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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:54

 

La social-démocratie, cette pensée politique en équilibre instable entre la lutte des classes et le capitalisme libéral est la première victime politique de l’offensive ultralibérale.

 

Historiquement dominante en Europe occidentale à la fin de la Seconde guerre mondiale avec la politique keynésienne imposée par les Américains, la social-démocratie a pu engranger d’incontestables progrès sociaux grâce à la sécurité sociale, mais aussi par la lutte de la classe ouvrière pour obtenir un pouvoir d’achat décent. D’autre part, par l’Etat social, il y eut un progrès considérable en matière de soins de santé et le système de pension permettait d’assurer un revenu normal aux personnes âgées.    

 

Ces réussites sont incontestablement à mettre au crédit de la social-démocratie. Cependant, tout cela ne se fit pas sans l’aval du grand capital, particulièrement américain.

 

 

Paul_Henri_Spaak.jpg 

Paul-Henri Spaak : le prototype d'une social-démocratie de compromis

 

D’autre part, la social-démocratie fut le pilier européen de l’atlantisme. L’exemple de Paul-Henri Spaak en est caricatural. La fondation de ce qui est devenu aujourd’hui l’Union européenne est l’œuvre d’une alliance entre sociaux-démocrates et chrétiens démocrates. Jean Monnet était un banquier influent des deux côtés de l’Atlantique, Robert Schuman, catholique militant, avait été ministre du premier gouvernement de Pétain, Konrad Adenauer était lui aussi un catholique convaincu et avait une vision chrétienne de l’Europe, de même que l’Italien de Gasperi. Spaak se trouvait être le seul social-démocrate dans ce club très fermé des dirigeants politiques de ce qui fut « l’Europe des Six ». Il avait cependant un poids considérable par ses relations transatlantiques.

 

L’Europe du capital suscitait la méfiance des plus lucides.

 

Si l’idée européenne plut à l’ensemble du courant politique social-démocrate dans la partie occidentale du Vieux continent, sa construction suscita la méfiance de la part de quelques dirigeants de la gauche démocratique, et non des moindres. Ce fut le cas de Pierre Mendès-France, ancien Président du Conseil français, qui avait négocié la paix en Indochine et qui jouissait d’un immense prestige. Il dénonça le caractère trop libéral du Traité de Rome et préconisait, en parallèle avec l’Europe économique, de construire l’Europe sociale.

 

 

 Pierre_Mendes_France.gif

Pierre Mendès-France fut le premier à proposer une Europe sociale en contrepoids à une Europe du capital.

 

En Allemagne fédérale, le congrès de Bade Godesberg en 1959 marque l’adhésion du parti social démocrate allemand à l’économie libérale. Le plus puissant parti social démocrate d’Europe occidentale s’inscrivit ouvertement dans l’atlantisme, s’ouvrit aux chrétiens, renonça aux luttes sociales et milita dans l’anticommunisme. Dès lors, la social-démocratie, au niveau européen, était divisée d’une part, entre une gauche encore proche de la classe ouvrière et ayant gardé la notion de lutte des classes et d’autre part, un centre-gauche tentant de donner un volet social au libéralisme.

 

Pas de ligne claire

 

Lors de la décolonisation, la social-démocratie dans les pays concernés, France et Belgique, eut une position ambiguë : deux dirigeants sociaux-démocrates, Guy Mollet et François Mitterrand, eurent une attitude particulièrement dure pendant la guerre d’Algérie. Une autre frange de la social-démocratie se rangea ouvertement dans l’anticolonialisme. Encore une fois, ces contradictions n’eurent pas pour effet une division structurelle de ce courant politique.

 

 francois-mitterrand.png

François Mitterrand adopta une ligne dure pendant la guerre d'Algérie.

 

Durant les participations aux gouvernements dans la décennie 1980 – 90, la social-démocratie a montré son incapacité à avoir une ligne politique claire. Le plus bel exemple fut le « tournant de la rigueur » du gouvernement Mauroy aux débuts du premier septennat de Mitterrand qui s’était fait élire sur un programme commun très à gauche avec le Parti communiste. Ce manque de clarté lui a valu de perdre du terrain sur le plan électoral dans toute l’Europe, au profit des chrétiens démocrates et des libéraux, ceux-ci étant relégués aux rangs des petites formations politiques à l’époque.

 

 maurois-pierre-1986

Pierre Mauroy dut changer de cap à son corps défendant.

 

Le coup le plus terrible fut la chute du mur de Berlin en 1989 qui désempara la social-démocratie européenne qui ne parvint pas à définir une réponse crédible à ce nouveau défi. La social-démocratie était isolée politiquement. Une fois de plus elle payait son ambivalence. En dehors des Allemands qui s’étaient ralliés à l’anticommunisme le plus dur (à l’exception notable de Willy Brandt), elle n’avait pas réussi à définir une ligne politique claire à l’égard du « bloc » de l’Est.

 

 

 Willy_Brandt.jpg

Willy Brandt (ici au Mur de Berlin à côté de Robert Kennedy) eut le courage de pratiquer une politique d'ouverture à l'Est.

 

 

La social-démocratie ne résista pas à la vague néolibérale.

 

Mais l’écueil le plus grave fut la vague néolibérale lancée en 1979 par Margaret Thatcher et poursuivie en 1980 par Ronald Reagan. La social-démocratie démonétisée eut très difficile à répliquer aux offensives portant atteinte à l’Etat social qu’elle s’engageait à protéger. En outre, la social-démocratie, via un de ses leaders charismatiques de l’époque, Jacques Delors, président de la Commission européenne, joua un rôle majeur dans la transformation de la Communauté européenne en une Union vouée au tout marché, d’abord par l’Acte unique, ensuite par le traité de Maastricht et tous ceux qui suivirent jusqu’à l’actuel traité de Lisbonne.

 

 Jacque_Delors.jpg

Jacques Delors fut l'artisan de l'Europe ultralibérale.

 

De plus, l’ouverture à marche forcée vers les pays d’Europe de l’Est déséquilibra le système économique et social. Il renforça le processus de désindustrialisation notamment des secteurs comme la sidérurgie, les délocalisations vers les pays à bas salaire ne cessèrent de se multiplier rendant exsangue l’économie industrielle de l’Europe occidentale et ne contribuant en rien au développement des pays d’Europe centrale et orientale.

 

L’Etat social en fut considérablement affaibli. La montée du chômage doublée du vieillissement de la population en rendit son financement de plus en plus lourd. D’autre part, les pressions du patronat et du secteur financier tarirent les recettes de la Sécurité sociale.

 

Le visage de l’Europe occidentale a été profondément modifié et la social-démocratie donne l’impression d’avoir suivi, voire subi cette transformation radicale et elle s’est montrée incapable d’y apporter sa marque. La désindustrialisation qui en a été l’effet, a changé le rapport de force capital travail. La classe ouvrière a changé de nature. Le chômage de masse et la précarisation sont des défis auxquels la social-démocratie est sans réponse crédible. La crise financière de 2008 suivie de la crise des dettes souveraines n’ont fait qu’accentuer ce phénomène.

 

La déferlante conservatrice

 

Une vague conservatrice déferla sur l’Europe dès le début du XXIe siècle issue de cette situation sociale, des tensions internationales qui ont suivi le 11 septembre et de la faiblesse de la sociale démocratie. Aujourd’hui, sur 27 gouvernements, 23 sont à majorité conservatrice et les quatre restants sont des coalitions. Deux pays ont chacun un Premier ministre social-démocrate : la Belgique et le Danemark. Jamais dans l’histoire de l’Europe d’après-guerre, la droite n’a eu un tel poids.

 

 

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La Commission Barroso II (2010 - 2014) est la plus conservatrice de l'histoire de l'Union européenne.

 

Au Parlement européen, le 28 mars dernier, le groupe socialiste s’est réuni pour écouter un discours de Jacques Delors suite à l’appel qu’il a lancé.

 

Cet appel « pour une alternative socialiste en Europe » signé par tous les députés membres du groupe socialiste du Parlement européen part d’un constat, sommes toutes, assez banal : « Le diagnostic est clair. Les économies européennes, comme toutes les autres, ont été confisquées par l’irresponsabilité quasi-criminelle du secteur financier mondial. Mais l’Europe était déjà confrontée à une tendance de long terme au déclin. Celui-ci est en partie dû au profond mouvement de bascule dans le partage de la richesse mondiale entre l’Ouest et les économies émergentes de l’Est et du Sud. Mais dans ce processus même, nous avons laissé la mondialisation aggraver les écarts de richesses à l’intérieur de tous les pays. » Vient ensuite une sorte d’autocritique : « Sans jamais remettre en question, les règles du jeu, nous avons permis qu’il pénalise tous les pays à système de protection sociale élevée. Dans ce qui était censé être des économies sociales de marché, nous avons permis que diminuent les niveaux de vie, qu’augmentent les inégalités, et que s’accroisse la part du revenu national revenant au profit des entreprises, et d’abord des très grandes, au détriment des salaires. » Enfin, la faiblesse de l’Europe complète ce sombre tableau : « La voix de l’Europe dans les forums internationaux comme le G20, les conférences sur le commerce et sur le changement climatique, du fait de divisions internes et d’absence de stratégie alternative claire. »

 

La social-démocratie est-elle utile ?

 

À la lecture de ce texte, on peut se poser la question de la capacité et de l’utilité de la social-démocratie !

