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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 13:07

 

 

 

Dominique Vidal est un journaliste français spécialiste du Proche Orient et en particulier de ce qu’il est convenu d’appeler le conflit israélo-palestinien. Il lui a consacré de nombreux livres, seul ou en collaboration, notamment avec Alain Gresh. Il est aussi l'auteur d'une synthèse des travaux des nouveaux historiens allemands sur la Shoah. On lui doit également des ouvrages sur les banlieues.

 

Depuis 2009, il dirige avec Bertrand Badie la livraison annuelle de L'état du monde, aux éditions La Découverte.

 

Il a récemment publié sur les sites « orient XXI » et « Le Grand Soir » une contribution sur la dérive fascisante que connaît l’Etat d’Israël qui ne parvient pas à trouver une solution équitable relatives au statut des territoires palestiniens qu’il occupe – Jérusalem-Est et la Cisjordanie – et sur celui de la bande de Gaza auquel il impose un blocus de plus en plus oppressant.

 

 

 

Dominique Vidal est un journaliste et analyste français le plus rigoureux sur le conflit israélo-palestinien.

Dominique Vidal est un journaliste et analyste français le plus rigoureux sur le conflit israélo-palestinien.

 

 

 

Les récentes violences à la frontière avec Gaza qui ont déjà fait de nombreuses victimes côté palestinien, et depuis quelques jours, les bombardements aériens,  l’occupation de plus en plus dure de la Cisjordanie, le mur de séparation – ou d’apartheid, pour les Palestiniens – la colonisation qui prend aujourd’hui l’aspect d’une annexion pure et simple de la Cisjordanie faisant fi de toutes les résolutions des Nations Unies mettant ainsi la population palestinienne au niveau d’un sous-statut d’étranger sur son propre sol. Tout cela est en totale contradiction avec le droit international et la Convention Universelle des Droits de l’Homme pourtant ratifiée par Israël.

 

À l’intérieur même d’Israël on assiste à des mesures liberticides touchant avant tout les personnes et associations israéliennes ou étrangères de solidarité avec les Palestiniens, notamment sur le plan humanitaire, l’interdiction de séjour à toute personne membre d’une association favorable au BDS (Boycott Désinvestissement Sanction). Nous connaissons le cas d’une Belge qui a été récemment emprisonnée huit jours à sa descente d’avion à l’aéroport Ben Gourion avant d’être expulsée.

 

À l’instar de Silvio Berlusconi, il y a une décennie, Benjamin Netanyahu dont on sait qu’il est compromis dans des affaires de corruption, a fait voter une loi interdisant d’enquêter sur les hommes politiques en fonction.

 

L’Etat d’Israël qui se voulait au départ exemplaire comme Etat démocratique dérive vers une autocratie où l’arbitraire devient la loi. Cela constitue une grave menace pour les Israéliens eux-mêmes et pour la paix. Il est vrai qu’Israël bénéficie du soutien inconditionnel des Etats-Unis qui s’est renforcé depuis que Trump a décidé le transfert de l’ambassade étatsunienne de Tel Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi la « réunification » de la Ville Sainte, c’est-à-dire l’annexion de Jérusalem-Est.

 

Dominique Vidal dénonce aussi l’alliance de Netanyahu avec l’extrême-droite européenne dont le Hongrois Viktor Orbàn et même le Belge Filip De Winter, président du parti néonazi Vlaams Belang et le Hollandais Geert Wilders !

 

Enfin, toute critique à l’égard de la politique actuelle d’Israël est assimilée à l’antisémitisme qui, ne l’oublions pas, est devenu un délit dans plusieurs pays européens. Des associations comme le CRIF en France, le CCOJB en Belgique n’hésitent pas à dénoncer et à traîner dans la boue des personnes exprimant leur solidarité avec les Palestiniens et spécialement celles qui militent pour le BDS. En plus, les organisations juives critiques à l’égard de la politique actuelle de l’Etat hébreu sont marginalisées et pratiquement interdites de médias comme l’UPJB (Union des Progressistes Juifs de Belgique) et l’UJFP (Union des Juifs Français pour la Paix).

 

Certains diront que cela s’inscrit dans la droitisation qui est une tendance générale dans le monde. Certes, mais on peut, sans risque de se tromper, considérer que cette dérive fascisante en Israël et dans plusieurs pays européens constitue un danger majeur aussi bien pour les peuples palestinien, israélien et européens.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

En Israël, les trois dimensions d’une dérive fascisante

 

Dominique VIDAL

 

Les dérives autoritaires et fascisantes de l’État d’Israël sont largement sous-estimées par les médias et les responsables politiques européens. Pourtant, elles sont réelles et porteuses de dangers pour tout le Proche-Orient.

 

Beaucoup de lecteurs du Monde auront été surpris de découvrir, sous la plume de l’historien Zeev Sternhell, spécialiste éminent du fascisme, une comparaison entre l’Israël d’aujourd’hui et l’Allemagne des débuts du nazisme. C’est que la plupart des grands médias ont peu couvert l’inquiétante radicalisation de la coalition de droite et d’extrême droite qui dirige Israël depuis 2015.

 

 

 

Zeev Sternhell, historien israélien, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, est un des plus grands spécialistes du fascisme.

Zeev Sternhell, historien israélien, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, est un des plus grands spécialistes du fascisme.

 

 

 

Ce phénomène comporte trois dimensions principales.

 

L’État-nation du peuple juif

 

La première et la principale concerne le projet colonial en Palestine, qui connaît un tournant historique. Jusqu’ici les autorités israéliennes, y compris Benyamin Netanyahou depuis son fameux discours de 2009, faisaient mine d’accepter la perspective dite « des deux États ». Certes elles accéléraient la colonisation — le quotidien israélien Haaretz a donné l’an dernier le chiffre de 700 000 colons juifs, 470 000 en Cisjordanie et 230 000 à Jérusalem-Est —, mais elles maintenaient formellement un flou artistique autour du statut des territoires occupés.

 

De surenchère en surenchère, stimulés par la prévisible succession de Netanyahou, les principaux autres chefs de la coalition ont imposé un changement de cap. Ministre de l’éducation et de la diaspora, le chef du parti Foyer juif Naftali Bennett répète inlassablement : « Le chemin des concessions, le chemin de la division a échoué. Nous devons donner nos vies pour l’annexion de la Cisjordanie. » Et il a déjà joint les actes à la parole, faisant voter une loi en ce sens par le Parlement, le 6 février 2017. Ce texte légalise rétroactivement une série d’« avant-postes » (ces colonies jusque-là illégales même aux yeux du droit israélien) en autorisant la saisie de terres privées palestiniennes et en ouvrant ainsi la voie à l’extension de la souveraineté israélienne sur la zone C, qui représente plus de 60 % de la Cisjordanie, voire sur toute celle-ci. Cette loi dite de « régularisation », appelée « loi des voleurs » par Benny Begin, le fils de l’ancien premier ministre, reste pour l’instant gelée par la Cour suprême. Mais cette dernière devient elle-même une cible des attaques du gouvernement, qui veut en modifier la composition et en réduire les prérogatives.

 

Qualifié de « fasciste » par l’ancien premier ministre Ehoud Barak, le Foyer juif, ultranationaliste, revendique l’héritage du Parti national religieux, qui fut toujours, avec le Bloc des croyants (Gouch Emounim), le cœur du mouvement de colonisation. S’il ne compte que huit députés et quatre ministres, il a néanmoins réussi à rallier à sa loi soixante députés, dont la quasi-totalité de ceux du Likoud, alors que le chef de ce dernier, le premier ministre Benyamin Nétanyahou, leur avait instamment demandé de s’y opposer. Il faut dire que fin 2017, même le comité central du Likoud se prononçait pour la mise en œuvre de l’annexion de la Cisjordanie.

 

Un autre texte prévoit d’annexer cinq blocs de colonies situés à l’est de Jérusalem, empêchant du même coup Jérusalem-Est de devenir la capitale d’un État palestinien. Mais il nécessite encore, selon Netanyahou, une « préparation diplomatique ». En attendant, le Parlement a adopté, toujours sur proposition de Bennett, un amendement à la loi de 1980 sur Jérusalem. Il élève de 61 députés à 80 (sur 120) la majorité nécessaire pour tout retour de parties de la ville sous souveraineté palestinienne. Et il permet de retrancher des quartiers palestiniens situés à l’extérieur du Mur pour en faire des « entités séparées » dont les habitants ne seraient plus des « résidents ».

 

 

 

Le Mur de séparation ou d'apartheid à Bethlehem

Le Mur de séparation ou d'apartheid à Bethlehem

 

 

 

« S’il était mis en œuvre, le charcutage des limites de la municipalité y réduirait de près de 120 000 le nombre des Palestiniens et ajouterait 140 000 colons israéliens à la population de la ville, réduisant la part des Palestiniens à 20 % (contre 37 % aujourd’hui) », estime le rapport annuel étouffé des consuls de l’Union européenne à Jérusalem, selon le journaliste René Backmann.

 

Autrement dit, au-delà de leurs rivalités, les bâtisseurs du « Grand Israël » ont décidé, violant ouvertement cinquante années de résolutions des Nations unies, d’enterrer la solution dite « des deux États » au profit d’un seul : un État d’apartheid, où les Palestiniens annexés ne jouiraient pas des droits politiques, à commencer par le droit de vote. Il est vrai que, selon les démographes, la Palestine historique compte désormais plus ou moins autant d’Arabes que de juifs : environ 6,6 millions…

 

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption au Parlement symbolise cette volonté. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lecture parle d’ « État-nation du peuple juif ». Et il précise : « Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu.

