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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 13:45

 

 

 

contrôle l’avenir et qui contrôle l’avenir contrôle le passé ». Cette sentence du « 1984 » de George Orwell définit le triomphe du totalitarisme. Au fond, le pouvoir est absolu s’il efface le temps. Un esprit n’est libre que s’il maîtrise le temps. Il peut analyser le passé, il peut maîtriser son présent et construire son avenir. C’est en lui ôtant le temps que s’installe la dictature.

 

Vouloir effacer le passé est une entreprise totalitaire quel qu’en soit le motif, car la mémoire dérange les pouvoirs absolus qui font table rase du passé mais aussi qui en retiennent les éléments qui leur conviennent quitte à les falsifier.

 

 

 

Dessin des pingouins paru dans le "Monde". Très bonne image du débat sur le "passé"

Dessin des pingouins paru dans le "Monde". Très bonne image du débat sur le "passé"

 

 

 

Cette question fondamentale se pose avec la mobilisation anti-raciste déclenchée par le meurtre de George Floyd à Minneapolis. Il est désormais question d’effacer le passé esclavagiste des Etats-Unis et le colonialisme européen en détruisant les statues et effigies des chefs d’Etat, de militaires, ou des hommes d’affaires considérés comme responsables des crimes qui ont accompagné l’entreprise coloniale et l’exploitation esclavagiste. Comme l’écrit le professeur Jean-Philippe Schreiber sur Facebook ce 11 juin 2020 :

 

 

 

George Floyd a subi à mort la "technique" de l'étranglement utilisé par plusieurs polices dans le monde.

George Floyd a subi à mort la "technique" de l'étranglement utilisé par plusieurs polices dans le monde.

 

 

 

« Des mémoires sont à vif, et c’est légitime, très certainement. Pour autant, la mémoire n’est pas l’histoire ; elle n’est jamais que le regard que nos sociétés portent aujourd’hui, au prisme des enjeux d’aujourd’hui, sur le passé. La volonté de décoloniser l’espace public n’est pas une manière de rendre justice à l’histoire, elle est une manière de panser les blessures de l’histoire ~ et en la matière il y aurait bien d’autres motifs de nettoyer l’espace urbain d’autres blessures mémorielles. »

 

Godefroid de Bouillon symbole de l’Eglise catholique conquérante

 

Par exemple, la statue équestre de Godefroid de Bouillon couronné, place Royale à Bruxelles est non seulement une insulte à l’esthétique, mais aussi à l’histoire. Il n’y a aucune raison d’honorer ce pillard, cet assassin de la Première Croisade qui n’était même pas roi. Mais, au moment où ce monument fut érigé en 1848, c’était, comme l’explique l’historien bruxellois Roel Jacobs, la fin de l’Unionisme – première période de l’histoire de la Belgique indépendante où catholiques et libéraux gouvernaient ensemble – et l’Eglise voulait glorifier son passé conquérant en « oubliant » qu’il fut sanglant. Elle cherchait à tout prix à réinstaller son pouvoir spirituel sur le territoire de la jeune Belgique qui avait été ébranlé par la Révolution française et la Révolution belge de 1830. C’est ce que symbolise cette statue placée juste en face de l’Eglise St-Jacques de Coudenberg qui est la paroisse de la très catholique royauté belge.

 

 

 

La statue de Godefroid de Bouillon à la Place Royale à Bruxelles. Le personnage semble sortir de l'Eglise St-Jacques de Coudenberg pour se lancer à la conquête des mécréants.

La statue de Godefroid de Bouillon à la Place Royale à Bruxelles. Le personnage semble sortir de l'Eglise St-Jacques de Coudenberg pour se lancer à la conquête des mécréants.

 

 

 

Faut-il pour autant démolir l’effigie de ce personnage ? Certes, elle est la glorification d’un meurtrier et d’un envahisseur. De plus, il n’y a aucune raison qu’elle se trouve à cet endroit d’autant plus que cette statue casse la perspective de la rue de la Régence et celle de la place Royale qui aurait un autre lustre en étant dépouillée de tout édifice. Ce sont deux motifs suffisants pour l’éradiquer. Plus récemment, un troisième argument est avancé : ce monument est une insulte à l’Islam. Là, nous tombons dans l’anachronisme. En 1848, il n’était pas question d’islamisme et d’islamophobie. Alors que cette question est souvent tragiquement d’actualité, pourquoi s’en prendre à cette statue vieille de plus d’un siècle et demi ? Elle n’a pas été édifiée dans le but d’affronter les Musulmans. Même si les Croisades furent des expéditions sanguinaires d’extermination, elles font partie de l’Histoire. Sans elles, l’Europe ne serait jamais sortie du Moyen-âge grâce d’ailleurs à l’immense patrimoine intellectuel gréco-arabe pillé par les Croisés. Cela prouve qu’une vision binaire de l’Histoire peut conduire aux pires erreurs. L’Histoire n’est ni le bien ni le mal, elle est la réalité humaine à travers le temps.

 

 

Aussi, l’Histoire est un outil essentiel pour comprendre l’évolution des choses. Lorsqu’il y eut le début de la colonisation en Afrique noire au XIXe siècle, la droite comme la gauche y voyaient une grande avancée. Pour les uns, c’était un enrichissement et la montée en puissance des nations européennes, pour les autres, il s’agissait de donner la « civilisation » aux populations indigènes, c’était donc une mission libératrice. Nul ne voyait le caractère oppresseur des colonies. À de rares exceptions, les massacres et l’exploitation quasi esclavagiste des Noirs étaient ignorés. C’est Marx qui fut le premier grand penseur à dénoncer le colonialisme comme mécanisme d’exploitation des classes par le capitalisme.

 

Le racisme, c’est la matrice de la colonisation.

 

Le colonialisme était-il dicté par le racisme ? En partie. À l’époque, on considérait le Noir qu’on appelait le nègre, comme un être inférieur. Certains pensaient qu’il n’était même pas humain. Comme l’écrit l’historienne Bérangère Piret : « Le racisme, c'est la matrice de la colonisation. Les Belges étaient persuadés qu'ils étaient biologiquement supérieurs aux Congolais. C'est le fondement de tout le reste » Le racisme servait donc de justification aux crimes abominables qui eurent lieu au Congo pendant la période dite de l’Etat indépendant du Congo, propriété du roi des Belges de l’époque, Léopold II. Ces crimes étaient commis pour des motifs d’exploitation des ressources de cette immense région d’Afrique Noire. La colonie belge est venue par après. Si elle ne connut pas de massacres similaires, elle procéda à la destruction des structures sociales et culturelles de cette région du monde. Il y eut aussi pillage non seulement des ressources, mais aussi de l’art africain. Il était de bon ton en Belgique, dans les demeures bourgeoises de la première moitié du XXe siècle, d’y exposer des œuvres d’art congolaises comme des masques et des sculptures en bois précieux et en ivoire, le même ivoire qui consistait aussi une ressource précieuse. Pour ce faire, on procédait déjà au massacre des éléphants.  

 

 

 

Statue équestre du roi des belges Léopold II taguée. Il régna de 1865 à 1909 et  se paya un immense territoire en Afrique centrale et qu'il nomma "Etat indépendant du Congo" avant de le donner à son pays qui en fit le Congo belge, la plus grande colonie d'Afrique centrale qui fut indépendante en 1960. De nombreux crimes y furent commis, au point  qu'on évoque un génocide.

Statue équestre du roi des belges Léopold II taguée. Il régna de 1865 à 1909 et se paya un immense territoire en Afrique centrale et qu'il nomma "Etat indépendant du Congo" avant de le donner à son pays qui en fit le Congo belge, la plus grande colonie d'Afrique centrale qui fut indépendante en 1960. De nombreux crimes y furent commis, au point qu'on évoque un génocide.

 

 

 

Le racisme n’a rien à voir dans cet épouvantable néocolonialisme.

 

Après la décolonisation officielle d’Afrique centrale, les massacres de populations et le pillage des ressources se poursuivirent et s’accentuèrent. Et ici, on ne peut plus évoquer le racisme. Des hommes d’affaires véreux, des multinationales américaines comme européennes, des Chinois de l’Empire « communiste » du Milieu exploitent les richesses minières du Congo et particulièrement du Kivu en faisant des travailleurs congolais de nouveaux esclaves. Des milliers d’enfants crèvent dans ces exploitations minières dangereuses et polluantes. Il ne s’agit plus ici de racisme à proprement parler, il s’agit de l’exploitation éhontée de l’homme par l’homme. Et nous participons tous à cette exploitation.

 

 

 

Des esclaves enfants au Kivu extraient le fameux coltan indispensable à nos smartphones. Va-t-on au nom de notre petit confort, continuer à accepter cette horreur ?

Des esclaves enfants au Kivu extraient le fameux coltan indispensable à nos smartphones. Va-t-on au nom de notre petit confort, continuer à accepter cette horreur ?

 

 

 

Tous nos appareils « connectés » contiennent des métaux rares qui sont extraits dans le sous-sol du Kivu. Les batteries pour les voitures électriques contiennent des matériaux par ailleurs très polluants provenant de ces exploitations minières. Dès lors, on ferait bien de revoir fondamentalement toutes ces technologies qui créent une dépendance vis-à-vis d’entreprises transnationales, nous contraignent à participer à des conflits meurtriers pour le contrôle de ces régions minières, sont extrêmement polluantes et, en définitive, sont très coûteuses. Et il faut bien constater que le racisme n’a rien à voir dans cet épouvantable néocolonialisme.

 

 

L’Histoire est vivante.

 

 

Faut-il dès lors déboulonner les effigies des dirigeants colonialistes ? Non. Parce que cela ne sert à rien et c’est même nuisible. Cela attise les haines et les divisions dans le seul but d’assouvir une émotion légitime. Cela n’empêchera pas le meurtre d’autres George Floyd, cela ne combattra ce nouvel esclavagisme si utile à l’économie mondialisée. Et puis, c’est ignorer le sens même du concept Histoire.

 

 

Ainsi, quand on voit ce tragique passage du colonialisme au néocolonialisme, l’Histoire figée dans des statues qui sont avant tout des commémorations et des instruments idéologiques n’a pour objet que la perpétuation d’une époque donnée. Elle est nostalgique. L’Histoire, au contraire, doit être vivante, car elle doit nous donner les armes pour maîtriser notre évolution et appréhender celle de l’humanité qui n’est malheureusement pas toujours synonyme de progrès. Mais cette Histoire est le mouvement.

 

L’Histoire est un outil essentiel pour œuvrer à un monde plus juste. Non seulement, elle doit être enseignée partout, mais il faut donner le goût de l’Histoire à toutes et à tous. Qu’on soit ouvrier, ingénieur, artiste, artisan, paysan, commerçant, enseignant, soignant, policier, chercheur, cette matière nous fournit la base de l’esprit critique. Non seulement, nous devons toutes et tous l’apprendre, mais surtout en avoir le goût.

 

C’est le prix de la liberté et de la paix entre nous.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 22:38

La ville de Minneapolis théâtre de l'abominable crime contre George Floyd présente aussi et heureusement un autre aspect. Celui d'une ville ouverte et joyeuse. C'est celui-là qu'il faut retenir... et écouter !

Ecoutez et méditez !

 

 

 

Malheureusement, il manque quelque-chose. Observez bien ! Ne voyez-vous pas ? Allons ! Cela saute aux yeux ! 

 

Où sont les Blacks ?

 

 

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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 16:27

 

 

 

« Distanciation sociale » ! Quelle abominable expression devenue le mot d’ordre dès le déclenchement de la pandémie COVID-19 ! Ce mot d’ordre, même s’il est indispensable, infantilise les citoyennes et les citoyens. Il leur donne deux instructions. La première : éloignez-vous les uns des autres, protégez-vous vous-mêmes. C’est à vous et à vous seuls d’assurer votre assistance. La seconde :  obéissez sans discussion aux instructions du gouvernement. Ne contestez rien, ne vous écartez pas de la ligne que « nous » vous avons tracée pour « vous » protéger, bien entendu.  «Distanciation physique » aurait été approprié. Mais...

 

 

 

Eloignez-vous partout les uns des autres ! (photo prise à Singapour)

Eloignez-vous partout les uns des autres ! (photo prise à Singapour)

 

 

 

Jusqu’à présent, à l’exception de quelques-uns, dont la philosophe française Barbara Stiegler, personne n’a relevé l’épouvante sémantique de « distanciation sociale ». Pourtant, elle s’inscrit dans la pure logique néolibérale.  Prenons un exemple.

 

 

Une forme importante de distanciation est assurée par la généralisation du télétravail. Les travailleurs sont dès lors isolés chez eux, fort souvent dans des logements trop étroits, ce qui pose un problème de cohabitation au sein d’une même famille, les immeubles à bureaux qui ont envahi l’espace urbain depuis des années, se vident. Le travailleur ne disposera plus de son propre bureau qui était son espace personnel en son lieu de travail. Lorsqu’il se rendra un jour ou deux par semaine, il partagera avec ses collègues présents les tables et les sièges pour pouvoir répondre aux demandes de sa hiérarchie. Cela aura à terme d’énormes conséquences.

 

 

 

Le télétravail isole les travailleurs et rompt les solidarités.

Le télétravail isole les travailleurs et rompt les solidarités.

 

 

 

Sur le plan du travail, le travailleur sera isolé. Il n’y aura donc plus de contacts donc plus de solidarité dans l’entreprise elle-même. Cela déforcera considérablement le monde du travail par rapport au patronat. Le télétravail risque aussi de générer un chômage massif. En effet, rien n’empêche les entreprises de faire appel au télétravail dans des pays à bas salaires comme l’Inde, le Vietnam, le Pakistan, par exemple. Un autre aspect : s’il y a généralisation du télétravail, il y aura une transformation fondamentale de l’espace urbain. Les transports publics vont subir un important bouleversement : ils devront réduire considérablement leur offre. Certaines infrastructures qui ont nécessité d’énormes investissements deviendront ainsi inutiles. La vie urbaine tombera en léthargie. Les petits commerces, l’HoReCa dans son ensemble disparaîtront. Seuls quelques hôtels et restaurants étoilés subsisteront. Les villes seront foncièrement transformées au point que la fonction de ville sera sans doute à redéfinir. Sans doute vers un espace uniquement consacré au business. Quant aux espaces ruraux, ils seront soit consacrés à l’agriculture intensive industrialisée, soit au tourisme, soit encore laissés pour compte, là où ils ne représentent aucun intérêt économique.

 

Tout cela n’est pas de la science-fiction. Ce sont des probabilités. Certes, le télétravail n’est pas encore généralisé, car il y a encore pas mal d’obstacles. Mais il s’inscrit en plein dans le projet néolibéral. Le néolibéralisme ou le capitalisme absolu a pour objectif d’atomiser la société. Il ne s’agit pas d’épanouir l’individu d’un « collectivisme oppresseur », mais d’atomiser la société qui serait ainsi composée d’individus isolés dont le double objet est de produire et de consommer. Comment procède-t-il ? Naomi Klein l’a bien démontré dans son remarquable ouvrage « La stratégie du choc » (Actes Sud 2008). Le capitalisme se sert des chocs majeurs pour pouvoir mettre en place son projet. La crise sanitaire avec le confinement fut l’occasion de mettre en place le télétravail généralisé, nouvel instrument d’exploitation qui imposera encore plus le capital au détriment du travail.

 

 

 

L'essayiste, journaliste et militante canadienne Naomi Klein a damirablement démontré la stratégie du capitalisme absolu qui bouleverse notre société dans le monde entier.

L'essayiste, journaliste et militante canadienne Naomi Klein a damirablement démontré la stratégie du capitalisme absolu qui bouleverse notre société dans le monde entier.

 

 

 

Vous comptez les lits. Nous comptons nos morts !

 

La pandémie a aussi transformé de fond en comble le secteur de la santé. Dès le début, on a tout centralisé sur les hôpitaux au détriment des soins à domicile ou dans les maisons de repos (ou EHPAD, comme on dit en France) en négligeant le rôle fondamental des médecins généralistes, des pédiatres et des gériatres. On a même donné instruction aux généralistes de soigner par téléphone. La volonté manifeste était d’éloigner les patients de leurs thérapeutes. On a observé en outre que les hôpitaux comme les maisons de repos étaient tragiquement sous-équipés, notamment par le manque de respirateurs et d’autres appareils essentiels de soins. N’oublions pas non plus la saga des masques. Tous les personnels soignants, de l’aide-soignante au médecin n’ont pas disposé pendant longtemps de masques en suffisance. On a négligé aussi des services publics qui auraient pu être d’une utilité fondamentale, comme la médecine du travail dans les entreprises et l’inspection médicale scolaire dans les écoles, les collèges, les lycées, les athénées. Si on avait fait appel à ces services, on aurait sans doute pu éviter le confinement total et maintenir une activité économique et de l’enseignement, certes ralentie, mais effective. Mais il faut bien constater que des décennies d’économies budgétaires et de démantèlement des services publics ont détérioré gravement les organismes publics de santé comme les hôpitaux et les différents services évoqués ci-dessus, sans compter la généralisation d’une médecine à « deux vitesses ».

 

Ce qui fait dire par beaucoup : « Vous comptez les lits, nous comptons nos morts. »

 

Fut-ce intentionnel ou par négligence ? La question de l’organisation de la puissance publique est posée. L’incapacité des gouvernements à prendre des décisions et à définir une politique cohérente en bien des domaines est évidente depuis longtemps. Pour quelles raisons ?

 

On assiste depuis plusieurs années à une transformation des gouvernements. Les personnalités politiques deviennent des « experts » bardés de diplômes, souvent les mêmes, comme ceux de la fameuse ENA française, ou Science Po, ou économie. Pas mal de ces personnalités – de par leur vie professionnelle ou leurs relations – sont liées à des grands intérêts économiques et financiers. Ainsi, on se souvient de l’affaire Agnès Buzyn en France et de l’attitude plus que surprenante de la ministre belge de la Santé, Maggie De Block. Elles sont toutes deux proches du secteur pharmaceutique qui est le grand gagnant de cette crise du COVID-19. Quelles sont les causes de tout cela ?