 

D’ailleurs, Delors l’a mis en évidence dans son discours de soutien à cet appel : « L'Union économique et monétaire est prise dans un étau (...) entre d'une part le feu qui couve sur les marchés financiers, et qui est l'argument essentiel de ceux qui veulent nous imposer le pacte budgétaire (...) et d'autre part le risque d'une stagnation, qui confirmerait (...) l'évolution de l'Europe vers un déclin», a affirmé Jacques Delors. «Je n'ai pas de remède miracle. Et je considère que l'appel détaillé des responsables socialistes a bien compris cet étau.»

 

 «L'histoire s'est accélérée ces dernières années, et les socialistes européens sont restés en retrait» (Rapporté par Ludovic Lamant, Mediapart, 10 avril 2012)

Constat d’échec suivi d’absence de solution : ce n’est pas ainsi que la social-démocratie européenne se posera en force politique alternative. D’ailleurs, comme l’ajoute Ludovic Lamant : « Au fond, chacun se pose la même question : après les fiascos Papandréou en Grèce, Socrates au Portugal et Zapatero en Espagne, la social-démocratie, laissée K.O. par la crise, a-t-elle encore quelque chose à dire ? Agirait-elle différemment de la droite, si elle était majoritaire au Conseil européen, et si les marchés financiers exercent à nouveau leur pression ? A-t-elle les armes pour à nouveau gouverner en Europe, comme ce fut le cas à la fin des années 1990 ? »

 

 

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Jose Socrates (Portugal) et Luis Zapatero (Espagne) : deux échecs cuisants de la social-démocratie européenne 

 

Un constat d'impuissance

 

Et le pire, dans ce colloque, on évoque en plus un constat d'impuissance : Zapatero n’a pas eu le choix face à Merkel. Socrates, Papandréou et Zapatero furent confrontés à une domination écrasante des conservateurs au Conseil européen, sans leadership de la Commission européenne totalement subordonnée à la logique intergouvernementale et au directoire Merkel/Sarkozy. Aucun ne se lèvera pour reconnaître la colossale erreur que fut l’appui au traité de Lisbonne qui signe la mise à mort de l’idée fédérale en Europe. De par les pressions des marchés financiers et de la Grande Bretagne, l’Europe se transforme en une vaste zone de libre échange dirigée par les Etats les plus importants au détriment des petits pays et surtout des peuples. La Commission ne joue plus que le rôle de police du grand capital.

 

Les sociaux-démocrates se sont trouvés en panne d’idées. Aujourd’hui, au niveau européen, ils prônent une réponse socialiste au niveau de l’Europe.

 

« Une réponse socialiste à la crise doit donc être européenne. Il ne s’agit pas d’appeler de façon incantatoire à « plus d’Europe », mais précisément à donner à l’Europe les moyens nécessaires à la protection des intérêts et du bien-être des citoyens européens. » Ne sont-ce des vœux pieux ?

 

Une refondation socialiste à l’échelle de l’Europe ?

 

Plusieurs socialistes plaident pour une refondation socialiste à l’échelle de l’Europe. Cependant, cette nouvelle donne politique tiendra-t-elle quand les socialistes reviendront au pouvoir ? N’y aurait-il pas à nouveau la division. Unis dans l’opposition, les sociaux-démocrates se sont souvent montrés divisés une fois au pouvoir. Et cette recherche du pouvoir est la première motivation des dirigeants sociaux-démocrates.

 

Relisons Ludovic Lamant : « «C'est vrai que cela fait longtemps que les partis de centre-gauche, en Europe, n'ont pas eu autant envie de retourner au pouvoir», observe Olaf Cramme, à la tête du Policy Network, un think tank britannique consacré à la gauche européenne. «Mais ils ont fait jusqu'à présent peu de progrès pour bâtir ensemble un programme cohérent et crédible de gouvernement

 

«Regardez le PS, le SPD ou encore le PSOE, à la fin de l'ère Zapatero. Ils ont serré les rangs, de manière assez efficace je dois dire, pour apparaître unis. Mais ont-ils formulé une seule idée qui leur permette, une fois au gouvernement, de répondre différemment à la crise, si les choses se compliquent à nouveau ?» s'interroge Olaf Cramme. Dans une récente tribune au Guardian, il exhorte la gauche européenne à forger de nouvelles réponses face à la crise, faute de quoi «elle gâchera sa chance».

 

«Au niveau européen, les sociaux-démocrates pèchent par leur désunion», rappelait fin 2011 Gerassimos Moschonas, professeur de science politique à l'université Panteion d'Athènes. «Les situations sont très différentes d'un pays à l'autre, et il n'existe pas de stratégie à l'échelle européenne. Il n'y a pas assez de concertation. Pendant la crise de la dette, la social-démocratie n'a pas assumé son rôle d'alternative.» Une erreur qu'elle essaierait donc de corriger aujourd'hui. »

 

Une correction quasi impossible

 

Pourra-t-elle la corriger ? Nous ne le pensons pas. La social-démocratie ne peut plus s’appuyer sur les classes exploitées par le travail ou par la précarité. Le lien qu’elle avait avec la classe ouvrière, via les organisations syndicales, entre autres, est rompu. La social-démocratie ne représente plus le peuple qu’elle prétendait incarner au XXe siècle.

 

En second lieu, comme nous venons de le voir, elle est divisée. Et sans un leader crédible et charismatique entouré d’une équipe solide, sans une idéologie cohérente rejetant ce jeu d’équilibriste entre une gauche utopique et un libéralisme dur en se positionnant clairement sur l’échiquier politique.

 

Pour cela, elle doit retrouver un appui populaire qu’elle a perdu depuis longtemps.

 

L’illusion d’une victoire de François Hollande

 

Les dirigeants sociaux-démocrates européens pensent qu’une victoire de François Hollande aux élections présidentielles du 6 mai prochain pourrait déclencher une nouvelle dynamique.

 

 

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François Hollande peut-il déclencher une nouvelle dynamique en cas de victoire ?

 

 

Pourtant, avec François Hollande, nous nous trouvons à nouveau devant le flou artistique typique des sociaux-démocrates. Ainsi, il a inscrit dans son programme la renégociation du pacte budgétaire, mais il n’en a pas précisé les modalités et de plus, il n’a pas l’aval des autres socialistes européens.

 

La dynamique viendra d’ailleurs. L’ensemble de la gauche doit se restructurer. Le mouvement déclenché par le Front de gauche de Mélenchon peut amener des résultats. Il faut redéfinir le système : le rôle de la Banque centrale européenne, celui de la Commission, le fédéralisme et surtout, le volet social de l’Europe encore dans les limbes. En effet, l’Etat social est menacé dans son existence. Une profonde réflexion à ce sujet est indispensable, sans cela l’Etat social d’Europe occidentale s’alignera sur la précarité sociale des pays d’Europe de l’Est.

 

La menace est claire et il est urgent d’y penser, car 2014 verra les élections européennes et l’installation d’une nouvelle Commission. C’est un enjeu fondamental.

 

Cependant, pour briser la vague conservatrice, il faudra une dynamique bien plus forte qui implique une renaissance socialiste et populaire.

 

Pierre Verhas

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 22:05

Encore une fois une tragédie touchant un travailleur ! Le meurtre soi-disant gratuit de l’agent superviseur de la STIB (Société des transports en commun de Bruxelles), Monsieur Lliaz Tahiraj, a suscité un mouvement social d’une ampleur jamais égalée dans ce service public.

 

 

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Un banal accident tourne en tragédie...

 

 

Les faits : un banal accident entre un bus de la STIB et une voiture privée à 6 h du matin. Le conducteur du bus et les deux occupants de la voiture sont blessés. Conformément à la procédure, le chauffeur du bus fait appel à un superviseur de la Société de transport pour effectuer les constats d’usage. Pendant ce temps, le conducteur de la voiture accidentée appelle avec son portable deux personnes qui s’amènent pendant que Monsieur Lliaz Tahiraj, remplit les papiers d’usage. Il prend ensuite quelques photos. C’est à ce moment-là que deux individus s’amènent. Le chauffeur du bus descend et est agressé par un des individus. Le superviseur l’aide à remonter dans le bus, ce qui lui a sans doute sauvé la vie. L’agresseur s’en prend aussitôt à M. Tahiraj sans doute à cause des photos et le tabasse à mort. Laissant sa victime ensanglantée à terre, il s’enfuit. M. Tahiraj décéde à l’hôpital quelques heures après. L’agresseur est interpellé dans la matinée. Il s’agit d’un « client » régulier de la Justice, notamment pour des faits de trafic de stupéfiants. Et, pas de chance pour les racistes impénitents : le bonhomme est un "Belge de pure souche".  On peut se poser la question : la réaction d’extrême violence de cet individu n’était-elle pas « motivée » par un « deal » de drogue qui a échoué suite à ce banal accident avec comme éléments de preuve les photographies prises par le superviseur ? Alors, parler comme le Procureur du roi de meurtre gratuit, c’est, semble-t-il, aller un peu vite en besogne.

 

 

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Le Procureur du roi Bulthé veut faire croire à un acte "gratuit"...

 

Le monde du travail déjà agressé par la régression sociale, les mesures d’austérité, les menaces de chômage, se voit confronté à une guerre de gangs (petits ou grands) qui n’hésitent pas à tuer toute personne qui entrave leurs actes illicites. Ces gangs se planquent dans les « quartiers » sensibles et se servent de la misère et de la précarité qui y règnent, pour se protéger.

 

Ainsi, les travailleurs des services publics œuvrant sur le « terrain » se trouvent, sans aucun moyen de défense, en première ligne, face à cette violence sans mesure. La mort de Monsieur LLiaz Tahiraj qui était à quelques mois de la prépension en est un dramatique exemple. Une fois de plus, c’est la base productive de la société qui est agressée, tandis que les élites protégées observent ces événements avec condescendance.

 

 

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Lliaz Tahiraj : assassiné parce qu'il faisait son boulot !

