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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 17:45

Nous livrons ici, une fois de plus, l'analyse de Noam Chomsky, l'intellectuel new yorkais détesté par l'establishment "occidentaliste" des deux rives de l'Atlantique. Chomsky se livre au démontage sans complaisance des enjeux géopolitiques de la révolte populaire en Egypte, révolte qui a suivi le renversement du régime Ben Ali (toujours en cours !) en Tunisie. D'autre part, ce mouvement s'étend dans tout le monde arabe, jusqu'en Irak. Selon Chomsky, l'islam radical, l'épouvantail levé par la propagande occidentale, ne sert que de prétexte aux Etats-Unis à soutenir les dictatures arabes. L'objectif, selon Chomsky, est de mettre le monde arabe sous tutelle et c'est pour leur indépendance que les peuples des différents pays arabes luttent.

 

Cette analyse de Chomsky est intéressante, mais, à notre avis, insuffisante. Aussi, la livrons-nous aux de plus en plus nombreux lecteurs du blog "Uranopole". Bientôt, le point de vue d'Uranopole...

 

Pierre Verhas

 

dimanche 6 février 2011
Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les Etats-Unis, mais l’indépendance.


Noam CHOMSKY

 

La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes.

 

 

 

Egypte jeunesse

 

 Le mouvement de la jeunesse du 6 avril est le déclencheur

de la révolte via Internet, avant que le pouvoir ne le bloque. Ce

mouvement est né sur le web après les violentes manifestations

de Mahalla en 2008. Ce n'est ni un mouvement religieux, ni un mouvement

politique. Il est composé de jeunes étudiants qui utilisent la "toile" pour

exprimer leurs opinions. Il comprend quelque 92.000 membres.

 

« Le monde arabe est en feu » annonçait al-Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc fut déclenché par le soulèvement en Tunisie qui renversa le dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Egypte, où les manifestants ont submergé la police brutale du dictateur.

 

Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhail Gorbachev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.

 

La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marco, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles. Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop d’un chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Suleiman, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Suleiman, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.

 

Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-coeur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace est l’indépendance. Les Etats-Unis et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.

 

Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).

 

« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle, » dit Marwan Muasher, un ancien officiel Jordanien et actuellement directeur du centre d’études Middle East research for the Carnegie Endowment. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »

 

On peut ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des Etats-Unis. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent se révéler nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.

 

Le mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un état policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits de l’homme », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des Etats-Unis, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par Wikileaks.

 

Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de Wikileaks) devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des Etats-Unis que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).

 

« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange, » peut-on lire dans un titre du Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des Etats-Unis apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des Etats-Unis sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »

De ce point de vue, Wikileaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.

 

Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à-coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires : Israël (de manière constante) ; deux dictatures du Moyen-orient, l’Egypte et la Jordanie ; et la Colombie qui détient le record en matière d’atteintes aux droits de l’homme et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US sur le continent (américain - NdT).

 

La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des Etats-Unis contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomksy, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formattage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]

 

Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de Brookings Institution rendu public au mois d’août, certains Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux pour qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. Par contraste, les Arabes qui considèrent que ce sont les Etats-Unis et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.

 

L’opinion publique arabe est si hostile à la politique américaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.

 

D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »

 

L’ambassade a conclu qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’état illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’état et en ignorant les atrocités qui ont suivi.

 

La révélation la plus remarquable de Wikileaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.

 

Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’état pakistanais » et celui du cauchemar absolu : que les armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.

 

Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington avance à pas décidés vers un désastre.

 

Noam Chomsky

(traduction VD pour le Grand Soir, avec probablement les fautes et coquilles habituelles)

SOURCE : http://www.guardian.co.uk/commentis...

 

Rubrique : De mal empire  Thèmes :  Démocratie | Etats-Unis | Moyen orient

http://www.legrandsoir.info/Ce-n-est-pas-l-Islam-radical-qui-preoccupe-les-Etats-Unis-mais-l-independance.html
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 13:31

Le satellite Kepler vient de battre son record de transits planétaires multiples. La Nasa vient en effet d’annoncer que six exoplanètes transitaient périodiquement devant l’étoile Kepler 11. Ce nouveau système planétaire, qui surprend les astrophysiciens, est peut-être rare dans la Galaxie. Kepler a aussi repéré un nombre considérable d'exoplanètes, ou du moins de candidates (plus de 1.200 !). Nous reviendrons dans la journée sur cet événement.

L’année dernière, les chercheurs de la mission Kepler de la Nasa avaient annoncé avoir découvert le premier transit planétaire multiple. Au moins deux exoplanètes tournaient autour de Kepler 9. Le satellite Kepler exploite la méthode du transit planétaire et ses découvertes doivent souvent être confirmées au sol par la méthode des vitesses radiales.

Simultanément à l’annonce de la découverte d’un nombre important de candidates au statut d'exoTerre installées dans la zone d’habitabilité (ce qui représente des implications potentielles fortes pour Seti), la Nasa annonce aujourd’hui dans une vidéo que Kepler a battu le record de Kepler 9.

Ce sont ainsi six exoplanètes en orbite autour de Kepler 11, une naine jaune similaire au Soleil, située à environ 2.000 années-lumière dans la constellation du Cygne.


La découverte a fait l’objet d’une publication dans Nature mais l’article est également en accès libre sur arXiv et l'observation revêt une importance certaine. Ce système planétaire, en effet, étonne par ses caractéristiques défiant les prévisions des astrophysiciens spécialisés dans la cosmogonie des systèmes planétaires.

 

Un système d'exoplanètes très compact

Les six exoplanètes sont parmi les plus petites découvertes à ce jour et elles sont formées de roches (constituant l’essentiel de la masse) et de gaz (représentant l’essentiel du volume). Certaines possèdent peut-être de l’eau. La plus grande est comparable en taille à Neptune et Uranus.

Le plus surprenant est que toutes ces exoplanètes de tailles supérieures à la Terre orbitent presque dans le même plan et très près de leur étoile. Si on compare à notre Système solaire, la plus éloignée (Kepler g) est installée à moins de la moitié de la distance de la Terre au Soleil et les cinq autres ont des orbites plus petites que celle de Mercure. Cela ne s'était jamais vu...

 

kepler 11 


Une comparaison entre le système planétaire de Kepler 11 et le Système solaire.0 (© Nasa/Tim Pyle) On s'aperçoit que toutes les planètes du système Kepler 11 à l'exception d'une sont dans une orbite inférieures à celle de Mercure, dans le Systèmes solaires. Elles sont fort proches de l'étoile et doivent avoir une température très élevée.

 

Kepler_11_1.jpg 

 

Une comparaison des tailles des exoplanètes découvertes par Kepler. (© Nasa/Wendy Stenzel) - Pour rappel : 1 R E = 1 Rayon terrestre (environ 6.000 km), les planètes plus volumineuses que Jupiter (qui ne font pas partie du système Kepler 11) sont appelées de "Jupiter chaud".


La découverte est porteuse d’informations sur la formation des systèmes planétaires, en particulier sur les événements se déroulant dans les disques protoplanétaires. On sait en effet que les disques riches en poussières et en gaz ne subsistent que quelques millions d’années autour d’une jeune étoile, comme le montrent les observations.

 

Un cas extrême dans la Voie lactée ?

Comme Kepler 11d, Kepler 11e et Kepler 11f, bien que la roche constitue une part importante de leur masse, possèdent aussi une quantité importante de gaz légers. Elles ont dû se former en quelques millions d’années tout au plus, ce qui impose une contrainte de temps importante pour préciser les mécanismes dynamiques conduisant par accrétion à la formation des planètes d'un disque.

Pour les chercheurs, le fait que l'on connaisse peu d’étoiles présentant un transit planétaire multiple indique que ce cas de figure est probablement rare dans notre galaxie. De plus, le système de Kepler 11 est particulièrement compact. Certainement moins de 1 % des étoiles possèdent un système de ce genre, mais pour l’instant, les astrophysiciens sont incapables de dire si cette proportion est d'un sur mille ou même un sur un million.

 

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
http://www.astrosurf.com/apex-occult/
Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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J'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit
I too much liked stars to be afraid of the night

 
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:10

 

Tunisie : la révolution en cours

 

Ben Ali exilé (avec 1,5 tonne d’or emportés par son épouse qui était sans doute le véritable patron de ce qui était devenu sous le joug du clan Ben Ali – Trabelsi, la Tunisie SA. Aujourd’hui, cette société en faillite est en voie de dissolution. Il est rassurant que la Résistance populaire reste toujours mobilisée afin de ne pas se laisser manipuler par la constitution d’un gouvernement fantoche dirigé par des « anciens » du régime, dont le Premier ministre Ghannouchi qui fut le sbire de Ben Ali depuis sa prise de pouvoir en 1987. Il est intéressant de voir que le syndicat unique, l’UGTT (Union Générale des Travailleurs de Tunisie) qui était à la solde du pouvoir, est devenu la seule force politique d’opposition organisée. Il est inquiétant de voir que l’armée est la seule à même de rétablir l’ordre, après les troubles qui ont suivi la fuite du dictateur. D’un côté, elle a pu supplanter la police, corps gangréné qui était au seul service du régime, et neutraliser les milices restées à la solde des sbires de Ben Ali. De l’autre, on ignore quelles sont les intentions des militaires. Y aura-t-il un pouvoir politique à même de la faire rentrer dans les casernes quand l’ordre sera tout à fait rétabli et qu’un corps de police au service du peuple et de la démocratie sera constitué.

 

manif_Tunis_contre_gouvernement.jpg

 

Manifestation de 19 janvier à Tunis : la vigilance du

peuple ne faiblit pas !

 

Voilà une série de questions dont nous aurons la réponse dans les jours et dans les semaines qui viennent.