 

La philosophe Barbara Stiegler, professeure à l’Université de Bordeaux-Montaigne et auteure de l’ouvrage « Il faut s’adapter ! » (Gallimard, 2019) n’y va pas par le dos de la cuiller. Elle analyse pour « Libération » (29 mai 2020) l’impact de la crise du COVID-19.

 

 

 

La philosophe Barbara Stiegler jette un regard lucide et sans complaisance sur cette crise du COVID-19

La philosophe Barbara Stiegler jette un regard lucide et sans complaisance sur cette crise du COVID-19

 

 

 

« La société du sans-contact et la dématérialisation des activités favorisent la dissolution du collectif et l’étouffement des luttes sociale, qu’il importe de poursuivre après la crise. »

 

 

Madame Stiegler dénonce le gouvernement d’experts.

 

 

« Ce qu’on appelle de manière un peu floue « le gouvernement des experts » est contesté depuis des années avec la défiance grandissante des publics, envers une science de plus en plus instrumentalisée par les forces dominantes, économiques et politiques. »

 

 

Cette crise sanitaire, les « experts » ne l’ont pas vu venir. Ce sont les citoyens – entre autres des personnes revenant d’Asie – des groupes de chercheurs indépendants et les soignants qui ont alerté. La ministre française de la Santé à l’époque, Agnès Buzyn, une « experte », et la ministre belge, Maggie De Block, aussi une « experte », toutes deux évoquées plus haut, ont au début de l’année 2020 « rassuré » en affirmant que c’était une simple grippe et que cela ne prendrait guère de proportions importantes. Bien vu les « expertes » !

 

 

 

Rencontre entre la ministre française de la Santé Agnès Buzyn (aujourd'hui ex) et la ministre belge de la Santé  Maggie De Block. Le choc des expertes !

Rencontre entre la ministre française de la Santé Agnès Buzyn (aujourd'hui ex) et la ministre belge de la Santé Maggie De Block. Le choc des expertes !

 

 

 

Ce nouveau pouvoir des « experts » s’inscrit dans le projet néolibéral selon l’Universitaire bordelaise. « Le management néolibéral qui sévit dans le monde entier fait, lui, clairement rupture avec ce projet politique fondateur [à partir de la Révolution française, la démocratisation du savoir, c’est-à-dire la diffusion du savoir pour tous mais qui s’est enfermé dans une « élite de la nation »] transformant de fond en comble le sens de nos institutions d’enseignement et de recherche hérité de la Révolution et des Lumières. »

 

Dans quel but ?

 

« S’il dessaisit les anciens mandarins de leur magistère, et avec eux ces chefs de service hospitaliers entrés en grève [en France] dès avant la crise sanitaire, c’est pour les mettre au service d’un agenda dominé par la mondialisation, la compétition, l’adaptation et l’innovation, agenda sur lequel nos démocraties n’ont jamais été invitées à délibérer. »

 

Une preuve en est l’affaire du « Lancet », cette revue scientifique médicale britannique de réputation mondiale qui a diffusé des données falsifiées pour faire retirer l’hydrox chloroquine du marché et le faire interdire comme remède éventuel contre le coronavirus. Dans quel but ? Pour imposer un vaccin qui n’existe pas encore et dont on ignore même jusqu’à l’utilité ? Nous nous interdisons d’entrer dans des débats relatifs à la santé, mais on peut se poser des questions sur les raisons de ce tragique cafouillage.

 

D’autres aspects qui entourent cette crise sont particulièrement inquiétants. Ainsi, le projet de basculement massif de l’Université vers le numérique va amener son contrôle par les algorithmes et ce sera irréversible. Ainsi, ajoute Barbara Stiegler :

 

 

« Au lieu d’aller vers des écoles, des universités et des laboratoires ouverts à l’ensemble de la société, rendant le savoir public, nous serions en train d’amorcer comme en santé un grand « virage ambulatoire » renvoyant à domicile chaque étudiant, chaque élève et chaque famille pour les centrer sur la capitalisation privée de compétences, vitale dans un monde compétitif (…). C’est ce processus qui a conduit à fermer des lits d’hôpitaux et d’arrêter de recruter provoquant la catastrophe qu’on sait. »

 

La logique de dispersion des élèves et étudiants correspond à celle de la « domiciliation » des travailleurs avec le télétravail. Cela n’est pas un hasard ! On observe une fois de plus l’extraordinaire capacité des dirigeants du Capital à profiter du choc provoqué par les crises pour faire avancer leur projet de société à marche forcée. C’est ce qu’avait démontré Naomi Klein.

 

 

 

Le romancier et cinéaste Gérard Mordillat se mobilise pour une autre société.

Le romancier et cinéaste Gérard Mordillat se mobilise pour une autre société.

 

 

 

Laissons la conclusion au romancier et cinéaste Gérard Mordillat qui a dit :

 

« Le Covid-19 et le confinement qui nous a été imposé est au niveau mondial un test incroyable de soumission à l'autorité". Gérard Mordillat fait le rapprochement avec les études menées par le sociologue Stanley Milgram sur le consentement à l'autorité, dans les années 50 et 60 aux USA : "Dans le confinement on nous fait obéir à des ordres dont on a aucun moyen de vérifier le fondement, et au nom de la sécurité, nous courbons la tête et nous obéissons, ça ressemble beaucoup à ces expériences, il faut habituer la population à obéir, voilà ce que m'a inspiré ce confinement. »

 

 

 

Les SDF parqués à Las Vegas. Voilà comment on s'en occupe !

Les SDF parqués à Las Vegas. Voilà comment on s'en occupe !

 

 

 

Enfin, n’oublions pas les « oubliés » ! Ces groupes qui sont en marge de la société et qui sont les vrais laissés pour compte de la crise du COVID-19. Pensons aux SDF, aux chômeurs de longue durée, aux familles dites monoparentales, aux femmes seules. Bref, à toutes ces personnes, tous ces groupes qui dérangent. Qui s’en est occupé dans la crise ? Quand on voit comment les vieux ont été traités, il n’est pas interdit de dire qu’elles ont été purement et simplement abandonnées à leur sort.

 

 

Est-ce volontaire ou non ? Sans tomber dans le complotisme, il est permis de se poser la question.

 

Oui, la distanciation sociale est bien la dissolution sociale !

 

Pierre Verhas

 

 

 

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 10:05

 

 

 

Jamais dans l’histoire contemporaine, en dehors des périodes d’occupation, nos pays prétendument démocratiques n’ont vécu une telle restriction des libertés fondamentales et un tel bouleversement des bases même de notre société. Tout cela à cause d’un virus dont la nuisance était prévisible depuis plusieurs semaines.

 

Depuis la mi-mars 2020, il est interdit sous peine d’amendes ou de peines de prison de circuler sans motif « essentiel », c’est-à-dire s’alimenter, faire des transactions financières, se soigner, travailler. Toute manifestation ou réunion est aussi prohibée. Les frontières sont fermées ôtant tout son sens au premier principe de base de l’Union européenne par ailleurs bien ébranlée : la liberté de circulation. L’école obligatoire et les universités sont abolies. Des millions de travailleurs sont mis d’office au chômage. Des milliers de commerces ont dû fermer à l’exception des grandes surfaces alimentaires. D’innombrables entreprises ont cessé leurs activités et plusieurs d’entre elles ne seront plus en mesure de les rouvrir.

 

Les gouvernements occidentaux ont prôné le télétravail sans en mesurer les conséquences sociales, économiques et de sécurité. Il n’y a aucun statut du « télétravailleur » et, en plus, il est isolé à son domicile qui devient une annexe à l’entreprise qui l’emploie. Quid par exemple du temps de travail, du salaire, du régime de sécurité sociale ? Pas de réponse ni du côté patronal, ni du côté syndical. Le télétravail fragilise les entreprises, car la sécurité informatique n’est plus garantie face aux cyber-attaques. Un PC n’est pas équipé pour y faire face et peut servir d’accès à une cyber-attaque visant l’entreprise ! Sur le plan économique, il y aura des conséquences indirectes – dont certaines peuvent être positives – par exemple sur les transports individuels comme collectifs, sur toutes les PME qui vivent dans l’environnement des grands centres économiques urbains ou périurbains qui seront sans doute transformés. En revanche, il faut s’attendre à un tsunami de fermetures d’entreprises avec les plans sociaux afférents et une désertification économique touchant de plein fouet des régions déjà en difficulté avec son cortège de chômage de masse et de misère. Le secteur aéronautique est d’ailleurs le premier touché : la compagnie belge SN Brussels Airlines désormais entre les mains de l’allemande Lufthansa, est au bord de la faillite. Ryanair annonce des réductions drastiques de salaires et du « dégraissage » de personnel.

 

La Commission européenne et le patronat ont déjà répondu. Le MEDEF exige l’allongement de la durée du travail pour rattraper le « temps perdu » tandis que la Commission prône l’accentuation des traités de libre échange pour relancer l’économie mondiale. De plus, elle rappelle que le traité budgétaire n’est que suspendu et reprendra dès la fin de la pandémie.  En échange, on offre un hochet à l’opinion avec la potion magique du « new deal vert », un de ces sempiternels programmes économiques saupoudrés d’écologie qui va en principe donner une tout autre orientation. Ce n’est qu’un miroir aux alouettes de plus. Tant que le pouvoir absolu des entreprises transnationales s’exercera sur l’ensemble du monde capitaliste, rien de fondamental ne changera Et c’est sans compter avec la montée en puissance de la Chine qui petit à petit tente d’imposer son propre système, même si elle a montré certaines faiblesses pour le moment.

 

Bref, ceux qui pensent que le « monde d’après » sera meilleur se font de douces illusions. Tant que les rapports de forces ne seront pas profondément bouleversés, tout redeviendra comme « avant ».

 

 

 

Un méchant virus bouleverse le monde. Oui mais quel monde ?

Un méchant virus bouleverse le monde. Oui mais quel monde ?

 

 

 

Alors, soyons concret. Posons-nous deux questions essentielles.

 

Premièrement, a-t-on bien réagi face à la pandémie ?

 

La réponse est évidemment non. Tout d’abord, les gouvernements étaient avertis de la menace depuis le troisième trimestre 2019. L’OMS avait notifié aux Etats-membres qu’une pandémie allait survenir après celle du SRAS. Quand les risques de la pandémie étaient devenus inéluctables, les dirigeants ont été très lents à la détente et, souvent, n’ont pas pris les décisions adéquates. Ainsi, peut-on discuter du confinement généralisé qui cache mal une absence totale de politique de lutte contre la pandémie.

 

Cependant, n’accusons pas trop vite les politiciens actuels de la faiblesse de l’Etat, même si les plus anciens d’entre eux y ont contribué. Ils n’en sont que les héritiers ! En réalité, si la puissance publique est en pleine déliquescence, c’est le résultat de quarante ans de néolibéralisme. Un épisode est significatif de l’impuissance et aussi de l’incapacité de l’Etat : c’est la saga des masques en Belgique comme en France.

 

Les délocalisations et le libre échangisme ont vidé l’Europe et en partie les Etats-Unis de leurs capacités industrielles. Aussi, il faut importer les masques de pays d’Asie, essentiellement de Chine. Et en l’espèce, la Belgique est championne en la matière ! En 2017, le stock stratégique de masques a été détruit sur ordre de la ministre de la Santé Maggie De Block. Curieusement, en France aussi… Au début de la pandémie, le gouvernement belge commande une grande quantité de masques à des fabricants chinois. Arrivés à bon port, on constate qu’ils ne sont pas conformes ! Et cela s’est produit trois fois ! Tout récemment, le ministre belge de la Défense, le libéral Goffin, lance un appel d’offres pour des masques. Le fournisseur retenu est un… intermédiaire « boîte aux lettres » du nom de Avrox au Grand-Duché du Luxembourg ! Il doit fournir 15 millions de masques. En réalité, Avrox traite, ou prétend traiter, avec des fabricants chinois et vietnamiens. Cette société est dirigée par un jeune millionnaire jordanien, riche héritier et propriétaire de fonds d’investissements dans les îles Caïman, domicilié à Malte, en plus un jeune restaurateur camerounais qui officiait à Cannes et un personnage issu du milieu des joueurs à Nice. De grands spécialistes des masques médicaux, donc ! Ce serait un gestionnaire de risques qui aurait apporté la garantie à l’équipe du ministre Goffin.

 

 

 

Hamza Talhouni, jeune héritier jordanien, administrateur délégué d'Avrox est un personnage pour le moins sulfureux.

Hamza Talhouni, jeune héritier jordanien, administrateur délégué d'Avrox est un personnage pour le moins sulfureux.

 

 

 

On peut douter que la loi belge sur les marchés publics autorise de traiter avec des intermédiaires pour des fournitures qui nécessitent un cahier des charges bien spécifique. De plus, ces personnages sulfureux semblent adorer les opérations financières occultes à l’ombre des palmiers des paradis fiscaux. Cette affaire, c’est le moins qu’on puisse dire, a un odorant parfum de scandale !

 

Ce serait risible s’il ne s’agissait pas de la santé de millions de personnes qui est en jeu ! « On » promet une commission d’enquête sur tous les errements qui se sont produits en Belgique pendant la pandémie… Wait and see, comme disent nos amis britanniques.

 

Et cela n’empêche pas le pouvoir de traiter ce avec mépris qu’on appelle pudiquement le personnel soignant. Sous payé, surexploité, courant d’énormes risques, la ministre de la Santé n’avait rien trouvé de mieux que de pondre deux arrêtés royaux de réquisition du personnel soignant et même de remplacement des effectifs indisponibles par des soignantes et des soignants non qualifiés !  Après une manifestation spectaculaire et non violente du personnel soignant, lors de la visite de la Première ministre au CHU Saint-Pierre de Bruxelles, le gouvernement a dû suspendre ces dispositions ! Il a senti le vent du boulet de la révolte ! Cet incident est cependant révélateur de l’attitude de « l’élite » à l’égard des travailleurs.

 

 

 

A l'arrivée de la voiture de la Première ministre Sophie Wilmes au CHU Saint-Pierre, le personnel soignant forme une haie de déshonneur en tournant le dos au cortège.

A l'arrivée de la voiture de la Première ministre Sophie Wilmes au CHU Saint-Pierre, le personnel soignant forme une haie de déshonneur en tournant le dos au cortège.

 

 

 

La seconde question : celle de la surveillance généralisée. On propose une technique de détection volontaire par smartphones : le tracing. Cela consiste à suivre toute personne ayant un smartphone et qui a téléchargé une application bien spécifique. Lorsque ladite personne rencontre un individu positif au Covid 19 et qui a téléchargé la même application, une alerte se déclenche. Ainsi, les services de recherche parviennent à connaître qui a été en contact avec toute personne « positive », ce qui leur permet de prendre d’éventuelles mesures de confinement. Cela se passe pour le moment en Israël : un individu sain qui aurait été en contact avec une personne positive est sommé de se confiner pendant quatre jours au terme desquels il subit un test de dépistage. Incontestablement, ce système est efficace, mais il pose pas mal de questions sur le plan de la liberté de circulation et de la vie privée, surtout dans un pays comme celui-là !

 

Anastasia Colosimo, auteur des « bûchers de la liberté », docteur en sciences politiques, voit une rupture avec les valeurs humanistes qui sont censées présider nos sociétés. (Le Figaro du 15 mai 2020) C’est en quelque sorte la prolongation du débat sur le transhumanisme : la technologie va-t-elle dépasser l’homme ? Madame Colosimo se gausse de tous ceux qui s’inquiètent de technologies comme le « tracing ». Elle écrit : « Le plus paradoxal chez ces « mutins de Panurge » est qu’ils confient un nombre incalculable d’informations autrement plus intimes aux Gafa avec lesquels aucun gouvernement ne peut rivaliser en termes de collecte ou de traitement, et cela sans qu’ils s’en émeuvent outre mesure. »

 

C’est exact. On ne mesure pas notre imprudence lorsque nous jouons avec Google ou Facebook. Cependant, si le tracing ne collecte qu’un nombre restreint d’informations qu’on garantit anonymes, le problème est qu’il va demeurer sous une forme ou sous une autre après la fin de la crise sanitaire. C’est ce qu’explique au Centre d’Action Laïque Madame Annemie Schaus, professeure de droit public à l’ULB. Elle montre dans cette vidéo que si on installe un système de traçage sur la base d’une application pour smartphones, ce système se perpétuera. Et petit à petit, on sera de plus en plus contrôlés sans que l’on puisse s’y opposer et souvent même à notre insu.

 

 

 

Les propos de Madame Schaus doivent nous faire réfléchir à l'avenir.

 

 

 

Allons-nous vers une « big brotherisation » de notre société ? Bien des éléments donnent à le penser. Voici un exemple édifiant. L’Association des Amis de la Terre démonte le rôle de l’application de vidéoconférence « Zoom » qui a de plus en plus de succès :

 

« Avec la hausse légitime des pratiques numériques, un logiciel a soudainement connu une grande notoriété, par exemple : Zoom. Il s’agit d’une société américaine de services de téléconférence basée en Californie. Si elle a connu dans un premier temps un succès immense pour son aspect intuitif et sa qualité d’appel (passage de 10 à 200 millions d’utilisateur.rices et une capitalisation boursière deux fois plus élevée que Twitter), la plateforme fait face aujourd’hui à de nombreuses accusations sur ses pratiques de collectes de données et sur la possibilité pour les employeurs de surveiller les travailleur·euses à distance. Effectivement, Zoom a un « indicateur d’attention » qui permet d’indiquer quand un·e utilisateur·rice passe sur une autre fenêtre. Si cela peut paraître justifié pour la prévention contre la triche dans le milieu scolaire, on peut facilement comprendre que cette raison n’est qu’une piètre excuse pour que ce logiciel soit prisé par les entreprises soucieuses de surveiller les faits et gestes de leurs employé·es. (…)

 

L’un des méfaits les plus récents de cette plateforme est l’envoi des données personnelles de ses utilisateur·rices à Facebook, même pour ceux et celles qui ne sont pas membre du réseau social. Parmi les données recueillies, on retrouve l’adresse postale et l’adresse IP, deux données qui ne sont pourtant absolument pas nécessaires à un logiciel de vidéoconférence. (…)

 

Ces entreprises ne font qu’évoluer sur leur marché et saisir des opportunités afin de grandir, une tendance d’accumulation de capital propre à notre système économique et qui ne laisse que très peu de place à la condamnation morale. Il est en effet indispensable d’appréhender ces nuisances comme partie d’intégrante du système capitaliste, là où des entreprises vont maximiser leurs profits par le vol de données personnelles, d’autres vont implémenter la 5G, ignorer le confinement, ou vendre des masques hors de prix. Si ces comportements doivent être expliqués, ça ne peut être qu’en tant que volonté de croissance traduisant la peur de disparaître, si on ne grandit pas, on est mangé. C’est la loi de la jungle néolibérale décomplexée qui ignorera toujours l’humain dans ses calculs froids. »

 

Un ami « facebookien » a retrouvé une citation du « Mein Kampf » d’Adolf Hitler qui s’applique très bien à la situation que nous vivons : « La meilleure façon de contrôler un peuple et de le contrôler complètement, c’est de lui retirer un petit peu de liberté à la fois, pour rogner ses droits par des milliers de réductions minuscules et presque imperceptibles. De cette façon les gens ne verront pas qu’on leur retire ces droits et ces libertés jusqu’au point où ces changements ne pourront plus être inversés. »

 

Alors, lorsque la crise du COVID-19 sera terminée, tout redeviendra comme avant, comme disent les pessimistes, ou un monde nouveau verra le jour, comme disent les optimistes ? Non ce qui est aujourd’hui provisoire finira par être définitif.