 

La preuve : la ministre de l’Intérieur, la chrétienne démocrate Joëlle Milquet, a programmé pour mardi une réunion avec les dirigeants de la STIB, les organisations syndicales, alors que les faits se sont déroulés samedi. Pourquoi attend-elle ? Ne pouvait-elle programmer cette entrevue dimanche ? Sans doute, préfère-t-elle, en bonne catholique, célébrer la fête de Pâques…

 

 

 

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Joëlle Milquet, la Ministre de l'Intérieur, préfère sans doute passer Pâques en famille... La réunion aura-t-elle lieu à la Trinité ?    

 

 

Et, entre la direction de la STIB et le personnel, ce n’est pas la joie non plus. Il y a longtemps que le personnel roulant est victime d’incivilités et d’agressions physiques de plus en plus violentes. Un sentiment d’impunité a commencé à régner sur le réseau des transports urbains bruxellois. Les organisations syndicales ont alerté la direction, ont proposé des mesures. La direction fit engager des stewards dont le rôle n’est pas bien défini. Ils n’ont aucun pouvoir d’intervention et dès lors, n’ont aucun effet dissuasif. Comme toujours, ce sont des demi-mesures que l’on justifie par le manque de moyens financiers. Aussi, face à cette impasse et à cet assassinat, l’ampleur de l’indignation du personnel roulant a contraint la direction à décréter elle-même la fermeture du réseau.

 

 

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Manifestation spontanée des travailleurs de la STIB devant le Palais de Justice

 

Ici, une fois de plus, on touche au cœur du problème. Voilà ce que donnent les politiques de démantèlement des services publics commencées voici trente ans. Les sociétés de transport en commun sont particulièrement victimes de cette politique. D’un côté, on les a forcées à faire des dépenses d’investissement considérables pour le métro, en ce qui concerne le transport urbain, et le TGV pour les chemins de fer, sans compter des rénovations pharaoniques de gares. De l’autre, le réseau ordinaire des chemins de fer est laissé pour compte. Certes des efforts ont été faits pour le réseau de surface urbain, mais dans les deux cas, cela s’est fait au détriment du personnel. Le TGV est depuis lors quasi privatisé et on envisage de céder au privé des lignes de métro « rentables ».

 

En outre, les programmes d’austérité déjà adoptés et ceux qui sont en préparation vont rendre toute solution impossible. La prochaine vague d’austérité, si on n’y prend garde, signifiera sans doute la mort de l’Etat social et celle du service public. Tout cela engendre une société invivable au plus grand profit des gangsters de la finance et des tueurs de la drogue.

 

 

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On sait ce qu'il faut faire à la mémoire de Lliaz Tahiraj

 

Ils ont voulu tuer le service public. Ils assassinent ainsi des travailleurs. M. Lliaz Tahiraj est un des travailleurs emporté par ce maelström. Nous savons, si nous sommes lucides et déterminés, ce qu’il faut faire en sa mémoire.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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Et voilà, cela devait arriver : nous avons à peine posté cet article que le Parquet nous apprend que l’assassin s’est rendu spontanément à la police. Il n’aurait pas d’antécédents judiciaires comme on l’avait affirmé hier. Il s’agirait d’un jeune homme éméché qui s’est « emporté » et qui a tué le superviseur d’un seul coup… Pour un type bourré, tuer un homme d’un seul coup, il faut être fortiche. Un champion, ce mec !

 

On voudrait étouffer l’affaire que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Le bonhomme a été appelé par le conducteur de la voiture. Pourquoi est-il venu ? Pourquoi a-t-il menacé le chauffeur puis frappé le superviseur qui avait pris des photos de l’accident ? Pourquoi, de source judiciaire, a-t-on dit qu’il était connu pour faits de drogues ? Et tout d’un coup, il est devenu un jeune homme blanc comme neige, certes quelque peu alcoolisé, qui aurait frappé « sans intention de tuer ».

 

A notre avis, ce n’est pas ainsi que l’on va calmer les choses…

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 13:09

Cette année 2012 voit commémorer le bicentenaire de la naissance d’un des plus grands romanciers anglais, Charles Dickens (1812 – 1870). Dickens est un vrai Londonien qui vécut quasi toute sa vie dans la capitale britannique à laquelle il fut intimement attaché. Il naquit à Portsmouth dans le Hampshire en 1812 et trois ans plus tard, sa famille s’installa à Londres puis à Chatham en 1817. Les Dickens revinrent à Londres en 1822. Ainsi, Charles y vécut le reste de son enfance et puis son adolescence où il connut la pauvreté et la précarité.

 

Contrairement à d’autres écrivains du XIXe siècle qui décrivirent la société dans laquelle ils vivaient, Dickens avait un lien organique avec la métropole anglaise. Ainsi, Balzac était un provincial qui peignit admirablement la société parisienne de son époque. Il en montra l’évolution sociale de la classe dirigeante qui se divisa entre une aristocratie restauratrice de l’ancien régime et une synthèse entre la bourgeoisie mercantile et industrielle et l’aristocratie orléaniste. Zola, bien que né à Paris, ne fut point un enfant de la capitale française. L’auteur des Rougon-Macquart  qui mit admirablement en évidence la terrible condition sociale de son époque à Paris, n’y avait pas non plus cet attachement profond. Tout comme on sent bien que Germinal ne fut pas écrit par un homme du « Ch’nord ».  

 

 

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Charles Dickens fit sans doute à son corps défendant une description sociale sans concessions

 

 

Aussi, bien que Balzac et Zola aient tous deux marqué la mémoire sociale de leur époque dans le Paris où ils vécurent, ils n’eurent pas ce même lien intime, comme Dickens, avec leur cité. Cela se marque dans leurs œuvres respectives.

 

 

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Honoré de Balzac dépeint la société française de la première moitié du XIXe siècle.

 

 

 

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Emile Zola décrivit l'épouvantable condition sociale de la classe ouvrière.

 

 

Charles Dickens vécut l’industrialisation frénétique de Londres. Ses descriptions sont uniques, ce qui fait écrire à Philippe Lançon : « Charles Dickens est le génie dont Londres est la lampe. » Il fut sans doute le premier écrivain à décrire l’épouvantable condition sociale du peuple de Londres, que ce soit dans les cellules de prison ou dans les taudis où étaient parqués les miséreux – on dit aujourd’hui les « précarisés » - crève-la-faim, à la merci des huissiers et d’une police débonnaire.

 

 

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George Orwell fit une critique amicale, mais sans complaisance de Charles Dickens.

 

 

George Orwell, après son retour d’Espagne, écrivit un essai sur Charles Dickens qu’il rédigea sur un lit d’hôpital en 1938. Orwell avait développé une conscience politique aiguë depuis le « Quai de Wigan » et la guerre d’Espagne dont il rapporta un récit – reportage qu’il considéra à juste titre comme son meilleur ouvrage : « Hommage à la Catalogne ».

Dans son essai sur Dickens, Orwell compare la pauvreté à l'acné et une réponse individuelle morale comme un placebo inefficace, parce que Dickens n'a aucun moyen systématique de la compréhension de la pauvreté et l'injustice:

« Dickens en tout cas n’a jamais imaginé que vous puissiez guérir les boutons en les coupant. Dans chaque page de son œuvre, on peut voir une prise de conscience d’un malaise de  la société à sa racine. C'est quand on demande: «Quelle racine ? »  que l'on commence à saisir sa position. La vérité est que la critique de Dickens de la société est presque exclusivement morale, d’'où résulte l'absence totale de toute suggestion constructive dans son travail. »

Pour Orwell,  la charité n'est pas la solution. Charité se présente comme un remède à la pauvreté et l'injustice tout en remarquant que la vanité domine : le bienfaiteur devient l’élément central en lieu et place des gens dans le besoin. Dans son essai « Why socialists don’t believe in fun ? », Orwell raconte cette anecdote significative : Dickens traite de la fête de Noël par deux fois : dans un chapitre de The Pickwick Papers et dans A Christmas Carol. Cette dernière histoire a été lue à Lénine sur son lit de mort et selon sa femme, il a trouvé sa «sentimentalité bourgeoise» tout à fait intolérable. Or, dans un sens, Lénine avait raison: mais s'il avait été en meilleure santé, il aurait peut-être remarqué que l'histoire a d'intéressantes implications sociologiques. C’est ce qu’Orwell tente de décrire dans son essai sur Charles Dickens.

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Un roman lu par Lénine !

Pour le futur auteur de « 1984 », Dickens est un écrivain que tout le monde veut s’approprier. Pourtant, en dépit d’un manque d’analyse qu’il lui reproche, Dickens eut, pour Orwell, un rôle éminemment positif : « C’est le visage d’un homme qui ne cesse de combattre quelque chose, mais qui se bat au grand jour, sans peur, c’est le visage d’un homme animé d’une colère généreuse – en d’autres termes d’un libéral du XIXe siècle, une intelligence libre, un type d’individu exécré par toutes les petites orthodoxies malodorantes qui se disputent aujourd’hui le contrôle de nos esprits. » Bref ! Un type bien dans le langage orwellien.

 

Cela n’empêche Orwell de procéder à une sévère analyse critique de l’œuvre de l’auteur de David Copperfield. 

