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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 13:27

 

 

 

Deux incidents viennent de relancer le débat sur l’antisémitisme, débat pollué par le fanatisme et l’ignorance.

 

Le premier s’est tragiquement déroulé en France.

 

L’assassinat de Mireille Knoll, une vieille dame juive, rescapée de la rafle du Vel d’Hiv, les 16 et 17 juillet 1942, vivant seule dans son petit appartement de la banlieue parisienne a ému et révolté tout être humain digne de ce nom. Comment peut-on avoir l’abjection et la lâcheté de tuer une personne fragile de par son âge, mais forte de cœur ?

 

 

 

Mireille Knoll lâchement assassinée parce qu'une Juive, cela a de la thune !

Mireille Knoll lâchement assassinée parce qu'une Juive, cela a de la thune !

 

 

 

Ce forfait a-t-il été commis parce qu’elle était juive ? Les deux paumés qui ont été arrêtés voulaient sans doute s’emparer de sa « fortune » parce que tout le monde sait qu’une Juive, cela a beaucoup de sous ! En plus, ces deux petits cons la connaissaient et avaient bénéficié de sa générosité ! C’est ce qu’on peut appeler l’antisémitisme primaire.

 

 

Le trépas de Mireille Knoll a très vite symbolisé le regain d’antisémitisme que l’on constate particulièrement en France.

 

 

 

Le CRIF représentatif ?

 

 

 

Mais cet antisémitisme résurgent est exploité politiquement par quelques organisations de la communauté juive de France dont l’inévitable CRIF (Conseil « Représentatif » des Institutions juives de France) qui fait la pluie et le beau temps sur la question israélienne au sein de la classe politique française. Au dîner annuel du CRIF, tout le gratin politique se dispute les places jusqu’au président de la République qui y prononce un discours.

 

 

Une question : le CRIF est-il réellement représentatif de la communauté juive de France ? Certainement pas, parce que cette communauté comme toutes les autres est diverse. Il y a des Juifs religieux comme des Juifs laïques, il y a des Juifs sionistes comme des Juifs antisionistes, il y a des Juifs de gauche comme de droite et aussi apolitiques. En plus, ils appartiennent à des classes sociales différentes. Il y a des Juifs appartenant à la haute bourgeoisie, d’autres sont des enseignants, des fonctionnaires, des commerçants, des artisans, des ouvriers. Bref, les Juifs français ont un point commun : ils appartiennent à une même culture, mais ils sont aussi divers que tous les Français. Alors, est-ce le seul CRIF qui les représente ? Evidemment, non.

 

 

Après le meurtre de Mireille Knoll, plusieurs citoyens juifs et non juifs ont décidé d’organiser une marche blanche en sa mémoire qui a très vite été récupérée par le CRIF. De plus, il s’est arrogé le droit d’interdire aux représentants du Front national et de France insoumise d’y participer.

 

 

« Le CRIF, quant à lui, avait cru bon de déclarer que les leaders du FN et de la France insoumise n’étaient pas les bienvenus. Pardon, mais de quoi je me mêle ? Qu’est-ce qui permet au CRIF de prononcer des limites à la fréquentation de l’espace public ? Et puis, depuis quand lance-t-on des invitations pour un enterrement ? Quel était le message, on ne veut pas de votre colère, ou de votre tristesse ? Pas cachères ?

 

Heureusement, Daniel Knoll, le fils de la défunte a eu, lui, les mots qu’il fallait pour replacer la mort atroce de sa mère dans le malheur français d’aujourd’hui. Reste qu’une fois de plus, les Juifs de France ont été embarqués sans l’avoir voulu dans un combat qui n’est pas le leur. Alors, désolée pour ceux que cela chagrinera, mais il faut dire et redire que le CRIF n’a aucune légitimité à se présenter comme le parti des Juifs. Il n’a aucun droit d’imposer à la cacophonie juive française une ligne politique (surtout quand elle est aussi consternante et peu politique que celle-là). Quant à la LDJ [Ligue de Défense Juive], je ne sais pas ce qu’elle défend, mais comme on ne dit plus, ce n’est pas bon pour nous. »

 

 

Qui a écrit cela ? Un journaliste antisémite ? Eh bien, non ! C’est Elisabeth Lévy, journaliste de droite, revendiquant sa judéité, fondatrice du journal « Causeur » …

 

 

 

 

Marine Le Pen expulsée de la marche blanche par les gros bras de la LDJ

Marine Le Pen expulsée de la marche blanche par les gros bras de la LDJ

Jean-Luc Mélenchon sera lui aussi exfiltré de la marche blanche sous les ordres du CRIF.

Jean-Luc Mélenchon sera lui aussi exfiltré de la marche blanche sous les ordres du CRIF.

 

 

 

Et que s’est-il passé ? Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux députés à l’Assemblée nationale,  ont été exfiltrés manu militari par les gros bras de la LDJ sous l’œil bienveillant des leaders du CRIF. Daniel Knoll, le fils de Mireille Knoll, a commenté brièvement cet incident :

 

 

Daniel Knoll, le fils de Mireille Knoll, a fait preuve d'un grand courage.

Daniel Knoll, le fils de Mireille Knoll, a fait preuve d'un grand courage.

 

 

 

« Je pense qu’il y a des gens biens partout, dans toutes les religions, tous les partis, toutes les couleurs de peau. Et il y a des abrutis, et chez nous aussi il y a des abrutis. Je le reconnais et je ne leur donne pas raison. Tout le monde aurait dû défiler dans le calme. »

 

 

La politisation de l’antisémitisme

 

 

La réalité : ces associations politisent l’antisémitisme. Par définition, en fonction de son appartenance politique, on est antisémite ou non. Donc, Le Pen et Mélenchon sont antisémites, alors qu’aucun des deux n’a tenu ou cautionné de propos antisémites.

 

 

Ces mêmes associations se permettent de qualifier d’antisémite toute personne qui affiche un soutien par trop radical à leurs yeux à la cause palestinienne.

 

 

Et pour effectuer du « nettoyage », ses dirigeants n’hésitent pas à faire appel à une milice privée d’ailleurs interdite aux Etats-Unis et en… Israël, la Ligue de Défense Juive qui avait été fondée par feu le rabbin Kahane.

 

 

Le second incident a lieu en Belgique.

 

 

L’Université Libre de Bruxelles (ULB) a décidé de remettre cette année-ci les insignes de Docteur Honoris Causa entre autres au cinéaste britannique Ken Loach. Tollé de plusieurs personnalités et associations juives belges.

 

 

 

Ken Loach est donc antisémite !

 

 

 

Ken Loach, homme de gauche radicale, a réalisé des films d’une qualité exceptionnelle exprimant ses préoccupations sociales, politiques et humanistes. On retient parmi eux l’extraordinaire Land and Freedom qui dénonce l’action des Staliniens pendant la guerre d’Espagne. Il a reçu deux fois la palme d’or du Festival de Cannes. C’est la qualité de son œuvre et son message humaniste que l’ULB a décidé d’honorer.

 

 

 

 

Ken Loach, le grand réalisateur de cinéma, considéré désormais comme un antisémite

Ken Loach, le grand réalisateur de cinéma, considéré désormais comme un antisémite

 

 

 

Cependant, Ken Loach a le grand tort d’être un militant affiché de BDS (Boycott Désinvestissements, Sanctions), association fondée par des Palestiniens et des militants occidentaux – américains comme européens – ayant pour objet de faire campagne contre l’achat de produits en provenance des colonies israéliennes dans les territoires occupés. On peut détecter ces marchandises à la lecture du code barre de leurs emballages.

 

Et BDS, cela fait mal. Si les Ultras du Sionisme se sont déchaînés contre cette campagne, c'est sans doute parce qu'elle est efficace !

 

 

 

 

Le professeur et député libéral Jacques Brotchi s'est indigné de la remise des insignes de Docteur Honoris Causa de l'ULB à Ken Loach.

Le professeur et député libéral Jacques Brotchi s'est indigné de la remise des insignes de Docteur Honoris Causa de l'ULB à Ken Loach.

 

 

 

C’est le professeur honoraire de l’ULB Jacques Brotchi qui est aussi un homme politique libéral, considéré à juste titre comme un sage en matière de santé publique, qui a été le premier à s’être insurgé contre la décision de remise des insignes de Docteur Honoris Causa de l’ULB à Ken Loach. Aussitôt, plusieurs associations juives ont emboîté le pas.

 

 

Elles ont publié le communiqué suivant :

 

 

« Nous sommes conscients qu’à travers ses films et son style sans concession, Ken Loach dénonce avec talent les inégalités sociales et réussit à y sensibiliser un large public.

 

 

Toutefois, « l’engagement et l’action dans le monde » d’un réalisateur ne peuvent se mesurer exclusivement à l'aune de ses réalisations cinématographiques. Il y a son œuvre cinématographique certes, mais il y a aussi le reste. Et le reste est déplorable.

 

 

Ainsi, Ken Loach a développé une haine obsessionnelle d’Israël jusqu’à faire du sionisme un mouvement allié des nazis et à considérer que les communautés juives attachées à cet Etat sont des entités hostiles.

 

 

Ken Loach est à ce point obsédé par Israël qu’il en devient incapable de dénoncer l’antisémitisme et le négationnisme lorsqu’ils s’expriment au sein même de sa famille politique.

 

 

Alors que des incidents antisémites se multiplient au sein du Parti travailliste britannique depuis qu’il est dirigé par Jeremy Corbyn, Ken Loach se range systématiquement du côté des militants travaillistes aux idées ouvertement antisémites et conspirationnistes, tout en affirmant qu’il n’a jamais entendu ni lu le moindre propos antisémite de leur part.

 

 

Pire, Ken Loach a lui-même tenu des propos plus que douteux lorsqu’une journaliste l’interrogeait en septembre 2017 sur la remise en cause de la Shoah. Incapable de condamner purement et simplement le négationnisme, il s’est perdu dans une réponse ambiguë en déclarant que « l’histoire est là pour être discutée par nous tous ».

 

 

Dans ce contexte, nous estimons que l’ULB ne devrait pas attribuer les insignes de docteur honoris causa à Ken Loach. Sa tolérance inacceptable à l'égard de l’antisémitisme et la forme révisionniste qu’il donne à son engagement pour la Palestine sont incompatibles avec les valeurs de respect que l’ULB doit incarner et mettre à l’honneur à l’occasion de cette cérémonie. »

 

 

 

Le Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind

Continuité des Anciens Résistants Juifs de Belgique

L’Enfant Caché

L’Union des Déportés Juifs de Belgique - Filles et Fils de la Déportation

L’Union des Etudiants Juifs de Belgique

 

 

Ce communiqué reprend tous les poncifs de la propagande du gouvernement Netanyahou : Est antisémite tout individu qui soutient ouvertement les Palestiniens.

 

 

La « haine obsessionnelle d’Israël »

 

 

Des expressions comme « haine obsessionnelle d’Israël » le montrent. La critique des crimes de l’armée israélienne dans les territoires occupés est donc de la haine obsessionnelle ! Et, on va encore plus loin : « jusqu’à faire du sionisme un mouvement allié des nazis et à considérer que les communautés juives attachées à cet Etat sont des entités hostiles. » Doit-on rappeler que de hauts dirigeants de Tsahal ont dénoncé la dérive fasciste du gouvernement israélien et de certains partis qui le composent ?

 

 

Zeev Sternhell, l’antisioniste utile

 

 

Récemment, dans « le Monde », l’historien israélien Zeev Sternhell qui n’hésite pas à comparer la politique raciste du gouvernement actuel au nazisme !

 

 

 

 

Zeev Sternhell, grand historien et intellectuel israélien, est la bête noire des extrémistes israéliens.

Zeev Sternhell, grand historien et intellectuel israélien, est la bête noire des extrémistes israéliens.

 

 

 

Il commence par poser la question :

 

« Quand, exactement, les Israéliens, au moins en partie, ont-ils compris que leur cruauté envers les non-juifs sous leur emprise en territoires occupés, leur détermination à briser les espoirs de liberté et d’indépendance des Palestiniens ou leur refus d’accorder l’asile aux réfugiés africains commençaient à saper la légitimité morale de leur existence nationale ? »

 

En effet, une nouvelle loi a été adoptée sous la pression des deux partis les plus extrémistes du gouvernement israélien :

 

« L’élément le plus important de cette nouvelle jurisprudence est une législation dite « loi sur l’Etat-nation » : il s’agit d’un acte constitutionnel nationaliste dur, que le nationalisme intégral maurrassien d’antan n’aurait pas renié, que Mme Le Pen, aujourd’hui, n’oserait pas proposer, et que le nationalisme autoritaire et xénophobe polonais et hongrois accueillera avec satisfaction. Voilà donc les juifs qui oublient que leur sort, depuis la Révolution française, est lié à celui du libéralisme et des droits de l’homme, et qui produisent à leur tour un nationalisme où se reconnaissent facilement les plus durs des chauvinistes en Europe. »

 

Et l’objectif de la loi est de transformer l’Etat d’Israël en une nation purement juive :

 

« En effet, cette loi a pour objectif ouvertement déclaré de soumettre les valeurs universelles des Lumières, du libéralisme et des droits de l’homme aux valeurs particularistes du nationalisme juif. Elle obligera la Cour suprême(…) à rendre des verdicts toujours conformes à la lettre et à l’esprit de la nouvelle législation.

 

Mais la ministre va plus loin encore : elle vient juste de déclarer que les droits de l’homme devront s’incliner devant la nécessité d’assurer une majorité juive. Mais puisque aucun danger ne guette cette majorité en Israël, où 80 % de la population est juive, il s’agit de préparer l’opinion publique à la situation nouvelle, qui se produira en cas de l’annexion des territoires palestiniens occupés souhaitée par le parti de la ministre : la population non-juive restera dépourvue du droit de vote. »

 

Et, deuxième élément :

 

« Dans le même ordre d’idées, d’ores et déjà, en cas d’annexion officielle des territoires occupés, eux et leurs partis politiques annoncent sans complexe qu’ils refuseront aux Palestiniens la nationalité israélienne, y compris, évidemment, le droit de vote. En ce qui concerne la majorité au pouvoir, les Palestiniens sont condamnés pour l’éternité au statut de population occupée. »

 

Qu’on considère ou non, comme Elisabeth Lévy, que Zeev Sternhell soit un « savant utile de l’antisionisme », on ne peut que constater des faits : cette loi revient à retirer tous les droits fondamentaux à tout habitant non juif de la Palestine historique qui serait transformée en un Etat d’Israël purement juif.

 

L’image monolithique du Juif

 

Ce fait politique n’est-il pas bien plus grave que des propos prêtant à confusion recueillis de la bouche de Ken Loach dans une interview datant de 2017 ?

 

Heureusement, et c’est un démenti aux extrémistes, bien des Juifs et d'Israéliens sont farouchement opposés à ce nationalisme exacerbé. Et cela est le plus beau barrage à l’antisémitisme et à son image monolithique et caricaturale du Juif.

 

La preuve en est : l’Union des Progressistes Juifs de Belgique, par la voix de son représentant, Henri Goldman, s’est démarquée de la démarche des organisations juives de Belgique.

 

Cependant, le plus déconcertant, ce sont les extrémistes nationalistes qui font la pluie et le beau temps dans le gouvernement d’un Netanyahou affaibli par ses problèmes de corruption, qui ont exactement la même vision que les nazis et tous les antisémites, du peuple auquel ils appartiennent !

 

L’ULB a finalement répondu ce mardi soir 3 avril aux réclamations des associations en justifiant leur choix d’honorer Ken Loach. 

 

« Monsieur Loach a été choisi par le Conseil académique de l’ULB, dans le cadre de l’Année des Diversités,  en raison de son ‘œuvre militante relative aux conflits sociaux et la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins'”, annonce l’ULB. “Si les prises de position politiques de Monsieur Loach dans le cadre du conflit Israélo-arabe attirent inévitablement les critiques de ses opposants, aucun élément du parcours de ce cinéaste engagé ne permet cependant d’étayer des accusations d’antisémitisme ou de révisionnisme à son égard. »

 

L’ULB maintient donc la cérémonie prévue le 26 avril prochain, lors de laquelle Ken Loach, ainsi que sept autres personnes, dont l’ancienne ministre française Christine Taubira, recevront la plus haute distinction universitaire.

 

Je reste dans le gris !

 

Concluons par cet épisode vécu et raconté par Michel Warshawski militant anticolonialiste et pour une paix juste et équitable en Israël Palestine.

 

 

Michel Warschawski militant israélien pour une paix juste et équitable et surtout pour qu'Israêl éradique son caractère colonialiste

Michel Warschawski militant israélien pour une paix juste et équitable et surtout pour qu'Israêl éradique son caractère colonialiste

 

 

 

Lorsqu’il fut arrêté pour avoir entretenu des contacts réguliers avec des Palestiniens, ce qui est interdit par une loi israélienne, il était déjà un militant connu. L’agent du Shinbeth qui l’interrogeait, lui proposa un marché – il risquait cinq années de prison – : « Regardez le sol. Il y a des damiers blancs et noirs. Si vous choisissez le blanc, c’est-à-dire le camp israélien et renoncer à vos relations avec les Palestiniens, vous serez libre. Si vous choisissez le noir, c’est-à-dire le camp palestinien, vous purgerez de longs mois en prison. »

 

Warschawski répondit : « Entre le blanc et le noir, il y a un interstice qui est gris. C’est là où je me trouve ! »

 

L’officier du Shinbeth lui laissa trois jours pour réfléchir. Lorsqu’il revint, après lui avoir demandé son choix, Warshawski lui répondit : « Je reste toujours dans le gris ! »

 

Et il purgea sa peine.