 

Le combat est loin d’être terminé.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 13:25

 

 

 

Dès le début de la crise du COVID-19, les hôpitaux risquant d’être saturés, il a été question de sélectionner les patients à guérir. Dès l’abord, l’attention s’est portée sur les personnes âgées, les vieux, les vioques ! On a même négligé les homes et résidences ou EHPAD comme on dit en France, en ne décidant pas ce qu’il fallait faire dès le début : des tests de dépistage systématique. Le confinement a été décrété le 14 mars 2020 en Belgique. Les tests systématiques n’ont réellement démarré que durant la semaine du 27 avril ! Et on a commencé par les homes pour personnes âgées. Aujourd’hui, on en fait partout, même sur les parkings des grandes surfaces commerciales !

 

 

 

Le dépistage massif débute péniblement en Belgique.

Le dépistage massif débute péniblement en Belgique.

 

 

 

Comment dès lors expliquer qu’on ait attendu tant de temps pour procéder à ce dépistage ? Qu’on ne vienne pas nous dire que l’on ne disposait pas des informations nécessaires sur le virus comme sur son dépistage. D’autres pays comme l’Allemagne et la Corée du Sud le pratiquaient depuis plusieurs semaines.

 

Non, la véritable cause est double : l’inefficacité du processus de décision au sein des instantes dirigeantes politiques et scientifiques et le poids insupportable des lobbies, notamment celui des entreprises transnationales pharmaceutiques. Mais, et c’est sans doute le plus grave, une idéologie nauséabonde s’installe peu à peu cautionnée par des universitaires de haut niveau. Il s’agit d’un mélange d’eugénisme et de darwinisme social. Ces systèmes de pensée qui ont jadis conduit aux pires crimes et excès qu’a connu le XXe siècle, particulièrement en Europe.

 

L’hypothèse génétique

 

Le quotidien belge francophone « Le Soir » du 5 mai 2020 fait état des recherches effectuées par le professeur émérite de l’Université de Namur, un économiste de haut niveau, Jean-Philippe Platteau et du chercheur FNRS Vincenzo Verardi, sur le déconfinement. Ils se basent sur la différence entre les nations et les régions « dans la prévalence du Covid-19 ». Et ces différences seraient génétiques ! Le professeur Platteau se base sur les résultats de recherches de microbiologistes de l’université de Gand qui ont « avancé qu’une partie des différences d’intensité de l’épidémie était imputable aux différences génétiques. » Voilà donc l’hypothèse génétique ! Mesure-t-on l’énormité de ces propos ? Le mot n’est pas prononcé ! Mais ce serait donc la race qui déterminerait le caractère de vulnérabilité d’une population à l’infection au coronavirus !

 

 

 

 

Le professeur émérite, Jean-Philippe Platteau, de l'Université de Namur, économiste, se consacre à l'économie de développement. Il vient de diriger une étude sur les méthodes de déconfinement où il aborde l'hypothèse génétique.

Le professeur émérite, Jean-Philippe Platteau, de l'Université de Namur, économiste, se consacre à l'économie de développement. Il vient de diriger une étude sur les méthodes de déconfinement où il aborde l'hypothèse génétique.

 

 

Et, se basant sur les conclusions de l’université gantoise, le professeur Platteau va encore plus loin. Il dresse une liste des populations génétiquement armées contre le virus. Ce sont celles de l’Autriche, de l’Allemagne, des pays scandinaves et du sud de l’Italie « sur lesquelles les conquêtes normandes ont laissé une empreinte biologique » !

 

Ahurissant ! On croirait lire un de ces bouquins de propagande pseudo-scientifiques des années 1930 traitant de la génétique des populations qui diffusaient les thèses nazies sur la « supériorité de la race aryenne » et particulièrement celle des « peuples germanique et nordique ». Le grand éphèbe blond est de retour !

 

 


 

L'éphèbe blond nordique, modèle de l'Allemagne nationale-socialiste, oeuvre du sculpteur d'Hitler Arno Breker qui  réalisa les bustes de Jean Cocteau et de Salvador Dali... Curieux autant que révélateurs rapprochements

L'éphèbe blond nordique, modèle de l'Allemagne nationale-socialiste, oeuvre du sculpteur d'Hitler Arno Breker qui réalisa les bustes de Jean Cocteau et de Salvador Dali... Curieux autant que révélateurs rapprochements

 

 

 

Ces Messieurs ajoutent que la structure sociale allemande joue un rôle fondamental. Ils avaient déjà élaboré un modèle mathématique de propagation de l’épidémie. Dans leur second modèle, ils se basent sur la structure sociale allemande comparée à celles de l’Italie et de la Belgique. Il s’agit donc du comportement des Belges, des Allemands et des Italiens dans leurs contacts sociaux. Ils ont modélisé les trois structures. Ils en concluent que le déconfinement serait bien moins dangereux en Allemagne où les contacts entre Allemands sont beaucoup moins fréquents qu’entre Belges et surtout qu’entre Italiens dont la structure sociale est bien plus conviviale.

 

Dès lors, les deux chercheurs concluent : « L’Allemagne cumule tous les avantages : le pays était bien préparé, ses habitants présentent des caractéristiques génétiques qui les rendent moins vulnérables au virus, et les comportements des individus contribuent à freiner l’épidémie. »

 

En plus, Platteau ajoute : « Il est impossible d’imaginer un déconfinement à l’échelle européenne. La diversité des peuples et des cultures à l’intérieur de l’Europe est trop grande pour permettre une solution générale aux problèmes complexes soulevés par cette pandémie. »

 

Donc, des scientifiques de haut niveau veulent démontrer que l’efficacité vient du patrimoine génétique d’une population donnée. Et, comme par hasard, il s’agit des populations nordiques. Les Normands qui ont occupé le Sud de l’Italie au Haut Moyen-âge et qui y ont laissé un précieux capital génétique ! Les Lombards – les plus atteints au départ par le Covid-19 – et les Toscans ne doivent pas être heureux d’apprendre cela. En plus, les Anglais ne doivent pas être contents non plus : les Normands les ont conquis en 1066. Ils y ont aussi laissé leurs gènes et, malgré cela, le Royaume Uni est un des pays les plus atteints par la pandémie ! Ne parlons pas des Etats-Unis qui sont le champion en la matière. Et l’Afrique ? On l’oublie ? Ce continent est le moins frappé par la pandémie. Quant à l’Asie, n’oublions pas que la pandémie est partie de Wuhan où on évoque une sombre histoire d’un laboratoire de microbiologie en partie financé par des intérêts français et qui aurait laissé échapper le méchant virus par accident. Bon. On n’en sait trop rien. Laissons les complotistes se défouler sur les réseaux sociaux… Et surtout, ne tirons pas de conclusions hâtives, définitives et réductrices.

 

Remise en question de l'existence de l'Union européenne : un moment historique

 

Ce qu’on sait cependant : les causes et le développement de la pandémie sont complexes, car elles dépendent de nombreux facteurs à la fois médicaux, sociaux, économiques, culturels. D’ailleurs, Platteau le reconnaît implicitement pour l’Europe. Il est donc très difficile de clicher un pays ou une région. Alors, évoquer la génétique d’une population donnée comme élément fondamental est non seulement incertain, mais aussi réducteur. Et, le plus grave, cette démarche dont on peut douter du caractère scientifique, ouvre la porte à des théories socio-politiques dont on a connu le résultat catastrophique, même monstrueux.

 

Ajouter en outre un regard critique sur la diversité européenne qui, là aussi, ne constitue pas une preuve de la difficulté de sortir de la crise sanitaire. Or, l'Europe, par essence, est diverse ! Les conclusions des chercheurs de l'Université de Namur remettent en question les fondements de l'Union européenne : l'Unité dans la Diversité.

 

Qu'on ne vienne pas dire qu'il n'aurait pas été possible de fixer une stratégie de déconfinement sur l'ensemble du territoire de l'UE. Il est vrai cependant que sa direction actuelle, qu'il s'agisse de la Commission, du Conseil ou du Parlement n'a guère démontré son efficacité au point que son existence est même menacée. 

 

Qu'on le veuille ou non. Nous vivons un moment historique.

 

Ajoutons que la renaissance de ces théories de darwinisme social et d’eugénisme n’est certainement pas l’intention du professeur Platteau et de son équipe. Mais, manifestement, ils n’ont pas pris la mesure des conséquences de leurs conclusions.

 

D’autant plus que la « bête » n’est ni morte, ni agonisante. Elle sort de son sommeil ! Et il est à la fois triste et d’un danger mortel que des équipes scientifiques de haut niveau l’y aident volontairement ou non.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 17:27

Par Nils Melzer

 

 

 

Parlons d’un autre confinement, bien pire que celui que nous vivons pendant cette pandémie du coronavirus : le confinement de Julian Assange 23 h sur 24 à la prison de haute sécurité londonienne de Belmarsh. Ici, le danger est bien plus sérieux. Il n’y a pas de soin possible, sinon sa libération pure et simple qui est, malheureusement, très peu probable.

 

Il est démontré par cet appel de Nils Melzer diffusé par le site «  Le Grand Soir » qui est seul site francophone à relayer systématiquement les informations sur cette dramatique affaire qui nous concerne tous. Que Victor Dejaj, Bernard Gensane et toute l'équipe soient remerciés.

 

 

Nous avons à plusieurs reprises évoqué l’action d’un homme courageux et d’un juriste de premier ordre qui s’est engagé à fond dans la défense de Julian Assange. Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, juriste suisse, professeur de droit international à l’université de Glasgow et à l’Académie de droit international et humanitaire de Genève. Il fut conseiller politique au ministère des Affaires étrangères de Suisse. Il a été aussi conseiller au Comité international de la Croix Rouge.

 

 

Melzer est donc un homme expérimenté et « the right man in the right place » pour l’analyse et la défense du cas Julian Assange.  Ici, il décrit avec minutie et sans fioriture la saga Assange depuis son expulsion de l’ambassade d’Equateur à Londres, son emprisonnement à la prison de haute sécurité de Belmarsch jusqu’à aujourd’hui où son procès en extradition vers les Etats-Unis dont on peut douter de la sérénité aura lieu dans le courant du mois de mai prochain. S’il est expulsé là-bas, il risque 175 ans de prison. Il sera en effet jugé en Virginie où une grande partie de la population locale travaille pour les services secrets US. On devine dès lors l’objectivité du jury dans un procès qui se déroulera à huis clos.

 

 

Melzer a réuni des preuves irréfutables d’acharnement judiciaire à l’égard de Julian Assange, de trafic de preuves, plus graves encore, de torture psychologique qu’il assimile à la torture physique en pire, parce que pernicieuse et ne laisse aucune trace visible ou vérifiable. Il donne son terrible constat : « toute personne qui ose mettre gravement en danger les privilèges des puissants sera publiquement privée de ses droits, humiliée et torturée à mort - comme au Moyen Âge européen. »

 

Oui, dans cette affaire, qu’on aime ou non Julian Assange, c’est l’Etat de droit qui est menacé partout où il existe. C’est le cri d’alarme lancé par Nils Melzer : « L’affaire Assange doit enfin être reconnue pour ce qu’elle est : une attaque totalitaire contre l’État de droit et la liberté de la presse, sans laquelle une démocratie saine n’est pas possible. Si nous ne voulons pas nous réveiller bientôt dans une dictature mondiale, nous ferions mieux d’ouvrir les yeux ! »

 

Julian Assange risque de payer de sa vie son travail d’information. Nous tous risquons de payer cher notre liberté perdue. C’est l’avertissement de Nils Melzer.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Nils Melzer ( photographie Yves Bachmann)

Nils Melzer ( photographie Yves Bachmann)

 

 

 

Le cas de Julian Assange, fondateur de Wikileaks, illustre bien la chute contemporaine de l’État de droit. Un réquisitoire par le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture.

 

Il y a des moments dans la vie où l’on a envie de se réveiller comme d’un cauchemar. C’est ce que j’ai ressenti lorsque je me suis de plus en plus impliqué dans le cas de Julian Assange, petit à petit, en plongeant de plus en plus profondément dans un monde sombre que je n’aurais jamais cru possible. En tant que rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, j’ai pour mandat d’enquêter sur les cas présumés de torture et d’exiger des comptes des États concernés. Dans le cas de Julian Assange, cependant, j’ai dû être approché deux fois avant de réagir. Je me suis dit : « un violeur, un hacker et un espion russe présumé qui se soustrait à la justice à l’ambassade équatorienne prétend être victime de torture ? » Après un premier scepticisme, j’ai cependant découvert une toute autre vérité.

 

De combattant pour la transparence à paria

 

Si les convictions de Julian Assange devaient se résumer à un slogan, ce serait probablement : ’La vie privée pour les citoyens - mais la transparence pour les gouvernements !’ Par le biais de sa plateforme WikiLeaks, il a publié des centaines de milliers de documents secrets, qui lui ont été communiqués par d’autres, sur les fautes commises par les États et les entreprises. Ces révélations ont fait le tour du monde : elles concernent la torture à Guantanamo, les victimes civiles en Afghanistan et les crimes de guerre en Irak, avec pour point culminant une vidéo intitulée ’Collateral Murder’. On peut y voir des soldats américains massacrer plus d’une douzaine de personnes depuis un hélicoptère à Bagdad, dont deux journalistes de Reuters. Lorsqu’un van s’arrête pour secourir les blessés, le sauveteur est lui aussi assassiné délibérément. Ses deux enfants survivent, grièvement blessés. Les soldats s’encouragent mutuellement, faisant des remarques désinvoltes comme si tout cela était un jeu vidéo. Le crime de guerre est parfaitement documenté, y compris en ce qui concerne sa préméditation, mais aucun des responsables n’a jamais eu à répondre de ses actes. L’armée américaine affirme n’avoir trouvé aucun acte répréhensible. Une odyssée commence pour Julian Assange.

 

 

Une conspiration de type gangster

 

 

Dans l’affaire Assange, plus on assemble des pièces de puzzle, plus il devient difficile d’échapper à l’impression d’une conspiration de type gangster. La diffusion intransigeante de vérités désagréables par Assange a bientôt contrarié pratiquement tout l’establishment dans le monde entier, qui s’est efforcé de le réduire au silence. En 2012, Wikileaks a publié un échange de courriels interne de Stratfor, une société de sécurité privée américaine qui a été décrite comme la ’CIA de l’ombre’. Aujourd’hui, cette correspondance se lit comme le scénario de ce qui se passe sous nos yeux depuis lors. Il a notamment été recommandé de déplacer Assange ’d’un pays à l’autre pour qu’il soit confronté à diverses accusations pendant les 25 prochaines années’ et, ce faisant, pour le discréditer complètement aux yeux du public. Les États concernés y sont parvenus, et j’ai moi aussi succombé à leur propagande au début. Toujours candidat au titre d’’Homme de l’année’ du magazine Time en 2010, le soutien à Julian Assange s’est rapidement effondré après que des allégations de viol ont été formulées à son encontre. Soudain, Assange était passé de combattant de la liberté à paria, dont la défense était devenue politiquement incorrecte.

 

 

Le harcèlement de l’Etat commence…

 

 

Fin juillet 2010, Wikileaks, en collaboration avec des journaux de renom tels que le New York Times, le Guardian et Der Spiegel, publie des documents explosifs sur la guerre en Afghanistan, le dénommé « Afghan War Diary ». Moins d’un mois plus tard, deux femmes se présentent à la police suédoise, un événement qui va marquer le début d’une décennie caractérisée par un arbitraire et une persécution sévères avalisés par l’État. L’une des femmes affirme avoir eu des rapports sexuels consensuels mais non protégés avec Assange et s’inquiète d’une possible infection par le VIH.

 

Avec l’aide de la police, elle espère faire passer un test à Assange. Lorsque la police tente de transformer son récit en un soupçon de viol, elle interrompt son entretien et rentre chez elle sans avoir signé le protocole. Dans un SMS adressé à une amie, elle écrit qu’elle ne voulait pas accuser Assange de quoi que ce soit, mais que la police voulait manifestement ’mettre la main sur lui’ (photo 1). Quelques heures plus tard, les journaux rapportent déjà qu’Assange fait l’objet d’une enquête pour double viol. La deuxième femme, cependant, n’est même pas interrogée avant le lendemain. De plus, la loi suédoise interdit de publier les noms du suspect ou des victimes pendant une enquête sur des infractions sexuelles.