 

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Fac-similé de l'édition de Poche de David Copperfield

 

 

Dickens n’était pas un écrivain « prolétarien », ni un écrivain  « révolutionnaire ». Orwell estime : « Quoi qu’ait pu dire Dickens, ce n’était pas en tout cas un sauveur d’âme, un tapinois, un de ces imbéciles bien intentionnés qui croient que le monde serait parfait pour qu’on amende quelques articles de loi et qu’on supprime certaines anomalies. »

 

Pour Orwell, l’inspiration générale de Charles Dickens serait plutôt pro-capitaliste en ce sens qu’il pousse les capitalistes à être moins durs et répugne à la révolte des travailleurs. Quel saisissant parallèle avec notre époque où nous voyons les dirigeants socialistes – libéraux qui prétendent pouvoir édulcorer le capitalisme et  exhortent les travailleurs et les masses précarisées à rester tranquilles…

 

Il y eut en effet chez Dickens une première période qu’on peut qualifier  d’optimiste où il voyait de « bons riches » comme M. Pickwick. Il considérait que la gentillesse individuelle était le remède à tous les maux. Son héros, Pickwick, est un riche marchand qui caresse la tête des enfants, qui est bon pour ses employés et qui augmente régulièrement leur rémunération.

 

Par après, dans les années 1850, Charles Dickens semble perdre ses illusions tout en poursuivant le mythe du « bon riche » qui se transforme en rentier et qui, selon Orwell, n’a plus de responsabilité directe à l’égard de ses employés. Dickens comprend « à cette époque à quel point les individus bien intentionnés étaient désarmés dans une société corrompue. »

 

Un reproche d’Orwell est de ne pas se pencher sur ce qu’il considère comme un scandale manifeste de l’époque : le travail des enfants. Or, tout au long de son œuvre, Dickens a décrit l’enfance. Lui-même, dès l’âge de douze ans, suite à l’endettement de son père, a dû travailler jusqu’à la lie dans une usine de polissage de bottes. À ce sujet, l’auteur d'Oliver Twist ne s’indigne pas dans son œuvre. Il l’évoque dans David Copperfield et plus tard dans son autobiographie. Sans doute, fut-il animé par une pudeur ou une honte où il répugnait à ce qu’on s’apitoie sur son sort ? Il n’en parla même pas à sa femme. Orwell ajoute : « Naturellement, il [Dickens] a raison de dire qu’un enfant doué ne devrait pas passer dix heures par jour à coller des étiquettes sur des bouteilles, mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’aucun enfant ne devrait être condamné à subir pareil sort, et rien n’indique que telle est effectivement son opinion. »

 

Dickens n’envisage pas qu’on puisse changer la société et il a un mépris profond pour la politique et ne croit pas qu’on puisse sortir quelque-chose de bon du Parlement. Il considère ensuite le syndicalisme comme un racket. Dickens déteste le trade unionisme naissant. Comme l’écrit George Orwell : « Dickens voudrait que les travailleurs soient correctement traités, mais rien n’indique qu’il voudrait les voir prendre leur destin en main et, surtout pas, recourir pour cela à la violence. »

 

L’écrivain a horreur de la violence et il aborde la Révolution française dans un sens étroit : celui d’une émeute. Il en décrit une dans son roman Barnaby Rudge une émeute où la populace fait preuve d’une bestialité monstrueuse. Il s’agit des Gordon Riots du nom de leur instigateur Lord George Gordon (1751 – 1793) qui furent un mouvement religieux fanatique antipapiste en 1780 où il y eut des scènes de pillage particulièrement violentes. Comme le fait remarquer Orwell, Dickens était obsédé par la violence et redoutait des émeutes. Or, de son vivant, il n’y en n’eut guère en Angleterre. Cependant, « Il faut garder à l’esprit qu’à l’époque où Dickens écrivait, la « canaille » londonienne était encore une réalité. (Aujourd’hui, il n’y a plus de canaille, il n’y a qu’un troupeau.). Les salaires de misère s’ajoutant à la croissance démographique et à l’exode rural, avait créé un gigantesque et redoutable « slum proletariat », et il fallut attendre le début de la seconde moitié du XIXe siècle pour qu’apparaisse une force de police digne de ce nom. »

 

À nouveau, un parallèle avec l’époque actuelle. À la simple évocation de la Révolution française dans les discours politiques – notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon – se déclenche une panique dans les milieux intellectuels et du patronat : on en revient à la Terreur ! C’est à cela que se réduit la Révolution de 1789. De Michel Onfray à Laurence Parisot, on sonne l’hallali. 

 

 

 michel_onfray.jpg

Quelle mouche a piqué Michel Onfray ?

 

 

Un autre parallèle plus sérieux : le développement de ce que Marx appelait avec mépris le lumpenproletariat et Orwell le « slum proletariat » prend aujourd’hui une ampleur inégalée. La société duale générée par l’ultralibéralisme engendre ce phénomène et l’on peut s’attendre à un accroissement des violences urbaines dans toutes les cités européennes et américaines.

 

Orwell, de son côté, analyse la vision de la Révolution française par Dickens. Dans A Tale of two Cities, Dickens comprend que la Révolution française était inéluctable, mais il n’évoque que le règne de la Terreur, celui où le couteau de la guillotine ruisselle de sang. Orwell écrit : « Il nous rappelle constamment que, tandis que Monseigneur paresse dans son lit avec quatre laquais en livrée pour lui apporter son chocolat alors que la famine fait rage dans les campagnes, un arbre pousse dans la forêt qui fournira bientôt les planches de l’échafaud. » Ainsi, Dickens admet le caractère inéluctable de la Révolution. « En d’autres termes, ajoute Orwell, les aristocrates français avaient creusé leur propre tombe. Mais il n’y a ici aucune sensibilité à ce qu’on appelle la nécessité historique.(…) Si le mauvais aristocrate avait tourné une nouvelle page dans le livre de sa vie, il n’y aurait pas eu de révolution, pas de jacquerie, pas de guillotine – et tout aurait été d’autant mieux. » Orwell constate : « Du point de vue « révolutionnaire », la lutte des classes est l’élément moteur du progrès, et de ce fait l’aristocrate qui dépouille le paysan et le pousse à la révolte joue un rôle nécessaire, au même titre que le jacobin qui guillotine ledit aristocrate. Il n’y a chez Dickens pas une seule ligne qui puisse être interprétée dans ce sens. Pour Dickens, la Révolution n’est qu’un monstre engendré par la tyrannie, un monstre qui finit toujours par dévorer ceux qui s’en sont faits l’instrument. »

 

Notons que sur ce tout dernier point, Charles Dickens a raison. Les révolutions dévorent toujours leurs propres enfants. Comme dit Orwell : « Les thuriféraires de n’importe quelle révolution tentent généralement d’en minimiser les atrocités. Dickens a, lui, tendance à les exagérer – et d’un point de vue strictement historique, il les exagère sans l’ombre d’un doute. »

 

Orwell situa aussi Dickens sur le plan sociologique. Charles Dickens était un puritain anglais. Il appartenait à une classe de commerçants qui commençaient à s’enrichir. C’était une classe urbaine, méprisée et ignorée jusqu’alors. Elle est devenu omnipuissante. C’est donc une classe dépourvue de tout scrupule, de tout sens public, cynique, cupide et profondément individualiste. Elle se veut irresponsable – ce que Dickens n’était pas – et elle avait un profond mépris de l’Etat qu’elle considérait comme superflu et nuisible. Dickens, tout en y appartenant, méprisait cette classe, tout comme il vomissait la populace.

 

Cependant, il eut l’éminent mérite d’avoir, par une littérature vivante et accessible, décrit la situation sociale avec une grande honnêteté. C’est pourquoi, deux-cents années après sa naissance, il est toujours lu. D’autant plus que ses descriptions sont d’une actualité brûlante. C’est cela son immense intérêt et George Orwell l’avait compris ainsi.

 

 

Pierre Verhas

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 16:57

L’issue tragique de l’assaut du RAID contre Mohammed Merah donne le sentiment d’un effroyable gâchis. Les soldats, les enfants, le rabbin assassinés et ensuite un assaut de plus de trente heures pour finir par tuer Merah, constituent l’échec sanglant d’un pouvoir et d’une pensée inaptes à répondre aux défis majeurs de notre époque. Pire, ce pouvoir, cette idéologie sont sans doute les premiers responsables de ce bain de sang.

 

 Toulouse_RAID.jpg

Les hommes du RAID après leur mission : ce ne sont pas eux qu'il faut blâmer comme l'a dit Mélenchon. Ils risquent leur peau et on déplore trois blessés. Le vrai responsable, c'est le pouvoir. Eva Joly rappelle qu'en vertu du Code pénal, c'était à un juge d'instruction et non au ministre de l'Intérieur de donner les directives. Cela n'est pas un hasard !

 

Mais, par les miracles de la « communication », l’échec est transformé en succès. On croirait lire un ersatz de la novlangue orwellienne : « La défaite, c’est la victoire » ! Le « petit » a eu un coup de génie : il a suspendu la campagne électorale en « mémoire » aux victimes. Dans Mediapart et Marianne, l’écrivain Christian Salmon donne cette analyse : 

 

« On vient de vivre plusieurs jours de psychodrame national, orchestrés par le président des effrois successifs, l'ordonnateur de la grand-peur nationale. On le sent bien désormais. Ce n’est pas la campagne seulement qui a été suspendue par les principaux candidats, c’est le sens, la capacité à débattre et à symboliser. Le storytelling de la peur se donne à lire pour ce qu'il est : un déni de démocratie. J’en veux pour preuve la débauche de récits médiatiques qui n’ont d’autre but de plonger le pays dans un « Etat de Peur Totale». De sidération. »

 

 

Toulouse_Mohamed_merah.jpg 

Mohammed Merah : un jeune paumé de banlieue transformé en assassin par ceux qui mènent un combat dont il a été un simple pion.

 

 

Il y a donc une gradation dans la stratégie « sarkozienne » : on suspend la campagne, puis on empêche carrément le débat avec l’aide des médias qui nous ont turlupinés pendant 48 heures. La peur latente a été amplifiée. On se sert désormais du cerveau reptilien pour neutraliser le cortex.

