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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 16:29

 

 

 

Les élections communales en Belgique ont vu la débâcle des libéraux francophones, mais aussi une chute significative des socialistes dans les deux parties du pays. Cette défaite a eu moins de conséquences pour ces derniers, car ils tiennent encore leurs fiefs à Charleroi, Mons et Liège et se maintiennent aussi à Bruxelles-ville, gagnent Molenbeek et Koekelberg, mais globalement les socialistes ont perdu pas mal de plumes et cela augure mal des toutes proches élections européennes, fédérales et régionales.

 

Le PTB, gauche radicale, lui, a fait une entrée significative à ces élections locales. C’est donc un parti qui commence à s’implanter. Et cela est un sérieux atout pour les prochains scrutins. Si ce parti double ou triple son nombre de sièges dans les Parlements fédéral et régionaux, cela se fera au détriment du PS. C’est sans doute ce qui explique l’intransigeance des socialistes à l’égard des PTbistes lors des négociations pour former des majorités dans les communes dirigées par le PS. Son calcul : diaboliser et pousser le PTB dans l’opposition au niveau local risque d’atténuer sa visibilité et ses chances de l’emporter en mai prochain. C’est pour le moins un pari risqué.

 

 

Les beaux sourires entre Paul Magnette et les négociateurs du PTB à Charleroi cachaient un piège.

Les beaux sourires entre Paul Magnette et les négociateurs du PTB à Charleroi cachaient un piège.

 

 

 

Et puis, associer le PTB à la gestion des communes aurait pu s’avérer dangereux. Cela aurait été faire rentrer le loup dans la bergerie du très opaque système des intercommunales et des marchés publics communaux dont le PS et d’autres partis traditionnels sont friands, particulièrement en Wallonie.

 

Diaboliser le PTB revient à s’aligner sur la propagande de la droite. Benoît Lutgen, le très droitier président du CDH (chrétiens démocrates), n’hésite d’ailleurs pas à affirmer que l’extrême-gauche, c’est l’extrême-droite, le racisme en moins ! Des libéraux, le Premier ministre Charles Michel en tête, agitent l’épouvantail du communisme. Et les socialistes osent participer à cette démarche !

 

 

 

Benoît Lutgen, le très droitier président du déliquescent parti chrétien, assimile l'extrême-gauche à l'extrême-droite.

Benoît Lutgen, le très droitier président du déliquescent parti chrétien, assimile l'extrême-gauche à l'extrême-droite.

 

 

 

Certains devraient comprendre qu’on est au-delà du calcul électoral. L’enjeu est l’avenir de la gauche en mai 2019, l’enjeu est de mettre sur pied une alternative au gouvernement NV-A, MR de Bart De Wever et de Charles Michel. Mais pour cela, il faut se débarrasser de susceptibilités, de préjugés et d’exclusives.

 

Qu’il y ait un gouffre énorme entre le PTB et le PS, même si leurs militants respectifs chantent l’Internationale et défilent derrière le drapeau rouge, c’est évident. Mais, le soir même des élections communales, il n’est guère correct d’annoncer que l’on va négocier prioritairement avec le PTB et Ecolo pour créer des « majorités progressistes » et ainsi plaire à la FGTB et puis rompre les négociations au bout d’une semaine en insultant le partenaire et en lançant aussitôt une méchante campagne sur les réseaux sociaux qui, manifestement, avait été préparée. C’est tout simplement susciter la colère et le désespoir. Le comble, comme à Molenbeek, on conclut une alliance PS – MR, Catherine Moureaux arguant qu’une majorité progressiste n’étant pas réalisable, il faut installer une majorité « de stabilité » … avec les libéraux ! Le grand écart !

 

 

 

 

L'alliance des sœurs ennemies. Qui descendra l'autre ?

L'alliance des sœurs ennemies. Qui descendra l'autre ?

 

 

 

Il est d’ailleurs clair qu’il y avait un préaccord entre les Socialistes et les Libéraux, car tout s’est déroulé très vite. En cela, la direction du Parti socialiste a porté un très mauvais coup à la gauche. Et c’est tout profit pour l’extrême-droite et les néolibéraux. Robert Vertunueil, le président de la FGTB, l’a compris et a lancé un appel aux trois partis progressistes – PS, Ecolo, PTB – pour qu’ils relancent les négociations en vue de constituer des majorités communales. « Cet appel vient trop tard ! » répond cyniquement Catherine Moureaux.

 

 

 

Robert Vertunueil a essayé en vain de convaincre le PS, Ecolo et le PTB à reprendre les négociations afin de constituer des majorités progressistes dans les communes.

Robert Vertunueil a essayé en vain de convaincre le PS, Ecolo et le PTB à reprendre les négociations afin de constituer des majorités progressistes dans les communes.

 

 

 

Cet épisode pas très joli joli est révélateur du déclin de la social-démocratie qui perd des plumes un peu partout en Europe. Pire, la social-démocratie s’inscrit une fois de plus dans le « main stream », c’est-à-dire ce « centre » qui dirige l’Europe et une grande partie du monde depuis des années. Ce « centre » qui a imposé l’ultralibéralisme un peu partout en démantelant les services et la puissance publiques, en démolissant l’Etat social, conquête de la Résistance au nazisme en Europe.

 

 

La gauche qu’elle soit social-démocrate ou radicale – regardez la déliquescence du PS français et même de France Insoumise de Mélenchon – se montre incapable d’opérer le moindre changement. Pour exister, elle est contrainte soit de partager le pouvoir avec ce qui est logiquement ses principaux adversaires qui sont, en définitive, les maîtres du jeu, soit de patauger dans une opposition stérile et criarde.

 

 

 

 

Le comportement tout à fait inapproprié de Mélenchon lors de la perquisition de son parti qui, certes, pose des questions, l'a durablement démonétisé.

Le comportement tout à fait inapproprié de Mélenchon lors de la perquisition de son parti qui, certes, pose des questions, l'a durablement démonétisé.

 

 

 

Ainsi, faible au niveau local, comment veut-on que la gauche soit forte à la Région ou à l’échelle de l’Etat ?

 

Mais si on veut un réel changement, ce n’est ni au niveau d’une commune, ni à celui d’une région, ni à la tête d’un Etat, mais dans une action à l’échelle européenne, voire mondiale.

 

Alors – sempiternelle question – que faire ?

 

L’espoir vient sans doute du Nouveau monde.

 

Tout espoir n’est cependant pas perdu. Et, celui-ci vient sans doute du Nouveau monde, de cette Amérique du Nord en proie à l’autoritarisme de droite d’un Trump et dont le principal pays du Sud vient de tomber entre les pattes d’un dangereux fasciste.

 

 

L’appel lancé par Bernie Sanders le 9 octobre en faveur de la construction « d’un mouvement démocratique mondial pour contrer l’autoritarisme » met chacun et chacune de nous devant ses responsabilités : sommes-nous disposés à unir nos forces pour nous battre contre la peste autoritaire, raciste et d’extrême droite avant qu’il ne soit trop tard ?

 

 

 

L'appel de Bernie Sanders, candidat malheureux à l'investiture présidentielle US, est sans doute l'événement le plus important de l'année.

L'appel de Bernie Sanders, candidat malheureux à l'investiture présidentielle US, est sans doute l'événement le plus important de l'année.

 

 

 

Ce qu’on vient de voir en Belgique et en France ne pousse pas à l’optimisme, mais…

 

 

Souvenons-nous de Bernie Sanders. Ce sénateur du Vermont, candidat démocrate aux dernières élections présidentielles américaines et qui a été éliminé par son propre parti au profit d’Hillary Clinton qui n’a pu empêcher Trump de l’emporter. Sanders représentait un espoir, surtout auprès des jeunes et des « minorités » par un programme radical qui répondait aux questions concrètes que se pose une grande partie de la population. Ecologie, ultralibéralisme, chômage, racisme, risques de guerre. Sans le sabotage du clan Clinton, Bernie Sanders avait de sérieuses chances de l’emporter.

 

 

Il a perdu, mais il ne se décourage pas pour autant. Il vient de lancer un appel qui interpelle le monde du progrès aussi bien aux Etats-Unis, en Amérique latine, qu’en Europe.

 

 

Deux visions concurrentes

 

 

Cet appel ne se contente pas de demi-mots ou de généralités confuses et sans objectifs clairs et précis. Au contraire, il est appuyé sur une description détaillée et très bien argumentée d’abord de la menace mortifère qui pèse sur l’humanité et la planète et ensuite du mouvement mondial qui devra assumer la mission salutaire d’affronter cette menace dans un combat à mort. C’est ainsi qu’après avoir déploré le « trop peu d’attention » portée actuellement sur « une tendance inquiétante dans les affaires mondiales », il commence par constater qu’on assiste aujourd’hui aux Etats Unis et au monde entier à « une lutte aux énormes conséquences » entre « deux visions concurrentes. D’un côté, nous voyons un mouvement mondial croissant vers l’autoritarisme, l’oligarchie et la kleptocratie. De l’autre côté, nous voyons un mouvement vers le renforcement de la démocratie, l’égalitarisme et la justice économique, sociale, raciale et environnementale ».

 

 

Ayant dessiné les contours du problème, Bernie Sanders peut maintenant balayer l’approche souvent anecdotique du « phénomène » Trump en constatant que « Donald Trump et le mouvement de droite qui le soutient ne sont pas un phénomène unique aux États-Unis. Partout dans le monde, en Europe, en Russie, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et ailleurs, nous voyons des mouvements dirigés par des démagogues qui exploitent les craintes, les préjugés et les plaintes des gens pour conquérir le pouvoir et s’y accrocher ». Et Bernie de nommer les plus illustres de ces dirigeants autoritaires (Trump, Poutine, Erdogan, Duterte aux Philippines, Orban en Hongrie, Kim Jung Un en Corée du Nord, Netanyahu en Israël, Bolsonaro au Brésil) avant de préciser que « bien que les dirigeants qui composent cet axe puissent différer sur certaines questions, ils partagent des attributs essentiels : intolérance des minorités ethniques et religieuses, hostilité aux normes démocratiques, opposition à une presse libre, paranoïa constante à l’égard de complots étrangers et conviction que les chefs du gouvernement devrait pouvoir utiliser leurs postes de pouvoir pour servir leurs propres intérêts financiers égoïstes ». Sans oublier que « plusieurs de ces dirigeants sont également profondément liés à un réseau d’oligarques multimilliardaires qui considèrent le monde comme leur jouet économique ».

 

 

 

 

Le fasciste Jair Bolsonaro savoure sa victoire. Il va diriger le plus grand pays d'Amérique du Sud.

Le fasciste Jair Bolsonaro savoure sa victoire. Il va diriger le plus grand pays d'Amérique du Sud.

 

 

 

La nuisance des intérêts privés

 

 

Tirant la leçon de cette profonde liaison entre ces dirigeants autoritaires et le réseau d’oligarques milliardaires, Bernie Sanders arrive à la conclusion que « jamais auparavant nous n’avions vu aussi clairement le pouvoir de l’argent sur la politique gouvernementale. Qu’il s’agisse des frères Koch, qui dépensent des centaines de millions de dollars pour démanteler les réglementations environnementales protégeant la santé des Américains, ou des monarchies autoritaires comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, qui dépensent à Washington des millions de dollars de leur richesse en énergie fossile pour promouvoir les intérêts de leurs régimes antidémocratiques, ou des entreprises géantes soutenant les groupes de réflexion afin de produire des recommandations politiques qui servent leurs propres intérêts financiers, il s’agit de la même chose : des puissants intérêts particuliers utilisent leur richesse pour influencer le gouvernement pour leurs propres avantages égoïstes ».

 

 

Que faire face au front commun de l’autoritarisme et du grand capital ?

 

 

Mais, la menace devient encore plus importante du moment que « ces autoritaristes font partie d’un front commun. Ils sont en contact étroit les uns avec les autres, partagent des tactiques et, comme dans le cas des mouvements de droite européens et américains, partagent même certains des bailleurs de fonds. Par exemple, la famille Mercer, qui finance la tristement célèbre Cambridge Analytica Ltd, a également apporté son soutien à Donald Trump et à Breitbart News, qui opère en Europe, aux États-Unis et en Israël pour faire avancer le même programme anti-immigrés et antimusulman. Sheldon Adelson donne généreusement au Parti républicain et aux causes de droite aux États-Unis et en Israël, en promouvant un programme commun d’intolérance et de fanatisme dans les deux pays ». Alors, que faire face à ce « front commun » de l’autoritarisme et du grand capital qui menace directement nos libertés et nos droits démocratiques ?

 

La réponse de Bernie Sanders est on ne peut plus claire : « Pour lutter efficacement contre l’autoritarisme de droite, nous ne pouvons pas simplement être sur la défensive. Nous devons être proactifs et comprendre que défendre le statu quo qui a échoué au cours des dernières décennies n’est pas suffisant. En fait, nous devons reconnaître que les défis auxquels nous sommes confrontés sont le produit de ce statu quo ». Et Bernie de continuer en expliquant en détail ce qu’est ce « statu quo » contre lequel on doit se battre si on veut que notre combat contre l’autoritarisme ne soit condamné d’avance à l’échec : « Notre travail consiste donc à ne pas accepter le statu quo, ni à accepter des niveaux colossaux de richesse et d’inégalité de revenus, où 1 % les plus riches de la population mondiale possède la moitié de la richesse de la planète, tandis que les 70 % les plus pauvres de la population en âge de travailler ne représentent que 2,7 % de la richesse mondiale. Il ne faut pas accepter le déclin du niveau de vie de nombreux travailleurs dans le monde, ni accepter la réalité de 1,4 milliard de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, alors que des millions d’enfants meurent de maladies facilement guérissables ». Et aussi : « Notre travail consiste à mobiliser l’ensemble de la planète pour qu’elle résiste à l’industrie des combustibles fossiles, qui continue à générer des profits énormes, tandis que leurs émissions de carbone détruisent la planète pour nos enfants et nos petits-enfants ».