 

 

 

Extraits de la transcription des SMS par les avocats de Julian Assange. Les femmes suédoises "SW" et "AA" n’ont pas du tout voulu dénoncer Assange pour viol, mais la police "a tenu à mettre la main sur lui" et a inventé des accusations (Source : déclaration de Julian Assange sur les allégations de viols suédoises à l’ambassade d’Equateur à Londres les 14-15 novembre 2016, paragraphe 88). (2)

Extraits de la transcription des SMS par les avocats de Julian Assange. Les femmes suédoises "SW" et "AA" n’ont pas du tout voulu dénoncer Assange pour viol, mais la police "a tenu à mettre la main sur lui" et a inventé des accusations (Source : déclaration de Julian Assange sur les allégations de viols suédoises à l’ambassade d’Equateur à Londres les 14-15 novembre 2016, paragraphe 88). (2)

 

 

 

Le nombre de violations des droits de la défense qui s’accumulent au cours des semaines suivantes est tout à fait grotesque : la première procureure clôt l’enquête préliminaire sur le viol en précisant qu’elle considérait que la déclaration de la femme était crédible, mais que ’le comportement qu’elle alléguait ne révélait aucun crime’ (photo 2). La police suédoise modifie alors la transcription de la déclaration de la femme sans procéder à un nouvel interrogatoire et, sur cette base, l’enquête est rouverte par une autre procureure. Après cela, Assange reste en Suède pendant trois semaines complètes, demandant à plusieurs reprises à la procureure de l’autoriser à répondre aux allégations formulées contre lui. Ses demandes sont systématiquement rejetées, pour des raisons telles que des difficultés d’emploi du temps ou un congé de maladie de l’officier de police responsable.

 

 

 

 

Suite des extraits. Les deux SMS mutuels des femmes après l’interrogatoire de la police : elles envisagent de rendre publique la mauvaise conduite de la police et de vendre l’histoire à un journal ; "AA" écrit à "SW" que leur avocat est en négociation avec le plus grand tabloïd suédois. (Source : voir ci-dessus).

Suite des extraits. Les deux SMS mutuels des femmes après l’interrogatoire de la police : elles envisagent de rendre publique la mauvaise conduite de la police et de vendre l’histoire à un journal ; "AA" écrit à "SW" que leur avocat est en négociation avec le plus grand tabloïd suédois. (Source : voir ci-dessus).

 

 

 

Avant qu’Assange ne quitte finalement le pays, il demande et obtient l’autorisation de la procureure pour partir. Quoi qu’il en soit, le jour même de son départ, la procureure délivre un mandat d’arrêt pour tentative d’évasion. Entre-temps, des procédures secrètes sont engagées contre Assange aux États-Unis. De Londres, Assange contacte à plusieurs reprises le ministère public suédois, lui proposant de venir en Suède pour être interrogé à condition qu’il ne soit pas extradé vers les États-Unis (photos 3 et 4).

 

 

 

Liste des offres de contact d’Assange à la Suède Assange a proposé plusieurs fois à la Suède de témoigner, mais n’a jamais été interrogé. Il est parti pour Londres avec l’autorisation du ministère public, et trois de ses ordinateurs portables sécurisés cryptographiquement ont été confisqués à l’aéroport. (Source : voir ci-dessus, paragraphe 12).

Liste des offres de contact d’Assange à la Suède Assange a proposé plusieurs fois à la Suède de témoigner, mais n’a jamais été interrogé. Il est parti pour Londres avec l’autorisation du ministère public, et trois de ses ordinateurs portables sécurisés cryptographiquement ont été confisqués à l’aéroport. (Source : voir ci-dessus, paragraphe 12).

Suite de l’énumération. Assange propose même de se rendre en Suède si on lui garantit qu’il ne sera pas extradé vers les États-Unis. (Source : voir ci-dessus).

Suite de l’énumération. Assange propose même de se rendre en Suède si on lui garantit qu’il ne sera pas extradé vers les États-Unis. (Source : voir ci-dessus).

 

 

 

Contrairement à la pratique internationale courante, ces offres sont systématiquement refusées par la Suède. Le scepticisme grandissant d’Assange est tout à fait justifié : quelques années auparavant, la police de la sécurité suédoise avait remis à la CIA deux demandeurs d’asile déclarés, sans aucune forme de procédure régulière. Ils ont fini par être torturés en Égypte.

 

 

… et s’envenime en un jeu truqué

 

 

Lorsque le Royaume-Uni insiste pour l’extrader vers la Suède, Assange demande - et reçoit - l’asile diplomatique à l’ambassade d’Équateur à Londres. Là, il est surveillé par une société de sécurité espagnole, avec des micros même dans les toilettes des femmes, apparemment sur ordre de la CIA. Toutes ses conversations sont systématiquement sur écoute et enregistrées - avec des confidents, des amis, des avocats et même des médecins. L’Équateur, confronté à de fortes pressions économiques, finit par sacrifier Assange pour un prêt du FMI de 4,2 milliards de dollars : après un changement de pouvoir en Équateur et près de sept ans d’asile à l’ambassade, le nouveau président suspend la citoyenneté équatorienne accordée à Assange par son prédécesseur et lui retire son statut de réfugié - dans les deux cas sans aucune procédure légale.

 

 

La police britannique l’arrête et, le même jour, un juge le condamne pour avoir enfreint les conditions de libération sous caution britannique en s’enfuyant vers l’ambassade équatorienne. Bien que le fait d’avoir reçu l’asile diplomatique doive automatiquement être considéré comme disculpatoire, la juge a du mal à imaginer un cas plus grave de violation de la liberté sous caution. Alors que ce délit entraîne généralement une amende ou quelques jours de prison au maximum, dans le cas d’Assange, la juge estime qu’il mérite 50 semaines d’emprisonnement.

 

 

Les circonstances de cette seule condamnation sont absurdes. Imaginez : après presque sept ans, Assange est traîné de force hors de l’ambassade et, malgré son état d’agitation, il est amené devant le juge le jour même, dispose de moins de 15 minutes pour parler à son avocat et est condamné au cours d’une audience de 15 minutes par un juge qui l’insulte sans fondement en le qualifiant de ’narcissique’ et refuse même de prendre en considération une objection formellement soulevée par l’avocat de la défense concernant un conflit d’intérêts affectant une juge impliquée - à savoir que, dans 35 cas, WikiLeaks avait publié des documents sur des transactions douteuses effectuées par son mari.

 

 

Plus on enquête sur cette affaire et plus on examine de documents, plus il est difficile d’échapper à l’impression d’un coup monté : la puissance combinée de quatre États visant un seul individu. Le ministère public britannique a exhorté la procureure suédoise à ne pas clore l’affaire : ’Don’t you dare get cold feet !! (’Vous n’avez pas intérêt de vous dégonfler !!’) Suite à la pression brutale de la Chambre des représentants des États-Unis dans une lettre datée du 16 octobre 2018 (’it will be very difficult for the United States to advance our bilateral relationship until Mr. Assange is handed over to the proper authorities”) (’il sera très difficile pour les États-Unis de faire progresser nos relations bilatérales tant que M. Assange n’aura pas été remis aux autorités compétentes’), l’Équateur a finalement autorisé les autorités britanniques à appréhender M. Assange. (Photo 5)

 

 

 

Lettre au Président de l’Equateur. Les Etats-Unis félicitent l’Equateur pour ses "progrès", offrent des avantages mais précisent que l’instauration de "relations chaleureuses" dépend de l’extradition d’Assange vers les autorités compétentes. (Source : Lettre de la Chambre des représentants des États-Unis du 16 octobre 2018 au président équatorien Lenín Moreno).

Lettre au Président de l’Equateur. Les Etats-Unis félicitent l’Equateur pour ses "progrès", offrent des avantages mais précisent que l’instauration de "relations chaleureuses" dépend de l’extradition d’Assange vers les autorités compétentes. (Source : Lettre de la Chambre des représentants des États-Unis du 16 octobre 2018 au président équatorien Lenín Moreno).

 

 

 

Les États-Unis, à leur tour, exigent l’extradition d’Assange du Royaume-Uni, le menaçant de 175 ans de prison, dont 170 pour ’espionnage’ en vertu d’une loi de 1917 qui n’a jamais été utilisée contre un éditeur auparavant.

 

 

Ainsi, cette attaque frontale contre l’État de droit risque simultanément de se transformer en une condamnation à mort pour la liberté de la presse. Car une fois ce précédent établi, tout journaliste, éditeur ou intellectuel du monde entier pourrait théoriquement être extradé vers les États-Unis simplement pour avoir publié des informations que le gouvernement américain préfère garder secrètes - et d’autres États puissants n’hésiteront pas à suivre l’exemple américain. Une fois que la révélation d’abus sera devenue un crime, la liberté de la presse aura été abolie, l’impunité des puissants sanctionnée, et le djinn trop familier de l’’Unrechtsstaat’ sera sorti à nouveau de sa bouteille.

 

 

La torture psychologique dans une prison de haute sécurité

 

 

En tant qu’expert en droit international et rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, je suis chargé d’enquêter objectivement sur une affaire, de vérifier les faits et d’enquêter sur tout soupçon de torture. En cas d’urgence, je peux intervenir directement auprès du ministre des Affaires étrangères de tout État membre des Nations Unies dans les 24 heures. Étant donné que la plupart des gouvernements préfèrent que leur conduite soit perçue comme légitime, mes interventions et mes questions sont généralement traitées en détail, du moins dans le cas de ce que l’on appelle les ’démocraties matures’.

 

 

Mais dans l’affaire Assange, l’État constitutionnel semble être tombé dans une sorte d’état de choc paralytique. Assange est détenu avec des délinquants violents dans la prison de Belmarsh à Londres, un établissement de haute sécurité. Il a passé la majeure partie de sa détention dans un isolement presque total, confiné 22 heures à 23 heures par jour dans une cellule d’isolement, sans aucun contact avec les autres détenus, et avec un accès extrêmement limité aux avocats et aux documents relatifs au procès.

 

 

Lorsque ses avocats ont demandé pour la première fois mon intervention officielle, j’ai refusé, car j’avais été intoxiqué par les mêmes préjugés contre Assange que le grand public. Je n’ai donc agi que lorsque j’ai reçu une deuxième demande, accompagnée de preuves convaincantes. J’ai finalement visité Assange en mai 2019, accompagné de deux médecins spécialisés dans l’investigation des victimes de torture : le psychiatre Dr Pau Pérez-Sales et l’expert médico-légal Professeur Duarte Nuno Vieira, qui travaillent avec les victimes de torture depuis des décennies. Tous deux sont des experts de renommée mondiale et des auteurs d’ouvrages pertinents et n’ont aucun intérêt à risquer leur crédibilité avec des théories présomptueuses.

 

 

Dans notre conversation privée, Assange m’a immédiatement rappelé les prisonniers politiques que j’avais visités en isolement dans le monde entier. De même, les deux médecins, sur la base d’examens médicaux distincts, sont arrivés à la même conclusion : Julian Assange présentait des signes typiques de torture psychologique prolongée. La torture psychologique est tout aussi nocive que la torture physique, mais elle est particulièrement pernicieuse car de l’extérieur elle n’est pas souvent perçue comme une torture. En réalité, elle vise directement à détruire l’identité et la résistance mentale de la victime, avec souvent des dommages irréparables à long terme.

 

 

Les signes typiques de la torture psychologique à long terme comprennent des déficiences cognitives et neurologiques mesurables, des sauts et des lacunes dans les processus de la pensée, une anxiété permanente, de l’agitation et un manque de concentration et de coordination. Bien que le diagnostic précis d’Assange reste soumis au secret médical, la torture psychologique est mieux décrite comme un état de panique constant : les pensées qui défilent sont incapables de trouver un point de référence et provoquent de l’anxiété et de l’insomnie, ainsi que des émotions d’arbitraire total, de perte de contrôle et d’impuissance. En fin de compte, la victime est mentalement et émotionnellement brisée, sombre dans l’apathie - ce qu’on appelle ’l’impuissance apprise’ - ou peut même se suicider par désespoir.

 

 

En substance, le but de toute torture est le même : briser la volonté de la victime et la soumettre à la volonté du tortionnaire. Cependant, son but n’est pas toujours d’obtenir des aveux forcés, mais peut aussi être d’intimider d’autres personnes, comme dans le cas d’Assange. Le but de ses mauvais traitements est de montrer au monde entier, lentement, ce qui attend ceux qui dévoilent les sales secrets des puissants acteurs de l’État. Assange est raillé, ridiculisé et maltraité, et ses droits fondamentaux sont bafoués, alors que les crimes qu’il a exposés restent impunis. Le message est clair : toute personne qui ose mettre gravement en danger les privilèges des puissants sera publiquement privée de ses droits, humiliée et torturée à mort - comme au Moyen Âge européen.

 

 

Un simulacre de procès moderne

 

 

Le cas de Julian Assange n’est rien d’autre qu’un procès spectacle moderne mettant en scène des procureurs aux motivations politiques, un déni de justice, des preuves manipulées, des juges partiaux, une surveillance illégale, un déni des droits de la défense et des conditions de détention abusives. Ce qui semble être un exemple classique d’arbitraire dictatorial est en fait un précédent réel qui se produit au milieu de l’Europe, berceau des droits de l’homme.

 

 

Je ne me fais aucune illusion quant à l’équité du procès qui attend Assange aux États-Unis. Comme tout autre accusé d’espionnage, il sera jugé à Alexandria, en Virginie, où la majorité de la population est employée par les services secrets, le ministère de la défense et les entreprises d’armement, ce qui garantit effectivement la partialité du jury en faveur de l’accusation. Ces procédures sont toujours menées par le même juge, à huis clos et sur la base de preuves secrètes. Personne n’a jamais été acquitté, et des sanctions draconiennes sont assurées à quiconque refuse d’avouer. S’il est extradé vers les États-Unis, Assange risque une sanction absurde de 175 ans de prison - non pas pour un délit violent répugnant, mais uniquement pour avoir publié des preuves de crimes graves commis par le gouvernement américain. En revanche, les crimes de guerre exposés par WikiLeaks restent impunis, notamment la torture systématique et le meurtre de civils, de blessés et de prisonniers.

 

Ce qui m’effraie, c’est la nonchalance et l’autosatisfaction avec lesquelles des États comme la Suède et le Royaume-Uni réagissent à mes rapports et refusent catégoriquement de répondre à mes questions, ainsi que l’indifférence avec laquelle l’affaire Assange a été longtemps passée sous silence dans l’opinion publique, la presse et la politique.

 

 

En réalité, cette affaire révèle des dysfonctionnements systémiques qui font passer nos États constitutionnels occidentaux pour des « démocraties équitables », où la protection de la loi ne peut être invoquée que tant que les machinations des puissants ne sont pas fondamentalement remises en question. Dans les quatre États concernés - la Suède, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Équateur - le système judiciaire s’est révélé incapable, pendant dix ans, de prévenir ou de corriger les graves abus commis par l’État et d’offrir à Julian Assange ne serait-ce qu’un semblant de procès équitable. L’affaire Assange doit enfin être reconnue pour ce qu’elle est : une attaque totalitaire contre l’État de droit et la liberté de la presse, sans laquelle une démocratie saine n’est pas possible. Si nous ne voulons pas nous réveiller bientôt dans une dictature mondiale, nous ferions mieux d’ouvrir les yeux !

 

Nils Melzer

 

Nils Melzer – Traduit de l’anglais par Romane Kohlev.

 

https://schweizermonat.ch/jaccuse/ (lien de la version anglaise)

 

https://schweizermonat.ch/jaccuse-fr/# (lien de la version française)

 

1. https://wikileaks.org/gifiles/docs/10/1056763_re-discussion-assange-arrested-.html

 

2. Les avocats d’Assange ont eu la possibilité de voir et de transcrire le contenu des SMS des femmes suédoises avec l’autorisation du ministère public suédois. Assange cite la transcription de ses avocats.

 

 

BRUXELLES - Rassemblement virtuel pour la libération
de Julian Assange. Acte 7 - comité
Free.Assange.Belgium et La Manif chez Soi

 

 

La mobilisation pour la libération de Julian Assange ne peut s’arrêter même si nos mouvements sont limités.

 

C’est pour cela que nous espérons être nombreux lors du prochain rassemblement virtuel

 


le lundi 27 avril à partir de 17h.

 

Envoyez slogans ou photos vers l’événement facebook. 

 

https://www.facebook.com/events/1068649590170967/

 

»» https://www.facebook.com/events/1068649590170967/permalink/1068649596837633/

 

 

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 21:23

 

 

 

Un homme de bien – Si Ali El Hili – vient de nous quitter.

 

 

Si Ali El Hili, vous connaissez ? Non, évidemment. Nous sommes par trop européo centrés pour savoir qui est cette personnalité tunisienne qui vient de disparaître. Madame Faouzia Charfi, physicienne tunisienne, professeur à l’Université de Tunis et auteure du remarquable ouvrage « La Science voilée », éd. Odile Jacob, Paris, 2016, vient de lui rendre un dernier hommage. M. Si Ali El Hili, était physicien aussi et Doyen de la Faculté des sciences de la même Université sans oublier qu’il était une personnalité engagée connue de tous les Tunisiens.

 

 

 

Si Ali El Hili, Doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Tunis et militant de la démocratie vient de nous quitter.

Si Ali El Hili, Doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Tunis et militant de la démocratie vient de nous quitter.

 

 

 

M. Si Ali faisait partie de ces personnalités qui sont en première ligne pour défendre les valeurs universelles et que nous négligeons ici en Europe. Madame Charfi rapporte cet épisode qu’elle a vécu avec lui. C’est une démonstration de courage et de respect des principes fondamentaux qui devraient guider nos sociétés déboussolées. Cet épisode se déroula en 1982 lorsque les étudiants islamistes occupèrent l’université.

 

 

 

Faouzia Charfi, professeur de Physique à l'Université de Tunis et profondément attachée à la pensée libre

Faouzia Charfi, professeur de Physique à l'Université de Tunis et profondément attachée à la pensée libre

 

 

 

« J'étais à mon labo de recherches au département de physique et dès que j'ai appris que son bureau était occupé par les étudiants islamistes, j'y suis allée et n'en suis sorti que lorsque les étudiants ont fini par quitter le bureau.