 

Et ailleurs ?

 

 

En plus, que se passe-t-il en Algérie et au Maroc ? Comment réagissent les pays de l’Union européenne et l’Union elle-même face à ces événements qui secouent tout le Maghreb ?

 

De Tunisie, la contestation a gagné l’Algérie voisine, puis le Maroc : quand Tunis éternue, c’est le Maghreb qui s’enrhume !

 

Algerie_Tunisie_emeutes.jpg

 

On parle de "contagion" : la contestation s'étend comme

une traînée de poudre à travers tout le Maghreb.

 

maroc-police-1-.jpg 

 

N'oublions pas le Maroc où la police royale se montre

particulièrement violente et... lâche.

 

Depuis plusieurs jours, Alger et plusieurs grandes villes sont en proie à un soulèvement populaire sans équivalent depuis les émeutes de la faim de 1988 : les jeunes, surtout, mais aussi la classe moyenne, ruinée par la crise économique et la hausse spectaculaire du prix des produits de première nécessité, ont envahi les rues de la capitale. Aux dernières nouvelles, le président Bouteflika aurait provisoirement quitté Alger, où des troupes de jeunes gens armés de sabres, de machettes et de couteaux ont pris le contrôle de certains quartiers. Les grands rassemblements prévus, tels les matchs de football, ont été supprimés.

 

La minorité nantie, qui met depuis des années le pays en coupe réglée, s’inquiète de l’évolution d’un mouvement social qui est en train de lui échapper.

 

Après tout, la situation des jeunes est la même dans tous les pays du Maghreb et aussi dans les autres pays arabes. D’ailleurs, les dictateurs ont peur de la « tache d’huile » : en Libye, un blocage des prix des denrées de base – lait, sucre, céréales – a été décrété, de même qu’en Egypte où il y a des affrontements interreligieux en sus.

  

En Algérie, comme en Tunisie, la frustration des jeunes est énorme : non seulement, il y a la disette sur le plan matériel, mais il y a aussi la déconnexion entre la vie politique et économique de leur pays et les jeunes qui s’en sentent exclus. Il y a une différence, cependant. Si, en Tunisie, le mouvement porte surtout sur la disette, en Algérie, c’est avant tout une protestation contre la vie chère qui traduit un sentiment de gaspillage des richesses du pays et que les citoyens n’en bénéficient pas. L’Algérie est un important exportateur pétrolier et cette manne (le baril est à près de 100 dollars !) n’est en rien redistribuée au peuple ou en rien consacrée à des investissements sociaux et économiques à même de procurer des emplois et de produire des logements décents. « Plus rien ne va nous retenir cette fois-ci. La vie est devenue trop chère et la disette menace nos familles alors que les apparatchiks détournent des milliards et s’enrichissent sur notre dos. » déclare un jeune manifestant algérien au quotidien El Watan.

 

L’Algérie connaît aussi une importante économie parallèle qui prive l’Etat de recettes fiscales et le gouvernement est incapable de juguler ce phénomène qui est à l’origine de la brusque flambée des prix et des mouvements violents de protestations. Le marché noir représente environ 6 milliards d’Euros. Tout cela est bien entendu source de spéculations. IL finit par représenter près de 40 % de l’activité commerciale ! Le gouvernement a décidé d’obliger les grossistes à faire usage de chèques pour les transactions importantes, pour éradiquer ce commerce illégal. Anticipant l’arrivée des impôts, les grossistes ont donc décidé de fortement augmenter les prix des denrées de base. Ce fut le détonateur des émeutes. L’analyse d’ El Watan – pourtant considéré comme proche du pouvoir – , dans son édition du 10 janvier, est édifiante : « A première vue, le recentrage de la politique d’approvisionnement du marché des produits de consommation sur l’objectif primordial d’incitation au renforcement de la production locale pour réduire la facture des importations ayant atteint le pic alarmant des 8 milliards de dollars en 2008, n’est pas moins logique ni irrationnel. Continuant sur sa lancée et animé par cette volonté de « patriotisme économique », le gouvernement persistera dans ce durcissement avec le rétablissement à compter du 1er janvier 2011 des droits de douanes sur plus d’une trentaine de produits importés de l’Union européenne « suite à la décision prise par les pouvoirs publics portant gel des préférences tarifaires pour les produits agricoles, objet de la requête algérienne auprès de la commission européenne », tel que précisé par un document du ministère des Finances. Le sucre figure en tête des produits en question. En parallèle, de nouvelles taxes, dont la TVA, sont en voie d’application par les grossistes dans la perspective de se conformer à l’entrée en vigueur, à la fin mars prochain, de l’obligation du paiement par chèque des transactions de plus de 500 000 DA (On compte 10 Dinar algériens pour 1,5 Euros). Cependant, cette succession de mesures intervient dans une conjoncture mondiale marquée par la reprise de la hausse des cours des matières premières agricoles sur le marché international. »

 

Algerie_commerce.jpg

 

Les grossistes font la loi dans le commerce. Une vraie

mafia en liaison étroite avec le pouvoir.

 

 

Le quotidien ajoute : « C’est là donc la jonction de facteurs qui ne peuvent conduire qu’à une hausse sensible des prix des produits de large consommation. Laquelle flambée qui s’est vite répercutée sur le pouvoir d’achat des ménages avec des prix de certains produits qui ont connu des augmentations spontanées de 20 à 25%, à l’image du sucre qui a atteint les 150 DA/kg en l’espace de quelques jours. La tension s’est élargie à d’autres produits, comme le pain, dont la régularité dans l’approvisionnement est désormais incertaine avec des perturbations qui affectent la disponibilité de la farine boulangère. »

  

L’auteur de l’article, Mohamed Naili conclut : « Il n’est pas judicieux, en effet, de verrouiller d’une façon drastique les portes devant les importations avant de s’assurer de l’existence d’une production nationale en mesure de répondre à la demande nationale, tous produits confondus. Pire encore, en l’absence d’instruments efficaces de contrôle et la prolifération des circuits informels qui canalisent à présent jusqu’à 40% de l’activité économique du pays, selon des statistiques officielles, la spéculation a pris des dimensions démesurées à tel point que des pénuries et des flambées sont provoquées sans que le gouvernement ne soit en mesure de détecter leur origine ou de maîtriser leur ampleur. » Ajoutons que le gouvernement a laissé faire cette économie parallèle et certains de ses membres sont soupçonnés en avoir largement profité. 

  

Au 8 janvier, les troubles ont fait cinq morts et 800 blessés. En réponse, le  gouvernement décide de suspendre l’obligation des paiements par chèques. En réalité, le Premier ministre n’a pas répondu aux revendications des manifestants, mais « L'Etat a cédé à la pression quasi-mafieuse des détenteurs des voies marchandes informelles », selon l'universitaire Belkacen Boukherouf cité par El Watan. « En prenant la voie de la facilité pour ramener rapidement le calme (...) le gouvernement (...) a pris une mesure dangereuse qui légalise l'informel ». Donc, le pouvoir cède à un système mafieux, ce qui ne peut qu’accentuer la révolte du peuple algérien. Les contestations les plus fortes ont eu lieu à Bab El Oued, le quartier populaire d’Alger qui fut, pendant la guerre coloniale, le fief du FLN, que les paras français combattirent par la torture. Tout un symbole !

 

manif_alger_bab-el-oued.jpg

 

A Alger, dans le quartier de Bab el Oued, une vieille

tradition de luttes.

  

Ali Chibani, dans l’édition électronique du « Monde diplomatique » du 13 janvier, écrit : « L’exécutif pose donc un pansement sur le front d’un corps social enfiévré… « On avait espéré que la rue soit écoutée, au lieu de cela 1200 jeunes ont déjà été arrêtés, déplore Mustapha Bouchachi. Beaucoup d’entre eux ont subi des violences policières et sont incarcérés. » Le président de la Ligue algérienne des droits humains (LADDH) craint que les manifestations de ce début d’année ne se reproduisent ; selon lui, le pouvoir doit lever l’état d’urgence instauré en 1992, dont le maintien « ne vise plus les intégristes mais la société civile ».

 

Algerie-revolte

 

Partout, comme ici à Alger, les mêmes images de jeunes en lutte et de

répression policière.



Au moment où les étudiants, les syndicats et les partis d’opposition s’organisent pour poursuivre le mouvement de manière pacifique, les autorités publiques sont accusées d’empêcher l’accès au réseau social Facebook. A une société assoiffée de liberté, l’Etat n’a que des verrous à offrir… »



Comme pour la Tunisie, dictature et néolibéralisme forment un couple uni ! Mais, dans une moindre mesure que la Tunisie, le pouvoir algérien actuel est ébranlé par ce mouvement populaire. Et en Algérie, il existe une alternative démocratique et populaire autre que les Islamistes.



Quant au Maroc, si la contestation s’exprime de manière moins massive et semble même affaiblie, plusieurs manifestations eurent lieu : la richesse du pouvoir royal, les palais immenses qui narguent, à travers tout le pays, la misère du peuple entassé dans la précarité des médinas, font depuis longtemps l’objet d’un mécontentement latent qui, à tout moment, pourrait donner lieu à une explosion de colère.

Dans ce pays, l’opposition semble mieux organisée, par une élite politique bien structurée ; et la révolte pourrait ressurgir rapidement, à l’instar de celles qui secouent ses voisins immédiats. Toutefois, la police a reçu l’ordre de disperser les manifestations naissantes, notamment celles qui ont lieu en soutien aux insurgés tunisiens.

 

La « courageuse » et « lucide » Europe

 

Et l’Europe dans tout cela ?