 

 

L’énumération par Bernie des maux que génère ce « statu quo » est longue et instructive. Tout y passe, de la corruption généralisée à la catastrophe climatique, et de la folie des dépenses militaires au sort inhumain réservé aux migrants et réfugies. Mais, Sanders ne se limite pas à dresser le tableau des méfaits du néolibéralisme. Pour lui, l’important est de résister, de se battre contre chacun de ces maux, d’ouvrir des fronts de lutte, et surtout d’unifier tous ces combats dans un énorme mouvement planétaire ! La conclusion de son appel est plus qu’éloquente et nous interpelle tous et toutes de par le monde :

 

 

« Pour terminer, permettez-moi simplement de dire que pour lutter efficacement contre les forces mondiales de l’oligarchie et de l’autoritarisme, nous avons besoin d’un mouvement international qui se mobilise avec une vision commune de prospérité partagée, de sécurité et de dignité pour tous, et qui s’attaque à l’énorme inégalité mondiale qui existe, non seulement sur le plan de la richesse mais aussi du pouvoir politique. »

 

 

« Un tel mouvement doit être prêt à penser de manière créative et audacieuse le monde que nous aimerions voir. Alors que l’axe autoritaire s’est engagé à démonter l’ordre mondial postérieur à la Seconde Guerre mondiale qu’il considère comme limitant son accès au pouvoir et à la richesse, il ne suffit pas que nous défendions simplement cet ordre tel qu’il existe. »

 

 

« Nous devons examiner honnêtement comment cet ordre n’a pas tenu bon nombre de ses promesses et comment les autoritaires ont exploité ces échecs avec habileté afin d’obtenir un soutien pour leur programme. Nous devons saisir cette occasion pour reconceptualiser un ordre mondial fondé sur la solidarité humaine, un ordre qui reconnaît que chaque personne sur cette planète partage une humanité commune, que nous voulons tous que nos enfants grandissent en bonne santé, aient une bonne éducation et occupent un emploi décent, boivent de l’eau potable, respirent de l’air pur et vivent en paix. Notre travail consiste à rejoindre ceux qui, partout dans le monde, partagent ces valeurs et luttent pour un monde meilleur.

 

 

Les autoritaires cherchent le pouvoir en promouvant la division et la haine. Nous allons promouvoir l’unité et l’inclusion.

 

 

À une époque où la richesse et la technologie explosent, nous avons le potentiel de créer une vie décente pour tous. Notre travail consiste à bâtir sur notre humanité commune et à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous opposer à toutes les forces, qu’il s’agisse d’un pouvoir gouvernemental irresponsable ou d’un pouvoir entrepreneurial déraisonnable, qui tentent de nous diviser et de nous opposer. Nous savons que ces forces travaillent ensemble à travers les frontières. Nous devons faire la même chose. »

 

 

Des personnalités ont déjà répondu à cet appel, notamment l’ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis.

 

 

 

 

Yanis Varoufakis, l'ancien ministre des finances du premier gouvernement Syriza en Grèce en 2015, est la première personnalité à avoir rejoint l'appel de Bernie Sanders.

Yanis Varoufakis, l'ancien ministre des finances du premier gouvernement Syriza en Grèce en 2015, est la première personnalité à avoir rejoint l'appel de Bernie Sanders.

 

 

 

C’est de la base que viendra le salut.

 

 

Mais, des personnalités ne suffisent pas. C’est de la base qu’il faut répondre à l’appel de Bernie Sanders à la construction d’un mouvement démocratique mondial. De nombreuses initiatives sont prises un peu partout sur les plans local et régional et surtout, sans faire appel aux appareils. Elles sont concrètes et œuvrent pour les femmes, les migrants, les sans-abris, etc. Bref, les « minorités », les laissés pour compte d’une société dominée par la cupidité ultralibérale. Ces initiatives sont des gouttes d’eau, mais de plus en plus nombreuses, ces gouttes arrivent à former une pluie. C’est de longue haleine, cela durera sans doute une génération, sinon plus. Nous aurons l’occasion d’évoquer l’une d’entre elles très bientôt.

 

Au boulot, les gars !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Pour lire le texte complet de l’appel (en anglais) et visionner la vidéo de l’appel de Bernie Sanders, cliquez sur: https://www.contra-xreos.gr/

 

 

 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 09:38

 

 

 

Elections communales 2018 : la défaite des partis traditionnels

 

Les élections communales – équivalent des municipales en France – donnent en Wallonie et à Bruxelles plusieurs signaux forts :

 

Le premier, c’est le net rejet de la politique du gouvernement nationaliste flamand – libéraux de Charles Michel, mais ce n’est pas en faveur du principal parti d’opposition, le parti de l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo, le PS. En effet, si le MR (Mouvement Réformateur, les libéraux) prend un peu partout une dégelée, les Socialistes n’en profitent pas. Ils se tassent et perdent même dans leurs fiefs. À Liège, le PS n’a plus sa majorité absolue et composera sans doute avec le MR… comme dans d’autres communes de Wallonie.

 

Le second, c’est le notable succès de la formation de gauche radicale, le PTB (Parti du Travail de Belgique). Aussi bien à Bruxelles qu’en Wallonie, c’est une vague – surtout dans les grandes villes comme Liège et Charleroi – et un important progrès dans les communes populaires bruxelloises comme Bruxelles-Ville, Forest, Saint-Gilles et surtout Molenbeek où il pourrait entrer dans la majorité.

 

Le troisième, c’est la « vague verte ». Les écologistes l’emportent pratiquement partout dans le pays et même en Flandre. C’est le point fort de cette élection. Les écologistes entrent dans pas mal de majorités municipales tant en Wallonie qu’en Flandre et prennent même la tête dans certaines communes importantes comme Ixelles et Forest, dans la région bruxelloise et maintiennent leurs maïorats dans plusieurs communes wallonnes comme Ottignies-Louvain-la-Neuve, Amay et à la commune bruxelloise de Watermael-Boitsfort.

 

 

 

Dans la morosité qui règne au PS, une victoire inattendue : Ahmed Laaouej, chef du groupe PS à la Chambre, nouveau bourgmestre de Koekelberg

Dans la morosité qui règne au PS, une victoire inattendue : Ahmed Laaouej, chef du groupe PS à la Chambre, nouveau bourgmestre de Koekelberg

 

 

 

Il est clair que les partis traditionnels en prennent pour leur grade : le MR perd à peu près partout. À Bruxelles-ville, c’est la Bérézina, dans son fief d’Uccle, il perd 30 % mais reste le premier parti et garde la direction de la maison communale. Le PS, lui, se tasse sérieusement, mais se maintient dans les grandes villes comme Bruxelles, Liège, Charleroi, Mons. A noter trois importantes victoires socialistes : Molenbeek où la fille de Philippe Moureaux, Catherine, a viré la bourgmestre MR Françoise Schepmans qui elle-même, avait évincé son père en 2012, à Koekelberg, ou Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre, a détrôné la dynastie libérale Pivin qui régnait sur  cette commune depuis un demi-siècle et, moins spectaculaire, mais significative à  Marche en Famenne dans la province du Luxembourg où le bourgmestre MR de et ministre de la mobilité au gouvernement Michel, François Bellot, cède la place au socialiste Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe PS au Parlement wallon.

 

 

 

Une autre victoire socialiste inattendue : Catherine Moureaux à Molenbeek. Cela fera grincer des dents...

Une autre victoire socialiste inattendue : Catherine Moureaux à Molenbeek. Cela fera grincer des dents...

 

 

 

Quant au CDH – chrétiens démocrates – s’il se maintient dans une grande ville comme Namur, gagne un maïorat à Ganshoren, commune du Nord de Bruxelles, avec l’élection de Pierre Kompany, le père du célèbre footballeur d’origine congolaise, Vincent Kompany, renforce sa position à Jette, il perd globalement et ne sert plus que comme force d’appoint dans plusieurs communes, comme Uccle.

 

Le parti Défi, ex-FDF bruxellois, a loupé son implantation en Wallonie et plafonne dans sa région d’origine, Bruxelles et se retrouve même dans l’opposition, comme à Uccle. Son président, Olivier Maingain, a raté son pari de faire de Défi une formation importante en Wallonie et à Bruxelles. Le « libéralisme social » doublé du radicalisme linguistique, cela ne marche pas ! Il y a fort à parier que ce parti éclatera dans les mois à venir, à la veille des élections européennes, fédérales et régionales du 27 mai 2019.

 

En Flandre, les nationalistes flamands de la NV-A se tassent sérieusement, même si leurs ténors – Bart De Wever à Anvers, Jan Jambon à Brasschaat, Théo Francken à Lubbeek – engrangent un franc succès, ce parti pourrait perdre sa première place aux élections du 27 mai 2019. Mais, au profit de qui ? Des chrétiens du CD&V mais aussi du Vlaams Belang, la formation d’extrême-droite néo-nazie qui a emporté 40 % dans la ville de Ninove et pourrait signer un accord avec la NV-A locale pour gouverner cette commune. Si c’est le cas, cela pourrait avoir des conséquences jusqu’au sein du gouvernement Michel. C’est aussi la Bérézina pour les Socialistes flamands qui perdent Ostende, Bruges et Gand. Quant aux ultralibéraux de l’Open Vld, ils se maintiennent grosso modo. La Flandre penche de plus en plus à droite, tandis que Bruxelles et la Wallonie s’orientent vers la gauche.

 

 

 

Les néonazis du Vlaams Belang "fêtent" leur victoire dans la petite ville de Ninove en Flandre orientale. La bête est toujours vivante !

Les néonazis du Vlaams Belang "fêtent" leur victoire dans la petite ville de Ninove en Flandre orientale. La bête est toujours vivante !

 

 

 

On peut donc conclure que l’on vit un important bouleversement du paysage politique. On a oublié un facteur important : quelque 800.000 nouveaux primo-électeurs ont voté ce dimanche 14 octobre. Il est certain que cela a joué. Les analystes et les ténors des grands partis n’ont rien vu venir. Ils ne s’attendaient pas à un mouvement d’une telle ampleur. C’est un signe que l’habituel jeu de chaises musicales des trois partis traditionnels est terminé.

 

Pour l’ensemble de la Belgique, on observe un mouvement vers la gauche à Bruxelles et en Wallonie, alors que la droite et même l’extrême-droite se renforcent en Flandre. Cela ne fera qu’accentuer la division de la Belgique.

 

Un test à venir : on verra où se situent les Ecolos. À Uccle et dans la commune voisine de Forest, ils ont préféré une coalition de droite avec les libéraux et les catholiques. Par contre, à Bruxelles-Ville comme à Ixelles, il y a un accord PS-Ecolo qui, lui, évacue le MR qui a subi une lourde défaite.

 

Bref, il sera temps que les Socialistes et les Ecologistes sortent de leur ambiguïté : optent-ils pour un libéralisme édulcoré ou pour une rupture avec la politique ultralibérale. On le saura le 27 mai prochain.

 

P. V.

 

Je suis antisémite !

 

Eh oui ! Selon le CRIF, le Conseil « Représentatif » des Institutions juives de France, je devrais être classé parmi les antisémites.

 

En effet, la journaliste française Elise Lucet qui n’hésite pas à affronter les « grands » de ce monde pour dénoncer les dérives de l’ultralibéralisme, a programmé dans son émission « envoyé spécial » de jeudi dernier sur France 2, un reportage sur les estropiés de Gaza. Le CRIF a immédiatement réagi en affirmant avec d’autres associations juives que ce reportage est « antisémite ».

 

Depuis que les jeunes Palestiniens gazaouis manifestent à la frontière avec Israël pour le « retour », les soldats de Tsahal ripostent en tirant systématiquement sur les pieds ou sur les jambes des manifestants. Cette riposte provoque des blessures très graves qui rendent estropiés la plupart des victimes. On est comme toujours dans l’infernal cycle provocation – répression.

 

Regardez ce reportage qui est édifiant.

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/palestine/gaza/video-gaza-une-jeunesse-estropiee_2977663.html

 

On comprend que les partisans de la politique du gouvernement d’extrême-droite Netanyahu n’apprécient guère ce genre de reportage…

 

Dans notre livre (Rebecca Lejeune et moi) « L’émancipation sans la charité », nous évoquons ces ripostes de l’armée israélienne qui ne datent d’ailleurs pas d’hier. Cela s’appelle la politique des « os brisés » (pp. 41 à 44) et cela a commencé lors de la première Intifada, il y a trente ans ! Les soldats ont l’ordre de tirer dans les pieds des jeunes lanceurs de pierres afin de les neutraliser et de les empêcher de recommencer. Beaucoup de ces jeunes victimes sont soignées au centre de la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation) à Bethlehem, mais leur vie est dans la plupart des cas, définitivement brisée. Et cela continue !

 

Eh bien ! Si on se réfère aux critères exposés par le CRIF, notre livre « L’émancipation sans la charité » est antisémite et forcément ses auteurs aussi !

 

 

 

Morceaux d'humeur du 16 octobre 2018

 

 

 

C’est aussi l’occasion de rappeler que ce livre peut être acquis…

 

On peut se procurer le livre « L'émancipation sans la charité » en s'adressant à

 

pierre.verhas@skynet.be

 

Les modalités de paiement (10 € + 2 € de frais d'envoi en Belgique, 4 € en Europe) seront communiquées dès réception de la commande. En effectuant une commande, vous ferez un geste de solidarité, car l'intégralité de la somme sera reversée à la BASR.

 

 

 

P. V.

 

 

 

Pourquoi être contre « BDS » ?

 

La campagne dite « BDS » (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l’occupation israélienne plus que cinquantenaire de Jérusalem-Est et de la Palestine, ainsi que le blocus de Gaza est non seulement inefficace, mais aussi nuisible pour les Palestiniens eux-mêmes.

 

Il y a quinze jours, avec Rebecca Lejeune, co-auteure avec moi du livre « L’émancipation sans la charité » relatif à la Bethlehem Arab Society for Rehabilitation (BASR) (voir ci-dessus), nous nous sommes rendus à une réunion consacrée à la question de l’enfance et de l’éducation en Palestine. Cette réunion fut rehaussée par la présence de Madame Souha Mandsour Shehadeh, pédopsychiatre, responsable du centre de santé mentale de la BASR. Une personne représentant le PTB (Parti du Travail de Belgique) a plaidé pour le BDS. Les arguments qu’elle a avancés étaient tellement démagogiques qu’on ne peut pas rester sans réaction.

 

Ce n’est pas l’intention affichée de sanctionner la politique du gouvernement israélien qui pose problème, c’est l’inefficacité et le caractère nuisible de « BDS » pour les Palestiniens eux-mêmes qui suscitent débat.

 

« BDS » s’inspire du boycott économique qui a existé pendant une vingtaine d’années à l’égard du régime d’apartheid qui sévissait à l’époque en Afrique du Sud. Cependant, « BDS » reste avant tout une action militante, certes à l’échelle internationale, mais qui n’a que des conséquences marginales sur l’économie israélienne. L’embargo sud-africain a été décrété par les Nations Unies et avalisé par pratiquement tous les Etats. Malgré cela, il a fallu une vingtaine d’années pour que les Sud-Africains blancs cèdent.