 

 

Les étudiants étaient cagoulés mais ayant passé quelques heures à les observer j'ai eu le temps d'en reconnaître deux qui étaient mes étudiants. Quelques temps après cette terrible journée, des responsables du ministère de l'intérieur chargé de l'enquête ont contacté si Ali. Si Ali me téléphone à mon bureau et m'informe que les autorités demandent des informations sur les étudiants coupables de cette séquestration. J'ai répondu à Si Ali que je n'étais ni policier ni juge. Je n'ai pas donné les noms des deux étudiants que j'ai reconnus et que j'ai par ailleurs retrouvé fin juin pour leur faire passer l'oral, avec la neutralité que je considère incontournable. Leurs regards m'avaient confirmée que je ne m'étais pas trompée.

 

 

 J'avais reparlé de cela avec Si Ali qui a refusé aussi pour les mêmes raisons que moi de donner des renseignements précis aux autorités. Si c'était à refaire je le referais et je pense que c'est important de rétablir les faits tels qu'ils se sont passés. La police n'est pas intervenue pendant de longues heures alors que les étudiants menaçaient le Doyen Ali el Hili. A la fin de l'après-midi, un bus de la SNT a été envoyé pour que les étudiants quittent le campus...

 

 

Pour terminer, il faut savoir que feu Ali el Hili gênait beaucoup les autorités, il faisait la guerre à ceux qui venaient des pays du Golfe pour chasser l'outarde. Il était un homme de conviction, Qu'il repose en paix. »

 

 

En effet, Ali El Hili protégeait activement la faune du Sud tunisien. Un de ses anciens étudiants, Moncef Bouchara rappelle : « Au milieu des années 80, Monsieur Gaston Defferre, ancien Maire de Marseille et plusieurs fois Ministre de La République Française, était venu chasser près du Lac Ichkeul, avec l'assentiment implicite, sans doute de certaines autorités locales. Si Ali El Hili en fit un tel scandale, national et international, que Monsieur Defferre s'est senti obligé de plier bagage illico presto, après avoir été averti que des journaux en France allaient fuiter l’information… Plus tard, il continuera en se battant contre les émirs du Golfe qui venaient décimer nos réserves de gazelles, outardes et autres espèces sauvages du Sud Tunisien. »

 

Julian Assange : sa vie est en danger !

 

Quand il était confiné à l’ambassade d’Equateur à Londres – il s’agit d’un confinement d’une toute autre nature que celui que nous impose le coronavirus –, Julian Assange a eu une relation intime avec son avocate Stella Morris, liaison qui a donné deux enfants. Stella Morris d’origine sud-africaine, qui parle couramment le suédois, a défendu Assange dans le dossier des fausses accusations de viol lancées par le Parquet de Stockholm.

 

 

 

Julian Assange et son avocate Stella Morris à l'ambassade d'Equateur à Londres à l'époque où il était encore un véritable réfugié politique

Julian Assange et son avocate Stella Morris à l'ambassade d'Equateur à Londres à l'époque où il était encore un véritable réfugié politique

 

 

 

Dans les commentaires accompagnant un article du Daily Mail, l’avocate d’origine sud-africaine a expliqué qu’elle s’exprimait publiquement pour la première fois, car "il y a un danger imminent pour sa vie". Elle a averti que « la mauvaise santé physique de Julian le met en grave danger, comme beaucoup d’autres personnes vulnérables, et je ne pense pas qu’il survivra à une infection par le coronavirus ».

 

 

« Au cours des cinq dernières années, j’ai découvert que l’amour rend les circonstances les plus intolérables supportables, mais là c’est différent, je suis maintenant terrifiée à l’idée de ne plus le revoir vivant », a-t-elle ajouté.

 

 

Morris avait déposé le mois dernier une déclaration à l’appui d’une demande de libération sous caution d’Assange. Cette demande n’a pas été acceptée par l’impitoyable juge Vanessa Baraitser. Or, Julian Assange souffre d’une maladie pulmonaire chronique, ce qui le rend vulnérable au COVID-19. Et 150 membres du personnel de la prison de Belmarsh où Assange est incarcéré sont infectés par le virus ou en confinement. Il y a eu deux décès connus de détenus, mais Assange a dit à un ami la semaine dernière qu’il y en avait d’autres.

 

 

Baraitser a également décrété que les audiences du tribunal de mai pour l’extradition d’Assange vers les États-Unis se poursuivront, même si la Grande-Bretagne est en état de confinement national, qu’il y a des décès massifs de coronavirus et que le fondateur de WikiLeaks n’a aucune possibilité de consulter ses avocats. Cela signifie d’après le site « Le Grand Soir » qui diffuse les informations dans le monde francophone sur le sort du grand journaliste qu’est Julian Assange, que Baraitser agit selon un plan prédéterminé dicté par ceux qui orchestrent l’envoi d’Assange aux États-Unis, où il risque la prison à vie pour avoir dénoncé les crimes de guerre américains.

 

 

Et ce n’est pas tout. Dans un geste particulièrement odieux, Baraitser a rejeté une demande des avocats d’Assange pour que l’identité de Stella Morris et de ses enfants soit protégée. Ils avaient prévenu qu’elle avait déjà été harcelée en raison de sa relation avec Assange. Les appels lancés par de hauts responsables politiques et des agents des services de renseignement américains pour qu’Assange soit réduit au silence, voire tué, la mettent clairement en danger.

 

 

 

Stella Morris et Julian Assange ont eu deux enfants. Durant son exil à l'ambassade équatorienne, c'est volontairement que Julian Assange a voulu fonder un foyer avec Stella Morris.

Stella Morris et Julian Assange ont eu deux enfants. Durant son exil à l'ambassade équatorienne, c'est volontairement que Julian Assange a voulu fonder un foyer avec Stella Morris.

 

 

 

Ainsi, sa compagne et ses enfants sont en danger ! Les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués par un Etat profond à la puissance inégalée. Julian Assange les a dérangés. Il doit payer et il faut que cela se sache, il faut répandre la terreur afin que l’exercice de l’information soit définitivement muselé !

 

 

Baraitser est resté impassible, déclarant qu’il était dans « l’intérêt public » de pays révéler l’identité des membres vulnérables de la famille d’Assange. Cette abomination se passe dans le fondateur de la démocratie parlementaire, dans le pays de l’habeas corpus devenu le valet de l’Etat profond US bien servi par le pantin Donald Trump ! Sir Winston, help !

 

 

L’avocat a déclaré qu’ils avaient pris une « décision délibérée » de former une famille, alors qu’Assange était un réfugié politique dans le bâtiment de l’ambassade. Ils avaient voulu « abattre les murs autour de lui, voir une vie, imaginer une vie au-delà de cette prison ». Pour beaucoup de gens, il serait fou de fonder une famille dans ces circonstances, mais pour nous, c’était la chose la plus censée à faire. C’est ce qui fait que les choses restent réelles... Quand il voit les enfants, cela lui apporte beaucoup de paix, d’attention et de soutien.

 

 

Tout comme à la guerre

 

 

Stella Morris a expliqué plus en détail : « Tout comme à la guerre, lorsque les gens tombent amoureux et décident de vivre leur vie, dans un acte de rébellion, je pense que tomber amoureux est une sorte d’acte de rébellion dans un contexte où il y a beaucoup de tentatives de détruire votre vie et la raison de faire ce que vous faites. »

 

Wikileaks a diffusé une vidéo où Stella Morris s’exprime devant ses enfants. Il y a manifestement un petit air de famille avec Julian Assange !

 

 

 

Vidéo diffusée par Wikileaks présentant la compagne de Julian Assange, mère de ses deux garçons. Elle raconte leur calvaire.

 

 

 

Voici grâce au site « Le Grand Soir »  la transcription en français d’une partie de la vidéo où Stella Morris raconte l’histoire de son couple.

 

« (Stella, s’adressant à l’un de ses fils : "Bonjour mon cœur...")

 

Bonjour, je m’appelle Stella Morris, je suis la partenaire de Julian Assange, je l’ai rencontré en 201, nous nous sommes mis ensemble en 2015 et nous avons deux enfants, Max et Gabriel.


J’avais reçu un e-mail de Jennifer Robinson qui a envoyé une demande via son réseau d’Oxford lui disant que l’affaire dans laquelle elle était impliquée, impliquant Julian Assange, avait besoin de plus de personnes.

 

Notre première rencontre a eu lieu à Paddington, au Frontline Club. Je devais assister à un entretien, mais je ne savais pas qui j’allais rencontrer. J’ai sonné à la porte et j’ai monté les escaliers.

 

Il était assis seul à une table, ce qui m’a vraiment surpris, parce qu’à l’époque, il était déjà une figure célèbre dans le monde entier et il m’a demandé qui j’étais, et j’ai dit que j’étais venu pour une interview. Il pensait que j’étais une journaliste américaine qui était là pour l’interviewer.

 


Alors il a tout de suite été très prudent et il m’a demandé qui était cette femme qui venait d’entrer dans la pièce et je lui ai répondu : "Non, je suis ici pour être interviewée", ce qui l’a immédiatement détendu et il m’a offert le thé.

 

Il buvait et ensuite, d’autres personnes sont entrées et j’ai parlé de mon passé, du fait que je parlais couramment suédois, du fait que j’avais étudié le droit et commencé à travailler avec Baltasar Garzón, qui était le coordinateur international de l’équipe juridique internationale de Julian en 2012.

 

Il a demandé l’asile politique à l’ambassade de l’Équateur, tout comme mes compétences linguistiques en suédois avaient été pertinentes pour le cas suédois, et mes compétences linguistiques en espagnol - parlant couramment l’espagnol - sont devenues importantes pour le contexte de l’asile politique.

 

J’étais à l’ambassade presque tous les jours et j’ai très bien connu Julian, et en 2015 nous nous sommes réunis.

 

Oui, je veux dire, nous sommes tombés amoureux, c’est une personne que je connaissais bien à l’époque, la personne que je connaissais le plus au monde, il est extraordinaire, généreux, très tendre et aimant.

 

Former une famille a été une décision délibérée pour faire tomber ces murs autour de lui, et voir la vie, imaginer une vie au-delà de cette prison. Pour beaucoup de gens, il semblerait fou de fonder une famille dans ce contexte ; pour nous, c’était la meilleure chose à faire.

 


C’est moi qui ai fait en sorte que les choses deviennent réelles et c’est ce qui me motive. Et quand Julian voit les enfants, cela lui apporte beaucoup de paix, d’attention et de soutien, et c’est bien. Et ils sont très heureux.

 

Je me sens la plus traumatisée par ce qui s’est passé pour eux, ces dernières années. En fait, je compare cela au fait d’être dans une zone de guerre, avec des attaques incessantes, vous savez, avec des opérations en cours, et ce n’est pas une théorie de conspiration folle, cela fait partie de la réalité du contexte dans lequel tout ce qui concerne Julian existe et, comme dans une guerre, les gens tombent amoureux et décident de vivre leur vie dans une rébellion active.
Je pense que tomber amoureux est une sorte d’acte de rébellion dans un contexte où il y a beaucoup de tentatives pour détruire votre vie et votre raisonnement pour faire ce que vous faites.

 

(Stella nous montant les photos...)

 

Voici le plus jeune, Max, avec le chat, et oui, c’est le petit. Et le grand, le plus ancien, ressemble en fait à Julian. Il ressemble beaucoup à Julian, en particulier autour des yeux, ce genre de sourcils, et le regard est très semblable à celui de Julian.

 

Le petit me ressemble plus, mais il a les oreilles et la taille de Julian, car il est très grand. Et il ressemble à son frère mais de tous les deux, l’aîné, c’est vraiment Julian.

 

J’ai eu du mal à leur expliquer pourquoi (leur père) était là et ainsi de suite ... parce que vous ne voulez pas non plus, vous savez, vous voulez qu’ils ressentent également un sentiment positif à l’idée d’aller là-bas, (à la prison) alors c’est un peu une mascarade.

 

Je ne pense pas que les gens comprennent la situation extrême et la pression que nous subissons parce que Julian est une personnalité publique, parce que tout ce qui le concerne est digne d’intérêt.

 

Tout peut être utilisé contre lui et a été utilisé contre lui et donc, c’était un vrai dilemme.

 


Avoir une relation dans ces circonstances signifie que vous essayez de l’isoler et de la protéger aussi farouchement que possible, et c’est ce que j’ai fait parce que c’est une sorte de havre, une oasis, dans ce contexte fou.

 

 

On a pris l’ADN de son enfant !

 

 

Je savais qu’il y avait un peu d’espionnage en cours quand j’ai découvert que mon bébé était ciblé, car un gardien s’est approché de moi et m’a dit qu’ils essayaient de prélever son ADN.

 


J’ai réalisé que je ne pouvais pas vraiment protéger ma famille même si je prenais toutes ces mesures. Vous savez, plus que la plupart des gens, pour essayer de préserver notre vie privée en sécurité et celle de Julian.

En fin de compte, c’était hors de mon contrôle, c’était très difficile à réaliser. J’ai compris que les pouvoirs qui étaient contre Julian étaient impitoyables, et qu’il n’y avait pas de limites à cela, car il y a une illégalité autour de lui.

Et vous savez, ils étaient après l’ADN de mon bébé, et c’est en partie pourquoi je sens maintenant que je dois le faire (parler), parce que j’ai pris tant de mesures, pendant tant d’années, et J’ai l’impression que la vie de Julian touche à sa fin.

 

Ça fait dix ans, neuf ans, non, dix ans qu’ils essaient de le briser, de détruire sa vie. C’est une manière de faire bien connue, vous savez, les lanceurs d’alerte, ceux qui exposent les points forts, ils les détruisent, et nous savons que c’est ce qui est en train de se passer.

 

Quoi qu’il en soit, tout le monde a laissé tomber Julian. Ils ont tous laissé tomber Julian.

 

Cela a pris une tournure très négative : ils ont été capables de le laisser tomber. De toute façon, vous pouvez détruire n’importe qui de cette manière. Et c’est ce qu’ils ont fait. »

 

 

Notre avenir et celui de celles et de ceux qui nous suivent est en jeu !

 

 

Leur premier enfant, Gabriel, qui a maintenant deux ans, est né en 2017. Son frère, Max, a un an.

 

 

L’amour sera-t-il assez fort pour sauver un des meilleurs d’entre nous ? Luttons pour qu’il en soit ainsi. Car c’est aussi notre avenir et surtout celui de celles et de ceux qui nous suivent !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

 

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 21:31

 

 

 

« Nous sommes en guerre ! » a martelé le président français Emmanuel Macron. Cette métaphore est pour le moins exagérée avions-nous pensé. Pourtant, au fur et à mesure de l’évolution de la pandémie du Coronavirus, il faut bien constater que le gouvernement français comme le gouvernement belge ressemblent à s’y méprendre à l’état-major français de la Première guerre mondiale : l’arrière, toujours en retard d’une guerre, flanche et le front tient vaille que vaille, mais avec courage. Le front, ce sont les personnels de nettoyage, les aides-soignantes et soignants, les infirmières et infirmiers, les médecins internes et les généralistes. Ils font penser à « Ceux de 14 », ces dizaines de milliers de « poilus » que l’état-major faisait sortir des tranchées de Verdun et d’autres champs de bataille du Nord de la France pour les lancer dans des offensives absurdes où la mort était au bout.

 

 

Le front, ce sont aussi ces femmes et ces hommes qui assurent l’entretien des hôpitaux et des maisons de repos – des EHPAD comme on dit en France – qu’on envoie en première ligne pour combattre le COVID-19. Ce sont elles et eux qui prennent tous les risques dont plusieurs ne reviendront pas. Comme « Ceux de 14 », ils sont exposés aux tirs meurtriers d’un ennemi aussi sournois qu’invisible.

 

 

 

Une aide-soignante parmi des milliers d'autres. Ces courageuses combattantes d'une pandémie non contrôlée n'hésitent pas à exposer leur vie pour assurer ce qu'elles considèrent être leur devoir. Si notre société se sort de cette pandémie, ce sera grâce à elles et à tout le personnel soignant.

Une aide-soignante parmi des milliers d'autres. Ces courageuses combattantes d'une pandémie non contrôlée n'hésitent pas à exposer leur vie pour assurer ce qu'elles considèrent être leur devoir. Si notre société se sort de cette pandémie, ce sera grâce à elles et à tout le personnel soignant.

 

 

 

Privilégions les « premiers de corvée » !

 

Ce sont elles et eux qu’il conviendra d’honorer, pas seulement par de belles cérémonies, mais surtout par une revalorisation réelle de leur travail en équipant les hôpitaux et les maisons de repos d’outils modernes et efficaces, en assurant le respect matériel, évidemment, mais aussi social de ces personnels qui sont à l’avant-garde de nos sociétés prétendument civilisées. Eh oui ! Comme dit le génial Josy Dubié : « Privilégions les « premiers de corvée » plutôt que les « premiers de cordée » dont on se passe volontiers ! »

 

En attendant, la situation s’aggrave de jour en jour. Si, d’après les chiffres, les hôpitaux sont quelque peu soulagés : plus de sortie de patients COVID que d’entrée depuis quelques jours, les résidences et maisons de repos vont vers la catastrophe, car c’est trop tard que l’on a pris en charge de la pandémie.

 

L’exemple le plus frappant est en effet la catastrophe qui règne dans les maisons de repos et de soins ainsi que dans les résidences pour personnes âgées. À Bruxelles par exemple, selon l’hebdomadaire « le Vif » du 9 avril, deux tiers des maisons de repos sont touchées contre seulement un tiers la semaine précédente. Les pensionnaires atteints ou non sont confinés et enfermés dans leur chambre. Les soins se donnent dans leur chambre. Ils sont alimentés dans leur chambre. Pas question de la moindre sortie. Plus question de voir un membre de leur famille. De son côté, le personnel soignant manque de tout. Il a reçu quelques masques FFP2 (les masques destinés au personnel soignant) mais en insuffisance et uniquement pour les personnels présentant des symptômes de Coronavirus, alors qu’ils devraient être renvoyés chez eux ! D’autre part – et c’est encore plus grave – on manque d’oxygène. Cela signifie que les résidents qui sont envoyés à l’hôpital et, même guéris, y restent à cause de ce manque d’oxygène ! D’autres n’y sont même pas admis parce que trop âgés pour guérir ! Comme a dit une aide-soignante : « Si on ne peut plus pratiquer des soins curatifs pour guérir nos résidents, il ne nous reste plus que les soins palliatifs pour les aider à mourir ! »

 

 

 

Le personnel des maisons de repos est débordé et aussi le plus exposé à la pandémie. (photo DE TESSIERE JOHANNA - LLB)

Le personnel des maisons de repos est débordé et aussi le plus exposé à la pandémie. (photo DE TESSIERE JOHANNA - LLB)

 

 

 

La situation des maisons de repos et de soins est telle qu’il faut faire appel à l’armée et à la Protection civile. Un peu partout des aides-soignantes employées dans des maisons de repos décèdent. Les résidents trop âgés sont laissés pour compte. On sélectionne !

