici ce qu’elle a déclaré à la revue « Politis ». La parole est à la défense ! Si ce n’est pas cela le droit…

 

 

 

Rima Hassan ne se laisse pas faire et elle a des arguments !

Rima Hassan ne se laisse pas faire et elle a des arguments !

 

 

« Je suis fatiguée de commenter la paresse intellectuelle de prétendus experts. Le Hamas est un mouvement religieux structuré autour d’une branche politique, et qui a développé une branche armée dont le mode opératoire est le terrorisme. M’accuser de soutenir le Hamas, c’est mal me connaître. Je suis née dans une famille communiste. Par ailleurs, posons-nous la question : qui a soutenu le Hamas ? On a très bien documenté le soutien du gouvernement israélien au Hamas. Bezalel Smotrich [ministre des Finances, et leader extrémiste des colons] et même Benyamin Netanyahou ont expliqué pourquoi il fallait le soutenir et le faire financer pour briser les organisations ouvertes à la négociation. Le journal israélien Haaretz l’a révélé. Il y a donc beaucoup d’ironie à accuser tel ou tel de soutenir le Hamas. »

 

Et puis, qui est Rima Hassan ? Elle se livre dans l’interview à la revue « Politis » : « Je suis née dans le camp palestinien de Neirab, près d’Alep, en Syrie. Mon grand-père maternel, d’origine palestinienne, avait été contraint à l’exil pendant la Nakba, à la création d’Israël en 1948. Ma grand-mère maternelle était issue d’une famille de notables syriens, les Hananou. Le mariage avec un réfugié palestinien n’avait pas été bien accueilli dans la famille syrienne. Il avait fait cette promesse : « Je la prends princesse, et elle vivra comme une princesse. » En réalité, leur vie s’est déroulée dans un camp de réfugiés. Je suis arrivée à l’âge de 10 ans en France, où j’ai fait ma scolarité, puis j’ai poursuivi des études de droit au Liban et à Paris. En 2019, j’ai créé l’Observatoire des camps de réfugiés, qui documente les camps à travers le monde. »

 

 

Une redoutable terroriste !

 

Une redoutable terroriste, donc ! Elle explique : « J’ai fait des études de droit par passion. J’ai travaillé sur la qualification de crimes d’apartheid, qui reposent sur la dichotomie juifs/non-juifs aux fins de nettoyage ethnique. L’apartheid est une doctrine fondamentalement raciste, qui va jusqu’à l’animalisation des Palestiniens, traités de cafards ou de sauterelles. L’apartheid est la conséquence directe du colonialisme. La vérité, c’est qu’Israël est malade de son colonialisme. »

 

Quant à Israël, Rima Hassan dit : « Je n’aime pas me définir comme antisioniste parce qu’on ne sait pas de quel sionisme on parle. Le sionisme a deux dimensions. L’une structurelle, nationale, à laquelle je ne m’oppose pas. La deuxième est coloniale. Et Israël doit rompre avec sa dimension coloniale qui aboutit à déshumaniser les Palestiniens. Le projet colonial fait disparaître tous les Palestiniens en tant que sujets politiques. Les événements actuels s’inscrivent dans une projection politique de la Nakba de 1948, dont l’objectif était de faire disparaître les Palestiniens. Tant qu’Israël ne guérira pas de son colonialisme, il n’y aura pas d’issue, les Palestiniens seront dépossédés ou massacrés, et les Israéliens ne seront pas en sécurité. »

 

Combattre le colonialisme israélien est en définitive rendre service aux deux parties. Enfin, à la question de savoir qui doit représenter le peuple palestinien, Rima Hassan répond : « Ce n’est pas à moi de dire aux Palestiniens de quels représentants ils doivent se doter. Je suis évidemment pour des élections qui renouvellent l’Autorité palestinienne. Mais pour répondre directement à votre question, je ne crois pas qu’un mouvement religieux puisse représenter les Palestiniens. Il faut qu’ils soient représentés dans leur diversité, laïque, au sens premier du terme. L’ironie de l’histoire, c’est que les dirigeants palestiniens progressistes, comme Marwan Barghouti, sont en prison, alors que le Hamas négocie au Caire et signe des accords. La vérité, c’est qu’Israël ne veut pas d’interlocuteurs progressistes. Le gouvernement israélien ne veut pas la paix. »

 

 

Le dirigeant palestinien Marwan Barghouti surnommé le "Mandela palestinien" emprisonné depuis des années en Palestine vient d'être menacé par le ministre extrémiste israélien Ben Gvir. Le gouvernement Netanyahou fait tout pour rendre impossible une solution pacifique au conflit.

Le dirigeant palestinien Marwan Barghouti surnommé le "Mandela palestinien" emprisonné depuis des années en Palestine vient d'être menacé par le ministre extrémiste israélien Ben Gvir. Le gouvernement Netanyahou fait tout pour rendre impossible une solution pacifique au conflit.

 

 

Elle ajoute – et c’est essentiel : « Il faut bien comprendre que j’appartiens à une nouvelle génération. Nous avons un prisme qui est celui de l’égalité des droits. Je crois en la démocratie. La forme de l’État vient après. Les Palestiniens demandent à être comme nous. Ils veulent s’inscrire dans le monde, comme n’importe quel autre peuple. C’est une lutte universelle. D’ailleurs, je dois préciser qu’une fois qu’ils auront leur État, quelle qu’en soit la forme, ils seront face à des sujets palestino-palestiniens. Mon problème est celui du droit et de la démocratie en général. »

 

Ce sont vraiment les propos d’une dangereuse « terroriste islamo-gauchiste ».

 

Oui, Rima Hassan est dangereuse : elle a une vision claire, une analyse rigoureuse de la dramatique situation dans laquelle se trouve son peuple et aussi son adversaire, le peuple israélien.

 

Eh bien ! les étudiantes et les étudiants en 2e Master de la Faculté de droit et de criminologie de l’ULB savaient très bien ce qu’ils faisaient en attribuant le nom de Rima Hassan à leur promotion.

 

Et puis, quoiqu’on pense de la position des étudiantes et étudiants du 2e Master, ils ont prouvé deux qualités essentielles : la fermeté dans leurs convictions qui ne sont pas éloignées de la défense des Droits humains et du Droit international et aussi leur âpre résistance à l’adversité. C’est excellent pour de futurs juristes et « défenseurs de l’Etat de droit. » !