 

Souvenons-nous. Sarkozy avait, au début de son mandat, lancé cette idée apparemment séduisante de l’Union de la Méditerranée. Il voulait étendre le processus de Barcelone où avait été élaboré un accord de coopération économique entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens. Cette initiative a capoté au départ, car Sarkozy n’a pas tenu compte de la situation réelle des pays d’Afrique du Nord et s’est montré par trop timide à l’égard des Palestiniens et surtout, les participants arabes craignirent une résurgence néocoloniale.

 

sarkozy_ben_ali_2008.png

 

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni avec Ben Ali : une

amitié durable, le temps de la "splendeur" du dictateur

 

Les dirigeants de nos vieilles démocraties vivent dans le passé et s’abritent derrière leurs vieux réflexes. Ils n’ont toujours pas pris la mesure des nouveaux moyens de communication qui mettent à la portée de chaque internaute toutes les informations disponibles, sauf à en censurer l’accès. D’où leurs tentatives pour imposer le silence à certains sites comme Wikileaks, sous prétexte que le peuple ne doit pas tout savoir des manigances d’Etat parce qu’il ne serait pas à même de tout comprendre. Pratique qui ne manque pas dans ces régimes despotiques avec lesquels l’Union européenne continue à commercer. Il est donc lamentable de les entendre nous mentir encore de manière éhontée, pensant nous rassurer par leurs propos, alors que leurs impostures ne font qu’alimenter le dégoût et le mépris, quand ce n’est pas la haine chez les plus jeunes. Ils n’ont décidément rien compris…

 

Il aurait fallu, au contraire, aider les Etats du Maghreb à relancer l’Union pour le Maghreb arabe, sorte de marché commun entre les pays d’Afrique du Nord, hormis l’Egypte qui fut fondé en 1989. Cette Union est bloquée à cause du conflit au Sahara occidental qui oppose le Maroc et l’Algérie dont la victime est le peuple Sahraoui qui demande, depuis près de quarante ans, son autodétermination.

 

Ce blocage a de graves conséquences. Il a un coût social et économique considérable pour ces pays. Le « coût du non – Maghreb » concerne des secteurs essentiels comme l’énergie, les banques, les transports, l’agroalimentaire, l’éducation, la culture, le tourisme. Le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde ! Les conséquences en sont catastrophiques. Les frontières fermées coûtent à ces pays la perte de deux points de croissance. Et des milliers de jeunes vivent dans la précarité tandis que les plus audacieux s’en vont chercher en Europe, souvent au péril de leur vie, une existence qu’ils croient meilleure et plus active.  

 

catherine_Ashton.jpg

Catherine Ashton, responsable des Affaires étrangères de

l'Union européenne : sait-elle s'il se passe quelque-chose au Maghreb ? 

Faiblesse d’une Union européenne évanescente, complicité à peine voilée avec des dictatures sanguinaires et déclinantes, il ne faudra pas pleurer si l’Europe se voit un jour méprisée par les peuples du monde entier. Michel Camau, dans « Le Monde » de mercredi 19 janvier, écrit : « Si l'Europe désire se montrer solidaire de cette difficile et périlleuse entreprise, elle ne pourra s'en tenir seulement à la proposition d'aides, fût-ce pour la tenue d'élections. C'est toute sa stratégie de voisinage avec les pays tiers méditerranéens qui devra être reconsidérée. Il lui appartient de tirer la leçon du janvier tunisien, cette onde de choc au sein d'une zone de proximité traitée jusqu'à présent comme le limes de l'espace démocratique européen. Ce n'est pas dans le confinement de fortifications que la démocratie pourra advenir en Tunisie ni, a fortiori, chez ses voisins. "La démocratisation en Europe, disait Nietzsche, est en même temps et sans qu'on le veuille, une école de tyrans." Détournons la formule en fonction de notre actualité et de nos convictions démocratiques ; elle offre matière à réflexion pour "nous autres "bons Européens"" dans nos relations avec la rive sud de la Méditerranée. »

 

Rien à ajouter, Votre Honneur.

 

 

Pierre Verhas

 

Bientôt : dernier volet, l’Islande

 

 

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 21:06

 

Assistons-nous aux premiers rapports de force entre les peuples et les élites mondialisées ? Les mouvements en Tunisie, en Algérie, et, c’est moins connu, en Islande semblent le confirmer.

 

Le Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc) combinent des pouvoirs « forts » - le pouvoir policier de Ben Ali à Tunis, le pouvoir militaire nationaliste de Bouteflika à Alger et le pouvoir royaliste quasi féodal de Mohammed VI à Rabat – et des politiques néo-libérales dures. L’Islande, c’est différent, c’est une démocratie exercée par le peuple qui a renversé le gouvernement et nationalisé les banques qui avaient ruiné ce pays.

 

Néanmoins, il y a un point commun entre ces quatre pays : un rejet radical des politiques ultra-libérales. La dictature des banques dans un petit pays, entretint l’illusion à une population islandaise mal renseignée d’un enrichissement rapide. Les pouvoirs totalitaires au Maghreb ont imposé un régime économique délaissant le peuple au profit d’une minorité qui contrôle tous les instruments du pouvoir et qui possède plus de 90 % de la richesse.

 

1. Tunisie : la révolte des « diplômés – chômeurs ».

 

C’est pendant la deuxième quinzaine du mois de décembre 2010 que des troubles ont éclaté en Tunisie. Il s’agissait au départ de protester contre une brutale hausse des prix et une pénurie des produits de base et surtout se révolta contre la hogra (mépris) de l’élite à l’égard du peuple. C’est ainsi que, progressivement, est apparu  le mot d’ordre de ce mouvement : liberté, travail, dignité.

 

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Une colère qui n'est pas prête de s'arrêter.

 

La contestation fut au départ limitée, à en croire les médias locaux placés sous le contrôle du pouvoir. Ben Ali déclara qu’il comprenait la « montée de colère » tout en exprimant de « la compassion et de la fermeté » selon un hebdo muselé. Les choses prirent une tournure dramatique le 17 décembre à Sidi Bouzid (ville du centre-ouest de la Tunisie à quelque 265 km de Tunis) : Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé qui vivotait du commerce ambulant, s’est immolé par le feu. Transporté à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous, il décéda le 4 janvier 2011. Entre temps, Ben Ali eut l’indécence de lui rendre une visite médiatisée le 28 décembre. Le héros Bouazizi est le symbole de la jeunesse tunisienne délaissée : celle des « diplômés – chômeurs », des jeune qualifiés après de longues et très chères études, qui sont contraints à des travaux précaires pour survivre ! Ce sont ces jeunes qui descendent dans la rue, prêts à se sacrifier pour assurer à d’autres un avenir meilleur.

 

ben-ali_indecence.jpg

 

Ben Ali eut l'indécence de se rendre le 28 décembre

au chevet de Mohamed Bouazizi qui s'était immolé par le feu.

Il  décédera le 7 janvier.

 

Et cela n’est pas nouveau. Depuis 2008, la Tunisie vit au rythme des mouvements sociaux d'une intensité sans équivalent au Maghreb, qui agitent en particulier le sud du pays, et les environs de Gafsa, une région minière où plus de la moitié des habitants ne trouvent pas de travail.  La révolte populaire du bassin minier Gafsa est une grève générale de plus d'un an et demi dans toute la région sud de la Tunisie, qui n'en peut plus d'être marginalisée par le régime en place. Sous-médiatisée par la presse internationale, ce mouvement n'en a pas moins eu des conséquences dramatiques, lorsqu'à la mi-2008, l'armée intervint à Redeyef, petite ville de la région, pour réprimer une manifestation, tuant au passage un jeune homme âgé de 25 ans. Par la suite, plusieurs dizaines de militants et syndicalistes ont été condamnés à des peines de prison ferme, simplement pour avoir informé de ce qui se passait à Gafsa.

 

 carte-des-manifestations-en-tunisie.jpg

 

 

Carte des manifestations en Tunisie : pour la première fois,

le mouvement de révolte s'étend dans tout le pays.

 

Néo-libéralisme et totalitarisme forment un couple bien uni. La politique économique est axée avant tout sur l’exportation et le tourisme. Il y a la Tunisie des plages et des clubs de vacances, d’où le peuple est tenu éloigné. Il y a la Tunisie du «miracle économique tunisien», comme on disait dans les années 1990, pour désigner une économie tunisienne dopée par le textile off shore et la délocalisation des centres d'appels. Et cette « nouvelle » économie est appréciée dans les plus hautes sphères internationales : «  En Tunisie, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. »  Qui a prononcé cet éloge ? Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI… Il y a la Tunisie de la réalité sociale, celle d'un pays qui coule, sous le joug d'une famille toute puissante, qui organise sans se cacher la succession d'un président malade, au pouvoir depuis 1987.

 

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Dominique Strauss-Kahn, en expert, apprécie le

régime politique et économique de la Tunisie.

 

Il y a cette Tunisie d’un pouvoir politique aux mains d’une seule famille depuis 1987 et qui a pour instrument la police. En dehors de l'armée, entre 80.000 et 120.000 personnes, sont employées par l'Etat tunisien pour assurer le contrôle de la population. Un habitant sur 100 ! Grâce à ces «fonctionnaires de la répression», l'Etat tunisien dispose toujours d'une formidable machine à collecter des informations, et peut s'en servir contre les opposants au régime. La moindre réunion publique continue d'être étroitement encadrée par la police locale. Et il n'y a aujourd'hui aucun moyen de savoir comment cet appareil répressif réagira à la déstabilisation d'un régime qui l'a créé, et qui le nourrit. Ainsi, Ben Ali, par la traque de ses opposants a réussi à les affaiblir. Il y eut d’abord le parti islamiste Nahda dont il fit emprisonner et torturer tous les dirigeants, avec les félicitations de « l’Occident » pour son efficace lutte « contre le terrorisme ». Ensuite, Ben Ali s’attaqua aux partis démocratiques, en traquant les membres des petits partis des notables locaux et puis en s’attaquant au Parti communiste. Ben Ali est parvenu à vider l'espace politique tunisien de toute organisation partisane crédible. Cela a non seulement aidé à la longévité du régime, mais cette quasi disparition des partis politiques, rend difficile une alternance.

