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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 12:43

 

 

 

L’affaire de la capitaine allemande Carola Rackete arrêtée par les autorités italiennes à l’île de Lampedusa alors qu’elle transportait une quarantaine de migrants qu’elle avait sauvés, en plus du caractère odieux de cette mesure, prouve combien l’Union européenne est impuissante. Heureusement, c’est une juge italienne qui a rétabli l’honneur en libérant Madame Rackete.

 

À quoi est due cette impuissance ? En premier lieu à son caractère intergouvernemental qui en fait une institution inefficace et nuisible.

 

 

 

Carola Rackete a été très vite libérée grâce à une juge italienne qui a sauvé l'honneur.

Carola Rackete a été très vite libérée grâce à une juge italienne qui a sauvé l'honneur.

 

 

 

Pusillanimité sur les migrants

 

Lorsque ce qu’on a appelé la « crise » des migrants a commencé, les réactions des différents Etats-membres de l’Union européenne ont été pour le moins partagées. Les pays du Nord de l’Europe – Suède, Danemark, Allemagne, Benelux – se sont montrés ouverts à l’accueil des migrants fuyant d’un côté les interminables et meurtriers conflits du Proche Orient, particulièrement la guerre en Syrie, par ce qu’on a appelé la route des Balkans ; et la misère en Afrique subsaharienne, sur de frêles esquifs en Méditerranée.

 

Aussi, les pays de « premier accueil » que sont les pays de l’Est – Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie et dans une moindre mesure l’Autriche – ainsi que les pays méditerranéens comme l’Italie et la Grèce ont fermé leurs frontières. L’Allemagne qui, au départ, avait largement accueilli les migrants, a effectué un revirement suite à des incidents dont les médias ont multiplié l’ampleur – notamment les prétendus viols de la St-Sylvestre à Cologne – et les migrants se sont souvent retrouvés persona non grata. Il est exact aussi que l’accueil des réfugiés était intéressé. Les migrants étaient au départ très bien acceptés par le patronat allemand qui manque de main d’œuvre pour son industrie. Cependant, beaucoup de migrants ne parvenaient à s’adapter aux méthodes de travail germaniques. La première cause en est la méconnaissance de la langue. Cette pusillanimité a forcément abouti à l’échec.

 

La Belgique comme la France ont eu toutes deux une attitude ambigüe. En Belgique, le gouvernement dont la fraction principale était composée des nationalistes flamands de la NV-A a montré une sévérité excessive à l’égard des migrants, tandis qu’une large part de l’opinion publique était favorable à un accueil digne de ce nom. Cela s’est concrétisé par de nombreuses familles hébergeant des migrants. Par contre, le secrétaire d’Etat à la migration, le NV-A Théo Francken connu pour ses positions proches de l’extrême-droite fit tout pour refuser toute politique d’accueil. Il prit même des mesures contraires aux droits de l’homme qui lui valurent des rappels à l’ordre d’organismes internationaux de défense des droits humains.

 

 

 

L'ex-secrétaire d'Etat à l'immigration, THéo Francken, a montré ce qu'il était réellement par ses mesures odieuses contre les migrants.

L'ex-secrétaire d'Etat à l'immigration, THéo Francken, a montré ce qu'il était réellement par ses mesures odieuses contre les migrants.

 

 

 

La France a eu sa jungle de Calais où des centaines de migrants étaient parqués dans des conditions inadmissibles au point que la population locale leur venait en aide. Mais c’est devenu très vite un foyer de graves tensions. Le gouvernement français et l’Union européenne se sont avérés incapables à trouver une solution juste à ce véritable scandale humanitaire.

 

Enfin, il y a eu le pacte de Marrakech sur les migrations élaboré par les Nations Unies. Ce texte vise à harmoniser les politiques migratoires des différents pays, aussi entre les pays de transit et les pays d’accueil. Ce pacte est avant tout un catalogue de bonnes intentions, car il n’est pas contraignant juridiquement. L’Union européenne s’est montrée divisée à son sujet : l’Autriche, l’Italie, la Bulgarie, la Croatie, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la Tchéquie ont voté contre. Le Danemark, l’Estonie et les Pays-Bas n’étaient pas présents à la conférence de Marrakech. Le pacte a provoqué une crise gouvernementale en Belgique. Les nationalistes flamands de la NV-A ont refusé de signer le pacte et claquèrent la porte. Depuis lors, le gouvernement belge de Charles Michel est minoritaire.

 

Et aujourd’hui, il y a l’affaire du « Sea Watch » qui a dû forcer le blocus de  Lampedusa décidé par le gouvernement de Salvini qui s’est poursuivie par l’arrestation de la capitaine Carola Rackete au grand dam d’une large partie de l’opinion publique européenne, pour finalement être libérée grâce à la décision d’une juge italienne. Cependant, n’oublions pas qu’une autre importante frange de l’opinion publique européenne est hostile à la migration. La preuve se trouve dans le succès des différents courants dits populistes un peu partout en Europe.

 

Cela montre qu’il y a de profondes divergences entre la vision des institutions européennes et celles des Etats-membres. Au-delà de la question de fond, c’est la démonstration qu’il y a un dysfonctionnement grave au sein de l’Union européenne sur les principes fondamentaux. Et cette importante division des gouvernements des Etats-membres de l’Union européenne prouve que celle-ci est incapable de trouver une solution commune et surtout cohérente.

 

La nuisance des lobbies

 

Un des plus graves points faibles de l’Union est l’influence de plus en plus forte des lobbies qui paralysent aussi la construction européenne. Or, on sait bien que la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général. Aussi, le législateur européen pond des directives importantes qui sont dictées par les lobbies. Il suffit d’ailleurs de se promener dans le « quartier européen » à Bruxelles. Les plaques nominatives apposées sur les immeubles à bureaux environnants sont celles d’un nombre invraisemblable de lobbies de toutes sortes.

 

Cette pression permanente du lobbying provoque parfois des décisions liberticides. Un exemple récent : la directive secret des affaires qui a été combattue en vain par plusieurs groupes politiques au Parlement européen menace gravement la liberté de la presse. Le gouvernement Philippe en France vient de déposer un projet de loi réformant la loi de 1881 sur la presse.

 

Une directive liberticide

 

Les directives européennes, afin d’être d’application, doivent être traduites en législations nationales. Dans le cas présent de réforme de la loi de 1881, le gouvernement français se réfère à la directive secret des affaires. Il envisage de sortir l’injure et la diffamation de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, pour faire rentrer ces délits de presse dans le droit pénal commun. Sortir la diffamation de la loi de 1881 reviendrait à vider de sa substance cette loi, et à remettre en cause le principe fondamental de ce texte selon lequel, en matière d’expression, la liberté est le principe et le traitement pénal son exception. Aujourd’hui, les délits de presse sont jugés essentiellement par des sections spécialisées. Faire basculer les délits de presse dans le droit pénal commun reviendrait à contrecarrer les acquis de la jurisprudence en matière de droit de la presse, qui permet aux journalistes de faire valoir leur bonne foi en démontrant le sérieux de leur enquête, devant des magistrats spécialisés.

 

 

 

Le gouvernement Philippe s'appuie sur des directives européennes pour prendre des mesures liberticides.

Le gouvernement Philippe s'appuie sur des directives européennes pour prendre des mesures liberticides.

 

 

 

La transposition de la directive européenne sur le secret des affaires, votée par cette majorité, a ouvert une nouvelle voie aux lobbies, un nouvel outil dans l’arsenal juridique pour multiplier les procédures-bâillons. La loi fake news, qui intime au juge des référés de «dire la vérité» en quarante-huit heures, et élargit encore les prérogatives du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), porte en elle les germes de la censure. Et le projet annoncé de réforme de l’audiovisuel annonce un nouveau renforcement des compétences du CSA sur le champ de l’information. Faut-il le rappeler ? Cet organisme dont les membres sont nommés par le pouvoir politique n’a rien d’une instance indépendante. (D’après « Libération » du 2 juillet 2019 tribune signée par un collectif composé de syndicats et d’associations de journalistes).

 

On le voit. Lors de la discussion de la directive secret des affaires au Parlement européen, plusieurs députés avaient tiré la sonnette d’alarme sur les atteintes probables à la liberté de la presse qu’elle provoquerait. Il n’empêche qu’elle fut adoptée. Ainsi, les lobbies des firmes transnationales ont gagné. En effet, on ne voit pas en quoi cette législation ferait avancer l’intégration européenne.

 

Un autre exemple du lobbying est la saga du glyphosate. La Commission européenne a systématiquement freiné toute tentative d’interdiction de ce pesticide hautement cancérigène. Et, tout récemment, un seul pays a décidé d’en interdire l’usage : la très droitière Autriche !

 

Dans une Europe réellement intégrée, le lobbying perdrait de son influence et les institutions pourraient enfin œuvrer sans trop d’entraves dans l’intérêt général européen. Mais on est très loin du compte.

 

La saga des nominations aux « top jobs »

 

 

Dans un tout autre domaine : la toute fraîche nomination des « top jobs » dans les différentes institutions européennes. Il a fallu trois « Sommets » européens pour trouver un accord. La mésentente évidente entre le Français Macron et l’Allemande Merkel a tout bloqué. Et, comme toujours, c’est celui ou celle qui tiendra le mieux le coup au bout des longues nuits de négociation qui raflera la mise. Il semble que cette fois-ci il s’agit du président français. Merkel, depuis quelques temps, montre en effet des signes de fatigue. Et comme il a déjà été dit sur « Uranopole », elle fait le mandat de trop.

 

 

 

Angela Merkel et Emmanuel Macron se congratulent à l'issue du Sommet européen. Ils ont raison : ils ont gagné.

Angela Merkel et Emmanuel Macron se congratulent à l'issue du Sommet européen. Ils ont raison : ils ont gagné.

 

 

 

À l’exception de Christine Lagarde nommée à la tête de la BCE, les autres personnalités « nominées » sont des « seconds couteaux ». C’est dû à un système qui est hautement critiquable. Tout se passe dans un huis clos total. Les journalistes de la presse « européenne » habitués à passer des nuits blanches, reçoivent les informations au compte-gouttes et aussi quelques bruits de couloir pour avoir quelque-chose à grignoter. Ce n’est finalement que lorsqu’un accord est avalisé qu’on leur donne du grain à moudre. Cette procédure est profondément antidémocratique. Certes, la règle veut que la présidente de la Commission proposée bénéficie d’une majorité au Parlement européen. Mais celui-ci n’intervient nullement dans le processus. Ce sont les dirigeants des plus importantes fractions qui font pression sur les chefs d’Etat et de gouvernement. Dans le cas présent, le PPE (droite chrétienne) a joué un rôle majeur. C’est d’ailleurs une des leurs qui a été proposée par le Conseil. Par après, les petits arrangements entre « amis » se traduiront par un vote majoritaire au Parlement.

 

Dans ce marchandage, il n’a été question que de jeux d’influence et de personnes. Pas un mot sur les projets. Il y a donc fort à parier que la future Commission fera comme les précédentes : naviguer à vue en se cachant derrière de beaux plans style « horizon 2020 » de Barroso, ou « l’agenda stratégique » décidé par le Conseil européen en juin 2019… Le Parlement qui compte quelques fortes personnalités mais qui est éclaté en plusieurs groupes antagonistes comptant parmi eux un nombre inégalé de ce qu’on appelle les « eurosceptiques » ne pourra lui non plus élaborer un projet digne de ce nom. Ce sera le compromis permanent au terme d’interminables négociations de marchands de tapis où il faudra trouver le plus petit dénominateur commun. Ce n’est évidemment pas ainsi que l’on construit une Union forte et crédible.

 

Finalement, quid ? A l’exception de Christine Lagarde, les nominés sont des seconds couteaux. Charles Michel est à la tête d’un gouvernement minoritaire qui a été désavoué par l’électeur belge, Ursula von der Leyen, proposée à la tête de la Commission, est fort peu appréciée en Allemagne et faisait l’objet d’une commission d’enquête parlementaire. Là aussi, elle sera l’otage du Conseil puisque son job consistera à mettre en musique l’« agenda stratégique » négocié par les dirigeants européens le mois dernier. Avec comme priorités : la sécurité des Européens et l’environnement. Et elle devra présider à la réforme de la zone Euro. Là, gageons que ce sera surtout Christine Lagarde qui aura la main sur ce dossier.

 

 

 

Ursula von der Leyen, la probable président de la Commission européenne, sera-t-elle l'otage du Conseil ?

Ursula von der Leyen, la probable président de la Commission européenne, sera-t-elle l'otage du Conseil ?

 

 

C’est le très chrétien PPE qui reste la fraction la plus importante au Parlement, mais qui est aussi avec les sociaux-démocrates, le grand perdant des élections européennes, se taillent la part du lion (von der Leyen à la Commission, Christine Lagarde à la BCE), les libéraux de l’ALDE qui ont perdu quelques plumes obtiennent le lot de consolation avec la présidence du Conseil. Le très agité Guy Verhofstadt est contraint de rentrer dans le rang. Les sociaux-démocrates se sont vus imposer par le Conseil un des leurs au perchoir du Parlement européen, l’Italien David Sassoli, alors qu’ils proposaient un candidat bulgare, et comme lot de consolation, le délégué aux affaires étrangères, le social-démocrate espagnol Josep Borrell Fonteles.

 

Les Verts qui, eux, sont eux les grands vainqueurs des élections européennes, mais qui ont un groupe encore trop faible au sein du Parlement européen, n’obtiennent rien. Pas de récompense au vainqueur. Les pays d’Europe centrale et orientale ne disposent d’aucun poste, même symbolique. Il s’agit donc d’un train de nominations très déséquilibré. Cela aura inévitablement des suites.

 

En conclusion de tout cela, le Conseil – c’est-à-dire Angela Merkel et Emmanuel Macron – a muselé les institutions (Commission, Parlement, BCE, affaires étrangères) en imposant « leurs » candidates et candidats. Cela n’augure rien de bon pour l’avenir.

 

L’Europe restera encore longtemps « intergouvernementale », c’est-à-dire l’Europe des nations tant désirée par les eurosceptiques et les souverainistes.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 22:26

 

 

 

Il est de bon ton d’annoncer la fin d’un capitalisme agonisant. Rassurez-vous, bonnes gens, bien au contraire, le capitalisme se porte à merveille ! Un de ses principaux thuriféraires, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, un des leaders des GAFA l’a annoncé en grande pompe : il lance une nouvelle monnaie baptisée la Libra signifiant « balance » en latin, qui a la caractéristique d’être mondiale et ainsi d’échapper à tout contrôle du système bancaire et monétaire international. L’économiste belge Bruno Colmant a déclaré que ce projet est une « révolution copernicienne ». Et il a raison !

 

 

 

Mark Zuckerberg présentant le projet Libra avec comme slogan : l'avenir est au privé. Tout un programme !

Mark Zuckerberg présentant le projet Libra avec comme slogan : l'avenir est au privé. Tout un programme !

 

 

 

Le principe de la Libra n’est cependant pas nouveau. Il existe déjà des monnaies virtuelles comme le Bitcoin et le réseau chinois WeChat a aussi sa propre monnaie. L’innovation consiste en l’ampleur que la Libra prendra sur le marché. Facebook compte près de 2,5 milliards d’amis, un peu plus d’un tiers de la population mondiale qui compte 7,7 milliards d’individus selon les derniers rapports de l’ONU. Et parmi les 2,5 milliards d’utilisateurs du réseau social le plus important, on compte 1,7 milliard d’utilisateurs qui n’ont pas accès au système bancaire, essentiellement des ressortissants de pays du Tiers-monde. Jamais dans l’histoire, un réseau d’échanges n’aura compté autant d’êtres humains.

 

Et Zuckerberg n’est pas seul. 27 partenaires se sont associés à son projet en y plaçant de l’argent, beaucoup d’argent. On compte, entre autres, Uber, eBay, Sportify, Booking et aussi PayPal, Visa et Mastercard, ainsi que free, le groupe du milliardaire français Xavier Niel, etc. On parle aussi d’Amazon qui pourrait s’ajouter à ce panel de transnationales du « néo » capitalisme. Bref, il est clair qu’est en train de se bâtir là une puissance financière inégalée et les banques « classiques » s’en inquiètent.

 

On passera ainsi d’un capitalisme plus ou moins sous contrôle à un capitalisme absolu échappant à tous les pouvoirs nationaux et internationaux existants. Même le FMI sera impuissant face à la Libra si elle se concrétise.