 

D’ailleurs, les autorités de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’ULB ont tranché : « Les étudiantes et étudiants de Master 2 de la Faculté de Droit et de Criminologie de l'ULB ont désigné, par vote, la personnalité dont leur promotion 2025 portera le nom. Leur choix s'est porté sur l'eurodéputée Rima Hassan. La Faculté prend connaissance du résultat de ce processus démocratique. ».

 

Point final !

 

P.V.

 

Un ministre qui respecte ses engagements !

 

 

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Caspar Veldkamp, ​​a annoncé sa démission, invoquant sa frustration de ne pas pouvoir mettre en œuvre de mesures supplémentaires contre Israël en raison de l'opposition d'autres membres du cabinet.

 

 

Caspar Veldkamp, ministre démissionnaire des Affaires étrangères de Pays Bas parce qu'il n'a pas obtenu des sanctions à l'égard d'Israël.

Caspar Veldkamp, ministre démissionnaire des Affaires étrangères de Pays Bas parce qu'il n'a pas obtenu des sanctions à l'égard d'Israël.

 

 

Après une réunion du cabinet vendredi 22 août, Veldkamp a déclaré avoir rencontré une résistance interne au sein du gouvernement face à ses propositions d'actions visant Israël. « Je me trouve incapable de prendre des mesures supplémentaires significatives pour accroître la pression sur Israël », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il se sentait limité dans sa capacité à « poursuivre la politique ou l'orientation que je considère nécessaire ».

 

« Je rentre chez moi pour écrire ma lettre de démission », a déclaré Veldkamp à la chaîne de télévision néerlandaise NOS.

Autre attitude que celle du ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot (voir article précédent sur "Uranopole")

 

Sa décision est intervenue à la suite d’un débat parlementaire jeudi, au cours duquel Veldkamp, ​​qui est issu du parti de centre droit Nieuw Sociaal Contract (NSC - Nouveau Contrat Social), avait plaidé pour de nouvelles mesures contre Israël à la lumière de l'escalade de la violence, de la crise humanitaire à Gaza et des politiques de Tel Aviv sur les colonies en Cisjordanie occupée.

 

Il a par exemple proposé un boycott des produits issus des colonies illégales. Cependant, il est apparu au cours du débat que les partis de droite de la coalition VVD et BBB ne le suivaient pas. Comme dans d’autres pays européens, la droite dure soutient la politique meurtrière de Netanyahu et consorts.

 

Le geste de Caspar Veldkamp n’a fait qu’accentuer la crise politique dans laquelle se trouvait le gouvernement batave. Des élections auront lieu le 29 octobre prochain. C’est la première fois qu’un gouvernement de l’UE tombe sur l’abominable guerre du Proche Orient. Et ce, grâce à un homme qui met ses principes au-dessus de ses intérêts politiciens.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 août 2025 5 15 /08 /août /2025 16:42

 

De l’espoir à l’extermination

 

Les négociations entre Israéliens et Palestiniens entamées dès la conférence de Madrid de 1991 se firent sur des bases ambiguës, car ni l’une ni l’autre partie n’exprimait clairement sa volonté. Les Israéliens voulaient certes un accord avec les Palestiniens pour enfin établir la paix et accessoirement assurer leur domination en cédant le moins possible de territoires occupés depuis 1967 et les Palestiniens revendiquaient prioritairement le droit au retour des réfugiés de 1948 et de 1967.

 

Ces deux revendications étaient au départ, inacceptables pour les deux interlocuteurs. C’est la source du conflit depuis les débuts du Sionisme : Les Juifs voulaient réoccuper la terre de leurs lointains ancêtres selon les textes bibliques et les Palestiniens, particulièrement les musulmans, mais par après les chrétiens refusaient de leur laisser la place ! Le Dôme du Rocher devint le symbole de la lutte palestinienne après la défaite de 1967. Et puis, chacune des parties pense : on ne partage pas ce qui nous appartient ou ce qui nous a été attribué.

 

 

Le Dôme du Rocher sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem est un puissant symbole aussi bien pour les Israéliens que pour les Palestiniens.

Le Dôme du Rocher sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem est un puissant symbole aussi bien pour les Israéliens que pour les Palestiniens.

 

 

Un autre élément s’ajoute : l’Etat d’Israël qui, comme on le sait, n’a pas de constitution, n’a fixé aucune frontière. Ecoutons feu Ariel Sharon n’était pas seulement un baroudeur, il fut aussi un stratège et il fut un des rares dirigeants israéliens à avoir une vue à long terme. D’ailleurs, David Ben Gourion, le fondateur d’Israël, le voyait comme son véritable successeur.

 

D’ailleurs, dès le début, les Israéliens n’avaient aucune intention de « rendre » les territoires occupés. Le « plan Ygal Allon » qui partageait la Cisjordanie en deux sur une ligne allant du Nord au Sud, le démontre.

 

Dans un entretien accordé au supplément hebdomadaire du quotidien israélien Haaretz, le 13 avril 2001, Ariel Sharon livra le fond de sa pensée : « Aujourd’hui, les gens ne vibrent plus à l’idée d’“une acre et encore une acre”. Moi, cette idée m’excite toujours… La guerre d’indépendance n’est pas terminée. Peut-être durera-t-elle éternellement. Un peuple normal ne se pose pas de questions du genre “allons-nous toujours vivre avec l’épée ?” L’épée fait partie de la vie. »

 

 

Ariel Sharon était un baroudeur, mais aussi un stratège qui concevait le "Grand Israël"

Ariel Sharon était un baroudeur, mais aussi un stratège qui concevait le "Grand Israël"

 

 

« La frontière sera là où nous planterons notre dernier arbre. »

 

Auparavant, dans un texte publié par le Yediot Aharonot en 1993, Ariel Sharon écrivait :

 

« Nos grands-parents et nos parents ne sont pas venus ici [en Israël] pour bâtir une démocratie. Tant mieux si elle est préservée, mais ils sont venus ici pour créer un État juif. L’existence d’Israël n’est vraiment menacée que par ceux qui, parmi les Israéliens, ne jurent que par la démocratie et la paix, au risque de saper les fondements de notre État juif démocratique et d’ouvrir la voie à la dictature criminelle d’un État palestinien dirigé par l’OLP. (…) Le sionisme n’a jamais prôné la démocratie, mais la création en Palestine d’un État juif appartenant à tout le peuple juif et à lui seul. »

 

Autrement dit, le fameux « processus de paix » que nous rabâchent les médias à tout bout de champ est une pure fiction. Sharon a pensé et mis en œuvre la colonisation des « territoires occupés » par Israël depuis 1967, colonisation qui se poursuit et même s’accentue, en dépit des « protestations » internationales. La colonisation des territoires est un élément de la construction d’Israël, car, selon Sharon, « Israël ne doit pas fixer de frontières. » Il existe donc, à la place du « processus de paix », un « processus constitutif », car « La paix n’est pas à l’ordre du jour dans les cinquante ans à venir. » Et la frontière « sera là où nous planterons notre dernier arbre. »

 

La Bible est un cadastre !