 

Et tant qu’on ne sera pas dans le gris, rien n’avancera !

 

 

Pierre Verhas

 

 

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 08:27

 

 

 

Le soudain regain de tension entre l’Europe et la Russie prenant prétexte de l’atroce empoisonnement de l’ex-espion russe Serguei Skripal et de sa fille Julia à Salisbury au Royaume Uni est très inquiétant. Tout de suite, la Première ministre conservateur Theresa May accusa Poutine, alors que Scotland Yard déclara qu’il faudrait des semaines pour déterminer le coupable de ce crime. Elle expulsa aussitôt 23 diplomates russes.

 

Observons ensuite que ce meurtre a eu lieu quelques jours avant l’élection présidentielle russe qui vit le triomphe de Vladimir Poutine. Les médias et les Etats du « quartette » –  Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, France – amplifièrent cette affaire au point que la tension entre les Occidentaux – c’est-à-dire l’OTAN – et la Russie est exacerbée.

 

 

 

 

L'affaire Skripal (ici une équipe de détection du poison qui a tué Skripal et sa fille) sert de prétexte à un regain de tension entre l'OTAN et la Russie.

L'affaire Skripal (ici une équipe de détection du poison qui a tué Skripal et sa fille) sert de prétexte à un regain de tension entre l'OTAN et la Russie.

 

 

 

On constate tout simplement que l’assassinat de Skripal et de sa fille sert de prétexte à ce regain de tension et la réélection de Poutine y est certainement pour quelque-chose.

 

 

Au passage, si le président russe a fait un score historique de 76,7 %, il faut relativiser son triomphe.

 

« Si Vladimir Poutine a bénéficié d’une très large approbation liée à sa défense reconnue des intérêts nationaux et son action ayant garanti un socle politico-social stable, cela ne signifie pas une approbation sans réserve. Pavel Groudinine, présenté par le Parti communiste (PCFR), obtient ainsi près de 12% des suffrages – c’est du reste le seul concurrent à pouvoir afficher un score à deux chiffres. » (Le Grand Soir – 22 mars 2018) En effet, le score du parti communiste représente les préoccupations sociales des électeurs russes.

 

 

 

 

Vladimir Poutine savoure son triomphe. N'est-ce pas cela qui dérange les Occidentaux ?

Vladimir Poutine savoure son triomphe. N'est-ce pas cela qui dérange les Occidentaux ?

 

 

 

Ce dernier doit son score à la partie orientale de la Russie qui est bien moins lotie que les grandes villes de Russie occidentale comme Moscou et Saint-Pétersbourg. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Poutine s’est rendu dare dare  à grands renforts médiatiques dans la ville de Sibérie où une grande surface commerciale a brûlé provoquant plusieurs dizaines de victimes.

 

Poutine n’est pas le maître absolu chez lui.

 

Mais, Poutine bénéficie d’un large soutien de la partie occidentale de Russie qui, non seulement, a bénéficié de sa politique de développement, mais ressent la pression occidentale de plus en plus forte.

 

Le dernier Sommet européen à Bruxelles a évoqué, sans prendre de décisions, d’éventuelles nouvelles sanctions à l’égard de Moscou, comme par exemple le boycott de la coupe mondiale de football. Ensuite, c’est le grotesque balai des diplomates expulsés.

 

 

 

 

Les trois "grands" Européens, Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel sont en réalité considérablement affaiblis dans leurs pays respectifs : Macron bat les records d'impopularité, May n'en sort pas avec le Brexit et Angela Merkel est à peine sortie d'une crise politique en Allemagne qui augure d'une autre.

Les trois "grands" Européens, Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel sont en réalité considérablement affaiblis dans leurs pays respectifs : Macron bat les records d'impopularité, May n'en sort pas avec le Brexit et Angela Merkel est à peine sortie d'une crise politique en Allemagne qui augure d'une autre.

 

 

 

Bref, tous les classiques ingrédients d’une nouvelle guerre froide qui était sous-jacente depuis la crise ukrainienne sont rassemblés. Et on assiste à une certaine escalade. Cependant, les choses se déroulent d’une autre manière. Ce ne sont manifestement pas les Etats-Unis qui mènent la danse. Les Européens se sont levés quasi unanimement pour soutenir le gouvernement britannique qui accuse ouvertement Moscou.

 

De leur côté, les Russes nient toute implication dans cet attentat et menace de riposter selon le principe de proportionnalité aux sanctions occidentales.

 

 

Une arme chimique !

 

 

L’éditorialiste du journal « Le Monde » du 28 mars écrit :

 

« Le camp occidental n’avait d’autre choix que de réagir de façon nette et ferme. Même si ces expulsions restent symboliques, elles signifient clairement que Moscou a franchi la ligne rouge en utilisant la première fois depuis la seconde guerre mondiale, une arme chimique sur le sol européen. »

 

Une arme chimique ! Et puis quoi encore ? On ne dispose d’aucune preuve tangible d’une éventuelle implication des services secrets russes dans l’assassinat de Salisbury. À lire le ton de cet éditorial, il est clair que la Grande Bretagne et l’Union européenne veulent en découdre avec Moscou. D’ailleurs, Poutine accuse les alliés de la Grande Bretagne de suivre « aveuglément le principe de l’unité euro-atlantique au détriment du bon sens, des normes d’un dialogue civilisé entre Etats. »

 

En clair, Poutine refuse de négocier avec une entité supranationale qu’il s’agisse de l’OTAN ou de l’Union européenne. Il veut un dialogue avec des Etats.

 

Mais les Européens veulent absolument criminaliser Poutine. Ils accusent les Ukrainiens russes aidés par l’Armée rouge d’avoir abattu le Boeing de Malaisia Airlines.  Et aujourd’hui, ils tentent de leur faire porter la responsabilité de l’empoisonnement de Skripal et de sa fille.

 

Il est cependant symptomatique que dans les deux cas, aucune preuve formelle n’a été apportée, même si l’implication du Kremlin est une hypothèse plausible.

 

D’ailleurs, on en arrive à des situations absurdes. Au dernier sommet européen, le 23 mars, les 28 Etats membres de l’Union européenne ont jugé « très probable » la culpabilité de la Russie dans l’affaire Skripal. Donc, on prend des mesures drastiques sur la base d’une probabilité… D’ailleurs, cette belle unanimité qui, semble-t-il, a été obtenue par des pressions exercées par les « grands » Etats de l’UE sur les gouvernements réticents, c’est-à-dire l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne et la Pologne, s’effrite déjà : le président tchèque, certes considéré comme pro-Russe, Milos Zeman, veut que la Grande Bretagne présente des preuves alléguant ses assertions.

 

 

 

Milos Zeman, le président tchèque considéré comme pro-russe a une voix dissidente au sein de l'Union européenne.

Milos Zeman, le président tchèque considéré comme pro-russe a une voix dissidente au sein de l'Union européenne.

 

 

 

Les conséquences d’une promesse trahie

 

Pour comprendre cet imbroglio, remontons l’histoire. Après la chute du Mur de Berlin, les Occidentaux avaient promis à Gorbatchev, le dernier président de l’URSS en plein démantèlement, que l’OTAN ne s’étendrait pas au-delà de la ligne Oder Neisse qui est la limite orientale de l’Allemagne fixée par les accords internationaux d’après-guerre. Cette parole n’a pas été tenue. Aujourd’hui, les forces de l’OTAN manœuvrent à proximité de la frontière russe, notamment en Estonie et en Lituanie. 

 

L’Union européenne porte une très lourde responsabilité dans la crise ukrainienne. En tentant d’imposer un traité de libre échange avec Kiev, elle mettait Moscou en porte à faux. La réaction russe fut excessive par l’occupation de l’Est de l’Ukraine dont la population est russophone et de religion orthodoxe. Par après, en organisant un référendum en Crimée sur un éventuel rattachement à la Russie, Moscou annexa la Crimée et surtout son port Sébastopol qui est sa seule porte ouverte sur la Méditerranée. Considérant que cette annexion était contraire au droit international, les Occidentaux décidèrent de sanctions économiques contre la Russie.

 

 

L’Ukraine : un abcès de fixation

 

 

Depuis lors, la situation est figée. L’Ukraine présidée par un milliardaire avec un gouvernement comprenant des néo-nazis est en état de guerre larvée à l’Est de son territoire. Moscou aide les combattants russophones et rien ne bouge.

 

Mais la Russie a monté en puissance suite à sa victoire en Syrie et à la quasi élimination de Daesh sur le terrain (nous évoquerons le rôle de l’Etat islamique dans un prochain article). Cela a profondément dérangé les plans occidentaux qui souhaitaient l’élimination de Bachar et ainsi isoler l’Iran. En plus, Poutine et Erdogan se rencontrent régulièrement et examinent la situation dans la région où désormais la Russie est incontournable.

 

L’Union européenne est donc isolée. Sa politique pusillanime d’alignement systématique sur l’atlantisme la rend totalement dépendante des Etats-Unis. La dernière trouvaille de la Commission  européenne est un « Schengen militaire ».

 

 

Un « Schengen militaire » : on ne peut plus dire qu’un conflit en Europe est impossible !

 

 

 

Elle va présenter un plan d’actions pour créer un «Schengen militaire» afin de faciliter les transports de troupes et de matériel au sein de l’Union européenne, actuellement freinés par une multitude de formalités administratives et un manque d’infrastructures.

 

Le plan d’actions prévoit notamment d’identifier les besoins pour les transports militaires et de recenser les infrastructures utilisables. «Ces propositions ont une dimension pratique, mais leur finalité est évidente au moment où les tensions s’exacerbent avec la Russie », a expliqué un diplomate européen. «On ne peut plus dire qu’un conflit en Europe est impossible», estiment en privé de nombreux responsables européens.

 

Observons qu’un objectif fondamental déclaré de l’Union européenne est la paix en Europe qu’elle prétend avoir maintenue… en oubliant le conflit dans les Balkans.

 

 «Nous avons besoin d’un espace Schengen militaire. Les Russes ont une totale liberté de mouvement au sein de leur territoire. Nous devons pouvoir nous déplacer aussi rapidement, sinon plus vite, pour masser des forces contre un potentiel ennemi afin d’être dissuasifs», a déclaré le général américain Ben Hodges, ancien commandant des forces américaines en Europe.

 

«En cas de conflit, nous n’aurions aujourd’hui pas le temps de localiser les itinéraires praticables ni d’accomplir les procédures bureaucratiques pour déplacer un blindé des Pays-Bas jusqu’en Estonie», a déploré en privé un haut responsable européen.

 

Ce serait évidemment indispensable s’il y avait une vraie défense européenne, mais, ici, il s’agit d’aider l’OTAN, donc de se placer sous commandement US.

 

En clair, tout est fait dans la perspective d’un conflit ouvert avec la Russie !

 

Poutine : un nouvel Hitler ?

 

Et même la propagande s’en mêle. Ainsi, Manlio Dinucci dans « Il Manifesto » écrit en se référant aux déclarations de Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères britanniques :

 

« “Poutine va utiliser le Mondial de foot comme Hitler a utilisé les Jeux Olympiques de 1936, c’est-à-dire pour dissimuler le régime brutal, corrompu, dont il est responsable” : cette déclaration officielle du ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson montre à quel niveau est arrivée la campagne de propagande contre la Russie.

 

Dans une vignette du journal britannique The Guardian, calquée sur une affiche nazie des années Quarante, la Russie est représentée comme une gigantesque araignée, avec la tête de Poutine, qui agrippe le monde. »

 

 

 

A gauche, une affiche de propagande nazie contre l'URSS en 1941. A droite, la vignette du Guardian contre Poutine : une frappante similitude !

A gauche, une affiche de propagande nazie contre l'URSS en 1941. A droite, la vignette du Guardian contre Poutine : une frappante similitude !

 

 

 

Plus loin, Dinucci écrit :

 

« Dans une conférence de presse avec Johnson, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg accuse la Russie de la “première utilisation d’un agent neurotoxique sur le territoire de l’Alliance”, c’est-à-dire d’un véritable acte de guerre [une fois de plus « l’arme chimique » comme l’écrit l’éditorialiste du « Monde. Ce n’est pas une coïncidence…] ; de “miner nos institutions démocratiques”, c’est-à-dire de conduire une action subversive à l’intérieur des démocraties occidentales ; de “violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine”, c’est-à-dire d’avoir commencé l’invasion de l’Europe. Face au “comportement irresponsable de la Russie”, annonce Stoltenberg, “l’Otan est en train de répondre”.

 

 

 

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, n'hésite pas à comparer Poutine à Hitler. Le triomphe de la diplomatie britannique !

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, n'hésite pas à comparer Poutine à Hitler. Le triomphe de la diplomatie britannique !

 

 

 

Ainsi prépare-t-on l’opinion publique à un renforcement ultérieur de la machine de guerre de l’Alliance sous commandement USA, comprenant le déploiement des nouvelles bombes nucléaires B61-12 et probablement aussi de nouveaux missiles nucléaires étasuniens en Europe.

 

Un objectif prioritaire de la Stratégie de défense nationale des Etats-Unis, annonce le Pentagone, est d’”améliorer la rapidité et la létalité des forces USA en Europe”. A cette fin ont été alloués 6,5 milliards de dollars dans l’année fiscale 2019, portant à 16,5 milliards le total du quinquennat 2015-2019.

 

Cette attribution ne constitue qu’une partie du total de l’opération Atlantic Resolve, lancée en 2014 pour “montrer l’engagement USA pour la sécurité des alliés européens”. Engagement démontré par le transfert continu de forces terrestres, aériennes et navales depuis les Etats-Unis en Europe orientale, où elles sont accompagnées par celles des plus grands alliés européens, Italie comprise.

 

En même temps l’Otan monte en puissance avec un nouveau Commandement conjoint pour l’Atlantique, inventant le scénario de sous-marins russes prêts à couler les navires marchands sur les voies transatlantiques, et avec un nouveau Commandement logistique, inventant le scénario d’une Otan obligée de déplacer rapidement ses forces à l’est pour faire face à une agression russe. »

 

Et l’analyste italien de conclure :

 

« Ainsi essaie-t-on de justifier l’escalade USA/Otan contre la Russie, en sous-évaluant sa capacité à réagir quand elle est dans les cordes. Johnson, qui compare Poutine à Hitler, devrait se rappeler comment finirent les armées de Hitler quand elles envahirent la Russie »

 

C’est un avertissement dont nos brillants dirigeants devraient prendre en compte, car tous les éléments sont réunis pour provoquer une aventure dont on ne mesure pas les conséquences.

 

Et puis, il reste une question sans réponse : pourquoi cet acharnement contre la Russie de Poutine ?

 

Il serait sans doute temps de le savoir, car – on le voit aussi en Asie – la carte géopolitique est en train d’être redessinée de fond en comble. Et comme d’habitude, après avoir courbé l’échine devant l’impérialisme US, les Européens seront une fois de plus aux abonnés absents.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 09:35

 

 

 

Ce 20 mars, juges, avocats, greffiers et quelques citoyens se sont rassemblés autour du monument aux morts proches du Palais de Justice de Bruxelles pour protester contre le démantèlement organique et financier du pouvoir judiciaire entamé voici trois ans par le gouvernement libéral – nationaliste flamand de Charles Michel.

 

L’œuvre en a été confiée au démocrate chrétien flamand Koen Geens dit « Erdogeens ». Non seulement, par la politique d’austérité, on arrive à des situations kafkaïennes où des ressorts judiciaires ne sont plus en état de fonctionner parce que plusieurs Palais de Justice sont insalubres. Dans certains cas, l’eau coule dans les prétoires. L’informatique est obsolète et donc inefficiente. Faute de substituts, des Parquets classent sans suite plusieurs affaires parfois relativement graves. Des tribunaux n’arrivent plus à fonctionner faute de greffiers. En effet, on recrute au compte goutte et le cadre judiciaire et administratif est largement incomplet.

 

Le 20 mars, la protestation sous le slogan « Justice Help ! » portait essentiellement sur le manque criant de moyens de la Justice. Cependant, plusieurs manifestant.e.s voyaient aussi en cette politique une atteinte fondamentale à la séparation des pouvoirs qui est le pilier de tout régime démocratique ou prétendu tel.

 

 

 

Photographie prise par un drone. Les gens de Justice se sont disposés pour exprimer leur désarroi vu du ciel. Guère d'illuesions : le gouvernement Michel n'est pas dans le ciel...

Photographie prise par un drone. Les gens de Justice se sont disposés pour exprimer leur désarroi vu du ciel. Guère d'illuesions : le gouvernement Michel n'est pas dans le ciel...