                                                                                                                  

Comment va fonctionner la Libra ? Le principe en est assez simple. Cette monnaie numérique est adossée à un panier de valeurs relativement stables comme le dollar, l’euro ou la livre sterling. C’est sa différence fondamentale avec les autres monnaies cryptées. La Libra sera une vraie monnaie contrairement au bitcoin qui n’est basé sur rien et qui dépend donc totalement des fluctuations du marché et de la spéculation. L’objectif de la Libra, au contraire, est d’être le plus stable possible.

 

Elle fonctionnera de manière centralisée Elle n'est pas détenue par ses utilisateurs. La cryptomonnaie du géant Facebook - qui évite soigneusement d'apparaître trop ostensiblement sur le site Internet dédié à la Libra -, appartient à la « Libra Association », une organisation basée en Suisse et détenue par ses 28 co-fondateurs. Ce sont donc de grandes entreprises technologiques, et financières surtout américaines, qui ont la mainmise sur cette nouvelle monnaie.

 

 

 

Les différents partenaires de Libra association.

Les différents partenaires de Libra association.

 

 

 

Les utilisateurs de la Libra disposeront d’une application sur smartphone qui leur permettra de payer via Internet sur des plateformes d’e commerce, comme dans des magasins ordinaires et aussi via les messageries Whatsapp et Messenger.

 

La Libra servira au transfert d’argent pour ses utilisateurs grâce à un service plus rapide et moins cher que ceux que leur prodiguent les banques et Western Union. L’essentiel est que les échanges passeront par une blockchain de transmission d’informations sécurisées et cryptées, sous le contrôle de Facebook. Ainsi, les transactions ne passent pas par le circuit ordinaire des banques. C’est la raison pour laquelle Visa et Mastercard se sont joints au consortium Libra : ne pas se laisser dépasser par des paiements par l’intermédiaire de la blockchain. Enfin, la Libra pourra être achetée dans tous les pays du monde avec de la monnaie locale, y compris en liquide pour des personnes ne disposant pas de compte bancaire.

 

C’est une application nommée Calibra, filiale de Facebook, qui traitera les paiements en Libra elle fixera les règles en matière de traitement des données personnelles liées aux paiements en Libra.

 

Selon le quotidien belge le « Soir », « Facebook assure que les informations financières stockées dans le portefeuille virtuel Calibra disponible sur ses différentes applications seront strictement séparées de celles détenues par l’entreprise du réseau social. L’un des responsables de l’application Calibra, Kevin Weil, assure également qu’aucune donnée financière ne sera utilisée pour cibler de la publicité. »

 

Or, on sait que Facebook exploite les données personnelles des « amis » sans scrupules. Aussi, on peut douter de la validité des garanties faites par Zuckerberg et son équipe  de la confidentialité des données financières des utilisateurs de Calibra !

 

Quelles en sont les conséquences ? Pour les pays au système monétaire instable comme l’Inde, le Brésil, le Venezuela, l’Argentine, si le nombre de transactions en Libra est massif, cela risque d’accroître leur situation précaire avec toutes les conséquences politiques, économiques et sociales que cela entraîne. Et, à terme, d’avoir des conséquences sur l’économie mondiale.

 

La fin de l’Etat-nation et le triomphe ou la fin de l’impérialisme US ?

 

Il faut aussi noter que Libra fonctionne comme une véritable banque centrale. En effet, la Libra repose sur une réserve de change. Le « Monde » du 18 juin 2019 cite le philosophe libéral Gérard Koenig : « Cette monnaie globale signerait la fin des Etats-nations déjà bien vacillants. » Et le « Monde » cite l’économiste Philippe Herlin : « Si on ajoute à cela toutes les autres cryptomonnaies comme le bitcoin, les banques centrales ne seront bientôt plus les seuls maîtres à bord du système monétaire. » Cependant, comme on l’a vu, le bitcoin est très différent de la Libra.

 

Ainsi, il pourrait arriver que le taux de couverture de la masse monétaire aujourd’hui annoncé à « 1 pour 1 » pourrait être baissé en-dessous de 100%, permettant l’émission de libras sans contrepartie, bref de se créer un panier monétaire similaire à ceux dont disposent les banques centrales des monnaies souveraines : la fameuse planche à billets.

 

 

On pourrait aussi se poser la question du renforcement de l’impérialisme américain. Le dollar est et reste la monnaie de réserve. Il pèse aujourd’hui 61,7 % des réserves de change des banques centrales sous forme de bons du Trésor. Aussi, les réserves de la Libra en contiendront aussi une part non négligeable. Martin Della Chiesa spécialiste de la cryptomonnaie pose la question, toujours dans le « Monde » : « Dès lors, on peut s’interroger : la devise Facebook sera-t-elle un défi à l’impérialisme américain ou, au contraire, sa prolongation ? »

 

Et Alexis Toulet dans le blog de Paul Jorion évoque la puissance terrifiante que pourrait prendre la Libra.

 

« Si on imagine la Libra utilisée quotidiennement par 1 à 2 milliards de personnes, sa masse monétaire énorme générera une forte capacité de pression sur tout Etat. Voir cette remarque intéressante sur « Capital ».

 

« [Avec Libra] Facebook ne va pas concurrencer les États mais plutôt organiser la concurrence entre eux. Projetons-nous dans 10 ans quand le Libra sera utilisé par 1,5 milliard de personnes, soit plus que le yuan et plein d’autres monnaies. Il y aura une masse monétaire monstrueuse et le rapport de force sera totalement inversé.

 

En cas de conflit avec la BCE, Libra pourra réduire la part de l’euro dans son panier de devises au profit d’autres monnaies. Ça fera chuter le cours de l’euro, du CAC 40 et aura des conséquences sur la zone euro, comme lorsqu’un fonds de pension fait pression sur des États, mais en version XXL. On se retrouvera sur un marché où le dollar ne sera plus l’étalon – ce que l’on peut regretter ou pas -, remplacé par la Libra, en dépit de sa fonction de panier de devises. » »

 

 

Le glas du capitalisme « classique »

 

 

Ainsi, ce ne seront plus les Etats, ni les banques qui contrôleront la masse monétaire et sa circulation. Ce sera une entreprise transnationale qui disposera de tous les pouvoirs même si, au départ, Facebook se cachera derrière le système blockchain. Quid en cas d’échec ? Sans doute des dégâts importants si la sauce a pris, mais ne nous faisons aucune illusion, d’autres reprendront l’idée en tirant les leçons d’un éventuel revers du plus célèbre des réseaux sociaux.

 

Ainsi, on se rend compte qu’il s’agit d’une révolution fondamentale qui mettra hors-jeu les Etats et toutes les institutions financières. Cela risque de sonner le glas du capitalisme « classique » pour faire place à un capitalisme absolu tel que le rêvent les libertariens qui accroissent leur influence et leur pouvoir face à des institutions politiques et financières sclérosées qui se sont avérées incapables à répondre à la crise financière de 2008 qui est loin d’être terminée.

 

Mais, Libra est-elle un élément de la solution ? Certes non. Elle représente un danger majeur, car l’économie ne sera plus contrôlée, les échanges n’auront plus de garde-fou comme les banques centrales et le FMI. À terme, l’économie pourra tomber entre les mains de puissantes mafias, de lobbies et d’entreprises transnationales avec toutes les conséquences que l’on imagine.

 

 

Les néolibéraux pris à leur propre piège !

 

 

Voilà le résultat de la libéralisation et de l’affaiblissement de la puissance publique et de la souveraineté nationale comme internationale voulue par les néolibéraux depuis Mme Thatcher et M. Reagan. Politique qui a été poursuivie et accentuée par leurs successeurs aux Etats-Unis comme en Europe avec l’affaiblissement de l’Etat, la privatisation des entreprises et services publics, le démantèlement de la Sécurité sociale et la dérégulation économique et financière, sans compter les atteintes aux droits sociaux des travailleurs.

 

 

 

Ronald Reagan et Margaret Thatcher qui ont réussi à imposer le néolibéralisme dans le monde occidental doivent sans doute se retourner dans leurs tombes !

Ronald Reagan et Margaret Thatcher qui ont réussi à imposer le néolibéralisme dans le monde occidental doivent sans doute se retourner dans leurs tombes !

 

 

 

Eh bien ! Les voilà pris à leur propre piège, nos néolibéraux ! Ce serait réjouissant si les conséquences de cette dérégulation totale du système monétaire n’étaient pas aussi catastrophiques.

 

 

Dans une interview à « Libération » le 18 juin 2019, Gilles Babinet, spécialiste du numérique, s’alarme : « On ne peut pas lancer un système de paiement avec une échelle à terme de 2,5 milliards d’utilisateurs sans une large concertation avec les parties prenantes à commencer par les Etats. » Il met en évidence plusieurs dangers : « La conjugaison entre un réseau social avancé et un système de paiement est précisément ce qui permet les systèmes de « crédit social » comme en Chine avec une sanction des mauvais comportements. » Et puis, Facebook pourrait se transformer en banque : « Le risque que demain Facebook se mette à faire du crédit, et donc de l’émission monétaire. »

 

Gilles Babinet met en évidence un autre danger : « Je me souviens de ce que disait Peter Thiel qui siège toujours au conseil d’administration de Facebook, lorsqu’il a lancé Paypal [qui fait partie de Libra association] : il le voyait comme un moyen de contourner les Etats. »

 

Enfin, le risque majeur selon Babinet est de voir émerger une puissance monétaire capable d’influencer les marchés dans une échéance de cinq à dix ans.

 

 

La Libra est-elle inéluctable ?

 

 

Comment empêcher ce projet ? Babinet pense qu’une concertation avec des Etats et notamment ceux du G7 pourrait empêcher sa concrétisation. On peut en douter. En définitive, et il conclut par cela : il s’agit du choc de deux cultures. D’un côté, des Etats ou des associations d’Etats comme l’Union européenne qui cherchent à instaurer un système économique le plus libéral possible, mais soumis à des règles et à des normes et de l’autre une culture de rupture « libertarienne » incarnée par Facebook et les GAFA qui se montrent capables de mettre sur pied un système correspondant à leur propre philosophie et surtout à leurs intérêts et à leur volonté de puissance.

 

 

Au moins la Libra nous a fait comprendre qu’Etat, souveraineté, puissance et services publics ne sont pas des gros mots ! Mais demandons-nous si ce n’est pas trop tard !

 

 

En cette occurrence, il est urgent que l’imagination soit au pouvoir pour préserver l’essentiel et pour enfin retrouver le sens du mot progrès, le vrai pas celui de prédateurs au style cool et sans scrupules.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 09:03

 

 

 

La démocratie représentative est comme le rhinocéros, une espèce en voie de disparition. Les élections européennes dans toute l’Union européenne et générales en Belgique l’ont démontré.

 

Partout, ceux qu’on appelle les « populistes » progressent. Les éternels aveugles se consolent en disant que leur « progression se tasse ». Certes, mais ils progressent quand-même au détriment des partis de gouvernement.

 

 

 

Le rhinocéros comme la démocratie représentative sont des espèces en voie de disparition. (Ici un rhinocéros au zoo de Saint-Louis)

Le rhinocéros comme la démocratie représentative sont des espèces en voie de disparition. (Ici un rhinocéros au zoo de Saint-Louis)

 

 

 

Le cas de la France est exemplaire en la matière. Le Rassemblement national, ex-FN, dépasse la République En Marche d’un chouia. C’est malgré tout une victoire de LREM selon la presse « aux ordres » ! Il faut noter que c’est la première élection en France, depuis la guerre, où un parti d’extrême-droite se trouve être en tête. On se rappelle les cris d’horreur lorsqu’en 2002, on apprend que Le Pen se retrouve au deuxième tour des élections présidentielles avec 18 % des voix. Aujourd’hui, la force montante du RN fait partie du paysage ! Et même s’il se trouve en « pole position », c’est, dit-on, une victoire pour le second, à savoir le « parti » du président Macron, le fourre-tout « La République en Marche ».

 

De même en Belgique, la percée spectaculaire en Flandre des néonazis du Vlaams Belang, si elle a suscité l’émotion dimanche soir, est pratiquement considérée comme normale. Le Roi a reçu en consultation le leader de cette formation, rompant ainsi le fameux « cordon sanitaire » qui interdit à toute formation démocratique d’avoir des relations avec ce parti.

 

 

 

Le roi Philippe a commis une grave erreur politique en recevant le leader du parti néonazi Vlaams Belang.

Le roi Philippe a commis une grave erreur politique en recevant le leader du parti néonazi Vlaams Belang.

 

 

 

Cette banalisation de l’extrême-droite est un des aspects du déclin de la démocratie représentative. Le second est l’étiolement du centre. Depuis les années Thatcher – Reagan, les pays d’Europe occidentale sont gouvernés au centre. Le néolibéralisme a eu pour conséquence de ternir le clivage gauche-droite. Les partis sociaux-démocrates se sont alignés sur la politique économique néolibérale prétextant qu’on ne pouvait faire autrement et que leur rôle consistait à défendre tant que faire ce pouvait les « acquis » sociaux obtenus au terme de la Seconde guerre mondiale et durant la période keynésienne, les fameuses « Golden Sixties ».

 

Enfin, il faut noter le déclin de la fonction parlementaire. Ainsi, l’Assemblée nationale française a voté un règlement limitant le temps de parole des élus de l’opposition ! Quasi pas de réactions, non plus…

 

Sur son blog, Merry Hermanus, un ancien dirigeant à la Fédération bruxelloise du PS a publié son analyse sur les résultats des élections en Belgique.

 

Il commence fort !

 

« Depuis fort longtemps, j’apprécie l’intelligence, la sagesse pleine d’enseignements de l’œuvre de Collodi, le père de Pinocchio… Ce récit est intemporel, universel, il traverse l’espace et le temps conservant sa fraîcheur et son actualité. C’est à ce grand livre que je songeais, stupéfait face à mon écran de télévision, voyant et entendant Elio di Rupo et Charles Michel crier victoire dans la sinistre nuit de dernières élections.

Le PS a perdu 3 députés à la Chambre, 4 au parlement bruxellois, 7 au parlement Wallon et 1 au parlement européen soit un total de 15 ! Le MR (libéraux, parti du Premier ministre sortant, Charles Michel) en a perdu 6 à la Chambre, 5 au parlement bruxellois, 5 au parlement Wallon et un au parlement européen soit une perte totale de 17 députés…une victoire vraiment ! Comment est-il possible que sur des podiums illuminés comme des arbres de noël nous ayons entendu crier victoire par des gens qui comme vous savent compter jusqu’à 15 ou 17 ! Hallucinant ! »

Ajoutons que le politologue Pascal Delwit a montré que le PS et le SPa engrangent ensemble le 26 mai le plus mauvais résultat de toute l’histoire des Partis socialistes en Belgique ! Les voix de gauche, particulièrement dans les bassins industriels wallons, se sont portées sur le PTB. Malheureusement, ce parti de la gauche radicale n’a pas encore réussi – s’il le veut vraiment – à éradiquer tout à fait sa gangue stalinienne. En cela, on peut douter de sa capacité à constituer une force de renouveau à gauche compensant le déclin inéluctable de la social-démocratie. Déclin qui est général en Europe.

 

Graphique réalisé par le politologue Pascal Delwit (ULB) montrant la chute des partis socialistes en Belgique.

Graphique réalisé par le politologue Pascal Delwit (ULB) montrant la chute des partis socialistes en Belgique.