 

Rien de tout cela avec « BDS ». Israël bénéficie de l’appui efficace des USA et de plusieurs pays européens. Aussi, cette campagne qui dure depuis quelque cinq ans n’a aucun effet réel, sinon qu’elle sert de prétexte à une radicalisation du gouvernement Netanyahu.

 

Elle est nuisible pour les Palestiniens. En effet, bien des producteurs en Cisjordanie font passer leurs productions pour l’exportation avec le label « Made in Israël » ou « Product of Israël ». Ainsi, ces produits palestiniens sont visés par la campagne « BDS » !

 

D’autre part, « BDS » a donné prétexte au gouvernement israélien de refuser l’entrée en son territoire – il n’y a que deux points d’entrée : l’aéroport Ben Gourion de Lod et le pont Allenby à la frontière jordanienne – à toute personne signalée comme appuyant ou faisant partie de « BDS ». Cela a pour effet d’isoler encore plus les Palestiniens.

 

Alors, franchement, cela ne plaira sans doute pas à certains, ne faudrait-il pas réfléchir à une autre action que « BDS » pour soutenir efficacement le peuple palestinien ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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28 septembre 2018 5 28 /09 /septembre /2018 22:57

 

 

 

Le 7 décembre 1941, le maréchal Keitel, chef suprême de la Wehrmacht signa l’ordonnance « Nacht und Nebel », Nuit et Brouillard instaurant un statut spécial pour toute personne qui, en Europe occidentale occupée, représentait un danger pour l’armée allemande d’occupation. Ce statut consistait à emprisonner et déporter lesdites personnes dans des prisons et des camps en les condamnant à une sorte de mort civile : ils n’existaient plus pour personne. Ils ne disposaient plus d’aucun droit, ils n’avaient plus aucun contact avec l’extérieur, nul ne connaissait leur sort.

 

Ce statut épouvantable que les nazis appliquèrent pendant toute la Seconde guerre mondiale a valu à son auteur la condamnation à mort par pendaison au Tribunal international de Nuremberg. Bien des « NN » comme on les désignait, ne revinrent jamais.

 

Les « NN » étaient déportés en Allemagne dans des camps ou des prisons de transit – les plus célèbres d’entre eux furent Borgermoor et Esterwegen au Nord-Ouest de l’Allemagne, près de la frontière hollandaise, en Frise orientale, dans une région appelée l’Emsland. Pratiquement, tous les Résistants belges, luxembourgeois et du Nord de la France y séjournèrent. Ces camps n’étaient pas des camps de concentration classiques. Ils étaient gardés par des « matons » ordinaires allemands dépendant du ministère de la Justice du Reich, ce qui ne les empêchaient pas d’être particulièrement cruels. En réalité, les Résistants « NN » étaient parqués en attendant d’être jugés ou bien transférés dans les camps de la mort comme Bergen-Belsen, Dachau, Buchenwald, Sachsenhausen et même Auschwitz.

 

Vous allez voir une courte vidéo sur les migrants transférés par les autorités belges dans les centres fermés, dont le plus célèbre est le « 127bis » à Steenokkerzeel, une localité au Nord-Est de Bruxelles, non loin de l’aéroport de Zaventem, Brussels Airport.

 

Le sort qui est réservé à ces migrants et à leurs familles ressemble furieusement à l’épouvantable régime que subirent les Résistants « NN » de la Seconde guerre mondiale.

 

Le Royaume de Belgique, Etat de moins en moins démocratique depuis la prise de pouvoir de l’extrême-droite flamande avec la complicité des libéraux, ne respecte plus depuis longtemps les Droits de l’homme, alors que nous commémorons cette année 2018 le septantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ni la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne, sans que les instances internationales ne s’en émeuvent.

 

Ce court film intitulé « Pour eux, on est des bêtes » décrit le sort des migrants enfermés et en apporte la preuve. Regardez et jugez.

 

 

 

 

 

 

Cette vidéo a été réalisée par Rino Noviello pour commémorer le vingtième anniversaire la mort de  Semira Adamu, une jeune Nigériane qui avait fui son pays à la suite d'un mariage forcée et qui a été  expulsée de Belgique le 22 septembre 1998, puis étouffée à l’aide d’un coussin dans l’avion à destination du Nigeria par les gendarmes qui « l’escortaient ».

 

Il y a un parallèle évident avec les « NN ». Le « 127 bis » est le camp de transit où on est détenu par des mesures purement administratives et puis embarqué de force dans un avion à la destination du pays que l’on a fui.

 

Intolérable !

 

Posons-nous la question : combien de ces hommes, femmes et enfants sont torturés, détenus, tués de retour dans leur pays ? Ils nous ont fait confiance. Ils ont cru en nos principes. Ils ne sont plus là… et nos principes, non plus.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 09:28

 

 

 

Nous avons toutes et tous fredonné cette splendide chanson de Jacques Dutronc : « Il est cinq heures, Paris s’éveille ! » qui décrit si lyriquement le réveil de la Ville Lumière. Mais, durant six mois de l’année, en saison estivale, ce titre est faux. S’il est cinq heures à votre montre ou sur les horloges, il est en réalité quatre heures ! Alors, les banlieusards dans les gares, les bouchers qui tranchent le lard à la Villette, les boulangers qui font des bâtards, les ouvriers qui sont déprimés, pour conclure par « les gens se lèvent, ils sont brimés » d’autant plus qu’ils commencent à l’aurore incertaine. Et aujourd’hui que les grands de l’Europe veulent nous imposer l’heure dite d’été toute l’année, les gens seront encore plus brimés, car ils se lèveront en pleine nuit !

 

 

 

Jacques Dutronc nous a tous réveillé, il y a bien longtemps.

Jacques Dutronc nous a tous réveillé, il y a bien longtemps.

 

 

 

Et ceux qui se lèvent à cinq heures – six heures sur votre montre – ne rigolent pas non plus ! Prenez les profs et les marmots : commencer l’école à huit heures dans le noir en plein hiver et avoir la première récré dans la pénombre, il y a plus agréable !

 

Bon nombre de professions vont subir les conséquences d’une éventuelle heure d’été permanente : les personnels soignants des hôpitaux, les cheminots et traminots, les chauffeurs de taxis et de poids lourds, les éboueurs, les policiers, les contrôleurs aériens, les travailleurs des marchés matinaux, les boulangers et n’oublions pas les producteurs de lait : une vache vit au rythme de l’heure solaire et non de celle convenue par les hommes. Aussi, la traite se fera en pleine nuit ! Comme si ces professionnels n’avaient pas assez de difficultés, ainsi !

 

Plusieurs spécialistes de la santé publique tirent eux aussi la sonnette d’alarme : se lever en pleine nuit peut avoir des conséquences néfastes en matière de santé.

 

Le changement d’heure saisonnier, lorsqu’il fut adopté était censé contribuer à des économies d’énergie. Toutes les études ont démontré qu’il n’en était rien. Cependant, si on maintient l’heure d’été permanente qui consiste à faire débuter la vie active avant la fin de la nuit, il y aura une plus grande consommation d’énergie essentiellement électrique. Au moment où l’on évoque de plus en plus des risques de délestage à la suite d’une production d’électricité insuffisante, cela la fout mal, comme on dit vulgairement.

 

L’argument le plus souvent avancé pour l’heure d’été permanente est de bénéficier de la clarté en début de soirée. Que nenni ! Ils oublient que dans nos latitudes nordiques, en hiver, la durée d’ensoleillement est bien plus courte que dans les latitudes plus méridionales. Autrement dit, il commence à faire sombre dès dix-sept heures à votre montre et à dix-huit heures, la nuit est tombée. L’association wallonne pour la sécurité routière plaide pour l’heure d’été permanente prétextant qu’il y aura moins d’accidents le soir grâce à la clarté. C’est s’avancer un peu vite : rouler la nuit ou au crépuscule est tout aussi dangereux.

 

 

 

Rouler la nuit ou au crépuscule représente les mêmes dangers...

Rouler la nuit ou au crépuscule représente les mêmes dangers...

 

 

 

Récapitulons : l’heure d’été pour les pays arrosés par la Mer du Nord et l’Océan atlantique est en avance de 2 heures par rapport à l’heure solaire moyenne au méridien de Greenwich dite UTC (Universal Time Coordinated), autrefois GMT (Greenwich Mean Time) qui n’existe plus depuis l’adoption du Système International d’Unités (SI).

 

En réalité, la Belgique a un décalage réel d’environ 20 minutes par rapport à UTC. Donc, en heure dite d’hiver, on avance de 40 minutes (60 minutes – 20 minutes), tandis que l’heure d’été est en avance de 1 h 40 min.  En France, la ville de Perpignan (Pyrénées orientales) est située sur le méridien de Greenwich ; donc les villes de Saint-Jean de Luz, Biarritz, Bordeaux sont situées à l’Ouest de ce méridien et ont aussi un décalage de 2 heures en été ! C’est aussi le cas de la côte Nord-Ouest de l’Espagne. Et n’oublions pas la pointe occidentale de la Bretagne qui se trouve à l’Ouest de la côte Sud de l’Angleterre ! Seul le Portugal s’est aligné sur l’heure de Greenwich.

 

 

 

Carte d'Europe représentant les différentes heures : en bleu clair, les pays qui sont à UTC - 1 (1h en avance par rapport à Greenwich), l'Islande et les Açores, en bleu la Grande Bretagne et le Portugal : UTC + 0, en rouge, tous les pays qui sont à UTC +1, pratiquement toute l'Europe continentale, en jaune UTC + 2, la Finlande, les pays baltes, l'Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce ; en vert : UTC + 3, la Russie et la Turquie.

Carte d'Europe représentant les différentes heures : en bleu clair, les pays qui sont à UTC - 1 (1h en avance par rapport à Greenwich), l'Islande et les Açores, en bleu la Grande Bretagne et le Portugal : UTC + 0, en rouge, tous les pays qui sont à UTC +1, pratiquement toute l'Europe continentale, en jaune UTC + 2, la Finlande, les pays baltes, l'Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce ; en vert : UTC + 3, la Russie et la Turquie.

 

 

Un autre point : officiellement, on appelle l’heure d’été de l’acronyme CEST (Central European Summer Time), autrement dit l’heure d’été d’Europe centrale, c’est-à-dire celle de Berlin. En prolongeant l’heure d’été, on s’alignera sur celle de la capitale germanique. On peut penser ainsi que l’adoption de l’heure d’été permanente sur l’ensemble du continent européen est dictée par la volonté politique de s’aligner sur l’heure de la capitale de l’Etat membre le plus puissant de l’Union européenne.

 

Et puis, quel cafouillis ! Après le renoncement par la Russie et la Turquie du changement saisonnier d’heure, la Commission européenne a décidé de procéder à une consultation sur Internet au sujet de cette question de changement d’heure saisonnier qui se pratique dans tous les pays de l’Union européenne. Le 16 août, le résultat tombe : 5 millions de personnes ont participé – 5 millions sur 500 millions d’habitants ! – et le résultat est sans appel : la suppression du changement est demandée par 80 % des participants. Aussitôt, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se prononce pour l’adoption de l’heure d’été toute l’année et sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne.

 

 

 

Jean-Claude Juncker s'est montré prudent devant le Parlement européen  dans le débat sur l'heure d'hiver/été.

Jean-Claude Juncker s'est montré prudent devant le Parlement européen dans le débat sur l'heure d'hiver/été.

 

 

 

Mais, lors de son discours sur « l’état de l’Union » devant le Parlement européen, Juncker se montre plus prudent : il propose la suppression pure et simple du changement d’heure. De son côté, le Premier ministre belge Charles Michel prône lui aussi l’heure d’été permanente. Puis, il effectue une marche arrière : il propose de se mettre d’accord au niveau du Benelux, car il a appris que les Pays Bas se prononçaient plutôt en faveur du retour à l’heure dite d’hiver. Et il va encore plus loin : il propose une consultation de la population belge. Mais il doit faire vite ! En effet, il y a une « dead line » où il faudra prendre une décision définitive : avril 2019 où le Parlement européen se prononcera pour l’ensemble de l’Union européenne. On a également appris que la France se prononcerait aussi en faveur de l’heure d’été. Bref, c’est la cacophonie. Et cela risque de se terminer par une non-décision.

 

 

 

Charles Michel s'est sans doute avancé trop vite dans le débat sur l'heure.

Charles Michel s'est sans doute avancé trop vite dans le débat sur l'heure.

 

 

 

Voilà ce qu’il se passe lorsqu’on politise une question qui devrait rester avant tout technique et économique. Certes, une décision politique doit être prise in fine, car il s’agit d’une convention transnationale à adopter, mais le débat, en soi, n’est pas politique. La droite serait pour l’heure d’été et la gauche pour celle d’hiver, ou l’inverse ? Absurde !

 

Consulter la population ? Comment ? Un référendum, alors que tous les « grands » de l’Union européenne craignent ce type de consultation comme la peste ? Et puis, organiser un scrutin sur un sujet important, certes, mais secondaire par rapport à d’autres enjeux comme les traités européens, les pensions, la sécurité sociale, etc., semble plutôt incongru.

 

Non. Il faut des procédures normales pour résoudre la question de l’heure.

 

Une harmonisation entre tous les pays européens est indispensable. Un accord purement Benelux comme le prône Charles Michel, est non seulement insuffisant, mais ridicule. Que fait-il des autres pays voisins de la Belgique, comme la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne ? D’autre part, il n’y a pas que nos voisins directs. Cette question concerne l’ensemble des pays du continent européen qu’ils soient ou non membres de l’Union européenne et aussi les voisins de l’Europe. Ainsi, les autorités marocaines ont fait savoir qu’elles attendent la position européenne avant de décider, tout en manifestant elles aussi leur préférence pour l’heure dite d’hiver.

 

 

Voilà donc un dossier qui est loin d’être clos et que la classe politique aborde très mal, tant elle est sensible à des arguments purement de confort et électoraliste et sans doute aux pressions de l’Allemagne. C’est sans doute cela le plus inquiétant.

 

À suivre, donc.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 17:09

 

 

 

Face aux périls majeurs qui nous guettent, n’est-il pas désespérant d’assister à ces joutes politiciennes où des dirigeants de gauche, comme le président du PS belge, Elio Di Rupo, se disputent de futures coalitions post électorales sans dire un mot de leur projet, sinon des propos du genre « C’est moi le plus beau et c’est lui le plus laid » ? Puéril, dérisoire et lamentable !