Deux jours après, à Paris, manifestation massive des fonctionnaires et des cheminots contre le démantèlement de la SNCF. Quels points communs entre les toges noires belges et les bleus de chauffe français ?

Deux jours après, à Paris, manifestation massive des fonctionnaires et des cheminots contre le démantèlement de la SNCF. Quels points communs entre les toges noires belges et les bleus de chauffe français ?

 

 

 

Vers la société marchande

 

Aussi elles et ils ont raison ! L’austérité n’est pas qu’une question comptable. Elle a avant tout un objectif politique fondamental : mettre sur pied la société marchande. Et la Justice, telle qu’elle a été conçue jusqu’aujourd’hui constitue un obstacle majeur. Mais, petit à petit, elle se met en place. Ainsi, désormais, les avocats sont assujettis à la TVA suite à une directive européenne. On vend des plaidoiries au Palais comme des frites chez Eugène !

 

La société marchande implique le démantèlement de l’Etat sous toutes ses formes, aussi bien l’Etat social par la privatisation progressive de pans entiers de la Sécurité sociale en s’attaquant aux pensions et à l’assurance maladie. Ensuite, la privatisation des services publics en passant par une ponction de leurs moyens financiers, les rendant ainsi inopérants et aussi… impopulaires. Enfin, la réduction de l’Etat régalien à sa plus simple expression, par, entre autres, le renoncement à la séparation des pouvoirs en démantelant le pouvoir judiciaire.

 

 

Par exemple, le projet de suppression du juge d’instruction est un élément fondamental de cette politique : le juge d’instruction est un organe indépendant de la Justice. Il fait partie de ce qu’on appelle la magistrature assise ou plutôt le siège. Il instruit à charge et à décharge contrairement au Parquet qui n’instruit qu’à charge. Observons que la France, sous la présidence de Sarkozy, tenta aussi mais sans succès de supprimer la fonction de juge d’instruction. Une autre institution judiciaire devait passer à la trappe, la Cour d’assise. Le jury populaire gêne et la correctionnalisation des affaires criminelles non seulement sera préjudiciable à l’accusé, mais laisse la porte ouverte à une Justice à deux vitesses : pour ceux qui disposent de moyens, il n’est pas interdit de penser que l’on étendra un jour le système de transaction pénale aux affaires criminelles et ainsi leur permettra d’échapper à une lourde peine contrairement aux justiciables étant dans l’incapacité à assumer ce genre de transaction.

 

Mais la mise en place de la société marchande ne concerne pas uniquement la Justice. Elle est globale et vise à effacer ou à tout le moins à réduire toute influence publique sur les activités humaines qui relèveraient dans leur globalité du secteur marchand. 

 

Aussi, peut-on se poser la question : quel est le point commun entre le cri d’alarme des membres belges du pouvoir judiciaire et les cheminots français ? Eh bien ! Justement la volonté des zélateurs du marché de démanteler les institutions judiciaires, de mettre le pouvoir judiciaire sous la tutelle de l’exécutif et de marchandiser les actes de Justice et aussi de démanteler le service public des chemins de fer pour le privatiser ou de le remplacer par des moyens de transports plus rentables pour les entreprises de transport de personnes.

 

Dans ces deux secteurs si différents, c’est la loi du marché que l’on tente d’imposer.

 

En France depuis ce 22 mars 2018, c’est l’épreuve de forces entre un syndicat des services publics – essentiellement la CGT – et le président Macron avec les gouvernement Philippe sur le projet de réforme de la SNCF qui va passer en force en procédant par ordonnance, c’est-à-dire en dribblant le Parlement, comme ce fut le cas pour la loi travail du temps de Hollande.

 

On verra ce qu’il en résultera.

 

Mais, on peut d’ores et déjà observer que les réactions s’effectuent en ordre dispersé. Cheminots de leur côté, magistrats et avocats du leur, pour ne citer que deux exemples tout récents. Pourtant, l’offensive pour mettre en place la société marchande de la part des dirigeants de l’Union européenne et des gouvernements des Etats membres est, elle, globale et coordonnée.

 

 

Les rapports Attali

 

 

En France, une Commission pour la libération de la croissance française a été constituée sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy en juin 2007. Elle fut présidée par Jacques Attali, l’inamovible conseiller des présidents français depuis François Mitterrand. Attali est un chaud partisan d’un gouvernement mondial présidant à une société marchande où les lois du marché règneraient en maîtres partout dans le monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacques Attali, le conseiller de tous les présidents français depuis Mitterrand, prône une société de marché mondiale.

Jacques Attali, le conseiller de tous les présidents français depuis Mitterrand, prône une société de marché mondiale.

 

 

 

Mais, avant d’atteindre cet objectif, il faut procéder par étapes. Aussi, cette commission remit un premier rapport en juin 2008, au moment le plus fort de la crise financière. Ce rapport préconisait une série de mesures qui ne doivent pas être prises individuellement, mais appliquées dans leur ensemble. La présentation du premier rapport est explicite.

 

« Le moment est venu…


Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan.


Ceci n’est pas non plus un inventaire dans lequel un gouvernement pourrait picorer à sa guise, et moins encore un concours d’idées originales condamnées à rester marginales. C’est un ensemble cohérent, dont chaque pièce est articulée avec les autres, dont chaque élément constitue la clé de la réussite du tout. »

 

La commission a poursuivi ses travaux après 2008, à la demande de Sarkozy. Elle changea sa composition. Et un petit nouveau y fut nommé : un certain Emmanuel Macron alors gérant au sein du groupe Rotschild. La composition de cette commission comprend tout l’establishment néolibéral proche du pouvoir de gauche comme de droite. On y retrouve un écrivain – qui est aussi économiste – comme Erik Orsenna, l’ancien commissaire européen et ancien consultant chez Goldman Sachs et futur éphémère Premier ministre italien, Mario Monti, la sulfureuse Anne Lauvergeon, CEO d’Areva, l’éditorialiste du « Monde » Eric Le Boucher, l’éditorialiste du « Figaro », Yves de Kerdrel, des banquiers et des hommes d’affaires. On observe qu’aucun syndicaliste ne fait partie de cette commission…

 

 

 

 

Emmanuel Macron, alors gérant de la banque Rotschild, entra dans la commission Attali. Le début de son ascension qui le mena à la présidence.

Emmanuel Macron, alors gérant de la banque Rotschild, entra dans la commission Attali. Le début de son ascension qui le mena à la présidence.

 

 

 

Voici quelques éléments de son programme :

 

  • revenir sur le principe de précaution inscrit dans la Constitution française ;
  • levée de l’interdiction de la vente à perte ;
  • développement des contrôles anti-trust ;
  • droit de préemption de l’Etat envers les communes ne respectant pas la loi sur l’urbanisme ;
     
     
    On observe que ces premières mesures s’inscrivent dans la doxa ultralibérale : dérégulation, privatisations, réduction du contrôle démocratique, etc.
     
    Mais ce n’était qu’un début.

  • Sur le plan social,
  •  
    « la décision fondamentale 9  proposait de « renvoyer l’essentiel des décisions sociales à la négociation en modernisant les règles de représentativité et de financement des organisations syndicales et patronales».
     
    C’était une proposition de loi Ek Khomri dite « loi travail » avec huit ans d’avance. Mais Sarkozy n’a pas osé la prendre. C’est sous la présidence de Hollande qu’elle fut adoptée avec les contestations qu’on a vécues et le passage en force via le fameux article 49-3 de la Constitution française qui permet d’écarter le Parlement. C’est rebelote aujourd’hui avec la réforme de la SNCF.
     
    Un pré-rapport est fourni à Sarkozy en juin 2010 et le rapport en octobre. Il va bien plus loin que le premier.
     
  1. Faire converger les économies de l'Union européenne ;
  2. Rétablir l'équilibre des finances publiques ;
  3. Stimuler l'innovation et l'économie du savoir ;
  4. Favoriser l'emploi et la compétitivité ;
  5. Retrouver un équilibre durable entre générations.
     
    Le rapport complet a été remis en octobre 2010.

L'idée centrale du rapport est que « sans nouvelles politiques pour stimuler l'emploi et équilibrer les finances publiques, la croissance restera très faible. Et notre société se trouvera bientôt dans une impasse économique, financière, écologique et sociale — et donc politique. » Pour faire face à cette situation, le rapport pointe deux urgences et, préconise l'ouverture de deux chantiers.

La première : la maîtrise des finances publiques, socle de la croissance

 

Pour cela, il faut ramener le déficit public à 3 % du PIB. Le rapport propose 75 milliards d'économie en trois ans.

 

On réforme les administrations publiques et on démantèle le statut des fonctionnaires. C’est la porte ouverte à la privatisation. On réduit les dotations des services publics tout en maintenant leur fonctionnement, cela au détriment de la qualité. Cela vaut pour les services aux personnes, l’administration, les transports et même les écoles et les universités.

 

La deuxième urgence : renforcer la compétitivité et l'emploi

 

Une des propositions phares est de « transférer une partie des cotisations sociales sur la TVA » Il s'agit aussi de renforcer la concurrence dans les services notamment dans les télécommunications, les banques et assurance, l'énergie. Enfin, le rapport préconise de mettre en place une flexicurité à la française avec la mise en place d'un « contrat d'évolution », une meilleure utilisation de la formation professionnelle et une modulation des cotisations d'assurance chômage en fonction des contrats de travail. Pour lutter contre le chômage des jeunes très élevé en France, le rapport préconise un renforcement des formations en alternance et de favoriser les allers-retours entre études et emplois lors de la formation initiale.

 

Donc, il s’agit d’une fiscalisation de la sécurité sociale ce qui revient à démanteler les mécanismes de solidarité de l’état social.

 

L’ouverture à la sacro-sainte concurrence est l’autre expression pour désigner la privatisation de tous les services publics et particulièrement les télécommunications.

 

Pour préparer la croissance de demain le rapport préconise l'ouverture de deux chantiers :

  • Un chantier consacré à l'éducation. Il s'agit ici d'améliorer la qualité de l'éducation de la maternelle à l'université en donnant plus d'autonomie aux directeurs d'école, en gérant mieux les ressources humaines et en approfondissant l'autonomie des universités et leur interaction avec les entreprises.
  •  
  • En clair, une toute nouvelle conception de l’enseignement se met en place. Il n’est plus chargé de former des citoyennes et des citoyens, de donner à chacun le bagage intellectuel nécessaire à affronter les aléas de la vie. L’école est désormais au service des entreprises. On formera à la carte en fonction du marché de l’emploi qui, comme chacun sait, avec la révolution technologique, est extrêmement volatile. D’où l’idée de formations permanentes des travailleurs qui seront ainsi bien plus « flexibles ».
  •  
  • Un chantier axé sur l'environnement et les ressources rares. Le rapport préconise l'instauration d'une taxe carbone au niveau européen mais ne l'exclut pas au niveau national seul. Il préconise également une attention renouvelée aux matières premières dont les prix risquent de monter. À cette fin, il appelle l'Europe à se mobiliser dans le secteur de l'énergie et à être plus présente dans les négociations internationales sur les matières premières. Pour ce qui est de la France, il est préconisé de se préoccuper du renouvellement des centrales nucléaires. Enfin l'agriculture devrait être remise « au cœur de la stratégie de croissance »
     

Ce deuxième rapport fut remis au président Sarkozy en toute discrétion. Il est vrai que les mesures préconisées sont tellement explosives qu’il valait mieux éviter de les rendre publiques.

 

Or, à la lecture de ce résumé, on s’aperçoit que ce programme a été appliqué à la fin du « règne » de Hollande et jusqu’à présent sous le règne de Macron : l’augmentation de la CSG et le paiement de celle-ci par les travailleurs, mais aussi par les retraités. Privatisations diverses et instauration de la concurrence notamment dans les télécommunications. C’est ce qu’il se passe aujourd’hui dans la guéguerre que se font les différents opérateurs de téléphonie mobile. Par la loi travail, l’introduction de la « flexicurité » ou la multiplication des CDD et des emplois précaires. En plus, il y a la transformation fondamentale du statut des fonctionnaires qui remet en question la notion même de fonction publique. En matière d’assurance maladie, le non remboursement de médicaments et de prestations de soins comme cela se passe aussi en Belgique va amener à une privatisation du secteur soins de santé et à une médecine à deux vitesses sans oublier une terrible régression en matière de santé publique. On peut s’attendre à ce que l’espérance de vie diminue fortement.

 

 

Mais si Attali se glorifie d’avoir mis au point le programme politique et économique français des deux prochaines décennies, la réalité est que la commission Attali n’a pas sucé de son pouce les mesures préconisées. Elle s’est largement inspirée des travaux de l’OCDE et de la Commission européenne.

 

C’est donc un programme global mis sur pied dans les bureaux feutrés de ces organisations supranationales, qui doit s’appliquer à chaque Etat pour enfin instaurer la société de marché.

 

C’est cela l’enjeu. Et une prise de conscience est en train de se faire au-delà des clivages sociaux et culturels. Le plus bel exemple, nous l’avons vécu ces 20 et 22 mars en Belgique et en France : les avocats, les magistrats, les fonctionnaires, les cheminots se mobilisent avec un objectif identique : riposter à l’offensive des tenants de la société de marché.

 

 

Pour une mobilisation globale

 

 

Que les avocats, les magistrats et les personnels du monde judiciaire se mobilisent, c’est à la fois nouveau et très bien. Que les cheminots décident une riposte forte en France, c’est remarquable.

 

 

Mais tout cela se fait en ordre dispersé et ne sera guère efficace d’autant plus que le pouvoir se dote d’armes antidémocratiques comme le fameux projet de loi sur les fake news qui porte atteinte à la liberté de la presse ou la traque des chômeurs, les restrictions des droits fondamentaux en instaurant un état d’urgence permanent, etc.

 

À offensive globale, riposte globale.

 

 

La seule riposte efficace devra être globale et s’inscrire dans une stratégie commune à tous les secteurs.

 

 

La campagne « tam tam » en Belgique s’inscrit dans cette vision globale. C’est un début prometteur dont nous reparlerons. (https://www.campagnetamtam.be/ )

 

 

Et la première chose à acquérir, c’est la conviction aussi bien pour les toges noires que pour les bleus de chauffe que la lutte doit se faire ensemble et en coordination contre l’ennemi commun qui veut instaurer la grande injustice.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 21:21

 

 

 

Curieuse expression en effet pour désigner une pensée et une pratique économique et politique qui domine le monde. Comment en effet expliquer que le capitalisme peut être sauvage ?

 

 

Eh bien ! Comme souvent lorsqu’on n’arrive pas à élaborer une définition précise, on prend un exemple. Et cet exemple est tout récent : il s’appelle l’affaire Veviba.

 

 

Veviba est une entreprise alimentaire belge et internationale sise à Bastogne en Ardenne belge  et spécialisée dans la transformation de la viande essentiellement bovine. Elle fournit sa marchandise dans les grandes surfaces comme Carrefour Belgique, Delhaize et Colruyt, et a aussi des clients en Europe jusque dans les Balkans. Cette firme fait partie du groupe Verbist, un homme d’affaires flamand.

 

 

 

 

Entrée de l'usine Veviba à Bastogne qui a été fermée sur ordre du ministre de l'Agriculture Denis Ducarme

Entrée de l'usine Veviba à Bastogne qui a été fermée sur ordre du ministre de l'Agriculture Denis Ducarme

 

 

 

Le scandale a éclaté le samedi 3 mars : il a été établi que Veviba fournissait à ses clients de la viande avariée : comme de la bidoche hachée mélangée à de la viande avariée, des morceaux de bœuf avec des dates de congélation trafiquées, etc. Il s’est avéré après un contrôle de l’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire dépendant du ministère fédéral de l’Agriculture) sue 50 % de la viande qui sortait de cette entreprise était impropre à la consommation.

 

 

Jusqu’au Kosovo

 

 

Déjà en 2016, il y avait eu un problème avec cette firme. Un client du Kosovo – ce n’est pas la porte à côté ! – avait reçu un camion entier de viande avariée de Veviba. Furieux, il a déposé plainte et a invité les médias à filmer le déchargement du camion dans une décharge locale. À l’époque, personne ne s’en était ému : ni les grandes surfaces, ni l’AFSCA, ni la presse. Et ce fut business as usual

 

 

Aujourd’hui, l’affaire prend des proportions considérables. Le ministre libéral de l’Agriculture, Denis Ducarme, a fait mettre les scellés sur l’entreprise de Bastogne, déposé plainte au civil. Le Parquet s’est saisi de l’affaire. La Commission Santé de la Chambre des représentants se réunit d’urgence pour entendre le ministre et tous les acteurs de cette affaire.

 

 

 

 

Le ministre libéral Denis Ducarme semble décidé à faire toute la lumière sur cette affaire.

Le ministre libéral Denis Ducarme semble décidé à faire toute la lumière sur cette affaire.

 

 

 

Il y a de quoi : la plupart des 10.000 éleveurs wallons travaillent avec le groupe Veviba. De plus, le groupe Verbist dont fait partie Veviba représente 30 % du marché belge. C’est donc un scandale majeur. Mais, jusqu’à présent, tout le monde le jure, aucun consommateur n’aurait été intoxiqué par cette viande… Un peu curieux, non ?