 

 

 

Le mensonge comme système

 

Il y a plus inquiétant et Merry Hermanus le souligne :

 

« Le mensonge systématique, permanent est l’apanage des totalitarismes, l’effondrement du bloc communiste n’est pas dû à autre chose. Je viens de visionner un excellent film de la BBC sur Tchernobyl. Cet épouvantable cataclysme qui causa des milliers de morts est la résultante du mensonge d’un système où le petit grouillot de bas d’organigramme écrit qu’il a atteint les objectifs du plan, son supérieur écrit que son service les a dépassés et ainsi de suite jusqu’au Politburo qui ment à l’ensemble de la population…et au monde. Pendant une dizaine de jours l’URSS a nié la catastrophe de Tchernobyl, puis a nié son ampleur et enfin a menti sur l’intensité des radiations. (1)

 

Les déclarations de Trump sont mensongères à 85 %, les déclarations de Bush sur les armes de destructions massives détenues par l’Irak étaient d’épouvantables mensonges, les déclarations du crétin de Boris Johnson qui se prend pour Churchill, jusqu’à mimer son apparence, celles de son complice Farage pour tromper les britanniques lors du vote sur le Brexit, donnent un parfait exemple des conséquences que peuvent avoir des affirmations contraires à la vérité. Pasqua, l’un des grands truands de la politique française avait une formule d’un cynisme absolu, affirmant : « que les paroles n’engagent que ceux qui les écoutent. » »

 

« Le mensonge est l’apanage systématique des totalitarismes » ! Voilà la clé de notre situation politique. Les mensonges n’arrêtent pas de circuler prononcés par des chefs d’Etat, des politiciens sans scrupules, aidés par des « intellectuels » et des « journalistes » aux ordres. Et malheur à celui qui ne fait pas semblant d’y croire ! Michel Onfray vient de publier un ouvrage intitulé « Théorie de la dictature » qui analyse tout cela à sa façon. Nous en ferons la recension critique dans une prochaine livraison d’Uranopole.

 

Le mensonge a pour objet de nous faire admettre des politiques que nous rejetterions autrement. Ainsi, en matière sociale, économique, budgétaire, on nous ment : on traficote les chiffres du chômage, on nous raconte des sottises sur l’évolution économique. Par exemple, en France, Macron pratique une politique de désindustrialisation qui non seulement accroît le chômage, mais affaiblit gravement la France et, par conséquent, l’Europe, au moment d’une « guerre » commerciale internationale provoquée par Trump. En matière budgétaire, avant les élections, le déficit public belge était de six milliards d’Euros, on apprend aujourd’hui qu’il avoisine les dix milliards !

 

Ce ne sont que des exemples. On pourrait les multiplier par cent !

 

Alors, posons-nous la question ? Les élections sont-elles un instrument efficace pour combattre le totalitarisme. Manifestement non. La démocratie représentative est en crise parce que les représentants élus s’inscrivent dans des coalitions qui ne répondent pas aux exigences du peuple. C’est la raison pour laquelle, il est tant usé du mensonge.

 

Alors, comment organiser la chose publique pour qu’il y ait un réel contrôle populaire des politiques et des décisions prises par les dirigeants que nous avons – en principe – élus ? Il est évident que la démocratie représentative est en crise. Faut-il la remplacer par autre chose ? Faut-il revoir le mode de scrutin ? Faut-il instaurer le référendum ? Et surtout, une réforme de ce genre sera-t-elle efficace ? N'est-ce pas répondre à une question fondamentale par l'offre de gadgets ?

 

Que constate-t-on ?

 

Plusieurs politologues et journalistes préconisent des solutions aux carences de la démocratie représentative. Cela va du tirage au sort au référendum d’initiative citoyenne en passant par la démocratie directe. Néanmoins, aucune de ces propositions n’est réellement efficace, car que constate-t-on ?

 

Le premier constat : le peuple ne s’estime plus représenté. Aussi, déserte-t-il les scrutins. Lors des toutes récentes élections européennes, on s’est glorifié d’avoir une participation de quelque 50 % des électeurs ! Cela signifie qu’un électeur sur deux ne s’est pas exprimé ! Quelle victoire !

 

Le second constat : les partis politiques sont devenus des offices de placement et ne défendent plus leurs fondamentaux. Leurs programmes sont démagogiques, souvent inapplicables et une fois au pouvoir, ils agissent en contradiction avec leurs promesses. C’est particulièrement vrai pour les partis sociaux-démocrates.

 

Le troisième constat : les corps intermédiaires qui assuraient un équilibre assez efficace entre les intérêts contradictoires, sont tenus à l’écart du processus de décision. Ainsi, la concertation sociale entre les organisations syndicale de travailleurs et le patronat qui maintenait une relative paix sociale est désormais entre les mains du seul patronat. Les syndicats jouent un rôle de figuration. Et même, au sein du patronat, ce sont les « grands » patrons qui mènent le jeu au détriment des petites et moyennes entreprises et influent sur la politique des gouvernements. Ainsi, les entreprises transnationales prennent le pouvoir aussi bien à l’échelle supranationale qu’à l’échelle nationale, voire régionale. On vient de le voir, le « patron des patrons » belge, Pieter Timmerman n’hésite pas à préconiser une coalition entre les socialistes wallons du PS et les nationalistes flamands de la NV-A. Mais quand la FGTB (syndicat socialiste) souhaite un accord sans les libéraux du MR, c’est une vague d’indignations !

 

Enfin, depuis le traité de Maastricht et ceux qui les ont suivis, les Etats ont de moins en moins de capacités politiques. Ainsi, depuis le traité budgétaire, les gouvernements et parlements nationaux et régionaux sont sous la tutelle de l’Union européenne en la matière. Cela étiole aussi la confiance des citoyens à l’égard du monde politique.

 

Le dernier rhinocéros

 

Autant, il faut se battre pour préserver les derniers rhinocéros qui ont échappé aux braconniers et aux trafiquants, car ils font partie du patrimoine ; autant vouloir maintenir absolument le système actuel de démocratie représentative, ou apporter des gadgets nouveaux comme le référendum ou le tirage au sort sont vains et sans doute nuisibles.

 

C’est à une réflexion globale sur le monde de demain qu’il faut s’atteler pour envisager des solutions efficaces et durables. Des auteurs et non des moindres, comme Jean-Claude Kaufmann, Amin Maalouf ou Michel Onfray, se penchent sur la question. C’est indispensable si l’on veut préserver notre liberté et la justice pour toutes et tous. Nous allons en parler bientôt.

 

 

Pierre Verhas

 

 

(1) Ajoutons que le mensonge circula aussi en Europe occidentale. Lors de la catastrophe de Tchernobyl, les chercheurs de l’Institut royal météorologique détectèrent un taux anormal de radioactivité dans l’air à la station d’observation du magnétisme terrestre à Dourbes (à la frontière belgo-française, non loin de Givet). Les autorités politiques, bien qu’alertées, restèrent silencieuses à ce sujet. L'omission est aussi un mensonge !

 

 

 

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 14:13

 

 

 

Cette semaine, des dizaines de millions de citoyens européens seront invités à voter pour renouveler les 751 députés du Parlement européen. L’élection au suffrage universel de cette assemblée obtenue en 1979, plus de vingt ans après la fondation de la Communauté économique européenne, fut une bonne chose. Elle impliqua les citoyens dans la problématique européenne.

 

Cependant, comme les autres institutions européennes, le Parlement est une institution hybride. Il dispose de peu de pouvoirs qui ne peuvent en rien se comparer avec ceux des Parlements nationaux. Aussi, le taux d’abstention au scrutin européen est très élevé, car les électeurs ignorent les enjeux.

 

Pourtant, ils sont importants. En définitive, c’est le résultat des élections européennes qui sera déterminant pour nommer la Commission européenne. D’autre part, l’Assemblée européenne est à même de refuser ou d’amender des directives émanant de ladite Commission. Cela s’est fait dans des domaines fondamentaux comme l’environnement, la politique sociale, la politique économique. Cependant, ces pouvoirs restent insuffisants pour que le Parlement infléchisse, ou même ait une influence sur la politique de l’exécutif européen.

 

 

Le Parlement européen à Strasbourg, le long du Rhin : le symbole d'une unité inachevée

Le Parlement européen à Strasbourg, le long du Rhin : le symbole d'une unité inachevée

 

 

 

Et puis dans quelle Europe nous trouvons-nous ? Sur le plan de sa structure, les adversaires de l’idée européenne dénoncent son « fédéralisme » et les « souverainistes » prônent « l’Europe des nations ». L’écrivain Michel Gheude dit justement : « L’Europe des nations ? Mais, on y est ! »

 

En effet, la structure décisionnelle de l’Europe est avant tout intergouvernementale. L’exécutif européen est hybride : il y a le Conseil et la Commission. Le Conseil est composé des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 Etats-membres de l’Union européenne. La Commission est composée de 27 commissaires nommés par leur gouvernement respectif. L’organe principal de décision est le Conseil qui se réunit en Sommet tous les six mois, ou plus s’il l’estime nécessaire. Le Conseil a un président nommé par lui – à l’heure actuelle, il s’agit du Polonais Donald Tusk – et chaque Etat-membre préside le Conseil tour à tour pour une période de six mois. Pour le moment, il s’agit de l’Autriche. Le Parlement européen nomme le prédisent de la Commission, ce qui est un pouvoir très important qui fait l'objet de transactions politiciennes qui n'ont pas grand chose à voir avec la détermination d'une politique européenne. La Commission, quant à elle, exécute les décisions du Conseil en édictant des directives qui sont soumises au Parlement européen. Elle est aussi la « gardienne des traités ». Autrement dit, elle a un rôle de gendarme, notamment en matière de concurrence.

 

L’initiative revenant au Conseil, la politique européenne est déterminée par des négociations entre les 27 Chefs d’Etat et de ministres. Et c’est évidemment le pays le plus puissant, en l’occurrence l’Allemagne, qui mène la danse. Et tout est bloqué à cause de la règle de l’unanimité. Toute décision dans les domaines les plus importants doit être prise à l’unanimité des membres. C’est la raison pour laquelle les sommets consistent en d’interminables négociations qui s’achèvent à l’aurore du jour suivant. Et le vainqueur est celui qui a la plus grande capacité de chantage. Et, dans la plupart des cas, c’est l’Allemagne. Il faut relire le livre de Varoufakis quand il décrit les palabres autour de la crise grecque de 2015 où Berlin l’emporta haut la main sur les autres Etats membres, notamment la France.

 

 

 

Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec en 2015, fondateur du mouvement DIEM 25, avait vu juste.

Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec en 2015, fondateur du mouvement DIEM 25, avait vu juste.

 

 

 

Régis Debray a publié récemment un petit ouvrage intitulé « L’Europe fantôme » qui inaugure la collection tracts chez Gallimard. Dans une interview à l’Obs du 16 mai 2019 où il précise ses idées, il n’y va pas par quatre chemins : « Cette Europe-là n’est pas réformable. Les traités ne peuvent être modifiés qu’à l’unanimité des 27, donc ils ne le seront jamais. Et l’ordolibéralisme allemand donnant le « la » à l’ensemble. »

 

Autrement dit, dans l’état actuel des choses, l’élaboration d’une Europe réellement européenne au-delà des Etats nations qui la composent est impossible. Et on peut se demander si, dès le départ, ce ne fut pas une escroquerie.

 

Tout d’abord, les personnages qui ont été les « pères fondateurs » de l’Union européenne sont loin d’être clairs. Robert Schuman, un catholique de droite – cela a son importance – fut ministre du premier gouvernement Pétain en 1940. Jean Monnet, homme d’affaires avant tout, était totalement aligné sur les Américains. Le « socialiste » belge Paul-Henri Spaak, après avoir fait un bout de chemin avec le germanophile Henri De Man avant-guerre, est devenu un Atlantiste convaincu.

 

Mendès-France avait tout prévu !

 

Le socialiste français Pierre Mendès France fut le premier à dénoncer le piège du Traité fondateur de l’Union européenne – qui s’appelait Communauté européenne au départ – le Traité de Rome de1957. Voici ce qu’il en disait :

 

 

 

Pierre Mendès-France un des hommes politiques les plus lucides de l'immédiate après-guerre

Pierre Mendès-France un des hommes politiques les plus lucides de l'immédiate après-guerre

 

 

 

« Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

 

Mendès avait tout prévu ! La puissance politique est entre les mains de l’exécutif européen qui décide sur les budgets des Etats-membres de la zone Euro. La politique économique et sociale est soumise à l’approbation des instances européennes. Les gouvernements et les parlements nationaux sont donc devenus des coquilles vides, car toute la politique sociale et économique doit être conforme aux diktats européens.

 

Cependant, Mendès France n’avait pas pu deviner la montée en puissance de l’Allemagne. À son époque, en effet, ce pays était divisé par le Rideau de fer, mais si son poids politique était assez faible, grâce au plan Marschall, il développa une économie performante et une industrie moderne essentiellement exportatrice, tout en pratiquant une politique monétaire forte. C’était le début de l’ordolibéralisme qui peu à peu étendit sa domination sur toute l’Europe.

 

Et nous étions loin d’une Europe politique d’union entre les peuples. L’économie était la priorité absolue et le dogme de la concurrence, la base idéologique de la Communauté économique européenne.

 

Par après, la CEE s’est élargie. Ce fut en 1973 le Royaume Uni, l’Irlande et le Danemark. Ensuite, après la chute des dictatures fascistes dans les années 1970, l’Espagne, le Portugal et plus tard, la Grèce. Les pays scandinaves sont venus par après : Suède et Finlande. Et enfin, dans les années 1990, après la fin de l’URSS et la réunification allemande, les pays dits de l’Est, Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie et puis la Roumanie et la Bulgarie.

 

Quel maintien de la paix ? La pax americana ?

 

Un des objectifs fondamentaux de l’Union européenne était le maintien de la paix sur le continent européen. Ce fut le cas sous la « protection » de l’OTAN, mais l’Europe n’a pas pu empêcher la guerre en ex-Yougoslavie. Les principaux pays de l’Union européenne, au lieu d’afficher une neutralité qui aurait pu imposer une paix juste et durable, ont pris parti. L’Allemagne a poussé à la reconnaissance de la Croatie et de la Slovénie qui avaient proclamé leur indépendance. Ce fut ensuite une guerre atroce avec les terribles « épurations ethniques » de part et d’autre. Les armées des pays européens engagés sous la bannière de l’ONU et plus tard de l’OTAN n’ont rien pu faire. Le conflit yougoslave fut le premier grand échec de l’Europe. Et sous la pression des Etatsuniens, l’Europe n’a pas eu le courage de prendre une position sur un conflit se déroulant sur son territoire.

 

 

 

L'Union européenne a été incapable d'empêcher les atroces épurations ethniques en "ex-Yougoslavie".

L'Union européenne a été incapable d'empêcher les atroces épurations ethniques en "ex-Yougoslavie".

 

 

 

Aussi, il est plus que temps – surtout depuis les velléités bellicistes de Trump et du complexe militaro-industriel US – d’œuvrer pour une réelle indépendance de l’Europe aussi bien sur le plan économique que militaire.

 

L’échec suivant sera économique et monétaire.

 

Avec le Traité de Maastricht de 1992 qui instaure la « monnaie unique », l’Union européenne a clairement défini et élargi son objectif qui était déjà inscrit dans le Traité de Rome de 1957 :  consolider un nouvel ordre capitaliste et monétaire.

 

Comme l’écrit le libéral Bruno Colmant dans son ouvrage « L’Euro : une utopie trahie ? », Renaissance du Livre, Bruxelles, 2017 : « Le nouvel ordre capitaliste (…) individualise les aléas de la vie et limite la protection collective. » En clair, un ordre néolibéral fondamentalement contraire aux principes et acquis de la civilisation européenne. De même, le Traité de Maastricht interdit la solidarité entre les Etats membres en matière monétaire.

 

L’Euro n’est pas une vraie monnaie.

 

La définition de la monnaie par Colmant a le mérite d’être claire : « La monnaie est un concept insaisissable. C’est à la fois un flux, créé par le multiplicateur bancaire, c’est-à-dire la séquence des dépôts et emprunts, et un stock créé par les banques centrales. » Et il ajoute : « Elle possède un rôle transactionnel puisqu’elle permet de remplacer le troc des biens et des services par une marchandise intermédiaire (…) la monnaie elle-même. » Enfin, « c’est un étalon de mesure des échanges et une unité de compte. »

 

La monnaie est créée essentiellement par les banques commerciales. Les banques centrales fixent les taux d’intérêt qui servent d’indicateur aux banques commerciales pour se refinancer elles-mêmes. Les banques centrales sont des prêteurs en dernier ressort. Elles créent donc de la monnaie mais uniquement à titre supplétif.