 

 Toulouse_Sarkozy.jpg

Nicolas Sarkozy profite de cette tragédie pour prendre des mesures liberticides dont l'objectif n'a rien à voir avec l'éradication du phénomène terroriste.

 

Enfin, vient le coup de grâce dans l’intervention du président – candidat après le succès-échec de l’assaut du RAID contre Merah. Il annonce :

 

« Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appelle à la haine et à la violence sera punie pénalement. Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement. La propagation et l'apologie d'idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte antiterroriste. »

 

Ainsi, on tire profit de cette tension exacerbée pour engranger des mesures liberticides. Regardons ce texte de plus près.

 

Qu’entend-on par « sites internet faisant l’apologie du terrorisme » ? Qui déterminera cela et sur quels critères ? De même, que signifie « appel à la haine et à la violence » ? Va-t-on vers une interprétation extensive, comme les appels à la grève, par exemple ?

 

« Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement… ». Cela veut-il dire que participer à un congrès ou à un colloque où des idées radicales sont émises entre dans le champ d’application de cette disposition ? Même question pour « la propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes ». Que désigne le qualificatif « extrémistes » ? Ce qui ne rentre pas dans la pensée unique dominante ? Tiens, au passage, Sarkozy a-t-il l’intention de réprimer les mouvements d’extrême-droite ? On peut toujours rêver !

 

En tout cas – et c’est intéressant – on vient d’assister en direct à la mise en œuvre d’un processus liberticide suite à une tragédie qui nécessite bien d’autres mesures. Ce processus sera inefficace pour mettre fin à cette violence, mais il entretient la stratégie de la tension et renforce un pouvoir de plus en plus illégitime. C’est bien là l’objectif.

 

 

Pierre Verhas

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 11:54

 

« Aujourd’hui à Toulouse nous a été donnée une illustration horrible du point où un tel cynisme délirant peut nous entraîner. Tous ceux qui ont été flingués ou tués dans et autour de la ville au cours des huit derniers jours ont une chose en commun. Ils sont issus de "minorités visibles". Ils avaient des noms ou des visages qui les balisent comme n’étant pas descendus, comme Jean-Marie Le Pen le dirait, de "nos ancêtres les Gaulois". Leurs origines – tout aussi bien juives que musulmanes - étaient au Maghreb ou dans les Caraïbes. Ils étaient, en somme, un instantané de "la France métissée" - les métis, immigrant en France qui travaillent dur et "se lèvent tôt" pour vider les poubelles et s’occuper de leurs enfants ; les personnes qui meurent de manière disproportionnée pour la France mais qui sont également le plus souvent enfermés dans ses prisons et ses banlieues délabrées.

 

Comme un père l’a dit ce matin, alors qu’il étreignait son fils, en le sortant de l’école, "Ils nous attaquent parce que nous sommes différents." »

 

Voilà ce qu’écrit Fiachra Gibbons, journaliste irlandais, correspondant du « Guardian » (ici un extrait du site « le Grand Soir »).

 

 

Toulouse_crime02.jpg

Le Collège juif de Toulouse : le tueur est passé...

  

Rien n’est plus vrai ! Un spectre hante l’Europe : l’uniformisation. Pour installer un pouvoir invisible, omniprésent, d’une puissance inégalée, on uniformise le travail, on standardise l’économie et on démolit tout ce qui fait ou peut faire la diversité : la politique, la culture, l’éducation. Tout doit fonctionner selon un modèle unique.

 

Pire : l’homme lui-même doit être « uniforme » et donc conforme au « modèle ». On permet, si on n’encourage pas, un discours odieux contre les différents, contre la « France métissée » qui n’est pas seulement la France « café au lait », mais aussi la France où chacun, quelle que soit son origine, vit, travaille, s’épanouit dans une société libre et égale. La France ? Pas seulement, l’Europe ! C’est cela que l’on veut détruire.

 

 

Toulouse_crime03.jpg

Il a été tué parce qu'il était différent. Pourtant, c'est une tradition ancestrale de l'armée française de faire servir des hommes issus de toutes les cultures.

 

 

Au-delà de l’odieux, les conséquences de cette pensée « standardisante » sont incalculables. Par exemple, l’antisémitisme se banalise et s’institutionnalise. Ainsi, en Hongrie, suite aux réformes fascisantes du gouvernement Orban (voir « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/article-hongrie-un-nouveau-pas-vers-la-fin-de-l-union-europeenne-96814225.html), des mesures apparemment sans conséquences majeures, sont prises petit à petit comme le licenciement de tous les musiciens juifs de l’orchestre philharmonique de Budapest. Pire, la plaie s’étend dans la population. Ainsi, des étoiles jaunes sont apposées dans la nuit sur les boîtes aux lettres des maisons occupées par des Juifs et des proches de Juifs.

 

Cela n’empêche pas le « Fidescz » (le parti de Viktor Orban) d’avoir le vice-président du groupe « parti populaire européen » (parti chrétien conservateur), actuellement principale formation politique du Parlement européen. On s’aperçoit que la Commission est bien prompte à prendre des mesures injustes sacrifiant une génération de jeunes Grecs (voir la chronique d’Elie Barnavi dans « Marianne » de cette semaine) sur l’autel de la finance ultralibérale, alors qu’elle tergiverse sur les sanctions devant frapper le gouvernement hongrois qui détruit sciemment les bases de l’Union européenne. De plus, par ce « laxisme », il y a un risque évident de tache d’huile à d’autres Etats membres.

 

Aussi, il n’est guère surprenant que de nombreux jeunes Juifs européens envisagent de quitter le vieux continent pour aller vivre en Israël où la société est bien plus dynamique, en dépit du conflit israélo-palestinien. Mesure-t-on les pertes irréparables d’un départ massif des Juifs européens ? C’est une large part de l’élite qui s’en va et surtout un pilier essentiel de la pensée européenne.

 

 

Toulouse_crime04.jpg

Le rabbin Jonathan Sandler tué avec ses deux enfants parce qu'ils étaient différents.

 

 

Les crimes de Toulouse et de Montauban ne sont pas le fait d’un seul « tueur fou ». Son bras a été guidé par une idéologie dévastatrice. Si on n’y prend tout de suite garde, les soldats de Toulouse et de Montauban, le rabbin Jonathan Sandler, ses deux enfants Gabriel et Arieh et Myriam Monsonego ne seront pas les seules victimes de ces déments.

 

Pierre Verhas

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 00:47

Le terrible accident de Sierre suscite en Belgique une émotion considérable. Une cinquantaine de pères et de mères ne riront plus jamais et bien des grands parents n’auront plus de joie de vivre. La perte d’enfants est la pire blessure.

 

Fallait-il une fois de plus que les médias en rajoutent ? N’est-il pas indécent de voir ces journalistes harceler des parents, des témoins, des secouristes en leur posant des questions stupides ? À l’indicible, il n’y a pas de réponse. Ils le savent bien, mais ils ne s’arrêtent jamais.

 

Est-ce l’événement qui mobilise les médias ou ceux-ci exploitent-ils cette tragédie pour se mettre eux-mêmes à l’avant de la scène de cette sinistre comédie humaine ? La dictature de l’audimat ne pousse-t-elle pas les chaînes de télé publiques comme privées à l’excès afin d’être « le premier » ? On imagine aisément les dirigeants de ces sociétés audiovisuelles se précipiter le lendemain sur les chiffres d’audience afin d’empocher les dividendes de l’émotion.

 

 

 emotion_sierre.jpg

N'est-ce pas indécent d'exploiter l'émotion ? Ici les enfants de Lommel

 

 

La « Libre Belgique » critique vertement le correspondant belge du journal « Le Monde » qui a mis en parallèle les émotions suscitées par l’affaire Dutroux, par les affaires de pédophilie dans l’Eglise catholique et la catastrophe de Sierre. On touche aux enfants et le Belge ne le supporte pas.

 

Où est le scandale ? Lisez plutôt : « Sidérée par le bilan de l'accident, la population est d'autant plus impressionnée qu'une grande majorité d'enfants figurent parmi les victimes. Après les terribles révélations, consignées dans un rapport officiel, sur les actes de pédophilie commis au sein de l'Eglise catholique durant des décennies mais, surtout, depuis l'affaire Marc Dutroux, les Belges ont une sensibilité à fleur de peau.

 

Les multiples disparitions de très jeunes filles organisées par le tueur pervers durant les années 1990 ont engendré un traumatisme durable dans le royaume. Par sa durée, la cruauté des révélations qu'elle a apportées et, surtout, la prise de conscience que la justice et la police étaient, à l'époque, incapables de protéger les plus faibles, cette affaire n'a pas fini d'impressionner. Et chaque accident impliquant des enfants ravive désormais les plaies mal cicatrisées des Belges. »

 

Cette analyse est pertinente. L’émotion – bien compréhensible – est cependant mauvaise conseillère. Les médias ne cessent de l’attiser empêchant ainsi de prendre les décisions les plus adéquates.

 

L’affaire Dutroux a désorganisé la Justice et accouché d’une réforme des polices qui n’a fait que renforcer le pouvoir d’une gendarmerie, véritable Etat dans l’Etat, au service de la classe dirigeante. L’émotion populaire, certes compréhensible, fut aveuglante et les cyniques en ont tiré parti.

 

Tout est fait pour étouffer les graves déviances de l’Eglise catholique qui ont fait des centaines de victimes. Là aussi, l’émotion fut exploitée pour éviter les réponses gênantes. Comme dans l’affaire Dutroux, ce furent des magistrats qui se retrouvèrent au banc des accusés. Ah ! Comme il est bon d’accuser un juge ! Mais la vérité, elle, ne figura pas à la barre.