 

Un arsenal liberticide

 

Les leaders de l’extrême droite font aussi avancer leur cause par des provocations retentissantes. Ministre de la justice, Ayelet Shaked n’a pas hésité, pendant la dernière guerre de Gaza, à poster sur sa page Facebook un texte qualifiant « l’ensemble du peuple palestinien » d’« ennemi d’Israël » et justifiant ainsi « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages » (1). De son côté, Naftali Bennett a préconisé de tuer tous les « terroristes » arrêtés plutôt que de les mettre en prison. Et d’expliquer : « J’ai tué beaucoup d’Arabes, aucun problème avec ça ». Quant à Avigdor Lieberman, il affirme que « les Israéliens arabes n’ont pas leur place ici. Ils peuvent prendre leurs baluchons et disparaître », ajoutant : « Ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache ». Il propose même de transporter les prisonniers palestiniens « jusqu’à la mer Morte pour les noyer » …

 

 

 

Ayelet Shaked, la jeune ministre de la Justice du gouvernement Netanyahou est parmi les plus extrémistes.

Ayelet Shaked, la jeune ministre de la Justice du gouvernement Netanyahou est parmi les plus extrémistes.

 

 

 

Mais ces extrémistes le savent : leur fuite en avant pourrait susciter, à terme, des réactions négatives de l’opinion. Si l’absence d’alternative à gauche a poussé les Israéliens toujours plus vers la droite, cette évolution a (encore ?) des limites : selon une enquête d’opinion, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie et 53 % s’opposent à son annexion (2). Voilà qui explique sans doute la deuxième dimension de la radicalisation de l’actuelle coalition : l’arsenal liberticide qu’elle a fait voter par le Parlement depuis le début de la décennie. Au cas où. En encadré ci-dessous, les morceaux de choix :

 

 Une loi interdit tout appel au « boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël » (2011) ;

  •  Une autre prive de subventions d’État les organisations, institutions ou municipalités commémorant la Nakba, l’expulsion de 800 000 Palestiniens en 1948 (2011) ;
  •  Le même texte instaure des « comités d’admission » pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une cité sont « convenables » (2011) ;
  •  Un amendement à la loi fondamentale sur le gouvernement porte à 3,25 % le seuil minimal en dessous duquel une formation politique ne peut pas être représentée au Parlement (2014) ;
  •  Une loi contraint les ONG à déclarer plusieurs fois par an les subventions en provenance de gouvernements étrangers, si celles-ci représentent plus de la moitié de leur budget (3) (2016) ;
  •  Unique au monde, un texte permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement, pour incitation, racisme ou soutien à la lutte armée (2016) ;
  •  Une autre législation accorde des pouvoirs exceptionnels à l’État contre les « organisations terroristes » en Israël, y compris leurs « membres passifs ». Elle autorise le ministre de la défense à confisquer sans jugement les biens des membres de ces organisations (2016) ;
  •  Une loi permet l’emprisonnement à partir de 12 ans de mineurs accusés de plusieurs crimes violents (2016) ;
  •  Une législation autorise Israël à refouler à ses frontières les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott (2017). Une liste de vingt ONG bannies sera même publiée début 2018 ;
  •  Une autre loi, proposée par Bennett et votée en première lecture, permet au ministre de l’éducation d’interdire à des associations dénonçant l’armée — en l’occurrence Breaking the silence qui mène campagne contre la violence de l’armée israélienne dans les territoires occupés — d’intervenir dans les établissements d’enseignement (2017) ;
  •  Destinée à protéger Benyamin Netanyahou, une législation interdit à la police d’informer le procureur général de l’existence de motifs d’inculpation dans le cadre d’enquêtes portant sur des personnalités publiques (2017) ;
  •  Une loi autorise le ministre de l’intérieur à révoquer le droit de résidence à Jérusalem de Palestiniens suspectés de « déloyauté » vis-à-vis de l’État (2018) ;
  •  Quasiment totalitaire, la dernière loi en date permet au premier ministre et au ministre de la défense de déclarer la guerre seuls, sans consulter le cabinet de sécurité ni a fortiori le gouvernement (2018).
     

    Alliance avec l’extrême droite européenne
     
    Qui se ressemble s’assemble : Netanyahou recrute ses meilleurs amis — c’est la troisième dimension de la radicalisation de sa coalition — parmi les pires populistes européens. Comme Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, liquidateur des libertés hongroises, islamophobe et antisémite. Le chef du Likoud n’a même pas manifesté le moindre état d’âme en apprenant que quelques jours avant leur rencontre de juillet 2017, son hôte s’était livré à une apologie du régent (1920-1944) Miklós Horthy, le Pétain hongrois dont les successeurs aidèrent Adolf Eichmann à déporter et à assassiner 430 000 juifs hongrois. Netanyahou flirte aussi avec Jaroslaw Kaczyński, pourtant inspirateur d’une loi interdisant d’évoquer les — nombreux — collaborateurs polonais de l’occupant : en 1970 déjà, l’historien Szymon Datner estimait qu’ils avaient tué 200 000 juifs durant la seconde guerre mondiale. Ce texte négationniste, qui déclencha plusieurs manifestations ouvertement antisémites dans le pays, provoqua un tel scandale que Varsovie dut reculer. Mais Yehuda Bauer, le principal historien israélien de la Shoah, a qualifié la déclaration Nétanyahou-Morawiecki de « trahison stupide, ignorante et amorale de la vérité historique sur l’implication polonaise dans l’Holocauste ».

 

 

 

 

 

Benyamin Netanyahou et Viktor Orbàn : une entente plus que cordiale

Benyamin Netanyahou et Viktor Orbàn : une entente plus que cordiale

 

 

 

Avancés pour justifier ces liaisons dangereuses, les prétextes diplomatiques ne sauraient expliquer le rapprochement entre Israël et les partis d’extrême droite ouest-européens. Dès décembre 2010, une trentaine de dirigeants d’extrême droite — dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Philip Dewinter et le successeur de Jörg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache — ont séjourné en Israël, accueillis avec les honneurs dus aux hôtes de marque. À l’époque vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui rêve de débarrasser de ses musulmans un État qu’il veut exclusivement juif, a conversé alors chaleureusement avec Wilders, qui rêve, lui, d’interdire le Coran aux Pays-Bas. Ce dernier s’était même rendu dans une colonie juive de Cisjordanie, où il avait, révélait l’AFP, « plaidé contre la restitution de territoires en échange de la paix avec les Palestiniens, proposant l’installation “volontaire” des Palestiniens en Jordanie ». Pour lui, les colonies constituent des « petits bastions de la liberté, défiant des forces idéologiques qui nient non seulement à Israël, mais à tout l’Occident, le droit de vivre dans la paix, la dignité et la liberté ».

 

Plus récemment, le Likoud a envoyé un de ses députés, Yehuda Glick, rencontrer le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ) fondé par Jörg Haider après son retour au gouvernement autrichien. Il y a fort à parier qu’il contactera aussi la Ligue victorieuse, avec le Mouvement cinq étoiles, aux dernières élections législatives italiennes. Seule reste non grata en Israël la formation de Marine Le Pen, dont le compagnon, Louis Alliot, y a néanmoins séjourné.

Dans cette radicalisation, il y a quelque chose de l’hubris grec, mélange de vertige, d’orgueil et de démesure, contre lequel les Dieux exerçaient leur vengeance. Nétanyahou et ses alliés/rivaux se croient tout permis parce qu’ils estiment détenir une sorte de carré d’as.

 

Premier as, Donald Trump, le président américain le plus pro-israélien de l’histoire, porté notamment par des dizaines de millions d’évangélistes. Après le transfert de son ambassade à Jérusalem, il reconnaîtra sans doute l’annexion du Golan, voire appuiera une aventure israélienne contre Téhéran. Bref, il ne refusera rien à Tel-Aviv. Le deuxième as, c’est Mohamed Ben Salman, le prince héritier saoudien, qui a décidé d’abandonner ouvertement la cause palestinienne pour s’allier avec Washington et Tel-Aviv contre l’Iran. Le troisième as, ce sont Mahmoud Abbas et Yahya Sinouar, les frères ennemis palestiniens incapables de surmonter les divisions entre Fatah et Hamas, fournissant ainsi à Israël un atout maître. Enfin, quatrième as, les guerres de Syrie, d’Irak, du Yémen et de Libye, qui marginalisent la question de Palestine, autrefois centrale.

 

 

 

 

Donald Trump et Benyamin Netanyahou sont d'excellents "amis"...

Donald Trump et Benyamin Netanyahou sont d'excellents "amis"...

 

 

 

Faire taire toutes les critiques

 

Leur fuite en avant, Netanyahou et ses alliés-rivaux le savent, ne pourra qu’accentuer, à terme, l’isolement international du gouvernement israélien. Déjà, l’État de Palestine est entré à l’Unesco (2011), aux Nations unies (2012) et à la Cour pénale internationale (2015). Et l’Assemblée générale a voté, fin 2017, en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga). Dans les enquêtes mondiales d’opinion sur l’image des différents États, Israël arrive depuis une quinzaine d’années dans le peloton de queue, avec la Corée du Nord, l’Iran et le Pakistan.

 

Voilà pourquoi le gouvernement israélien s’efforce de faire taire les critiques de sa politique. D’où sa volonté de criminaliser la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), qualifiée par Netanyahou de « menace stratégique majeure » qu’il combat avec une organisation récemment dotée de 72 millions de dollars. À cette première opération s’en ajoute depuis deux ans une seconde, visant à interdire l’antisionisme, assimilé à l’antisémitisme. S’appuyant sur une petite phrase d’Emmanuel Macron lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) exige, par exemple, une loi en ce sens, à partir d’une « définition » de l’antisémitisme élaborée par un lobby, l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

 

Tout cela pose une question de vocabulaire, évidemment politique. S’agissant de n’importe quel autre pays, une évolution comme celle d’Israël depuis quelques années serait qualifiée de fascisation. Comparaison n’est bien sûr pas raison. Mais comment oublier que, si le courant dont Benyamin Netanyahou est issu — le sionisme révisionniste de Vladimir Zeev Jabotinsky — ne se réclamait pas du fascisme, Benito Mussolini, lui, se réclamait de Jabotinsky ?

« Pour que le sionisme réussisse, confia le Duce en 1935 à David Prato, futur grand rabbin de Rome, il vous faut un État juif, avec un drapeau juif et une langue juive. La personne qui comprend vraiment cela, c’est votre fasciste, Jabotinsky » (4).