 

Un analyste belge de droite, l’économiste Bruno Colmant, s’inscrivant dans la mouvance libérale vient de tirer la sonnette d’alarme sur l’avenir de la société européenne. Ses propos me semblent de loin bien plus intéressants et importants, d’autant plus que les lignes bougent à gauche et d’une manière inquiétante.

 

Une dirigeante du parti de gauche allemand, « Die Linke », Sahra Wagenknecht, par ailleurs épouse d’Oskar Lafontaine, l’ancien ministre des finances de Gerard Schroeder et leader de la cette formation, vient de déclencher un séisme. Elle lance un nouveau mouvement « Aufstehen » (Debout !) s’inspirant de Podemos d’Iglesias et de la France insoumise de Mélenchon entendant rassembler au-delà des clivages politiques. Jusque-là, cette initiative n’a rien de bien original et est plutôt sympathique, son objectif étant de couper la route à l’AfD (Alternative für Deutschland), la formation d’extrême-droite qui est entrée en force au Bundestag après les catastrophiques élections de septembre 2017 et de présenter une réelle alternative à la politique ultralibérale qui sévit depuis trop longtemps.

 

 

 

Sahra Wagenknecht a lancé un débat fondamental qui aura d'importantes conséquences sur l'avenir de la gauche européenne.

Sahra Wagenknecht a lancé un débat fondamental qui aura d'importantes conséquences sur l'avenir de la gauche européenne.

 

 

 

Cependant, en levant toute une série de tabous, Wagenknecht pose la question migratoire qu’elle ne veut pas laisser entre les mains de la seule Afd. Dès lors, elle propose carrément de durcir la politique migratoire qui a permis à plus d'un million de migrants d'arriver en Allemagne depuis 2015.

 

Et elle va jusqu’à user des arguments propres à l’extrême-droite. Elle fustige la « bonne conscience de gauche sur la culture de l’accueil. » La patronne de Die Linke fustige les dirigeants politiques qui vivent « loin du peuple ».

 

Comme économiste écoutée dans les médias allemands, Sahra Wagenknecht justifie son point de vue par la crainte d'une mise en concurrence des travailleurs pauvres. Les milliards d'euros dépensés par le gouvernement pour accueillir les demandeurs d'asile en 2015 « auraient pu aider beaucoup plus de nécessiteux en Allemagne ».

 

Ainsi, reprend-elle à son compte une des thèses clé de l’extrême-droite : « Plus de migrants économiques signifie plus de concurrence pour décrocher des jobs dans le secteur des bas salaires. Le nombre de logements sociaux n'est pas non plus illimité »

 

Néanmoins, il faut nuancer. Selon Dieter Rucht, professeur de sociologie à l’Université libre de Berlin qui a déclaré au journal « Le Monde » du 4 septembre 2018 :

 

« Certes, Wegenknecht souhaite limiter l’immigration, mais elle ne prône ni une immigration zéro ni des expulsions massives des étrangers, contrairement à l’AfD. Par ailleurs, son discours n’est pas fondé sur une vision identitaire et culturelle. Enfin, il n’y a pas chez elle de critique de l’islam, point central du programme de l’AfD. »

Et « le Monde » ajoute : « Si le discours n’est pas le même que l’AfD au-delà d’une priorité commune accordée à la question de l’immigration, l’objectif d’Aufstehen est bien d’offrir une alternative aux électeurs du parti d’extrême-droite ». Evidemment, puisque l’objectif clairement exprimé est de récupérer l’électorat populaire tenté par le discours violemment anti-immigrés des formations d’extrême-droite !

 

Et puis, remontons le temps. La « générosité » manifestée en 2015 par la chancelière Angela Merkel était en réalité intéressée. Le patronat allemand voyait d’un très bon œil l’arrivée de migrants en provenance du Moyen Orient dont beaucoup étaient des personnes qualifiées qui convenaient parfaitement à l’industrie allemande. On a craint une concurrence dans le monde du travail outre-Rhin. Cela n’a pas été le cas, car la guerre se terminant, beaucoup de réfugiés ont préféré revenir dans leur pays et il n’est pas si aisé d’adapter des gens connaissant mal la langue et n’ayant pas la culture de travail germanique. En plus, des incidents entre migrants et allemands ont été montés en épingle par la droite et une certaine presse. L’effet a été immédiat : aux élections de 2017, l’extrême-droite de l’AfD fait une entrée massive au Bundestag.

 

 

Angela Merkel par sa politique d'ouverture aux migrants faisait en réalité le jeu du grand patronat allemand. Cela eut des conséquences très graves pour la démocratie allemande.

Angela Merkel par sa politique d'ouverture aux migrants faisait en réalité le jeu du grand patronat allemand. Cela eut des conséquences très graves pour la démocratie allemande.

 

 

 

En pénétrant dans le terrain de l’AfD, Sarah Wagenknecht cherche donc à récupérer l’électorat populaire qui a déserté la gauche pour rejoindre l’extrême-droite. Et ce n’est pas propre à la seule Allemagne qui se trouve dans une crise politique grave depuis que la question des migrants a éclaté en 2015. La France connaît le même phénomène depuis des années. Les suffrages populaires qui allaient au Parti communiste et en partie au Parti socialiste se sont implantés durablement au Front national de Jean-Marie Le Pen et puis de sa fille Marine dont le leitmotiv est la « lutte contre l’immigration ». D’ailleurs, la « géographie » électorale de cette formation en dit long : les banlieues populaires, la région PACA – où il y a aussi des Français d’Algérie particulièrement aigris – et le Nord. La ville autrefois minière d’Hénin-Beaumont, symbole des luttes ouvrières des mineurs du Nord, est dirigée par le FN depuis une dizaine d’années.

 

 

 

 

La gauche française a cédé le débat sur l'immigration au Front national d eJean-Marie Le Pen et de sa fille Marine.

La gauche française a cédé le débat sur l'immigration au Front national d eJean-Marie Le Pen et de sa fille Marine.

 

 

 

Moins connu est le cas du Danemark. Les sociaux-démocrates danois autrefois catalogués à gauche ont subi une cuisante défaite électorale en 2015. Pour se refaire, ils n’ont rien trouvé de mieux que d’opérer un virage à 180° sur la question de l’immigration. En février 2018, ils ont proposé une série de réformes destinées à « tarir » l’afflux de réfugiés « non-occidentaux ». La dirigeante sociale-démocrate Mette Frederiksen veut réformer le système d'asile « en installant des centres d'accueil à l'extérieur de l'Europe ». Notons que cette proposition a été adoptée lors d’un sommet européen sur la question des migrants…

 

D’après l’agence russe « Sputnik » qui ne diffuse pas que des « fake news » : « Lors de la crise migratoire qui a frappé l'Europe entre 2015 et 2017, le royaume scandinave a accueilli environ 30.000 personnes. Il a ensuite fermé ses frontières terrestres avec l'Allemagne et durci sa politique en la matière. En 2017, seuls 3.500 demandeurs d'asile sont arrivés dans le pays. » Et le même parti social-démocrate s’alarme du fait qu’en 1980 la population non occidentale au Danemark représentait 1 % et aujourd’hui, 8 % ! Vraiment une invasion en trente-huit ans !

Néanmoins, les autres formations de gauche au pays de la Sirène de Copenhague ne suivent guère la dérive des sociaux-démocrates danois.

En France, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon aborde la question de la migration avec nuances. On ne peut pas dire qu’elle est favorable à l’accueil des migrants. Mélenchon a écrit :

« Je suis fatigué de ces discussions où les fantasmes s'affrontent les uns et des autres. Entre ceux qui hurlent sans réfléchir et s'en remettent à des expédients sécuritaires sans consistance et ceux pour qui il est normal que tout le monde puisse venir où il veut quand il veut. »

Bon. Assez démagogique – c’est à l’image de « Méluche » - mais cela n’apporte rien. Que faire quand les migrants sont en France ? Pas de réponse claire.

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon : que faire avec les migrants ?

Jean-Luc Mélenchon : que faire avec les migrants ?

 

 

 

Heureusement, il ne va pas jusqu’à tenir les propos du socialiste Benoît Hamon :

 

« Les migrants je les prends quand ils sont docteurs, les autres il vaut mieux les nourrir là-bas plutôt qu'ils viennent chez nous… »

 

Observons au passage que les médias « aux ordres » n’ont guère fait état de cet avis pour le moins surprenant de la part d’un dirigeant socialiste. Contrairement à d’autres, certains peuvent se permettre des dérapages sans trop risquer l’opprobre générale.

 

La gauche belge n’échappe pas à cette valse-hésitation sur la problématique des migrants. Si le PS et le SPa sont relativement silencieux en la matière, le PTB – gauche de la gauche – se montre assez nuancé – la nuance n’est pas dans ses habitudes ! – en la matière. Dans une interview au « Soir » du 22 août, le député Raoul Hedebouw, le porte-parole du PTB, répond à la question « On vous entend peu sur les problèmes liés à la migration. Le PTB au pouvoir, y aura-t-il encore des rapatriements forcés ? »

 

 

Raoul Hedebouw a aussi une position hésitante sur la question migratoire.

Raoul Hedebouw a aussi une position hésitante sur la question migratoire.

 

 

 

« Oui, mais il faudra définir des critères clairs et objectifs. Pas comme aujourd’hui. » Et il ajoute qu’il n’est pas partisan de l’ouverture des frontières « même si la défense des gens qui fuient les guerres, cela reste notre ADN. On est pour des régularisations selon des règles précises. » Et sur les réfugiés climatiques : « Ça montre bien que l’Europe mirador n’est pas possible. On ne va pas pouvoir gérer les rapatriements. Il faut débattre du statut de réfugié climatique. On plaide pour ça au niveau du Parlement mais on ne parvient pas à débloquer ce débat. Il y a un tabou complet au niveau des causes de la migration. Ce n’est pas la fermeture ou l’ouverture des frontières qui régule la migration, les gens décident de partir parce que c’est la guerre chez eux. »

Enfin, le député propose d’aider les pays du Tiers-monde à s'en sortir par des accords commerciaux et de casser leur dépendance au FMI et à la Banque mondiale.

Là aussi, la réaction est assez timide. Et si, incontestablement, Hedebouw voit plus loin que le bout de son nez, on sent bien que son analyse n’est pas encore très élaborée.

 

Tous ces exemples montrent que la gauche européenne n’arrive pas à se positionner clairement sur la question de l’immigration. Elle l’a d’abord éludée. Ensuite, elle s’est lancée dans une vigoureuse campagne de lutte contre le racisme – qui était indispensable – et enfin, au moment où l’opinion publique et particulièrement populaire montre de grands signes d’inquiétude à l’égard d’une immigration en partie incontrôlée, surmédiatisée, mais en réalité relativement peu importante (voir les graphes ci-dessous), la gauche reste bouche bée et aujourd’hui une partie d’entre elle a un mauvais réveil face à ce phénomène et tente d’adopter des propositions moins manichéennes, mais exprimées avec une grande maladresse, tout cela pour récupérer un électorat populaire de plus en plus tenté par les sirènes de l’extrême-droite raciste.


 

Sur ce graphe établi par Eurostat (le service de statistique de l'Union européenne) et publié par "Alternatives économiques", on voit par année le nombre de demandes d'asile dans l'Europe des 28. On observe les pics de 2015 et 2016 (lors des périodes les plus intenses au conflit syrien) et une forte diminution en 2017 et en 2018.  On constate en outre que l'année où les demandes furent les plus nombreuses (2015), elles dépassèrent à peine 130.000 sur l'ensemble des pays de l'Union.

Sur ce graphe établi par Eurostat (le service de statistique de l'Union européenne) et publié par "Alternatives économiques", on voit par année le nombre de demandes d'asile dans l'Europe des 28. On observe les pics de 2015 et 2016 (lors des périodes les plus intenses au conflit syrien) et une forte diminution en 2017 et en 2018. On constate en outre que l'année où les demandes furent les plus nombreuses (2015), elles dépassèrent à peine 130.000 sur l'ensemble des pays de l'Union.

 

En attendant, il n’y a aucune réponse sur cette complexe question migratoire qui touche aussi bien aux principes fondamentaux figurant dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux problèmes concrets posés par la traite des êtres humains, l’accueil et l’intégration des migrants dans notre société, l’adoption de règles précises sur le séjour et aussi l’aide aux pays du Tiers-monde d’où proviennent la plupart des migrants.

 

Tout cela parce que depuis longtemps, la gauche n’a plus de vision. Elle n’est plus le fer de lance – via les organisations de travailleurs et les partis ouvriers – du projet d’une société nouvelle et de progrès. Si elle veut retrouver des couleurs, elle doit exprimer un réel projet d’avenir. En est-elle encore capable ?

 

Lisons Bruno Colmant dans une tribune publiée le 2 septembre 2018 par le journal financier belge « l’Echo » et reprise sur le blog de Paul Jorion :

 

 

 

L'économiste et académicien Bruno Colmant est un des seuls penseurs à avoir une vision à long terme des questions fondamentales. Et c'est un libéral...

L'économiste et académicien Bruno Colmant est un des seuls penseurs à avoir une vision à long terme des questions fondamentales. Et c'est un libéral...

 

 

 

« Que se passe-t-il ? Est-ce l’exaspération devant des technocraties oligarchiques ? La faiblesse de la représentation démocratique de l’Europe et de la Commission ? Un relent de la crise de 2008 ? Le rejet de la mondialisation et d’une frénésie capitalistique anglo-saxonne ? Les inégalités sociales croissantes ? La peur des migrations ? Le vieillissement de nos populations ? Je ne sais plus. Mais une chose est certaine : les événements se précipitent. Le pire serait de se retrouver aux abords du Traité de Verdun qui sépara l’Empire de Charlemagne, ou dans les tumultes du 16ème siècle ou même dans les rêves de géographies d’antan, avec des fantasmes d’Empire austro-hongrois ou ottoman. Ou plus grave, au terme de la Belle-époque de l’entre-deux guerres.