 

Il s’agit donc de créer Eretz Israël, la terre de l’Israël biblique. Le directeur du Centre d’Information Alternative, Michel Warschawski dit que pour tout Juif, religieux ou laïque, ashkénaze ou sépharade, « la Bible est un cadastre ». En effet, c’est en vertu des textes bibliques qu’est déterminé le territoire d’Israël sans tenir aucun compte des frontières reconnues par les Nations Unies et de la volonté des habitants non juifs de cette terre. Il ajoute : « L’athée israélien ne croit pas en Dieu, mais il croit dur comme fer que Dieu lui a donné cette terre. » Il considère dès lors que la Bible est la base même de l’identité juive.

 

 

Michel Warschawski a milité toute sa vie pour un accord avec les Palestiniens.

Michel Warschawski a milité toute sa vie pour un accord avec les Palestiniens.

 

 

Ainsi, il existe pas mal d’obstacles sur le chemin qui mène à la création d’un ou de deux Etats dans la région !

 

Dans une lettre ouverte au Président français Macron, faisant suite à sa promesse de reconnaissance de l’Etat de Palestine, parue dans le Monde du 5 août 2025, Elie Barnavi et Vincent Lemire, tous deux historiens, résument l’évolution des négociations qui se sont déroulées depuis la déclaration Balfour du 2 novembre 2017 (Voir première partie) :

 

« Votre initiative s’inscrit dans une longue histoire de promesses, de reconnaissances et de dénis, qui s’est toujours faite par échanges de courriers. Le 2 novembre 1917, le secrétaire d’Etat britannique aux affaires étrangères lord Balfour apportait par écrit son soutien au projet d’« établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif », promettant que « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ». A la fin de la première guerre israélo-arabe, le 24 janvier 1949, le ministre français des affaires étrangères Robert Schuman reconnaissait par écrit « le gouvernement provisoire d’Israël », ajoutant que « cette décision ne préjuge pas de la délimitation définitive par les Nations unies du territoire sur lequel il exercera son autorité ».

 

Oralement le 2 mai 1989 avec sa fameuse formule sur la charte de l’OLP désormais « caduque », puis par écrit le 9 septembre 1993, Yasser Arafat reconnaissait « le droit d’Israël à une existence en paix et sécurité » ainsi que « les résolutions 242 et 238 du Conseil de sécurité », c’est-à-dire les frontières issues de la ligne de cessez-le-feu effective entre 1949 et 1967. Le lendemain, le gouvernement israélien dirigé par Yitzhak Rabin reconnaissait « l’OLP comme représentant du peuple palestinien » mais ne reconnaissait pas le droit des Palestiniens à un Etat. C’est cette absence de réciprocité, ce déni de dignité et de légitimité, péché originel des accords d’Oslo, que votre courrier à Mahmoud Abbas tente de réparer : une reconnaissance préalable, destinée à créer les conditions de son effectivité. Votre décision du 24 juillet est donc, au sens propre, historique. »

 

D’égal à égal

 

Pour la plupart des dirigeants israéliens, le peuple palestinien n’existe pas ! Comme me l’a dit un jour un éminent dirigeant palestinien, Edmond Shehadeh, le fondateur et directeur honoraire de l’hôpital BASR à Bethlehem : « Nous parlerons avec les Israéliens lorsqu’ils nous traiteront d’égal à égal ! »

 

On observe clairement cette inégalité dans les fameux accords d’Oslo entre Israéliens et Palestiniens qui ont donné naissance à l’Autorité palestinienne en Cisjordanie (la « west bank » pour les Palestiniens, la Judée Samarie pour les Israéliens). Cela confirme les propos d’Elie Barnavi de Vincent Lemire et du Docteur Shehadeh.

 

Le 9 septembre 1993, les accords d’Oslo, signés entre le dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, et le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, consacraient la solution dite à deux États. À l’époque, le grand intellectuel palestinien Edward Saïd a surnommé l’accord « le Versailles palestinien », conscient de la capitulation qu’il représentait pour son peuple sans garantir son droit à l’autodétermination. 

 

 

La célèbre poignée de mains Arafat Rabin à Washington après la signature des accords d'Oslo en 1993. Deux années après Rabin fut assassiné par un Juif fanatique et Arafat décéda par après dans un hôpital  français. On a pensé à un empoisonnement. Faire la paix est dangereux au Proche Orient !

La célèbre poignée de mains Arafat Rabin à Washington après la signature des accords d'Oslo en 1993. Deux années après Rabin fut assassiné par un Juif fanatique et Arafat décéda par après dans un hôpital français. On a pensé à un empoisonnement. Faire la paix est dangereux au Proche Orient !

 

Edward Saïd écrit : « appelons cet accord de son vrai nom : un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien. Ce qui le rend pire encore, c’est qu’au cours des 15 dernières années, l’OLP aurait pu négocier un arrangement meilleur que ce Plan Allon modifié, et exigeant de faire moins de concessions unilatérales à Israël. Pour des raisons que les dirigeants connaissent fort bien, ils ont refusé toutes les ouvertures précédentes. Pour donner un exemple que je connais personnellement : à la fin des années ’70, le secrétaire d’État Cyrus Vance m’a demandé de persuader Arafat d’accepter la résolution 242, avec une réserve (acceptée par les USA) à ajouter par l’OLP et insistant sur les droits nationaux du peuple palestinien ainsi que sur l’auto­détermi­nation palestinienne. Vance a dit que les USA reconnaîtraient immédiatement l’OLP et instaurerait les négociations OLP-Israël. Arafat refusa l’offre catégoriquement, de même que des offres similaires. Ensuite éclata la guerre du Golfe, et l’OLP perdit encore plus de terrain à cause des positions désastreuses qu’il adopta alors. Les gains de l’Intifada furent dilapidés, et maintenant, les défenseurs du nouveau document disent : « Nous n’avions pas d’alternative ». Il serait plus exact de dire : « Nous n’avions pas d’alternative parce que nous en avions perdu ou rejeté bien d’autres, ne nous laissant que celle-ci ».