 

Hasard ou prémonition ? Ben-Zion Netanyahou, le père de Benyamin, servit de secrétaire à Jabotinsky. Tel père, tel fils !

 

Dominique VIDAL

 

Source : https://orientxxi.info/magazine/en-israel-les-trois-dimensions-d-une-derive-fascisante,2542

(1) Le Parisien, 12 mai 2015.

(2) Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient, en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de «  résident  » : Institut de la démocratie israélienne (IDI), 8 février 2017.

(3) Échappent du coup à cette obligation les associations de droite et d’extrême droite qu’arrosent pourtant des fondations juives américaines extrémistes.

(4) Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators, Croom Helm, Londres et Canberra, 1983.

 


https://www.legrandsoir.info/en-israel-les-trois-dimensions-d-une-derive-fascisante.html

 

 

 

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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 13:59

 

 

 

« L’idée européenne n’est pas un sentiment premier, comme le sentiment patriotique, comme celui d’appartenance à un peuple, elle n’est pas originelle et instinctive, mais elle naît de la réflexion, elle n’est pas le produit d’une passion spontanée mais le fruit lentement mûri d’une pensée élevée. Il lui manque d’abord l’instinct enthousiaste qui anime le sentiment patriotique.

 

L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen, parce qu’il est toujours plus aisé de reconnaître ce qui vous appartient que de comprendre votre voisin avec respect et désintérêt. A cela s’ajoute le fait que le sentiment national est organisé depuis des siècles et bénéficie des plus puissants auxiliaires. Le nationalisme peut compter sur l’armée, l’uniforme, les hymnes, les journaux... »

 

 

 

Stefan Zweig dut s'exiler de l'Allemagne nazie. Il a très vite compris à la fois la force et la faiblesse de l'idée européenne.

Stefan Zweig dut s'exiler de l'Allemagne nazie. Il a très vite compris à la fois la force et la faiblesse de l'idée européenne.

 

 

 

Ainsi s’exprima Stefan Zweig dans « Le monde d’hier ».

 

  • J’ai honte d’être Européen !

Voilà le propos que m’a tenu récemment un ancien haut fonctionnaire belge de mes connaissances de retour d’un voyage en Grèce.

 

La vision de la misère à Athènes et dans les autres grandes cités hellènes est abominable. De grands boulevards autrefois animés par une population bigarrée, bordés de commerces de toutes sortes, où les véhicules se rencontraient à grands concerts de klaxons et d’insultes dans une circulation plus ou moins régulées par de débonnaires policiers sont aujourd’hui vides, silencieux, avec les volets baissés et tagués. C’est le paradis des squatters et des dealers. 

 

Au-delà des chiffres, voilà le résultat visible de l’agression financière de l’Union européenne en Grèce dans le seul but de sauver les banques françaises et allemandes qui ont eu l’imprudence bien calculée de se gaver de titres de la dette grecque sachant bien que les dirigeants des institutions européennes feraient tout pour les sauver et pour renforcer un système monétaire favorable aux plus forts au détriment des plus démunis.

 

Brexit, crise migratoire, crise de l’Euro, crise transatlantique. Tout semble indiquer que l’Union européenne, cette construction datant de plus de soixante ans, se trouve dans une nouvelle impasse dont elle risque cette fois-ci de ne pas sortir.

 

Ces chocs ont mis en évidence les énormes faiblesses de cette construction aussi inachevée qu’hybride.

 

Hybride, c’est ce qu’exprime Stefan Zweig. On adhère à sa famille, à son village, à sa nation bien plus qu’à l’idée grandiose d’unité dans la diversité. Malgré tous les efforts consentis après la Seconde guerre mondiale, il a été impossible d’éliminer le sentiment de méfiance à l’égard de l’Autre, qu’il s’agisse du voisin direct ou éloigné. L’ailleurs, même s’il fascine, reste mystérieux et hostile dans beaucoup d’esprits. L’idée européenne n’a pas soulevé les foules. Elle ne fait pas appel aux sentiments, elle reste une construction intellectuelle.

 

Inachevée, car à chaque étape, il y avait la promesse de construire une Europe réellement politique. Soyez patients ! On va construire l’Europe fédérale, mais cela prendra du temps ! En réalité, nul ne veut d’une réelle union politique, chacun étant trop jaloux de ses prérogatives. Et puis, une structure politique trop puissante pourrait nuire aux intérêts des entreprises transnationales.

 

D’ailleurs, la structure même de la Communauté puis de l’Union européenne n’est pas une unité politique, mais une structure bicéphale : la Commission européenne qui est supranationale et le Conseil qui, lui, est intergouvernemental. C’est une des principales raisons des « ratés » de l’Europe. En effet, nos institutions démocratiques et particulièrement les institutions européennes sont en réalité des constructions pyramidales où les peuples délèguent le pouvoir à une classe dirigeante qui n’évolue guère et est en réalité dépendantes d’intérêts divers.

 

Le lobbying gangrène les institutions européennes au point que les dirigeants n’arrivent plus à être autonomes quand bien même le voudraient-ils. On l’a vu lors de la crise de l’Euro ; les banques et le FMI ont exercé des pressions considérables sur les instances européennes de décision. Un exemple récent : l’affaire du glyphosate. Le poids des lobbies industriels et agricoles empêche une décision ferme en la matière, alors qu’il est prouvé que ce produit est un des plus dangereux polluants. Souvenons-nous 1992 : Jacques Delors, président de la Commission européenne a accepté et imposé l’Acte unique, c’est-à-dire le grand marché européen espérant qu’il obtiendrait « l’Europe sociale » en échange. Ce fut une fois de plus une belle illusion de social-démocrate. Alors, on s’étonne que l’Europe n’intéresse guère l’opinion publique. Il suffit d’ailleurs de voir le taux ridicule de participation aux élections européennes !

 

 

 

Jacques Delors, Président de la Commission européenne de 1985 à 1995 a vendu l'Europe sociale pour un plat de lentilles.

Jacques Delors, Président de la Commission européenne de 1985 à 1995 a vendu l'Europe sociale pour un plat de lentilles.

 

 

 

Rappelons-nous. A plusieurs reprises, nous avons évoqué cette volonté née de la Résistance en Italie et en France de sortir de la logique des Etats-nations pour construire une fédération européenne. Cependant, en réalité, ce projet a été détourné par l’élaboration d’une union économique euro-atlantique associée à une alliance militaire dépendant des Etats-Unis d’Amérique, dans le but de consolider le capitalisme en Europe occidentale et de faire face au bloc soviétique, en procédant à la « renaissance » de l’Allemagne dont on a fait le centre de la première mouture de la Communauté européenne, l’Europe des Six. On disait à l’époque : « L’Allemagne est un géant économique et un nain politique ». Après la chute du « Mur », l’Allemagne a été réunifiée et elle est devenue un « géant politique ». L’Union européenne, pour agrandir le grand marché, s’est élargie à marche forcée à des pays qui, aujourd’hui, s’en éloignent. Remarquons qu’en parallèle, ces pays ont adhéré à l’Alliance atlantique.

 

Observons aussi qu’un des objectifs de l’Union européenne est d’instaurer la paix sur le continent. Cela a été le cas jusqu’en 1992 année du déclenchement du conflit des Balkans suite au démantèlement de la Yougoslavie. Le grand tort de l’Union européenne est d’avoir pris parti. Suite aux pressions des USA, de l’Allemagne et du Vatican, la Croatie et la Slovénie – qui sont toutes deux entrées plus tard dans l’Union – ont été reconnues comme Etats indépendants isolant ainsi la Serbie qui se tourna vers la Russie. On connaît la suite : épuration ethnique de part et d’autre, inefficacité des forces de « paix » européennes sous l’égide de l’OTAN et de l’ONU pour aboutir à une partition de l’ex-Yougoslavie entre micro-états qui, un jour ou l’autre, reprendront les hostilités. Et aujourd’hui, il est question de les faire entrer dans l’Union européenne !

 

Mais il s’est agi avant tout d’élaborer une union monétaire pour entre autres permettre à l’Allemagne de financer sa réunification – ou plutôt son absorption des länders de l’Est qui constituaient l’ancienne RDA – et pour affaiblir considérablement le poids des Etats en limitant drastiquement leurs capacités d’investissement et en s’attaquant à l’Etat social. On avait l’illusion que la disparition à terme des puissances publiques nationales mènerait à l’unité économique puis politique de l’Europe. Et comme par hasard, dans cet immense bazar que fut Maastricht, on « oublia » l’harmonie fiscale et l’Europe sociale. Pourtant, les sociaux-démocrates des pays adhérant au traité de Maastricht signèrent des deux mains !

 

La porte ouverte à toutes les aventures

 

Mais la belle harmonie européenne dura un temps. On signa peu après deux traités – Amsterdam et Nice –  destinés à consolider Maastricht – preuve que cela ne fonctionnait pas comme on le souhaitait ! On voulut ensuite renforcer cette construction par le projet de traité constitutionnel européen en faisant appel à trois hommes politiques conservateurs : le belge Dehaene, le français Giscard d’Estaing et l’italien Monti. Cette fois-ci, l’objectif d’une Europe ultralibérale était clairement inscrit. En 2005, des référendums furent programmés en Espagne, en France et aux Pays-Bas. Si l’Espagne approuva le traité à une forte majorité, il fut nettement rejeté dans les deux autres pays. Curieusement, la ratification par la voie parlementaire dans les autres Etats membres, s’est effectuée sans problème. Il y a manifestement en l’occurrence une crise de la représentation, au point que les dirigeants européens suite à cet échec, rejettent la procédure référendaire comme la peste. Et c’est par la voie parlementaire que le traité de Lisbonne qui est un copié collé du Traité constitutionnel a été ratifié. Il n’est dès lors guère surprenant que les peuples s’éloignent de plus en plus des institutions européennes et se méfient même de l’idée européenne, ce qui est la porte ouverte à toutes les aventures.