 

 

Un témoignage au passage, le chroniqueur de RTL-TVI, le journaliste socialiste Michel Henrion, a raconté dimanche midi avoir discuté avec des médecins urgentistes de différents hôpitaux qui lui ont révélé qu’ils ne comptaient plus les cas d’intoxication alimentaire qui étaient quotidiennement amenés aux services d’urgence.

 

 

Les grandes surfaces clientes de Veviba ont retiré dare-dare des rayons, les lots de viande hachée et de viande bovine. Un petit témoignage personnel : vendredi 2 mars, la veille de l’éclatement du scandale, je faisais des courses au Delhaize. J’avais l’intention d’acheter du filet américain (du steak tartare pour nos lecteurs français). Les rayons étaient vides… Bizarre !

 

 

Carrefour, Delhaize : des vierges effarouchées

 

 

Carrefour et Delhaize ont diffusé des communiqués indignés accusant Veviba de les avoir trompés. Assez cocasse de jouer les vierges effarouchées quand on travaille avec cette entreprise depuis plus de trente ans ! Ils sont vraiment comme les trois petits singes : rien vu, rien entendu, rien dit…

 

 

En clair, c’est la panique. Mais, les langues se délient. Des travailleurs de Veviba et des grandes surfaces témoignent sous le couvert de l’anonymat et accusent Veviba, les grandes surfaces et l’AFSCA.

 

 

Un système mafieux

 

 

Les éleveurs déjà grugés par la politique agricole de l’Union européenne sont furieux. L’un d’eux, Christian Bleret a déclaré au journal « l’Echo » de samedi 10 mars 2018 : « J’ai du mal à comprendre comment ces manquements ont pu être perpétrés parce qu’il y a des vétérinaires de l’AFSCA dans toute la chaîne. »

 

 

Il y aurait donc des complicités à tous les stades : Veviba, l’AFSCA et les grandes surfaces. Cela porte un nom : un système mafieux qui n’hésite pas à empoisonner les gens pour leur plus grand profit. Ducarme a d’ailleurs lui aussi évoqué des « dérives mafieuses ».

 

 

Mme Marie-Laurence Semaille, responsable du secteur viande de la Fédération wallonne de l’Agriculture a déclaré au même journal « l’Echo » : « … l’ensemble de la filière est impacté. Car il y a des dégâts collatéraux. Songez à la perte de confiance des consommateurs vis-à-vis d’un secteur qui est déjà en difficulté suite à la succession des scandales passés : dioxine, vache folle, etc. Il y a eu de gros problèmes sur l’aval de la filière et cela retombe chaque fois sur les éleveurs. »

 

Dans le secteur agro-alimentaire qui s’industrialise de plus en plus avec les encouragements de l’Union européenne, les grugés de la filière sont toujours les premiers, les producteurs – les éleveurs – et les derniers, les consommateurs.

 

 

L’AFSCA dans le collimateur

 

 

En outre, les contrôles de l’AFSCA ont été pour le moins inefficients. 

 

Cet organisme public fondé en 2000 suite à la crise de la dioxine de 1999, employant 3 000 personnes, a pour objet de contrôler la sécurité des produits issus du secteur agroalimentaire, aussi bien les aliments céréaliers, les fruits et agrumes et les viandes.

 

 

Dès le départ, l’AFSCA a fait l’objet de critiques sur ses méthodes de contrôle. Si elle a pu démanteler certaines filières frauduleuses, on lui reproche de s’être attaqué surtout à de petits producteurs et commerçants. Ainsi, par exemple, l’Agence s’est attaquée à la tarte au riz de Verviers qu’elle considérait comme mal distribuée. Cela déclencha un tollé et elle dut reculer. Mais au-delà de cet aspect relativement anecdotique, ses méthodes de contrôles sont fort critiquées : soit elles sont bien trop tatillonnes, soit elles sont laxistes.

 

 

 

Et dans l’affaire Veviba, l’Agence est montrée du doigt par bon nombre d’acteurs et de politiques. Ainsi, la députée SPa (Socialiste flamand) Annick Lambrecht exige la peau de Herman Dirickx, le directeur de l’AFSCA qui a fait preuve, il est vrai, d’une attitude plus qu’attentiste en cette affaire. La députée a en outre déclaré :

 

 

 

 

La députée socialiste flamande Annick Lambrecht veut la peau d'Herman Dirickx, le patron de l'AFSCA.

La députée socialiste flamande Annick Lambrecht veut la peau d'Herman Dirickx, le patron de l'AFSCA.

 

 

 

« Six mois après la crise des œufs (contaminés au fipronil, un insecticide interdit sur les animaux destinés à la chaîne alimentaire), le consommateur est à nouveau confronté à un scandale alimentaire. Et à nouveau surgissent des doutes sur le rôle et le fonctionnement de l'agence de sécurité alimentaire. »

 

 

De plus, des témoignages accusateurs mettent gravement en cause les contrôleurs de l’Agence. Ainsi, bien qu’elle le nie, plusieurs témoins affirment que la direction de Veviba était avertie de la date des contrôles, ce qui permettait évidemment de présenter un atelier de découpe conforme et impeccable pour le contrôle.

 

 

 

 

Herman Dirickx, le patron de l'AFSCA est dans l'oeil du cyclone.

Herman Dirickx, le patron de l'AFSCA est dans l'oeil du cyclone.

 

 

 

Un témoin, un cadre pensionné depuis 2007 chez Carrefour, a affirmé à l’émission matinale de la RTBF, « Viva Cité », ce 12 mars, que le responsable du rayon vins préparait des caisses de vin et de champagne qui étaient déposées dans les coffres des voitures des contrôleurs pendant leur visite. Le journaliste de la RTBF a fait remarquer que « plus que probablement cette pratique avait cessé depuis 2007. » Sur quelles bases affirme-t-il cela ? Voilà encore un journaliste qui a peur ! Il devrait plutôt investiguer que commenter ainsi ce témoignage.

 

 

Certes, certains témoignages peuvent être fantaisistes ou dictés par la vengeance. Mais, depuis le début de la crise, ils se multiplient. Aussi est-il difficile de prétendre qu’ils ne sont pas crédibles. Tout cela mérite pour le moins une enquête approfondie : il s’agit de l'avenir de milliers d'éleveurs, de centaines de travailleurs et de la santé de dizaines de milliers de consommateurs !

 

 

Toujours est-il que le 12 mars, le ministre Ducarme a expliqué à la Commission de la Santé de la Chambre qu’il avait commandé un audit sur l’AFSCA. Il est clair aussi qu’Herman Dirickx qui a été auditionné est désormais sur un siège éjectable.

 

 

Cependant, n’oublions pas que Veviba fait partie du groupe flamand Verbist qui détient d’autres entreprises en Belgique : à Rochefort et à Izegem. Ce même 12 mars, un témoin accuse l’atelier de découpe de Rochefort de pratiquer comme Veviba. Démenti de la direction, évidemment. Wait and see !

 

 

Il est aussi surprenant que l’administrateur délégué du groupe qui est en fait le grand patron du groupe, Diederik Verbist n’a toujours pas été interrogé. Étrange, non ?

 

 

 

Diederik Verbist, le grand patron du groupe Verbist dont fait partie Viveba, n'a toujours pas été interrogé... (photo Le Soir)

Diederik Verbist, le grand patron du groupe Verbist dont fait partie Viveba, n'a toujours pas été interrogé... (photo Le Soir)

 

 

Où mène ce charivari ?

 

 

Devant un tel charivari, que conclure en ce moment ?

 

 

Jusqu’à présent, à part la découverte de viande avariée chez Veviba, on est dans les suppositions.

 

 

Si un ministre – certes connu pour ses excès de langage – parle de dérives mafieuses, il doit avoir de sérieuses raisons pour tenir de tels propos.

 

On se rend parfaitement compte que toute la filière est atteinte : du traitement de la viande à la grande distribution et que le laxisme de l’organisme de contrôle est pour le moins suspect.

 

 

Un système s’est installé depuis longtemps dans ce secteur et l’a sans doute entièrement contaminé. Tout le secteur est atteint et c’est à la tête qu’il faut frapper et vite, sinon toute trace risque de disparaître. Déjà, manifestement on procède à du chantage auprès des travailleurs. Il y a eu une réunion toujours ce 12 mars chez Veviba entre la direction et les travailleurs. Il en ressort que le salaire des travailleurs est garanti et l tous les membres du personnel interrogés par les journalistes ont déclaré qu’il y aurait une reprise du travail très bientôt et que l’on avait exagéré un incident. Veviba, d’après eux, n’avait rien à se reprocher.

 

 

La direction n’a-t-elle pas procédé à du chantage auprès des employés pour qu’ils se taisent, le nombre de témoignages recueillis jusqu’aujourd’hui devenant inquiétant ? On peut se poser la question. Encore une fois, sans pouvoir y apporter une réponse claire pour le moment.

 

 

L’affaire n’est guère terminée, mais on sent déjà des tentatives d’étouffement. Là aussi : Wait and see.

 

En attendant, ce sont les éleveurs, les travailleurs et les consommateurs qui paient le prix fort de ces pratiques inadmissibles.

 

 

Toute l’industrie agroalimentaire

 

 

 

Il n’y a pas que le groupe Verbist et sa filière de la viande. D’autres groupes sont aussi visés. Rappelons-nous le tout récent scandale Lactalis en France où la aussi, c’est toute une filière qui est en cause : le groupe lui-même, la grande distribution, les laboratoires et aussi l’Etat.  Le lait contaminé est passé sans problème dans tout ce circuit. Le « Monde » du 15 février 2018 rapporte les propos de l’association de consommateurs Foodwatch qui a aussi déposé plainte :

 

 

 

 

Siège du groupe Lactalis en France

Siège du groupe Lactalis en France

 

 

 

« Ils ont tous manqué à leurs obligations en matière de prévention des risques sanitaires mais aussi dans la gestion particulièrement défaillante de cette crise alimentaire majeure. Des consommateurs ont été ainsi trompés et des enfants mis en danger. »

 

Le parallèle entre les deux affaires est frappant !

 

Posons-nous la question : n’est-ce pas l’industrialisation de l’agroalimentaire qui est la véritable cause de ces scandales à répétition ? On a pris l’alimentation comme un produit ordinaire dont la fabrication et la distribution sont traités avec les mêmes procédés de coût minimum et de rendement maximum typiques de la doxa néolibérale.

 

Ce qui nourrit les être humains doit les faire vivre et les épanouir et non les empoisonner au plus grand profit d’actionnaires sans scrupules qui ne voient que leurs bénéfices.

 

Tu demandais ce qu’est le capitalisme sauvage ? Eh bien ! C’est cela !

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 15:55

 

 

 

OTAN et bruits de bottes

 

 

Chaque fois que des bruits de bottes se font entendre dans le monde, l’OTAN n’est pas loin. Alors que le traité instituant l’Alliance atlantique en 1949 concernait les Etats-Unis, le Canada, les pays d’Europe occidentale et la Turquie limitait son influence à l’espace atlantique et nord méditerranéen ; depuis la chute de l’Union Soviétique, cette organisation a considérablement élargi son champ d’action.

 

 

Ce fut d’abord, suite aux attentats du le 11 septembre 2001, l’intervention en Afghanistan « contre le terrorisme ». Plusieurs pays, dont la Belgique et les Pays Bas, y ont envoyé des troupes ou des chasseurs bombardiers comme des F16 belges. Ensuite d’autres opérations en Afrique du Nord comme au Moyen-Orient se firent sous l’égide de l’OTAN comme, par exemple, la Libye en 2011, « aventure » militaire qui eut les graves conséquences que l’on sait.

 

 

L’OTAN, organisation intergouvernementale, est placée sous la tutelle étatsunienne. En effet, sa branche militaire est toujours dirigée par un général US. En ayant élargi sa zone opérationnelle au-delà de l’Atlantique, l’OTAN est devenue l’instrument de la politique impérialistes étatsunienne qui a pour objectif le contrôle des ressources en hydrocarbure au Moyen- Orient en isolant la puissance régionale « menaçante », l’Iran et ses alliés comme la Syrie et le Qatar et en tentant ainsi de réduire l’influence russe.

 

 

 

 

 

Sommet de l'OTAN à Bruxelles

Sommet de l'OTAN à Bruxelles

 

 

 

Cependant, un grain de sable s’est glissé dans cette belle mécanique : la Turquie, pion essentiel de l’échiquier « otanesque » qui est devenue instable sur le plan géopolitique suite au musèlement de l’armée par les islamistes de Recep Tayyip Erdogan. Tantôt, le candidat calife s’allie à Poutine, tantôt à Netanyahu. Il poursuit les Kurdes anciens alliés des Américains dans le Nord de la Syrie. En cette région, c’est la confusion la plus complète. La toute récente résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur un cessez-le-feu non respecté pour une pause humanitaire dans la Ghouta orientale démontre que la Russie est le maître du jeu en cette région. L’OTAN et les USA n’ont absolument aucune influence. Seul un accord entre Poutine et Erdogan permettrait de sortir de ce guêpier.

 

 

 

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine sont les maîtres du jeu au Levant au grand dam des Etats-Unis et de l'OTAN.

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine sont les maîtres du jeu au Levant au grand dam des Etats-Unis et de l'OTAN.

 

 

 

Cela démontre que les Etats-Unis ne sont pas encore, loin de là, maîtres du jeu au Proche-Orient en dépit de leur puissance militaire et de la présence de bases américaines dans bien des pays de la région.

 

L’organisation militaire s’est aussi étendue vers l’Est de l’Europe après la chute de l’Union Soviétique. En dépit des promesses qui ont été faites à Gorbatchev en 1990, de limiter l’OTAN à la partie orientale de l’Allemagne, l’organisation s’est progressivement étendue jusqu’aux frontières de la Russie.

 

Après avoir appuyé diplomatiquement et avec des aides militaires, le gouvernement ukrainien contre la Russie, après avoir fait décréter des sanctions contre la Russie qui a repris la Crimée, l’OTAN ne cesse de se montrer agressive à l’égard de Moscou.

 

Actuellement ses armées effectuent des manœuvres en Lettonie. Cela ressemble fort à une provocation d’autant plus que la propagande officielle veut faire accroire que la Russie représente une menace majeure pour l’Europe. Heureusement, il y a en Europe quelques responsables politiques qui prennent leur distance envers ce manichéisme guerrier. On compte parmi eux – il faut le noter – le Premier ministre libéral belge Charles Michel qui considère la Russie comme un « partenaire » et non comme un adversaire. C’est le cas aussi en France de Jean-Luc Mélenchon qui tient des propos similaires. Malheureusement, ses rodomontades ne le font plus guère prendre au sérieux.

 

 

 

 

Le Premier ministre belge Charles Michel semble avoir eu une rencontre fruteuse à Moscou avec Vladmir Poutine.

Le Premier ministre belge Charles Michel semble avoir eu une rencontre fruteuse à Moscou avec Vladmir Poutine.

 

 

 

Il règne d’ailleurs une sorte de paranoïa à la tête de cette organisation. Si on lit le « Monde » du 15 février 2018, les commandants en chef, le général américain Curtis Scaparrotti, commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) et le général français Denis Mercier, responsable des moyens futurs depuis Norfolk aux Etats-Unis, souhaitent en premier lieu que la Russie ne soit plus considérée comme « partenaire » comme ce fut envisagé en 2002 lors de la création du conseil OTAN-Russie.

 

D’autre part, les « printemps arabes » ont généré le terrorisme islamiste constituent aussi un danger majeur pour les deux commandants. Les flux migratoires générés par les guerres au Moyen-Orient sont aussi une menace. Enfin, il y a le programme nucléaire nord-coréen et aussi le développement militaire chinois. Pour les deux militaires, toutes ces crises se connectent.

 

On est en pleine paranoïa ! Jamais, ces fringants soldats ne songent un instant qu’une crise pourrait venir de l’Occident qui, dans leur esprit, est toujours menacé, mais ne constitue en rien une menace pour les autres régions du monde. Et puis, derrière cela, il y a l’éternelle revendication de l’augmentation des dépenses militaires de la part de chaque Etat membre, au plus grand profit du complexe militaro-industriel. Et ils avertissent : « 

 

«  Nous ne voulons pas que l’UE enlève des moyens à l’OTAN »

 

Ben tiens !

 

P.V.

 

 

F35 – Rafale – ou autre ? Le choix d’une défense européenne ou de la soumission aux USA

 

Justement, le complexe militaro-industriel est en pleine ébullition suite à la saga du remplacement des chasseurs bombardiers F16 de la Force aérienne belge.

 

 

 

 

Les F16 belges doivent être bientôt remplacés. Il s'agit d'un énorme enjeu géopolitique et économique.

Les F16 belges doivent être bientôt remplacés. Il s'agit d'un énorme enjeu géopolitique et économique.

 

 

 

Le choix se porte entre le F35 de Lockheed d’une part et le Rafale français ainsi que l’Eurofighter Typhoon développé par le Royaume Uni, l’Allemagne et l’Espagne, d’autre part.