 

Sur le plan syndical, il y a un syndicat unique : l’UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens). Cette organisation est inféodée au pouvoir et même si elle soutient le mouvement populaire du bout des lèvres, ne contribuera sans doute pas, à moins d’un revirement fondamental, à renverser ben Ali, sa famille et ses sbires. Cependant, cette belle unité syndicale s’effrite. Deux centrales, celle des PTT et celle de l’enseignement supérieur sont rentrées en dissidence et veulent réunir un congrès de l’UGTT pour décréter une grève générale.

 

Quant à l’armée, elle joue un rôle secondaire dans la société tunisienne, contrairement aux autres Etats du Maghreb. Comme il n’y a pas de contentieux entre la Tunisie et ses deux voisins, l’Algérie et la Lybie, les moyens de l’armée ont été considérablement diminués. De plus, Ben Ali ne souhaite pas voir s’installer un « concurrent » à sa chère police. Comme le disait un jeune manifestant : « Ben Ali n’est pas le président de la Tunisie, c’est le chef des flics ! ». Cela dit, l’armée montre des signes de réticences à participer à la répression. Des soldats ont refusé de tirer sur les manifestants et devant le tribunal de Kasserine, au centre du pays, un des hauts lieux de la contestation,  lundi 10 janvier, en début d'après-midi, une petite dizaine de soldats montaient la garde, autant pour prévenir d'éventuels troubles en son sein que pour protéger les avocats, comme le rapportent plusieurs témoins.

 

Les avocats sont, après les jeunes, le fer de lance du mouvement. En effet, les avocats tunisiens, parmi les premiers à se mobiliser et à subir intimidations et enlèvements, travaillent actuellement à réunir un dossier suffisamment solide pour porter plainte devant la Cour pénale internationale.

 

manif_Tunis_avocats-copie-1.jpg

 

Manifestation des avocats : ils veulent la fin de la

dictature de Ben Ali.

 

Cela bouge aussi au Parlement. L'Union démocratique unioniste (UDU, opposition légale, huit sièges au Parlement) a appelé à une action «urgente» du président tunisien et exigé l'«arrêt immédiat» de tirs à balles réelles contre les civils. Ce parti proche du pouvoir «condamne les tirs à balles réelles et exige l'arrêt immédiat de l'usage des armes à l'encontre des citoyens». Il demande en outre au président d'intervenir «d'urgence pour assainir le climat, rétablir la confiance et restaurer le calme», exigeant le jugement de «toute personne ayant ordonné l'usage des armes afin d'éviter au pays le risque d'interventions étrangères dans ses affaires nationales». Dans le texte signé par son secrétaire général Ahmed Inoubli, l'UDU réitère son «alignement et appui aux revendications légitimes et à leur expression par des moyens pacifiques», tout en rejetant les atteintes aux biens publics et privés.

 

manif_Tunis_27_12.jpg

 

Manifestation en Tunisie : des revendications pour

remplir des besoins vitaux.

 

Cela commence à faire beaucoup ! Le régime vacille. Ben Ali est intervenu deux fois à la Télévision. Il manie la carotte et le bâton. La carotte, c’est la promesse de 300.000 emplois ! Le patronat tunisien en avait promis, samedi 8 janvier, la création de 50.000 emplois… Il y a comme un hyatus ! Quant au bâton, c’est bien entendu une répression renforcée.  Personne ne croit à ces promesses, mais elles sont le signe d’un pouvoir aux abois. Pourtant, la longue répression des forces politiques hostiles à la dictature de Ben Ali a provoqué un vide politique. Il n’existe pas de structure à même de renverser le pouvoir actuel et de s’installer à sa place. «Notre gros problème, c'est l'absence de perspective politique, indique toutefois Nizar Amami, l'un des responsables de la branche des PTT de l'UGTT, Aucun parti n'émerge, le parti démocrate progressiste (PDP, opposition légale) est trop faible. L'UGTT vient se substituer à l'opposition pour lancer des mots d'ordre, des actions de solidarité, mais pour le projet... Reste que le régime est vraiment déstabilisé, et que l'on a jamais vu ça. Depuis le début, les slogans des manifestants sont dirigés contre Ben Ali et sa famille (en l'occurrence, le clan de sa femme, Leila Trabelsi), dont les gens ne veulent plus. C'est pour ça que la police tue, parce que les dirigeants ont peur. Les signaux envoyés par l'armée, dans ce contexte, c'est très important. À nous maintenant de faire notre boulot pour compenser la faiblesse de l'opposition politique.» (Interview recueillie par le site « Mediapart »).

 

Ben_ali_TV_10-janvier.jpg

 

Ben Ali à la Télévision tunisienne le 10 janvier : la

carotte et le bâton. Le 13 janvier : il promet de partir

en 2014, il ordonne à la police de ne plus utiliser de

balles réelles, il ordonne la baisse des prix des produits de

base et promet le pluralisme politique. Parole, parole...

 

Oui, il y a du boulot ! Mais le sang continuera à couler s’il n’y a pas un changement significatif dans les plus brefs délais. Selon le quotidien arabe Al Hayat publié à Londres, trois scénarios sont possibles. Le premier : Ben Ali et son entourage veulent à tout prix rester au pouvoir. C’est le cycle provocation – répression. La crise économique s’amplifierait à la suite du recul du tourisme et des investissements domestiques et internationaux, et alimenterait par conséquent la crise sociale. Ainsi, la Tunisie, paradoxalement, pourrait constituer l'étincelle qui embrasera le monde arabe en plus d'un endroit.

Deuxième scénario : Un coup d'Etat militaire et policier dirigé de l'intérieur et de l'extérieur, sacrifiant Ben Ali et sa famille afin de préserver le régime et de poursuivre la même politique, avec certes un peu moins de violence. Il serait porté par un homme « providentiel »qui tiendrait le même discours que Ben Ali. Or les Tunisiens n’accepteront plus les promesses.

Troisième hypothèse : Un changement qui viendrait de l'intérieur du régime, dirigé par des hommes qui ne jouent pas le même vieux jeu que Ben Ali, mais comprennent que les choses ont changé et acceptent d'instaurer un gouvernement d'union nationale avec les forces représentatives. Sa tâche consisterait à mettre un terme à l'état d'urgence non déclaré dans lequel le pays vit depuis 1991, d'apurer le climat par une amnistie générale et de préparer des élections présidentielle et législatives libres et transparentes dans des délais courts.

 

Eh bien ! Aucune de ces trois hypothèses ne tient la route, car elles oublient un élément essentiel : le peuple. Sans la participation du peuple, rien n’ira. Il est vrai que le propriétaire d’Al Hayat est un prince saoudien… Les dirigeants – affairistes du monde arabe prendraient-ils peur ?

 

En tout cas, la contestation s'étend. Elle atteint la capitale Tunis où les autorités ont décrété le couvre-feu. Le clan Ben Ali commence à paniquer. Ce 13 janvier, Ben Ali s'est adressé une fois de plus aux Tunisiens via la TV. Ce n'est que la troisième en quinze jours ! Il annonce qu'il ne se représentera plus en 2014 - la belle affaire, il vient d'être réélu -, qu'il a ordonné à la police de ne pas tirer à balles réelles sur les manifestants - Aurait-il peur de devoir rendre des comptes à une Cour pénale internationale ? -, enfin, il a demandé une baisse du prix des denrées de première nécessité. Cela sera la troisième... Ben Ali a également promis la liberté d'expression dans les médias et le pluralisme politique.  Chiche !

 

S'il croit que le mouvement s'étouffera avec ses belles promesses, il se trompe lourdement. Le peuple tunisien n'accepte plus les promesses. Ben Ali et son clan doivent partir. Mais est-il possible d'instaurer un pouvoir réellement démocratique et social à sa place ? C'est toute la question.

 

Pierre Verhas

 

Demain : n° 2 l’Algérie, le Maroc et… l’Europe

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 21:02

Les astronomes se demandent depuis longtemps ce qui peut chauffer la couronne solaire. Une étude menée à l'aide de deux observatoires solaires spatiaux semble prouver que cette chaleur est transférée de l'intérieur du Soleil vers la couronne par de petits jets de plasma, les spicules.

Lorsqu'on admire une éclipse totale de Soleil, on remarque tout autour de notre étoile masquée par la Lune une grande auréole lumineuse, la couronne solaire. Bien que la surface du Soleil, la photosphère, soit à une température d'environ 6.000 K, la couronne solaire pourtant plus éloignée est beaucoup plus chaude, entre 1 et 3 millions de kelvins. Cette anomalie est l'un des grands axes de la recherche en physique solaire depuis les années 1930, époque où l'astronome Bernard Lyot, assisté d'Audouin Dollfus, a mis au point le coronographe, une ingénieuse lunette permettant de simuler des éclipses totales et d'observer les régions périphériques du Soleil.

 

Pour tenter de comprendre l'énigme du chauffage de la couronne solaire, une équipe de chercheurs du LMSAL (Lockheed Martin Solar and Astrophysics Laboratory) a utilisé les données fournies par deux satellites solaires. Le premier, Hinode, est un observatoire japonais en orbite depuis la fin de l'année 2006. Le second, SDO (Solar Dynamics Observatory), a été lancé début 2010 par la Nasa. Tous deux permettent de suivre l'activité solaire à haute résolution, en scrutant des petites parcelles de la surface de notre étoile.