 

Les grands chocs

 

Le premier grand choc est la Grèce. Il a montré que l’Euro – et c’est inscrit dans le Traité de Maastricht – est un système monétaire où les solidarités sont interdites. La Banque Centrale et l’Eurogroupe, organisme officieux qui rassemble les ministres des Finances de la zone Euro, dictent la loi. Ce pays et son peuple ont été sacrifiés sur l’autel du capital et aura très difficile à se redresser, car les « créanciers » avec l’Allemagne à leur tête se sont livrés à un véritable pillage du patrimoine public de la Grèce. Même si ce pays a des lacunes évidentes comme une administration fiscale inefficace et corrompue, l’absence de cadastre, l’Eglise orthodoxe comme principal propriétaire foncier et ne payant aucun impôt, les armateurs grecs se « réfugiant » dans des paradis fiscaux, l’Union européenne n’a rien fait d’autre qu’envoyer les « commandos » de la Troïka comme « cost killers » qui ont rendu cette nation exsangue. Et le résultat est nul : la dette reste toujours abyssale même si le déficit a diminué. S’il y avait eu une réelle solidarité européenne, les choses ne se seraient pas passées ainsi.

 

Deuxième grand choc : Le Brexit. Depuis des années, se manifestait au Royaume Uni une hostilité grandissante à l’égard de l’Union européenne, bien que les Etats-membres aient accordé d’énormes concessions à la Grande Bretagne depuis le fameux « Give my money back » de Margaret Thatcher, il y a près de quarante ans. Depuis lors, l’Angleterre a bénéficié d’un régime particulier au sein de l’Union, ce qui ne l’a pas empêché d’imposer le modèle libéral anglo-saxon à ses partenaires. En l’occurrence, la Commission européenne en est un gardien zélé. Il est vrai que le ver était dans le fruit, le dogme de la concurrence « libre et non faussée » qui est un concept ultralibéral, figurant en lettres d’or dans les Traités depuis 1957.

 

 

 

Margaret Thatcher, Premier ministe de Grande Bretagne de 1979 à 1990, marqua profondément l'Union européenne en imposant ses idées qui étaient loin d'être celles des "pères" de l'Europe.

Margaret Thatcher, Premier ministe de Grande Bretagne de 1979 à 1990, marqua profondément l'Union européenne en imposant ses idées qui étaient loin d'être celles des "pères" de l'Europe.

 

 

 

Malgré cela, la population anglaise a été durement frappée par les crises économiques et financières successives qui ont sévi dans le monde occidental. À tort ou à raison, entraînée par des politiciens démagogues flattant l’insularité britannique, elle a fait de l’Union européenne son bouc émissaire. La valse-hésitation du Premier ministre conservateur David Cameron a fait le reste. Il promet un référendum sur le maintien ou non du Royaume Uni dans l’UE, il en retarde l’échéance, mais sous la pression de l’UKIP de Farage qui est en réalité une dissidence des Tories, il est bien obligé de le programmer. Et le 23 juin 2016, c’est la catastrophe. Sur l’ensemble de la Grande Bretagne, 52 % des électeurs votent pour le Brexit, mais deux importantes régions veulent le maintien : l’Ecosse et l’Irlande du Nord.

 

La Grande Bretagne est donc divisée – les volontés indépendantistes écossaises se réveillent – et l’Union européenne est meurtrie : pour la première fois, un de ses membres se retire. Et pas n’importe quel membre : il s’agit de la première puissance industrielle et commerciale.

 

 

 

David Cameron a donné un coup fatal à l'Union européene.

David Cameron a donné un coup fatal à l'Union européene.

 

 

 

Depuis, c’est l’Allemagne qui assure le leadership dans cette Union hybride, imposant à tous les Etats-membres et particulièrement à ceux de la zone Euro son « ordolibéralisme » dans son seul intérêt. L’Union européenne est avant tout un club intergouvernemental où c’est la classe dirigeante du pays le plus fort qui impose sa loi d’airain jusqu’au troisième choc : la crise dite des migrants.

 

Cette crise qu’on ferait mieux d’appeler la crise de l’accueil montre que l’Union européenne est incapable de mettre sur pied une solution à la fois réaliste et humaniste. C’est une terrible lacune qui sera sans doute mortelle pour l’Union européenne. C’est justement l’absence de solidarité européenne qui est responsable de cette crise en laissant les pays de « premier accueil » se débrouiller seuls. Les accords de Dublin ne sont que chiffon de papier. La France d'un Macron si prompt à donner la leçon aux autres, a fermé ses frontières avec l’Italie. Et on s’étonne que le « populisme » se développe dans ce pays ! La volteface de Merkel sur cette question fondamentale a ouvert la porte à l’AfD. Pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, l’extrême droite est solidement représentée au Bundestag. Autre résultat : elle préside après les élections un gouvernement faible qui menace de tomber à chaque instant. C’en est fini de la superbe de l’Allemagne en Union européenne !

 

Des migrants à Dachau !

 

Les deux sommets des 24 et 28 juin n’ont rien résolu. Les accords ne sont que chiffons de papier et leur philosophie s’inscrit dans l’idée de « l’Europe forteresse ». On veut installer des « centres fermés », en clair des camps de prisonniers comme le fameux centre 127bis près de l’aéroport de Bruxelles national, en dehors du sol européen dans des pays comme la Libye et la Tunisie qui n'ont même pas marqué leur accord - on répète le détestable accord Merkel - Erdogan sur les migrants retenus en Turquie moyennant finances - et sur le sol européen dès le débarquement afin de pouvoir distinguer les demandeurs d’asile des « migrants économiques ». Comme si le migrant dit économique qui fuit la misère et la faim n'a pas le droit à un refuge !

 

Cela pourrait être une anecdote, mais elle a une lourde signification. Selon l’hebdomadaire « Le Point » du 21 septembre 2015, Le maire de la petite ville de Dachau a proposé d’installer des migrants dans un des bâtiments du site de l’ancien camp de concentration ! Ainsi, ce lieu de mémoire des pires atrocités de la Seconde guerre mondiale sert à héberger des gens en pleine détresse et qui n’ont pas recouvré leur entière liberté ! On ne respecte plus rien !

 

En cette affaire des migrants, l’Union européenne a bafoué sa Charte des droits fondamentaux et les principes de base de notre société. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclame en son article premier le droit à la vie pour chaque individu. Où est-il ce droit à la vie, lorsqu’on ferme les ports aux bateaux de migrants, en infraction d’ailleurs au droit maritime ? Les dirigeants de l’Union européenne par leur lâcheté et leur duplicité foulent aux pieds les fondements mêmes de notre société.

 

L’Union européenne a-t-elle un avenir ?

 

Ces chocs successifs peuvent signifier la fin de l’Union européenne. Elle est menacée sur le plan financier. L’économiste libéral Bruno Colmant dont il faut reconnaître la grande honnêteté intellectuelle, lance un cri d’alarme sur son blog. Il pointe la menace énergétique russe, le protectionnisme de l’Amérique de Trump et le sabordage du modèle social-démocrate :

 

 

 

L'économiste belge Bruno Colmant, un homme lucide

L'économiste belge Bruno Colmant, un homme lucide

 

 

 

« Cela ne se murmure plus comme des confidences chuchotées dans l’Olympe technocratique des instances européennes.

 

Cela devient un bruit assourdissant chez nos dirigeants et banquiers centraux : si l’Union Européenne ne trouve pas, dans les prochains mois, une gouvernance unificatrice, elle risque d’imploser sous ses propres forces centripètes. Nous n’avons plus le temps d’attendre 2019. Soyons lucides : la Russie a perverti nos médias sociaux et entretient notre dépendance énergétique pour briser l’Union. Les mesures protectionnistes des Etats-Unis vont rapidement fragmenter la cohésion commerciale. Dans plusieurs pays, les réactions politiques se raidissent tandis que la chancellerie allemande est affaiblie et que l’axe franco-allemand est contesté. Le modèle social-démocrate se saborde.

 

Paradoxalement, l’euro devient le soubassement de l’Union alors que le Sud européen ne pardonnera jamais au Nord d’avoir pulvérisé l’emploi de sa jeunesse pour protéger le capital. Et le pire arrive : après la Grèce qui grimait la Chancelière allemande en dictateur, voici que la Pologne revient sur les accords de 1953 en suggérant que l’Allemagne paye des réparations de guerre. »

 

Ajoutons à cela la fragmentation de l’Union européenne : les Etats membres d’Europe centrale (Pologne, Hongrie, Tchéquie et Slovaquie) ont formé le groupe dit de Visegrad qui compte mener sa propre politique, notamment à l’égard des migrants. L’Autriche dirigée par l’extrême droite pourrait à terme rejoindre ce groupe.

 

Hans Kundnani dans « The Guardian » du 1er juillet 2018 fait une analyse sans complaisance du maelström que vit l’Union européenne. En conclusion, il distingue trois visions concurrentes de la construction européenne qui se heurtent aujourd’hui.

 

« Au milieu de cette tourmente, trois visions concurrentes ont émergé. Le premier est l'idée de Merkel d'une Europe "compétitive". Sous son « leadership » depuis le début de la crise de l'euro en 2010, l'UE est devenue de plus en plus un véhicule pour imposer une discipline de marché aux États membres. C'est au nom de cette idée d'une Europe compétitive que, menée par l'Allemagne, l'austérité a été imposée aux pays débiteurs de la zone euro. En d'autres termes, bien qu'il soit exprimé en termes pro-européens et implique une plus grande intégration, il s'agit essentiellement d'une vision néolibérale.

 

 

 

Angela Merkel actuellement en difficulté a imposé la vision "ordolibérale" à l'Union européenne, position vacillante aujourd'hui.

Angela Merkel actuellement en difficulté a imposé la vision "ordolibérale" à l'Union européenne, position vacillante aujourd'hui.

 

 

La deuxième vision est l'idée du président français Emmanuel Macron d'une Europe qui protège. Macron envisage une UE dans laquelle il y aurait une plus grande solidarité entre les citoyens et entre les États membres. En pratique, cela signifie plus de redistribution et de partage des risques dans la zone euro - l ‘« union des transferts» que craignent l'Allemagne et les autres pays créanciers. C'est une vision centre-gauche de l'Europe - bien qu'en France, parce que Macron a mis en œuvre des réformes structurelles dans le but de gagner en crédibilité à Berlin, il est lui-même de plus en plus perçu comme néolibéral.