 

La monnaie créée par les banques commerciales qui servent donc de prêteurs à des autres agents économiques – entreprises, par exemple – par l’octroi de dépôts. L’entreprise utilisera les crédits en question pour des transactions qui iront dans d’autres banques qui créeront de la monnaie pour d’autres emprunteurs, etc. Ce système peut fonctionner et être sûr si les banques ne soient pas trop importantes pour pouvoir être sauvées tout en l’étant suffisamment parce qu’elles constituent le « mur mitoyen entre la monnaie et les Etats qui sont garants de la monnaie. » L’Etat a donc le droit régalien de battre monnaie, ce qui fait dire à Colmant : « Qu’elles soient nationalisées ou pas, les banques et les Etats représentent l’avers et le revers de la monnaie. »

 

Tout cela est très joli. Mais, à partir du moment où il n’y a plus de contrôle de la puissance publique, ou plutôt lorsque l’Etat se dérobe pour le « laisser faire, laisser aller » libéral, ou encore quand on prend comme nouveau dogme « la fin de l’histoire » du philosophe new-yorkais Fukuyama ou, comme l’écrit le journaliste libéral français François Lenglet dans un livre décapant intitulé « Tout va basculer ! » (Albin Michel, 2019) : « Pour justifier un tel engouement, les économistes ont inventé un nouveau concept : la « nouvelle économie ». Qui n’obéit plus, disent-ils, aux lois traditionnelles. Il n’y aura plus de cycles, donc plus de récession.  En clair, c’est l’ascension perpétuelle, croit-on, qui garantit la prospérité sans limite. »

 

Notez que ces « analystes » et autres « responsables » ne cessent de fustiger les progressistes de gauche sur leurs « utopies » ! De plus, comme l’explique Lenglet, cette euphorie tout à fait irrationnelle rappelle à s’y méprendre la crise des années 1920. Un proverbe dit : Jupiter rend fou ceux qu’il veut perdre ! On pourrait parodier en affirmant : le dieu argent rend fou ceux qu’il veut ruiner !

 

L’Union européenne n’a pas réussi à surmonter la crise financière.

 

Eclate alors la crise de 2008 due principalement à la fameuse combine des « subprimes » qui consistait à consentir des prêts hypothécaires à des gens insolvables pour qu’ils puissent acquérir un logement. Il est arrivé ce qu’il devait arriver : les prêteurs insolvables ont soit été expulsés de leurs logements – ce qui était l’objectif des prêteurs pour poursuivre l’opération – soit, ont tenté eux-mêmes de revendre le bien qu’ils ne pouvaient plus payer. Cela a provoqué un effondrement du marché immobilier qui a entraîné la ruine des prêteurs ! Et ce fut le jeu de dominos que l’on sait avec l’effondrement de Lehman-Brothers, une des plus anciennes banques américaines.

 

 

 

L'Euro brille d'un très terne éclat devant la Banque centrale européenne.

L'Euro brille d'un très terne éclat devant la Banque centrale européenne.

 

 

 

On a vu que la crise de 2008 dont on subit encore les conséquences en Europe est en grande partie due à la taille trop importante des banques qui, en plus, n’ont plus séparées leurs activités commerciales de leurs spéculations financières. Les deux principales recommandations de l’après 2008 – diminuer la taille des banques et séparer leurs activités de dépôt et financières – sont restées lettre morte, ce qui fait prévoir par de nombreux économistes une nouvelle crise financière encore plus grave dans un proche avenir.

 

Revenons à l’Europe. Celle-ci a subi la crise financière de plein fouet, parce qu’elle était bien trop exposée, sas banques s’étant laissé piéger par les produits financiers toxiques US. L’Euro ne pouvait pas dans sa conception être une monnaie de protection. Aujourd’hui, l’Union européenne ne s’est toujours pas redressée, sans oublier la crise des dettes souveraines qui est venue s’ajouter.

 

On balaie la diversité de l’Europe.

 

Les contraintes imposées aux Etats-membres par les traités ne font pas de l’Euro une vraie monnaie dans le sens où Colmant la définit. La première critique de l’Euro provient du père de l’école de Chicago, Milton Friedman, qui a dit qu’une monnaie ne peut exister que si elle est sous l’autorité d’un Etat. Ce n’est évidemment pas le cas de l’Euro. La « monnaie unique » européenne est donc sous l’entier contrôle des banques et la BCE n’est pas une véritable banque centrale. Elle est une autorité privée qui fixe les taux d’intérêts et prend les mesures contre l’inflation. Ainsi, on l’a vu : lors de la crise grecque, Michel Rocard et Pierre Larrouturou ont dénoncé la manœuvre de la BCE : le traité de Maastricht interdisant aux Etats membres d’emprunter à la BCE, celle-ci prête aux banques privées à un taux ridiculement bas qui à leur tour prêtent aux Etats à des taux quasi usuraires !

 

Comme l’a écrit Stiglitz : « La zone Euro était viciée dès sa naissance. » Il y a deux grandes fautes qui ont présidé à la conception du système Euro. Il a divisé l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, le fameux « Club Med ». L’Allemagne a voulu absolument imposer son système économique et monétaire par sa peur panique de l’inflation et son obsession d’une monnaie forte. C’était snas tenir compte des diversités aussi bien culturelles qu’économiques qui font la vraie richesse de l’Europe. La seconde erreur est l’interdiction de solidarité entre Etats membres afin d’imposer l’ordolibéralisme par la force avec les fameux critères de Maastricht sur les déficits et la dette, sans compter la contrainte purement antidémocratique du fameux traité budgétaire qui ôtent aux Parlements nationaux le pouvoir de voter les budgets comme ils l’entendent.

 

Et la situation ne s’améliore guère. Dans une interview à la Libre Belgique du 18 mai 2019, l’économiste libéral Geert Noels constate au sujet de la division de l’Europe : « Que la France n’a rien à envier à l’Italie, dont tout le monde parle pour le moment comme l’un des plus grands dangers de l’Europe « financière ». La France est, selon moi, le vrai problème de l’Europe. L’endettement public, le taux de croissance, la taille des banques de la France sont inquiétants. » Rappelons-nous : c’est exactement ce que Yanis Varoufakis disait il y a quatre ans. La crise grecque fut en grande partie due au risque de faillite des banques françaises et allemandes qui avaient imprudemment acheté des titres de la dette grecque. L’ex-ministre des Finances hellène estimait que le prochain pays victime d’une crise financière majeure serait la France. Cela expliquerait les mesures drastiques prises par Macron qui sont à la base de la révolte des gilets jaunes. Mesures dont on connaît les nuisances et l’inefficacité !

 

L’Euro n’est pas viable à long terme.

 

Geert Noels n’est guère optimiste : « Un scénario à la japonaise (…) pointe à l’horizon, sans que l’on sache véritablement comment nettoyer ces dettes, notamment parce que certaines institutions en Europe sont intouchables, comme certaines grandes banques, certains pays lourdement endettés et même la position de l’Euro. » Il ajoute que si on dévaluait l’Euro de 20 à 25 %, l’Italie serait un des moteurs de l’Europe. Cependant, la soi-disant unité imposée par l’Allemagne à l’Euro empêche pareil scénario. Et Noels plaide pour une réforme fondamentale de l’Euro. « Je ne crois pas que l’Euro soit une construction viable sur le long terme. Parce que pour avoir un noyau stable et, autour, de la flexibilité. » L’économiste rappelle qu’on a eu un système pareil avant l’Euro avec l’Ecu qui était composé d’un panier de valeurs. Cela a été bénéfique pour des pays comme la Belgique dans les années 1980 où elle subissait de plein fouet la crise de la sidérurgie et des difficultés budgétaires importantes. Geert Noels souhaite qu’on remette sur pied un mécanisme similaire.

 

Mais il y a très peu de chance que cela se fasse dans un bref délai.

 

Alors, que conclure en cette question complexe mais vitale de l’Union européenne ?

 

L’UE est basée sur trois principes : la liberté de circulation des capitaux, des biens et des services et des êtres humains.

 

Le capitalisme absolu

 

En ce qui concerne celle des capitaux, elle se fait sans aucun contrôle. Elle encourage donc la fraude fiscale, car il n’y a pas d’harmonie fiscale ou très peu au sein de l’Union européenne. Ainsi, la Belgique est un paradis fiscal pour les détenteurs de capitaux français. Plusieurs paradis fiscaux non membres de l’Union européenne sont accessibles sans aucun contrôle, tels Monaco, le Lichtenstein, San Marin, etc. Et bien sûr, il ne faut pas oublier le Grand-Duché du Luxembourg dont l’ancien Premier ministre est actuellement président de la Commission européenne. Remarquons en passant que c’est ce petit pays qui a donné le plus grand nombre de présidents de la Commission depuis la naissance de la CEE. Ce n’est pas un hasard !

 

 

 

Jean-Claude Juncker, le président luxembourgeois de la Commission européenne, achève un mandat terne et sans réussite.

Jean-Claude Juncker, le président luxembourgeois de la Commission européenne, achève un mandat terne et sans réussite.

 

 

 

Migrants : l’Europe a oublié ses principes fondamentaux.

 

La seconde liberté de circulation est celle des personnes, surtout depuis les accords de Schengen. Cependant, on l’a vu lors de la crise des migrants, elle est très fragile. Ainsi, par refus des quotas de migrants imposés par la Commission, plusieurs pays de l’Est européen ont fermé leurs frontières en totale contradiction avec les accords de Schengen. C’est très inquiétant non seulement sur le plan éthique, mais aussi sur l’avenir politique de l’Union européenne, car ces pays – particulièrement la Pologne et la Hongrie – s’éloignent des institutions européennes tout en percevant les subventions des Fonds structurels. On observe d’ailleurs que ces pays – à l’exception de la Pologne et des pays baltes – se rapprochent de la Russie. La crise des migrants a fragilisé sérieusement l’Union européenne.

 

 

 

Cette image d'un arrêt de bus vide à la Gare du Nord à Bruxelles est symbolique : les bus ne s'arrêtent plus à cause des migrants. On n'a rien trouvé de mieux que des les placer en centres fermés s'ils ne demandaient pas l'asile. Une Europe repliée sur elle-même est destinée à disparaître à terme.

Cette image d'un arrêt de bus vide à la Gare du Nord à Bruxelles est symbolique : les bus ne s'arrêtent plus à cause des migrants. On n'a rien trouvé de mieux que des les placer en centres fermés s'ils ne demandaient pas l'asile. Une Europe repliée sur elle-même est destinée à disparaître à terme.

 

 

 

Un autre aspect concerne les travailleurs détachés. Depuis la fameuse directive Bolkestein, le dumping social s’est installé, particulièrement dans l’Ouest de l’Europe. Ce système permet à des entrepreneurs d’engager de la main d’œuvre à bon marché et sous-protégée. Il s’agit là d’une régression sociale majeure. Il ne suffit pas aux syndicats européens de manifester régulièrement devant les bâtiments de la Commission et du Parlement européen à Bruxelles pour que les choses changent. La seule issue est d’instaurer un rapport de forces au niveau européen. Et ce n’est pas la Confédération européenne des syndicats qui en a les moyens, tant elle est faible !

 

Les lobbies gangrènent l’Union européenne.

 

Quant à la libre circulation des biens et des services, si, incontestablement, elle a apporté des progrès aussi bien sur le plan économique que social, elle est soumise via les institutions européennes à la pression des lobbies qui faussent le jeu. L’affaire du glyphosate en est la dramatique démonstration. L’Union européenne s’est laissé gangréner par les lobbies de toutes sortes. Les conflits d’intérêts sont légion, la protection des consommateurs et des producteurs est compromise. On l’observe aussi bien sur le plan environnemental, comme sur la pression faite sur des producteurs. L’exemple des fromages au lait pasteurisé accompagné de la volonté, pour de prétendues raisons de santé publique, d’interdire la production de fromages au lait cru est typique de la pression sur la Commission et le Parlement de l’industrie agro-alimentaire dominée par les entreprises transnationales. De plus, les producteurs extérieurs – particulièrement US – font aussi pression sur les institutions européennes. L’affaire de la viande aux hormones en est un exemple.

 

L’unité dans la diversité

 

Le tableau est donc très noir. Est-ce une raison pour en revenir aux Etats-nations d’antan ? Certainement pas. L’euroscepticisme ne conduira à rien. On le voit avec la saga du Brexit : la Grande Bretagne a toutes les difficultés pour se retirer de l’Union et pas mal de Britanniques s’aperçoivent des risques que cela comporte. C’est à une réforme profonde de l’Union européenne qu’il faut s’atteler.

 

L’Union européenne s’est laissé entraîner dans un capitalisme dur dont un des objectifs est de tout uniformiser afin de pouvoir mieux vendre les marchandises et services à des consommateurs qui ne seront désormais plus des citoyens mais les zombies du profit absolu dénués de tout esprit critique. C’est le Big Brother de l’ultralibéralisme.

 

La devise de l’Union européenne est « l’unité dans la diversité ». Cette diversité qui est le fondement même de notre culture, est menacée, l’unité n’est que de façade. Notre combat pour l’avenir est de les retrouver.

 

Alors, voter pour l’Europe ? Oui, bien sûr que oui ! Mais avec l’esprit critique.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 09:08

 

 

Jef Baeck, Président de la Fédération des Mutualités socialistes du Brabant s’est éteint mercredi 8 mai à l’âge de 68 ans au terme de ce qu’il est convenu d’appeler « une longue et pénible maladie ». Ce fut son dernier combat qu’il a mené avec le courage qui le caractérisait.

 

Un Socialiste ! Ce mot est tellement galvaudé, voire flétri que beaucoup n’osent plus le prononcer aujourd’hui. Jef, lui, y tenait jusqu’à la prunelle de ses yeux ! Il était socialiste dans ses tripes et jusqu’au bout des ongles. Son champ de bataille était la Sécurité sociale, cet édifice fruit de la lutte de milliers de travailleuses et de travailleurs durant plus d’un siècle,  endurant depuis des décennies les coups de butoir d’un néolibéralisme de plus en plus agressif. Jef Baeck ne manquait jamais de le rappeler aussi bien dans le discours de clôture de l’assemblée générale de la Fédération qu’il présidait, ainsi qu’au meeting du 1er mai à Bruxelles lors de la fête des travailleurs, qu’il ne manquait jamais, à part ce dernier où il ne put venir, ses forces commençant à l’abandonner.

 

 

 

Le Président Jef Baeck (1950 - 2019)

Le Président Jef Baeck (1950 - 2019)

 

 

 

Le Président Jef Baeck a renforcé le mouvement mutuelliste, car en plus d’aider avec le plus d'efficacité possible les patients, en plus d’être un pilier fondamental de la Sécurité sociale, la Mutuelle est une chaîne de solidarité entre ses affiliés, ses militants et la population. Il tenait beaucoup à cet aspect des choses. En outre, il soutenait de toutes ses forces les mouvements de solidarité qui travaillent avec la Mutualité socialiste, comme les Femmes prévoyantes socialistes qui sont devenues le fer de lance du féminisme à Bruxelles.

 

Jef Baeck refusait la séparation de la Belgique et le prouva en étant militant aussi bien du PS « francophone » que du SPa « flamand ».

 

Jef était aussi un passionné d’histoire. Avec son épouse Christine, il avait fondé les Amies et Amis belges de la Commune de Paris de 1871. Il admirait cette révolte du peuple de Paris où des idées révolutionnaires dont certaines ont été reprises par après, furent appliquées pendant les trois mois que tint la Commune avant d’être écrasée dans le sang par les troupes « versaillaises » de Monsieur Thiers. Jef souhaitait aussi rappeler le rôle éminent joué par de nombreux communards venus se réfugier en Belgique, la plupart à Bruxelles, afin d’échapper aux pelotons d’exécution de la nouvelle république bourgeoise. Beaucoup d’entre eux participèrent aux grands travaux de l’époque qui modernisèrent la capitale belge, notamment le voûtement de la Senne qui permit d’assainir les quartiers populaires du centre de la Ville.

 

Jef a été toute sa vie, très attaché à ces quartiers, car il y était né – à Cureghem exactement, à la limite d’Anderlecht et de la Ville de Bruxelles, non loin de la gare du Midi – et y avait passé son enfance. Devenu un important dirigeant mutuelliste, il n’oublia jamais ses origines. Il avertissait d’ailleurs : « Celui qui oublie ses origines est perdu ! ». Et il resta toujours proche de ce peuple de Bruxelles, belge comme immigré, qu’il aimait. Il aimait aussi, lors de ses rares moments de loisirs, se promener dans les Marolles dont il connaissait les moindres recoins.