Et l’économiste libéral de rappeler :

Car, si l’histoire ne se répète pas, elle halète. En 2018, Il y a exactement 80 ans, en juillet 1938, une conférence se tint à Évian pour régler le sort des migrants juifs fuyant l’Allemagne hitlérienne ayant déjà commis l’Anschluss de l’Autriche. Cette conférence, convoquée par le Président des Etats-Unis, conduisit à un échec : aucun pays ne voulut accueillir ces immigrés fuyant les persécutions que personne ne pouvait plus nier. L’Espagne de Franco et l’Italie de Mussolini, alliés de l’Allemagne nazie, furent absents ou silencieux. Même la Belgique, dont le Premier Ministre était Paul-Henri Spaak, évoqua un « manque d’espace » tandis que la France, qui venait d’être dirigée par Blum, avança l’argument de difficultés économiques. Finalement, ces populations furent déplacées et regroupées, plus au Nord, en Pologne occupée. Dans un génocide.

Et pour ceux que les précédents ne rassurent pas, nous entrons peut-être dans les années 30. Je ne parle pas de crise financière imminente mais plutôt de valeurs sociétales, morales et humanistes. Nous serions alors exactement en 1939, dix après la crise de 1929, dans le doute existentiel des migrations gyroscopiques et autres vagues de rejet et de protectionnisme qui ont précédé le second conflit mondial. On le voit dans différents pays européens : tout se met en place, à savoir les pouvoirs autoritaires, la dissolution des accords commerciaux, les fermetures de frontières, les raidissements populistes. Tous ces événements, que je relie peut-être maladroitement et artificiellement, ont bien sûr de profondes et divergentes généalogies. »

 

Cette analyse est sans appel et Colmant ne propose rien de concret  dans l'immédiat sinon de changer de mentalité et d’être ce qu’il appelle « des porteurs de conscience ».

 

« Mais rien n’est perdu et c’est le message que je tente de partager : il faut être en pleine conscience de ce qui se passe et non pas dans la banalisation des outrances. Dans le monde occidental, nous traversons une crise morale, une perte du culte de l’intérêt général et un oubli de la discipline individuelle associée aux objectifs collectifs, avec le risque de bouleversements majeurs des peuples. Le temps nous est compté car ce qui est en jeu, c’est la paix et la bienveillance sociale. Nous n’arriverons pas à vivre dans des mondes hermétiques. Il faut ouvrir le débat moral et sociétal avec une vision profondément humaniste telle que deux mille ans d’histoire l’ont façonnée. Et comme disait Camus, parfois ne pas mettre son fauteuil dans le sens de l’histoire. Il faut réfuter les engouements frénétiques pour des solutions simplistes. Ça finit mal. Toujours. Soyons-en les porteurs de conscience. »

 

Il est symptomatique qu’un homme de droite nous rappelle aux principes de base qui devraient être portés par la gauche : l’intérêt général, les objectifs collectifs, l’ouverture sur le monde et l’humanisme.

 

Ah vraiment ! La gauche est très malade.

 

Pierre Verhas

 

 

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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 09:05

 

 

 

Ce fut du grand art ! Nicolas Hulot, les larmes aux yeux, annonçant sa démission du gouvernement Macron – Philippe devant une Léa Salamé abasourdie, comme s’il l’avait décidée à ce moment. Faux ! Il l’affirme par après : il a pris sa décision la veille au soir. Mais, comme personne ne l’a remarqué, cela apparaît à tous comme spontané ! Chapeau l’artiste !

 

 

 

Nicolas Hulot annonçant sa démission du gouvernement Philippe sur France Inter. Du grand art médiatique !

Nicolas Hulot annonçant sa démission du gouvernement Philippe sur France Inter. Du grand art médiatique !

 

 

 

Mais, une fois de plus, la fausse sincérité médiatique n’a rien à voir avec la réelle sincérité. Hulot n’est pas, comme il se présente et comme les médias le clament à longueur d’émission, un homme descendu de sa forêt pour défendre les grands enjeux environnementaux dans un gouvernement préoccupé uniquement de croissance économique et de déréglementation ultralibérale. Il a fait partie de ce gouvernement à part entière et il en connaissait parfaitement les règles, les enjeux et les rouages.

 

Nicolas Hulot a toujours été proche du pouvoir. Il a élaboré le « Pacte écologique » signé entre autres par Nicolas Sarkozy lors de la campagne des présidentielles de 2007. Il fut la cheville ouvrière du « Grenelle de l’environnement » initié par le même Sarkozy, avant de prendre ses distances. Plus tard, il fut nommé « envoyé spécial pour la protection de la planète » par François Hollande, pour préparer la COP 21, grand-messe internationale s’étant déroulée à Paris fin 2015 et qui a abouti comme d’habitude à une belle et unanime déclaration finale sans aucun effet concret, pour la plus grande gloire d’un Laurent Fabius en fin de carrière.

 

 

 

Laurent Fabius aux côtés de Ban Ki Moon, ex-secrétaire général de l'ONU et de François Hollande, ex-président de la République française après la déclaration finale de la COP 21 : le triomphe des ex !

Laurent Fabius aux côtés de Ban Ki Moon, ex-secrétaire général de l'ONU et de François Hollande, ex-président de la République française après la déclaration finale de la COP 21 : le triomphe des ex !

 

 

 

Nicolas Hulot est aussi un homme d’affaire avisé. Il a mis sur pied la Fondation Ushuaïa consacrée à l'éducation à l'environnement en lien avec l'éducation nationale qui vend en plus des produits dérivés écolos dont il touche les royalties. Il est également le propriétaire d’une société Eole qui gère ses droits d’auteurs. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique évalua en 2017 son patrimoine à plus de 7,2 millions d’Euros. Au sein du gouvernement Philippe, Hulot est le deuxième derrière Muriel Pénicaud, la ministre du Travail. L’ex-ministre de la Transition écologique est propriétaire de neuf véhicules à moteur, dont un bateau, un scooter électrique, une moto et six voitures, qui ne rentrent pas toutes dans la catégorie des véhicules propres. Bref, un parc de véhicules très écologique !

 

L’écologisme baba cool a fait son temps.

 

Cependant, la spectaculaire démission du ministre écologiste a d’autres conséquences. Outre qu’elle affaiblit encore plus la position d’un Macron emberlificoté dans les affaires Benalla et Kohler, ayant perdu sa crédibilité intérieure et internationale, battant largement le record d’impopularité de son prédécesseur, elle montre que l’écologisme baba cool a fait son temps. 

 

La position de Hulot au sein du gouvernement devenait intenable. Il n’a quasi remporté aucun arbitrage sur des questions environnementales. Il s’est planté sur le glyphosate et fut tellement maladroit qu’il s’est mis les agriculteurs à dos, il n’a pu obtenir une renégociation du CETA, en matière énergétique, ce fut un bide. Le lobby nucléaire n’en a fait qu’une bouchée. Il est donc difficile de rester ministre dans ces conditions.

 

Cependant, sa spectaculaire démission a le mérite d’avoir déclenché une prise de conscience. Une phrase de sa déclaration prononcée au début de l’interview à France Inter est significative.

 

« La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil. Et on s’évertue à réanimer un modèle économique qui est la cause de tous ces désordres. »

 

Enfin, et c’est en cela que l’écologie bobo ou baba cool qui servait de bonne conscience à la classe moyenne supérieure ou, si vous préférez, les « bourges », est désormais par terre.

 

Il n’y a pas d’écologie sans lutte des classes.

 

Quand comprendra-t-on qu’il n’y a pas d’écologie sans lutte des classes ? Le capitalisme finit par montrer ses nuisances. On vit d’ailleurs dans une véritable schizophrénie : d’un côté, les médias défendent le modèle économique et culturel de l’ultralibéralisme, de l’autre, elles dénoncent les dangers mortels pour la planète !

 

Le réchauffement climatique en est un exemple probant. Et cet été caniculaire qui n’est sans doute pas uniquement causé par celui-ci, a lui aussi provoqué une prise de conscience : le climat a une influence majeure sur l’activité humaine, comme cela a d’ailleurs toujours été, mais cette fois-ci avec des conséquences dramatiques.

 

Ce n’est pas le fait de bûcherons fous.

 

Prenons un exemple : la déforestation massive au Brésil qui a une influence directe sur le climat n’est pas le fait de bûcherons fous. Elle a pour objet de créer des terres d’élevage de bovins et d’ovidés pour la production massive de viandes et de laines destinée à des entreprises transnationales comme Mc Donald et Benetton. En outre, ces élevages intensifs ont pour effet une augmentation importante du fameux effet de serre. Tout cela avec cette obsession de la croissance afin d’engranger un maximum de profit pour les actionnaires sous forme de dividendes.

 

 

 

 

La déforestation en Amazonie brésilienne est gigantesque.

La déforestation en Amazonie brésilienne est gigantesque.

Cette carte mon l'ampleur de la déforestation au Brésil et dans les pays limitrophes du côté andin.

Cette carte mon l'ampleur de la déforestation au Brésil et dans les pays limitrophes du côté andin.

 

 

 

En matière énergétique, on est dans la même schizophrénie. Ignore-t-on que le bilan énergétique de l’électricité éolienne est négatif ? Autrement dit que l’on consomme plus d’énergie que les éoliennes en produisent ? En ce qui concerne le photovoltaïque – les panneaux solaires – on ne prend pas conscience du fait que la fabrication de ces panneaux nécessite l’extraction de métaux rares qu’on ne trouve que dans certains gisements en Afrique où sont exploités des milliers d’esclaves. En plus – il ne faut pas être physicien pour cela – les panneaux solaires comme les éoliennes ne fonctionnent pas 24 heures sur 24 et ne produisent pas la totalité de l’énergie nécessaire à fournir l’électricité indispensable à alimenter les différentes activités humaines actuelles.

 

Les énergies alternatives dites vertes, essentiellement l’éolien et le solaire, procèdent en plus d’une économie faussée. Elles ne peuvent fonctionner que si elles sont subventionnées. Ce qui, soit dit en passant, est en contradiction avec la pensée antiétatique des ultralibéraux. Il s’agit donc d’un secteur où on investit énormément et qui s’avérera non rentable à moyen terme. L’éolien nécessite un entretien et des remplacements coûteux et le solaire s’use rapidement.

 

 

 

 

 

Eoliennes off shore au large de Zeebrugge (côte belge) : coûteuses, polluantes et... energivores.

Eoliennes off shore au large de Zeebrugge (côte belge) : coûteuses, polluantes et... energivores.

 

 

 

Tout cela montre que les « énergies renouvelables » dites même « durables » sont un leurre entretenu par le capitalisme actuel avec la complicité de la propagande écologiste. Certes, certaines sources d’énergie dites « durables » peuvent être utilisées, mais elles ne sont pas la panacée. Il faut trouver d’autres solutions. Mais c’est impossible avec le lobbying capitaliste dénoncé par Hulot et qui paralyse toute décision politique en ce sens.

 

Ainsi, Nicolas Hulot a démontré sans doute involontairement que le capitalisme est incapable de répondre à l’urgence écologique, ou plutôt qu’il est la cause anthropique majeure de la catastrophe écologique.

 

On oublie aussi un aspect important : dès le premier « choc pétrolier » en 1973 – cela commence à dater – des dirigeants ont tiré la sonnette d’alarme. Ce fut le fameux « halte à la croissance » du club de Rome. Les recommandations qui figuraient dans son rapport sont restées lettres mortes. On ferait peut-être bien de les relire !

 

Le problème des ressources

 

 

Pourtant le problème des ressources et les questions environnementales sont vitales. Or, qu’a-t-on fait jusqu’à présent, sinon les marchandiser ? Meadows, dès 1972, attirait l’attention de l’opinion sur l’inadéquation entre la limitation des ressources naturelles et la recherche perpétuelle de la croissance économique. C’est la question essentielle : les matières premières coûtent de plus en plus cher parce qu’elles se raréfient. Les débats sur le pic pétrolier, les forages pour le gaz de schiste, les recherches pétrolières en zones extrêmes et en mer, témoignent de cette raréfaction des ressources.

 

 

 

Richard Meadows démontrant la nécessité vitale de stopper la croissance

Richard Meadows démontrant la nécessité vitale de stopper la croissance

 

 

 

Il y a en outre le gaspillage : ainsi, chaque année, un tiers des récoltes mondiales est détruit. C’est donc la répartition des richesses qui est ici en cause. Elle est essentielle dans le débat et – est-ce un hasard ? – on ne l’aborde que très peu, voire on la nie : les économistes libéraux se gaussent de la question de la répartition des ressources.

 

A cela, il faut évidemment ajouter la pollution qui devient catastrophique dans les fameux BRICS, notamment la Chine et l’Inde. Des millions de gens respirent et ingurgitent du poison. On remarquera en Europe les procès qui se multiplient concernant d’anciennes pratiques industrielles particulièrement nocives, comme l’amiante, par exemple.

 

En finir avec les « blocs » !

 

Des solutions existent. Elles impliquent un changement profond de nos procédés industriels, mais surtout une meilleure adéquation entre les besoins réels et les capacités productives. Elles impliquent un autre mode de vie moins individualiste, plus solidaire et le rétablissement de la notion de l’intérêt général. Elles impliquent un autre rapport à l’économie. Elles impliquent aussi d’autres relations entre les pays industrialisés et les pays non développés, et surtout entre les peuples : il faut en finir avec les « blocs » si on veut en sortir. Hulot l’avait compris en tentant de s’opposer au fameux traité de libre-échange Canada – Europe, le CETA.

 

L’ultralibéralisme a montré son dramatique échec, mais on est loin de l’avoir éliminé. Il s’agit d’un combat de longue haleine qui doit être le fruit d’une stratégie globale.

 

 

En finir avec le capitalisme !

 

 

Les écologistes, eux, ont montré la faiblesse de leur pensée et de leur action par trop réductrice et partant souvent de faux a priori. Hulot, spectaculairement, vient de le montrer ! C’est un combat global qui permettra aux hommes de retrouver le chemin du progrès. Et cela implique une chose essentielle : En finir avec le capitalisme.

 

Ce sera un combat dur et de très longue haleine. Mais – nous en reparlerons bientôt – le capitalisme si arrogant commence à montrer des signes d’essoufflement. Tout espoir n’est donc pas perdu.

 

Et de toute façon, tout cela a démontré une chose :  l’écologie ne sera efficace que si elle s’inscrit dans le mouvement social. C’est cela le « nouveau monde » et non le leurre d’ultralibéraux comme Macron. En espérant que les dirigeants des partis et mouvements écologistes en prennent conscience. Cela dépend d’eux et de leur base qui semble avoir été quelque peu négligée.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 16:16

 

 

 

Rebecca Lejeune licenciée en philosophie de l’ULB, coordinatrice du secteur culturel de la Fédération des Mutualités socialistes du Brabant

 

Pierre Verhas, contrôleur honoraire à la Cour des comptes, militant socialiste, syndicaliste et mutuelliste, auteur et blogueur

 

 

se sont rendus en octobre 2016 en Palestine pour relater et mettre en lumière l’objectif, la conception et l’organisation de la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation) qui est une ONG particulièrement active dans les soins et surtout à la réhabilitation des personnes handicapées en ce pays nommé Palestine qui comprend en principe, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza.