 

 

Emmanuel Macron tente aussi d'imposer sa vision ultralibérale.

Emmanuel Macron tente aussi d'imposer sa vision ultralibérale.

 

 

 

La troisième vision est l’idée du Premier ministre hongrois Viktor Orbán d'une Europe "chrétienne" des Etats souverains. Sa vision a d'abord émergé en réponse à la tentative, menée par l'Allemagne, de forcer les Etats membres de l'UE à accepter des quotas obligatoires de réfugiés en 2015, mais elle est devenue une critique plus large du projet européen. Orbán se définit comme un « démocrate illibéral» par opposition à ce qu'il considère comme le libéralisme antidémocratique de l'UE. Sa vision est partagée non seulement par le gouvernement du parti Droit et Justice en Pologne mais aussi par les partis d'extrême droite dans d'autres Etats membres de l'UE. »

 

 

 

 
Viktor Orban arrive à imposer sa position ethniciste à une partie de l'Union européenne. Ses adversaires ne sont pas arrivés à le neutraliser.

Viktor Orban arrive à imposer sa position ethniciste à une partie de l'Union européenne. Ses adversaires ne sont pas arrivés à le neutraliser.

 

 

 

Entre les visions néolibérales et fascisantes, il y a une autre voie à tracer pour construire enfin une véritable Union européenne libre et indépendante : celle des peuples.

 

Mais, il faudra bien du temps pour y arriver. Tous les signaux sont au rouge, mais le rêve doit se réveiller !

 

 

Pierre Verhas

 

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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 14:41

 

 

Le 21 juin, suite à l’arrestation de journalistes et de techniciens de la RTBF effectuant un reportage sur une manifestation contre le fameux centre fermé « 127 bis » hébergeant des migrants en voie d’être expulsés, l’opposition a interpellé le très droitier Premier ministre Charles Michel à la Chambre des représentants de Belgique. Pour toute réponse, le chef du gouvernement est sorti de ses gonds et a hurlé : « populisme ! fakes news ! mensonges ! ».

 

 

Charles Michel furieux des accusations portées contre lui au sujet de l'arrestation des journalistes de la RTBF a crié : "fake news, mensonges, populismes" !

Charles Michel furieux des accusations portées contre lui au sujet de l'arrestation des journalistes de la RTBF a crié : "fake news, mensonges, populismes" !

 

 

 

En France, Emmanuel Macron a chargé sa ministre de la Culture, la cheffe d'entreprise Françoise Nyssen, de déposer à l’Assemblée nationale française un projet de loi contre les « fake news », rebaptisé « loi contre la manipulation de l’information ». Comme par hasard, « fake news », la même expression ! Comme si, dans les pays de l’Union européenne, il y avait un mot d’ordre pour éradiquer ce « fléau » ! Et pour cela, il faut une loi. Il faut avoir le pouvoir de sanctionner sévèrement les auteurs de « fake news ». Et une loi est indispensable parce que, selon Madame Nyssen : « La capacité de discernement des citoyens ne suffit plus ! » Et la propriétaire de la maison d’édition « Actes Sud » ajoute, la bouche en cœur : « La manipulation de l’information est un poison lent qui abîme notre vie démocratique. L’attitude liberticide, face aux dangers actuels, c’est la passivité. »

 

 

 

Françoise Nyssen, la présidente de la maison d'édition Actes Sud, ministre de la Culture de Macron, défend le projet de loi sur les fake news.

Françoise Nyssen, la présidente de la maison d'édition Actes Sud, ministre de la Culture de Macron, défend le projet de loi sur les fake news.

 

 

 

Mettre le citoyen hors-jeu

 

Cet argument est la preuve de la volonté du gouvernement français de mettre le citoyen hors-jeu. Le pouvoir décidera tout seul ce qui est ou non une fausse nouvelle. Il faut dire que les citoyens européens sont servis : la plupart des grands médias non publics – audiovisuels et écrits – appartiennent à des milliardaires ou à de grands groupes financiers. Et – c’est bien connu – tous publient des informations vérifiées, recoupées et, cela va de soi, véridiques ! On l’observe quotidiennement : ils s’interdisent de diffuser des « fake news » !

 

On voit, par exemple, comment ces médias traitent les informations relatives aux conflits dans le Proche Orient, aux conflits sociaux, au terrorisme, etc. Comme par enchantement, qu’on lise le « Monde », « Libération », le « Soir », le « Guardian », « El Pais », le « Corriere de la Serra », le « Frankfurter Algemeine », etc., c’est, à quelques exceptions près, la multiplication du même, ce sont les références aux mêmes sources, aux mêmes « experts » autoproclamés.

 

 

« Pour clarifier les choses, Françoise Nyssen a précisé que la future loi contre la manipulation de l’information, évidemment, ne concernait pas “les journalistes de la presse professionnelle”. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ! Il n’est pas question de mettre en cause le “professionnalisme” de ceux qui ont affirmé, par exemple, que le régime de Bachar Al-Assad allait s’écrouler sous quinze jours, ou que la Russie avait assassiné le journaliste Arkadi Babchenko, qui ressuscita au deuxième jour d’une mare de sang de cochon. Sans parler du “charnier de Timisoara”, des “couveuses de Koweit City”, de la “fiole de Colin Powell” et des innombrables bobards colportés avec zèle par des médias pour qui professionnel est synonyme de mercenaire. Bref. Si cette presse était passionnément attachée à la distinction entre le vrai et le faux, cela se saurait. » comme l’écrit Bruno Guigue sur le site « Le Grand Soir ».

 

Pour l’écrivain français François-Bernard Huygue, docteur d’État en sciences politiques, HDR, est directeur de recherche à l’IRIS et enseigne au CELSA Paris IV Sorbonne.  Il est spécialiste de l’influence stratégique, blogueur (http://huyghe.fr), médiologue, qui a récemment publié un ouvrage intitulé « Fake news la grande peur », édition Media Group Va Presse :

 

 

« Le philosophe Popper disait que l’homme est un singe menteur et, dans la Bible, l’histoire de notre espèce commence avec une petite pomme et un gros mensonge. La diffamation et l’intoxication politiques remontent au moins à l’Antiquité. L’idée de déstabiliser un adversaire politique avec des pamphlets date de l’imprimerie, celle de montrer des atrocités imaginaires ou de désinformer prospère avec la guerre de 14 et les débuts du cinéma, etc. 

 


En revanche, ce qui a changé quand le terme « fake news » est devenu à la mode (2016 : Brexit, élection Trump...) et même quand il est devenu « mot de l’année » du Oxford dictionnary en 2017, c’est l’incroyable démocratisation du faux, ses moyens techniques et son impact idéologique. Ce dernier se traduit notamment par l’action des États qui veulent légiférer maladroitement contre la désinformation, par la mobilisation des GAFA qui cherchent à éliminer ces fakes news qui portent atteinte à leur image et par le succès du fact-checking dans les médias classiques. 

 

 

 

François-Bernard Huygue, spécialiste des médias, analyse sans complaisance le projet de loi sur les fake news.

François-Bernard Huygue, spécialiste des médias, analyse sans complaisance le projet de loi sur les fake news.

 

 

 

D’une part, en effet, sur les réseaux sociaux, n’importe qui peut lancer une photo truquée, une légende urbaine ou rapporter un fait imaginaire (y compris un délire : portant sur les extraterrestres ou sur les avions qui déverseraient des produits pour empoisonner la population). En outre, une partie de la population est persuadée comme jamais auparavant que les médias du Système lui cachent systématiquement la vérité. Du coup, les élites paniquent à l’idée qu’une puissance étrangère, les groupes idéologiques extrémistes ou les opérations sur Internet. »

 

La mainmise sur les réseaux sociaux

 

Donc, il est clair, et c’est là le véritable objectif de la loi : le pouvoir n’a pas de contrôle sur les réseaux sociaux où, c’est vrai, on peut trouver tout et n’importe quoi. Cependant, ils sont avant tout un lieu d’expression libre pour les citoyens. De nombreuses analyses et informations inédites infirmant la « pensée unique » ultralibérale qui nous est imposée par les médias, peuvent gêner le pouvoir. Aussi, il faut mettre un terme à cette liberté. On a essayé des moyens techniques de filtrage de l’information, de créer un Internet payant, de contraindre les serveurs à censurer leurs utilisateurs, rien n’y fit. Aussi, invente-t-on une loi coercitive ! Et Macron a chargé la femme d’affaires Françoise Nyssen pour ce faire.

 

Huygues observe d’ailleurs :

 

« En 2011, pendant le printemps arabe, on célébrait le pouvoir intrinsèquement démocratique des réseaux sociaux que les autocrates ne pourraient plus contrôler et qui répandraient la vérité contre toute censure. Depuis, ce sont les démocraties qui ont pris peur du contre-discours en ligne, des informations alternatives, etc. Le réseau social vous met en contact en théorie avec des gens qui vous ressemblent (en théorie parce qu’en réalité, vous êtes peut-être en discussion avec un troll ou un algorithme), avec des gens que vous croirez a priori et qui vont confirmer avec force arguments et documents ce que vous êtes prêt à croire. Chacun peut se bricoler une réalité qui correspond à ses préconceptions et biais idéologiques. Chacun peut contribuer à la répandre. Mais surtout, le régime de vérité a changé : la crédibilité de l’information s’appuie sur la confiance dans le semblable et non plus dans la soumission à la parole des élites. »

 

Cela est donc intolérable pour le pouvoir ! Perdre le contrôle de l’information signifie à terme se perdre ! Les journaux à la solde des « élites » avaient déjà pris certaines mesures. Ainsi, le « Monde » a-t-il mis au point « Decodex » qui est un véritable outil de délation : il identifie, selon la rédaction du « quotidien de référence » les sites « qui imitent les codes du journalisme pour donner crédit à de fausses informations, à un partenariat qui nous permet de signaler au plus tôt un certain nombre de ces contenus aux utilisateurs de Facebook, ou encore à des interventions de nos journalistes dans des établissements scolaires pour diffuser de bonnes pratiques dans la vérification des sources d’information. » Et « Libération » a mis au point un système similaire.