 

Il était un grand ami de l’ancien bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans et comme l’a rappelé l’actuel maïeur, Philippe Close : « Quand je les voyais partir à deux je ne savais jamais quand ils rentreraient mais je savais que leurs discussions sur la société, la liberté, les luttes sociales ou la littérature allaient être riches et engagées. »

 

Jef Baeck était aussi un internationaliste. Lors d’un voyage en Palestine en 2015, il visita la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation) qui est le plus grand centre palestinien de soin et d’inclusion des handicapés créé et dirigé par des Palestiniens en ce pays occupé et en proie à la répression sanglante de l’armée israélienne et aux attaques des colons. Il eut un long et fructueux entretien avec son directeur, Edmund Shehadeh, qui a fait de son centre une institution moderne et performante qui sert d’exemple dans tout le Proche Orient. Jef Baeck s’engagea à aider efficacement la BASR, ce qui se fait par l’envoi régulier d’aides financières et en matériel.

 

Dans un autre domaine, il avait contribué à la mise sur pied du Fonds Aristote qui par l’intermédiaire de Solidarco, finance et s’occupe de la Maison d’Hébergement et d’Education pour enfants en difficulté (MHEED) à Kinshasa qui héberge des enfants de la rue de plus en plus nombreux. La MHEED est une infrastructure composée aussi bien de logements pour les filles et les garçons, d’une cuisine et d’un réfectoire. Elle se finance tout en assurant sa sécurité alimentaire en faisant l’élevage porcin et des cultures maraichères. Elle assure aussi les soins de santé des enfants avec l’aide des Femmes Prévoyantes Socialistes, tout en rencontrant de grandes difficultés qu’elle s’efforce de surmonter. Il y a également une école primaire qui est reconnue par l’Etat congolais et une infrastructure de formation professionnelle. Tout cela est assuré par des éducatrices et des éducateurs bénévoles.

 

Et l’internationalisme de Jef Baeck ne date pas d’hier ! Militant aux Jeunes socialistes en 1973, avec quelques camarades, il participa à une expédition « punitive » contre la légation du Chili à Bruxelles après le putsch de Pinochet soutenu par la CIA qui renversa le 11 septembre le pouvoir démocratique du Président Salvador Allende. Le bâtiment de cette représentation diplomatique était voisin de l’immeuble du Parti socialiste qui était encore « belge » au Boulevard de l’Empereur juste au coin de la rue des Alexiens. En pénétrant par les locaux du Parti, ils grimpèrent sur le toit et déployèrent un énorme calicot de protestation tout au long de la façade de la légation chilienne. La gendarmerie alertée voulut arrêter ces « subversifs ». Le président du Parti socialiste à l’époque, André Cools, de sa voix tonitruante, expulsa les pandores qui voulaient les cueillir dans les locaux du Parti ! Ainsi, nos jeunes socialistes avec Jef Baeck purent s’échapper en toute sécurité… En hommage à cet exploit, Freddy Thielemans, fit donner le nom de Square Salvador Allende au petit parc qui se trouve en face.

 

Sur le plan philosophique, Jef était un libre penseur et un libre exaministe militant. Il avait en horreur le cléricalisme qu’il distinguait des chrétiens qui, comme lui, œuvraient à leur manière pour la justice sociale et avec lesquels il travaillait volontiers.

 

Avec Jef Baeck disparaît un des derniers militants d'un socialisme de combat œuvrant pour une société plus juste, plus libre et plus fraternelle. Saluons sa mémoire. Et surtout, perpétuons son œuvre.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 20:40

 

 

 

Tristes jours pour nos libertés

 

Interdite de rentrer à la maison !

 

 

La Docteure Souha Mansour Shehadeh, responsable de la section psychiatrique de la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation) n’a pu rentrer chez elle et reprendre son travail à Beit Jala près de Bethlehem. Revenant d’un voyage, obligée pour rentrer en Palestine de passer par Amman et le pont Allenby qui est le seul poste frontière entre la Jordanie et la Cisjordanie occupée, elle fut refoulée par les autorités israéliennes sous prétexte de manquements administratifs. Souha Mansour ne pourra se représenter à la frontière que dans 45 jours !

 

 

 

 

 

 

En attendant, Souha est retournée en France où elle participe à une formation donnée par la mission conduite par Pierre Paduart avec traduction et avec la participation d’Alexander Stevens, de la nouvelle école lacanienne. Elle reste heureusement en contact quotidien avec son équipe à Beit Jala via Skype et cela fonctionne bien !

 

Qu’il fait bon vivre au pays de l’Apartheid !

 

PV

 

 

Julian Assange menacé d’extradition

 

Réfugié depuis 2012 à l’ambassade équatorienne à Londres grâce à l’ancien président Rafaele Correa et ayant acquis la nationalité équatorienne, Julian Assange l’ancien patron de Wikileaks qui a dénoncé par la publication de centaines de messages diplomatiques et de vidéos les crimes de guerre commis par l’armée étatsunienne en Irak, a été arrêté ce jour par Scotland Yard.

On s’y attendait depuis que Correa a été évincé par un président de droite qui s’aligne sur les diktats US et ceux du FMI.

Le 19 juin 2012, Julian Assange se réfugie dans l’ambassade équatorienne de Londres. Hacker légendaire, il a réussi à révolutionner la presse en lançant la première plateforme de « leaks ». Sept ans plus tard, c’est un homme diminué physiquement et tombé en disgrâce qui ressort escorté de policiers. Accusé d’espionnage pour le compte de la Russie et d’agressions sexuelles en Suède, il fait aussitôt l’objet d’une demande d’extradition de la part des États-Unis où il est poursuivi pour « conspiration en vue d’une intrusion informatique ».

 

Le 11 avril 2019, le même homme, visiblement affaibli, arborant une longue barbe blanche, apparaît dans l’embrasure de la porte de l’ambassade, traîné par deux policiers qui l’emmènent de force dans un fourgon. Il est détenu dans un commissariat et il est question de son extradition aux USA où il sera jugé pour piratage informatique et risque cinq années de prison selon les autorités étatsuniennes, à moins qu’on lui trouve des chefs d’accusation plus graves. Tout est possible.

 

 

 

 

 

 

Expulsion et arrestation musclées de Julian Assange de l'ambassade d'Equateur à Londres

Expulsion et arrestation musclées de Julian Assange de l'ambassade d'Equateur à Londres

 

 

 

Un de ses amis, Fabio, déclare à « Mediapart » :

 

« Twitter est une de ses seules fenêtres sur le monde, et c'est un espace toxique où tout le monde rivalise pour l'attention, la rapidité, le scoop, poursuit Fabio. Vu que son exposition est le principal moyen de sa survie, il se retrouve pris dans ce tourbillon. Je ne cherche pas à le défendre à tout prix. J'ai lu des trucs sur son compte Twitter qui m'ont foutu les boules. Je ne soutiens pas tout ce qu'il dit, loin de là. Mais je prends ça avec un peu de recul : si j'avais été enfermé pendant six ans sans une promenade et sans voir la lumière du jour, je me serais probablement pendu bien plus tôt et/ou j'aurais dit des trucs encore plus délirants que cela… »

 

En effet, isolé dans cette ambassade qui est une petite maison dont il n’a pas pu sortir pendant sept années, Assange a littéralement déconné en tenant des propos absurdes et incohérents.  

 

Difficile de dire ce que va maintenant devenir WikiLeaks. « Ce qui adviendra de l'organisation, je n'en ai pas la moindre idée, on verra. Ce ne sont pas les organisations qui comptent, mais les idées et les actes…, estime Fabio. L'héritage de WikiLeaks est déjà à l'œuvre. Sans WikiLeaks, il n’y aurait pas eu FrenchLeaks, FootballLeaks, PanamaPapers, etc. Les nombreux journalistes et individus inspirés par WikiLeaks, qui en resteront inspirés et continueront d'agir quoi qu'il arrive. J'espère que l'histoire retiendra cela plutôt que les tweets écrits sous pression et en captivité par Julian. »

 

En attendant, avec l’affaire Assange et Wikileaks, c’est la liberté de la presse qui est menacée.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 09:44

 

 

 

Débattre de la question palestinienne sans parler de l’antisémitisme est un leurre.

 

L’antisémitisme se manifeste à nouveau en Europe de manière virulente : profanations de tombes juives, agressions verbales et physiques de personne appartenant – ou soupçonnées d’appartenir – à la communauté juive, destructions de biens et de bâtiments lui appartenant, « posts » particulièrement agressifs sur les réseaux sociaux ne se comptent plus.

 

Cette situation est très inquiétante, car au-delà des préjudices et des traumatismes causés par ces actes, il y a un risque de banalisation de l’antisémitisme que certains considèrent comme inhérent à notre société, en dépit des condamnations fermes des autorités officielles et des grands médias.

 

Cependant, au risque de vous choquer, certaines de ces réactions peuvent être contre-productives, car par leur multiplication et aussi par les propos excessifs de certaines personnes se posant en avant-garde du combat contre l’antisémitisme – pensons entre autres à l’ineffable BHL –, cela contribue à cette banalisation.

 

D’autre part, et c’est sans doute cela le plus inquiétant, il y a une tendance au sein de la classe dirigeante à élargir la définition de l’antisémitisme en y assimilant l’antisionisme.

 

 

 

C’est en réalité confondre l’opposition à une doctrine politique avec la haine des Juifs.

 

Le sionisme fondé à la fin du XIXe siècle par le journaliste juif autrichien Théodore Herzl qui s’inscrivait dans le principe des nationalités à l’européenne de cette époque, visait à fonder un Etat juif en Palestine. Certes, l’idée de la création de cet Etat était entre autres motivée par les graves manifestations d’antisémitisme qui sévissaient d’abord par les pogroms en Europe centrale et en Russie, mais aussi en France lors de l’affaire Dreyfus. Mais, l’essentiel de la pensée sioniste était de fonder une nation assurant l’autodétermination du peuple juif.

 

L’antisémitisme est la manifestation violente d’une haine à l’égard des Juifs où qu’ils se trouvent. Il a une double origine.

 

  • Religieuse : « le peuple déicide » qui devait être châtié ;

 

  • Politique : la légende – on dirait aujourd’hui « fake news » - d’un complot cherchant à assurer la domination du monde par les Juifs grâce à leur finance avec la complicité des francs-maçons.

 

Ces fantasmes sont toujours vivaces aujourd’hui. Ils s’expriment moins qu’auparavant, suite aux lois qui punissent sévèrement les actes et propos racistes et antisémites, mais il reste encore des auteurs et des polémistes qui entretiennent cette « idéologie ». On songe entre autres au français Soral et aux négationnistes comme Faurisson.

 

D’autre part, on le voit avec la crise des « gilets jaunes », il y eut plusieurs manifestations d’antisémitisme et certains antisémites se cachent derrière l’antisionisme pour distiller leur haine. Celles-ci furent matées mais aussi montées en épingle par le président Macron afin de discréditer le mouvement des « gilets jaunes » et aussi de faire adopter une loi réprimant avec plus de sévérité l’antisémitisme auquel on assimilera l’antisionisme.

 

Tout cela n’est pas innocent.

 

Une dangereuse définition

 

En 1998, fut fondée sous l’impulsion de l’Etat d’Israël, une Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA International Holocaust Remembrance Alliance). Cette alliance intergouvernementale regroupe 31 Etats membres dont la Belgique et est présidée cette année par le Grand-Duché du Luxembourg et le sera en 2020 par l’Allemagne. Elle a concocté une définition de l’antisémitisme qu’elle voudrait voir adoptée par tous les Etats membres. Elle fut d’ailleurs adoptée en 2017 par le Parlement européen. Lors du tout récent dîner du CRIF (le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France qui est l’association quasi officielle des Juifs français, bien que pas mal d’entre eux ne s’y reconnaissent pas), Macron a déclaré qu’il y adhérait pour l’élaboration de son projet de loi.

 

Quelle est cette définition ?

 

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer par la haine envers les Juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des personnes juives ou non-juives et/ou leur propriété, contre les institutions de la communauté juive ou les lieux religieux ».

 

Tout juriste digne de ce nom dira qu’une définition aussi imprécise est un « nid à procès » et ne peut que générer des litiges. En effet, que signifie l’expression « une certaine perception de Juifs » ?

 

Voici l’analyse qu’en fait l’UJFP, l’Union des Juifs Français pour la Paix.

 

Impossible de savoir ce que signifie « une certaine perception » mais il est évident que cette « définition » peu précise - heureusement non contraignante - englobe plus que les actes de racisme tels que ceux qui ont explosé en France ces derniers jours et qui tombent en effet sous le coup de la loi.

 

Apparemment, cette définition de l’antisémitisme ne contient aucune mention à l’antisionisme. Cependant, il en est tut autrement si on lit les exemples explicatifs de cette définition qui, sans le nommer, assimile l’antisionisme à un acte raciste.

 

Sur le site de l’IHRA, on précise en effet que l’antisémitisme peut être : « Nier le droit à l’autodétermination du peuple juif, par exemple en déclarant que l’existence de l’État d’Israël est un projet raciste. ». (2)

Observons que nier le droit à l’autodétermination du peuple palestinien n’est pas du racisme. Nous avons donc affaire ici à du racisme à géométrie variable !

 

En plus, depuis le 18 juillet 2018, la Knesset, le Parlement israélien, a adopté la loi dite de l’Etat nation qui donne la prééminence aux Juifs du monde entier sur les citoyens non juifs habitant l’Etat d’Israël depuis plusieurs générations.

 

En décrétant qu’Israël est l’« Etat-nation du peuple juif », l’actuel gouvernement israélien a consacré le régime d’apartheid qu’il impose aux Palestiniens, préparant l’annexion des territoires occupés et colonisés, ruinant ainsi toute perspective de coexistence pacifique de deux Etats. Et cela est dénoncé par de nombreux politologues, historiens, philosophes, journalistes, démocrates juifs du monde entier.

 

Macron n’a rien compris.

 

 

Macron, comme dit Dominique Vidal, fit un beau discours malheureusement entaché par sa dernière phrase.

Macron, comme dit Dominique Vidal, fit un beau discours malheureusement entaché par sa dernière phrase.

 

 

 

« L’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme », proclame le président Macron à la fin de son discours. Il n’a  manifestement pas tirer les leçons de l’histoire et ne comprend rien au droit international. Il montre simplement que la propagande israélienne a fait son effet en France. Mais aussi en Grande-Bretagne où a été particulièrement ciblé Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste, très critique à l’égard des crimes commis par les forces israéliennes d’occupation de la Palestine. Tout récemment, plusieurs membres de son parti ont démissionné pour ce motif apparent, fragilisant d’autant plus un parti progressiste en pleine tempête du Brexit… Et il y eut auparavant des attaques contre Corbyn à l’occasion de la venue du cinéaste Ken Loach venu recevoir son titre de docteur honoris causa à l’ULB. Heureusement, le recteur de cette Université – Yvon Englert qui est Juif – a courageusement résisté aux pressions des milieux sionistes extrémistes et Ken Loach reçut son titre.

 

 

 

Le Docteur Yvon Englert, actuel Recteur de l’Université Libre de Bruxelles a eu le courage de résister aux terribles pressions des milieux sionistes.

Le Docteur Yvon Englert, actuel Recteur de l’Université Libre de Bruxelles a eu le courage de résister aux terribles pressions des milieux sionistes.

 

 

 

Cette guerre de propagande fait rage au moment où la campagne mondiale BDS (Boycott - Désinvestissements – Sanctions), lancée à l’appel des diverses associations, syndicats, ONG palestiniens, gagne chaque jour des points, pour laquelle j’ai un avis nuancé.

 

Il s’agit d’une riposte citoyenne face aux compromissions et complicités de gouvernements et de milieux d’affaires avec un Etat qui commet sans cesse des crimes contre l’humanité par son occupation meurtrière de la Palestine. De plus, Israël menace la paix mondiale en s’alliant avec les Etats-Unis et l’Arabie saoudite contre l’Iran devenu le symbole de l’ennemi à détruire par la force. Cela n’empêche pas l’Union européenne d’entretenir d’étroites relations économiques et politiques avec Israël, malgré les violations permanentes des droits humains, les destructions systématiques des infrastructures payées par l’Europe pour aider la population palestinienne privée de tout.

 

Les critiques anti-israéliennes augmentent dans le monde entier. L’oppression sanglante vécue par les Palestiniens alimente les indignations majoritairement non violentes des défenseurs des droits humains. L’obstination des gouvernements occidentaux à garantir une impunité totale à Israël provoque malheureusement des actions violentes à caractère politique mais aussi antisémites, fermement condamnées par tous les démocrates y compris antisionistes. Cette impunité est la pire menace qui plane sur les Juifs car elle alimente la colère et parfois la haine. C’est bien ce que l‘on a constaté avec le terrorisme placé sous le drapeau noir de Daesh et les crimes inexcusables qui ont été perpétrés. Aussi inexcusables que les massacres de populations civiles sous les bombes israéliennes à Gaza.