 

Pour avancer vers l’autodétermination palestinienne – qui n’a de sens que si liberté, souveraineté, égalité, et non une soumission perpétuelle à Israël, sont ses objectifs — il nous faut reconnaître honnêtement où nous en sommes, maintenant que l’accord intérimaire va être négocié. Ce qui est particulièrement mystifiant, c’est comment tant de leaders palestiniens et leurs intellectuels peuvent continuer à parler de cet accord comme d’une « victoire ». Nabil Shaath l’a qualifié de « parité complète » entre Israéliens et Palestiniens. La réalité c’est qu’Israël n’a rien concédé, comme l’ancien secrétaire d’État James Baker l’a dit dans une interview télévisée, excepté, tout platement, l’existence de « l’OLP comme représentant du peuple palestinien ». Ou, comme la colombe Amos Oz l’aurait dit au cours d’une interview à la BBC, « c’est la deuxième plus grande victoire de l’histoire du sionisme ».

 

Par contre, la reconnaissance par Arafat du droit d’Israël à exister comporte toute une série de renonciations : à la Charte de l’OLP ; à la violence et au terrorisme ; à toutes les résolutions pertinentes de l’ONU, sauf la 242 et la 338, qui ne disent pas un mot des Palestiniens, de leurs droits et de leurs aspirations. Implicitement, l’OLP mettait de côté bien d’autres résolutions de l’ONU (qu’avec Israël et les États-Unis, elle est apparemment disposée à modifier ou à abroger) qui, depuis 1948, ont donné aux réfugiés palestiniens des droits, dont le droit à des compensations ou au rapatriement. Les Palestiniens ont gagné bien des résolutions internationales — proposées notamment par l’Europe, le Mouvement des non-alignés, la Conférence islamique et la Ligue arabe, ainsi que par l’ONU – et qui rejetaient ou condamnaient les colonies israéliennes, les annexions et les crimes contre le peuple sous occupation.

 

Il semblerait donc que l’OLP a mis fin à l’Intifada, qui n’incarnait ni le terrorisme ni la violence, mais le droit des Palestiniens à résister, alors qu’Israël continue d’occuper la Cisjordanie et Gaza. La considération première du document est la sécurité d’Israël, et aucunement la sécurité des Palestiniens contre les incursions israéliennes. Dans sa conférence de presse du 13 septembre, Rabin a été franc sur la poursuite du contrôle souverain d’Israël ; de plus, a-t-il dit, Israël détiendrait le Jourdain, les frontières avec la Jordanie et l’Égypte, la mer, la terre entre Gaza et Jéricho, Jérusalem, les colonies et les routes. Peu de choses dans le document suggèrent qu’Israël renoncera à la violence contre les Palestiniens ou, comme l’Irak a été forcé de le faire après son retrait du Koweït, dédommagera les victimes de sa politique au cours des 45 dernières années. »

 

Netanyahou s’inscrit dans la continuité.

 

Près de trente-deux ans plus tard, Israël est dirigé depuis quelques années par un fervent opposant aux accords d'Oslo, Benyamin Netanyahou. Les Israéliens avancent dans l’annexion de la Cisjordanie, qui est désormais presque actée, et poursuivent depuis plus de 650 jours une guerre génocidaire à Gaza. Les accords d’Oslo ont depuis longtemps été enterrés. 

 

 

Gaza : la mort, l'odeur de la mort, les fantômes de la mort. Des survivants réduits à l'état de zombies. Et on ose parler de défense légitime !

Gaza : la mort, l'odeur de la mort, les fantômes de la mort. Des survivants réduits à l'état de zombies. Et on ose parler de défense légitime !

 

Pourtant, la solution dite à deux États continue d’être érigée en seule solution viable sur la scène internationale, y compris largement parmi les soutiens des Palestiniens. La diplomatie est parfois d’un immobilisme effarant !

 

Reconnaître deux États, un Israélien et un Palestinien, revient à gommer le caractère colonial du projet sioniste, affirme le 25 juillet 2025 à Mediapart Naji El Khatib, chercheur en sociologie politique, professeur à l'université Al-Najah de Naplouse, en Cisjordanie occupée que nous avons évoqué à plusieurs reprises sur le blog « Uranopole ».

 

Le professeur Naji El Khatib, sociologue à l'Université de Naplouse et à la Sorbonne plaide pour un Etat démocratique et laïque excluant toute discrimination "de la mer au fleuve".

Le professeur Naji El Khatib, sociologue à l'Université de Naplouse et à la Sorbonne plaide pour un Etat démocratique et laïque excluant toute discrimination "de la mer au fleuve".

 

 

Réfugié palestinien né au Liban, Naji milite pour la « One Democratic State Initiative », une mouvance qui prône un seul État démocratique de la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, réunissant Palestiniens et Israéliens en leur garantissant les mêmes droits. Il n’y a qu’ainsi qu’on pourra garantir le droit au retour des Palestiniens réfugiés, expulsés à la création d’Israël, et offrir l’autodétermination aux Palestiniens citoyens d’Israël, explique-t-il.

 

En effet, La solution à « deux Etats » ne résoudra pas le point le plus litigieux qui existe depuis la Nakba entre les Palestiniens et Israël : le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ajoutons que c’est sans doute la raison pour laquelle tout le monde occidental et une partie de l’opinion israélienne veut l’imposer.

 

Naji El Khatib ajoute : « Les accords d’Oslo étaient censés créer un État palestinien au bout de cinq ans, donc en 1998. On est en 2025, on négocie depuis trente-deux ans la création d’un État palestinien. Au moment des accords d’Oslo, il y avait environ 160 000 colons israéliens en Cisjordanie et à Gaza – ces derniers sont partis en 2005 sur décision de Ariel Sharon.

 

À cette époque-là, les territoires palestiniens promis correspondaient à 23 % de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, selon les statistiques israéliennes, les colons sont presque un million. Et de 23 % du territoire historique, on est passés à 10 %. Ces territoires ont été avalés par la colonisation : lors des négociations d’Oslo, toute la zone C, qui représente 60 % de la Cisjordanie, est passée sous le contrôle absolu d’Israël. »

 

Et Naji El Khatib conclut : « Il n’y a pas de vision française ni européenne dans la région. La France gaulliste avait une position claire par rapport à ce qui se passait au Moyen-Orient. S’il y a une politique française dans la région aujourd’hui, elle se résume à un soutien inconditionnel à Israël. Ce n’est pas nouveau. La France est complice du génocide et de la politique d’expansion coloniale de l’État d’Israël. » 

 

En finir avec le Sionisme !