 

Allons-y ! Les médias bien en vue se permettent de faire la police sur les réseaux sociaux et sur les petits organes de presse indépendants. En plus d’être proches du pouvoir, ils en deviennent les supplétifs. Certains grands journalistes d’antan doivent se retourner dans leurs tombes !

 

Atteinte aux principes fondamentaux

 

L’aspect le plus inquiétant est l’atteinte aux principes fondamentaux. La liberté de la presse, soit le droit aux citoyens de savoir, est garantie par la Déclaration universelle et la Convention européenne des droits de l’homme, ainsi que par les Constitutions de tous les pays dits démocratiques. Or, depuis une ou deux décennies, cette liberté est écornée. Laurent Mauduit dans « Mediapart » décrit les deux étapes qui amènent à la fin progressive de la liberté de la presse, la première consistant en la constitution d’empires médiatiques entre les mains des requins du CAC 40, la seconde en un processus législatif qui à terme peut aboutir à l’abrogation de la loi de 1881 garantissant la liberté de la presse :

 

« Il y a eu le premier temps : le rachat par une poignée de milliardaires des grands journaux français et la constitution durant les quinquennats de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande d’immenses empires médiatiques autour de Vincent Bolloré, Xavier Niel ou encore Patrick Drahi, avec à la clef des censures innombrables et l’instauration d’un écosystème qui pousse systématiquement à l’autocensure. Et nous vivons aujourd’hui la deuxième étape de cette inquiétante régression démocratique : le pouvoir organise un détricotage méthodique de la grande loi progressiste de 1881 garantissant la liberté de la presse. Ce détricotage est organisé notamment par la proposition de loi sur le secret des affaires, qui doit être définitivement votée par l’Assemblée nationale le 14 juin, et par le projet de loi sur les « fake news » dont l’examen a commencé à l’Assemblée nationale et qui est pour l’instant suspendu. »

 

 

En effet, le texte de Madame Nyssen passe mal, même au sein de la majorité « En marche ». Du côté des organes de presse et des journalistes, c’est l’inquiétude. Du Monde au Figaro, en passant par Libération, tous ont pris position contre la proposition de loi. L’association Reporters sans frontières a publié, le 5 juin, une série de « contre-propositions » reprochant, entre autres, à la définition de « fausse information » de méconnaître « la logique du travail journalistique ». Le Syndicat national des journalistes, lui, avait publié, dès le mois de mars, un communiqué demandant l’abandon d’un texte « liberticide ».

 

 

A ce stade, on ignore ce que vont faire le président Macron et le gouvernement Philippe. Ce n’est pas toujours aisé, et c’est heureux, de vouloir passer en force pour détruire les libertés fondamentales !

 

 

Le chien de garde

 

 

Laurent Mauduit se référant à l’histoire, ajoute :

 

« La « sentinelle » de la démocratie : Camille Desmoulins trouve une formidable expression pour qualifier, dès cette époque, la fonction citoyenne de la presse. La sentinelle, c’est celle qui fait le guet, qui observe, qui alerte en cas de danger ! Longtemps plus tard, en 1991, la Cour européenne des droits de l’homme trouvera dans un arrêt célèbre portant sur le journal britannique Sunday Times une formulation voisine, celle du « watchdog » (le chien de garde) pour qualifier la fonction d’un journaliste dans nos démocraties. »

 

 

Maximilien Robespierre, lui-même avant la Terreur exaltait la liberté de la presse :

 

 

« Un grand peuple, illustre par la conquête récente de la liberté, répond à cette question par son exemple. Le droit de communiquer ses pensées, par la parole, par l’écriture ou par l’impression, ne peut être gêné ni limité en aucune manière ; voilà les termes de la loi que les États-Unis d’Amérique ont faite sur la liberté de la presse, et j’avoue que je suis bien aise de pouvoir présenter mon opinion sous de pareils auspices à ceux qui auraient été tentés de la trouver extraordinaire ou exagérée. »

 

 

 

 

 

Maximilien Robespierre était un défenseur acharné de la liberté de la presse... avant la Terreur.

Maximilien Robespierre était un défenseur acharné de la liberté de la presse... avant la Terreur.

 

 

 

Et Robespierre conclut : « La liberté de la presse doit être entière et indéfinie, ou elle n’existe pas. Je ne vois que deux moyens de la modifier : l’un d’en assujettir l’usage à de certaines restrictions et à de certaines formalités, l’autre d’en réprimer l’abus par des lois pénales ; l’un et l’autre de ces deux objets exige la plus sérieuse attention. »

 

 

Et en 2018, le gouvernement Macron-Philippe remet en question cet acquis bicentenaire. Son projet est de limiter la liberté de la presse au nom d’une chimérique protection contre ce qu’il n’arrive pas à définir avec précision : les « fake news ».

 

 

D’ailleurs, pour quelles raisons veut-il imposer ce texte ? Comme l’écrit Laurent Mauduit, il existe légalement des garde-fou contre ces fameuses « fake news ».

 

 

« Si l’intention [du gouvernement] était sincère, il n’y aurait aucune raison de légiférer : la loi de 1881 prévoit en effet très précisément ce cas de figure. Suivant le principe énoncé par la Déclaration des droits de l’homme, elle dispose donc que « tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Et ces abus sont très précisément définis : l’insulte, l’injure, la diffamation, le racisme, l’antisémitisme peuvent ainsi être sanctionnés. Mais cette loi de 1881 définit aussi en son article 27 des « délits contre la chose publique » et prévoit en ce cas de lourdes sanctions : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. »

 

 

Mais, nul au pouvoir ne tient compte de cet argument. La volonté est d’aller encore plus loin dans les entraves à la liberté de la presse. C’est ainsi que s’installe le totalitarisme. Non point brusquement, mais à petit pas, il injecte son poison à doses minimes.

 

 

Le secret des affaires ou la traque des lanceurs d’alerte ?

 

 

Un autre projet de loi résultant d’une directive européenne est actuellement en discussion en France. Elle a passé toutes les étapes de la procédure parlementaire aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au Sénat.

 

 

L’article 1er de ce projet donne une très large définition du secret des affaires qui est d’ailleurs laissée à l’appréciation des entreprises :

 

 

« Est protégée au titre du secret des affaires toute information présentant l’ensemble des caractéristiques suivantes : 1° Elle n’est pas, en elle-même ou dans la configuration et l’assemblage exacts de ses éléments, généralement connue ou aisément accessible à une personne agissant dans un secteur ou un domaine d’activité s’occupant habituellement de cette catégorie d’informations ; 2° Elle revêt une valeur commerciale, effective ou potentielle, parce qu’elle est secrète ; 3° Elle fait l’objet de la part de son détenteur légitime de mesures de protection raisonnables, compte tenu des circonstances, pour en conserver le secret, notamment en mentionnant explicitement que l’information est confidentielle. »

 

 

Or, dans cette extrêmement large, le secret des affaires deviendrait une arme juridique contre la révélation d’informations sensibles d’intérêt public par les lanceurs d’alertes et les journalistes. Le secret des affaires doit donc être limité au strict cadre d’une concurrence économique entre entreprises. Dans le cas contraire, les citoyens seraient privés d’information sur des pans entiers de la vie économique, sociale et politique de notre pays.

 

 

 

Dans cette proposition de loi, c’est la personne qui révèle un « secret des affaires » qui doit prouver sa bonne foi en amont, montrer qu’elle agit selon une démarche d’intérêt public. Il s’agit là d’un recul majeur qui impose le soupçon systématique a priori sur les lanceurs d’alerte.

 

 

 

Le Collectif « Informer n’est pas un délit » qui réunit plusieurs journalistes et organes de presse estime qu’« Il s’agit là d’un recul majeur qui impose le soupçon systématique a priori sur les lanceurs d’alerte. Mediator, Luxleaks, Crédit Mutuel…[sans oublier les Panama papers].  Avec une telle arme juridique, les sociétés mises en cause dans bon nombre d’affaires auraient sans doute réussi à bloquer les révélations les concernant. C’est un danger pour les sources et les lanceurs d’alerte. C’est aussi une pression juridique et financière sur les organes de presse qui subissent déjà des procédures-bâillons de plus en plus nombreuses. »

 

 

Big Brother n’est plus politique.

 

 

Ainsi, qu’il s’agisse du projet de loi sur les fake news et de la loi sur le secret des affaires qui, résultant d’une directive européenne, sera probablement adoptée par la plupart des Etats membres de l’Union européenne, les médias seront muselés et mis au seul service et sous le contrôle des « entreprises », c’est-à-dire avant tout des entreprises transnationales qui tentent d’avoir la main sur la société entière.

Big Brother n’appartient plus au pouvoir politique. Il est l’instrument du pouvoir économique transnational. Et celui-là est bien plus redoutable que les pires de ses prédécesseurs.

 

 

Aujourd’hui, on en prend conscience, il ne suffit plus de dire non. Il faut organiser la riposte. Et là, on ne voit pas venir grand ’chose.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 23:44
Pourquoi elles, pourquoi lui  ?

 

 

Choqué ! Oui ! On peut l’être après cet assassinat de deux policières de Liège qui ne faisaient que leur devoir.

 

Choqué ! Oui ! On peut l’être après l’assassinat d’un jeune étudiant qui était là au mauvais moment au mauvais endroit pour présenter son travail de fin d'études qui lui ouvrait les portes de l'avenir.

 

Choqué par un laissez faire où des prisons, les détenus sortent plus redoutables qu’avant leur condamnation.

 

Choqué par le déni de ce qui se passe dans les prisons devenues des lieux de radicalisation islamique qui conditionnent même des non musulmans.

 

Choqué parce que les victimes sont toujours des gens ordinaires et que, au delà les larmes de crocodile des gens de pouvoir, ils s'en foutent !

 

Choqué enfin par un pouvoir incapable de répondre à ces défis, lâche et même allié honteux des pires ennemis de nos valeurs.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 19:30

 

 

 

Le drame de Maisières a eu le mérite de réveiller les esprits, du moins certains, et de montrer la dure réalité de la société européenne actuelle. Le trépas de la petite Mawda a montré le véritable et hideux visage de la xénophobie ordinaire qui gouverne en Europe et aux Etats-Unis.