 

Même en Belgique

 

 

 

Caricatures antisémite sur un char au dernier carnaval d'Alost... qui fait partie du patrimoine immatériel de l'UNESCO ! Même en Belgique !

Caricatures antisémite sur un char au dernier carnaval d'Alost... qui fait partie du patrimoine immatériel de l'UNESCO ! Même en Belgique !

 

 

 

Les dénonciations pacifiques du colonialisme sioniste, basées sur le droit international et les résolutions des Nations Unies, ne peuvent en aucun cas être confondues avec les actes antisémites odieux qui se produisent dans des pays comme la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Autriche ou la Pologne qui n’ont pas encore accompli leur travail mémoriel sur la complicité de leurs dirigeants et d’une partie de leurs populations avec le génocide des Juifs lors de la deuxième guerre mondiale.  Ces actes traduisent aussi l’incommensurable bêtise de gens frustrés par de multiples raisons. Là aussi, aucune excuse n’est possible. Mais les inégalités qui s’accentuent dans notre système néolibéral mondialisé ne feront qu’exacerber ces réactions bêtes et brutales qui doivent être réprimées comme l’autorisent les lois sur le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie.

 

Frantz Fanon dans « Peau Noire Masques Blancs » déclarait : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l'oreille, on parle de vous. » Car toute forme de racisme doit être combattue, partout dans le monde. A nos portes, pour commencer.

 

Cela n’est pas terminé !

 

Et je laisserai la conclusion à l’historien israélien Shlomo Sand auteur du remarquable ouvrage « Comment le peuple juif a été inventé ? » (Fayard, 2008).

 

« Tout d’abord, le sionisme n’est pas le judaïsme, contre lequel il constitue même une révolte radicale. Tout au long des siècles, les juifs pieux ont nourri une profonde ferveur envers leur terre sainte, plus particulièrement pour Jérusalem, mais ils s’en sont tenus au précepte talmudique qui leur intimait de ne pas y émigrer collectivement, avant la venue du Messie. En effet, la terre n’appartient pas aux juifs mais à Dieu. Dieu a donné et Dieu a repris, et lorsqu’il le voudra, il enverra le Messie pour restituer. Quand le sionisme est apparu, il a enlevé de son siège le « Tout Puissant », pour lui substituer le sujet humain actif.

 

 

Chacun de nous peut se prononcer sur le point de savoir si le projet de créer un Etat juif exclusif sur un morceau de territoire ultra-majoritairement peuplé d’Arabes, est une idée morale. En 1917, la Palestine comptait 700.000 musulmans et chrétiens arabes et environ 60.000 juifs dont la moitié étaient opposés au sionisme. Jusqu’alors, les masses du peuple yiddish, voulant fuir les pogroms de l’empire Russe, avaient préféré émigrer vers le continent américain, que deux millions atteignirent effectivement, échappant ainsi aux persécutions nazies (et à celles du régime de Vichy).

 

 

 

En 1948, il y avait en Palestine : 650 000 juifs et 1,3 million de musulmans et chrétiens arabes dont 700.000 devinrent des réfugiés : c’est sur ces bases démographiques qu’est né l’Etat d’Israël. Malgré cela, et dans le contexte de l’extermination des juifs d’Europe, nombre d’antisionistes sont parvenus à la conclusion que si l’on ne veut pas créer de nouvelles tragédies, il convient de considérer l’Etat d’Israël comme un fait accompli irréversible. Un enfant né d’un viol a bien le droit de vivre, mais que se passe-t-il si cet enfant marche sur les traces de son père ?

 

 

Et vint l’année 1967 : depuis lors Israël règne sur 5,5 millions de Palestiniens, privés de droits civiques, politiques et sociaux. Ils sont assujettis par Israël à un contrôle militaire : pour une partie d’entre eux, dans une sorte de « réserve d’Indiens » en Cisjordanie, tandis que d’autres sont enfermés dans un « réserve de barbelés » à Gaza (70% de ceux-ci sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés). Israël, qui ne cesse de proclamer son désir de paix, considère les territoires conquis en 1967 comme faisant intégralement partie de « la terre d’Israël », et s’y comporte selon son bon vouloir : jusqu’à présent, 600 000 colons israéliens juifs y ont été installés… et cela n’est pas terminé ! »

 

 

 


Pierre Verhas 

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 22:55

 

 

Une erreur s’est glissée dans l’article publié le 11 janvier dernier par « Uranopole » sur le centenaire de la mort de Rosa Luxemburg. En réalité, elle fut assassinée en même temps que Karl Liebknecht le 15 janvier 1919 et non le 11.

 

C’est le 11 janvier que Karl Liebknecht co-dirigeant avec Rosa Luxemburg de la Ligue spartakiste, proclama la République socialiste de Berlin déclenchant ainsi une répression sauvage sous la direction du ministre social-démocrate Noske qui commandita également la liquidation des deux dirigeants du mouvement spartakiste.

 

 

 

Une des dernières photos de Rosa Luxemburg lors d'un meeting des Spartakistes. Elle savait allier l'élégance et la rigueur révolutionnaire.

Une des dernières photos de Rosa Luxemburg lors d'un meeting des Spartakistes. Elle savait allier l'élégance et la rigueur révolutionnaire.

 

 

 

Le 14 janvier, Rosa Luxemburg publia son dernier article : « L’ordre règne à Berlin » paru dans « Die Rote Fahne ». S’inspirant de la célèbre déclaration du ministre français Sebastiani qui proclama fièrement en 1831 « L’ordre règne à Varsovie », elle écrit :

 

« « L'ordre règne à Berlin », proclame avec des cris de triomphe la presse bourgeoise, tout comme les Ebert et les Noske, tout comme les officiers des « troupes victorieuses » que la racaille petite-bourgeoise accueille dans les rues de Berlin en agitant des mouchoirs et en criant : « Hourrah ! » Devant l'histoire mondiale, la gloire et l'honneur des armes allemandes sont saufs. Les lamentables vaincus des Flandres et de l'Argonne ont rétabli leur renommée en remportant une victoire éclatante... sur les 300 « Spartakistes » du Vorwärts. »

 

 

Eh oui ! L’ordre selon la presse bourgeoise, c’est la répression sanglante de la révolte des travailleurs berlinois militant chez les « Spartakistes ».

 

Et Rosa ajoute :

 

« Qui n'évoquerait l'ivresse de la meute des partisans de « l'ordre », la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune, cette bourgeoisie qui venait de capituler lâchement devant les Prussiens et de livrer la capitale à l'ennemi extérieur après avoir levé le pied ? Mais quand il s'est agi d'affronter les prolétaires parisiens affamés et mal armés, d'affronter leurs femmes sans défense et leurs enfants, ah comme le courage viril des fils de bourgeois, de cette « jeunesse dorée », comme le courage des officiers a éclaté Comme la bravoure de ces fils de Mars qui avaient cané devant l'ennemi extérieur s'est donné libre cours dans ces atrocités bestiales, commises sur des hommes sans défense, des blessés et des prisonniers !

 

 

« L'ordre règne à Varsovie », « l'ordre règne à Paris », « l'ordre règne à Berlin ». Tous les demi-siècles, les gardiens de « l'ordre » lancent ainsi dans un des foyers de la lutte mondiale leurs bulletins de victoire. Et ces « vainqueurs » qui exultent ne s'aperçoivent pas qu'un « ordre », qui a besoin d'être maintenu périodiquement par de sanglantes hécatombes, va inéluctablement à sa perte. »

 

Ces propos de Rosa Luxemburg sont d’une brûlante actualité. C’est une constante dans l’histoire sociale : les mouvements sociaux radicaux d’une certaine ampleur ont tous fait l’objet de répressions sanglantes. La bourgeoisie use de la dernière des violences lorsqu’elle se sent en danger. Après Rosa Luxemburg, il n’y eut plus de grands soulèvements populaires dans le monde industrialisé, mais une nouvelle forme d’oppression a vu le jour : le fascisme.

 

 

Bien qu’on assimile – à tort, parce que cela brouille l’analyse – le « fascisme » italien mussolinien à tous les mouvements extrémistes nationalistes et racistes qui sévissent depuis sa disparition en 1945, il y a une constante : c’est le maintien et la défense musclée de la classe bourgeoise lorsque celle-ci se sent menacée. Et cela se produit, comme l’écrit Rosa Luxemburg, « tous les demi-siècles ».

 

 

Les événements actuels en France – toutes proportions gardées – ne peuvent être assimilés à ces répressions sanglantes comme celles de la Commune de Paris de 1871, de Berlin en 1919, de Madrid en 1939, encore moins au fascisme, mais ils en prennent la direction. La répression violente et systématique des manifestations des gilets jaunes semble être une première étape vers l’installation d’un pouvoir « fort » ayant pour objectif d’appliquer envers et contre tous une politique répondant aux seuls intérêts de la bourgeoisie.

 

 

 

 

Des éléments armés en civil assistent les forces de l'ordre lors des manifestations des gilets jaunes. La violence est le mot d'ordre numéro un du "maintien" de l'ordre.

Des éléments armés en civil assistent les forces de l'ordre lors des manifestations des gilets jaunes. La violence est le mot d'ordre numéro un du "maintien" de l'ordre.

 

 

 

La loi « anticasseurs » - s’inspirant d’un vieux projet de loi datant de Pompidou après les événements de mai 68 – qui vient d’être votée en première lecture à l’Assemblée nationale française dans la foulée de la contestation des gilets jaunes, constitue une étape vers la concrétisation de ce pouvoir. Que contient-elle ?

 

 

La principale disposition est de permettre aux préfets de département d’interdire administrativement à un citoyen de manifester. L’objectif immédiat est bien entendu de « neutraliser » les meneurs des gilets jaunes afin de désorganiser les manifestations du samedi.

 

 

Cela implique en outre la constitution d’un fichier accessible aux services de police et de douanes où sont enregistrés les noms et coordonnées de personnes n’ayant jamais eu affaire à la Justice.

 

 

Ce projet de loi provoque des protestations au centre et à droite. Ainsi, le député centriste de la Marne, Charles de Courson, connu pour être un néolibéral pur jus déclare au « Point » qui n’a pas hésité à comparer ce projet aux lois de Vichy déclenchant la colère du député LREM Jean-Michel Fauvergue, ancien super-flic, patron du RAID :

 

 

 

Le député centriste, néolibéral pur jus, Charles de Courson s'insurge contre le projet de loi anti-casseurs qu'il assimile aux lois de Vichy !

Le député centriste, néolibéral pur jus, Charles de Courson s'insurge contre le projet de loi anti-casseurs qu'il assimile aux lois de Vichy !

 

 

 

« On déshabille l'autorité judiciaire pour combler les manquements de l'exécutif dans le maintien de l'ordre, déclare de Courson. Nous touchons donc à l'état de droit, et c'est proprement inacceptable ! Nous transformons le préfet en juge, mais ce n'est pas à lui de dire si telle ou telle personne peut ou ne peut pas manifester sur la seule base du soupçon. Le préfet pourrait ainsi définir des périmètres de sécurité d'une manifestation tout seul dans son coin, sous l'autorité et l'aval du ministère de l'Intérieur et sans que la justice ne soit consultée. Ce ne sont pas eux les défenseurs des libertés publiques, mais la justice ! C'est cela l'état de notre droit. Elle est là mon attaque fondamentale. Si j'ai poussé le trait en évoquant le gouvernement de Vichy, ce n'est pas innocent.

 

 

La dernière fois que l'on a transféré les pouvoirs de l'autorité judiciaire à l'autorité administrative, c'était sous Vichy. Ceux qui étaient suspectés d'être résistants étaient internés. Attention, ils n'étaient pas condamnés, mais seulement internés sur, là encore, la seule base du soupçon. Je ne compare pas Christophe Castaner à Pierre Pucheu (le ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy, NDLR), mais je lui dis : « Votre temps passera monsieur le ministre, peut-être plus vite que vous ne le croyez d'ailleurs, et d'autres vous remplaceront. Qui vous dit qu'il n'y aura pas des velléités autoritaires chez vos successeurs qui joueront de cette loi pour mater l'opposition ? » Tous les gouvernements en difficultés se laissent séduire par la tentation autoritaire, y compris celui-ci.

 

 

[Et] il se laisse séduire. Cette loi le prouve. Ils tombent dans la facilité des gens qui, en difficulté, tentent de vous expliquer que s'ils ont mal géré les manifestations des Gilets jaunes, c'est qu'ils n'avaient pas les outils juridiques nécessaires. C'est entièrement faux. Christophe Castaner avait avant cette loi tous les outils juridiques disponibles pour sécuriser les manifestations. » 

 

 

 

Cependant – et peu de juristes le font remarquer – si, comme le dit Charles de Courson, on déshabille l’autorité judiciaire en France pour combler les manquements de l’exécutif, dans plusieurs pays de l’Union européenne, dont la Belgique, la tendance est de renforcer les pouvoirs juridictionnels de l’exécutif au détriment du pouvoir judiciaire et pas seulement « pour combler les manquements de l’exécutif », surtout pour instaurer un régime autoritaire seul à même de faire passer les « réformes » ultralibérales en muselant les oppositions.

 

 

Ainsi, la séparation des pouvoirs s’étiole peu à peu et on ôte de plus en plus de moyens matériels à la Justice.  Ce n’est pas un hasard si ce genre de mesure est prise à peu près en même temps dans plusieurs Etats membres de l’Union européenne. Le pouvoir de la bourgeoisie productiviste et financière se renforce au détriment des peuples, comme l’a fait remarquer Rosa Luxemburg, il y a un siècle, juste avant son assassinat par des fanatiques de l’ « ordre » qu’on appellera « nouveau »  deux décennies après.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

PS. « Uranopole » a été muet pendant un mois suite à des problèmes de santé de son rédacteur, aujourd’hui résolus… Toutes mes excuses à nos lecteurs.

 

 

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 18:05

 

 

 

Anne Vanesse, militante de gauche et féministe bruxelloise, échevine (maire adjoint) honoraire à la commune de Saint-Gilles-lez-Bruxelles a eu l’excellente idée de nous rappeler à la mémoire de la grande militante que fut Rosa Luxemburg née d’une famille juive dans la petite ville polonaise Zamosch en 1870. À cette époque, la Pologne était occupée par la Russie.

 

Dans son ouvrage de plus de 200 pages intitulé Rosa Luxemburg et les Socialistes belges, Anne Vanesse nous décrit d’abord le parcours personnel et politique de Rosa Luxemburg jusqu’à son assassinat à Berlin le 11 janvier 1919 sous les coups de crosse des Corps Francs allemands, troupes de choc du ministre social-démocrate Noske et ancêtres des SS hitlériens. Il est en effet intéressant, surtout au jour du centenaire de son assassinat, de connaître la biographie de Rosa Luxemburg qui est relativement ignorée aujourd’hui.

 

 

 

Rosa Luxemburg : femme rigoureuse, généreuse, lucide et sans concessions

Rosa Luxemburg : femme rigoureuse, généreuse, lucide et sans concessions

 

 

 

La seconde partie du livre est consacrée à la polémique entre Rosa Luxemburg et les Socialistes belges dont Emile Vandervelde, le « patron » du Parti Ouvrier de Belgique (POB) ancêtre de l’actuel PS et aussi l’Anversois Camille Huysmans, le chef des Socialistes en Flandre.

 

Rosa Luxemburg déconcerte parce qu’elle a gardé la même ligne toute sa vie. Elle ne concevait pas le socialisme sans la démocratie et surtout sans les libertés fondamentales, tout en prônant la révolution parce qu’elle estimait que le réformisme n’avait aucune efficacité contre le capitalisme.

 

Rosa commença ses études au « Heder », école de la communauté juive en vue d’y apprendre les textes talmudiques.