 

La BASR est devenue au fil des années, une entreprise exceptionnelle par les soins prodigués aux personnes handicapées et leur insertion dans la vie sociale palestinienne et surtout par sa conception globale de la problématique du handicap.

 

La BASR est la preuve concrète de la capacité des Palestiniens, souvent présentés par leurs ennemis comme des destructeurs et des terroristes, à édifier une entreprise de soins, humaniste, élaborée, moderne, répondant aux exigences sophistiquées de notre temps.

 

Le centre de la BASR est situé à Beit Jala au Nord de Bethlehem et son périmètre d’activité s’étend principalement dans les deux districts du Sud de la Cisjordanie, Bethlehem et Hébron, mais il accueille aussi des personnes handicapées provenant du Nord de la Cisjordanie, de Jérusalem Est et même de Gaza. Son ambition est d’étendre son influence sur toute la Palestine.

 

On pourrait rétorquer que c’est une gageure de traiter de manière globale et efficace le handicap dans un pays occupé, soumis aux tracasseries et persécutions constantes de l’armée israélienne, à l’expansion des colonies qui morcellent ce territoire de 6000 km2 et, en plus, qui est entravé par le mur de séparation – les Palestiniens l’appellent le « mur d’apartheid » - qui pénètre profondément dans le territoire attribué aux Palestiniens par les accords d’Oslo. C’est donc ce défi que la BASR tente de relever.

 

On le sait : il ne se passe pas un jour sans que les médias n’évoquent l’interminable conflit opposant Israéliens et Palestiniens à Gaza, à Jérusalem Est et en Cisjordanie. Cet état de guerre à la fois larvé et permanent doublé d’une occupation plus que cinquantenaire est source de nombre de violences, de misères, de persécutions et de viols des principes fondamentaux censés protéger toute personne et tout peuple selon les principes édictés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 ratifiée entre autres par Israël.

 

Pour bien évaluer cette situation, il convient de remonter le temps, car la terre de Palestine est meurtrie par l’histoire depuis plus d’un siècle. D’ailleurs, en cette terre, le présent et le passé sont intimement liés.

 

Ensuite, nous tentons de décrire de la manière la plus exhaustive possible la démarche, les objectifs, l’histoire, la structure de la BASR, en partant de son concept fondamental : l’inclusion des personnes handicapées dans la société palestinienne en partant du principe que les handicapés sont un apport et non une charge. Ils peuvent contribuer à faire progresser un peuple qui vit dans la pire adversité et qui ne demande qu’à se libérer et s’épanouir.

 

En définitive, ce n’est pas la BASR qui s’intègre à la société palestinienne, c’est la société palestinienne qui s’intègre à la BASR tant elle est conçue sur la base d’une conception moderne et progressiste qui amène petit à petit les Palestiniens et surtout les femmes de Palestine à se libérer du poids d’une société patriarcale figée par la tradition et la chape de plomb d’une occupation de plus en plus cruelle et aussi à s’épanouir par leur propre action et sans avoir à quémander à quiconque la charité qui mène inéluctablement à la dépendance.

 

Empowerment not charity est la devise de la BASR que l’on pourrait traduire par L’émancipation sans la charité. Nous avons décidé d’en faire le titre de ce livre qui résume bien la philosophie de la BASR basée sur le progrès et la solidarité rejetant le cadre caritatif qui ne génère que la dépendance.

 

L’objet de ce livre est de mieux faire connaître la BASR au public et de lui assurer concrètement notre solidarité. En effet, le produit de la vente du livre L’émancipation sans la charité sera intégralement reversé à la BASR.

 

 

 

L'émancipation sans la charité

 

 

 

On peut se procurer le livre "L'émancipation sans la charité" en s'adressant à

 

pierre.verhas@skynet.be

 

Les modalités de paiement (10 € + 2 € de frais d'envoi) seront communiquées dès réception de la commande. En effectuant une commande, vous ferez un geste de solidarité, car l'intégralité de la somme sera reversée à la BASR.

 

 

 

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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 15:00

 

 

 

Cap privatisation (I)

 

Prenez une heure de votre temps pour visionner ce film intitulé « Vérités et mensonges sur la SNCF » et réalisé par le Comité régional des syndicats de cheminots du Nord- Pas de Calais.

 

Le thème en est la libéralisation du rail imposée par l’Union européenne à tous les Etats membres afin de transformer le service public national du chemin de fer en entreprises concurrentes sur le grand marché européen.

 

On s’apercevra que l’on procède de manière identique en France comme en Belgique. Par exemple, on scinde le service public en deux : une entité consacrée à la gestion de l’infrastructure et l’autre s’occupant de la commercialisation du transport. On voit tout de suite l’objectif : socialiser les pertes et privatiser les bénéfices. Ensuite, on introduit le management « moderne » qui consiste à minimiser les coûts, ce qui porte atteinte au service, au statut des travailleurs cheminots et surtout à la sécurité. De nombreux accidents mortels s’expliquent par cette véritable désorganisation imposée d’en haut qui n’a que la seule vision financière de l’exploitation du rail.

 

Cette « politique » a aussi un aspect culturel qu’on évoque peu : des métiers disparaissent par cette imposition de la polyvalence, les équipes se disloquent. Le travailleur n’est plus qu’une unité sans aucune possibilité de prendre une initiative ou de donner un avis. Il est devenu une « bonne à tout faire » sous les ordres de « petits chefs » jouant les kapos du management.

 

Cette dévalorisation du travail dans le « nouveau » management est un élément fondamental que les organisations de travailleurs doivent prendre en compte en priorité. Un travail dévalorisé impliquera inéluctablement une diminution des revenus du travail assorti d’une baisse de sa qualité.

 

Il y a donc une nette volonté de supprimer le service public qui s’inscrit dans la politique de démantèlement de l’Etat social au profit de l’omnipotence de l’économie financière et des entreprises transnationales. Cela n’est pas nouveau et les premiers à avoir initié cette politique sont les partis sociaux-démocrates qui étaient tout puissants dans les années 1990. Par naïveté ou par duplicité, ils ont cru qu’en cédant aux exigences du grand capital, ils pourraient préserver l’essentiel. « Sans nous, ce serait pire ! » répondaient-ils aux sceptiques.

 

Eh bien ! Aujourd’hui, l’essentiel se disloque… et c’est bien pire !

 

 

 

 

 

Cap privatisation (II)

 

Le journal « Le Soir » du 18 août publie une interview de Koen Van Gerven, le CEO de Bpost – l’ancienne poste qui en des temps préhistoriques maintenait le contact grâce aux facteurs entre les gens de toutes conditions et en tous lieux – l’entreprise semi-privatisée (par les soins des socialistes du sieur Di Rupo) dont on ne sait pas très bien le destin.

 

Le chiffre d’affaire de Bpost chute de manière inquiétante. Certes, il y a la concurrence du courrier électronique qui prend de plus en plus de parts de marché par rapport au traditionnel courrier papier, mais la distribution des colis connaît une croissance intéressante. Cependant, c’est insuffisant selon Van Gerven.

 

 

 

Koen Van Gerven : le prototype du patron payé à prix d'or pour démolir une entreprise publique.

Koen Van Gerven : le prototype du patron payé à prix d'or pour démolir une entreprise publique.

 

 

 

 Observons au passage qu’aucune initiative sérieuse n’a été prise pour adapter la Poste à cette nouvelle donne. Nulle innovation. Non. On a fait des économies. On a sabré dans les dépenses et on a tenté de minimiser les coûts. Vieilles recettes ultralibérales qui montrent depuis des décennies leur nuisance. La volonté est donc clairement exprimée : éliminer le service public pour ouvrir le marché aux entreprises transnationales qui n’auront plus qu’à ramasser les miettes.

 

Cependant, il y a un « os ». Bpost a acheté une entreprise américaine spécialisée dans l’e-commerce, Radial. Cette firme gère tout ce qui est après le « clic » de l’e-commerce : l’emballage, le tri, l’envoi, la détection des fraudes, etc. Cela a coûté 820 millions de dollars alors que cet achat était estimé à 700 millions au départ ! Cela a fait chuter l’action de l’opérateur belge de moitié ! Et, malgré cela, Van Gerven assure que c’est une bonne opération !

 

« La société fonctionne bien d’un point de vue opérationnel. On l’a vu pendant la période des fêtes l’année dernière, traditionnellement très chargée. Par contre, au niveau du développement commercial, il y a des choses à améliorer. C’est souvent le cas lorsqu’une entreprise est dans un processus de vente. Le propriétaire attache moins d’attention à sa base de clients. Le taux d’attrition (NDLR : clients qui quittent) est plus élevé que les estimations que nous avions faites et celles-ci étaient déjà plus pessimistes que les chiffres de l’ancien propriétaire. »

 

Ces propos lénifiants ne rassurent personne ! On perd de l’argent et des clients. Bpost n’est manifestement pas assez solide pour s’installer sur le marché américain. « A part ça, tout va très bien, Madame la Marquise » …

 

Cette opération ratée sera-t-elle un nouveau Dexia ? Certes, pas dans les proportions de l’ancienne banque franco-belge, mais le contribuable belge devra probablement y aller de sa poche.

 

Et ce n’est pas tout. Il y a le secteur des colis qui, lui, fonctionne bien et est largement bénéficiaire. Mais, il y a eu le rachat loupé de PostNL – la Poste néerlandaise – qui reste opérationnelle sur le marché du Benelux. Aussi, Van Gerven a jugé nécessaire d’avoir un partenariat avec DHL. Cependant, PostNL n’a pas dit son dernier mot. Il vient d’inaugurer deux centres de tris de colis en Belgique. Et le CEO de Bpost ne voit pas là une concurrence qui pourrait mettre en danger ce secteur dans Bpost…

 

« PostNL n’a pas dit que la vente de ces filiales allait entraîner un regain d’attention pour le marché belge. A mon sens, rien n’a changé. Et puis, s’ils ouvrent des entrepôts en Belgique, il ne faut pas oublier que nous le faisons également aux Pays-Bas. Nous sommes présents sur 7 sites aux Pays-Bas via des sociétés comme Dyna, Leen Menken, Active Ants. PostNL est un acteur important en Belgique sur lequel il faut bien sûr garder un œil mais nous sommes sur un marché en croissance et il n’y a pas de guerre des prix. »

 

Des acteurs importants s’accaparent ce secteur, mais pas de panique, il n’y a pas de concurrence, car le marché est en croissance… On ne peut mieux user de langue de bois et avouer qu’on est sur la défensive !

 

 

Tout cela montre que confier le management des entreprises publiques à une seule personne aussi douée soit-elle et présentée par les banques – Koen Van Gerven est un ancien de chez Fortis – est très dangereux. L’Etat a fui ses responsabilités comme il l’avait jadis fait pour la Sabena avec les conséquences que l’on sait.

 

Et cela démontre surtout que la privatisation, cela ne va pas de soi. Et sans doute, peut-on se poser la question : si elle n’est certainement pas souhaitable, la privatisation d’un service public est une opération hasardeuse aussi bien pour l’Etat que pour… le Capital !

 

Cap privatisation (III)

 

La catastrophe de Gênes a prouvé deux choses : l’indifférence et l’incurie du gouvernement d’extrême-droite italien et les conséquences de la privatisation.

 

 

 

La catastrophe de Gênes n'est pas due à la fatalité !

La catastrophe de Gênes n'est pas due à la fatalité !

 

 

 

Le journaliste Hugues Lepaige dans la « Revue politique » tire en quelques phrases les conclusions de cette tragédie qui a coûté 43 vies humaines, causé l’inhabitabilité de nombreux logements dans un quartier populaire et engendré une perte économique considérable pour la ville de Gênes.

 

Il écrit :

 

« Toutes ces polémiques vaines et déplacées ne peuvent éluder la cause profonde de cette tragédie annoncée : la disparition du concept d’Etat, le renoncement des pouvoirs politiques, toutes tendances confondues, quant à la protection et à la valorisation des infrastructures publiques et parallèlement le développement d’une politique de privatisation à tout crin. À la fin du XXe siècle, l’Italie a vécu comme toute l’Europe les assauts de l’ultralibéralisme qui a abouti aux privatisations massives et au renoncement idéologique de la social-démocratie. Mais le contexte italien a sans doute encore radicalisé le phénomène. L’explosion de Tangentopoli – les scandales de la corruption à Milan – au début des années 90 a emporté les partis traditionnels et a encore accentué la méfiance à l’égard de l’Etat (déjà faible) et du politique au profit d’une privatisation à outrance. La crise du PCI et sa transformation progressive en formation blairiste ont emporté les derniers barrages. La privatisation n’a évidemment pas empêché la poursuite de la corruption – les partenaires avaient simplement changé — mais elle a surtout laissé exsangues les services publics et les infrastructures collectives désormais vouées au seul profit. Le sort des régions touchées par les différents tremblements de terre de ces dernières années en est, parmi d’autres, un exemple dramatique. La tragédie du Pont Morandi s’inscrit dans la suite de cette même politique. L’extrême droite de la Lega et le M5S dénoncent aujourd’hui les responsabilités des gouvernements précédents. Certes, mais eux-mêmes n’en sont pas exempts. Et leur antiétatisme qui s’exprime à des degrés divers, leurs critiques permanentes des services publics ainsi que leur inscription dans la logique libérale ne peuvent qu’en faire les continuateurs du renoncement. »

 

Oui, la disparition du concept d’Etat, la privatisation, la corruption qui ne gangrène pas que l’Italie, sont les conséquences de la politique ultralibérale imposée partout en Europe. Et, ajoutons que le « populisme » n’est guère une alternative : il s’inscrit dans la logique économique et anti pouvoir public de l’ultralibéralisme.

 

 

 

Les « collaborateurs » ou la novlangue patronale

 

Notre ami Bernard Gensane a publié sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com ) un très édifiant propos de l’ancien député PS Gérard Filoche qui fut inspecteur du travail dans son jeune temps.

 

Ce propos porte sur le mot « collaborateur » utilisé par le patronat et les directions d’entreprises pour désigner les ouvriers et les employés salariés. Il y a dans cette sémantique une astuce que Filoche met en évidence. On est vraiment dans la novlangue et l’euphémisation que dénonçait George Orwell.