 

Et cette idée n’est pas neuve. Au début de la pandémie, lorsque les hôpitaux risquaient la saturation, l’idée d’un tri basé sur l’âge a été plusieurs fois avancée ! Suivrait-on ainsi les fantasmes de certains économistes ultralibéraux qui estiment nécessaires d’euthanasier les personnes de plus de 75 ans, car elles représenteraient une charge trop lourde pour l’économie ? Allons ! Qu’allez-vous penser là ?

 

 

Quant au personnel, les médecins généralistes renvoient chez eux les travailleurs soignants présentant des symptômes, mais pas ce n’est pas le cas de tous les homes. Il y a même une association, l’Institut de Santé publique, qui demande que les membres du personnel atteints « légèrement » par la pandémie, reprennent le travail « sous certaines conditions » ! Lesquelles ? D’autre part, le danger est partout : les personnels ne présentant pas de symptôme peuvent être contaminés et susceptibles de transmettre le virus. La seule solution : les tests massifs et systématiques de dépistage. Mais on est loin, très loin du compte !

 

 

Un médecin n’a pas hésité à déclarer au « Vif » : « Les autorités sacrifient la santé de nos aînés. » En effet, la majorité d'entre eux ne sont pas hospitalisés, car considérés comme en fin de vie ou trop âgés pour être pris en charge dans des hôpitaux au bord de la saturation. Il pointe du doigt les autorités, qui n'ont pas pris des mesures à temps. « Quand je vois Maggie De Block dire à la télévision que la Belgique était prête : elle n'était prête à rien du tout. Ils n'ont rien fait pour protéger les aînés. On est dans une situation aberrante ».

 

Au passage, on apprend que les masques FFP2 achetés à la Chine par le gouvernement belge et dernièrement livrés sont impropres à l’usage ! Les certificats ont été truqués ! Et ce n’est pas la première fois. Voilà un marché – un de plus – qui échappe à tout contrôle. Il semble que celui des masques, d’après certains spécialistes, soit en grande partie passé sous la coupe des mafias. Le malheur des êtres humains est un marché très rentable !

 

 

 

IL a fallu rejeter 3 millions de masques non conformes !

IL a fallu rejeter 3 millions de masques non conformes !

 

 

 

Le dépistage systématique est réclamé depuis longtemps par de nombreux spécialistes et membres du personnel soignant. Cela vient lentement. On ne sait pas très bien par où commencer puisqu’on dispose en Belgique de fort peu de kits de tests. Voilà donc avec ces exemples, et il n’y en a d’autres, les hommes et les femmes de première ligne, de terrain comme on dit, tout à fait désarmés : l’arrière n’apportant pas au front l’appui logistique et hésitant à prendre les décisions indispensables.

 

L’arrière, ce sont les gouvernements, les responsables des grandes structures de soin de santé, les experts qui se disputent entre eux souvent pour des questions de préséance. L’arrière, ce sont ces décideurs qui, par manque de prévoyance, ont pris des décisions aberrantes, notamment, comme en Belgique, en réagissant trop tard ou par imprévoyance, en ayant détruit par idéologie et sous prétexte des directives budgétaires absurdes imposées par l’Union européenne, les structures hospitalières publiques et même les stocks de masques exposant ainsi les personnels de première ligne et les patients aux dangers de la pandémie. Les équipements comme les respirateurs manquent cruellement.

 

Comme le dit dans « l’Obs » de cette semaine de Pâques l’écrivain britannique d’origine écossaise William Boyd : « … nous n’étions pas du tout préparés à une crise sanitaire de cette ampleur, et que notre système de santé public n’était absolument pas en mesure d’y faire face, faute d’effectifs et de moyens financiers suffisants. Si le personnel hospitalier effectue un travail héroïque, ce n’est pas grâce au gouvernement. Je crois que lorsque la crise sera passée, et que viendra l’heure de rendre des comptes et d’établir les responsabilités, la situation de notre système de santé sera au centre du débat. » Boyd ajoute que le Brexit a eu de graves conséquences : le personnel médical a été vidé de ses effectifs étrangers. Et sans appel, il condamne les conservateurs : « Ce que cette pandémie expose au grand jour, c’est à quel point les conservateurs ont perverti les valeurs sociales de notre pays. Pour des raisons idéologiques, ils tendaient à une privatisation croissante du système de soins. Cette politique s’est révélée un fiasco. Peut-être du moins cette crise aura-t-elle des conséquences positives à cet égard. »

 

 

 

L'écrivain britannique William Boyd  donne une analyse sans complaisance.

L'écrivain britannique William Boyd donne une analyse sans complaisance.

 

 

 

L’écrivain écossais évoque l’état de délabrement du National Health Service, le service national de santé fondé en 1945 par le travailliste Atlee qui avait succédé à Churchill. Décrié par les conservateurs, mais devenu véritablement un joyau de la Couronne britannique pour le peuple britannique, le NHS est pratiquement agonisant. « L’opinion va être choquée de constater la façon dont ils ont laissé se dégrader ce service public essentiel et unanimement apprécié. L’incapacité persistante à offrir des tests de dépistage du coronavirus au personnel médical, pourtant en première ligne, prouve l’ampleur de cette mauvaise gestion, ou plutôt d ce pourrissement délibéré. »

 

Ce que décrit Boyd pourrait s’appliquer à la Belgique et à la France. La situation en France est pire qu’en Belgique. Les « territoires perdus de la République », c’est-à-dire les banlieues qui ont été laissées à leur sort échappent à tout contrôle sanitaire. Ce sont des conflits d’intérêts au sommet de l’Etat. L’affaire Buzyn et la mise à l’écart du Dr Raoult le montrent. Et cela cafouille : après l’avoir rejeté, Macron s’entretient avec le « Panoramix » de la Chloroquine lors de sa visite en la cité phocéenne. Le Président français finirait-il par le suivre en désespoir de cause ? On verra !

 

L’arrière, c’est aussi l’inconséquence et l’incohérence de l’Union européenne incapable de coordonner une politique commune de lutte contre la pandémie et d’en assurer le financement minimum. Ainsi, a-t-on été contraint de fermer les frontières et – ce qui n’est pas une mauvaise chose, certes – de déroger aux contraintes budgétaires, mais l’Union européenne est la première victime de la pandémie : elle est aux soins intensifs et sous respirateur. Comment peut-elle exister alors qu’elle ne peut plus assurer la libre circulation des personnes et même celle d’une partie des marchandises en son sein ? Deux sommets et un « Eurogroupe » se sont soldés par un accord boiteux d’une aide de quelque 540 milliards d’euros aux Etats membres pour lutter contre la pandémie. Une paille à l’échelle européenne ! Selon plusieurs analystes, ce sont en fait les pays dits « frugaux » qui ont gagné, car les conditions d’octroi de ces prêts n’ont pas été fixées ! Donc, c’est une fois de plus un compromis peu honorable pour un plat de lentilles, sans aucune politique de coordination ! Et voici Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la BCE, qui vient avec son plan.

 

 

 

Le plan de financement par la BCE de Christine Lagarde rappelle furieusement d'autres plans déjà mis en oeuvre.

Le plan de financement par la BCE de Christine Lagarde rappelle furieusement d'autres plans déjà mis en oeuvre.

 

 

 

La banquière européenne préconise entre autres un prêt de 1 000 milliards d’euros aux banques à un taux d’intérêt négatif jamais atteint de 0,75 % afin d’aider les entreprises et les indépendants qui sont menacés de plein fouet par les mesures de confinement qui pourraient durer jusqu’à la fin de l’été. On est reparti comme en 14 ! Les banques vont prêter cette manne aux syndicats d’entreprises et aux Etats avec des taux d’intérêt bien supérieurs ! Merci, Christine !

 

Big Covid is watching you !

 

 

Ce vendredi 9 avril, un quidam bruxellois s’est retrouvé devant le tribunal correctionnel dans le cadre de la procédure accélérée pour ne pas avoir respecté à plusieurs reprises les mesures de « distanciation sociale ». Il sera sans doute condamné à une amende salée et à une peine de travaux d’intérêt général. Bon, il n’a pas volontairement respecté les règles. Mais, on peut se poser la question de leur efficacité réelle.

 

Bref, cela cafouille et dans tous les sens et à tous les niveaux, sauf en première ligne… Et on a trouvé comme moyen que le confinement général. Rendons-nous compte qu’il s’agit de la plus grande atteinte aux libertés fondamentales depuis la Seconde guerre mondiale.

 

La première d’entre elles est la liberté de circulation. En France, contrairement à la Belgique pour le moment, il faut une attestation pour pouvoir circuler dans l’espace public – un « ausweis » disent certains mauvais esprits – dans un périmètre limité à votre quartier pour aller faire uniquement les courses alimentaires et l’achat de remèdes dans des pharmacies. Plus question d’aller au spectacle, dans un musée, d’assister à une conférence ou à une compétition sportive. Les élèves et les étudiants sont interdits de cours et d’exercices. Il est même défendu de s’asseoir sur un banc dans un parc, de faire un jogging ou un quelconque sport individuel ou collectif de plein air.

 

 

 

La promenade des Anglais à Nice confinée ! Il faut reconnaître que le très droitier maire de Nice, Christian Estrosi, se montre particulièrement efficace face à la crise du coronavirus.

La promenade des Anglais à Nice confinée ! Il faut reconnaître que le très droitier maire de Nice, Christian Estrosi, se montre particulièrement efficace face à la crise du coronavirus.

 

 

 

La liberté de travail est confinée. La plupart des secteurs sont atteints. La distanciation sociale interdit l’exercice de plusieurs métiers. Par exemple, les chantiers de construction ont dû arrêter, car il est impossible de respecter la distanciation sociale entre travailleurs. Cela aura de graves conséquences économiques et sociales. Les fruiticulteurs sont en difficulté, car ils ne peuvent disposer de personnel saisonnier, alors que dans l’Allemagne voisine, ces travailleurs, la plupart en provenance de Roumanie, viennent en masse. Voilà encore une conséquence des tergiversations de l’arrière en Belgique et en France !

 

La liberté de commerce n’existe plus. Seuls les commerces de première nécessité, alimentation, pharmacies, librairies peuvent rester ouverts. Observons en outre que les grandes surfaces sont favorisées dans cette sélection. Les directives relatives à la pandémie forcent plusieurs commerces de proximité à fermer. Les marchés sont interdits alors que l’on peut parfaitement y prendre des mesures de distanciation sociale comme dans les supermarchés. Un nombre considérable de services ont été contraints de fermer, comme les services corporels tels les coiffeurs, les esthéticiens, les services paramédicaux comme les kinésithérapeutes, et on en passe. Cette situation est intenable !

 

 

Elle est d’autant plus intenable que d’autres pays comme les pays asiatiques qui ont été les plus frappés n’ont pas adopté de telles mesures. Et elles se sont avérées efficaces. Port général du masque, distanciation sociale, dépistage systématique. L’économie continue à fonctionner, tous les secteurs économiques même l’Horeca, les écoles et universités sont toujours ouvertes. Ces pays – la Chine, la Corée du Sud, Taiwan, Singapour – ont réussi à combattre efficacement la pandémie. Il y a – sauf pour la Chine qui a attendu – bien moins de victimes. Seule l’Allemagne arrive à des résultats similaires. Alors qu’attend-on à tergiverser ?

 

 

Mais il y a un domaine qui s’est montré très efficace dès le début de la crise : celui de la surveillance électronique généralisée. Le serveur Orange pour smartphones a communiqué que la plupart des habitants de la Belgique abonnés chez lui se déplaçait très peu et dans un rayon très restreint. Autrement dit, il y a longtemps que cette entreprise transnationale français possède et utilise ce dispositif. Avec quelle autorisation et pour quel usage ? Mystère !

 

 

 

Certaines grandes surfaces ferment carrément comme ici Delhaize à Seraing. Et elles en profitent pour augmenter les prix.

Certaines grandes surfaces ferment carrément comme ici Delhaize à Seraing. Et elles en profitent pour augmenter les prix.

 

 

 

La police utilise des drones pour veiller au confinement. Ces appareils possèdent des caméras qui permettent de procéder à la fameuse reconnaissance faciale. On n'en est pas encore là, mais cela va venir, vous pouvez en être convaincus.

 

Serge Halimi, le directeur du Monde diplomatique dans son éditorial de la livraison d’avril 2020, décrit en ces quelques phrases le péril d’un pouvoir totalitaire absolu basé sur la surveillance généralisée :

 

« Corollaire du « Restez chez vous » et de la « distanciation », l’ensemble de nos sociabilités risquent d’être bouleversées par la numérisation accélérée de nos sociétés. L’urgence sanitaire rendra encore plus pressante, ou totalement caduque, la question de savoir s’il est encore possible de vivre sans Internet. Chacun doit déjà détenir des papiers d’identité sur lui ; bientôt, un téléphone portable sera non seulement utile, mais requis à des fins de contrôle. Et, puisque les pièces de monnaie et les billets constituent une source potentielle de contamination, les cartes bancaires, devenues garantie de santé publique, permettront que chaque achat soit répertorié, enregistré, archivé. « Crédit social » à la chinoise ou « capitalisme de surveillance », le recul historique du droit inaliénable de ne pas laisser trace de son passage quand on ne transgresse aucune loi s’installe dans nos esprits et dans nos vies sans rencontrer d’autre réaction qu’une sidération immature. Avant le coronavirus, il était déjà devenu impossible de prendre un train sans décliner son état-civil ; utiliser en ligne son compte en banque imposait de faire connaître son numéro de téléphone portable ; se promener garantissait qu’on était filmé. Avec la crise sanitaire, un nouveau pas est franchi. À Paris, des drones surveillent les zones interdites d’accès ; en Corée du Sud, des capteurs alertent les autorités quand la température d’un habitant présente un danger pour la collectivité ; en Pologne, les habitants doivent choisir entre l’installation d’une application de vérification de confinement sur leur portable et des visites inopinées de la police à leur domicile. Par temps de catastrophe, de tels dispositifs de surveillance sont plébiscités. Mais ils survivent toujours aux urgences qui les ont enfantés. »

 

Qu’en est-il sur le terrain ? En Belgique, c’est le flou artistique. Par contre, en France, le Premier ministre Edouard Philippe a été assez clair. Le 1er avril, devant la mission d’information de l’Assemblée nationale. Si la loi exclut un traçage « obligatoire », rien n’empêche le backtracking sur une base volontaire. Des dispositifs législatifs de ce genre peuvent être amendés en catimini. Cela s’est déjà vu et on peut faire confiance à l’actuel gouvernement français pour ce faire.

 

 

 

Edouard Philippe n'hésite pas à prôner la surveillance générale.

Edouard Philippe n'hésite pas à prôner la surveillance générale.

 

 

 

Un autre aspect est l’investissement technologique. Selon « Libération » du samedi 5 avril, la propagation du coronavirus s’accompagne d’une vague de dispositifs technologiques aussi massive que multiforme. Des pays totalitaires comme la Chine y procèdent massivement. D’autre part, la fameuse entreprise transnationale chinoise Alibaba bien implantée en Europe et en Belgique notamment développe des applications comme le « code santé » qui attribue à chaque individu tracé une couleur indiquant son état de santé. Et, bien entendu, il ne faut pas oublier les logiciels de reconnaissance faciale développés par la même firme et une autre entreprise comme Tencent. En France, Orange – on le retrouve ! – travaille avec l’Institut national de la santé et de la recherche médicale à partir des données de « bornage » des téléphones portables aux antennes-relais pour fournir des statistiques « anonymisées » … Ben tiens !

 

La pandémie accélère les procédures autoritaires en la matière. Ainsi, en Israël, le service de sécurité intérieur, le Shabak, repère par moulinage de données prises dans le Big data les personnes potentiellement contaminées.

 

Si, sur le plan de la lutte contre la pandémie, ces investigations sont nécessaires, voire indispensables, notamment pour le dépistage de masse qui est indispensable comme nous venons de le voir, il n’existe cependant aucune disposition qui garantisse qu’on en arrêtera l’usage une fois le danger passé. Et il n’existe aucune garantie que ces techniques ne soient utilisées par après pour d’autres usages. C’est là le danger !

 

Tant qu’on n’aura pas appliqué d’autres mesures comme le dépistage et des soins préventifs, il faudra maintenir le confinement avec l’usage de ces technologies redoutables pour nos libertés et notre vie privée, mais il faudra lutter dès maintenant contre le maintien de ces restrictions à nos libertés car, ne nous faisons guère d’illusions, elles ne seront pas rétablies après la crise du COVID-19, N’oublions pas qu’il n’existe aucun pouvoir qui renonce spontanément à ses prérogatives, même celles qu’il a usurpées.

 

A chaque crise, nous en revenons donc à notre vieil ami George Orwell. Certes, il n’avait pas prévu une pandémie mondiale avec ses conséquences, mais il nous a si bien expliqué que nos chères libertés sont fragiles. C’est bien pour cette raison que COVID-19 peut aussi s’intituler COVID-1984.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Prochain article : le coronavirus – le jour d’après

 

 

 

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 20:56

 

 

 

Manolis Glezos est décédé à l’âge de 97 ans ce 29 mars 2020. Il était selon les paroles du général de Gaulle, « le premier résistant d’Europe ». Dans la nuit du 30 au 31 mai 1941, il avait décroché le drapeau nazi qui flottait au haut de l’Acropole d’Athènes. Il poursuivit la résistance pendant toute l’occupation de la Grèce, fut arrêté à plusieurs reprises, relâché, évadé et après la guerre, milita dans les rangs du parti communiste grec. En 2012, il fut élu au Parlement grec dans les rangs de Syriza qu’il quitta en 2015, considérant que Tsipras avait cédé aux diktats de la Troïka européenne lors de la crise de la dette grecque. Il fut élu également au Parlement européen, mais le quitta au bout de quelques semaines considérant que cette institution n’avait aucune utilité.