 

 

 

L'Eurofighter Typhoon, un avion développé dans plusieurs pays européens

L'Eurofighter Typhoon, un avion développé dans plusieurs pays européens

 

 

 

Pourquoi ? Le F35 Lightning II a une caractéristique particulière qui rend l’armée qui l’utilisera totalement dépendante de la technologie US. Les vieux F16 de l’armée belge, américains eux aussi, avaient été améliorés par l’industrie aéronautique belge en fonction des besoins propres à la Défense belge. Cette expérience industrielle a été « un plus » pour ce secteur.

 

 

Avec le F35, ce sera très difficile. Pour l’ancien ministre belge de la Défense, le chrétien Jean-Pol Poncelet, « la procédure est profondément biaisée ». En effet, les futurs avions devront avoir une double capacité : conventionnelle et nucléaire.

 

 

 

 

Le F35 a une double capacité opérationnelle : conventionnelle et nucléaire.

Le F35 a une double capacité opérationnelle : conventionnelle et nucléaire.

 

 

 

Or, seul le F35 répond à ces deux critères. Cela pose une question fondamentale de droit international : la Belgique a ratifié le traité de non prolifération des armes nucléaires et, à ce titre, n’a pas le droit d’utiliser ce type d’arme. Si pour une raison ou une autre, un F35 belge donc piloté par un Belge, transporte une bombe nucléaire, la Belgique se met en infraction à l’égard de ce traité.

 

 

L’ancien ministre Poncelet pose la question dans « La Libre Belgique » du 13 février 2018 :

 

« Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), que la Belgique a ratifié, engage les Etats parties à prendre des mesures efficaces dans la voie du désarmement nucléaire. Notre pays n’étant heureusement pas doté de l’arme, comment admettre dès lors que l’option d’une "double capacité opérationnelle" soit encore envisagée par la Belgique s’agissant de ses nouveaux avions ? »

 

 

 

Jean-Pol Poncelet ancien ministre social-chrétien belge de la Défense a une vision claire de la question.

Jean-Pol Poncelet ancien ministre social-chrétien belge de la Défense a une vision claire de la question.

 

 

 

On peut se poser une autre question : comment un avion belge pourrait-il transporter ce type d’arme puisque la Belgique n’en possède pas ? Tout simplement parce qu’il y a des bombes nucléaires américaines qui sont entreposées dans la base belge de Kleine Brogel en Campines. L’exigence de la « double capacité opérationnelle » signifie donc que la Belgique jouera les supplétifs des Etats-Unis lors d’un éventuel conflit nucléaire. Et on n’est guère rassuré quand on lit dans la dernière livraison du « Monde diplomatique » (mars 2018) sur la relance de l’escalade nucléaire par Washington :

 

« Les principales puissances détentrices de l’arme atomique – Etats-Unis, Russie et Chine – se sont récemment lancées dans un processus de modernisation de leurs équipements et Washington n’hésite plus à envisager leur utilisation. »

 

Le risque est donc réel que la Belgique soit entraînée dans une aventure apocalyptique décidée par le clan néoconservateur américain  sous la houlette d’un président qui a déjà montré son instabilité. Risque minime sans doute, mais il existe !

 

Depuis longtemps, des voix s’élèvent – et pas seulement issues des milieux pacifistes – pour exiger des Etatsuniens retirent ces armes du territoire belge. Sans effets jusqu’à présent.

 

Il est plus que temps de remettre cette question à l’ordre du jour !

 

L’enjeu est donc, comme l’écrit « Le Soir » des 24 et 25 février : « Opter pour le F35 américain qui ne convainc personne pour l’instant, serait montrer son attachement à l’OTAN, tandis que choisir le Rafale ou l’Eurofighter, qui ne séduisent pas grand-monde, témoignerait de l’envie de construire une Europe de la défense. »

 

En plus du nucléaire, l’enjeu est là. Le F35 présente des lacunes au point-de-vue technique, est d’un coût bien plus élevé que ses concurrents, mais gageons que ce sera lui qui emportera le marché. Il a l’appui de la Flandre « otaniste », notamment des nationalistes de la NV-A qui ont le portefeuille de la Défense entre leurs mains. Est-ce d’ailleurs  un hasard dans le cadre d’un enjeu comme celui-là ?

 

Alors que Merkel et Macron souhaitent la construction d’un nouvel avion de combat européen, la Belgique qui, ne l’oublions pas, héberge l’OTAN, opterait pour l’alignement sur les Etats-Unis avec ses voisins hollandais qui ont déjà commandé 36 F35. En plus, les armées belge et hollandaise ont des synergies sur le plan opérationnel.

 

Et puis, n’oublions pas que le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, a averti : « Une Europe de la défense n’est concevable que dans le cadre de l’OTAN ».

 

Les jeux sont donc faits… au détriment de l’Europe et de l’indépendance des peuples.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 23:19

 

 

 

Veuillez lire, Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et à l’Immigration du gouvernement belge, une très vieille adresse destinée à vos lointains prédécesseurs qui fut publiée le 27 mai 1871 au journal l’Indépendance.

 

 

 

Théo Francken, le Secrétaire d'Etat belge à l'Asile et à l'Immigration pratiquant la plus dure politique d'accueil conformément à son idéologie.

Théo Francken, le Secrétaire d'Etat belge à l'Asile et à l'Immigration pratiquant la plus dure politique d'accueil conformément à son idéologie.

 

 

 

Le gouvernement belge a tort de refuser l’asile.

 

La loi le lui permet ; le droit le lui défend.

 

Moi qui écris ces lignes, j’ai une maxime : Pro jure, contra legem.

 

L’asile est un vieux droit. C’est le droit sacré des malheureux.

 

Au moyen-âge, l’Eglise accordait l’asile même aux parricides.

 

Quant à moi, je déclare ceci :

 

Cet asile que le gouvernement belge refuse aux vaincus, je l’offre.

 

Où ? En Belgique.

 

Je fais à la Belgique cet honneur.

 

J’offre l’asile, place des Barricades, 4.

 

(…)

 

Si un homme est hors la loi, qu’il entre dans ma maison ; je défie qui que ce soit de l’en arracher.

 

Si on vient prendre chez moi un fugitif (…), on me prendra. Si on le livre, je le suivrai. Je partagerai sa cellule. (…)

 

Le gouvernement belge sera contre moi ; mais le peuple belge sera avec moi.

 

Dans tous les cas, j’aurai ma conscience.

 

 

Ce texte est signé par Victor Hugo, exilé à l'époque en Belgique, qui défendait, bien qu’il n’approuvât pas leur engagement et leurs actes, les hommes de la Commune de Paris qui venaient se réfugier en notre pays pour échapper à la mort. Il a écrit en plus :

 

 

 

 

Le célèbre écrivain et poète Victor Hugo n'hésita pas à compromettre son exil en Belgique pour défendre l'accueil des communards traqués en France.

Le célèbre écrivain et poète Victor Hugo n'hésita pas à compromettre son exil en Belgique pour défendre l'accueil des communards traqués en France.

 

 

 

Qu’un vaincu de Paris, qu’un homme de la réunion dite Commune que Paris a fort peu élue et que, pour ma part, je n’ai jamais approuvée, qu’un de ces hommes, fût-il mon ennemi personnel, surtout s’il est mon ennemi personnel, frappe à ma porte, j’ouvre : il est dans ma maison, il est inviolable.

 

 

Trois jours après, le 30 mai 1871, le roi Léopold II signa un arrêté du ministre de la Justice – un certain Prosper Cornesse – ordonnant son expulsion du royaume.

 

 

Mais, en dépit de cela, et sous pression de l’opinion libérale, plusieurs communards purent séjourner et même prospérer en Belgique en toute sérénité.

 

 

Voilà donc, Monsieur Théo Francken, une leçon issue du passé où, en définitive, le peuple de ce pays a accueilli les proscrits de la Commune souvent dans des conditions très difficiles. Et ce que beaucoup ignorent, ces communards pour la plupart ouvriers et artisans contribuèrent à la prospérité du pays et à l’expansion de la classe ouvrière.

 

 

Le député socialiste Louis Bertrand écrivit à leur sujet  dans son ouvrage sur l’histoire du socialisme en Belgique :

 

 

« Dans nos ateliers, les ouvriers avaient peur du patron et du contremaître ; si deux, ou trois causaient entre eux, le patron étant absent, aussitôt qu’ils arrivaient, ils couraient à leur établi, faisaient silence et n’osaient plus lever la tête. Les ouvriers parisiens étaient plus libres, plus indépendants ; dans des cas semblables, ils continuaient à causer et ne se gênaient nullement pour discuter avec le patron. Cette attitude des ouvriers français releva certainement la dignité des ouvriers belges et atténua, dans une certaine mesure, leur esprit de soumission, leur veulerie à l’égard de patrons. »

 

 

Aujourd’hui, nous accueillons les « migrants » d’Afrique et du Moyen-Orient. Monsieur Francken, vous oubliez qu’ils sont tous des êtres humains et que nous leur devons assistance même s’ils se considèrent en transit en Belgique.

 

 

N’oubliez cependant jamais que le respect de l’étranger voyageur et la dignité sont les meilleurs atouts d’un pays qui veut s’inscrire  en ce qu’on appelle le concert des nations.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 10:53

 

 

 

II Les recettes ultralibérales tournent au vinaigre !

 

 

Et un nouveau choc social, un ! La chaîne de grandes surfaces « Carrefour » dégraisse 2 400 travailleurs en France et 1 233 en Belgique. Et ce sont les habituelles pleureuses qui versent des torrents de larmes, à commencer par le gouvernement qui – tout le monde le sait – ne peut rien faire. Les organisations syndicales, elles, font preuve d’un manque évident de stratégie à une exception près, la vice-présidente du SETCa (Syndicat des employés de la FGTB), Myriam Delmée qui connaît admirablement son dossier et arrive à garder la tête froide.

 

 

 

 

 

Myriam Delmée, vics-présidente du SETCa FGTB, une syndicaliste de réflexion et d'action

Myriam Delmée, vics-présidente du SETCa FGTB, une syndicaliste de réflexion et d'action

 

 

 

L’origine de cette énième catastrophe sociale ? Un personnage sulfureux et fort peu recommandable, descendu en flamme cette semaine par le « Canard enchaîné », Alxandre Bompard, surnommé « Equarrisseur sourire »…

 

 

Après être passé par la Fnac où il a aussi mis 500 travailleurs en « congé illimité », le bel Alexandre sévit à Carrefour grâce au milliardaire Bernard Arnault qui l’y a introduit. Et il s’est couvert, le cher Bompard : sa femme est comme par hasard collaboratrice du Premier ministre de Macron Edouard Philippe. Il a un joli parcours tous azimuts notre Alexandre qui se croit un peu trop grand : cabinet Fillon lorsqu’il était ministre des affaires sociales, ami de Manuel Valls… On se crée ainsi un beau carnet d’adresses !

 

 

 

 

 

Alexandre Bompard un dangereux dandy qui pourrait très bientôt mordre la poussière.

Alexandre Bompard un dangereux dandy qui pourrait très bientôt mordre la poussière.

 

 

 

Mais aujourd’hui, après sa période « d’essai » à la Fnac, il doit faire ses preuves à Carrefour. Il a pondu le plan dénommé « Carrefour 2022 » de licenciement de 2 400 travailleurs en France. Un plan identique s’applique à Carrefour Belgique avec 1 233 suppressions de postes.

 

 

Et Alexandre ne s’oublie pas – on n’est jamais mieux servi que par soi-même – il s’est octroyé 11,5 millions d’Euros à la Fnac en 2015 et en 2016, il a encaissé 13,9 millions. Même les cabinets de conseil pour les actionnaires ont jugé ces émoluments pour le moins excessifs. C’est dire ! Gageons qu’il s’octroiera bien plus à Carrefour où  le nombre de personnes virées est bien plus important.

 

 

Mais… et c’est là que cela devient gênant. Depuis que le jeune premier Bompard sévit à Carrefour, l’action s’est plantée ! 50 % de sa valeur ! Pour Arnault, cela représente une perte de 1 milliard – certes une bagatelle au regard de sa fortune – mais on sait qu’en ces circonstances, comme l’écrit le « Canard », un personnage dans son genre perd tout sens de l’humour.

 

 

 

 

 

Bernard Arnault pourrait très bien perdre son sens de l'humour suite à la gestion catastrophique de son poulain Bompard.

Bernard Arnault pourrait très bien perdre son sens de l'humour suite à la gestion catastrophique de son poulain Bompard.

 

 

 

Aussi, Bompard, comme son quasi homonyme, Bombard, pourrait se retrouver naufragé volontaire s’il ne sombre tout à fait… Et son légendaire sourire pourrait devenir éternel.

 

 

Cette dramatique affaire – pensons d’abord aux milliers de travailleurs et à leurs familles victimes de ces lamentables combines – prouve que le système ultralibéral atteint ses limites. L’histoire l’a démontré : nul absolutisme, quelle que soit sa nature, n’est assuré de la pérennité : ni le « Reich de mille ans », ni « le socialisme de la fin de l’histoire », ni le capitalisme effréné qui prétend allier la liberté et le bonheur de l’humanité en sublimant en réalité l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

 

Tous les spécialistes du commerce sont d’accord : le modèle hypermarché, le gigantisme sont dépassés. Or, Carrefour s’est obstiné à poursuivre cette politique. C’est très curieux : aux USA, la tendance est à un retour aux dimensions plus « humaines », le géant Walmart change sa politique : il augmente les bas salaires ! Alors qu’en Europe, avec toujours une ou deux décennies de retard, on copie un modèle américain obsolète !

 

 

C’est la preuve que les « grands managers » sont en réalité des incapables. Ils sont obsédés par le rendement immédiat, si possible « à deux chiffres » et n’ont aucune prospective. Le cas de Bompard est flagrant, à la limite de la caricature.

 

 

Et c’est ici la limite du système ultralibéral. C’est un no future généralisé. Ce n’est évidemment pas ainsi que l’on conduit une économie. Et ces messieurs du CAC 40 sont aveugles. Les derniers soubresauts boursiers qui ont, un moment, fait craindre un « crash » devraient leur servir d’avertissements.

 

 

Et un de leurs fidèles amis, le consultant  écrivain essayiste chantre du néolibéralisme, Alain Minc, les avertit : « Vous avez perdu tout sens commun, vous allez être rattrapés par une révolte qui pourrait bien ébranler les positions de pouvoir que vous croyez si solides. » Voilà ce qu’il écrit dans un bouquin au titre reflétant la modestie proverbiale de son auteur : « Une humble cavalcade dans le monde de demain » (Grasset) avec un chapitre au titre prémonitoire « Demain la révolution ? » (Voir « Libération » du 24 janvier).

 

 

 

 

 

Alain Minc perd un peu de sa superbe. Il met en garde ses "amis"...

Alain Minc perd un peu de sa superbe. Il met en garde ses "amis"...

 

 

 

 

Eh oui ! Ces messieurs – il n’y a pas beaucoup de femmes parmi eux – s’inquiètent. Les signaux ne sont pas bons. La mécanique se grippe et ils ne savent pas quoi faire.

 

 

Minc dénonce l’injustice du capitalisme – alors, là c’est nouveau !

 

 

« Toute la richesse créée depuis un quart de siècle est allée à cette étroite minorité et, en son sein, de façon prépondérante, aux privilégiés d’entre les privilégiés, les 0,01 % avec pour conséquence une stagnation, voire une légère baisse du pouvoir d’achat moyen du reste de la population. »

 

 

Une fois de plus : on n’a pas mesuré les effets de cette « répartition » sur la population et on en voit les conséquences aujourd’hui. Le temps des illusions est terminé !

 

 

Cela dit, ne nous réjouissons pas trop vite. Les pouvoirs, au lieu de changer d’orientation, vont renforcer son arsenal répressif. On s’en aperçoit aussi bien en France qu’en Belgique.

 

 

Et il y a un autre aspect. Avec les changements fondamentaux dans le rapport de forces capital travail, la capacité d’adaptation des travailleurs aux nouveaux modes de production est de plus en plus limitée. L’école n’arrive plus à enseigner les connaissances nécessaires pour permettre cette adaptation et les « formations » sont trop spécialisées et seulement calquées sur les besoins immédiats des entreprises et non sur une vision à plus ou moins long terme des changements.

 

 

Les organisations syndicales, elles aussi, devront revoir leur modèle de combat. Les grèves des services publics qui restent leur seule arme ont des résultats dérisoires et, surtout, ne répondent pas aux bouleversements que l’on vit.

 

 

Alain Minc l’écrit :

 

 

« Une nouvelle division s’instaure au sein du monde du travail entre l’univers salarial d’hier, abrité derrière les protections acquises au fil des décennies, et les nouvelles formes d’activité en apparence les plus modernes, puisque nées de la révolution technologique, mais qui retrouvent les traits de l’aliénation ouvrière d’autrefois. »

 

 

Les technologies aliénantes ? N’est-ce pas en définitive leur raison d’être ? .

 

 

Il est indispensable de trouver un nouveau rapport capital travail avec la révolution technologique et particulièrement l’émergence de ce qu’on appelle « l’intelligence artificielle » (IA). Le journal catholique belge « La Libre Belgique » a publié le 3 février 2018 un numéro spécial consacré à cette fameuse IA. Il contient entre autres deux interviews « parallèles » sur la question de son impact sur l’emploi. L’économiste et anthropologue Paul Jorion qui estime que plusieurs métiers sont menacés :

 

 

 

 

Paul Jorion estime que des milliers d'emplois vont disparaître avec l'IA.