 

De l'importance du sens du mot "collaborateur" ... et de quelques autres

Une bien plaisante sotie de Gérard Filoche sur le discours patronal :

 

« La DRH : - « Bonjour Monsieur l’inspecteur, je vous présente mes collaborateurs… »


- Ah, vous avez des gens extérieurs à l’entreprise, ils ne sont pas déclarés ?


- Mais non, bien sûr, ils sont salariés. Ici, dans l’entreprise, bien sûr.


- Pourquoi vous les appelez collaborateurs ?


- Mais on les appelle comme ça, ce sont des collaborateurs…


- Mais, Madame, vous savez ce qui caractérise un contrat de travail, c’est un « lien de subordination juridique permanente ». Je parle en droit. Tout salarié est « subordonné ». On ne peut à la fois, être « collaborateur » et « subordonné ».


- Monsieur l’Inspecteur on les appelle ainsi, par respect, pour les associer…


- Madame, le mot « collaborateur » n’existe pas une seule fois dans le Code du travail, restez donc sur un plan juridique, c’est clair : un « salarié » !


- Mais enfin monsieur l’Inspecteur, on a le droit d’appeler nos… nos collaborateurs comme on veut.


- Madame, vous faites de l’idéologie. S’il vous plait, pas avec moi.


- Comment ça ?


- C’est de l’idéologie que d’appeler un salarié « collaborateur ». Ça peut faire croire, qu’il est sur un pied d’égalité avec vous dans son contrat mais ce n’est pas le cas. C’est parce qu’il est subordonné qu’il a des droits. Le code du travail, c’est la contrepartie à la subordination. Supprimer la notion de subordination, ça enlève la contrepartie. Ça fait croire que dans l’entreprise, tous ont le même « challenge», le même « défi » (pour parler français), sont dans le même bateau. Jusqu’à ce que le patron parte avec le bateau et que le salarié reste amarré sur le quai au Pôle emploi, et il s’aperçoit alors qu’il n’était pas collaborateur mais bel et bien subordonné…Le patron et le salarié n’ont pas les mêmes intérêts. L’un cherche à vendre sa force de travail le plus cher possible, l’autre veut la lui payer le moins cher possible.


- Là, monsieur l’inspecteur, c’est vous qui faites de l’idéologie !


- Vous croyez ? Le Medef veut remplacer la "subordination" par la "soumission librement consentie" (compliance without pressure) il espère comme ça enlever toute "contrepartie". Puisqu'il y aurait "collaboration" il n'y aurait plus besoin de droit. Il remplacerait le contrat de travail signé entre deux parties inégales par un contrat entre deux parties présumées égales c'est à dire par un contrat commercial. Tous VTC, tous Deliveroo. Tous Foodora. Tous Ryan Air. Bon alors, les mots ont une importance cruciale, je propose d’arrêter tous les deux, Madame la DRH, et pour nous départager, de nous en tenir au droit du travail tel qu'il existe encore, au seul état de droit dans l'entreprise, donc on parle de « salariés » désormais. Uniquement.


- Bien mais c’est dommage, j’utilise « collaborateur » parce que c’est valorisant…


- C’est vous qui le dites ! Vous ne vous demandez pas pourquoi on n’a pas mis le mot « collaborateur » en 1945-46 dans le code du travail ?


- C’est une question de génération…On n’a pas le même sens pour le même mot…

 

- C’est certain. « Collaborateur », c’est marqué d’infamie. On n’a donc pas la même approche. Allez, n’en parlons plus, mais encore une fois, soyez correcte : appelez vos salariés des salariés… »

 

 

 

 


 

Morceaux d’humeur du 19 août 2018

 

 

 

Ce dialogue pourrait se passer en Belgique en remplaçant « Pôle emploi » par « ONEm », « Medef » par « FEB », « Code du Travail » par « Loi sur le contrat de travail » et « Lois sur le travail ».

 

Et ce n’est d’ailleurs pas surprenant que Macron, alors ministre de François Hollande, via la ministre du travail – comme cela il ne se mouillait pas trop – a démantelé le Code du Travail français et s’apprête à parachever son « œuvre » depuis qu’il est Président.

 

Pour inverser cette tendance, il y a vraiment du travail ! Il y a cependant de l’espoir. Le mouvement social à l’échelle européenne des travailleurs navigants de Ryanair est sans doute le début d’une véritable Résistance.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 15:29

 

 

 

S’il est un mot détestable, c’est bien « gouvernance ». Ce vocable entretient la confusion entre la direction d’une entreprise et celle de la chose publique.

 

Les événements qui secouent cet été, qui agitent les médias et le microcosme politique montrent le double échec de la « gouvernance » : le pouvoir technocratique instauré par Emmanuel Macron dès le début de sa présidence vient de montrer ses limites avec cette rocambolesque affaire Benalla. Et le pouvoir politique incarné par des institutions qui apparaissent désormais inefficaces et obsolètes, s’est ridiculisé.

 

Il est symptomatique qu’une affaire aussi subalterne ait pu affaiblir les instruments du pouvoir, de la présidence « monarchique » française au Parlement où il est désormais impossible d’aboutir à un résultat digne de ce nom, en passant par un gouvernement frappé de paralysie.

 

La fin du politique

 

Nous assistons à la fin du politique inapte à s’imposer et à l’échec total de la technocratie ébranlée par le moindre choc. Certes, on peut rétorquer que cette affaire Benalla ne concerne que la France et qu’elle est en définitive le feuilleton de l’été qui sera oublié à la rentrée prochaine.

 

 

 

Jacques Attali et Emmanuel Macron à une réunion de la Commission Attali : les débuts d'une gouvernance

Jacques Attali et Emmanuel Macron à une réunion de la Commission Attali : les débuts d'une gouvernance

 

 

 

Le cas Macron en France est en effet spécifique : un homme sans aucune expérience politique porté à la présidence par la haute finance européenne. Cela n’est pas un secret. Il suffit de réécouter les commentaires élogieux et quelque peu imprudents d’un Jacques Attali qui se vante d’être un faiseur de présidents. En d’autres pays, cela ne se passe pas d’une telle manière, mais le schéma est similaire.

 

Si on observe la Belgique, le gouvernement libéral – nationaliste flamand avec les débris de la démocratie chrétienne flamande au pouvoir depuis 2014 est manifestement l’œuvre des milieux d’affaires. La formation la plus importante de ce pouvoir, le parti nationaliste flamand NV-A (Nouvelle Alliance Flamande), est liée au VOKA, le patronat des grandes entreprises en Flandre. Certains dirigeants libéraux comme le vice-premier ministre Alexander De Croo est lui aussi très proche des tenants de la haute finance en Belgique. Et n’oublions pas l’autre vice-premier ministre, Didier Reynders, chargé des Affaires étrangères qui, lui aussi, a des attaches dans les milieux de la haute finance internationale. Avec le scandale « Kazakhgate », il a cependant été quelque peu imprudent, car manifestement, il ne sélectionne pas très bien ses relations… Enfin, jusqu’ici, il reste intouchable.

 

 

 

 

Didier Reynders, ministre belge très libéral des Affaires étrangères : sous les ors du pouvoir se cachent souvent des pièges.

Didier Reynders, ministre belge très libéral des Affaires étrangères : sous les ors du pouvoir se cachent souvent des pièges.

 

 

 

Sur le plan des programmes et actions de ces deux gouvernements, les politiques menées sont quasi identiques : privatisations, démantèlement de la Sécurité sociale, déréglementation. En France, cette politique a été définie dans les rapports de la Commission Attali dont Emmanuel Macron était une cheville ouvrière, politique qui a été initiée par son prédécesseur « socialiste ». En Belgique, le gouvernement du « socialiste » Di Rupo fut aussi l’initiateur de cette politique. Ces différents plans ont tous un point commun : ils s’inspirent des recommandations et réglementations de la Commission européenne qui cherche à instaurer un régime ultralibéral pour le grand marché européen.

 

 

 

 

Elio Di Rupo, alors Premier ministre socialiste belge avec l'ancien président français François Hollande : le compromis avec le capitalisme est devenu compromission.

Elio Di Rupo, alors Premier ministre socialiste belge avec l'ancien président français François Hollande : le compromis avec le capitalisme est devenu compromission.

 

 

 

Cependant, cette belle mécanique est en train de se gripper. Il y a d’abord eu le Brexit qui est un casse-tête qui paraît de plus en plus inextricable, ensuite, s’est greffée ce qu’on appelle la « crise des migrants ». On peut en déduire que le système européen est d’une complexité telle qu’il est devenu impossible de le réformer ou de le perfectionner. À force de réglementer sur tout et n’importe quoi, c’est-à-dire sur toute activité à caractère commercial, on a monté une machine infernale paralysante. Une mesure claire est devenue impossible.

 

L’instauration d’un régime ultralibéral, c’est-à-dire la déréglementation, nécessite pour ce faire une réglementation tatillonne, ce qui est pour le moins paradoxal et démontre aussi que le « laisser faire, laisser aller » total ne va pas de soi : il lui faut une police !

 

Quant à la question des migrants, la mesure coercitive de quotas imposée d’en haut par les instances européennes a suscité colère et division. Au lieu d’une politique d’accueil équitable, on a préféré réglementer et négocier en catimini avec la Turquie d’Erdogan et les chefs de guerre libyens. Le résultat : l’afflux de migrants qui sont bien moins nombreux qu’on veut nous faire croire est devenu une crise politique et éthique majeure et l’Union européenne n’a plus d’union que le nom. Les pays de l’Est, Pologne en tête, s’en éloignent de plus en plus. Le « populisme » - c’est-à-dire un régime fort, conservateur et d’exclusion -  s’installe solidement à l’Est et menace l’Ouest de l’Europe. L’Autriche et l’Italie ont basculé. D’autres pays sont menacés, comme le Danemark, les Pays Bas, la Belgique. Tous ces Etats risquent de plonger dans ce que le Hongrois Orbàn appelle la « démocratie illibérale » et que ses adversaires nomment la « démocrature ». Mais, ces mêmes Etats mènent sur les plans économique et social une politique bien ultralibérale !

 

 

 

Le "premier" hongrois Viktor Orbàn s'impose de plus en plus comme le leader du "populisme" ou de "l'illibéralisme" européen.

Le "premier" hongrois Viktor Orbàn s'impose de plus en plus comme le leader du "populisme" ou de "l'illibéralisme" européen.

 

 

 

Peu importe d’ailleurs ces néologismes, la réalité traduit l’échec des démocraties dites libérales et la nuisance d’une société ultralibérale qui réduit l’être humain à un robot producteur - consommateur dont les pulsions et les actes sont dictés par la soi-disant seule « rationalité » économique dans le plus grand intérêt des entreprises transnationales.

 

C’est « l’homme unidimensionnel » du philosophe Herbert Marcuse qui fut le penseur qui inspira les révoltes de 1968 dans le monde occidental. Celui dont, paradoxalement, les jeunes de l’époque ne voulaient pas et qu’ils ont en définitive façonné ! 

 

 

Les migrants nous rappellent à l’ordre.

 

 

Ce sont donc les migrants qui nous rappellent à l’ordre : ils nous contraignent à reconsidérer la base de notre société, base qui n’aurait jamais dû être ébranlée : la solidarité. Cette solidarité que justement la classe dirigeante tente de démolir. Mais, et c’est sans doute là qu’il risque d’y avoir une alliance objective entre les « populistes » et les ultralibéraux : tout sera fait pour casser cet élan de solidarité qui s’est manifesté dès le départ avec les migrants. L’exemple le plus frappant est le revirement d’Angela Merkel.

 

 

 

Angela Merkel affaiblie cède sur tous les terrains. Elle n'est plus le leader incontesté de l'Allemagne et de l'Union européenne.

Angela Merkel affaiblie cède sur tous les terrains. Elle n'est plus le leader incontesté de l'Allemagne et de l'Union européenne.

 

 

 

La chancelière allemande prôna au départ une politique d’accueil des migrants, spécialement ceux en provenance du Proche Orient. Certes, ce n’était pas désintéressé. L’industrie manufacturière allemande a un important besoin de main d’œuvre qualifiée et les technocrates ont estimé que les réfugiés syriens sont en général des gens qualifiés qui conviendraient parfaitement. C’était oublier qu’un travailleur n’est pas interchangeable comme une machine. Aux Syriens, il fallait apprendre la langue, ils devaient s’adapter au mode de vie et à la culture du travail à l’allemande. Cela nécessitait donc un investissement important. Aussi, le grand patronat allemand a fait marche arrière. Les incidents qui se sont déroulés – on n’a jamais su réellement comment – à Cologne la nuit du Nouvel-an 2016 où des migrants ont été accusés d’avoir agressé, harcelé, voire violé des femmes, ont achevé de retourner l’opinion publique allemande.

 

Certes, il y a eu des incidents, mais, manifestement, des médias ont monté cette affaire en épingle. Les élections qui ont suivi ont consacré la défaite cuisante de la chancelière et de la social-démocratie dirigée par le pâle Martin Schultz et l’entrée spectaculaire au Bundestag de l’Afd, parti « populiste » qui a été hissé au rang de troisième formation politique allemande. Après moult péripéties, la « grande coalition », CDU-CSU, SPD a été reconduite, mais considérablement affaiblie. Elle a failli éclater, il y a peu, suite au chantage du ministre de l’Intérieur, un Bavarois CSU, justement pour durcir la politique à l’égard des migrants. Merkel a cédé…

 

Le populisme a de beaux jours devant lui.

 

En Belgique, si on avait un gouvernement « normal », le secrétaire d’Etat à l’immigration, le NV-A Théo Francken aurait été depuis longtemps renvoyé à ses « chère études » après ses mesures discriminatoires, sa proposition de déroger à la Convention européenne des droits de l’homme, la dramatique affaire Mawda, l’enfermement des enfants dans les centres fermés et aussi ses propos notoirement racistes.

 

 

 

Malgré ses propos inacceptables et son action discriminatoire, Théo Francken reste solidement installé au gouvernement Michel.

Malgré ses propos inacceptables et son action discriminatoire, Théo Francken reste solidement installé au gouvernement Michel.

 

 

 

 

En outre, il ne faut pas se leurrer. L’opinion publique est majoritairement hostile aux migrants. La crise sociale et économique génère un sentiment de peur et de rejet de l’autre qui est subtilement entretenu par certaines formations politiques. Le « populisme » a de beaux jours devant lui. La menace est réelle et les derniers propos d’Orbàn ne sont pas faits pour rassurer.