 

Et la France n’est pas seule. La Belgique a donné le 14 août une image honteuse d’elle-même. Le Parlement belge s’est réuni pour débattre de l’éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien. Le débat a tourné court : il n’y a pas eu d’accord sur une solution. Le ministre belge des Affaires étrangères, Daniel Prévot du parti « Les Engagé-es » (sociaux chrétiens) a donné une explication claire de la situation dramatique à Gaza mais, en conclusion, a avoué son impuissance ! Lisons le message que le Président fondateur de l’ABP (Amitiés Belgique Palestine) du CNPD et Sénateur honoraire, Pierre Galand, a diffusé sur Internet :

 

« Pour ceux et celles qui ont suivi le discours de M. Prévot ce jour à la Chambre, il est clair qu'il sait ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie, il sait ce que sont les obligations découlant des conventions signées par la Belgique, notamment celle relative à la prévention du génocide en cours à GAZA. Il a fait 14 fois référence au droit international et au droit humanitaire, il a fait un inventaire correct des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par le gouvernement Netanyahou et dans le même temps il a fait l'étalage de son impuissance tant au sein du gouvernement que du conseil européen. Par contre, il est resté muet quant à l'objet de la réunion de la commission des A.E. de la chambre réunie en urgence ce jeudi pour débattre des initiatives à prendre pour forcer l'ouverture des couloirs humanitaires aux secours alimentaires et médicaux indispensables pour sauver les populations de Gaza.

 

C'est révoltant ! »

 

 

Le ministre des Affaires étrangères belge Maxime Prévot, social-chrétien, n'a convaincu personne dans son plaidoyer pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine. Il est vrai qu'il le faisait à titre personnel !

Le ministre des Affaires étrangères belge Maxime Prévot, social-chrétien, n'a convaincu personne dans son plaidoyer pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine. Il est vrai qu'il le faisait à titre personnel !

 

 

C’est révoltant, en effet et c’est même honteux. Les Européens qui ont démontré leur coupable faiblesse dans les autres conflits qui secouent le monde, croient sans doute qu’ils imposent une solution en reconnaissant l’Etat de Palestine qui n’existe pas et ne peut exister dans les circonstances actuelles. Ils ne font que servir en définitive les projets des fanatiques sionistes d’extrême-droite qui sont au pouvoir à Jérusalem. Elie Barnavi, un grand Monsieur, a honte d’Israël, nous autres Européens devrions avoir honte de nous-mêmes !

 

La seule solution possible à ce conflit séculaire et de plus en plus meurtrier est la constitution d’un Etat démocratique et laïque où il y a de la place pour tout le monde – Juifs israéliens comme Arabes palestiniens et d’autres de diverses origines et confessions.

 

Ce sera très difficile, c’est presque une utopie. Qui aura la force d’imposer un accord pour cette solution ? On n’en sait rien encore. Pour ce faire, il y a une condition essentielle : en finir avec le Sionisme, cette pensée politique nationaliste et colonialiste qui a lamentablement échoué dans son projet : assurer la sécurité aux Juifs dans un Etat leur appartenant exclusivement. Relisez les paroles de feu Ariel Sharon citées plus haut : « Le sionisme n’a jamais prôné la démocratie, mais la création en Palestine d’un État juif appartenant à tout le peuple juif et à lui seul. » Non, général, le peuple juif n’est pas seul !

 

Enfin, on parle tant d’humanitaire, face à l’impuissance de la « communauté » internationale à sauver les Gazaouis de la famine et de la mort. Méditons ce texte de la chronique intitulée « Chronique du Gazacide » écrit par un Gazaoui pour la lettre d’Alain Gresh « Orient XXI » qui vit cette terrible tragédie :

 

« Vivre sous une tente, c’est endurer une chaleur d’enfer pendant la journée, avec des mouches qui pénètrent à l’intérieur et n’arrêtent pas de vous agacer. Et la nuit, c’est l’inverse : il fait froid. Il faut mettre deux ou trois couvertures. C’est se réveiller en ayant mal partout, parce qu’on dort sur un sol déformé.

 

 Vivre sous une tente, c’est dépendre de l’aide humanitaire et ne manger que des boîtes de conserve. C’est chercher tous les jours un endroit pour charger nos téléphones et nos lampes rechargeables.


Vivre sous une tente c’est faire la queue pour l’eau et la nourriture. Pour faire la cuisine, il faut un four en argile et du bois. Quand on n’a pas de bois, on utilise n’importe quoi. Beaucoup de gens brûlent des cartons ou du plastique. On respire presque toute la journée cette fumée de plastique. On fait la lessive dans les seaux, on porte les mêmes vêtements trois ou quatre jours pour économiser l’eau. Pour les toilettes, on creuse un trou. Vivre sous la tente, c’est surveiller en permanence les insectes, les serpents, les scorpions.


C’est une vie d’humiliation.


Mais cette tente est le symbole de la résilience palestinienne. Nous en avons fait un symbole politique, pour dire que nous allons rentrer chez nous. Parce qu’un jour, tout cela va s’arrêter. »

 

 

Un des nombreux camps de déplacés à Gaza... le rêve de Bibi Netanyahou ?

Un des nombreux camps de déplacés à Gaza... le rêve de Bibi Netanyahou ?

 

Tout comme la clé est le symbole des réfugiés palestiniens, la clé de leur maison perdue.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Post scriptum

 

 

Alliance de l’innommable et de l’imbécillité

 

 

Ce qu'il reste du tronc de l'olivier planté en 2006 à la mémoire d'Ilan Halimi

Ce qu'il reste du tronc de l'olivier planté en 2006 à la mémoire d'Ilan Halimi

 

 

Un olivier planté à Epinay-sur-Seine à la mémoire d’Ilan Halimi, un jeune Français de confession juive séquestré et torturé à mort en 2006 par le « gang des barbares », a été abattu dans la nuit du 14 au 15 août. Ce geste antisémite témoigne d’une terrible bêtise de la part de ses auteurs qui croyaient sans doute punir la mémoire d’un jeune Juif français enlevé, torturé et tué par une bande de voyous de bas étage. Ilan fut enlevé parce qu’il était Juif et que ses tortionnaires pensaient : un Juif, ça a de l’argent, donc nous pourrons l’échanger ! Cela n’a pas marché, voilà le résultat !