 

Pour en revenir à Sierre, personne n’a posé la question des dangers du « tout à la route » qui provoque tant de drames. Les cyniques vous renvoient dans les ténèbres de la ringardise. Les médias vous noieront dans l’émotion, dans leurs plus sordides intérêts. Et les choses suivront leur cours habituel.

 

La cupidité qui guide ce monde continue à se draper dans l’indécence. Ainsi, la raison sera une fois de plus vaincue.

 

Pierre Verhas

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 21:06

 

Nous reproduisons ici deux intéressants articles sur le phénomène qu’on appelle « l’extrême-droitisation », c’est-à-dire la dérive de la pensée dominante vers l’extrême-droite en France et aux Etats-Unis.

 

Le premier a été diffusé sur le blog de Bernard Gensane (voir lien). Il est intitulé « l’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis ». Son auteur s’appelle Philippe Arnaud. C’est un ancien de France- Télécom, cette entreprise privatisée qui a connu une vague de suicides sans précédent, il est responsable des Amis du Monde diplomatique et d’ATTAC pour le Département de l’Indre et Loire. Philippe Arnaud est donc un militant expérimenté et toujours mobilisé.

 

Le second est de la plume de la journaliste russe Katerina Azarova (Russia Today), traduit par le journal suisse non aligné Horizons et débats diffusé par le « Réseau Voltaire », qui évoque ce qu’elle appelle la Corporatokratiedénoncée par le candidat républicain à la présidence Ron Paul qui craint que les Etats-Unis «glissent dans le fascisme». Ron Paul n’a aucune chance dans la course à la présidence sans doute parce qu’il ne s’inscrit pas dans la ligne classique du

 

Il est assez symptomatique que deux hommes éloignés géographiquement comme politiquement, le militant de gauche français Philippe Arnaud et l’Américain ultralibéral de la mouvance « libertarienne », Ron Paul, dénoncent quasi en même temps un phénomène identique : la dérive des sociétés occidentales vers un système rappelant le fascisme des années trente.

 

Certes, il ne s’agit pas de l’aspect « folklorique » du fascisme avec skinheads s’avançant bras tendu en vociférant des slogans et des chants d’un âge révolu, mais – et c’est bien plus dangereux – une orientation de certaines élites politico-financières vers un système totalitaire et une organisation de la société curieusement similaire à celle qu’Hitler et Mussolini ont tenté d’installer par la force dans toute l’Europe. Ainsi, le corporatisme que l’on croyait définitivement rejeté dans les oubliettes de l’histoire, revient en force dans le pays qui se présente comme le champion de la démocratie. Lisez ces deux articles. Ils ont tous deux le mérite de nous ouvrir les yeux.

 

Une anecdote, au passage. Il nous revient que des hauts fonctionnaires à la Commission européenne fulminent publiquement contre cette « démocratie » qui met des bâtons dans les roues de leurs funestes projets.

 

Pierre Verhas

 

 

 

L’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis

 

Ce matin, au journal de 7 h de France Inter, j'ai entendu deux informations que les journalistes, jusqu'à maintenant, n'ont pas cherché à rapprocher (en dépit de leurs évidentes ressemblances). Ces informations sont :

 

1. La critique de personnalités politiques et de médias étrangers (allemands, belges et américains) sur Nicolas Sarkozy, disant que celui-ci fait une campagne d'extrême droite, certains allant même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen".

 

 sarkozy-antilles.jpg

On va même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen"...

 

2. L'annonce que, dans les élections primaires du Parti républicain aux États-Unis, le candidat "modéré" Mitt Romney n'était arrivé que troisième aux scrutins de l'Alabama et du Mississippi, derrière les deux candidats ultraconservateurs Rick Santorum et Newt Gingrich.

 

- Quel est le rapport entre les deux ? Celui-ci : dans les deux pays, le parti de droite dominant (UMP en France, Parti républicain aux États-Unis) est tiraillé entre une pulsion centriste et une pulsion extrémiste de droite. Certes, la situation n'est pas tout à fait la même : en France, le candidat de droite est au pouvoir, alors qu'aux États-Unis le Parti républicain est dans l'opposition et n'a pas encore choisi son candidat. Aux États-Unis, la modalité du tiraillement est que les élections donnent tantôt l'avantage au candidat "modéré", tantôt à l'un de ses rivaux ultraconservateurs. En France, la modalité du tiraillement est que le candidat Sarkozy tantôt durcit sa position en matière d'immigration, de "laïcité" ou de politique pénale, tantôt fait une annonce "sociale" en direction des plus pauvres ou à l'encontre des plus riches...

 

- Une autre ressemblance est celle-ci : aux États-Unis, les candidats républicains, outrageusement favorables aux riches, se lancent néanmoins à la tête des accusations d'enrichissement malhonnête, de spéculation, d'exploitation des plus pauvres. En France, le candidat Sarkozy, bien qu'également très ami des riches (et même des très riches) propose parfois des mesures fiscales (certes fort modestes) à l'encontre de ces très riches. Tout se passe donc, dans les deux pays, comme si les candidats de droite, en dépit de leurs tropismes ploutocratiques, se rendaient tout de même compte de l'aversion de la majorité de la population envers les grandes fortunes...

 

 Mitt-Romney.jpg

Mitt Romney : toute sa force au service de la classe dirigeante

 

[Il me revient à l'esprit une image : lorsque j'étais plus jeune, un de mes proches m'amenait parfois faire un tour à moto. Et il me prévenait : "Dans les virages, je vais me pencher près de la chaussée. Même si cela te fait peur, penche-toi dans le même sens que moi. Ne cherche pas à te redresser, sinon on va dans le mur !". Je me demande si cette loi de physique élémentaire ne pourrait aussi s'appliquer en matière électorale : à vouloir attirer simultanément deux électorats dissemblables, voire opposés, ne risque-t-on pas aussi "d'aller dans le mur électoral" ?].

 

- Autre information, marginalement liée à la précédente. Il y a quelques jours, le magazine américain Forbes donnait, comme tous les ans, sa liste des personnalités les plus riches du monde. On avait donc, en 1re position, le Mexicain Carlos Slim, en 2e et 3e positions, les Étatsuniens Bill Gates et Warren Buffett, et, en 4e position... le Français Bernard Arnault !

 

 Arnault.jpg

Bernard Arnault : le prototype du "pouvoir des riches"

 

- Mon observation à ce sujet est celle-ci : l'information a été donnée (en particulier sur France 2 et sur France 3) sans commentaires, mais avec des vues filmées de Bernard Arnault (alors que Bill Gates et Warren Buffett n'étaient figurés qu'en photo), et elle a été donnée comme si, sur ce point, elle représentait une fierté pour la France. Elle a été donnée comme si on annonçait que la France était le deuxième concepteur au monde de microprocesseurs ou le deuxième titulaire de médailles Fields (ce qui, en passant, est d'ailleurs la vérité). J'ai donc eu l'impression que les journalistes tiraient quelque fierté qu'un Français "batte un record" dans ce domaine, comme si ce "record" était censé témoigner, indirectement, de la bonne santé économique du pays, de son dynamisme, etc.

 

- Il est significatif, au demeurant, que l'on mette ainsi en avant, annuellement, ce classement, mais jamais celui du coefficient de Gini. [Le coefficient de Gini est un indice, étalonné de 0 à 1, qui donne la distribution des revenus à l'intérieur d'un pays. Le 0 représente l'égalité parfaite et le 1 l'inégalité totale. Dans ce classement, établi sur 124 pays, le pays le plus égalitaire figure en premier (et c'est le Danemark). La France figure au 16e rang, les États-Unis au 74e, et le Mexique... au 109e].

 

Philippe Arnaud

 

Corporatocratie

 

Le candidat républicain à la présidence, Ron Paul, a, lors d’une assemblée à Kansas City, critiqué vertement le système de gouvernement américain et affirmé que les entreprises et le gouvernement menaient le pays vers le fascisme du XXIe siècle.

 

 

 Ron_Paul.jpg

Ron Paul, l'ultra-libéral "libertarien" arrive aux mêmes constats

que des militants de gauche européens.

 

Mais, n’allez pas vous imaginer un PDG à peau blanche et yeux bleus et des bureaucrates perdant la tête et levant la main droite – gardons notre calme. Ce républicain texan au caractère ouvert pensait à un corporatisme fasciste – un modèle économique particulièrement prisé par Mussolini en Italie dans les

années 1920 à 1940. Le corporatisme économique fasciste englobait le gouvernement et les directions des entreprises privées dans de larges secteurs de l’économie – ce qui est, selon Paul, aujourd’hui tout à fait la norme en Amérique.

 

S’adressant à des milliers de partisans au cours d’une assemblée, Paul déclara: «Nous nous sommes éloignés d’une véritable république et nous glissons dans un système fasciste, soit une combinaison entre gouvernement, oligarchie économique et pouvoir autocratique, provoquant la suppression des droits individuels de tous les citoyens américains

 

Ces paroles, qui auraient été refusées, il y a encore quelques années, furent accueillies avec acclamation. La réunion électorale de Paul eut lieu simultanément avec les grandes assemblées du parti républicain au Missouri et au Kansas – qui furent délaissées par un grand nombre de personnes qui voulurent entendre le discours de Paul. Les Américains, saignés par les campagnes militaires incessantes et coûteuses, sont de plus en plus portés vers une politique étrangère de paix, comme le promet Paul.