 

 

 

Manolis Glezos, le premier résistant d'Europe, décédé le 29 mars, symbolise la force et la beauté de l'Europe que nous aimons... pas celle de l'actuelle UE !

Manolis Glezos, le premier résistant d'Europe, décédé le 29 mars, symbolise la force et la beauté de l'Europe que nous aimons... pas celle de l'actuelle UE !

 

 

 

Symbole d’une Grèce en lutte, être d’un courage exceptionnel, d’une détermination sans faille, le premier résistant d’Europe désormais disparu est-il aussi le dernier homme d’Europe ? « Le dernier homme d’Europe » est le titre que George Orwell aurait voulu donner à son roman finalement intitulé 1984. Il signifie le dernier homme libre en une Europe sous le joug totalitaire.

 

On pourrait le penser au vu de l’état de déliquescence d’une Union européenne écrasée sous le joug de l’ultralibéralisme. Nous avons à plusieurs reprises dénoncé le gouffre entre un discours d’union des peuples dans la paix et la réalité d’institutions gangrénées par les lobbies et dominées par la politique économique de la plus puissante des nations composant ce qu’on appelle « l’Union », l’ordolibéralisme allemand. La crise grecque de 2015 a constitué le paroxysme de ce pouvoir aussi dilué qu’écrasant de la haute finance qui s’est appropriée un centre de décision, l’Eurogroupe qui est un organe informel composé des ministres des finances des pays de la zone Euro, d’un représentant de la Banque centrale européenne, du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du FMI. Il n’est pas inscrit dans le Traité de Fonctionnement de l’Union européenne, mais dans un protocole annexe (le n° 14) qui signale simplement son existence. Les gouvernements, les parlements des Etats-membres ainsi que le Parlement européen sont chaque fois mis devant le fait accompli à chaque décision de ce groupe « informel ».

 

Dans une interview parue le 2 avril 2020 dans le journal « L’Humanité » le député européen allemand gauche unitaire Martin Schiderwan résume bien la problématique. À la question sur l’incapacité des hôpitaux publics à gérer la crise du coronavirus, il répond :

 

 

 

L'eurodéputé Martin Schiderwan (Gauche unitaire) analyse sans complaisance la crise du coronavirus.

L'eurodéputé Martin Schiderwan (Gauche unitaire) analyse sans complaisance la crise du coronavirus.

 

 

 

« Elles témoignent du régime de gouvernance économique et révèlent que le modèle économique néolibéral de l’UE n’est pas capable de maintenir les services publics et de protéger les besoins fondamentaux des citoyens. Le problème, ce n’est pas les recommandations en soi, mais le fait que le modèle économique de l’UE repose sur l’austérité et pas sur la solidarité. Aujourd’hui, le manque de personnel, d’unités de soins et d’équipements médicaux dans les hôpitaux est un résultat direct des politiques d’austérité qui ont détourné l’argent du secteur public vers le secteur privé. »

 

 

Un modèle économique nuisible

 

 

C’est donc le modèle économique imposé depuis longtemps par l’Union européenne et coulé dans les traités successifs depuis Maastricht jusqu’au Pacte budgétaire ainsi que par le biais de nouvelles institutions comme l’Eurogroupe et le Mécanisme Européen de Solidarité (MES) que l’Europe aboutit à un résultat catastrophique qui se manifeste particulièrement durant cette crise du COVID-19. La Grèce, c’était loin, c’était touristique, les Grecs étaient des cigales, alors, on n’a pas réagi aux diktats européens. Un virus mortel, c’est autre chose ! Cela fait peur. Quotidiennement, on nous annonce des décès et des cas de plus en plus nombreux. On nous explique qu’il n’y a pas assez de lits dans les hôpitaux, qu’il n’y a pas suffisamment de masques et autres équipements indispensables aux personnels soignants ! On nous apprend même qu’il y a des fraudes inadmissibles et que certains profitent de cette crise majeure pour en tirer profit ! Fantastique résultat !

 

 

 

Un gouvernement incapable de protéger ses citoyens est menacé de disparition ! Une Union européenne inapte à rassembler les 27 membres, ou au moins les principaux d’entre eux pour lutter de concert et avec efficacité contre le fléau est tout simplement inutile. Certes, on peut invoquer le manque évident d’autorité d’une Ursula von der Leyen et le faible poids politique d’un Charles Michel. Cela ne suffit pas. Les institutions européennes sont victimes d’une maladie très ancienne : l’intergouvernementalité. Il n’y a pas une Union européenne, il y a une assemblée des 27 gouvernements d’où émergent les plus forts : l’Allemagne et la France. De plus, depuis le Brexit deux courants divergents émergent et empêchent toute décision commune d’importance.

 

 

 

Charles Michel et Ursula von der Leyen : deux seconds couteaux à la tête de l'Union européenne

Charles Michel et Ursula von der Leyen : deux seconds couteaux à la tête de l'Union européenne

 

 

 

L’échec du 26 mars n’est pas le premier de cette nouvelle législature européenne. Il y a eu celui du budget pluriannuel (2021 – 2027) présenté au sommet du Conseil européen le 20 février 2020 par Charles Michel. Que s’est-il passé ? Pour cela, il faut remonter l’histoire. Jean-Louis Bourlanges, actuel vice-président (Modem) de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale française et ancien député européen d’expérience – il a siégé de 1989 à 2007 – a donné son point de vue au journaliste Jean Quatremer (Libération du 24 février 2020). Il dénonce la pusillanimité des Etats-membres de l’Union à se mettre d’accord sur le pot commun européen qui représente à peine 1 % de leurs PIB ! Mais, depuis deux ans, on voit apparaître deux courants l’Allemagne et les « quatre frugaux » comme on les appelle : les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark. Les trois derniers sont issus de l’ancienne Association Européenne de Libre-Echange fondée par la Grande Bretagne en 1960 pour contrer la Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union européenne, qui s’est dissoute au fur et à mesure que ces Etats ont rejoint l’UE. Mais il en reste quelque-chose : ils se méfient d’une Europe intégrée. Quant aux Pays-Bas, très proches du Royaume Uni, c’est le parapluie nucléaire américain qui les intéresse ! Et puis, rappelons-nous l’attitude intransigeante et méprisante à l’égard de la Grèce du Néerlandais Jeroen Djijsselbloem qui présidait l’Eurogroupe lors de la crise grecque de 2015.

 

 

 

Jean-Louis Bourlanges, un vieux connaisseur de l'Union européenne ne se fait guère d'illusions.

Jean-Louis Bourlanges, un vieux connaisseur de l'Union européenne ne se fait guère d'illusions.

 

 

L’Europe à gaz pauvre

 

 

Donc, l’Allemagne peut compter sur quatre alliés sûrs au sein de l’Union européenne. L’ordolibéralisme est encore bien vivant ! Et les dogmes monétaristes aussi ! Cependant, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme ils le souhaiteraient. Les pays de l’Est et même la Hongrie du dictateur Orban veulent un budget plus ambitieux et certainement pas avec des Fonds réduits de 12 % par Charles Michel. Et – il faut le noter – l’Allemagne s’est opposée vigoureusement à la proposition de Charles Michel de renforcer les « ressources propres » de l’Union européenne pour compenser les réticences des Etats-membres. Nous allons le voir : cela aura des conséquences sur le sommet du 26 mars sur le Coronavirus. Bourlanges tire de tout cela des conclusions guère optimistes :

 

 

« Les géopoliticiens ont coutume de dire que le développement de forces centrifuges de dislocation à la périphérie d’un système est toujours la conséquence de la fragilité et de l’incertitude du centre. C’est très exactement ce que nous vivons au sein de l’Union européenne. Contrairement à ce que pensent nombre de nos compatriotes, notre principal problème ne vient pas des pays dits de Visegrad qui sont eux- mêmes profondément en convergence leur avenir et celui de l’Union. Nous avons parfaitement réussi, et ce n’est pas rien quand on songe au passé, à civiliser nos échanges et à pacifier nos relations, mais la tâche qui est la nôtre depuis la fin de la guerre froide est d’un autre ordre : il s’agit d’agir ensemble et de réussir notre révolution copernicienne et là le bilan est très pauvre et la force d’entraînement du couple très faible. Nous avons jusqu’à présent réussi à protéger l’Union, mais pas à la développer. Cette Europe à gaz pauvre ne résistera pas indéfiniment aux vents mauvais de l’histoire. »

 

 

Et la confirmation ne se fait pas attendre. Le 26 mars, le sommet consacré au Coronavirus qui se déroule en vidéoconférence est un échec retentissant. L’Union européenne vient de démontrer qu’elle est incapable de faire face à une crise majeure ! Et cela ne pourra que précipiter sa fin. Que s’est-il passé ?

 

 

 

Le calamiteux Conseil européen du 26 mars 2020 s'est déroulé en vidéo conférence - Coronavirus oblige - Cela n'a visiblemeny pas inspiré les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne.

Le calamiteux Conseil européen du 26 mars 2020 s'est déroulé en vidéo conférence - Coronavirus oblige - Cela n'a visiblemeny pas inspiré les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne.

 

 

 

Les pays dits « dépensiers » - l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et la France et quelques autres – adressent une lettre commune au président Michel proposant que l’on recourt au mécanisme des « corona-bonds » - c’est-à-dire l’émission d’obligations sur le marché – pour relancer l’économie européenne et financer la lutte contre le COVID-19. Ils relançaient donc l’idée des « ressources propres ». Refus net de l’Allemagne, des autres « vertueux » et particulièrement des Pays-Bas. Il faut reconnaître que l’échec était prévisible après le sommet du 20 février. Et c’est toujours la même chanson depuis l’affaire grecque : L’Allemagne qui n’est endettée qu’à hauteur de 60 % de son PIB – contre 100 % en France et 132 % en Italie – et qui a présenté un excédent budgétaire de presque 50 milliards d’euros en 2019, ne veut pas contribuer à ce qu’elle considère comme une gestion dispendieuse des finances publiques, même si son taux de croissance s’est largement ralenti depuis l’année dernière. Les Allemands dans leur « vertu » outragée ne s’aperçoivent pas qu’ils sont aussi frappés par la crise économique et financière mondiale ! Et le mot « solidarité » ne figure certainement pas dans l’actuel dictionnaire politique germanique.

 

 

Ni d’ailleurs dans celui de la Banque Centrale Européenne (BCE) ! Le 13 mars, , Christine Lagarde, sa présidente, n’a rien voulu entendre des appels à une aide financière de l'Italie pour lutter contre la pandémie. Après que ses commentaires aient secoué les marchés financiers, Lagarde a déclaré que la BCE était « pleinement déterminée à éviter toute fragmentation en ce si difficile moment de la zone euro ». Le président italien Sergio Mattarella a répliqué que l'Italie était en droit d'espérer un peu de solidarité européenne plutôt que des obstacles.

 

Il n’y a pas si longtemps, l’économiste libéral belge Bruno Colmant affirmait que « l’Euro est une prison. » !

 

 

Le dogme est toujours présent.

 

 

Après cet échec retentissant qui porte une grave atteinte à la confiance de l’opinion publique européenne aux institutions européennes, l’Italie – qui est avec l’Espagne la première victime de la pandémie – a réagi avec virulence. Le président du Conseil italien Giuseppe Conte n’a pas mâché ses mots. Il a fustigé tous les instruments monétaires autour du Pacte de stabilité en disant à ses pairs : « Vous pouvez vous les garder, car l’Italie n’en a pas besoin ! »

 

Le Président du Conseil italien Giuseppe Conte et le Président de la République Italienne Sergio Matarella combattent le manque de solidarité de l'Union européenne.

Le Président du Conseil italien Giuseppe Conte et le Président de la République Italienne Sergio Matarella combattent le manque de solidarité de l'Union européenne.

 

 

 

Cette indifférence à l’égard de l’Italie et de l’Espagne a profondément choqué l’opinion publique au-delà de la Péninsule et des Pyrennées, au point que le gouvernement de La Haye a tenté de calmer le jeu en exprimant sa « compassion » - la belle affaire – et la présidente de la Commission européenne a présenté ses excuses à l’égard de Rome ! Et dans la foulée, elle propose que l’Union prête jusqu’à 100 milliards d’euros à taux favorables aux pays qui en ont besoin pour garantir que les travailleurs perçoivent un revenu et que les entreprises conservent leur personnel, dans le cadre de la réponse à la crise du coronavirus.

 

Avec sa proposition baptisée "SURE", la Commission veut les aider à permettre aux gens de continuer à payer leur loyer, leurs factures et leurs achats de nourriture. Elle cherche aussi à stabiliser l'économie.

 

 

Pour financer les prêts aux États membres, la Commission emprunterait sur les marchés financiers, ce qui permettrait aux États membres de bénéficier "des faibles coûts d'emprunt" de l'UE, alors que des pays comme l'Italie et l'Espagne craignent de voir leurs conditions d'emprunt flamber. Ces prêts, destinés aux pays dans les situations "les plus urgentes", seraient confortés par "un système de garanties volontaires des États membres". Cette proposition doit être présentée le 7 avril à l’Eurogroupe. On se doute du résultat…

 

 

Tout cela est du pipeau : on reste toujours sous la coupe des marchés financiers, alors que les corona-bonds auraient permis d’en sortir ! Le dogme est toujours présent ! Et on ne peut que diagnostiquer un état très grave : avec la pandémie qui frappe tous les pays de l’UE, ne se manifeste aucune solidarité multilatérale, ce qui est pourtant le principe de base de l’Europe. Chaque Etat-membre a sa propre politique de lutte contre le COVID-19, les frontières sont fermées, les exportations de biens jugés essentiels sont interdites et l'aide humanitaire est suspendue. La Banque centrale européenne, garante de la monnaie unique européenne, a traité l'Italie avec un incommensurable mépris au moment où la troisième économie de la zone euro avait le plus besoin d'aide. Les États membres les plus touchés par la pandémie - l'Italie et l'Espagne - ont été abandonnés à eux-mêmes par les autres États membres.

 

 

Le dernier homme d’Europe

 

 

Ce qui fait dire à Soeren Kern Senior Fellow du Gatestone Institute de New York dans « le Monde » du 23 mars 2020 : « L'Union européenne, en cours de construction depuis sept décennies, s'effondre depuis quelques semaines en temps réel. Une fois retombée la poussière de la pandémie, les institutions de l'UE continueront presque certainement de fonctionner comme avant. Trop de capital politique et économique a été investi dans le projet européen pour que les élites européennes agissent autrement. Mais pour les citoyens européens comme pour le reste du monde, l'attrait de l'UE comme modèle post-national, a déjà disparu. »

 

 

Et puis, ne nous faisons guère d’illusions. Au terme de la pandémie, les choses reviendront comme avant. Comme le dit le même Soeren Kern : « Une fois retombée la poussière de la pandémie, les institutions de l'UE continueront presque certainement de fonctionner comme avant. Trop de capital politique et économique a été investi dans le projet européen pour que les élites européennes agissent autrement. Mais pour les citoyens européens comme pour le reste du monde, l'attrait de l'UE comme modèle post-national, a déjà disparu. » D’ailleurs, l’annonce d’Ursula von der Leyen le fait présager : ce sera « business as usual ». Ah oui ! On allait oublier : le dirigeant hongrois Viktor Orban s’est attribué les pleins pouvoirs sous prétexte de la crise. On n’a guère entendu de réactions à Bruxelles ! Et le gouvernement belge s’octroie avec l’accord d’une partie de l’opposition, des « pouvoirs spéciaux ». Inquiétant ! Vraiment, ce n'est pas seulement l’Union européenne qui est en danger, mais aussi la démocratie et nos libertés fondamentales. Et cela ne résout en rien la tragédie du COVID-19.

 

 

 

Manolis Glezos a résisté toute sa vie. Quel exemple !

Manolis Glezos a résisté toute sa vie. Quel exemple !

 

 

 

Le premier résistant d’Europe qui vient de nous quitter sera-t-il le dernier homme d’Europe ? On peut le craindre. Mais, si à son exemple, nous résistons pour construire une autre Europe, celle des peuples, de la solidarité et de la liberté, alors nous l’honorerons. Sinon, nous n’aurons que nos larmes pour le pleurer. Au choix !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 21:54

 

 

 

Avant que la photographie numérique ne soit devenue la norme, il existait ce qu’on appelle l’argentique. On prenait une image au moyen d’un film dit sensible qu’il fallait développer pour en voir le résultat. On passait dans une chambre noire à peine éclairée. On y plongeait le film dans un bain contenant un liquide appelé révélateur. Apparaissait alors l’image que l’on avait prise. Si on en était satisfait, on plongeait l’image ainsi révélée dans un bain d’eau distillée afin de bien la nettoyer et ôter toute trace du révélateur pour ensuite déposer le cliché dans un troisième bain contenant un autre composé liquide appelé fixateur afin qu’il soit définitivement imprimé.

 

 

Le coronavirus servira-t-il de révélateur de notre société ? Et pourra-t-on une fois la pandémie neutralisée, fixer un changement radical ? C’est ce que nombre de gens espère. Mais il se pourrait aussi que tout redevienne comme avant. En définitive, nul ne le sait.

 

 

 

L'augmentation de patients atteints du COVID-19  hospitalisés en Belgique est exponentielle

L'augmentation de patients atteints du COVID-19 hospitalisés en Belgique est exponentielle

 

 

 

Ce n’est pas encore le cas aux Etats-Unis, cela a failli être le cas en Chine et c’est le cas en Europe : la pandémie du coronavirus provoque d’importants bouleversements politiques. On observe la faiblesse des gouvernements de la plupart des pays de l’Union européenne qui usaient souvent de la force pour imposer des politiques dictées par des lobbies puissants. Et on observe aussi l’immobilisme des institutions européennes si promptes d’ordinaire à imposer ses vues. Mais il est vrai qu’ici, il ne s’agit pas de matières financières, mais de santé publique.

 

 

Ainsi, le gouvernement français d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe a montré sa totale incapacité à répondre à la crise provoquée par la pandémie. Macron s’est contenté de répéter six fois dans son premier discours télévisé : « Nous sommes en guerre ! ».