 

couronne_solaire01.jpg


Les spicules vues par SDO. Elles pourraient servir à transporter le plasma solaire dans la couronne. © Nasa


Les spicules, tubes de chauffage

On connaît depuis longtemps l'existence à la surface du Soleil des spicules, de longs tubes formés par l'intense champ magnétique solaire dans lesquels circule très rapidement du plasma. Les spicules sont particulièrement actives autour des taches solaires. Au cours de leur brève durée de vie (quelques minutes) elles se soulèvent puis retombent sur le Soleil.

Personne n'avait imaginé que ces spicules puissent avoir un effet de chauffage appréciable de la couronne solaire. Mais en 2007 l'équipe du LMSAL a découvert une nouvelle variété de spicules très chaudes et se déplaçant verticalement à plus de 100 kilomètres à la seconde. Les images haute résolution de Hinode et SDO ont montré depuis les connexions qui s'établissent entre ces spicules et la couronne solaire, une découverte rapportée dans le dernier numéro de la revue Science. Selon l'article publié par les chercheurs du LMSAL, les spicules sont accélérées verticalement dans la couronne solaire et viennent y déverser leur plasma brûlant telles des fontaines.

Il faudra attendre 2012 et la mise en service d'une autre mission de la Nasa, Iris (Interface Region Imaging Spectrograph), pour mieux comprendre ce phénomène de transfert ainsi que le rôle joué par la chromosphère (une couche épaisse de 10.000 kilomètres située entre la photosphère et la couronne), zone de transit des spicules.

 

couronne_solaire03.jpg

 

Image du Soleil réalisée par SDO en ultraviolet. Les couleurs indiquent la température (de 800.000 kelvins en bleu à 2 millions de kelvins en rouge). Des jets de plasma chaud, les spicules, s'élèvent dans la chromosphère. © LMSAL/Bart De Pontieu

  

Cordialement

Jean
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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 09:28

C'est une étrange figure que dessine le Soleil dans le ciel au cours d'une année, l'analemme. Seuls quelques photographes chevronnés et patients sont parvenus à immortaliser ce phénomène.

Vous avez déjà remarqué que le Soleil n'était pas à la même place dans le ciel tout au long de l'année. On ne parle pas bien entendu de son déplacement apparent d'est en ouest en raison de la rotation de notre planète sur elle-même. L'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre ajouté à son déplacement annuel fait varier la déclinaison du Soleil, sa hauteur dans le ciel. Notre étoile est au plus haut au solstice d'été et au plus bas à celui d'hiver. La position médiane se produit aux équinoxes, lorsque le Soleil passe à la verticale de l'équateur terrestre. Cela se traduit par un trajet différent du Soleil dans le ciel au cours d'une année.

Un autre phénomène plus délicat à percevoir s'ajoute : en raison de l'excentricité de l'orbite terrestre, le déplacement apparent du Soleil ne se fait pas toujours à la même vitesse. Pour ne pas passer notre temps à corriger l'heure sur nos montres en fonction de ces apparents ralentissements et accélérations, nous utilisons une heure solaire moyenne. Il existe une seule méthode pour visualiser toutes ces variations de vitesse et de trajectoire apparentes du Soleil, photographier notre étoile à la même heure pendant une année. La figure obtenue s'appelle l'analemme et a la forme d'un chiffre 8 allongé. Un défi que peu de photographes sont parvenus à relever.

 

 analemme01.jpg

 

 

Analemme au-dessus de l'un des temples du sanctuaire de Delphes. © Anthony Ayiomamitis

 
Images rares

Dans la liste des phénomènes difficilement photographiables, on connait le fameux rayon vert, observable parfois très brièvement quand le Soleil se couche. Photographier l'analemme est une toute autre affaire. La première image de ce genre a été réalisée en 1978 et 1979. Il aura fallu 2 années à l'astrophotographe Dennis di Cicco pour obtenir 44 vues du Soleil sur la même image. À cette époque point d'appareil photo numérique ni de logiciel pour assembler les images. On devait superposer les vues sur le même morceau de négatif, c'est-à-dire réarmer l'appareil à chaque fois sans faire avancer le film !

La technologie aidant, les photographes actuels peuvent additionner différentes images plus facilement pour obtenir un cliché unique. Mais l'opération reste tout de même très complexe. Imaginez qu'il vous faudra faire une photo du Soleil exactement à la même heure et au même endroit en moyenne tous les 8 jours pendant un an. Prévoyez beaucoup de disponibilité et surtout une météo très clémente. Ceci explique que les rares images d'analemme obtenues depuis 35 ans aient presque toutes nécessité de photographier notre étoile pendant deux années : si vous connaissez une longue période de météo épouvantable, vous devrez attendre l'année suivante aux mêmes dates pour faire vos clichés !

Vous allez maintenant pouvoir regarder les images d'analemme avec tout le respect qui s'impose à leurs réalisateurs. Pendant un an (ou deux) ils réalisent très régulièrement leur image du Soleil avec un filtre, puis ils superposent l'ensemble à une image (sans filtre) du paysage qui a servi de cadre aux prises de vues. Le résultat est aussi difficile à obtenir que spectaculaire, comme le montre cette image de Tamas Ladanyi réalisée en Hongrie. D'autres montages de ce type sont visibles sur le site Internet du projet Twan (The World At Night).

 

analemme02.jpg

 

L'analemme de Tamas Ladanyi, un des photographes du projet Twan. © Tamas Ladanyi

  

Cordialement

Jean
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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 11:16

 

La énième tentative de conciliation dans la crise belge a évidemment échoué. Il est temps d’arrêter ces négociations qui ne mènent à rien. La mission illusoire ayant pour objet de « concilier l’inconciliable » s’est enlisée.

 

Dans un « post » précédent, j’écrivais, en septembre, aux négociateurs : « Le compromis, Madame, Messieurs, a ses limites. Au lieu de renier le fondement de notre vie commune, par la dérisoire recherche d’un arrangement sans avenir, au lieu de céder à l’adversaire dans le timide espoir de garder quelques hochets, au lieu de prendre la ridicule posture de « Madame non », ayez le courage de fixer les limites principielles au delà desquelles, c’est le « Non possumus ».

 

Le 13 juin dernier, Madame, Messieurs, vous avez eu un mandat. Il ne comportait pas le reniement au nom d’un illusoire apaisement. Il vous obligeait à négocier un accord honorable. Et dans l’impossibilité, vous vous seriez grandis en rompant. »

 

Il n’y eut pas de rupture. Les limites n’ont pas été fixées. Le roi est nu. Pendant ce temps, le monde évolue dangereusement. Nos conquêtes sociales sont menacées par le néolibéralisme triomphant. La liberté est petit à petit grignotée par le poids de la pensée unique ne souffrant aucune contestation et par des mesures restrictives motivées par de soi-disant « louables intentions ». Les négociateurs viennent de montrer que la Belgique n’existe plus car ils n’ont ni le courage, ni les capacités de définir son avenir.

 

Alors, quoi ? L’Etat Belgique est agonisant. Les régions et les communautés sont des constructions branlantes. Les institutions sont paralysées. Ces structures sont inaptes à répondre aux défis du temps : crise financière et monétaire, régression sociale, conflits internationaux. L’Etat est en voie de disparition et l’histoire ne ressuscite jamais le passé.  Il reste donc une voie : l’Europe. Cependant, elle est encore dominée à la fois par d’autres Etats déliquescents et imprégnée de l’idéologie néolibérale.

 

C’est donc le combat d’aujourd’hui. Une Europe politique et sociale. Il est à une échelle supranationale. Nous devons nous y préparer si nous voulons sauver l’essentiel et peser sur le cours des choses.

 

Quant à ce qui subsiste de la Belgique, elle a, paraît-il, un vrai faux gouvernement qui fonctionne vaille que vaille. Bah ! Rien vaut mieux que moins que rien.

 

Pierre Verhas

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 12:43

Les observateurs planétaires sont à la fête en cette fin d'année avec un gigantesque cyclone sur Saturne qui ne cesse de grossir.

Nous vous l'annoncions il y a quelques jours, un avis de tempête a été émis courant décembre concernant Saturne. Si le phénomène n'est pas exceptionnel, puisque tout comme Jupiter la planète géante aux anneaux est sujette aux phénomènes météorologiques spectaculaires, c'est son ampleur qui retient l'attention.

On attendait les images de la sonde Cassini, elles commencent à arriver. On y découvre une formation nuageuse très claire aux dimensions vertigineuses : actuellement 50.000 kilomètres de long pour 10.000 kilomètres de large.

Une tempête géante qui grandit

On est bien loin du cyclone pourtant monstrueux de novembre 2006 (il ne faisait que 8.000 kilomètres) ou de la tempête qui déchira l'atmosphère de la planète pendant plusieurs mois, fin 2007. Les scientifiques se demandent même si le phénomène actuel ne va pas s'étendre à toute la région tempérée nord où il a pris naissance.

L'image ci-dessous a été prise par la sonde le 24 décembre dernier, alors que Cassini se trouvait à 1,8 million de kilomètres de Saturne. D'autres images du phénomène sont progressivement mises en ligne sur le site de la mission, Cassini Solstice Mission.

 

 saturne_tempete.jpg

 

 

La tempête sur Saturne photographiée par la sonde Cassini le 24 décembre 2010. © Nasa/JPL/Space Science Institute

  

Cordialement

Jean
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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 11:11

Jean Bricmont, professeur de physique à l’Université catholique de Louvain la Neuve est connu pour ses prises de position progressistes qui sortent des sentiers battus. Jean Bricmont a horreur du conformisme ambiant et de la « pensée unique » qui sévissent dans les médias, dans les partis politiques et dans les Universités. Il est aussi un rationaliste convaincu et combat toutes les tentatives de « spiritualisation » de la science.