 

« La théologie est surtout pour l’esprit un dressage et l’on a souvent dit que l’enseignement des facultés de théologie a été une des causes premières de la primauté scientifique de l’Allemagne. De la même manière, les discussions talmudiques ont été une sorte de gymnastique cérébrale dont les effets se retrouveront dans l’œuvre de Rosa Luxemburg. »

 

Pour qu’elle puisse suivre des études secondaires, ses parents déménagèrent à Varsovie. Au lycée, Rosa Luxemburg rencontra des condisciples qui la mirent au fait des idées socialistes et progressistes. Elle se passionna pour la cause de l’indépendance de la Pologne. Elle adhéra au cercle « Prolétariat » qui comprenait des progressistes de toutes tendances : des sociaux-démocrates allemands et russes, des anarchistes. Elle s’engagea dans la lutte anticapitaliste. À la fin de ses études secondaires, Rosa fut la plus brillante à son examen de sortie, mais elle ne reçut pas la médaille d’or qu’elle méritait à cause de son manque de « patriotisme », c’est-à-dire sa non adhésion au régime tsariste.

 

Humiliée, Rosa Luxemburg décida de militer dans les cercles révolutionnaires, mais elle était repérée par la police tsariste. Pour assurer sa sécurité, sa famille l’envoya en Suisse, à Zurich, où elle milita encore plus intensément. Elle s’inscrivit à l’Université, étudia la biologie et se passionna pour les théories de Darwin. Elle rencontra en 1890 le célèbre révolutionnaire de l’époque Léo Jogichès lui aussi juif polonais. Suite à ses rencontres avec Jogichès et d’autres révolutionnaires, Rosa décida une autre orientation d’études. Elle s’inscrivit en économie et en philosophie du droit. Rosa et Léo militèrent ensemble et formèrent un cercle avec des étudiants polonais.

 

 

 

Léo Jogichès fut un militant déterminé et eut jusqu'au bout une amitié fidèle et tumultueuse avec Rosa Luxemburg.

Léo Jogichès fut un militant déterminé et eut jusqu'au bout une amitié fidèle et tumultueuse avec Rosa Luxemburg.

 

 

 

Grâce à Jogichès, elle prit conscience de l’importance fondamentale du marxisme. Ils fondèrent ensemble une maison d’édition pour publier les œuvres de Marx et de Kautsky. Ils n’adhérèrent pas au PPS – le parti socialiste polonais – qui était avant tout indépendantiste. Rosa et Léo étaient profondément internationaliste et fondèrent le SDKP (le parti social-démocrate du royaume de Pologne qui s’allia avec les Lituaniens) qui, cependant, eut difficile à se faire reconnaître par l’Internationale. En 1895, elle publia son premier ouvrage : La Pologne indépendante et la Cause ouvrière. Le PPS l’attaqua violemment avec même des propos antisémites. Rosa était en effet partisane de l’autodétermination de toutes les nations et combattait le nationalisme du PPS qui inquiétait aussi les Socialistes allemands du SPD.

 

En 1897, Rosa Luxemburg obtint son doctorat en sciences politiques et partit aussitôt pour Berlin. Pour acquérir la nationalité allemande, elle fit un mariage blanc immédiatement dissous. Elle put ainsi rentrer au SPD en mai 1898 et fut envoyée en Silésie pour faire la propagande auprès des ouvriers allemands de langue polonaise.

 

Très vite, elle se rend compte de l’évolution bureaucratique du SPD. Elle combattit en effet la politique réformiste de compromis du dirigeant socialiste Edouard Bernstein, réformisme appliqué en France par Millerand au gouvernement Waldeck Rousseau : « Pour lui [Bernstein], à l’inverse de Marx, il voyait l’objectif du mouvement ouvrier non pas dans la prise du pouvoir mais dans la réalisation des réformes. »

 

Ce débat – réforme révolution – secoue encore aujourd’hui le mouvement socialiste. Rosa Luxemburg y prit part en première ligne en publiant son ouvrage Réforme sociale et Révolution. Lénine et Kautsky y participaient aussi. Rosa poussa son analyse très loin. Elle démolit le réformisme qui voulait transformer le capitalisme par l’intermédiaire du syndicat et des coopératives avec l’aide de l’état bourgeois. Pour elle, le réformisme résultait de l’influence des éléments bourgeois qui avaient adhéré à la social-démocratie.

 

 

 

 

 

Rosa Luxemburg fut à la fois amie et adversaire de Vladimir Illitch Lénine.

Rosa Luxemburg fut à la fois amie et adversaire de Vladimir Illitch Lénine.

 

 

N'oublions pas que la cogestion dans les entreprises avait été fondée par Bismarck qui ne voulait pas voir une Commune de Paris éclater en Allemagne. Ainsi, par l’intermédiaire des syndicats, la classe ouvrière était représentée dans les caisses d’assurance sociale financées conjointement par les entreprises, l’Etat et les syndicats. Cette cogestion n’existait pas à l’époque en dehors de l’Allemagne. Aussi, les syndicats étaient bien plus radicaux. Mais, en Belgique, à la fondation du Parti Ouvrier Belge – ancêtre de l’actuel PS – les syndicats furent affiliés au Parti et ainsi placés sous son contrôle. Ce n’est qu’après la Seconde guerre mondiale que le syndicat socialiste FGTB prit son indépendance à l’égard du Parti socialiste.

 

Pour en revenir à Rosa Luxemburg, celle-ci s’opposa farouchement à l’entrée des socialistes dans un gouvernement bourgeois, car elle n’amène que « la corruption et la perturbation ». Dans bien des cas, cette analyse était malheureusement juste. Malgré sa radicalité, ou plutôt à cause d’elle, grâce aux vieux dirigeants du SPD, Wilhelm Liebknecht, August Bebel et Karl Kautsky, Rosa grimpa rapidement les échelons dans la direction de l’aile gauche du parti.

 

Ses relations avec Léo Jogichès se tendirent, car il refusait obstinément de la rejoindre à Berlin. Après avoir sillonné l’Allemagne et l’Europe, elle fut arrêtée en 1904 pour avoir insulté Guillaume II. En prison, elle écrivit beaucoup et à sa sortie, Rosa Luxemburg publia un article sur les sociaux-démocrates russes. « Rosa prouva qu’on ne pouvait identifier le socialisme scientifique à une seule personne, fut-elle Lénine ». Ce fut bien entendu le début d’une longue controverse avec le chef communiste russe, mais ils ne se séparèrent pas. Bien au contraire, Rosa Luxemburg appréciait la personnalité du dirigeant des sociaux-démocrates de Russie.

 

L’année 1905 fut une année charnière pour Rosa Luxemburg. Le 22 janvier, les troupes tsaristes tirèrent sur les ouvriers à Saint Pétersbourg. Rosa rompit avec Léo Jogichès. Fin 1905, elle se rendit à Varsovie. Le petit parti SKPD avait grandi et constituait une menace pour le pouvoir. Rosa Luxemburg fut arrêtée, ainsi que Jogichès et elle fut libérée en juin 1906. Le 31 juillet, elle quitta définitivement Varsovie et rejoignit Berlin après avoir effectué un séjour en Finlande.

 

Rosa Luxemburg critiqua fortement Lénine pour son « mécanicisme insurrectionnel » au Congrès de l’Internationale socialiste à Londres. De plus, au sein du SPD, la droite reprenait du poil de la bête suite à la défaite électorale de 1908 qui fut attribuée aux radicaux. En réalité, c’était le nationalisme allemand se renforçait.

 

Cependant, elle fut avec Lénine dans résolution contre la guerre et le militarisme au sein de la IIe Internationale. En 1910, des grèves se déclenchent un peu partout en Allemagne pour la réforme électorale. Rosa Luxemburg fut très active et participa à de nombreux meetings à travers tout le pays. Le SPD se montra timoré en cette affaire, car il était question d’instaurer une république. Il refusa de s’engager dans cette voie et cherchait une alliance avec les éléments « progressistes » des partis bourgeois. Rosa fit cette analyse :

 

« Lorsqu’on croit que les masses ne peuvent être achetées qu’avec des pourboires, on finit par perdre la conscience des masses et le respect de ses adversaires : on ne gagne rien mais on perd tout. »

 

Ce fut la rupture avec Karl Kautsky et August Bebel. Elle fit l’objet d’attaques antisémites et sur sa vie privée. Elle refusa toujours d’y répondre. En juillet 1911, il y eut un grave incident en Méditerranée entre la France et l’Allemagne. Le secrétaire du Bureau de l’Internationale, le Belge Camille Huysmans demanda aux partis socialistes concernés de réagir. Le SPD ne le fit que mollement, ce qui fut un nouveau motif de querelle entre sa direction et Rosa Luxemburg.

 

Elle publia un important ouvrage théorique « Anticritique » qui complète l’analyse de Marx sur l’accumulation capitaliste. Certains voient en Rosa la continuatrice de son œuvre, mais d’autres hurlèrent à la trahison ! Elle répliqua :

 

« C’est le privilège éternel des épigones que de transformer les hypothèses fructueuses du maître en dogmes rigides et de se bercer de consolations rassurantes là où un esprit créateur éprouve des doutes féconds. »

 

En 1912, il y eut des élections qui furent un triomphe pour le SPD. Au second tour, il conclut des accords avec des partis de droite. Cela le paralysa. Mais la centaine de députés socialistes se montrèrent fiers de leurs mandats et tentèrent de peser sur la direction du parti, ce qui fit sourire Rosa Luxemburg.

 

En septembre 1913, dans un meeting, elle incita les ouvriers allemands à ne pas prendre les armes contre les ouvriers d’autres pays. Elle fut condamnée pour incitation à la désobéissance civile, mais n’alla pas en prison. Sa popularité auprès des ouvriers en sortit renforcée, alors qu’elle était isolée au sein du SPD. Mais, elle était toujours poursuivie par la Justice allemande. En juin 1914, le lendemain de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo, commença son procès en appel. Il fut retardé suite aux événements, ce qui permit à Rosa Luxemburg d’assister à la réunion de l’Internationale socialiste à Bruxelles où Jaurès fit un discours remarqué.

 

La guerre était imminente et les seules personnalités à appréhender l’imminence du danger étaient Jean Jaurès et Rosa Luxemburg. Les socialistes ayant des conceptions ouvrières internationalistes étaient isolés. Le 29 juillet 1914, il y eut à Bruxelles un grand meeting de l’Internationale où Jean Jaurès prononça son dernier grand discours appelant à la paix. Rosa était désemparée et c’est Camille Huysmans qui la prit sous son aile et la conduisit au train pour Berlin. Ils ne se revirent jamais et Jean Jaurès allait être assassiné. À son retour à Berlin, la guerre était déclarée. Le groupe socialiste vote les crédits de guerre. Le courant internationaliste était vaincu. L’Internationale socialiste était morte.

 

Robert Falony dans son dernier ouvrage 1914 – 2014 La véritable histoire du siècle en Belgique et dans le Monde, Editions Jourdan, Paris 2014, écrivit :

 

« C’est donc ce jeu automatique des alliances, bloc contre bloc, qui produit la catastrophe. La guerre débute le 28 juillet, la capitale serbe est aussitôt bombardée. La mobilisation russe mal justiciable malgré l’immensité du pays, précède de peu celle de l’Allemagne. Le tsar Nicolas et le kaiser Guillaume sont deux fantoches manipulés par les cercles nationalistes. L’invasion de la Belgique le 4 août lève les dernières hésitations britanniques ; l’Allemagne a rompu le précaire équilibre des forces et menace la suprématie navale de l’Angleterre.

 

Ainsi, début août, les masses sont plongées dans la guerre. (…) Plus stupéfiant est l’effondrement de l’Internationale socialiste. En ce sens, l’assassinat de Jaurès est la mort de l’Internationale, mais une mort glorieuse pour lui. »

 

En Allemagne, Rosa Luxemburg est isolée au sein du SPD. En septembre 1914, Karl Liebnecht, Franz Mehring, Rosa Luxemburg et Clara Zetkin envoient une déclaration aux journaux socialistes des pays neutres : la Suède, l’Italie et la Suisse où ils prennent clairement leur distance avec la direction du SPD. Le parti a tenté d’exclure Karl Liebknecht qui fut le seul député socialiste à ne pas voter les crédits de guerre. Mais celui-ci était très populaire auprès de la classe ouvrière et on n’excluait pas si aisément le fils du fondateur du SPD !

 

 

 

Les portraits de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg sont brandis par les membres de la Ligue Spartakiste.

Les portraits de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg sont brandis par les membres de la Ligue Spartakiste.

 

 

L’opposition s’organisa et prit le nom de Spartakusbund. Jogichès en prit la direction. Le mouvement spartakiste était né. Le 18 février 1915, Rosa Luxemburg est arrêtée et transférée à la prison des femmes à la Barnimstrasse. De sa prison, elle entretint une correspondance avec ce qu’elle appelait ses camarades de combat : Mathilde Jacob, Luise Kautsky, Martha Rosenbaum, etc. Mais elle refusa toujours de créer un mouvement de femmes.

 

Elle fit plus encore. Elle rédigea une déclaration vigoureuse contre la guerre et le militarisme « La crise de la social-démocratie » signée « Junius » qu’elle parvint à faire clandestinement sortir de prison. C’est devenu la Brochure de Junius. Rosa Luxemburg épuisée et malade fut libérée en février 1916. Pendant ce temps, Karl Liebknecht fut très actif et organisa plusieurs rassemblements contre la guerre. En août, Rosa fut à nouveau arrêtée et après avoir été mise au cachot fut transférée à Wronki en Pologne annexée. Sa détention y fut bien plus confortable. Elle apprend qu’elle est expulsée du SPD comme Liebknecht et Kautsky. En juillet 1917, elle fut transférée à Breslau.

 

Elle apprit bien sûr le déclenchement de la Révolution russe. Cependant, elle s’est montrée très critique sur son déroulement. La dissolution par les Bolchéviks de l’Assemblée constituante lui était insupportable.

 

Robert Falony analyse ainsi ces événements :

 

« Sur cette question, Rosa Luxemburg est catégorique, et opposée à Lénine et à Trotski : « La liberté réservée aux seuls partisans du gouvernements, aux seuls membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »

 

Et elle argumente, de façon tout à fait prophétique : « Mais, en étouffant la vie politique dans tout le pays, il est fatal que la vie dans les soviets eux-mêmes soit de plus en plus paralysée. »

 

Ajoutons que la révolution soviétique s’acheva dans le sang en 1921 à Kronstadt sous les balles des soldats commandés par Trotski. Dans la Quatrième Internationale fondée bien après par le même Trotski, en parlant de Rosa Luxemburg, on évoquait ses « erreurs » …

 

Entre temps, la guerre s’achevait avec une Allemagne exsangue. En octobre 1918, un gouvernement dirigé par le prince Max de Bade se constitue qui compte deux ministres du SPD, Ebert et Scheidemann. Karl Liebknecht est libéré. Le 8 novembre, c’est au tour d’une Rosa Luxemburg épuisée à retrouver la liberté. Immédiatement, elle exige l’abdication de Guillaume II. Le 9 novembre, Ebert devient chancelier du Reich et c’est l’affrontement entre l’aile droite et l’aile gauche du SPD. Très vite, ce fut une rupture violente. Ebert constituait des milices composées de soldats et de sous-officiers de l’armée allemande en pleine déliquescence. Ces milices ont été à l’origine des SA et des SS nazis.

 

Liebknecht et Rosa Luxemburg étaient en danger. Cela ne les empêcha pas de continuer la lutte contre Ebert. Et l’aile gauche du SPD constitua les premiers éléments du parti communiste. Rosa était opposée à sa création, mais elle dut s’incliner à son corps défendant. Léo Jogichès était en l’occurrence plus radical que Rosa Luxemburg. Il écrivit :

 

« La Ligue Spartakiste ne prendra jamais le pouvoir que par la volonté claire et sans équivoque de la grande majorité de la classe prolétarienne dans l’ensemble de l’Allemagne. Elle ne le prendra que si ces masses approuvent consciemment ses vues, les buts et les méthodes de lutte de la Ligue Spartakiste. »

 

Cela n’eut guère d’effet. Rosa et Karl Liebknecht avaient de profondes divergences.  Ce dernier ayant constitué une « coordination » avec des Spartakistes et des Socialistes indépendants jugea que ce n’était pas le moment de déclencher une révolution. Le 5 janvier 1919, les masses étaient à Berlin. Les tensions entre les Spartakistes et les Socialistes étaient à leur comble. Rosa, épuisée, accepta la scission avec le SPD. Les ouvriers descendent dans les rues et occupent plusieurs immeubles dont celui du Vorwärts. Liebknecht approuve cette insurrection. Le 11 janvier, la répression fut terrible. Ce fut un bain de sang

 

Ce même jour, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont enlevés par des Corps francs et assassinés.