 

Le candidat à la présidence s’exprima en des termes que le peuple américain avait déjà entendus de la part de l’ancien président Dwight Eisenhower qui, dans son discours d’adieu à la Nation, avait estimé «qu’au sein du gouvernement, il fallait se méfier de la prise d’influence – voulue ou non – du complexe militaro-industriel. Il y a un potentiel destructeur de pouvoir inconvenant, actuellement et à l’avenir.»

 

 

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En 1960, à la fin de sa présidence, Dwight David Eisenhower dénonça avec force le pouvoir du complexe "militaro-industriel" aux Etats-Unis et dans le monde.

 

Et c’est le cas maintenant. Rien qu’en l’an 2009, les Etats-Unis étaient responsables de près de la moitié des dépenses mondiales dans le domaine militaire – soit 46% ou 712 milliards de dollars. Depuis, les chiffres ont encore grimpé, à tel point que les dépenses militaires américaines dépassent celles de la Chine, de la Russie, du Japon, de l’Inde et du reste de l’OTAN, pris ensemble. Les Etats-Unis possèdent plus 700 bases militaires dans 130 pays dans le monde entier.

 

On peut se demander si le gouvernement des Etats-Unis – le pays au plus grand produit intérieur brut – peut encore se payer des suppléments de dépenses militaires. La réponse est tout simplement: non.

 

La nation la plus fortunée du monde a, en même temps, la plus grande dette souveraine de l’histoire du monde. Du fait que le dollar est une monnaie de réserve mondiale, que la Federal Reserve fait tourner la planche à billets en continu et que la production a été transférée dans des pays à salaires bas, l’économie américaine ressemble à un jeu de casino ou, si l’on préfère, à une «chaîne de Ponzi», soit un circuit financier frauduleux.

 

 

 Georges_W_Bush.jpg

Georges W Bush était avec Dick Cheney (ici à l'arrière plan, à gauche) l'homme du complexe militaro-industriel : la guerre, pour eux, était la seule solution.

 

Et c’est le président Georges W. Bush qui, lors d’une conversation avec son collègue argentin Nestor Kirchner, déclara: «La meilleure façon de faire revivre l’économie est la guerre et les Etats-Unis ont été renforcés grâce à la guerre.»

 

Mais les Américains en ont assez de la guerre – et ils en ont assez d’attendre le jour béni quand la guerre, comme par miracle, fera redémarrer l’économie.

 

Katerina Azarova

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:32

 

Il est mal vu de prédire une défaite en pleine campagne. Cependant, je suis convaincu qu’il est nécessaire d’analyser dès maintenant une défaite logique, implacable, mais qu’on ne veut pas voir, ni admettre.

 

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy, dit le kleiner Mann (Bernard Gensane), sera réélu de justesse. François Hollande n’a aucune chance de l’emporter. Pourquoi ?

 

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Nicolas Sarkozy, malgré les apparences, a de fortes chances de l'emporter.

 

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François Hollande doit absolument changer de stratégie. 

 

 

Tout d’abord, il faut tenir compte de la sociologie et du rapport des forces politiques en France. La droite (de l’extrême-droite au « centre ») est largement majoritaire en France. La gauche (de l’extrême-gauche en passant par le Front de gauche, le PS, aux écologistes) ne totalise que quelque 40 % de l’électorat, en se basant sur résultats des derniers scrutins municipaux, régionaux et partiels. Et c’est un homme de gauche qui le dit : Jean-Luc Mélenchon.

 

Ensuite, la stratégie de Sarkozy commence à porter ses fruits. Depuis sa première campagne présidentielle, il a œuvré pour qu’il n’y ait personne à sa droite. Il s'inspire ainsi dans l'ancien chancelier allemand de droite dure Strauss et de Rove le conseiller électoral de George W Bush. C’est ainsi qu’il fait reprendre pour son compte et sans vergogne par ses sbires les thèmes les plus nauséabonds de l’extrême-droite. Ce sont ses collaborateurs qui sont éclaboussés et ainsi, le petit Nicolas peut tenir des discours réactionnaires sur la question de l’avortement, le mariage homosexuel, etc. Il a fait détourner l’attention par cette grotesque affaire de la viande « halal ». Dans tous les cas, la gauche est tombée dans le piège (sauf Mélenchon qui a parfaitement compris qu’il ne faut pas s’enferrer là dedans) par ses indignations aussi vaines que temporaires. Dans la stupide polémique sur les « civilisations », la gauche s’est laissée prendre : elle s’est attaquée à Guéant, un sous-fifre. Il fallait frapper le vrai patron, c’est-à-dire le kleiner Mann en personne. Enfin, en faisant pression sur les maires, le camp Sarkozy va empêcher Marine Le Pen de récolter les fameuses 500 signatures. Ainsi, l’extrême-droite éliminée laisse le champ libre à l’UMP et à Sarkozy.

 

 

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Claude Guéant : l'idiot utile de Sarko...

 

 

Sarkozy a dès lors toute liberté pour imposer les idées ultralibérales devant un adversaire PS qui ne sait pas sur quel pied danser. L’abstention des Socialistes sur le MES (Mécanisme Européen de Stabilité – voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-trop-99901481.html) va coûter un maximum de voix à Hollande.

 

Les actes et les discours du PS et de François Hollande sont flous et incohérents face à un adversaire qui les déconcerte en attaquant successivement de front, puis en passant par des phases de blues savamment programmées. Un exemple est donné aussi par la proposition de taxer à 75 % la tranche de revenus annuels supérieure à un million d’Euros. Si l’idée en soi est bonne, dans une campagne électorale, cela a un aspect trop technique pour être compris ! Il eut mieux valu insister sur une répartition plus juste de la charge fiscale par quelques slogans bien sentis dans les médias et des explications plus élaborées dans la presse écrite, par exemple. À force de vouloir tout justifier, on crée la méfiance et l’incompréhension.

 

En outre, quelle pensée véhicule le PS ? A force de compromis, on en arrive à habiller dans un discours de gauche, le libéralisme auquel les Socialistes de « gouvernement » se sont ralliés . Le social-libéralisme est la pensée dominante et, forcément, entraîne des ambiguïtés. Ainsi, où est la cohérence entre proclamer au Bourget que le principal adversaire est la finance, et ensuite aller rassurer la City de Londres que l’on restera dans le système de capitalisme financier actuel ?

 

Un autre exemple : Terra nova, le fameux « think-tank » proche de la mouvance libérale du PS, souhaite que le Parti se détourne des couches populaires pour puiser son électorat dans les couches marginales et les fameux « bobos ». Cela est aussi un indice inquiétant de la dérive de cette formation. Le PS n’est plus le parti du monde du travail et il n'est pas non plus celui des classes moyennes.

 

Un autre point faible de la gauche est sa division. Elle est double : la division au sein du PS et celle entre les différentes sensibilités de la constellation de gauche. Quand Sarkozy prétend que le PS a Hollande, mais aurait souhaité DSK, il a raison. Bien que François Hollande ait remporté les « primaires » avec brio montrant ainsi qu’il a une forte base populaire au sein de la gauche, le PS ne s’est pas mis en ordre de marche derrière lui. Sa rivale, Martine Aubry, qui reste la patronne de la rue de Solferino, ne se mobilise guère derrière le candidat désigné.

 

 

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Martine Aubry ne sourit certainement pas à François Hollande.

 

 

Ensuite – et c’est essentiel – il n’y a pas d’accord préalable entre les différentes formations de gauche, comme en 1981. François Mitterrand avait réussi à créer un rapport de forces en sa faveur. Celui-ci n’existe plus aujourd’hui. La tentative de rapprochement avec les écologistes a échoué et le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon  a été laissé de côté. Or, il est fort probable que celui-ci représentera, au terme du premier tour, une force sur laquelle Hollande devra compter.

 

La droite, elle aussi, est divisée, mais Sarkozy a réussi à ramener au bercail les « brebis égarées » comme Borloo, Boutin et Morin. L’UMP est ainsi reconstituée et le kleiner Mann dispose à nouveau de son rouleau compresseur.

 

 

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La marionnette Christine Boutin va mettre son grain d'intégrisme religieux dans le programme de Sarkozy.

 

En dépit des sondages – on peut se demander dans quelle mesure ils ne sont pas manipulés – la droite a toutes les chances de l’emporter le 6 mai prochain. Il reste une seule voie : un accord réel, c’est-à-dire pas seulement de désistement, mais de programme, entre Mélenchon et Hollande, sans cela, je crains fort avoir raison.

 

 

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Jean-Luc Mélenchon, s'il parvient à concrétiser sa popularité, a les clés en main. C'est le dernier espoir...

 

Pierre Verhas

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 23:23

Voici un exemple édifiant de la crise que nous vivons. Voilà où mènent les politiques folles, imbéciles, criminelles d’austérité destinées à tuer l’Etat et avec lui, les peuples.

 

Une ville catalane est amenée à cultiver de la marijuana pour survivre !

 

Donc, pour assurer ses besoins vitaux, autrement dit pour survivre, il n’y a qu’une solution pour certains : cultiver du poison.

 

Si l’humanité existe encore dans quelques générations, qu’en penseront les historiens qui étudieront notre époque ?

 

Ainsi, le capitalisme absolu sera sans doute reconnu comme une des plus grandes plaies de l’histoire humaine.

 

Tout part en fumée : la zone Euro contraint une ville d’Espagne à cultiver de la marijuana (Le Grand Soir)

 

RT

 

Une ville d’Espagne "moribonde" qui souffre d’un chômage massif essaie d’enrayer son déclin économique de la seule manière dont elle dispose : en cultivant de la marijuana. Le fait que l’Espagne en arrive à prendre des mesures aussi désespérées est-il un signe de ce qui attend l’Europe à mesure que la crise s’aggrave ?