 

Sur le plan politique, il est un militant actif de la cause palestinienne. On peut le ranger parmi les altermondialistes (pour autant qu’il accepte « d’être rangé »…) et il combat activement le néo-libéralisme. Jean Bricmont exprime ses idées dans tous les médias. Il a écrit nombre de livres et articles passionnants et on le voit régulièrement participer aux débats de l’excellente émission vespérale de France 3, « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéi. Une des seules émissions libres du paysage audiovisuel français.

 

Récemment, le professeur Bricmont a initié une pétition demandant la libération d’un militant néo-nazi français du nom de Vincent Reynouard condamné pour négationnisme au nom de la loi Gayssot, cette loi dite mémorielle condamnant toute personne coupable de publication et d’acte de négation de la Shoah. Cette pétition demande en même temps l’abrogation de cette loi. Henri Goldman, dans son blog (http://blogs.politique.eu.org/Petition-on-peut-tout-signer-mais) a refusé de signer cette pétition car il ne voulait pas voir son nom figurer avec ceux de personnages sulfureux connus pour leurs sympathies et/ou leur appartenance à l’extrême-droite. Il souhaite en outre l’extension du champ d’application des lois mémorielles à tous les génocides.

 

En ce qui me concerne, je suis aussi opposé à la multiplication de ces lois mémorielles qui constituent, qu’on le veuille ou non, une atteinte à la liberté d’expression et une entrave à la liberté de critique des historiens. Aussi, je considère que M. Reynouard aurait dû être condamné pour incitation à la haine raciale et non pour sa petite publication négationniste (seize transparents de médiocre facture diffusés sur Internet). Les actes de l’intéressé ne sont pas innocents et relèvent de la jurisprudence née du tribunal de Nuremberg.

 

De plus, il est indéniable que dans la nébuleuse antilibérale, pro-palestinienne et altermondialiste se sont infiltrés des personnages sulfureux qui, en définitive, desservent cette cause essentielle de libération de l’humanité de l’oppression et de l’exploitation.   

 

C’est la raison pour laquelle, j’ai envoyé cette lettre ouverte au Professeur Bricmont qui a pour seul objet de susciter un débat.

 

 

Monsieur le Professeur,

 

Sans nous connaître, nous avons pas mal de points communs. Je partage avec vous votre analyse de la société capitaliste qui est en train de détruire notre bien commun, la civilisation. Je ne peux qu’adhérer à votre critique de l’impérialisme quelle que soit son origine. En outre, et c’est moins connu du grand public, votre rigoureuse analyse du « principe anthropique » qui a pour objet d’introduire la religion dans la science, est une démarche essentielle.

 

bricmont

 

Jean Bricmont marche hors des sentiers battus.

 

Comme vous, je considère que la liberté d’expression, comme toutes les libertés fondamentales, ne se partage pas. Aussi, votre combat contre les lois mémorielles est aussi le mien. Cependant, le rejet de ces lois ne doit pas servir de prétexte à tolérer le négationnisme. Dès lors, c’est volontairement que je n’ai pas signé la pétition demandant la libération du néo-nazi Vincent Reynouard et l’abrogation de la loi Gayssot.

 

Pour quelles raisons ? Au préalable, permettez-moi de vous dire qu’a priori, je suis opposé à jeter dans les geôles n’importe quelle personne coupable d’un « délit d’opinion ». Néanmoins, comme M. Reynouard revendique son adhésion au national-socialisme, donc à, entre autres, la persécution des Juifs, je considère que ses écrits – en fait seize « transparents » mal fichus reprenant les « classiques » du négationnisme – relèvent de l’incitation à la haine raciale, délit qui est poursuivi en vertu des lois réprimant les actes de racisme. Vous me rétorquerez que c’est vague. Pas tellement. Non seulement, ces lois se basent sur la jurisprudence de Nuremberg et en plus, elles sont assez anciennes pour avoir suscité leur propre jurisprudence. La justification et la banalisation des persécutions peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Regardez, par exemple, l’affaire du « gang des barbares ».

 

reynouard01

 

Vincent Reynouard, militant néo-nazi aux côtés de

feu Bert Eriksson qui fut condamné pour constitution de

milices privées dans les années 1980.

 

Vincent Reynouard aurait dû être poursuivi dans le cadre de ces dernières dispositions et non en vertu de la loi Gayssot. Dans le cas présent, ce sont les actes et non les écrits proprement dits de l’intéressé qui sont condamnables. Je vous concède volontiers que ce raisonnement ne doit pas se limiter aux seuls actes d’antisémitisme, mais doit concerner toutes les formes de racisme.

 

Ainsi, cette pétition a un double sens qui en fait l’ambigüité. D’un côté, on demande la relaxe de M. Reynouard, de l’autre, on exige l’abrogation  de la loi Gayssot. En procédant ainsi, vous baissez la garde dans un combat qui est légitime. Or, il est indispensable d’arriver à terme à l’abrogation des lois mémorielles, mais cette lutte ne doit en rien servir le négationnisme. Ce combat doit se situer au-dessus des clivages et ne peut être récupéré, faute de quoi il est perdu d’avance. En cela, je voudrais évoquer deux aspects : les lois mémorielles et la liberté d’expression.

 

En ce qui concerne les lois mémorielles, nous assistons à une volonté d’étendre ces lois qui étaient limitées à la seule interdiction de nier la réalité de la Shoah et plus généralement du système concentrationnaire nazi. Cependant, s’il est logique d’y inclure tous les génocides, ces dispositions restent identiques et exigent tout autant leur abrogation.

 

Dans le rapport dit Accoyer du 18 novembre 2008  sur la mission d’information de l’Assemblée nationale française sur les questions mémorielles, on lit : « Combattue par l’extrême droite, cette loi [la loi Gayssot] est aussi critiquée par deux historiens renommés pour leur sérieux et leur humanisme : Pierre Vidal-Naquet, au nom du libre examen et de la liberté d’expression, mais aussi Madeleine Rebérioux, qui pose explicitement le parallèle avec la tentation soviétique de contrôler l’histoire. « La loi impose des interdits, elle édite des prescriptions, elle peut définir des libertés. Elle est de l’ordre du normatif. Elle ne saurait dire le vrai. Non seulement rien n’est plus difficile à constituer en délit qu’un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l’autorité étatique. L’expérience de l’Union soviétique devrait suffire en ce domaine. Ce n’est pas pour rien que l’école publique française a toujours garanti aux enseignants le libre choix des manuels d’histoire », écrit-elle dans la revue L’Histoire de novembre 1990. » En outre, il y a la critique juridique de Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel : « Le Parlement n’a pas à dire l’histoire. Le Parlement fait l’histoire. Les lois mémorielles, que j'appelle des lois compassionnelles, sont faites pour panser des blessures et apaiser des douleurs (...) et n'ont pas leur place dans l'arsenal législatif. (...) La loi n'a pas à affirmer un fait historique, même s'il est indiscutable. Et j'ajoute que la Constitution ne le permet pas ». Ces derniers propos, cités par de nombreux auteurs, ont été tenus lors d’une interview accordée par l’ancien garde des Sceaux à France info le 16 octobre 2010.  Ajoutons enfin les propos du politologue René Rémond émis en 2006 et aussi cités dans le rapport Accoyer : « René Rémond estime que la liste de ces « lois mémorielles montre bien quelles ont été les considérations à l’origine de leur adoption : des considérations essentiellement électorales, qui ne sont assurément pas méprisables, mais qui relèvent plus de l’émotion que de la raison, qui n’ont aucune légitimité scientifique et qui confondent la mémoire avec l’histoire. Elles procèdent toutes de la même aspiration de communautés particulières, religieuses ou ethniques, à faire prendre en considération par la communauté nationale leur mémoire particulière par l’intermédiaire de l’histoire, qui est prise en otage. C’est contre cette instrumentalisation qui entraîne une fragmentation de la mémoire collective que les historiens ont pris position. »

 

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Robert Badinter : farouchement opposé aux lois mémorielles

pour des raisons éthiques et juridiques

 

Arrêtons-nous un instant sur ces différentes interventions. Il y a, à mon sens, plusieurs conclusions à tirer, que vous partagerez sans doute.

 

1)     Les lois mémorielles sont des lois à vocation totalitaire. Lorsque Vidal Naquet et Madame Ribérioux craignent que ces lois portent atteinte au libre examen et en outre que « le concept de vérité historique récuse l’autorité étatique », ils ont raison. L’histoire est une science et l’inscrire dans la loi revient à terme à rétablir l’Inquisition comme ce fut le cas pour l’astronomie aux XVIe et XVIIe siècles. Nous n’allons pas rallumer les bûchers (même symboliques) pour brûler l’un ou l’autre nouveau Giordano Bruno qui aurait tenu des propos non conformes. Rappelons d’ailleurs que des historiens français ont lancé en décembre 2005 une pétition intitulée « Liberté pour l’histoire » demandant l’abrogation des lois mémorielles. Cette pétition fut signée entre autres par Elisabeth Badinter, Jacques Julliard et Pierre Vidal-Naquet.

 

Lorsqu’un intellectuel comme Henri Goldman que je sais viscéralement attaché aux libertés fondamentales, demande l’extension du champ d’application des lois mémorielles à d’autres massacres ou génocides, je ne peux que m’inquiéter. Où s’arrêtera-t-on ? Les Juifs belges l’ont d’ailleurs compris en s’insurgeant contre cette proposition qui d’ailleurs, provient des Assises de l’Interculturalité tenues à Bruxelles en 2009 – 2010. A force de multiplier les domaines d’interdiction du négationnisme, on finit par banaliser des tragédies comme la Shoah ou le(s) génocide(s) rwandais. Ainsi on restreindra l’indispensable libre lecture de tous ces événements, car les lois mémorielles portent atteinte à la pensée critique. En effet, des chercheurs hésiteront à se pencher sur des questions délicates non résolues de peur de tomber sous les coups de la loi.