 

La vague de migration vers l’Europe qui s’est substantiellement accentuée depuis une décennie a, dès le départ, été considérée comme un péril majeur. À quelques exceptions près, l’arrivée massive de migrants n’a suscité que des rejets sous différentes formes.

 

Cela a débuté juste après la calamiteuse guerre de Libye déclenchée par Sarkozy, Cameron et, dans une moindre mesure, Obama. Une conséquence en a été une vague de migration via l’île italienne de Lampedusa. Le premier ministre de l’époque, l’ineffable Berlusconi, n’a rien trouvé de mieux que de donner un visa européen aux migrants pour qu’ils quittent la Péninsule. Certes, c’était une forme de rejet – nul ne se faisait des illusions quant aux intentions du « Cavaliere » - mais sa décision a eu pour effet d’européaniser le phénomène. Désormais, chaque Etat-membre de l’Union européenne doit prendre ses responsabilités.

 

Une autre guerre menée par ce qu’il est convenu d’appeler « l’Occident », celle de Syrie, a déclenché une nouvelle vague de migrations, cette fois en provenance du Proche Orient. La route empruntée par les migrants passe par la Turquie, les Balkans, l’Europe centrale pour aboutir en Europe occidentale, particulièrement en France, là où les migrants pensent pouvoir atteindre l’Angleterre, mais bloqués, stationnent en ce qu’on appelle la « jungle de Calais » qui est devenue après l'évacuation ordonnée par le gouvernement français, la «nouvelle jungle de Calais », soit dix-huit hectares sans eau ni sanitaires, avec des abris de fortune.

 

 

 

L'ancienne et la nouvelle jungle de Calais sont des lieux indignes d'une démocratie.

L'ancienne et la nouvelle jungle de Calais sont des lieux indignes d'une démocratie.

 

 

 

D’autres réfugiés restent coincés sur les îles grecques de la mer Egée, proches de la côte de Turquie, notamment l’île de Lesbos. La Grèce déjà exsangue suite aux politiques d’austérité imposées par la Troïka européenne, n’a ni les moyens ni non plus la volonté de s’occuper de cette masse de migrants. Des camps ont été installés en Grèce continentale, mais ils ressemblent plus à des camps de prisonniers qu’en des lieux d’accueil dignes de ce nom.

 

La technocratie ne marche pas !

 

L’Union européenne crut résoudre le problème en imposant, comme à son habitude, une solution technocratique : des quotas obligatoires de migrants par Etat-membre en fonction de paramètres chiffrés : population, étendue du territoire, etc. C’était sans tenir compte des sensibilités diverses et des tendances politiques au sein de chaque pays. L’autoritarisme de la Commission européenne n’a pas marché cette fois-ci. Au contraire, l’Europe n’a jamais été aussi divisée depuis qu’a commencé ce qu’on appelle la crise des migrants. Si, au début, l’Allemagne sous l’impulsion d’Angela Merkel a fait preuve d’une certaine ouverture – ouverture dictée aussi par des motifs économiques : l’arrivée d’une main d’œuvre à bon marché – il fallut vite déchanter, car une large part de sa majorité lui a imposé une politique plus ferme, ce qui a considérablement affaibli la chancelière avec des conséquences politiques pour l’ensemble de l’UE. Aussi, Merkel n’a rien trouvé de mieux que de nouer un accord avec Erdogan pour que la Turquie retienne les migrants sur son territoire, moyennant finances. Cela permet ainsi au dictateur turc – il n’y a pas d’autre mot – de faire régulièrement du chantage envers les Européens. Et ceux-ci sont incapables de faire pression sur le président de Turquie pour l’empêcher de violer systématiquement les Droits humains.

 

 

 

Le revirement d'Angela Merkel coûte très cher à l'Europe.

Le revirement d'Angela Merkel coûte très cher à l'Europe.

 

 

 

En matière de migration et de défense de la démocratie, l’Union européenne est morte.

 

D’autre part, les pays d’Europe centrale, sous l’impulsion de la Hongrie, se sont ligués pour empêcher les migrants de pénétrer et de passer par leurs territoires. Ainsi, l’Union européenne est divisée : une coalition des pays d’Europe centrale dirigés par des gouvernements dits « populistes » constituée de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie, de la Roumanie et de la Bulgarie. En clair, tous les pays de l’ex-empire soviétique auxquels vient se joindre l’Autriche qui, elle aussi, ferme ses frontières. Et l’Italie pourrait suivre assez vite. L’extrême-droite étend son influence en Europe. Ainsi, en matière de migrations et de défense de la démocratie, l’Union européenne est morte.

 

À tout cela, ajoutons la Grande Bretagne qui, elle aussi, ferme ses portes – la plupart des migrants souhaitent cependant aller en Albion, car il n’existe pas de contrôle d’identité et on n’est pas trop regardant sur le travail en noir. Le Brexit, évidemment, n’arrange rien. Aussi, est-il très difficile à l’Union européenne et surtout aux pays limitrophes de la Mer du Nord, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark d’essayer d’assouplir la position britannique en la matière.

 

Et c’est justement l’Angleterre que tentait de joindre la petite Mawda avec son frère et ses parents dans une camionnette de « passeurs » qui empruntait l’autoroute de Wallonie entre Namur et Mons (ou l’E 42, comme on voudra) pour franchir la frontière française.

 

Un cafouillage tragique

 

L’affaire a débuté par une poursuite sur 70 km ( !) effectuée semble-t-il par une quinzaine de voitures de polices (re !). A l'arrivée à Maizières non loin de la frontière française, un policier dégaine et tire sur la camionnette visant les pneus, dit-on, mais la balle atteint le visage de la petite Mawda, une fillette kurde de deux ans qui se trouvait dans la camionnettes avec ses parents et son jeune frère. Il y avait en outre une quinzaine d'autres réfugiés en plus des passeurs. Mawda décéda lors de son transport à l’hôpital.

 

 

 

 

 

Mawda, la fillette kurde tuée suite au tir d'un policier

Mawda, la fillette kurde tuée suite au tir d'un policier

 

 

 

Dans un premier communiqué le substitut du Procureur du Roi à la section de Tournai du Parquet de Mons, met hors de cause les policiers. Alors ? Qui a tiré ? Mais, le lendemain, penaud, le Parquet doit se rendre à l’évidence, c’est un policier qui a tiré et abattu Mawda. Ce cafouillage en dit long sur la gêne des autorités en ce drame.

 

Evidemment, cela génère un tollé dans la presse et dans une partie de l’opinion publique.

 

Voici ce qu’en écrit sur son blog Martine Vandemeulebroucke, militante des Droits de l’Homme et ancienne journaliste au « Soir ».

 

Les balles ça va, ça vient…

 

« L’information, c’est qu’une une fillette de deux ans est morte, certes, mais surtout que « les policiers sont hors de cause ». Il y a eu un tir de policiers vers la camionnette où se trouvait la petite fille, bien sûr mais on ne savait pas comment elle était morte. Une balle dans la joue, reconnaîtra le Procureur du Roi de Tournai le lendemain. La joue, c’est la tête. Dire qu’un enfant a été abattu d’une balle dans la tête, c’est un peu « trash » sans doute. Et d’où vient cette balle ? Toujours selon le Parquet, pas nécessairement des policiers qui ont tiré sur la voiture et ses occupants. C’est une « balle perdue », les balles ça va, ça vient. Tiens et si on laissait sous-entendre que les migrants auraient tué la fillette en ripostant, sur eux-mêmes en quelque sorte ? On ose ? Oui. Le Parquet dit ne pas « exclure » que le tir mortel ait été commis par des policiers. Ne pas exclure, c’est laisser sous-entendre que d’autres auraient pu tirer.

 

On continue ? Jeudi soir, la camionnette avait forcé un barrage policier. C’était de la légitime défense, quoi. Finalement, ce n’est pas tout à fait la bonne version des faits. La voiture avait été bloquée sur un parking par un camion et puis des « tirs policiers » sont intervenus. Pourquoi ? Pas de réponse pour le moment. Ce n’est pas fini : jeudi encore, les policiers auraient aperçu des enfants par les fenêtres du véhicule. De quoi se montrer plus prudent donc ? Vous n’y pensez pas ! Les méchants passeurs font ça pour empêcher les gentils policiers d’intervenir. Le JT de RTL a même osé affirmer que les migrants s’étaient servi des enfants comme de boucliers humains. Les migrants sont des terroristes qui sacrifient leurs enfants, c’est bien connu. Vingt-quatre heures plus tard, il apparaît que les vitres étaient teintées de noir rendant impossible l’identification des occupants. Et pour rappel, c’était la nuit comme le note notre Sherlock tournaisien. Donc personne n’a vu personne. On tire et puis on voit. On voit un enfant de deux ans qui a reçu une balle dans le visage mais on ne comprend pas comment il a bien pu mourir.

 

 

 

Martine Vandemeulebroucke est une journaliste connue pour sa rigueur et son profond attachement aux Droits humains.

Martine Vandemeulebroucke est une journaliste connue pour sa rigueur et son profond attachement aux Droits humains.