 

 

 

Dans son premier discours sur le coronavirus, le président Macron a parlé à plusieurs reprises d'état de guerre !

Dans son premier discours sur le coronavirus, le président Macron a parlé à plusieurs reprises d'état de guerre !

 

 

 

Comme l’écrit Pierre Galand dans l’infolettre « entre les lignes » :

 

« Contrairement au message délivré aux Français par Monsieur Macron nous ne sommes pas en guerre et les moyens à mobiliser pour juguler la pandémie du coronavirus n’ont rien à voir avec le déploiement d’une économie ou d’une sécurité de guerre.

 

Si l’obligation faite aux citoyens européens de rester chez eux pour éviter la contagion est une contrainte acceptable, celle de fermer les frontières extérieures et intérieures de l’Europe n’est pas une bonne mesure. C’est faire fi de nos obligations d’entraide internationale à l’égard de ceux qui, fuyant les guerres, espéraient trouver chez nous un refuge. C’est faire fi de la nécessaire coopération internationale qui doit être organisée, s’agissant d’une pandémie sans frontière.

 

Fermer les Bourses serait, par contre, une mesure positive pour empêcher d’inutiles paniques sans rapport avec l’état de nos économies. Nous ne sommes pas en guerre et nos entreprises, même à l’arrêt, ne sont pas en danger. Parler, comme le font les associations du grand patronat, de milliards de pertes est faux car s’il y a lieu de tenir compte des coûts fixes de maintenance, il s’agit essentiellement d’un manque à gagner provisoire. »

 

 

 

Pierre Galand préconise de laisser les frontières ouvertes et de fermer les Bourses.

Pierre Galand préconise de laisser les frontières ouvertes et de fermer les Bourses.

 

 

 

L’Europe n’existe pas !

 

 

Si Pierre Galand estime à juste titre que nous ne sommes pas en guerre, cependant son opposition aux fermetures des frontières internes à l’Union européenne si, sur le plan des principes, est inacceptable, elle est indispensable pour des raisons de santé publique et surtout parce que l’Europe n’existe pas ! Dès lors, il faut rétablir les frontières pour éviter de contaminer d’autres pays ou d’être contaminés par eux. Pourquoi ? Parce que chaque pays a sa propre politique de lutte contre la pandémie. Ainsi, les Pays-Bas ont choisi l’immunité collective alors que la Belgique, le Grand-Duché, la France, la Suisse et l’Allemagne ont opté pour le confinement. Et encore, les mesures de confinement sont différentes en chacun de ces pays. Il n’y a donc pas d’autre solution que la fermeture des frontières, sinon tout cela ne sert à rien. Or, comme nous allons le voir, on aurait pu éviter d’en arriver à de pareilles extrémités.

 

 

Vous avez dit « état de guerre » ?

 

 

De son côté, dans un autre numéro de la même infolettre « entre les lignes », Gabrielle Lefèvre écrit :

 

« C’est une grave erreur de présenter la lutte mondiale contre COVID-19 comme une guerre. Il s’agit d’une mobilisation générale de tous les rouages d’un Etat de droit : scientifiques, politiques, administratifs, sanitaires et citoyens. Au centre de cette mobilisation : l’épidémiologie, cette science des épidémies qui s’est forgée au cours des siècles, au fil de tourmentes effroyablement ravageuses en vies humaines, frappant indistinctement riches et pauvres, privilégiés ou non, toutes classes sociales confondues. »

 

 

 

Gabrielle Lefèvre conteste que nous soyons en guerre contre le coronavirus. Expression trompeuse pour elle.

Gabrielle Lefèvre conteste que nous soyons en guerre contre le coronavirus. Expression trompeuse pour elle.

 

 

 

Jean-Dominique Michel, anthropologue de la santé, surenchérit dans « Mediapart » :

 

« L’Europe est sous un quasi-couvre-feu, avec une restriction massive des libertés individuelles et une casse économique et sociale qui promet d’être dramatique. Les discours des chefs d’état s’enflamment à qui mieux mieux: nous sommes « attaqués », l’ennemi est « invisible », « sournois », « redoutable » mais nous en viendrons à bout ! Ce genre de vocabulaire paraît d’un autre âge. La réalité est plus prosaïque : nous subissons la contamination à large échelle par un virus qui est un pur produit de la rencontre entre la bêtise humaine (l’entassement dans des cages d’animaux sauvages de diverses espèces dans des marchés insalubres…) et de l’inventivité du vivant. La bestiole a donc franchi la barrière inter-espèces et s’est propagé à partir de là entre humains. Ce n’est pas une guerre, nous ne pourrons jamais vaincre ou éradiquer cette créature. Nous prémunir contre ses dégâts si, puis nous aurons à apprendre à vivre avec elle. Ce qui réclame une autre intelligence que celle des slogans martiaux sanitaires… »

 

Le « marché » contre la santé

 

En clair, le « marché » voulant tout dominer, ne respectant aucune règle qu’elle soit humaine ou scientifique, est le premier responsable de cette contamination qui prend des allures catastrophiques, parce qu’au nom du même marché nous avons détruit les moyens de santé publique dont nous disposions en fermant des lits d’hôpitaux, en limitant le nombre de personnels soignants – des médecins aux aides-soignants en passant par les infirmières –  en « épargnant » sur les équipements indispensables et les plus modernes et en cédant aux lobbies des transnationales pharmaceutiques qui n’ont comme priorité que le profit au détriment de la santé.

 

On en est jusqu’à envisager de sélectionner les malades à soigner tant les hôpitaux sont débordés et mal équipés. Des soignants commencent à s’insurger. Qu’en disent les professionnels ? Ceux qu’on applaudit quotidiennement à 20 heures de nos balcons ?

 

 

Antoine Dumont, un médecin urgentiste à Liège et Mathilde Dumont infirmière SIAMU aux urgences à Bruxelles ne mâchent pas leurs mots. Leurs propos sont rapportés par l’hebdomadaire bruxellois « Le Vif » :

 

 

 

Un ambulancier à l'hôpital Saint-Pierre : malgré l'appui manifesté par la population, le personnel médical et soignant fustige le manque de moyens attribués au secteur hospitalier et à la Santé publique en général. Ces personnels sont au bord de la révolte tout en restant mobilisés dans la lutte contre le COVID-19. (photo Belga)

Un ambulancier à l'hôpital Saint-Pierre : malgré l'appui manifesté par la population, le personnel médical et soignant fustige le manque de moyens attribués au secteur hospitalier et à la Santé publique en général. Ces personnels sont au bord de la révolte tout en restant mobilisés dans la lutte contre le COVID-19. (photo Belga)

 

 

 

« Je pense que je suis aigri, en mode lendemain de garde (24h d'affilée en ayant peu dormi). Mais globalement je ne supporte pas les gens qui applaudissent : les hôpitaux n'ont pas attendu le Covid-19 pour être dans la galère, en surbooking permanent.

 

 

Les services d'urgences n'ont pas attendu non plus d'être surchargés, en manque de personnel (infirmier.es surtout), dans des locaux vétustes ou sous-dimensionnés. Que Saint-Pierre doive faire la manche pour avoir des respirateurs, c'est une honte totale !

 

 

Où en est où ? MSF va débarquer ? Une bonne partie des gens qui applaudissent, votent chaque année pour les connards qui diminuent les budgets, font des hashtags #keepsophie en oubliant qu'elle a été ministre du Budget d'un gouvernement qui a retiré plusieurs milliards d'euros dans les soins de santé.

 

 

Et soi-disant, ils ont peur parce qu'on risque nos vies ?! Les gens qui font des pauses et des boulots stressants par manque de moyens ne meurent pas d'infection. Ils meurent de leur boulot aux cadences infernales en perdant 10-15-20 ans d'espérance de vie.

 

 

Donc merci quand même pour vos applaudissements, mais ça fait des années que le personnel hospitalier travaille dans des conditions de merde et se nique la santé en faisant son job du mieux possible.

 

La prochaine fois que vous voyez des manifestations pour refinancer les soins de santé, soutenez-nous.

 

Et quand vous retournerez glisser un bulletin dans l'urne, réfléchissez-y à deux fois ! »

 

Gabrielle Lefèvre ajoute à juste titre :

 

« Cependant, la gestion de telles crises est essentiellement politique car il s’agit d’imposer des mesures contraignantes à des populations entières, avec ou sans leur consentement. D’où le recours aux policiers et/ou aux militaires, afin de contrôler la bonne application des décisions sanitaires. Nous nous trouvons donc sur une limite ténue entre processus démocratique - à savoir porté par tous - et impositions forcées de contraintes violant certains de nos droits fondamentaux, au nom du bien commun des populations. » 

 

Et elle constate :

 

« Pour l’heure, en ordre trop dispersé, nos régimes démocratiques en Europe ont adopté des mesures contraignantes mais avec l’accord des populations par le biais de nos représentants aux parlements, et pour un temps limité. Ce temps variera en fonction des données épidémiologiques récoltées heure par heure par nos scientifiques nationaux et internationaux (l’Organisation Mondiale de la Santé joue en effet un rôle central et fondamental à ce sujet). La Chine elle-même, point d’origine de cette pandémie, a divulgué assez rapidement des renseignements et données statistiques précieuses pour les scientifiques du monde entier. Cet effet positif de la mondialisation des échanges oblige tout le monde à se dévoiler et à coopérer. »

 

Des solutions existent et ont fait leurs preuves !

 

Justement, à propos de la Chine, les choses sont tout à fait différentes de l’Europe. La Chine après avoir dramatiquement cafouillé, a pris une double mesure : confinement total et dépistage systématique. Et cela semble avoir été efficace puisque la pandémie a fortement diminué – si on en croit les informations officielles – et les activités reprennent petit à petit. Une autre solution a été appliquée en Corée du Sud et montre aussi son efficacité. Il n’y a pas de confinement, mais il y a dépistage systématique et immédiat. Toute personne contaminée est aussitôt isolée et soignée à domicile ou à l’hôpital. Les personnes saines doivent changer certaines habitudes, notamment en matière d’hygiène, mais vaquent normalement à leurs occupations. Cela a également pour effet de ne pas engorger les hôpitaux par des patients dont l’évolution de la maladie a déjà atteint un stade avancé voire critique.

 

D’autre part, selon plusieurs médecins, il y a danger de faire sortir de l’hôpital des patients guéris parce qu’ils portent toujours le virus et restent donc contagieux. Aussi, faut-il d’autres remèdes que ceux utilisés actuellement et ils existent !

 

Un médecin, le Professeur Raoult directeur de l’IHU de Marseille réputé comme expert mondial en matière de maladies transmissibles, mais que certains de ses confrères de l’establishment considèrent comme un « charlatan » ou un « gourou », estime que le confinement généralisé est une absurdité. Il va même jusqu’à dire que cela ressemble aux réactions des autorités pendant le Moyen-âge qui confinaient les populations pendant les épouvantables épidémies de peste. Le Docteur Raoult dit simplement : « Il y a une urgence sanitaire et on sait guérir la maladie avec un médicament que l'on connaît parfaitement. Il faut savoir où on place les priorités. »

 

 

 

Le professeur Didier Raoult, charlatan pour les uns, éminent spécialiste pour les autres, directeur de l'IHU de Marseille, spécialiste mondialement reconnu des maladies infectieuses, s'appelle lui-même "chasseur de microbes", préconise une solution à la Coréenne de la crise du CID-19.

Le professeur Didier Raoult, charlatan pour les uns, éminent spécialiste pour les autres, directeur de l'IHU de Marseille, spécialiste mondialement reconnu des maladies infectieuses, s'appelle lui-même "chasseur de microbes", préconise une solution à la Coréenne de la crise du CID-19.

 

 

 

Un vieux médicament

 

Quel est ce médicament ? La chloroquine mieux connue du public sous un de ses noms commerciaux la nivaquine. Elle est utilisée comme médicament préventif du paludisme par toute personne qui se rend en Afrique centrale. Cette molécule est depuis longtemps du domaine public. Et, on ne l’affirme pas ouvertement : en réalité, cela n’intéresse pas les transnationales pharmaceutiques ! C’est d’autant plus vrai qu’un laboratoire français a proposé au gouvernement d’en fabriquer en quantité et gratuitement !

 

Certes, il ne s’agit pas d’un médicament miracle. Cela n’existe pas ! Mais il a prouvé son efficacité en bien des cas. Et, bien que les autorités ne le préconisent pas, il est malgré tout utilisé dans pas mal d’hôpitaux.

 

 

Une santé publique moyenâgeuse

 

Lisons encore Jean-Dominique Michel :

 

« Nous disposons d’une médecine de qualité, mais d’une santé publique moyenâgeuse. Le leadership technologique et scientifique est passé à l’Extrême-Orient depuis longtemps déjà, et notre nombrilisme intellectuel nous fait souvent nous raccrocher aux lanternes du passé plutôt qu’à la science d’aujourd’hui.

 

Des tests systématiques seraient faciles à instaurer, pour autant qu’on en fasse une priorité sanitaire et que l’on s’organise, ce que les Coréens ont fait en un temps record. En Europe, nous avons été complètement dépassés, comme si nous vivions dans un autre temps. Les autorités comprennent maintenant qu’il s’agit d’une priorité absolue -suivant en cela les recommandations insistantes de l’OMS. »

Heureusement, les choses évoluent. Les milieux officiels commencent à reconsidérer leur point de vue sur la chloroquine. Mais cela ne suffit pas. Il faut avant tout procéder au dépistage systématique. En France, des médecins qui étaient opposés à Raoult s’y rallient et en Belgique, on commence à y songer à l’écoute de l’émission « Ce n’est pas tous les jours dimanche » à RTL-TVI.

 

Que dit le professeur Raoult ? La vidéo dure 8,20 min et mérite d’être écoutée attentivement :

 

 

 

 

 

 

On en conviendra. Nous ne sommes pas médecins mais le raisonnement tient la route. Le Professeur Raoult préconise non seulement le dépistage systématique, le déconfinement des personnes saines, les soins aux individus positifs.

 

Faut-il tout un coup renoncer au confinement ? Certainement pas. Nous y sommes et il faut le respecter sinon ce serait le bordel avec toutes ses conséquences sur la pandémie. Mais, malheureusement, le confinement rendra bien plus malaisé le dépistage systématique s’il est décidé. Cependant, il faut y procéder.

 

Espérons que l’on dispose enfin d’une solution dans l’intérêt général. Un dépistage général donnerait une image probante de l’état de la maladie plutôt que les statistiques hospitalières qui forment une courbe exponentielle de jour en jour parce que forcément, l’hospitalisation n'intervient que quand la maladie du patient est dans un état assez avancé.

 

Enfin, notons l’attitude inadmissible de certaines entreprises qui profitent de cette crise pour jouer sur les prix des produits sanitaires, les escrocs qui manifestement contrôlent le marché des masques chirurgicaux, l’absence totale de contrôle de ces circuits commerciaux. Ainsi, il semblerait que les 5 000 000 de masques fournis jeudi à la Belgique ne soient pas conformes ! On peut remercier la vigilance des services belges de santé publique ! Il faut dire que la calamiteuse ministre belge de la Santé publique, la libérale Maggie De Block a passé son temps à les démanteler au nom de la sacro-sainte efficacité néo-libérale. La Première ministre Sophie Wilmes, aussi libérale, si elle a incontestablement prouvé son courage et sa capacité de femme d’Etat à affronter cette crise avec sérénité et efficacité, porte cependant une lourde responsabilité puisqu’à l’époque où elle était ministre du Budget, elle a réduit le budget de la Santé publique de 900 millions d’euros.

 

Et en passant, quid des plus démunis et des SDF ? On semble les avoir oubliés. C’est éthiquement inadmissible et nuisible sur le plan de la santé publique. Le dépistage doit aussi les concerner et il faut trouver des solutions pour les mettre à l’abri. La commune bruxelloise d’Etterbeek, dirigée par un bourgmestre libéral, a réquisitionné un hôtel pour y abriter les SDF. Belle initiative, mais limitée à une seule commune.

 

 

Le libéral Vincent De Wolf, bourgmestre libéral de la commune bruxellloise d'Etterbeek n'a pas oublié les SDF en réquisitionnant un hôtel pour les abriter.

Le libéral Vincent De Wolf, bourgmestre libéral de la commune bruxellloise d'Etterbeek n'a pas oublié les SDF en réquisitionnant un hôtel pour les abriter.

 

 

 

Laissons la conclusion à Gabrielle Lefèvre :

 

« Il est donc inacceptable que nos dirigeants se soumettent à une forme de totalitarisme : celle du « marché », privé, censé s’autoréguler. La crise boursière, conséquence de la pandémie, est en réalité la crise de la non-gouvernance par les autorités publiques des acteurs les plus puissants de l’économie mondialisée. La récession économique actuelle mériterait des mesures publiques fortes et innovantes en matière d’aide aux entreprises, et donc à l’emploi qui est la condition première de la vie de nos sociétés. Et ce, dans le cadre du changement climatique qui reste l’enjeu le plus fondamental d’une réforme du commerce mondialisé.

 

Un nouveau modèle économique, écologique et socialement responsable n’est pas à l’ordre du jour des autorités européennes si l’on en juge par les mesures qui viennent d’être annoncées. Comme lors de la crise financière mondialisée de 2008, les dirigeants politiques ont sauvé les banques à coup de centaines de milliards d’euros, au détriment de la sauvegarde des populations et d’un développement économique profitable à tous, dans les pays et dans le monde dit « en voie de développement » (mais de quel développement parlons-nous ? Dans la réalité il s’agit d’imposer notre modèle néolibéral mondialisé).

 

Cet état d’esprit s’infiltre jusque dans de petites entreprises et officines qui vendent à des prix largement augmentés des produits sanitaires essentiels à la prévention de la contagion comme les lotions désinfectantes et les masques. Il n’y a pas que les escrocs qui se font beaucoup d’argent sur cette crise et sur le malheur des populations. »

 

 

Oui, la crise du COVID-19 est vraiment un révélateur ! Et, nous le verrons dans un prochain article, il n’est pas du tout certain que les choses changeront au terme de cette pandémie.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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