 

 

Aujourd’hui, c’est un dégât collatéral de la guerre de Gaza : ces imbéciles croient sans doute aider la cause palestinienne… Pauvres cons !

 

 

PV

 

 

Partager cet article
Repost0
5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 20:29

 

 

(I) Un conflit séculaire

 

Depuis le 7 octobre 2023 et les massacres commis par le Hamas et les sanglantes représailles de Tsahal, nous vivons une nouvelle tragique étape de ce conflit séculaire entre Juifs israéliens et Arabes palestiniens et on n’entend plus que la sempiternelle rengaine sur « la solution à deux Etats » pour y mettre fin. Il est même assez mal vu d’exprimer son scepticisme à ce sujet, car c’est la position officielle adoptée par les Etats occidentaux.

 

Cette proposition de solution est très ancienne. Elle date de bien avant la proclamation de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948. L’immigration juive en « Terre sainte », alors sous le régime de l’empire ottoman, dite « alyah » par les Juifs, débuta dans les années 1880 et se fit en plusieurs vagues. La première fut composée entre autres de Juifs yéménites qui étaient persécutés dans leur pays. Les autres étaient des Juifs de l’Europe orientale et de Russie qui subissaient des pogroms successifs. L’activité principale des nouveaux arrivants était l’agriculture. Pour cela, les associations sionistes achetaient des terres aux propriétaires arabes dont la plupart se trouvaient à Beyrouth et à Damas, se contentant de percevoir les loyers de leur terre et les fruits de la production des paysans arabes. S’installant sur ces terres acquises, les Sionistes immigrés en chassèrent les paysans arabes et organisèrent eux-mêmes l’exploitation de ces terres essentiellement du côté de la Galilée plus fertile. Cette colonisation marqua le début du conflit. Et il n’a pas arrêté depuis. En outre, ces nouvelles infrastructures agricoles avaient un double objet : dessiner le territoire occupé par les Juifs et bien entendu, créer une agriculture moderne. Ce furent les fameux kibboutzim organisés en coopératives agricoles sur un modèle socialiste.

 

 

Des Juifs attendent en 1922 d'embarquer pour faire leur "alyah" en Palestine.

Des Juifs attendent en 1922 d'embarquer pour faire leur "alyah" en Palestine.

 

De 1881 à 1914, les propriétés juives passent de 2 200 hectares à 42 200 hectares sur les 4 700 000 que compte la Palestine. (G. Bensoussan, Les origines du conflit israélo – arabe, Paris, PUF, 2023). La claire volonté des Sionistes est de fonder un Etat juif sur la Palestine dite géographique occupée depuis quatre siècles par les Ottomans. Tout change en 1914, évidemment. Après l’offensive allemande en Belgique et en France qui est stoppée à la bataille de la Marne et sur l’Yser, les empires centraux souhaitent que l’empire ottoman s’allie à eux. Le Sultan hésite et ce n’est que le 31 octobre 1914 qu’il accepte. Cela déclenche l’intervention des Britanniques à partir de l’Egypte parce qu’ils redoutaient que la voie essentielle pour l’importation des matières premières et des produits en provenance d’Orient via le canal de Suez ne soit coupée.

 

Les Britanniques occupèrent peu à peu la Palestine. L’empire ottoman déjà en déclin avant 1914 se démantelait. Les deux puissances impliquées – la Grande Bretagne et la France – négocièrent le partage des territoires perdus par les Turcs, à savoir ce qu’on appelle le croissant fertile : la Syrie, le Liban, la Palestine et à l’Est la Transjordanie, l’Irak et le Hedjaz – la côte occidentale de l’actuelle Arabie Saoudite sur la mer Rouge qui comprend les deux villes saintes de l’Islam, Médine et La Mecque. Ce furent ce qu’on a appelé les accords Sikes Picot, du nom du diplomate anglais et du diplomate français qui les ont négociés.

 

Les Français, en plus de la Syrie et du Liban, revendiquaient la Palestine. Les Britanniques, de leur côté, considéraient que la Palestine leur appartenait. Il y avait donc blocage. C’est alors que le 2 novembre 1917, Lord Balfour, secrétaire au Foreign Office du Cabinet de guerre de Londres rédigea ce qu’on a appelé la « déclaration Balfour » qui mit un terme aux revendications françaises sur la Palestine.

 

Il s’agissait d’une lettre adressée à Lord Rothschild qui était considéré comme le chef de la communauté juive britannique par laquelle le Royaume uni verrait d’un œil favorable l’installation d’un « Foyer national juif » en Palestine. Cette missive très courte – elle ne remplit que la moitié d’une feuille A4 – se termine par une réserve : étant établi que les droits des populations locales sont préservés. Implicitement, c’était la première déclaration officielle prônant la constitution de deux Etats en Palestine dont, bien entendu, les frontières n’étaient pas encore fixées. Mais cela changea tout. Les Britanniques étaient désormais assurés de contrôler la Palestine. En 1922, la Grande Bretagne reçut mandat de la Société des Nations qui venait de se constituer pour occuper ce territoire. Elle créa ce qu’on appela « l’Etat mandataire de Palestine ». Donc, un Etat palestinien a existé et était reconnu ! Il fur même représenté aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Terrible symbolique !

Cette déclaration ouvrit aussi la porte à une massive immigration juive en Palestine entre les deux guerres mondiales et déclencha un conflit ouvert entre les Arabes et les nouveaux habitants juifs qui constituèrent des colonies sur la plupart des villages arabes existants. D’après Bensoussan (déjà cité) les Juifs comptaient 11 % de la population de la Palestine en 1922. Ils furent 17% en 1931 sans compter une forte natalité dans les familles juives. Passons sur les différents épisodes. Du côté arabe, la déclaration Balfour eut pour effet de souder Arabes chrétiens et musulmans. Quelques temps après, cette colonisation intensive provoqua deux révoltes arabes meurtrières, la première en 1929 emmenée par le fameux Grand Mufti de Jérusalem, Al Husseini, la seconde, celle de 1936, la plus violente, vit naître la commission Peel du nom de l’homme politique britannique Lord William Peel. Cette commission était chargée de trouver une solution à ce conflit entre Juifs et Arabes qui prenait des allures de plus en plus dangereuses. Elle déposa un plan de partage en deux Etats, l’un Juif, l’autre Arabe. C’était la première fois qu’est évoquée la « solution à deux Etats ». Ce plan échoua.