 

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Henri Goldman farouchement attaché aux libertés

est partisan de l'extension du champ d'application des

lois mémorielles.

 

2)     Il y a un aspect juridique fondamental que met en avant Robert Badinter peu suspect de sympathie à l’égard des négationnistes. On a trop tendance de nos jours à mélanger les pouvoirs pour atteindre des objectifs politiques. On se sert de la loi à des fins politiques. En plus, le compassionnel dénoncé par Badinter mélange l’irrationnel avec le glaive de la Justice. C’est la porte ouverte à tous les abus.

 

3)     Il y a pour terminer l’aspect politique mis en lumière par feu René Rémond. Les lois mémorielles sont élaborées à des fins uniquement politiques et mettent en danger l’indispensable débat critique sur tout épisode de l’histoire.

 

En définitive, il se crée une confusion entre mémoire et histoire. Je cite encore Badinter lors de son audition par la Commission sur les questions mémorielles : « Les crimes du passé éclairent le présent. C’est pourquoi je suis partisan – sans qu’il s’agisse de voter une loi ! – d’un enseignement qui dise l’histoire des crimes contre l’humanité.

 

Cela saisit les enfants, mais ils le projettent sur le monde actuel, ils le vivent dans leur imaginaire comme une possibilité qu’il faut combattre. »

 

Monsieur le Professeur, la lutte contre le négationnisme se gagnera par l’enseignement et par l’argumentation. Nul n’arrivera à convaincre quiconque, ou vaincre la mauvaise foi, par la contrainte, fût-ce celle de la loi.

 

Comme la revendication de l’abrogation des lois mémorielles doit se situer au-dessus des clivages, la liberté d’expression est par définition universelle et donc au-dessus des idéologies. L’hypocrisie règne aussi chez les défenseurs de la liberté d’expression : ceux qui se mobilisaient avec l’appui des médias lors de la fameuse fatwa khomeyniste contre l’écrivain indien Salman Rushdie, ne bougent pas dans d’autres cas.  Cependant leurs adversaires, se revendiquant de la même liberté, sont restés silencieux lors de l’affaire Rushdie. Il y a un jeu de ping-pong malsain en ce domaine.

 

Prenons une affaire récente et déjà oubliée dans le foisonnement médiatique : la traque contre le caricaturiste Siné. Rappelons les faits.

 

Siné se fend, en juin 2009, d’un papier dans « Charlie Hebdo » où il fustige un « fils de » (Jean Sarkozy) dévoré d’ambition, prêt à une conversion à la religion juive afin d’épouser une riche héritière.

 

Tollé dans le microcosme ! Siné est affublé du qualificatif maudit « d’antisémite ». Il est accusé d’appartenir à la gauche antisioniste qui est considérée comme se servant de sa critique à l’égard de la politique de l’Etat d’Israël en camouflage de la réalité : son antisémitisme.

 

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Siné "emmerde" ses contradicteurs adeptes de la

pensée unique.

 

Cela devient une habitude dans la une caste intellectuelle proche du pouvoir « Sarkozien » d’attaquer méchamment tout adversaire en le clouant au pilori et en lui faisant porter un carcan infâmant. On compte parmi ces charmants individus, l’ineffable autant qu’inévitable Bernard-Henri Lévy, Assouline, Alexandre Adler, le directeur, à l’époque, de « Charlie Hebdo », Philippe Val à qui s’offre ainsi une possibilité de se débarrasser de Siné dont un licenciement normal, au vu de son ancienneté, aurait coûté beaucoup trop cher et le directeur de « Libération » Laurent Joffrin. Tous ces gens se jettent sur la « proie » Siné. On se croirait à une séance de l’Inquisition au Moyen-âge.

 

Certes, comme a le courage de l’écrire Luc Le Vaillant dans « Libération » du 29 juillet, dont il est un des chefs de rubrique,  on porte atteinte à la liberté d’expression et au droit à la satire. Il ajoute :

 

« Plus grave que la dernière balourdise de Siné, me semble être l’instrumentalisation de l’antisémitisme au sein des débats qui opposent les deux gauches. Il est catastrophique de suspecter immédiatement d’antisémitisme qui critique l’expansionnisme sioniste au temps des colonies de peuplement ou qui interroge la nature religieuse de l’Etat d’Israël. Il est plus que pénible d’être regardé comme possible antisémite quand on attaque les dérapages de l’empire américain, «meilleur ami d’Israël», quand on s’oppose à l’Europe libérale que Bruxelles fourgue à coups de oui ou quand on voudrait faire plus que «réguler» le capitalisme.

 

Ajoutons qu’être opposé à Sarkozy est assimilé à l’antisémitisme selon BHL et Adler… Remarquons aussi l’alliance de fait de « Libération » (Joffrin) et du « Figaro » (Adler). Voilà la conséquence de la prise en main des organes de presse par le haut patronat français : Dassault pour le « Figaro » et Rothschild pour « Libé ». Cette affaire est grave car l’objectif final est d’imposer une pensée néolibérale « unique » en mettant la main sur la presse d’opinion.

 

Enfin, et c’est sans doute le plus important en cette affaire, ces Messieurs qui sont si prompts à qualifier « d’antisémite » ceux qui leur déplaisent, pour des motifs futiles en les livrant à la Justice, via la LICRA, ne se rendent pas compte qu’ils vident le mot « antisémitisme » de sa substance. Ce terrible mot qui désignait les responsables de la Shoah et les écrivains pousse – au – crime de la dernière guerre.

 

Le chroniqueur du « Monde », Thierry Savatier ajoute : « A force de crier à l’antisémitisme à tout propos, ne court-on pas le risque, particulièrement dangereux, de décrédibiliser une juste cause, d’en banaliser la notion et de lasser une opinion qui restera sourde si un jour survient une alerte sérieuse ? Les avertisseurs d’incendie, pour être efficaces, ne doivent retentir que lors d’un véritable incendie, sinon, ce ne sont que des sirènes aux chants trompeurs. »

 

Savatier rappelle l’affaire Hannah Arendt suite à la publication de son ouvrage Eichmann à Jérusalem où elle rapporta les commentaires sur ce procès qu’elle couvrit en totalité.

 
On reprocha à Arendt son antisémitisme suite à la publication en français de son ouvrage. En effet Arendt, une des plus grandes philosophes du XXe siècle, parla de « banalisation du crime » : « On lui reprocha sa théorie de la « banalisation du mal », en l’interprétant plus ou moins délibérément de façon erronée, et surtout on lui fit grief d’avoir écrit que certaines autorités juives (les Conseils juifs dans quelques pays occupés) avaient coopéré avec les nazis, en désignant des victimes pour, en théorie, en sauver d’autres. Une telle vision de l’histoire était inacceptable aux bien-pensants. On fustigea Arendt pour avoir dévoilé une réalité gênante. On posa ouvertement la question « Arendt est-elle antisémite ? » Cependant, elle n’avait rien inventé : elle ne faisait que retranscrire les conclusions des juges Yitzak Raveh et Halévi (qu’il serait ridicule de soupçonner d’antisémitisme) que l’on peut retrouver en lisant les minutes du procès Eichmann. » Savatier ajoute : « La philosophe, que je tiens, sous ma seule responsabilité, comme l’un des plus grands esprits du XXe siècle, fut l’objet d’un lynchage médiatique dont elle souffrit jusqu’à sa mort, parce qu’elle était sortie des propos convenus. » Sortir des chemins convenus, voilà ce qu’il est interdit de faire !

 

Une autre persécution eut lieu en 2002. La victime expiatoire fut Edgar Morin, sociologue universellement connu qui publia en 2002 dans le « Monde » une tribune intitulée : « Israël – Palestine, le cancer ». Suite à un violent lynchage médiatique, il fut condamné par la Cour d’appel de Versailles en 2005 pour « discrimination raciale ». La Cour de cassation cassa cet arrêt en juillet 2006.  

 

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Edgar Morin victime de la "pensée unique"

 

En tout cas, ces affaires montrent combien on se sert de l’antisémitisme à des fins partisanes. Or, l’antisémitisme est réel et est fort peu combattu sur le terrain tant par les « phares » de la pensée postmoderne, tant par leurs adversaires. Cet antisémitisme non médiatique n’intéresse personne ! Et pourtant, il se répand. Il ne se manifeste pas par des écrits, mais par des comportements. Ainsi, les synagogues et les écoles juives doivent être surveillées par les forces de l’ordre, de peur d’éventuelles attaques de fanatiques, les enfants juifs ne peuvent plus jouer dans certains parcs par crainte d’agressions de la part de jeunes Maghrébins. Plus grave, l’abominable affaire Fofana a montré combien les préjugés antisémites sont ancrés dans les cervelles des loubards de banlieue et peuvent ainsi faire couler le sang de jeunes gens dont la seule culpabilité est d’être Juifs. Cette situation n’est pas tolérable. C’est l’importation du conflit israélo-palestinien qui en est la principale cause. Elle n’est pas le seul fait des populations d’origine arabe, il y a aussi la propagande israélienne et les campagnes menées par des intellectuels en vue, qui considèrent que toute critique de la politique israélienne est assimilée à une manifestation antisémite. C’est insultant et exagéré. Combattre la liberté de critique est non seulement une atteinte aux droits, mais engendre le fanatisme.