Paul Jorion estime que des milliers d'emplois vont disparaître avec l'IA.

 

 

 

« Deux sortes de jobs sont particulièrement menacés : ceux qui sont très simples et ceux qui sont très compliqués. » En ce qui concerne les plus « simples », Jorion pense entre autres aux robots sur les chaînes de montage. De plus, le coût des robots est amorti en un an ou deux quand ils remplacent des travailleurs.

 

 

Quant aux tâches plus complexes, Jorion pense entre autres au fameux métier de trader. Des machines « algo » pour algorithmes effectuent des milliers d’opérations en Bourse en une seconde.

 

 

L’autre interviewé est Marc Lambotte, CEO d’Agoria. Il prétend que l’IA ne supprimera pas d’emplois en Belgique, mais il est amené à reconnaître que certains métiers vont disparaître comme les chauffeurs de taxis et de bus. Il ajoute en conclusion : « Il y a des études qui disent qu’à peu près la moitié des jobs vont disparaître. Ces chiffres sont corrects mais seulement si on ne fait rien. Il ne faut pas fermer les yeux. Il faut agir et se dire que l’intelligence artificielle est une certitude et qu’il faut vivre avec. »

 

 

 

Marc Lambotte, bien qu'il s'en défende, dit à peu près la même chose que Paul Jorion : l'IA est destibée à faire disparaître des milliers d'emplois.

Marc Lambotte, bien qu'il s'en défende, dit à peu près la même chose que Paul Jorion : l'IA est destibée à faire disparaître des milliers d'emplois.

 

 

 

Cela nous fait une belle jambe ! Lambotte ne parle nullement de création de nouveaux emplois. Tout simplement, parce qu’il n’y en a pas !

 

 

Le problème n° 1 est qu’on laisse ce pouvoir fondamental de décision entre les mains des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui, ne l’oublions pas, sont des entreprises privées qui travaillent avant tout pour leurs intérêts et sont prêtes, grâce à leur puissance jamais vue dans l’histoire, à imposer une société de surveillance généralisée et à faire de l’être humain une variable d’ajustement.

 

 

Si on n’y prend garde, ce sera une régression de la civilisation.

 

 

Il y a longtemps que le politique a cédé son pouvoir aux puissances économiques que sont les entreprises transnationales. La démocratie représentative qui est en principe le « moins mauvais des régimes » est à bout de souffle. Des indices : le président français a été élu par 30 % des électeurs inscrits. Il y a eu récemment des élections législatives partielles en France. Seuls 20 % des électeurs se sont déplacés. L’élection des membres du Parlement européen a mobilisé seulement 25 % de l’électorat. Si la politique envahit nos médias, elle a en réalité une fonction secondaire dans l’évolution de la société.

 

 

Cependant, les lignes bougent. Des mouvements encore informels voient le jour. Tout récemment, en Belgique, s’est constitué un regroupement de 72 associations appelé « Tam Tam » dont les mutuelles et les organisations syndicales et qui dénoncent radicalement le néolibéralisme.

 

 

Ces associations apportent-elles une alternative ? Jusqu’à présent, non.

 

 

C’est jusqu’à présent une riposte. Cependant, un « tsunami » social comme Carrefour pourrait être mobilisateur. Jusqu’à présent, les syndicats n’ont réussi qu’à mobiliser une partie des services publics. Si le secteur privé se joint à ce mouvement, alors s’installera un réel rapport de forces. Et un personnage comme Alain Minc aura raison d’avoir peur !

 

 

Si la critique comme la mobilisation sont indispensables, la réplique – elle – est essentielle. Et celle-là, on l’attend toujours.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

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25 janvier 2018 4 25 /01 /janvier /2018 20:52

 

I Les migrants pourraient faire du mal… à la droite !

 

 

Cela fait pas mal de temps que l’on observe en Europe une radicalisation de la droite au pouvoir surtout depuis ce qu’on appelle la « crise des migrants ». Comme tout « ce qui n’est pas de chez nous », le « migrant » est le bouc émissaire bien utile aux pouvoirs « forts » qui commencent à sévir à peu près partout.

 

 

Bonaparte ou Tartuffe ?

 

 

En France, la politique de Macron qui devait être a priori celle d’un libéral-libertaire, plus connu sous le nom de politique libertarienne, c’est-à-dire favorable à l’ouverture des frontières et à la déréglementation, bloque l’accès des migrants et pire, sa police se livre aux pires exactions à Calais. Ces faits ont été dénoncés par Yann Moix qui, pour une fois, a fait son boulot de journaliste. Il a écrit une lettre ouverte au Président Macron publiée le 23 janvier par « Libération ». Et il n’y va pas par le dos de la cuiller : « J’affirme, monsieur le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu. Je l’ai filmé. »

 

 

 

 

Emmanuel Macron a opté pour la répression à l'égard des migrants.

Emmanuel Macron a opté pour la répression à l'égard des migrants.

 

 

 

Plus loin : « Journalistes, policiers : avec vous tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe. »

 

 

Et après avoir décrit la situation dramatique et les exactions des autorités officielles à l’égard des réfugiés à Calais, et après avoir eu des « mots » avec le préfet du Pas de Calais qui se référait à Jean Moulin, Moix conclut : « Laissez les martyrs en paix ; cessez de faire la guerre aux martyrs vivants. Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la Résistance, quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois. Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. »

 

 

Eh oui ! Il existe des policiers démocrates…

 

 

 

En Belgique, ce n’est guère mieux. Dimanche 21 janvier, le ministre de l’Intérieur, le NV-A Jan Jambon, avait programmé une opération policière consistant en une véritable rafle contre les migrants qui « occupent » le parc Maximilien tout près de l’Office des étrangers pour tenter de recevoir des papiers et qui s’abritent à la gare du Nord de Bruxelles toute proche. C’était compter sans l’esprit démocratique de plusieurs policiers qui ne tolèrent pas d’être utilisés à ce genre d’opération qui rappellent de sinistres souvenirs. Une fuite a permis à Alexis De Swaef, le président de la Ligue belge des Droits de l’homme d’alerter de l’imminence de cette descente. Résultat : en quelques heures, entre 2.000 et 5.000 personnes se sont mobilisées en fin d’après-midi et ont formé une chaîne humaine entre le parc Maximilien et la gare du Nord. Les « migrants » qui s’y trouvaient ont été hébergés chez des particuliers. Jambon, furieux, a annulé l’opération et a promis une enquête interne sur  les fuites. Seuls 17 migrants ont été interpellés gare du Midi dont 7 ont été placés en centre fermé pour être expulsés.

 

 

 

 

Le rassemblement des défenseurs des droits des migrants ont empêché une opération policière d'envergure.

Le rassemblement des défenseurs des droits des migrants ont empêché une opération policière d'envergure.

 

 

La « Libre Belgique » du 25 janvier a effectué une enquête auprès des policiers chargés de surveiller et éventuellement réprimer les migrants du parc Maximilien. Marc Duplessis, permanent CGSP déclare :

 

« Un grand nombre de policiers sont mal à l’aise. Ils ont une obligation légale d’intervenir quand il y a une infraction pénale mais ils tombent sur des hommes, des femmes et des enfants qui sont déjà des victimes. Ces gens croient arriver dans un pays de rêve. Même si le problème doit être réglé au niveau européen, structurellement, il manque en Belgique un accueil digne.

 

Face à cela, il y a des policiers qui ont un problème de conscience, notamment si on considère l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Les gens qu’ils arrêtent ne seront-ils pas renvoyés vers un pays qui pratique la torture ou des traitements inhumains ? On devrait avoir une situation actualisée au jour le jour sur ce qui s’y passe, comme le fait l’Ocam (l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace). »

 

 

En définitive, c’est ce que demandent toutes les personnes conscientes des droits fondamentaux.

 

 

 

 

Rassemblement de policiers après une opération anti-migrants. Ce genre de mission ne leur plaît pas du tout.

Rassemblement de policiers après une opération anti-migrants. Ce genre de mission ne leur plaît pas du tout.

 

 

 

Les nationalistes flamands de la NV-A, en plus, jettent le masque entraînant les ultralibéraux du MR : en plus des atteintes sans doute irréparables à la Sécurité sociale, le gouvernement Michel – Jambon a opté pour une politique répressive à l’égard des migrants. Pire, trois ministres, deux NV-A et un CD&V (démocrates chrétiens flamands) ont déposé un projet de loi discuté depuis le 23 janvier à la Chambre, autorisant les visites domiciliaires des forces de l’ordre sous l’injonction de l’Office des étrangers pour arrêter des migrants qui sont hébergés chez des particuliers. Ce projet engage l’ensemble du gouvernement, y compris les libéraux du MR et de l’Open VLD qui se retrouvent en porte à faux par la faiblesse évidente du Premier ministre Charles Michel et l’attitude ambiguë du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders.

 

 

Criminaliser le migrant, criminaliser l’adversaire.

 

 

 

Et ce n’est pas fini ! Le président du Centre d’action laïque (le CAL), l’avocat Henri Bartholomeeusen, a publié dans le journal « l’Echo » ce même mardi 23 janvier, une tribune intitulée « Qui frappe ainsi ? ». Il explique :

 

« Au nom d’une politique d’immigration présentée comme ferme et humaine, c’est donc au moment où des initiatives citoyennes permettent à des êtres humains abandonnés aux rigueurs de l’hiver de trouver un toit chez des particuliers, que le gouvernement fédéral envisage de restreindre le principe de l’inviolabilité du domicile et le droit au respect de notre vie privée. »

Le président du CAL précise :

 

« Outre qu’il vise à criminaliser davantage l’étranger en séjour illégal, ce projet vient donc entraver les logiques de solidarité actuellement à l’œuvre au Parc Maximilien ou ailleurs. En effet, ce ne sont pas seulement les étrangers en séjour illégal qui sont visés mais aussi leurs « hébergeurs » puisque le lieu où les forces de l’ordre pourront pénétrer, fouiller, identifier les personnes et procéder à l’arrestation administrative de l’étranger recherché pourra être celui de la résidence d’un tiers. Chez vous ou chez moi avec des pouvoirs d’investigation énormes car, dans le but de rechercher des documents pouvant établir ou vérifier l’identité de l’étranger, aucun coin ou recoin du lieu fouillé n’est immunisé contre cette « recherche » de documents. »

 

En outre, Henri Bartholomeeusen met en garde :

 

« Certains rétorqueront que le projet subordonne ces visites domiciliaires à l’autorisation d’un juge d’instruction (dont le Gouvernement veut en même temps supprimer la fonction…) ce qui, en soi, serait un gage de respect de l’État de droit. Mais, à la lecture du texte, ce contrôle juridictionnel paraît surtout formel et ne laisser aucune marge d’appréciation au juge saisi puisqu’il ne devra en réalité vérifier que quelques éléments factuels (l’étranger est en séjour illégal, il a refusé de collaborer à son éloignement du territoire, il habiterait bien à telle adresse…).

Aux nombreuses et répétées outrances verbales du Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration encore récemment dénoncées par le député Patrick Dewael au Parlement, viennent donc s’ajouter les actes.

Et ceux-ci sont lourds de conséquences. Car, comme l’indique l’avocat François Sureau, « corrompre les principes, c’est introduire dans notre vie collective un ferment de décomposition dont nous ne connaissons pas l’antidote » et qui, au gré des humeurs du temps, finiront peut-être par s’appliquer à d’autres catégories de personnes. »

 

 

N’est-ce pas là en définitive l’objectif final : démanteler profondément notre système de droit pour introduire un régime inégalitaire de discrimination et de restriction des droits ? Ce serait la fin du système démocratique.

 

 

 

 

Henri Bartholomeeusen, avocat et président du CAL analyse les tenants et aboutissants du projet de loi relatif aux domiciles particulidfs

Henri Bartholomeeusen, avocat et président du CAL analyse les tenants et aboutissants du projet de loi relatif aux domiciles particulidfs

 

 

 

Dans toute cette agitation, s’est produit le même jour – appellera-t-on le mardi 23 janvier 2018, le « mardi noir » ? – un grave incident à la rédaction de la RTBF. Le journaliste Eddy Caeckelberghs connu pour ses engagements laïques et socialistes et apprécié pour des émissions radio de haute tenue, a été épinglé suite à un courriel qu’il a envoyé de sa boîte professionnelle à des responsables du CAL. Il suggère dans le cadre de la crise des migrants de diffuser sur les réseaux sociaux l’enregistrement d’une interview en 2009 de Louis Michel, le père de l’actuel Premier ministre, alors Commissaire européen à la Coopération, où il estime qu’il faut accueillir les migrants, que c’est la base même du libéralisme et qu’il convient d’éviter une répression trop forte et le rejet. Tout le contraire de ce que fait le gouvernement de son fils !

 

 

 

Eddy Caeckelberghs, un des plus célèbres journalistes de la RTBF suspendu sans doute pour des opinions qui ne plaisent pas en haut lieu.

Eddy Caeckelberghs, un des plus célèbres journalistes de la RTBF suspendu sans doute pour des opinions qui ne plaisent pas en haut lieu.

 

 

 

On s’attaque à l’indépendance d’un journaliste.

 

 

Olivier Chastel, le président du MR, le Parti du Premier ministre, a été informé on ne sait trop comment de ce courriel et s’en est publiquement indigné. Tout de suite, Jean-Pierre Jacqmin, le directeur de l'information à la RTBF a pris une mesure d’écartement à l’égard d’Eddy Caeckelberghs : il est interdit d’antenne jusqu’à nouvel ordre ! Tollé dans les milieux progressistes et chez certains libéraux. Mais cela suffira-t-il à revenir sur cette mesure absurde et même illégale puisque la confidentialité des e-mails provenant de boîtes professionnelles est en principe garantie ?

 

 

 

Olivier Chastel, le président du MR, joue un jeu dangereux et nauséabond.

Olivier Chastel, le président du MR, joue un jeu dangereux et nauséabond.

 

 

 

Mais cela ne suffit pas encore. Dans une carte blanche au journal de centre gauche « De Morgen » du 24 janvier, Bart De Wever, le puissant président de la NV-A fustige d’abord une gauche naïve, laxiste et se référant à Hannah Arendt, il ajoute gauche « cosmopolite » rejetant l’Etat-nation – vieille rengaine de la droite extrême – et lance un ultimatum à la gauche :  « Vous avez le choix : ou c’est la Sécurité sociale ou c’est l’ouverture des frontières aux migrants ! »

 

 

 

 

Bart De Wever est, on s'en aperçoit quotidiennemnt, le vrai patron du gouvernement Michel.

Bart De Wever est, on s'en aperçoit quotidiennemnt, le vrai patron du gouvernement Michel.

 

 

 

Cet insupportable chantage a fait bondir Paul Magnette, bourgmestre socialiste de Charleroi, ancien ministre- président de la Région wallonne expulsé par la droite catholique et du MR et sans doute prochain président du PS. Il a répondu à De Wever dans « Le Soir » du 25 janvier. C’est une véritable leçon de politique !

 

 

La peur changerait-elle de camp ?

 

 

Il constate d’abord que le gouvernement est sur la défensive. Il a peur !

 

« La meilleure des défenses c’est l’attaque. Votre gouvernement est dans l’impasse, il suscite des critiques de toutes parts, que faire ? Détourner l’attention, créer des écrans de fumée, lancer de vaines polémiques. Pas de meilleur sujet pour cela que la question sensible des migrations.

Car oui, le gouvernement MR/N-VA est dans la tourmente. La réforme des pensions, la précarisation de l’emploi, les coupes claires dans les budgets de la Santé, les économies drastiques dans les services publics, de la mobilité à la justice, font enfler les mécontentements. Les résistances ne viennent plus seulement des syndicats, mutuelles et ONG, cibles classiques de la droite, mais aussi de travailleurs sociaux, enseignants, médecins, magistrats et avocats, indépendants et représentants des classes moyennes… Dans un tel contexte, rien de tel que d’instrumentaliser le drame migratoire qui est le nôtre aujourd’hui. En recourant à toutes les caricatures et à tous les simplismes, célébrant l’ère de la post-vérité. »

 

 

 

Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et candidat potentiel à la présidence du PS, n'est pas décidé à se laisser faire par son ennemi intime, Bart De-Wever.

Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et candidat potentiel à la présidence du PS, n'est pas décidé à se laisser faire par son ennemi intime, Bart De-Wever.

 

 

 

Magnette rappelle que sur la question de la migration, il y eut un consensus au début des années 2000 sur la migration économique.