 

Le jeune poète Bertolt Brecht rédigea ces vers :

 

Rosa-la-Rouge aussi a disparu

Le lieu où repose le corps est inconnu

Elle avait dit aux pauvres la vérité

Et pour cela, les riches l’ont exécutées.

 

 

 

Anne Vanesse, infatigable militante et aussi historienne

Anne Vanesse, infatigable militante et aussi historienne

 

 

 

Nous devons remercier Anne Vanesse de nous avoir rappelé la mémoire de Rosa Luxemburg qui œuvra toute sa vie pour une société juste et libre, par l’épanouissement de la classe ouvrière. Rosa Luxemburg a-t-elle eu des successeurs ? Malheureusement, non jusqu’à présent, car le stalinisme qu’elle avait prédit a flétri le socialisme et les compromissions de la social-démocratie avec le capitalisme ont décrédibilisé cette pensée d’épanouissement et de libération.

 

Pourtant, nous devons relire l’œuvre de Rosa Luxemburg car elle nous apprend ce que devrait être le véritable socialisme. C’est la recommandation que nous donne Anne Vanesse.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

La partie relative aux relations de Rosa Luxemburg et du Parti Ouvrier Belge fera l'objet d’une autre recension qui s’inscrira dans le cadre d’une analyse sur l’évolution du socialisme en Belgique.

 

 

Il y a cent ans, Rosa la Rouge, la plus grande figure du Socialisme a été assassinée !

Anne Vanesse

Rosa Luxemburg et les Socialistes Belges

Editions Cimarron, 1190 Bruxelles, 2018

ISBN 928-90-8244465-3-1

Prix non communiqué

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 16:45

 

 

La violence inéluctable

 

Le mouvement des gilets jaunes en France se radicalise. Jean-François Kahn va jusqu’à le comparer au poujadisme des années 1950. Les heurts avec les forces de l’ordre sont de plus en plus violents de part et d’autre. Des hommes politiques pas toujours avisés se permettent des déclarations aussi idiotes que provocatrices. Préconiser l’usage des armes à feu relève d’une coupable irresponsabilité. Les flashballs qui mutilent gravement ne suffisent-ils pas à M. Luc Ferry ?

 

 

 

Luc Ferry ancien ministre de Jacques Chirac, philosophe de droite a montré combien les "élites" sont au bord de la panique.

Luc Ferry ancien ministre de Jacques Chirac, philosophe de droite a montré combien les "élites" sont au bord de la panique.

 

 

 

Pendant ce temps-là, personne ne se penche sur les causes profondes de ce mouvement qui prend de plus en plus l’allure d’un soulèvement. Et personne n’a le courage intellectuel d’en analyser les causes profondes.

 

Le premier coupable en est Emmanuel Macron qui, dans un premier discours télévisé, le 15 décembre dernier, semblait lâcher du lest alors que ce n’était que poudre aux yeux : il faisait payer par le contribuable français une petite part de l’adaptation du pouvoir d’achat que réclament les gilets jaunes. Ses vœux télévisés de fin d’année sont d’un autre ton : il offre un « débat national » dont on ne connaît pas l’ordre du jour et annonce une politique répressive accrue. Tout cela ne fait qu’accroître une tension déjà exacerbée.

 

 

 

Emmanuel Macron n'arrête pas de se planter dans la crise des gilets jaunes.

Emmanuel Macron n'arrête pas de se planter dans la crise des gilets jaunes.

 

 

 

Et c’est le cas. Edouard Philippe annonce après le premier Conseil des ministres de janvier 2019 un train de mesures législatives renforçant l’arsenal répressif. L’affaire du boxeur prend des proportions invraisemblables. Les médias en font pratiquement un criminel de haut vol ! Cela pourrait cependant se retourner contre eux. Le mouvement des gilets jaunes ne s’essouffle pas, il se radicalise et c’est la porte ouverte à tous les dangers tant que le pouvoir agira ainsi.

 

Notre ami Bernard Gensane reproduit sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com) un article de Marion Beauvalet paru dans le site « Le Vent se lève ». Elle écrit :

 

« La presse nationale et régionale est unanime : en Une des scènes de chaos, pleines de flammes et de gaz lacrymogène. Les comptes-rendus qu’on trouve à l’intérieur sont du même ordre : la description d’une escalade de violence semaine après semaine, destinée à provoquer une inquiétude irrationnelle des lecteurs. Cette présentation des événements justifie par là-même les incessants appels au calme de la part des journalistes et des éditorialistes qui se sont mués en spécialistes des mouvements sociaux en quelques jours – ceux-là même qui s’accordaient tous à dire avant le 17 novembre que le mouvement des Gilets Jaunes allait mourir dans l’œuf.

 

Quitte à évoquer les violences des manifestants, on aurait pu s’attendre à un traitement égal concernant les violences policières. Qu’à cela ne tienne ! Lundi 17 décembre, Amnesty International publiait un rapport déplorant un « recours excessif à la force par des policiers ». Ce rapport n’a que très peu été repris dans les médias. Acrimed a dénombré trois brèves à son propos le jour même et trois le lendemain. LCI a ainsi réussi le coup de maître qui est celui de monter une séquence de violence policière avec un bandeau où l’on pouvait lire « comment la police a gagné en efficacité ». Les images et les témoignages faisant état d’un déchaînement de violences policières ne manquent pourtant pas – elle a causé, rappelons-le, un mort, un coma et de nombreuses mutilations. Mais la remise en cause des forces de l’ordre battrait en brèche la stratégie médiatique déployée»

 

 

L'ancien boxeur Christophe Dettinger va payer pour tous les autres. Si le régime en fait un "martyr", il risque de le payer.

L'ancien boxeur Christophe Dettinger va payer pour tous les autres. Si le régime en fait un "martyr", il risque de le payer.

 

 

 

Laetitia Monsacré, journaliste d’expérience, ancienne correspondante de guerre, ancienne présentatrice à France 5, blogueuse sur « Mediapart » et actuellement co-directrice de la version française du New Yorker marque son indignation sur la couverture des manifestations des gilets jaunes par les médias français. Elle n’use pas de la langue de bois ! Elle a déclaré à « Sputnik News » :

« Il n'y a eu aucun retour du ministère de l'Intérieur sur toutes les bavures qui ont été commises. Alors il y avait deux boxeurs ce week-end : il y en avait, un est en garde à vue et il risque sept ans en prison, et il y a un autre et il a eu la Légion d'honneur et pour l'instant un signalement administratif auprès des GPM, même pas pénal.

 

Alors on se demande jusqu'à quand il va falloir des vidéos et jusqu'à quand LCI, BF Merde TV — parce tous nos confrères on l'appelle comme ça, CNews que j'ai vu samedi en train de filmer une petite poubelle pour essayer de montrer que la rive gauche était en train de brûler, TF1 — ça c'est même pas la peine, de toute façon on sait qu'ils sont pourris depuis longtemps et même le service public, France Inter, je me rappelle une chronique écœurante de Sophie Aram le 24 décembre, Gilets jaunes magiques,où elle était en train de dire que vous étiez homophobes, racistes, antisémites et qu'avec un gilet jaune on pouvait tout se permettre…

 

 

Quand ça va s'arrêter ? J’ai honte de mes confrères, j'ai honte de ce que j'appelle la grande manipulation. (…) Parce qu'aujourd'hui on n'informe plus, (…) on fait de la fabrique d'opinion. »

 

 

 

Laetitia Monsacré, une journaliste d'expérience, n'a pas sa langue dans sa poche pour dénoncer la gigantesque opération de manipulation de l'opinion.

Laetitia Monsacré, une journaliste d'expérience, n'a pas sa langue dans sa poche pour dénoncer la gigantesque opération de manipulation de l'opinion.

 

 

 

Même au sein des forces de l’ordre, il y a des appels au calme. Ainsi, un ancien officier supérieur de la Gendarmerie nationale tente de remettre les montres à l’heure sur les réseaux sociaux :

« Ayant servi 35 ans la France sous l’uniforme de la Gendarmerie Nationale dont de nombreuses années à la tête d’unités d’intervention, je sais combien il peut être difficile de concilier le respect des directives étatiques données et l’accomplissement de la mission sans qu’il y ait de débordements.


Néanmoins, je tiens à rappeler un adage important : 
Force doit toujours rester à la Loi mais sans violences inutiles…
Donner des coups de pied et coups de matraques à des seniors sans défense, les gazer à bout touchant aux diffuseurs lacrymogènes, les frapper au sol, ce n’est pas digne de représentants de la Loi.


Les CRS et les gendarmes mobiles doivent garder leur force et leur dynamisme pour affronter les casseurs de tout bord qui eux sont équipés pour en découdre, et les casseurs de ces derniers jours doivent être mis hors d’état de nuire sans aucune mansuétude..
Actuellement, c’est le peuple de France qui est dans la rue (regardez bien les visages des gilets jaunes…) ce n’est pas de la racaille, ce ne sont pas des hors-la-loi
Ce sont des gens qui demandent simplement à vivre de leur travail..
ils payent leurs impôts, ils payent leurs PV, ils payent leurs taxes. 
Ce ne sont pas des assistés du système…
Alors j’en appelle aux chefs d’unité : 


Rappelez vos hommes à la déontologie du maintien de l’ordre.


Ne frappez pas ceux d’en bas qui vous respectent pour satisfaire ceux d’en haut qui vous méprisent. »

 

Manifestement, cet appel n’est pas entendu.

 

Mais pourquoi le gouvernement français a-t-il opté pour cette fuite en avant ? Il ne s’en cache pas : pour réaliser les « réformes » coûte que coûte. Il n’est pas question de changer un iota à la politique ultralibérale entamée depuis le début du quinquennat de Macron. Il ne reviendra pas sur la suppression de l’ISF et ne prendra aucune mesure sérieuse pour lutter contre la pauvreté et assurer au travail un pouvoir d’achat décent.

 

Alors, la violence est devenue inéluctable. L’excessive répression ne pourra mener qu’à l’escalade. La haine s’installe et cela, c’est le plus grave. Alors, M. Ferry, les armes à feu risquent de se retourner contre ceux qui ont la folie d’en recommander l’usage.

 

P.V.

 

 

Le candidat Reynders

 

 

Le ministre belge des Affaires et étrangères et depuis peu de la Défense, le libéral Didier Reynders, vient de poser sa candidature à la présidence du Conseil de l’Europe. Reynders, ancien ministre des Finances pendant près de dix ans est venu de Liège pour s’installer à Uccle – une commune huppée de la Région Bruxelloise – où il s’est fait élire conseiller communal avec l’ambition non cachée d’en devenir le bourgmestre. Ensuite, il a eu l’ambition de prendre en main la Région après les prochaines élections régionales. Après le bide des élections communales, le très arrogant Didier se serait bien vu Premier ministre après les élections de mai prochain. Mais ses chances s’amenuisent.

 

 

 

Didier Reynders va-t-il quitter ses "amis" libéraux bruxellois ?

Didier Reynders va-t-il quitter ses "amis" libéraux bruxellois ?

 

 

 

Mais, voilà, le poste de Président du Conseil de l’Europe est vacant. Et Reynders y verrait bien là un couronnement de carrière bien remplie au service des banques, des grandes multinationales et… de lui-même.

 

Cela ne plaît pas très fort à ses amis libéraux qui, après la dégelée électorale d’octobre dernier, perdent un leader. Mais notre Didier n’en a que faire ! Sa carrière avant tout !

 

Cependant, notre petit doigt nous dit que son poste à Strasbourg n’est pas encore « in the pocket ». Reynders n’a pas que des amis là-bas !

 

À force d’être candidat à tout, on risque de n’être nommé à rien…

 

P.V.

 

 

Proximus : l’échec de la privatisation larvée

 

 

L’opérateur belge de Telecom Proximus, ex-Belgacom, ex-RTT annonce la suppression de 1.900 emplois, soit un sixième du personnel. Proximus est l’opérateur de référence en Belgique, les deux autres étant Telenet et Orange.

 

 

 

 

Le siège de Proximus à Bruxelles vit un séisme.

Le siège de Proximus à Bruxelles vit un séisme.

 

 

 

Cette annonce s’est faite mardi 8 janvier dans la plus grande confusion. C’est la presse qui a révélé l’affaire, alors que le personnel, via les organisations syndicales, ignorait tout. Le gouvernement minoritaire de Charles Michel a joué les étonnés et a convoqué la CEO de Proximus, Dominique Leroy mercredi 9 janvier. Le chiffre de 1.900 départs a été confirmé avec à la clé une embauche de 1.250 travailleurs dans le cadre de l’introduction au digital. Il y a aujourd’hui quelque 13.391 équivalents temps plein chez Proximus. En 1996, au moment de la privatisation, il y avait 25.000 travailleurs occupés chez Belgacom. Donc, le nombre de travailleurs n’a cessé de baisser depuis.

 

 

 

Dominique Leroy, CEO de Proximus, accompagnée de Stefaan De Clercq,  président du CA, sort des bureaux du Premier ministre Charles Michel. Une réunion pour la forme ?

Dominique Leroy, CEO de Proximus, accompagnée de Stefaan De Clercq, président du CA, sort des bureaux du Premier ministre Charles Michel. Une réunion pour la forme ?

 

 

 

Remontons l’histoire. C’est en 1996, alors que le socialiste Di Rupo était ministre des communications qu’il fut procédé à une privatisation partielle de Belgacom (l’ancien nom de Proximus). L’Etat reste cependant majoritaire à quelque 52 % dans le capital de l’entreprise, mais les statuts ne lui donnent aucun pouvoir de décision sur le management. Aujourd’hui, les mêmes socialistes réclament une gestion publique ! Leur sempiternel double langage !

 

Dominique Leroy, la CEO nommée par les mêmes socialistes dirige l’entreprise de manière indépendante et évite de rendre des comptes à l’actionnaire principal, l’Etat. C’est ainsi qu’elle a pris la décision d’augmenter en catimini les prix lors de la suppression du roaming par la Commission européenne et c’est elle qui est à l’origine de la mesure brutale de suppression de 1.900 emplois. Ici, le gouvernement joue les étonnés en prétendant qu’il n’a pas été informé. Ce n’est pas crédible. Les dirigeants de Proximus n’ont certainement pas pris cette décision sans en informer le gouvernement, ou du moins le ministre de tutelle.

 

Cependant, on peut reprocher au gouvernement Michel tout d’abord qu’il ne s’est guère préoccupé de la gestion de Proximus, de ses projets, de l’évolution du marché et des technologies en la matière. C’est bien dans la philosophie libérale : la direction d’une entreprise relève du privé. Cependant, nos excellences oublient qu’ils sont actionnaires majoritaires et que leur devoir est de se préoccuper de la vie de l’opérateur de Télécom.

 

Deuxièmement, le vice-premier ministre libéral flamand, Alexander De Croo, un fanatique des privatisations et de la concurrence, souhaite qu’un quatrième opérateur s’installe en Belgique pour favoriser la concurrence et faire baisser les prix – il y a belle lurette qu’on sait que la mise en concurrence ne joue en rien sur les prix à la consommation ! Il a négocié avec Free du milliardaire français Xavier Niel qui n’est pas chaud pour s’installer sur le marché belge. Cela a donné un prétexte à Dominique Leroy : un quatrième opérateur oblige à compresser les coûts chez Proximus alors que l’on sait que personne n’est intéressé, le marché belge étant déjà saturé.

 

Dominique Leroy évoque aussi la numérisation qui va entraîner inéluctablement des pertes d’emplois. Bref, on sent très bien une volonté arrêtée de dégraisser l’entreprise.

 

Une fois de plus, c’est inacceptable pour une entreprise saine, largement bénéficiaire et première sur le marché. Comme le dit le député PTB Raoul Hedebouw : « La technologie ne doit pas servir à supprimer des emplois ! ».

 

Pour Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB : "La technologie ne doit pas servir à supprimer des emplois !"

Pour Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB : "La technologie ne doit pas servir à supprimer des emplois !"

 

 

 

Mais dans notre monde, où la seule priorité est la compression des coûts et la distribution des bénéfices aux actionnaires sous forme de dividendes, voir les choses autrement est impossible.

 

L’entreprise, si elle veut s’épanouir et contribuer au progrès technique et à la justice sociale, doit impérativement se débarrasser de l’économie financière. C’est une priorité absolue si on veut éviter la catastrophe.

 

 

Pierre Verhas

 


 

 

 

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