 

Monsieur le Professeur, il faut sortir de ce cercle vicieux. La critique de l’impérialisme israélien et mondial qu’il ne faut pas perdre de vue, doit pouvoir se faire en toute liberté, mais elle ne doit pas servir de prétexte à une expression antisémite qui n’ose pas dire son nom. Il ne faut pas donner au lobby israélien l’occasion de brandir l’épouvantail de l’antisémitisme pour combattre toute critique.  Vous avez écrit en 2006 : « Le problème, et c'est pourquoi le lobby pro-israélien est si efficace, c'est qu'il exprime une vision du monde qui n'est que trop largement acceptée par trop d'Américains. Après tout, rien n'est plus ridicule que d'accuser quelqu'un d'antisémitisme parce qu'il veut ou professe mettre les intérêts de l'Amérique au-dessus de ceux d'Israël. Pourtant, il est probable que l'accusation sera efficace, mais seulement parce des années de lavage de cerveau ont prédisposé les gens à considérer les intérêts américains et israéliens comme identiques - même si, au lieu de parler "d'intérêts", on dise parfois "valeurs".  Associée à cette identification s'ajoute une vue systématiquement hostile du monde arabo-musulman, qui à la fois accroît l'efficacité du lobby et est en partie le résultat de sa propagande.

Malgré tous les débats sur l'antiracisme et le "politiquement correct", il y a un manque presque total de compréhension du point de vue arabe sur la Palestine, et en particulier, sur l'aspect raciste du problème. C'est cette triple couche de contrôle (les dons sélectifs d'argent, la carte de l'antisémitisme, ou plutôt ce bobard, et l'intériorisation) qui donne au lobby sa force spécifique. »

 

Je vous suis parfaitement, mais vous ne pouvez nier qu’il existe une forme d’antisémitisme qui s’exprime peu ou prou parmi certains prétendus partisans de la cause palestinienne. Un ami américain m’a dit un jour que les évangélistes américains et les néoconservateurs qui défendent Israël, ses crimes et ses excès, sans discernement, sont en réalité des gens d’extrême-droite profondément antisémites qui voient chez les sionistes actuels un poste avancé de l’Occident. De même, des individus fascisants européens prennent la cause palestinienne comme bouclier d’un antisémitisme qu’ils n’osent exprimer ouvertement.  Ce type de comportement déforce la cause de la lutte contre le fléau de l’impérialisme qui est global et pas seulement sioniste. Et personnellement, je ne peux accepter de travailler avec l’extrême-droite ou avec des gens qui ont une attitude ambivalente avec elle.

 

Vous dénoncez à juste titre le « choc des civilisations ». Mais on a trop tendance à en faire un à l’envers. Une fois de plus, le ping-pong. C’est l’altermondialisme contre l’occidentalisme et vice versa. On se trouve dans une logique qui ne peut qu’engendrer l’échec, car le rapport de force nous est aujourd’hui défavorable. Vous avez admis que nos adversaires ont une vision du monde cohérente. Nous avons tous les atouts pour leur opposer la nôtre qui, en plus de la cohérence, aura la Justice avec elle. Il ne suffit pas d’affirmer qu’un autre monde est possible. Encore faut-il définir lequel. À ce moment-là, les lobbies pourront user de tous leurs moyens de dissuasion et de contrainte, nous aurons toujours une longueur d’avance sur eux.

 

Nous en avons la capacité et la force. Il suffit de sortir des chemins sans issue dans lesquels nous risquons de nous enliser, si nous ne nous remettons pas en question et si nous cessons de tolérer certaines fréquentations sulfureuses.

 

Avec mes vœux de réussite pour notre combat commun, veuillez agréer, Monsieur le Professeur, l’assurance de ma parfaite considération.

 

 

Pierre Verhas

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 18:45

Discriminations en Israël entre Juifs !

 

Le ministère israélien de l’Éducation vient d’approuver, il y a quelques jours, la création d’une école « réservée aux Blancs » dans la colonie d’Immanuel, sise dans les territoires palestiniens occupés. Les parents de soixante-quatorze enfants ashkénazes fréquentant cet établissement ont obtenu du ministère de l’Éducation que l’école puisse pratiquer l’apartheid en la « privatisant » !

 

Les origines de cette mesure : la modification de la composition de la population du village d’Immanuel où les sépharades et les juifs d’origine éthiopienne sont de plus en plus nombreux. Cela a entraîné, en 2007, le souhait des parents ashkénazes de l’école Beth-Ya’acov de regrouper leurs enfants dans des classes distinctes et de matérialiser cette différence par des mesures ségrégationnistes extrême : une cour de récréation coupée en deux par un mur pour séparer les enfants Ashkénazes et Sépharades, des entrées séparées pour chaque communauté, des uniformes différents pour reconnaître les uns des autres au premier coup d’œil, et même deux salles des professeurs pour que chez eux non plus les serviettes et les torchons ne se mélangent pas.

 

Les parents sépharades ont réagi. Une plainte a été déposée pour ségrégation. L’affaire est telle qu’elle a abouti à la Cour suprême d’Israël qui a interdit toute action de ségrégation sous peine de prison. Le gouvernement de droite de Netanyahu est coincé dans cette affaire : les parents ashkénazes ont organisé une manifestation de 100.000 personnes. Résultat des courses : il s’est ouvert une école privée pour les enfants ashkénazes (la ségrégation n’est pas interdite dans le secteur privé) et les sépharades sont restés entre eux dans l’école publique.

 

Israël connaît aussi les joies de la privatisation !

 

Les rabbins racistes

 

Trente-neuf rabbins ont signé un jugement religieux, mardi dernier, interdisant aux Juifs d’Israël de vendre ou de louer des propriétés à des non-Juifs. Cette circulaire vise principalement les populations arabes.

 

Le gouvernement a immédiatement réagi à cette déclaration en tous points raciste et antidémocratique. Le jour même de sa promulgation, le 1er ministre Benjamin Netanyahu a condamné cette initiative. « De telles choses ne peuvent pas être dites, ni contre les Juifs ni contre les Arabes. On ne peut déclarer cela dans un pays démocratique, et, particulièrement, dans un pays juif démocratique. L’Etat d’Israël rejette catégoriquement ces appels ».

 

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Les relations entre le rabbinat et le gouvernement de

Jérusalem sont parfois difficiles.

 

Cette déclaration des rabbins a rapidement pris une dimension nationale. Plusieurs personnes veulent traduire les rabbins concernés en Justice. Une pétition, signée par des intellectuels et des universitaires, exige du procureur général de l’Etat, Yehuda Weinstein, qu’il suspende les rabbins fonctionnaires de l’Etat ayant signé la lettre raciste.

 

L’appel antidémocratique des rabbins ne fait pas non plus unanimité au sein des autorités religieuses. Yosef Shalom Elyashiv, le rabbin dirigeant la communauté orthodoxe non-hassidique, a dénoncé la pétition délictuelle en ces termes : « J’ai dit, il y a quelque temps, qu’il y avait des rabbins qui devraient se voir retirer leur stylo ».

Le grand rabbin harédi (ultrareligieux) Aaron Leib Steinmann, a refusé de signer l’injonction hilkhatique, demandant publiquement où se situait la conscience humaine de ces trente-neuf dignitaires religieux.

 

Jeudi 9 décembre, le Procureur général a annoncé qu’il examinerait les éventuels aspects criminels de la déclaration des rabbins.

 

Ce haut magistrat devrait faire un voyage d’études à la frontière linguistique belge. Sans doute cela l’inspirerait !

 

Les étudiants turcs aussi en révolte

 

Il n’y a pas qu’en Angleterre que les étudiants contestent avec fermeté la politique du gouvernement. En effet, en Turquie, le parti AKP (les « Islamistes modérés ») du Premier ministre Erdogan pratique aussi avec délectation l’austérité ultralibérale en augmentant fortement les frais d’études dans les universités turques.

 

Tout a commencé, samedi 4 février 2010, par la répression d’une manifestation étudiante, à Istanbul, aux abords du Palais de Dolmabahçe, où le premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan rencontrait les recteurs des universités turques. Les forces de l’ordre ont en effet dispersé les manifestants sans ménagement, d’une façon qui a choqué la presse présente sur les lieux, l’amenant à estimer que la réponse policière avait été manifestement «disproportionnée». Une étudiante enceinte a notamment perdu l’enfant qu’elle attendait, à l’issue d’un tabassage en règle.

 

Ensuite, c’est la très vénérable Faculté des Sciences Politiques d’Ankara, mieux connue sous le nom de «Mülkiye», qui, le 8 décembre, a été le théâtre d’un chahut mémorable. Les principales victimes en ont été deux parlementaires, venus participer à un séminaire sur la réforme constitutionnelle. Süleyh Batum, le secrétaire général du CHP (le parti Kémaliste laïque considéré comme trop mou dans l’opposition), a été en permanence interrompu par des quolibets et a dû finalement renoncer à poursuivre son intervention jusqu’à son terme. Excédé par le comportement des étudiants, il est même allé jusqu’à le qualifier de «fasciste». Quant à l’autre intervenant, Burhan Kuzu, au demeurant président AKP de la Commission constitutionnelle du Parlement, il a été copieusement arrosé d’œufs, et n’a du son salut qu’au mur de parapluies qu’ont généreusement déployé ses gardes du corps pour le protéger. Encore plus en colère que son collègue du CHP, il s’est écrié : «Honte, c’est une honte pour ce pays. Ils devraient plutôt manger tous ces œufs, peut-être que cela permettrait à leur cerveau de mieux fonctionner.» Cela aurait fait une omelette géante, car plus de 200 œufs ont été lancés !

 

 

Cette contestation étudiante n’a pas pour seul objet de dénoncer les brutalités policières, mais veut surtout attirer l’attention sur les conditions de vie, l’augmentation des droits d’inscription et plus généralement l’inquiétude quant à l’avenir. Enfin, les étudiants exigent d’être représentés au sein des instances responsables de la politique universitaire.

 

Il règne un léger parfum de 68 à Ankara !

 

 

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