 

« Consensus international, d’abord, sur la reconnaissance d’un droit d’asile à toute personne victime de persécutions. Consensus européen, ensuite, sur la reconnaissance d’un certain nombre de droits fondamentaux à toute personne, quelle que soit sa nationalité, en vertu de la Convention européenne des droits de l’homme. Consensus belge, enfin, sur la nécessité d’organiser les migrations économiques et de mener des politiques volontaristes pour permettre aux nouveaux arrivants de s’intégrer à la société, en entrant dans le monde du travail, en payant des impôts, en scolarisant leurs enfants… Oui, la gauche, syndicale et politique, a joué un rôle central dans la formation de ce triple consensus, tout comme l’ont fait de nombreux démocrates-chrétiens et libéraux, qui eurent le courage, dans les années 2000, de défendre l’accueil des réfugiés et le droit de vote aux élections locales pour les ressortissants étrangers. »

 

Ce consensus, certains pays européens, notamment la Hongrie, la Pologne, l’Autriche, sont en train de le briser. Et, manifestement, le gouvernement NV-A MR le démolit également.

 

Quant au « cosmopolitisme », Paul Magnette invite Bart de Wever à relire Les origines du totalitarisme d’Hannah Arendt qu’il aurait manifestement mal lu :

 

« S’approprier Hannah Arendt pour justifier la fermeture de l’Etat national, c’est ajouter l’indécence à l’inculture. (…) C’est bien, selon ses propres mots, la «  conquête de l’Etat par la nation », et donc la réduction des droits de l’homme à ceux des nationaux, qui s’est révélée catastrophique. D’où la nécessité où nous sommes, écrivait-elle, de trouver pour la dignité humaine une «  nouvelle garantie (…) dont la validité doit cette fois comprendre l’ensemble de l’humanité ».

 

Le cosmopolitisme d’Arendt ne se confondait pas – et le nôtre non plus – avec un Etat mondial qui se substituerait à la pluralité des cultures et des identités politiques. Sa préférence allait plutôt vers des formules politiques fédérales, fondées sur la multiplication des contre-pouvoirs et sur une limitation de la puissance des Etats-nations par des initiatives citoyennes et des juridictions internationales.

 

Au-delà du contre-sens philosophique, enrôler au service de la N-VA une femme, elle-même exilée et longtemps apatride, qui n’a cessé de dénoncer les atteintes portées aux droits des civils, des réfugiés, des minorités, et de réfléchir à des formes d’associations politiques dissociées de l’appartenance nationale… serait simplement ridicule si ce n’était obscène. »

Enfin, le bourgmestre de Charleroi termine par une critique radicale de la politique actuelle en matière de migration.

 

« Pour les progressistes, la seule réponse aux phénomènes migratoires est le multilatéralisme et le co-développement. L’intégration européenne et mondiale, sous l’égide des Nations Unies, doit créer des conditions de paix (à l’inverse des interventions unilatérales) pour prévenir les exodes. Le développement des pays les plus pauvres doit permettre à leurs citoyens de s’y épanouir. Tout cela ne peut se faire que dans un cadre européen.

 

Or on fait tout l’inverse depuis 2014, en Belgique et dans l’Union européenne. Confier le contrôle de nos frontières externes à la Turquie est non seulement inefficace mais scandaleux au regard du tournant autoritaire pris par ce pays. Il aurait fallu aider financièrement les pays du Sud qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés pour qu’ils puissent mener les politiques sociales indispensables à une bonne vie en commun.

 

Il aurait fallu réformer la Convention de Dublin qui impose une charge disproportionnée à l’Italie et à la Grèce et plonge les migrants dans des situations inextricables. La Belgique y a sa part de responsabilité. D’autant que, dans son action propre, elle aggrave le problème. Le démantèlement progressif de notre politique de développement, dont les budgets sont constamment réduits, prépare les vagues migratoires de demain. Et quand on laisse croire que les personnes sans titre de séjour bénéficieraient de «  soins de confort  » sur le compte de la solidarité nationale, on ne se contente pas de travestir les faits, on joue en outre un jeu malsain avec les pulsions racistes. »

 

Tout est dit dans cette réponse. Ajoutons que la droite au pouvoir en Wallonie engage des citoyens « délateurs » destinés à dénoncer les auteurs d’incivilités environnementales et autres. Après l’appel à la délation en matière de travail en noir et de traque des chômeurs, voici les citoyens engagés à dénoncer leurs concitoyens pour des infractions à l’environnement.

En d’autres temps, c’était aussi fortement recommandé ! On a vu ce que cela a donné. L’impulsion du radicalisme de droite de la NV-A sur l’ensemble des partis de la coalition témoigne manifestement d’une peur larvée qui s’installe. On parle de plus en plus d’élections anticipées. De Wever et Reynders se sont « discrètement » rencontrés dans un célèbre restaurant à Bruxelles où ils en auraient parlé.

 

Cependant, on s’aperçoit que des politiques libéraux et chrétiens commencent à se poser des questions sur l’action radicale de ceux des leurs qui ont les rênes du pays pour le moment.

 

Nazi ou pas nazi ?

 

Mais, posons-nous la question : la NV-A qui domine le gouvernement Michel qui caracole dans les sondages en Flandre et même à Bruxelles est-elle comme certains l’affirment, un parti « nazi » ? On peut le penser, mais certains estiment que c’est exagéré. Voici une pièce à ajouter à ce dossier.

 

En 2004, dans le cadre de la préparation d’un petit ouvrage sur un épisode qui s’est déroulé au camp de concentration d’Esterwegen, j’ai rencontré à Lier, près d’Anvers M. Paul Baeten, décédé le 20 novembre 2017, rescapé des camps d’Esterwegen et de Buchenwald et à l’époque président du « Groupe Mémoire » où il succéda au Dr Wynen, lui-même successeur d’Arthur Haulot. Ce groupe constitué des rescapés des camps de la mort a pour objet d’entretenir la mémoire des camps et de mettre en garde les jeunes générations sur la résurgence des idées d’exclusion. Lors de cette rencontre, M. Baeten m’a affirmé qu’il considérait la NV-A qui, à l’époque, n’était pas encore au gouvernement et ne présidait pas encore à la destinée de la Ville d’Anvers, comme un parti carrément nazi et qu’il fallait combattre avec vigueur.

 

 

 

 

Feu Paul Baeten, rescapé d'Esterwegen et de Buchenwald, Président du Groupe Mémoire, a une opinion très tranchée sur la NV-A.

Feu Paul Baeten, rescapé d'Esterwegen et de Buchenwald, Président du Groupe Mémoire, a une opinion très tranchée sur la NV-A.

 

 

 

Combattre la « bête » avec vigueur, certainement ! Surtout quand on sent que la peur s’installe dans son camp, car elle devient dès lors bien plus dangereuse.

 

 

D’autant plus que cela ne concerne pas que la question des migrants. Les bouleversements économiques et sociaux ne se déroulent pas comme la droite l’a prévu. Nous l’évoquerons dans le deuxième volet de cet article.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 15:00

 

 

 

Après les « fake news », une autre technique totalitaire est de plus en plus usitée par certains médias et groupes de pression : le discrédit d’une personne soupçonnée dévier de la « ligne ». Deux exemples.

 

 

Le premier : dans bien des cas, toute critique à l’égard de la politique du gouvernement israélien est assimilée à de l’antisémitisme et son ou ses auteurs qualifiés comme tels. Ce qui est en soi odieux et grave. Odieux, parce que toute personne réputée antisémite est non seulement passible de sanctions judiciaires et aussi est rejetée par la société. Là aussi, le président Macron cherche à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme.

 

 

La plus célèbre victime de ce procédé odieux fut le journaliste franco-israélien Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, suite à un reportage qu’il a effectué sur la mort d’un jeune père palestinien et de son fils tués par des tirs israéliens lors d’un affrontement à un check point. Il fut accusé d’avoir monté ce drame de toute pièce. Il fut ainsi traîné dans la boue pendant plusieurs années pour finalement être blanchi. Mais cela lui a coûté sa fin de carrière puisque sa candidature au poste de correspondant à Washington lui fut refusée.  

 

 

 

 

 

Le grand journaliste Charles Enderlin fut traîné dans la boue, insulté, accusé d'antisémitisme, suite à un reportage qui gênait l'extrême-droite israélienne.

Le grand journaliste Charles Enderlin fut traîné dans la boue, insulté, accusé d'antisémitisme, suite à un reportage qui gênait l'extrême-droite israélienne.

 

 

 

Le second exemple est la polémique déclenchée par l’affaire Weinstein à Hollywood. Suite aux « révélations » de plusieurs stars, ledit Harvey Weinstein se livrait systématiquement à l’antique et odieuse technique de la « promotion canapé ». De là est né sur les réseaux sociaux un mouvement #Balance ton porc et un autre #Me too. Cela consiste à dénoncer tout harceleur sexuel, tout dragueur envahissant au même titre que des violeurs patentés. Donc, un comportement pas toujours approprié est assimilé à un crime majeur !

 

 

Autrement dit, faites gaffe les mecs, la police du sexe veille ! Et si vous êtes dénoncés, soupçonnés, montrés du doigt pour avoir osé mettre vos mains sur la fesse d’une nana, il y a vingt ans, il n’y a pas prescription : vous n’êtes qu’un porc et il faut vous jeter l’opprobre jusqu’à la fin des temps.

 

 

 

 

Harvey Weinstein avait fait en sorte que toutes les actrices jouant dans ses productions passent par la case canapé... jusqu'au jour où l'une leva l'Omerta.

Harvey Weinstein avait fait en sorte que toutes les actrices jouant dans ses productions passent par la case canapé... jusqu'au jour où l'une leva l'Omerta.

 

 

 

Les médias en ont rajouté à cœur joie. Dès lors, règne une atmosphère d’inquisition visant tout particulièrement les mâles un peu trop audacieux ! Haro sur le dragueur et surtout, au nom d’une égalité imaginaire, dénonçons le soi-disant mâle dominant comme le nouveau Satan.

 

 

Le combat des femmes pour la dignité vaut bien plus que ces délires ! Curieusement, ces féministes de choc ne se préoccupent guère de l’égalité salariale femmes-hommes revendiquée depuis 1966 lors de la grève des femmes de la FN de Herstal, sous le slogan : « A travail égal, salaire égal ». Et cette égalité n’existe pas encore aujourd’hui, cinquante-deux ans après ! Le statut de la femme enceinte, des mères au niveau des entreprises et même dans la société reste encore bien trop précaire. L’interruption volontaire de grossesse risque à nouveau d’être pénalisée. Un véritable statut de la femme dans la société et dans les entreprises reste à construire. Et le sort des femmes dans le Tiers-monde, on l’oublie ? Ce sont là les vrais combats ! Mais dans l’environnement néolibéral, il vaut bien mieux s’attaquer à de grossiers peloteurs et tastes fesses qu’au statut social et politique de ce qu’on appelle la moitié de l’humanité.

 

 

 

 

 

Les femmes grévistes de la FN de Herstal étaient déterminées. Elles sont devenues le symbole de la lutte des femmes.

Les femmes grévistes de la FN de Herstal étaient déterminées. Elles sont devenues le symbole de la lutte des femmes.

 

 

 

Notre ami Bernard Gensane a publié sur son blog la position d’une militante de gauche, Liliane Laffond qui prend position sur cette campagne qui a été critiquée par une tribune parue dans le Monde signée par cent femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, les écrivaines Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, ainsi que la professeure de critique historique de l'ULB et militante de gauche belge Anne Morelli.

 

 

 

 

Anne Morelli, professeure récemment pensionnée de l'ULB : une militantde de gauche de toujours.

Anne Morelli, professeure récemment pensionnée de l'ULB : une militantde de gauche de toujours.

 

 

 

Evidemment, le microcosme s’est indigné des propos de ces cent dames et a dénoncé avec virulence une dérive droitière. Ben tiens ! Malheureusement, Catherine Deneuve a reculé et s’est excusé auprès des femmes victimes de violences. En quoi devait-elle s’excuser ? Elle ne leur a fait aucun tort. Elle a simplement dérangé l’establishment. Et ça, c’est impardonnable ! Dommage.

 

 

 

 

Catherine Deneuve a malheureusement cédé à l'hystérie du microcosme après avoir courageusement signé la tribune du "Monde".

Catherine Deneuve a malheureusement cédé à l'hystérie du microcosme après avoir courageusement signé la tribune du "Monde".

 

 

Réfléchissons aussi à ce commentaire de Richard Werly dans le blog « Le Temps » où il dénonce la dangereuse dérive totalitaire en ces termes :

 

 

« Cette mécanique du discrédit est fascinante. L’on voit bien comment, aujourd’hui, elle s’est refermée en France sur le débat autour du harcèlement sexuel et des prises de position sur le sujet de certaines femmes célèbres. Le constat est amer: il perdure aujourd’hui, au pays de Voltaire et de Rousseau, du capitaine Dreyfus et du marquis de Sade, cette volonté d’éliminer l’autre intellectuellement, de lui supprimer son droit de parole alors que celui-ci est théoriquement encadré par les lois démocratiques en place. L’anathème l’emporte. Certaines tribunes médiatiques ne sont plus faites pour exprimer un point de vue, mais pour clouer au pilori. »

 

 

Après les « fake news », voici l’opprobre sur tout ce qui n’est pas conforme à la morale conformiste. Le combat contre le totalitarisme larvé que veut imposer un Macron ne fait que commencer.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Liliane Laffond sur la Tribune de Catherine Deneuve

 

 

Liliane Laffond est une femme de gauche que je ne connais pas mais que je suis régulièrement sur Facebook. Á rebours de plusieurs personnalités “ féministes de gauche ”, elle prend position sur la Tribune signée par Catherine Deneuve dans Le Monde. Elle n'y va pas avec le dos de la cuiller.

 

 

La tribune courageuse publiée par cent femmes dans Le Monde, qui critique la campagne #MeToo, a provoqué une réaction furibonde de l'élite dirigeante française. La tribune, cosignée par notamment les actrices Catherine Deneuve et Ingrid Caven, et les écrivaines Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, est claire. Elle démontre que le déchaînement autour de #MeToo, qui est ressortie l'année dernière de la campagne médiatique pour accuser le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein d'abus sexuels, est UNE CAMPAGNE POLITIQUE DE DROITE !

 

 

Se refusant à confondre « la drague insistante ou maladroite » et le viol, elle s'oppose à « l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée » et à ceux qui exigent que la vie intellectuelle et artistique se conforme au diktat de #MeToo. Elle déclare qu'en exigeant la censure d'œuvres d'art sexuellement explicites et des confessions publiques humiliantes d'hommes accusés de méfaits sexuels, #MeToo participe à installer « comme un climat de société totalitaire ».

 

 

Cette réfutation de #MeToo a enragé les forces qui, depuis longtemps, présentent une politique sociétale de droite comme étant la «gauche». Le Parti socialiste (PS), le parti de gouvernement social-démocrate en France depuis la grève générale de Mai-juin 1968 qui est un soutien important de la politique de genre, a sonné la charge. Des dirigeants du parti, qui se disloque après son effondrement aux élections de 2017 face à la colère contre sa politique d'austérité et de guerre, ont dénoncé de manière hystérique Deneuve et les autres signataires en tant qu'apologistes du viol.

 

 

Un examen de leurs arguments – qui mêlent accusations non corroborées, des menaces et des diffamations grossières visant les signataires de la tribune, et surtout Deneuve – confirme le jugement porté par la tribune: #MeToo est un mouvement antidémocratique et de droite.

 

 

Ségolène Royal, candidate présidentielle vaincue du PS, néolibérale et sécuritaire, en 2007, a attaqué Deneuve sur Twitter. Insinuant que Deneuve se désintéresse de la dignité des femmes, elle écrit: « Dommage que notre grande Catherine Deneuve se joigne à ce texte consternant. Toutes nos pensées, hommes et femmes soucieux de la dignité des femmes, vont aux victimes de violence sexuelle, écrasées par la peur d’en parler. »

 

 

Des dénonciations au vitriol ont fait florès autour du Tweet de Royal. Une internaute, Jessica (@JessRtr) s'est moquée du titre de la tribune, «Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Elle a proposé aux sympathisants de #MeToo de harceler Deneuve sexuellement: « N'oubliez pas d'utiliser votre droit d'importuner en mettant une grosse main aux fesses de Catherine Deneuve quand vous la croisez. »

 

 

Le centre de la réaction du PS était une tribune grossière et diffamatoire rédigée par Caroline De Haas, du PS, et signée par 30 militantes féministes. Publiée sur le site Web de France Télévisions, c'est la réaction officielle approuvée par l'État à la tribune du Monde: d'accuser faussement les femmes qui ont signé cette tribune de faire l'apologie du viol.

 

 

Dans la page Web sur laquelle cette tribune est affichée, De Haas déclare, sans fournir de preuve ou de précision: «Les signataires de la tribune du Monde sont pour la plupart des récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d’apologie du viol. Elles utilisent une nouvelle fois leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles. Elles méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences

 

C'est là une déformation vicieuse de la tribune du Monde, qui ne fait pas l'apologie du viol. En réalité, la tribune commence en établissant une distinction claire: «Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.»

 

 

Cette distinction entre le viol et la drague fait bondir De Haas. Elle écrit: « Les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence. Tout mélanger, c’est bien pratique. Cela permet de tout mettre dans le même sac .»

 

 

Ce ne sont pas les signataires de la tribune du Monde qui veulent « tout mettre dans le même sac », mais – comme l'expliquait bien la tribune du Monde – De Haas et le mouvement #MeToo. La réaction de De Haas à la tribune a l'effet d'anéantir toute distinction entre une proposition sexuelle faite à une femme qui ne s'y intéresse pas et le viol: l'un et l'autre sont de la «violence».