 

 

Fac simile de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917

Fac simile de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917

 

 

Au terme de la Seconde guerre mondiale, la Méditerranée est entre les mains des Français et des Britanniques. Staline qui, comme tout dirigeant russe depuis des lustres, voulait disposer d’un accès libre à la Méditerranée via la mer Noire et le détroit du Bosphore, ne voyait pas d’un mauvais œil la création d’un Etat juif en Palestine et aida les milices juives, principalement la Haganah sous la direction de Ben Gourion, à combattre les Britanniques. Cela provoqua une méfiance des autorités étatsuniennes à l’égard de la communauté juive. Rappelons-nous la tragique affaire des époux Rosenberg, par exemple. Aussi, les autorités de Washington étaient plus que réservées à l’égard d’un plan de partition de la Palestine. Jacques Baud cite un extrait d’un rapport de la CIA à ce sujet dans son ouvrage « Opération déluge d’Al-Aqsa » (Max Milo, 2024) :

 

« A long terme, aucun sioniste en Palestine ne sera satisfait des arrangements territoriaux du plan de partition. Même les plus conservateurs des sionistes voudront tout le Néguev, la partie ouest de la Galilée, la ville de Jérusalem et finalement toute la Palestine. Les extrémistes n’exigeront pas seulement toute la Palestine mais voudront la Transjordanie.

 

Dans le chaos qui suivra la partition, des atrocités seront certainement commises par des Arabes fanatiques : ces actions recevront une large publicité et seront même exagérées par la propagande juive. Les Arabes seront accusés d’être les attaquants quelles que soient les circonstances réelles. »

 

Incontestablement, cette analyse est prémonitoire !

 

Les Britanniques, dès début 1947, ont renoncé à leur mandat sur la Palestine et l’ont confié à l’ONU tout en maintenant des troupes sur place. C’est alors que l’idée du partage de ce territoires s’est s’imposée. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de la toute nouvelle ONU qui a à peine deux ans, adopte la résolution 181 qui partage la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe avec Jérusalem comme ville internationale. Il s’agit donc de créer deux Etats. Une difficulté surgit d’emblée : des Juifs vivent dans le territoire du futur Etat accordé aux Arabes et inversement, des Arabes habitent dans le territoire de l’Etat accordé aux Juifs. L’historien israélien Ilan Pappé rappelle qu’au départ, l’idée était de constituer un seul Etat démocratique où habiteraient ensemble Juifs et Arabes. Ilan Pappé ajoute (Ilan Pappé : Le nettoyage ethnique en Palestine, Paris, la fabrique Editions, 2024) :

 

« Il est clair qu’en votant la résolution sur la partition les Nations Unies ont totalement ignoré la composition ethnique de la population de la Palestine. Si elles avaient décidé que la superficie du futur Etat juif correspondait au territoire où s’étaient installé les Juifs, ces derniers auraient eu droit à 10 % du pays, pas davantage. Mais les Nations Unies ont admis la revendication du mouvement sioniste sur la Palestine ; et elles ont aussi cherché à indemniser les Juifs pour l’Holocauste nazi en Europe. »

 

En vertu du principe fondamental de la Charte des Nations Unies, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il aurait fallu organiser une consultation populaire pour dissoudre l’Etat mandataire de Palestine et obtenir un accord sur le partage des territoires. Or, en 1947, la population était composée grossomodo de 2/3 d’Arabes et d’1/3 de Juifs. Cet évident déséquilibre ne pouvait que générer un conflit. Il n’était donc pas question pour la minorité juive d’accepter la tenue d’un référendum sur l’avenir de la Palestine. Et ce fut la Nakba (la catastrophe en Arabe). Dès février 1947, les milices juives procédèrent à l’expulsion massive des Arabes hors de la Palestine. Des massacres eurent lieu dans certains villages comme celui de Deir Yassine perpétré par l’Irgoun de Menahem Begin. De nombreux et tragiques épisodes se déroulèrent jusqu’en mai 1948. Résultat : quelque 700 000 à un million d’Arabes palestiniens furent exilés de force et parqués dans de camps en Jordanie, en Syrie, au Liban et la plupart dans ce qui est devenu la bande de Gaza alors sous contrôle égyptien.

 

 

 

La carte du partage de la Palestine établie par l'ONU en 1947 et qui fit l'objet de la résolution 181 du Conseil de sécurité des Nations Unies (Monde diplomatique)

La carte du partage de la Palestine établie par l'ONU en 1947 et qui fit l'objet de la résolution 181 du Conseil de sécurité des Nations Unies (Monde diplomatique)

 

Le comte suédois Bernadotte qui présidait la délégation de l’ONU en Palestine fut assassiné par des tueurs du groupe « Stern » dirigés par Itzhak Shamir, futur Premier ministre de l’Etat d’Israël, parce qu’il prônait le retour des réfugiés palestiniens.

 

Le comte Folke Bernadotte, chef de la délégation de l'ONU assassiné en 1947 par le groupe Stern

Le comte Folke Bernadotte, chef de la délégation de l'ONU assassiné en 1947 par le groupe Stern

 

 

Tout cela était organisé comme le précise Ilan Pappé (cité par Jacques Baud, Op.cit.) :

 

« Les ordres comportaient une description détaillée des méthodes à employer pour expulser de force les personnes : intimidation à grande échelle, expulser et bombarder des villages et des centres de population ; incendier des maisons, des propriétés et des biens ; expulsions démolitions et enfin enfouir des mines parmi les gravats pour empêcher le retour des habitants expulsés. »

 

Cela a aujourd’hui un petit air de déjà vu ! L’objectif était de créer un « fait accompli », de rendre cette situation irréversible en vue de la déclaration d’indépendance prévue le 15 mai 1948.

 

Jacques Baud écrit : « Entre la fin 1947 et la fin 1948, les groupes juifs (puis israéliens) avaient conquis environ 80 % du pays, détruit environ 500 villages et poussé à l’exil plus d’un million d’individus. »

 

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclama à Tel Aviv la naissance de l’Etat d’Israël. Le lendemain, les pays arabes voisins – l’Egypte, la Transjordanie, la Syrie – attaquèrent le territoire d’Israël espérant en expulser les Juifs. Les Israéliens ont appelé cette offensive la « Guerre d’Indépendance ». Au terme de cette guerre, en avril 1949, les Arabes ont perdu. Le germe de Tsahal composé des combattants du Palmach et de la Haganah était bien armé, entraîné et organisé.