 

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Pour survivre, la vie doit partir en fumée...

Culture de marijuana à Rasquera (Catalogne)

 

Blottie aux pieds du Serra De Cardo en Catalogne, Rasquera paraît être un lieu de vie idéal. Mais frappée par la vague de chômage qui a englouti la zone Euro, Rasquera souffre d’un taux de chômage de plus de 20%.

 

Pour essayer de retenir les jeunes de cette petite municipalité, le Conseil Municipal de Rasquera a voté mercredi la location d’un terrain à une association de cannabis de Barcelone pour faire pousser de la marijuana.

 

Le projet "marie-jeanne pour survivre" est pour le moment un cas isolé mais Rasquera pourrait être le symbole du profond malaise qui est en train d’envahir toute l’Européen.

 

Le taux de chômage des 17 membres de la zone Euro atteignait 10,7% en janvier, le plus haut niveau de toute son histoire.

 

Avec plus de 23 millions de chômeurs dans la plus large Union Européenne, on ne peut que s’attendre à encore plus d’austérité.

 

D’autant que l’ombre menaçante d’une faillite grecque plane sur les économies terriblement endettées de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie.

 

Et comme l’Espagne a le taux de chômage le plus élevé de la zone Euro, un taux de 23,3%, on peut se demander s’il faut mieux faire encore des coupes dans les services sociaux à cause du manque d’argent ou s’il faut autoriser les fermiers à faire pousser du hachish pour survivre ?

 

De telles questions montrent que des jours étranges attendent la zone Euro de plus en plus menacée par le spectre de l’effondrement.

 

Pour consulter l’original : http://rt.com/news/spain-town-marijuana-farming-697/

 

Voir aussi le blog de Bernard Gensane (vous pouvez le consulter sur les liens - colonne de gauche)

 

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

 

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 22:50

Ce week-end a vu la concrétisation sur le terrain des ravages de la nouvelle « machine » Europe.

 

Ces ravages s’appellent délocalisations. Les méthodes, elles, relèvent du banditisme pur et simple. Deux exemples concrets : Meister – Sprimont en Wallonie et Air Méditerranée en France.

 

Le groupe Meister est une multinationale d’origine allemande spécialisée dans la fabrication de composants pour automobiles. Il possède des usines en Allemagne, en France, en Tchéquie et en Belgique. Il est installé à Sprimont - Louveigné près de Liège depuis 1983 où est procédé à l’assemblage et au décolletage de systèmes hydrauliques de sécurité et de freinage pour le secteur automobile. Il emploie quelque 104 travailleurs. Depuis quelques semaines, des négociations ont lieu entre la direction et les organisations syndicales suite à la volonté de la maison « mère » de délocaliser l’usine de Sprimont vers la Tchéquie.

 

 

Heil Meister !

 

 

Le climat social est tendu à l’usine Meister Sprimont depuis dix ans : exigences de flexibilité, licenciements sans motifs, rythme de travail insoutenable, séquestration de la direction, etc. Bref, toute la panoplie de la stratégie de la tension entretenue par une direction aux ordres des objectifs de rentabilité insoutenables de la multinationale. On allait vers la délocalisation. En effet, les travailleurs ont appris en Conseil d’entreprise que des importantes commandes qui devaient être effectuées à Sprimont, le seraient en Tchéquie. Des négociations étaient en cours, puis dimanche 26 février, à 14 heures, une milice privée d’une quinzaine de gros bras tout de noir vêtus envahit les locaux de l’entreprise. Ils molestent et expulsent trois travailleurs qui tentaient de les empêcher d’entrer. L’alerte est donnée. La mobilisation est immédiate. Ces « miliciens » avaient pour mission de « récupérer » les pièces produites ces derniers jours et que les travailleurs, qui craignent la fermeture de leur site après l'annonce du transfert à l'étranger d'importantes commandes, n'entendaient pas laisser sortir.

 

 

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 Les gros bras venus d'Allemagne se sont tout permis !

 

Furieux d’être coincés, les soi-disant « vigiles » brisent et fouillent les armoires où les travailleurs déposaient leurs effets personnels. Ils saccagent le réfectoire rendant impossible la vie sociale dans cette entreprise.

 

 

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Le très sympathique führer de la milice

 

La police arrive en force mais refuse d’intervenir et même de procéder à un contrôle d’identité des énergumènes s’étant livrés à des violences, à des dégradations de biens, à une tentative de vol. En plus, ils portaient sur eux des armes prohibées (matraques, battes de base ball et autres « jouets de St Nicolas »). On peut se poser la question sur l’attitude des forces de l’ordre si des travailleurs avaient procédé de la sorte.

 

 

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Des forces de l'ordre fort passives

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la police évacue les « miliciens » hilares, narguant les travailleurs présents. Que sont-ils devenus ? On n’en sait rien. Les travailleurs et beaucoup d’observateurs considèrent que la mollesse des forces de l’ordre est inadmissible. D’autre part, la police de Liège a refusé d’enregistrer les plaintes des travailleurs qui ont été molestés, sous prétexte qu’ils ne se trouvaient pas dans la bonne zone de police !

 

Tout se passe comme si la police et le gouvernement – la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a eu une réaction plus que « modérée » face à cette affaire – voulaient étouffer la question. Le patronat – l’Union wallonne des entreprises – se contente de mettre en parallèle l’intervention de la milice allemande et la séquestration de la direction. Les négociations reprendront mardi, mais dans quel climat ? Les deux grands syndicats (FGTB et CSC) ont déposé plainte et le Parquet a décidé de se saisir de cette affaire. On verra.

 

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Joëlle Milquet s'est montrée plus ferme en d'autres circonstances.

Jamais une telle violence patronale ne s’est manifestée de la sorte en Belgique. Comme l’écrit Véronique De Keyser, députée européenne socialiste de Liège, dans un communiqué de presse : « Ils étaient venus d’Allemagne, vêtus de noirs, cagoulés, armés, prêts à matraquer pour les déloger ces « vingt et cent » qui résistaient alors que le sort en avait été jeté…

Non, ce n’était pas en 1939 mais en 2012 ! Plus précisément hier et à deux pas de chez nous, sur le site de Meister Sprimont, où à la demande de la direction une milice privée est intervenue de façon musclée pour casser la grève et emporter de force du matériel. Des méthodes d’une rare violence aux odeurs nauséabondes de fascisme ! La police de Sprimont n’est pas intervenue et les miliciens sont repartis en Allemagne comme ils étaient venus, sans même être interpellés. »

Prenons garde que les « vingt et cent » ne deviennent bientôt « des milliers ».

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Véronique De Keyser fait la bonne analyse.

L’audace patronale est désormais sans limite. Les autorités qui se sont déjà pliées aux diktats des marchés financiers via une Union européenne gangrénée, ayant renoncé à son idéal de solidarité entre les peuples pour servir les seuls intérêts du capital, ferment les yeux devant les actions illégales, violentes, lâches de fascistes au service d’un patronat sans scrupule. Ces « responsables » ne parviennent à prouver qu’une chose : ils ont peur !

Air Méditerranée avec « sa gueule de pâtre grec »

Meister n’est pas seul. La compagnie aérienne française Air Méditerranée née en 1997, exploitait jusqu'ici une dizaine d'avions en France au départ de Roissy, Lyon, Nantes et Toulouse. Sa filiale grecque, Hermès Airlines, assure des rotations depuis 2011 avec un appareil, mais plusieurs autres appareils doivent passer en 2012 sous le contrôle de Hermès Airlines. Air Méditerranée emploie jusqu'à 500 personnes en haute saison et travaille essentiellement pour les grands tours opérateurs français. Cependant, elle connaît des difficultés. Sa politique de sous-investissement l’a mise sur la liste noire des compagnies aériennes et le « printemps arabe » lui a été un coup dur.

 

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Air Méditerranée préfère faire respirer à ses travailleurs l'air de la Grèce. Merci la troïka !

Air Méditerranée a proposé à son personnel naviguant – pilotes, hôtesses, stewards – de passer sous le régime salarial et social grec, ce qui reviendrait à une réduction globale des rémunérations de 40 %. Concrètement, une hôtesse ou un steward gagnant le SMIC en France se voit proposer un salaire mensuel de 900 euros à Athènes et un commandant de bord payé 6.000 euros empocherait 3.700 euros en Grèce. En effet, une des mesures imposées par la « troîka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI) à la Grèce fut une réduction de tous les salaires de 30 %.

En clair, l’austérité imposée à la Grèce n’est pas perdue pour tout le monde. Voilà des travailleurs français contraints d’accepter de travailler sous le régime social grec. C’est plus fort que Bolkestein !

Meister, Air Méditerranée sont deux faces d’une même politique sociale. Réduire le travailleur à un régime de quasi esclavage en l’entraînant dans la précarité. Les fondations de notre édifice social sont en danger de destruction totale. Véronique De Keyser le dit haut et fort : « Plus que jamais en ces temps difficiles, il faut tendre à l’éveil des consciences et non à leur endormissement sous prétexte de chantage à l’emploi et à la compétition. Crise, délocalisation, salaires toujours plus bas, chômage, pauvreté… notre société est malade et il est incontournable de la repenser autrement. Fini le progrès évalué selon des critères purement économiques et financiers! Notre société a besoin de se refaire une santé en développant son potentiel culturel et intellectuel, en privilégiant l’humain, la solidarité, le bien vivre plutôt qu’un bien-être illusoire. Nous n’avons plus de temps à perdre, ou l’heure sera uniquement à la sur…vie. »

Mais comment ? Il n’y a qu’un mot d’ordre : Résistance !

Les maquis où elle s’exercera ne manquent pas.

Pierre Verhas

 

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