 

 

De là, De Haas tire une conclusion toxique et réactionnaire. Selon elle, toutes les femmes, partout, doivent vivre dans une terreur constante de violences sexuelles horribles: « Les violences pèsent sur les femmes. Toutes. Elles pèsent sur nos esprits, nos corps, nos plaisirs et nos sexualités... Nous avons le droit fondamental de vivre nos vies en sécurité. En France, aux États-Unis, au Sénégal, en Thaïlande ou au Brésil : ce n’est aujourd’hui pas le cas. Nulle part. »

 

 

Cette vision infernale est celle que critiquait correctement la tribune du Monde en s'opposant à l'idée que les femmes sont « de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons ».

 

 

La tribune de France-Télévision traite avec mépris les questions démocratiques fondamentales soulevées par les signataires de la tribune du Monde contre #MeToo. Ces dernières pointaient le caractère extrajudiciaire de la persécution d'hommes mis en cause puis licenciés sans aucune forme de procès, ou même d'inculpation. Elles protestaient contre la censure de nus d'Egon Scheide ou de tableaux de Balthus, les appels à interdire une rétrospective de Roman Polanski, et les intimations que les écrivains devraient récrire leurs œuvres pour se conformer aux exigences de #MeToo.

 

 

De Haas dédaigne de mentionner ces questions, réagissant avec des caricatures simplistes. Se moquant de l'idée qu'après #MeToo, « On ne peut plus rien dire », elle écrit: « Comme si le fait que notre société tolère – un peu – moins qu’avant les propos sexistes, comme les propos racistes ou homophobes, était un problème. " Mince, c’était franchement mieux quand on pouvait traiter les femmes de salopes tranquilles, hein?" Non. C’était moins bien. »

 

 

On ne peut comprendre de telles remarques en dehors de l'hostilité envers les droits démocratiques et la classe ouvrière de la social-démocratie européenne et sa périphérie petite-bourgeoise.

 

Sous l'ancien président, François Hollande, le PS a imposé un état d'urgence pendant deux ans, de 2015 à 2017, qui suspendait les droits démocratiques. Fondé sur l'incitation d'une peur des musulmans après les attentats islamistes de novembre 2015 à Paris, l'état d'urgence a servi à réprimer violemment des manifestations contre la loi travail, impopulaire et anti-ouvrière, du PS. Macron en a transcrit les principales dispositions – pour des assignations à résidence, l'espionnage de la population, et les perquisitions, tous arbitraires – dans le droit commun.

 

 

À l'intérieur du PS et de son réseau d'alliés petit-bourgeois, dont le Nouveau Parti anticapitaliste, il n'y a eu aucune opposition réelle à l'état d'urgence. À présent, les grandes sociétés essayent d'utiliser la loi travail du PS pour imposer des salaires en dessous du SMIC dans la chimie, et des réductions d'emplois en masse dans l'automobile.

 

 

De Haas conclut, toutefois, en se présentant comme une femme «de gauche». Elle critique les signataires de la tribune du Monde en prétendant – sans fournir la moindre preuve – qu'elles sont biaisées contre les travailleurs. Elle écrit, « Beaucoup d’entre elles sont souvent promptes à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires. Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du "droit d’importuner". Cette drôle d’ambivalence permettra d’apprécier leur attachement au féminisme dont elles se réclament. »

 

 

Cette attaque contre Deneuve et les autres signataires est répugnante. Dans ce débat sur #MeToo, qui défend les droits démocratiques des femmes et des travailleurs ?

 

 

Est-ce que ce sont les partisans de #MeToo ? Les larbins du PS, un parti formé il y a presque 50 ans en tant qu'alliance des banques, de l'appareil d'État et de sections du mouvement soixante-huitard, et qui s'est depuis effondré pour devenir un petit croupion méprisé des Français pour ses politiques réactionnaires ? Est-ce De Haas, qui tente de salir Deneuve et d'autres actrices et artistes en les accusant d'apologie de viol avec le soutien de France-Télévision et du président Macron ?

 

 

Ou est-ce Deneuve, une des plus grandes actrices françaises du dernier demi-siècle, connue pour ses engagements à gauche dont les luttes pour la légalisation de l'avortement en 1973 et contre la loi Hadopi en 2009, ainsi que pour deux Césars de meilleure actrice – pour avoir joué une femme courageuse qui cache son mari juif sous l'Occupation dans Le Dernier Métro (1981), ou une propriétaire de plantations coloniales d'hévéas dans un portrait dévastateur de l'impérialisme français dans Indochine (1992) ?

 

 

 

 

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 22:55

 

 

 

Le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi 3 janvier dernier lors de ses vœux à la presse qu’un projet de loi était en préparation pour interdire ce qu’on appelle les « fake news », c’est-à-dire, en français, les fausses nouvelles ou les rumeurs mensongères.

 

 

Macron estime que par là il faut protéger la « démocratie libérale » qui, sous-entendu, serait menacée par les « fake news » répandues sur Internet. Il vise avant tout des sites d’informations russes comme « Russia today » et « Sputnik ».

 

 

 

Emmanuel Macron signale à la presse qu'il va la museler... Très peu de réactions !

Emmanuel Macron signale à la presse qu'il va la museler... Très peu de réactions !

 

 

 

Ces sites qui, cela va sans dire, diffusent la propagande de Poutine gênent-ils tellement l’actuel locataire de l’Elysée au point de changer la législation en matière de délit de presse ? Ou bien ce projet s’inscrit-il dans une stratégie occidentale d’isolement de la Russie ? Sans doute les deux, car quand on consulte ces deux plateformes avec le recul critique indispensable, c’est-à-dire en écartant la propagande, on s’aperçoit que les nouvelles et les analyses qui y sont publiées ne sont pas toutes fausses ou manipulées.

 

 

Le projet de Macron a deux objectifs :

 

 

Le premier : « Les plates-formes se verront ainsi imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés, afin de rendre publique l'identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »

 

 

Donc, on s’attaque directement aux sites gênant le pouvoir en les soumettant à des contrôles excessifs. Ainsi, ils perdront leur indépendance et d’importantes sources de financement. Si cela n’est pas élaboré pour les faire disparaître, c’est bien imité !

 

 

Le second : « En cas de propagation d'une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé permettant le cas échéant de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site internet. »

 

 

Le retour de l’Inquisition

 

 

Première question : qu’est-ce qu’une fausse nouvelle ?

 

 

Deuxième question : est-ce au pouvoir de déterminer si une nouvelle est fausse ou non ?

 

 

À la première question, il faudra sans doute attendre le texte du projet de loi Macron pour en connaître sa définition. Mais on peut dès à présent se poser une question liminaire : une nouvelle qui dérangerait le pouvoir ne serait-elle dès lors automatiquement inscrite comme « fake news » et par conséquent, lui permettrait de sanctionner celui qui la diffuse ? Et, en définitive ne serait-ce pas là le véritable objectif du projet : faire peser la menace de la sanction sur les journalistes, les écrivains, les blogueurs n’étant pas en odeur de sainteté avec le pouvoir.

 

 

On ne pratiquerait pas la censure, mais on réprimerait l’auteur de prétendues « fake news ». C’est en revenir à l’ancienne Inquisition. Emmanuel Macron voudrait-il imposer la seule vision de la pensée unique à ceux et celles qui se sont donnés pour mission de diffuser, d’analyser et de critiquer l’information ? On peut le penser.

 

 

Hélène Védrine, professeure émérite de philosophie de l’Université de Paris I (Panthéon- Sorbonne) définit ainsi l’Inquisition dans son ouvrage Censure et Pouvoir – Trois procès : Savonarole, Bruno, Galilée, L’Harmattan, 2001. :

 

 

« L’Inquisition est un organe de répression contre toutes les formes de pensée hétérodoxe et on sait qu’à la fin du XVIe siècle l’hétérodoxie est extensible. Pratiquement tous les grands auteurs de la Renaissance sont à l’Index, d’Erasme à Patrici en passant par Pic de la Mirandole et bien d’autres. Cet organe de répression fonctionne à l’intérieur d’un juridisme clos où l’institution se nourrit d’elle-même : secret de l’instruction, secret des accusations, rôle décisif de la torture, lenteur de la procédure. Tout est mis en œuvre pour arriver au but : obliger l’accusé à reconnaître ses « erreurs », à demander le « pardon », à s’humilier devant l’Inquisition. Forme particulièrement barbare du processus de domination idéologique, l’Inquisition cherche à briser l’individu qu’elle retient dans ses prisons. »

 

 

La répression de toute activité intellectuelle, de toute expression d’idées non conforme à l’idéologie que veut imposer la pouvoir est à nouveau entamée. Le projet Macron sur les « fake news » en est un aspect. Elle se manifeste sous deux aspects : l’inquisition médiatique à l’égard de toute expression non-conforme. Elle revient à humilier, à décrédibiliser l’auteur de toute déviation, toute dérive. L’émission ONPC sur France 2 avec ses deux inquisiteurs de service, aujourd’hui Christine Angot et Yann Moix, deux écrivains médiocres, aigris et donc parfaitement aptes à écraser celles et ceux qui ne plaisent pas.

 

 

 

 

Christine Angot et Yann Moix, les deux inquisiteurs de l'émission ONPC fort proche du pouvoir macronien

Christine Angot et Yann Moix, les deux inquisiteurs de l'émission ONPC fort proche du pouvoir macronien

 

 

 

Des médias muselés et au service du pouvoir

 

 

Remarquons aussi que les organes de presse les plus importants sont restés très passifs à l’égard de ce projet d’instaurer un contrôle étatique de l’information. On observe que leur réaction fut non point de s’étonner du projet Macron, mais d’en rajouter avec une étude de la Fondation Jean Jaurès fondée par Pierre Mauroy, le premier Premier ministre de François Mitterrand en 1981 destinée au départ à être un think tank du PS, mais qui a évolué vers le social-libéralisme sous l’influence des partisans de Dominique Strauss-Kahn. Et, comme par hasard, à la fin de l’année dernière, elle a fait paraître une étude sur le « conspirationnisme », l’épouvantail agité devant l’opinion pour dénoncer les auteurs des fameuses « fake news ». Et on trouve au sein du Conseil d’administration l’actuel ministre de l’Intérieur de Macron, Gérard Collomb. Et quelques jours après l’annonce du Président de la République, Libération, qui appartient, comme L’Express, l’Expansion, BFM et RMC au milliardaire Patrick Drahi, , fait la une sur le sujet en titrant son édition du 9 janvier : « Complotisme : le côté obscur de la France ». Le soir même, Europe 1, propriété du milliardaire Arnaud Lagardère consacre un débat au fake news.

 

Récapitulons : le 4 janvier, Macron annonce une nouvelle forme de censure contre les médias ; les jours suivants, son porte-parole va expliquer à ONPC que c’est indispensable pour se protéger, par exemple des groupes terroristes et le 9 janvier, Libération et Europe 1 se penchent en priorité sur le« complotisme », sans aucune critique sur le projet Macron. On dirait vraiment qu’ils adoreraient être censurés, ou tout simplement qu’ils se transforment en organes officieux du pouvoir.

 

 

L’ennemi : l’hétérodoxie

 

 

 

Certes, nous n’en revenons pas à l’Inquisition à l’époque de la Renaissance. Certes, on ne pratique pas la torture, mais les méthodes et les finalités sont identiques : éradiquer par tous les moyens toute forme d’hétérodoxie. Pour preuve, ce qu’écrit sur son blog hébergé par « Mediapart », le philosophe vidéaste Vincent Verschoore :

 

 

« Les opinions qui diffèrent de celles du groupe sont typiquement ostracisées, leurs auteurs bloqués avec bonnes doses d’insultes par écrans interposés, et cela est vrai dans tous les registres: des groupes féministes à l’extrême-droite ou gauche en passant par, bien sûr, les sites communautaristes et/ou religieux.

 

Et c’est bien là que réside le problème politique: la coexistence d’opinions différentes qui ne se mélangent plus, se radicalisent « naturellement’ du fait qu’elles ne s’alimentent que par l’entre-soi, nourri un terreau des plus favorables aux fake news. Je crois, donc je suis, dirait un Descartes désabusé. Peu importe, à l’extrême, la réalité d’une information pour autant qu’elle permette de nourrir, une heure, un jour ou un mois, un imaginaire collectif qui n’a d’autre développement possible que la disparition ou la fuite en avant. »

 

Nous avons tous un besoin vital d’une expression libre et sans entrave à la seule condition qu’elle ne porte pas préjudice, ce qui est prévu depuis longtemps par la loi. Alors, pourquoi l’entraver ? Tout simplement parce qu’un pouvoir totalitaire est en train de subrepticement de s’implanter.

 

 

A la place des dictateurs classiques

 

 

Non, ce ne sont plus, comme auparavant, les pronunciamientos brutaux des Franco, Pinochet et autres Jaruzelski, c’est aujourd’hui par la voie élective que le pouvoir totalitaire se met en place. Un président qui a été élu avec seulement 30 % des électeurs inscrits n’a jamais autant « réformé » que ses prédécesseurs. Ainsi, évite-t-il une résistance qui pourrait entraver ses desseins. Et ses desseins, c’est le programme de la Commission Attali commandité par Sarkozy et plus tard, son successeur Hollande. Les conclusions de cette Commission prônant l’installation d’une société ultralibérale n’ont jamais fait l’objet d’un débat sérieux et approfondi sur le plan politique, c’est-à-dire ni au Parlement, ni au sein des partis et mouvements politiques.

 

Pour construire cette société, toute contestation sérieuse doit en être exclue. Il est évidemment impossible d’élaborer un tel système s’il se heurte à une trop importante opposition. Et ce n’est pas un hasard : depuis deux décennies, la plupart des grands organes de presse ont été repris par les groupes financiers les plus importants en dépit du fait que la presse papier est en crise. Personne ne s’est posé la question : quelle est la motivation de milliardaires et de groupes financiers de jeter leur argent dans des entreprises de presse déficitaires ? Les médias audiovisuels, eux aussi, sont depuis longtemps entre les mains des mêmes groupes. Cela n’est donc pas un hasard ! Tout simplement, ils ont pour rôle est de diffuser les mots d’ordre néolibéraux et surtout de museler toute opposition.

 

Et la France n’est pas la seule à envisager de tels projets de musèlement de la Presse. Ainsi, comme l’explique Mike MacKenzie sur son blog lui aussi hébergé par « Mediapart » :

 

« L’information, la vie intellectuelle, les idées… forment un marché qui, comme tous les marchés, fonctionne d’autant mieux qu’il est libre. Tout marché qui commence à subir des distorsions, que ce soit par l’encadrement des prix, la distribution de subventions, un numerus clausus ou diverses autres réglementations, est un marché faussé qui génère tôt ou tard le mécontentement de ses acteurs.

 

Il en va de même dans le domaine des idées. À partir du moment où il est question d’encadrer certaines idées, d’en interdire d’autres et de favoriser certains thèmes, on débouche inéluctablement sur une vie intellectuelle en route pour l’appauvrissement.

 

Cette propension a vouloir éradiquer les fake news et les organes de presse ou sites internet qui les diffusent arrive au moment précis où les médias traditionnels, comme bien d’autres secteurs d’activité, se trouvent confrontés à une révolution technologique qui modifie complètement la pratique du métier. La généralisation du numérique dans nos vies a permis l’apparition de nouveaux acteurs de l’information qui entrent en concurrence directe avec eux. »

 

Donc, ce qu’on appelle la révolution numérique, vient à peine de commencer que les pouvoirs économiques et politiques s’en mêlent pour tenter de la dominer. Ainsi, par exemple, la suppression de la « neutralité » d’Internet verra, si elle s’étend, l’impossibilité matérielle d’organiser une réelle opposition à la pensée dominante. Heureusement, il y a jusqu’à présent une résistance efficace qui permet de préserver la « toile » comme espace de liberté.

 

 

L’exclusion du peuple

 

 

Pour conclure, et c’est le plus aberrant : les pouvoirs totalitaires ont tous eu un relatif soutien populaire faute de quoi ils n’auraient pu tenir. Hitler et Mussolini ont eu de nombreux partisans, Pinochet bénéficiait de l’appui d’une frange importante du peuple chilien. De même, Staline a été adoré sinon idolâtré par une part significative du peuple en Union soviétique.  Aujourd’hui, la popularité n’a plus aucune importance. La maîtrise des technologies et l’anonymat du réel pouvoir – bien malin, par exemple,  qui peut donner les noms des dirigeants des entreprises transnationales – ont pris la place des dictateurs « classiques » et n’ont nul besoin de cet encombrant peuple.

 

Comme l’écrit Viktor Dedaj , le directeur du site « Le Grand Soir » :

 

« La Vérité, comme la Démocratie, ne nous sera pas offerte en cadeau. Non, la Vérité, comme la Démocratie, il va falloir la leur arracher. Et quelque chose me dit qu’ils n’ont pas l’intention de se laisser faire. »

 

Aux armes, citoyens !

 

Pierre Verhas

 

 

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