 

 

David Ben Gourion lit la déclaration de création et d'indépendance de l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. Le lendemain, la guerre a commencé par l'offensive de trois pays arabes : l'Egypte, la Transjordanie et la Syrie.

David Ben Gourion lit la déclaration de création et d'indépendance de l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. Le lendemain, la guerre a commencé par l'offensive de trois pays arabes : l'Egypte, la Transjordanie et la Syrie.

 

 

Le bilan : les Israéliens ont conquis aux Arabes 45 % des territoires qui leur étaient attribués par le plan de partage de l’ONU. Cependant, ils ne réussirent pas à prendre la partie orientale de Jérusalem et la Cisjordanie. D’autre part, en 1949, 750 000 Arabes ont été expulsés, soit 50 % des Arabes de Palestine.

 

Une conscience nationale palestinienne est née dans ces camps et même parmi les Arabes qui étaient restés en Israël, sans qu’ils ne l’expriment ouvertement. Dans les camps de réfugiés, il n’y avait en 1949 aucune organisation politique. Cependant, si jusqu’en 1967, la situation resta figée, une résistance palestinienne se structura peu à peu dans les camps de réfugiés et se livra à des attaques terroristes dans les kibboutzim et dans les villages israéliens isolés. Avec l’appui de Gamal Abdel Nasser, les Palestiniens se structurèrent politiquement sous l’impulsion de Yasser Arafat. Ce fut la naissance de l’OLP (l’Organisation de Libération de la Palestine) qui regroupait plusieurs fractions adhérant à une Charte adoptée en 1964 à Jérusalem Est.

 

Elle stipulait : « 1 - La Palestine est une terre arabe unie par des liens nationaux étroits aux autres pays arabes. Ensemble, ils forment la grande nation arabe.

2 - La Palestine avec ses frontières de l’époque du mandat britannique constitue une unité régionale indivisible. »

C’était inacceptable pour les Israéliens puisque cette Charte ne reconnaissait que les Juifs qui vivaient en Palestine avant 1948.

 

La guerre dite des Six Jours en juin 1967 bouleversa tout. Une fois de plus, les Arabes connurent une cuisante défaite. Israël s’est révélé être la principale puissance dans la région. Les Palestiniens connurent l’occupation en Cisjordanie et à Gaza. Les actes terroristes se multiplièrent. On était rentré dans le cycle action – répression qui coûta de nombreuses vies humaines de part et d’autre. En1970, ce fut le « septembre noir ». Les Jordaniens expulsèrent les Palestiniens qui se réfugièrent au Liban. Cette arrivée massive de Palestiniens fut à l’origine de la guerre civile qui se déclencha dans le pays du Cèdre en 1976.

 

 

Yasser Arafat "adoubé" par Nasser en présence du roi Faysal d'Arabie en 1970.

Yasser Arafat "adoubé" par Nasser en présence du roi Faysal d'Arabie en 1970.

 

En 1973, les Israéliens furent surpris par l’offensive égyptienne au Sinaï, même si Tsahal put avancer jusqu’à une centaine de kilomètres du Caire. Cette guerre eut pour conséquence les premières négociations israélo-arabes, dites de Camp David, sous le chapeautage du président étatsunien Carter. Israël rendit le Sinaï aux Egyptiens et, surtout, le canal de Suez fut réouvert. Les Accords de Camp David ont été signés le 17 septembre 1978 par le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous la médiation du président américain Jimmy Carter. Ces accords ont servi de base à un traité de paix ultérieur entre l'Égypte et Israël, signé en 1979. Ce fut le premier traité de paix adopté par Israël depuis sa naissance. Et il n’était toujours pas question des Palestiniens.

 

Cependant, le terrorisme palestinien se renforça durant cette période. La prise d’otages de la délégation israélienne aux Jeux Olympiques de Munich en 1972 fut l’acte le plus spectaculaire et meurtrier des commandos palestiniens. En 1982, Israël envahit le Liban à l’initiative d’Ariel Sharon avec pour objectif d’éliminer l’OLP réfugiée à Beyrouth. On était en pleine guerre civile. Les phalangistes maronites se battaient aussi contre les Palestiniens. À la suite de pressions internationales, l’OLP et Yasser Arafat purent s’installer à Tunis loin des frontières israéliennes et des territoires occupés. Il y eut aussi la tragédie de Sabra et Chatila, un camp de réfugiés palestiniens, où les phalanges du leader maronite Gemayel se livrèrent à des massacres sans que l’armée israélienne ne s’interpose.

 

 

Les massacres de Sabra et Chatila commis par les phalangistes libanais éclaboussèrent les Israéliens. Il y eut d'ailleurs un procès à Tel Aviv.

Les massacres de Sabra et Chatila commis par les phalangistes libanais éclaboussèrent les Israéliens. Il y eut d'ailleurs un procès à Tel Aviv.

 

 

Le 9 décembre 1987, c’est le début de la première Intifada. Il s’agit de la première révolte massive des Palestiniens de Cisjordanie. Quelques jours après à Gaza, c’est la fondation du Hamas sous l’impulsion de Cheik Yassine. Malgré les attentats, les dirigeants israéliens de l’époque ne voyaient pas d’un mauvais œil la naissance de ce nouveau mouvement, car ils estimaient qu’il pouvait s’opposer sérieusement à l’OLP (lire Charles Enderlin, Le grand aveuglement) qu’ils considéraient comme leur principal ennemi.

 

En 1991, éclate la guerre du Golfe après l’invasion du Koweït par les Irakiens. L’OLP prend fait et cause pour l’Irak de Saddam Hussein, ainsi que le roi Hussein de Jordanie, ce qui entraînera des conséquences par après. Cependant, sous l’égide de Moscou et de Washington eut lieu le 30 octobre de la même année l’ouverture à Madrid d’une conférence sur la paix au Proche Orient. De premières négociations débutèrent en novembre entre Israéliens et Palestiniens. Elles aboutiront à ce qu’on a appelé les accords d’Oslo.

 

Un processus était lancé pour la première fois en plus d’un siècle de conflit entre Juifs et Arabes vivant en Palestine historique entre la Mer et le Fleuve occupée entièrement par l’Etat d’Israël.

 

Ce processus fut émaillé d’espoirs et de désillusions, de réconciliations et de haines, de paix et de guerre. Et il est toujours inachevé et menacé aujourd’hui.

 

Nous l’analysons dans la deuxième partie de cette contribution.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Prochaine publication : De la mer au fleuve : Un ou deux Etats ? De l’espoir à l’extermination

 

 

Partager cet article
Repost0