 

« Un processus général de droitisation s’observe dans toute l’Europe. (…) Il est possible de renverser l’élite libérale pour la remplacer par une élite chrétienne. (…) Il y a trente ans, nous croyions encore que l’Europe était notre avenir. Nous croyons aujourd’hui que c’est nous qui sommes l’avenir de l’Europe. »

 


Le Hongrois se positionne comme le chef de file du « populisme » en Europe et son programme est clair : culture chrétienne et modèle familial traditionnel, protection des frontières, rejet du multiculturalisme et de l’immigration.

 

Les deux tragiques erreurs du camp progressiste

 

Comment en est-on arrivé là ? Reconnaissons que deux tragiques erreurs ont été commises par le camp progressiste. La première : les partis sociaux-démocrates ont naïvement – ou par duplicité pour certains – cru qu’en suivant le processus ultralibéral lancé il y a près de quarante ans par Thatcher et Reagan, ils arriveraient à maintenir l’Etat social. Ils collaboraient et ils ont volontairement oublié l’avertissement que Rosa Luxemburg leur a lancé au début du XXe :

 

« « Lorsqu’on croit que les masses ne peuvent être achetées qu’avec des pourboires, on finit par perdre la conscience des masses et le respect de ses adversaires : on ne gagne rien mais on perd tout. »

 

 

Rosa Luxemburg fut une militante et une intellectuelle lucide et sans complaisances. Cela lui coûta la vie.

Rosa Luxemburg fut une militante et une intellectuelle lucide et sans complaisances. Cela lui coûta la vie.

 

 

 

Résultat : les mécanismes de sécurité sociale sont en train de s’effondrer les uns après les autres.

 

Secondement, en cédant aux sirènes du communautarisme, en considérant que les immigrés formaient un nouveau prolétariat qui s’inscrivait dans le modèle marxiste classique, ils disposeraient ainsi d’une force de combat contre le monde capitaliste. Certains ont même été jusqu’à penser que l’Islam serait le nouveau moteur d’une hypothétique Révolution mondiale ! Résultat : ils ont non seulement contribué au développement de l’islamisme qui, c’est exact, est « révolutionnaire » en ce sens qu’il détruit les acquis des Lumières dans notre société et l’universalisme des droits de l’homme. En plus, ils ont contribué à l’expansion des idées « populistes » et du racisme qu’ils combattaient au premier chef.

 

Les avertissements des anciens

 

La seule réponse est de reconstruire tant que faire se peut les mécanismes de solidarité. Il n’y a pas de liberté sans solidarité. Il ne peut y avoir d’universalisme sans solidarité. Et il ne peut y avoir d’égalité sans solidarité. Toutes et tous doivent y être associés et surtout y contribuer. C’est la seule manière de rétablir le politique.

 

Il va de soi que nous continuerons à en parler.

 

 

« A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens », le fameux mot d’ordre de Karl Marx est plus que jamais d’actualité. Mais ce n’est pas du sommet, c’est de la base que cela doit se construire. Ce n’est plus à un parti aussi fort et organisé soit-il qu’il faut confier cette œuvre, c’est le peuple lui-même qui doit élaborer ces nouveaux modèles de solidarité par des organisations locales, régionales, européennes qu’il crée et contrôle démocratiquement. La même Rosa Luxemburg, après la Révolution russe, avait averti :

 

« La liberté réservée aux seuls partisans du gouvernements, aux seuls membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »

 

Les avertissements des anciens sont toujours valables aujourd’hui.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Les références à Rosa Luxemburg émanent du livre de Robert Falony, 1914 – 2014 La véritable histoire du siècle en Belgique et dans le Monde, Editions Jourdan, Paris 2014 et du récent ouvrage d’Anne Vanesse : Rosa Luxemburg et les socialistes belges…, Cimarron, 2018, 1190 Bruxelles. Ouvrages que nous vous conseillons chaleureusement !

 

 

 

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 13:52

 

 

 

J’ai commis une erreur. J’ai posté l’article de Dominique Vidal « En Israël, les trois dimensions d’une dérive fascisante » un jour trop tôt.

 

En effet, la Knesset a voté, hier 18 juillet 2018, une loi qui bouleverse fondamentalement le statut de l’Etat d’Israël. Cette loi transforme l’Etat d’Israël en « Etat-nation du peuple juif dans lequel il réalise le droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination ».

 

C’est, comme on le voit ci-dessous, une loi raciste. Après la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, grâce à Nelson Mandela dont on vient de commémorer le 100e anniversaire de la naissance, un autre Etat renoue avec cette pratique abominable – et pas n’importe quel Etat – l’Etat d’Israël qui porte en lui la terrible mémoire du crime le plus abominable de l’histoire : la Shoah, parce qu’il héberge bon nombre de rescapés et  leurs descendants qui savent ce que signifie la discrimination.

 

 

 

 

Nelson Mandela a vaincu l'apartheid en Afrique du Sud. Il renaît en Israël.

Nelson Mandela a vaincu l'apartheid en Afrique du Sud. Il renaît en Israël.

 

 

 

 

Laissons la parole à Charles Enderlin, citoyen franco-israélien, qui a effectué son service militaire dans Tsahal, qui fut pendant des années le correspondant de France 2 en Israël, qui eut le courage de l’objectivité de montrer la réalité de l’occupation militaire de la Palestine, ce qui lui valut d’être littéralement persécuté durant près d’une décennie par des fanatiques juifs français et israéliens. Il a pris sa retraite depuis peu, vit à Jérusalem et continue à travailler via les réseaux sociaux et son blog. Il a publié aujourd’hui sur Facebook les propos de Jean-Christophe Attias, philosophe et historien juif français, qui, en quelques lignes bien senties explique l’enjeu de cette nouvelle loi qu’il intitule :

 

« La loi d’apartheid

 

À part ça, tout va bien.

 

Ce jour, en vertu d'un vote des députés israéliens par 62 voix contre 55 et deux abstentions, Israël est devenu « l’Etat-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination ».

 

J’explique : Israël a cessé d'être l'Etat des Israéliens, ses citoyens non juifs sont officiellement devenus des citoyens de seconde zone, privés de tout droit à l'autodétermination mais aussi de toute possibilité d'identification pleine et entière à l'Etat dont ils sont citoyens, et la « seule démocratie » du Proche-Orient se définit clairement, désormais, comme une ethnocratie.

 

J’explique : Israël parle désormais officiellement au nom de tous les Juifs du monde, à qui personne n'a pourtant demandé leur avis, et qui n'ont pas de représentants à la Knesset, à moi, en tout cas, on n'a rien demandé (mais ce n'est pas bien grave, je sais).

 

J'explique encore : l'Etat-nation du peuple juif est actuellement dirigé par un type, Benjamin Netanyahu, qui accueille Viktor Orban, un brigand de son espèce, qui voit un « homme d'État exceptionnel » en Miklos Horthy, le régent de la Hongrie, allié des nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Je rappelle que 600 000 des 800 000 Juifs hongrois sont morts durant la Shoah.

 

J'explique encore une petite chose et c'est fini, je promets : non seulement Israël piétine officiellement ses citoyens arabes, mais il piétine la mémoire du peuple dont il prétend être l'Etat-nation. Ou pour le dire autrement : il n'a d'autre souci que d'assurer la suprématie interne de sa majorité juive et se fout pas mal des Juifs en général.

 

À part ça, tout va bien. »

 

Tout est dit.

 

 

 

 

 

Jean-Christophe Attias, philosophe et historien spécialiste de l'histoire du judaïsme

Jean-Christophe Attias, philosophe et historien spécialiste de l'histoire du judaïsme

 

 

 

Volontairement, je ne parle pas de « sionistes »

 

 

Ajoutons que c’est volontairement que je ne parle pas de « sionistes » ou « d’Etat sioniste », car le projet sioniste a été détourné pour devenir celui d’un Etat raciste, ou une « ethnocratie » comme l’écrit Attias. C’est fondamentalement en contradiction avec les principes édictés par le fondateur du sionisme, Théodore Herzl.

 

 

Si l’idée du retour est très ancienne dans les communautés juives d’Europe, le mouvement sioniste a vu le jour dans le courant du XIXe siècle au sein des communautés ashkénazes d'Europe centrale et orientale vivant dans un contexte d’antisémitisme généralisé qui a conduit aux pogroms dans les pays slaves et qui s’est développé aussi en Europe occidentale, dont la France qui fut secouée par le choc provoqué par l'affaire Dreyfus. Bien qu'ayant des caractères spécifiques du fait de la dispersion des Juifs et de l’incertitude de leur sort, cette idéologie sioniste peut s’assimiler au développement du principe de nationalité en Europe et au colonialisme.

 

 

Le fondateur du sionisme politique fut Théodore Herzl (1860 – 1904) citoyen austro-hongrois né à Budapest. Docteur en droit de formation, Herzl commença par écrire des pièces de théâtre puis devint journaliste et part à Paris comme correspondant de 1891 à 1896. Il s’établit alors à Vienne et devint directeur littéraire du plus grand et du plus prestigieux quotidien viennois, la Neue Freie Presse.

 

 

 

Théodore Herzl, le fondateur du sionisme politique parlait d'Etat juif et non d'Etat des Juifs.

Théodore Herzl, le fondateur du sionisme politique parlait d'Etat juif et non d'Etat des Juifs.

 

 

 

L’Etat juif et non l’Etat des Juifs

 

 

L’affaire Dreyfus qu’Herzl avait couvert comme journaliste, le convainquit de fonder le sionisme. C'est à cette époque qu'il estima indispensable la fondation d'un « abri permanent pour le peuple juif », thèse qu'il reprit dans son livre « Der Judenstaat », écrit en 1896. Le débat autour du titre français du Judenstaat bute sur certaines particularités linguistiques. Faut-il alors traduire « Judenfrage » — qui figure en sous-titre de l'ouvrage de Herzl, « Versuch einer modernen Lösung der Judenfrage » — par la question des Juifs et non par la question juive ? Soulignons que Herzl surveilla de très près l’édition française de son ouvrage et qu'il voulut que le titre soit « L'État Juif » et non l'État des Juifs, tout comme en anglais, la traduction fut « The Jewish State ».

 

 

On voit ainsi que ce débat qui a l’air purement sémantique, est en fait fondamental et que Herzl a clairement tranché.

 

 

L’Etat d’Israël, comme Etat juif est un Etat accueillant les Juifs du monde entier auxquels, pour la première fois dans leur histoire, il leur était reconnu une nation, dans la conception de l’Etat-nation née au XIXe siècle. Son fondateur, David Ben Gourion, le proclama en ces termes le 14 mai 1948, dans une petite salle du musée de Tel Aviv :

 

 

 

 

 

 

David Ben Gourion proclamant la naissance de l'Etat d'Israël sous le portrait de Théodore Herzl

David Ben Gourion proclamant la naissance de l'Etat d'Israël sous le portrait de Théodore Herzl

 

 

 

« Eretz Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se modela sa forme spirituelle, religieuse et politique. C’est là qu’il réalisa son indépendance. C’est là qu’il créa ses valeurs tant nationales qu’universelles et qu’il donna au monde le Livre des Livres Eternels. Exilé de Palestine, le peuple juif lui demeura fidèle tout au long de sa dispersion et il n’a cessé de prier pour son retour. »

 

Ensuite, il donna en quelques mots les principes constitutifs du futur Etat : paix, justice, liberté, notamment des cultes et de conscience, égalité sociale et politique sans distinction de race et de sexe, respect de la Charte des Nations Unies. Et David Ben Gourion termina par un appel à l’immigration juive pour la reconstruction et la « rédemption d’Israël ».

 

 

Michel Laval écrit : « Phrase après phrase, le visage du futur Etat se dessine. Israël sera une démocratie, mais une démocratie « pas comme les autres » portant le double héritage de l’idéal politique européen moderne et de l’histoire du peuple juif, de la Déclaration des droits de l’homme et de l’Ancien Testament, des Lumières et du Talmud, de Montesquieu et de Moïse ».

 

 

De cet extraordinaire discours transparaissent deux éléments fondamentaux. Les valeurs juives sont mises en parallèle avec les valeurs universelles ou communément admises par l’ensemble des démocraties et les Nations Unies et qui constituent le droit international. C’est évidemment la source d’un antagonisme majeur : dans certaines circonstances, n’y a-t-il pas contradiction entre ces valeurs juives et les règles du droit international ? Israël – et c’est logique – mettra en avant la judéité qui est sa raison d’être, souvent au détriment du droit des gens.

 

 

En outre, Ben Gourion mit en exergue l’idée d’un Etat d’Israël exemplaire. Et il le fut incontestablement à ses débuts en bien des points, comme la hauteur morale exceptionnelle de ses premiers dirigeants, une organisation démocratique très poussée, une éducation particulièrement soignée. Mais il restait la plaie des réfugiés palestiniens qui ternissait cet idéal animant incontestablement les pionniers.

 

 

La double ambiguïté

 

 

En définitive, il y eut une double ambiguïté : la première est issue de la fameuse déclaration Balfour de 1917 et qui est très bien résumée en une phrase par Arthur Koestler :

 

« Une nation a solennellement promis à une autre le territoire d’une troisième. »

 

De là est née la conception du partage du territoire de la Palestine « mandataire » entre les Juifs et les Arabes : le premier fut un plan anglais publié en 1937 et mort-né. Le second en 1947, le plan Bernadotte, délégué de l’ONU en Palestine, qui fut assassiné par des terroristes du Stern, et le troisième, les accords d’Oslo de 1993 dont les deux auteurs, Itzhak Rabin et Yasser Arafat décédèrent, le premier assassiné à Tel Aviv en novembre 1995 et le second probablement empoisonné en 2004, en France.

 

 

 

Iitzak Rabin et Yasser Arafat se serrant la main devant Bill Clinton après la signature des accords d'Oslo à Washington. Tous deux furent assassinés.

Iitzak Rabin et Yasser Arafat se serrant la main devant Bill Clinton après la signature des accords d'Oslo à Washington. Tous deux furent assassinés.

 

 

 

Et la seconde ambiguïté qui a été mise en évidence dès le 14 mai 1948 est dans certains cas, la contradiction entre l’héritage spirituel et éthique juif et les principes édictés par la Charte des Nations Unies et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. C’est ainsi que l’Etat d’Israël n’a jamais respecté les résolutions des Nations Unies.

 

Et depuis aujourd’hui, l’Etat fondé par David Ben Gourion n’est plus une démocratie.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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