 

 

 

Enfumage judiciaire, médiatique. Enfumage politique ensuite. Pour le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, pas besoin d’enquête. Les coupables, c’est les passeurs. Pour lui, la police n’a commis aucune erreur. Il est fort, Jambon. Les policiers tirent sur les occupants d’une voiture sans qu’il soit avéré qu’il y ait eu légitime défense mais le ministre les disculpe d’office. Alors aujourd’hui certains font la comparaison avec l’affaire Semira Adamu, il y a 20 ans. A l’époque, le ministre de l’Intérieur Louis Tobback avait aussi soutenu ses policiers avant d’être contraint de démissionner. Jambon doit-il faire de même ? Pour le moment, c’est encore de l’enfumage de rapprocher les deux événements car l’enquête n’est pas terminée. Peut-être, les policiers ignoraient-ils qu’ils poursuivaient des migrants ? Peut-être ont-ils été juste emportés par l’excitation de la chasse, toutes sirènes hurlantes ? Le problème, c’est que l’on puisse soupçonner, que s’ils savaient la voiture occupée par 30 migrants, ils auraient agi de la même manière. Avec cette légitimité que donnent les propos habituellement hostiles aux migrants de leur ministre de tutelle. Le problème, c’est que si l’enquête devait déterminer la responsabilité de policiers dans le meurtre d’un enfant, on est quasi certain que cette responsabilité sera d’emblée rejetée par le ministre sur les migrants et les passeurs. Le problème, c’est que l’on sait que dans ce gouvernement, on ne démissionne pas même quand on livre des réfugiés soudanais à ceux qui les torturent. Porter atteinte aux droits fondamentaux des migrants n’est pas considéré comme une faute politique. Au contraire, ce serait même un trophée électoral. Et sur ce point au moins, les choses sont malheureusement très claires. »

 

 

« Vous nous parlez des droits humains. Mais vous tirez sur des bébés ! »

 

Le journal en ligne « Mediapart » rapporte les propos des Kurdes réfugiés à Grande-Synthe :

 

« Dans un recoin du gymnase de Grande-Synthe, près de Dunkerque, un cercle silencieux se forme autour d’Ako, jeudi 17 mai au matin. Cet exilé aux yeux rougis est au téléphone avec un ami, hébergé lui aussi dans ce bâtiment municipal jusqu’à la veille, avec sa femme et ses deux enfants. Plus de 400 migrants, presque tous des Kurdes d’Irak, logent sur ce site, dont 150 dans des tentes en extérieur. On entend son interlocuteur hurler de douleur : « J’ai tout perdu. Mon bébé. Ils ont tué mon bébé. » Assise à ses côtés, l’épouse d’Ako plonge son visage dans un mouchoir. Personne ne sait trop quoi dire pour calmer la détresse de l’homme au bout du fil.

 

Ce père s’appelle Shamdine. Il parle depuis une prison en Belgique, il a dissimulé son portable dans la couche d’un bébé, d’après les exilés. L’homme s’est fait arrêter dans la nuit, vers 2 heures du matin. Cinq heures plus tôt, il était parti avec sa famille, son épouse et ses deux enfants en Belgique pour monter clandestinement à bord de camions de marchandises allant jusqu’en Grande-Bretagne. Des passeurs étaient venus les récupérer en mini-van à Grande-Synthe, à une vingtaine de kilomètres de la frontière belge, avec une trentaine d’autres migrants. »

 (…)

« Quand la police belge a tenté de le contrôler, le convoi de migrants a filé dans la nuit, sur la route E42 reliant Namur et Maisières. Au total, quinze véhicules de police les ont pris en chasse dans cette course-poursuite mortelle pour la fille de Shamdine. L’enfant « s’appelait Mawda », selon les Kurdes de Grande-Synthe. Âgée de 2 ans, elle est morte dans l’ambulance.

 

Selon des médias belges, la petite aurait été brandie à l'extérieur de la camionnette, peut-être par un passeur, pour dissuader les policiers, une version non confirmée officiellement. « Les réseaux kurdes sont dangereux car capables de prendre l’autoroute en sens inverse, de percuter des véhicules pour s’enfuir, de rouler comme des fous, constate une source policière française. Nous le savons et ne faisons pas de courses-poursuites sur les routes avec des camionnettes de passeurs en France, trop dangereux. »

 

L’exilé kurde Ako, lui, s’emporte : « On est venus ici pour trouver la sécurité. Vous nous parlez des droits humains. Mais vous tirez sur des bébés. » Il exhibe sur l’écran de son téléphone des images de la fillette. Le regard espiègle, elle pose sa main sur sa bouche. Sur une autre, on voit cette enfant aux cheveux de jais dans un manège avec son grand-frère de 4 ans. « Elle a reçu une balle dans la joue », glisse Ako, le ton dur, en mimant un impact transperçant son visage. »

 

L’affaire est claire ! Il s’agit d’une tragique « bavure » couverte par les plus hautes autorités du pays, alors que dans des tragédies similaires impliquant les forces de l’ordre, le ministre de l’Intérieur a démissionné. Il n’en est pas question en ce qui concerne Jambon et Francken, les deux piliers de la NV-A au sein du gouvernement Michel. On dirait, à la limite, qu’ils sont bien contents qu’on ait tiré sur ces réfugiés !

 

 

 

Théo Francken, secrétaire d'Etat à l'immigration et Jan Jambon, ministre de l'Intérieur, les deux piliers NV-A su gouvernement Michel

Théo Francken, secrétaire d'Etat à l'immigration et Jan Jambon, ministre de l'Intérieur, les deux piliers NV-A su gouvernement Michel

 

 

 

D’ailleurs, pourquoi s’en priveraient-ils ?

 

Cette tragédie a en effet mis en lumière l’état politique catastrophique dans laquelle se trouve la Belgique. Un gouvernement divisé entre une droite honteuse représentée par le Premier ministre libéral francophone (MR) Charles Michel qui a reçu avec une maladresse et une indécence indigne, les parents endeuillés de Mawda, uniquement pour la « com », dans le vain espoir de calmer une opinion publique et une droite dure et arrogante dont un des leaders, le président de la NV-A Bart De Wever, n’hésite pas à insulter les parents en les déclarant responsables de la mort de leur enfant, suivi par le ministre NV-A de l’Intérieur, Jan Jambon et le secrétaire d’Etat aussi NV-A à l’immigration, Théo Francken, tous deux ne cachant pas leur xénophobie et leur haine de l’Autre.

 

 

 

Charles Michel recevant les parents de Mawda

Charles Michel recevant les parents de Mawda

 

 

 

L’éditorialiste de la très catholique « Libre Belgique » a beau évoquer « l’honneur perdu de Bart De Wever ». Il faut bien constater qu’à l’exception de quelques centaines de militantes et militants qui se sont rassemblés devant le Palais de Justice pour exprimer leur indignation, la majeure partie de l’opinion publique approuve en l’espèce l’attitude du gouvernement et des autorités judiciaires.

 

 

 

Bart De Wever, le bourgmestre d'Anvers, président de la NV-A : ses propos odieux sont bien calculés.

Bart De Wever, le bourgmestre d'Anvers, président de la NV-A : ses propos odieux sont bien calculés.

 

 

 

Gagner le trophée électoral !

 

Effectivement, ne nous faisons guère d’illusions sur l’état de l’opinion publique. En cette occurrence, elle se rallie de manière honteuse sans doute, aux thèses les plus radicales. C’est évident : les Jambon et Francken feront un tabac aussi bien du côté francophone que flamand lors des prochaines élections qui seront sans doute plus proches que prévu tant les tensions sont grandes au sein de la coalition de droite en cette affaire, comme en d’autres d’ailleurs. La NV-A, tentée de décrocher l’attelage Michel – Jambon – Peeters – De Croo, ne gâchera sans doute pas cette chance de se renforcer pour être incontournable dans un futur gouvernement, en gagnant son « trophée électoral » comme l’écrit Martine Vandemeulevroucke.

 

Il suffit d’ailleurs de voir ce qu’il se passe ailleurs. En Italie, notamment.

 

L’Europe des Lumières s’éloigne.

 

En attendant, que deviendront les parents de Mawda ? On peut craindre qu’il y ait d’autres Mawda à l’avenir. L’Europe des Lumières s’éloigne.

 

Cette année marque le 70e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Si on veut le fêter avec dignité, il y a pas mal de boulot !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 09:07

 

 

Les attentats terroristes sont devenus choses si banales qu’on finit par en être indifférents ; certains diront blasés. Dernièrement à Paris, un djihadiste tchétchène a poignardé mortellement deux personnes et blessé sérieusement quatre autres. Bah ! Deux morts et quatre blessés par rapport aux accidentés de la route morts ou handicapés à vie, c’est insignifiant ! Et puis, chaque fois, les médias en font leurs choux gras. Envoyés spéciaux, spécialistes autoproclamés du terrorisme y vont pour les premiers de leurs petits potins alimentés par le micro-trottoir et pour les seconds de leurs doctes commentaires cachant mal leur abyssale ignorance.

 

Aucune analyse, aucune émotion ne transparaît, si ce ne sont les sempiternelles pleurnicheries sur le terrorisme qui n’en finit pas. À chaque attaque, c’est le déclenchement de la même et vaine agitation médiatique ne servant qu’à maintenir l’opinion en haleine, car la pensée est tellement cadenassée qu’il est impossible de procéder à un examen aussi libre qu’exhaustif du phénomène « terrorisme ». Un nombre considérable d’ouvrages ont été écrits. La majorité d’entre eux ne reflète qu’un point de vue bien ancré alimenté par la pensée unique, une minorité présente un plus grand intérêt, car il s’agit du fruit de recherches apportant un éclairage sur le terrorisme qui n’est pas une fin en soi, mais un moyen dans une confrontation historique. Ainsi, l’expression « guerre contre le terrorisme » n’a aucun sens ! On ne lutte pas contre un moyen ou plutôt une arme, mais contre un ennemi bien défini qui use de cette arme. En parlant uniquement de terrorisme, on élude le contexte. Dès lors, les analyses de la sorte ne mènent à rien. Et la propagande particulièrement occidentale entretient le flou. Flou qui sert à tromper l’opinion.

 

D’autre part, alors que les médias montent les attentats terroristes en épingle, elles accordent très peu d’attention à leurs conséquences, surtout concernant les victimes.

 

Un ouvrage vient de paraître. Il s’intitule « Le lambeau » et son auteur, Philippe Lançon, journaliste, est un survivant du carnage du 7 janvier 2015 à la rédaction de l’hebdo satirique parisien « Charlie Hebdo ». Ce récit rempli d’émotions évoque le calvaire de l’auteur qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment en faisant tout simplement son métier.

 

 

Philippe Lançon après sa sortie de l'hôpital

Philippe Lançon après sa sortie de l'hôpital

 

 

 

L’auteur qui travaillait à la fois pour Libération et Charlie Hebdo, journaliste bien-pensant, mais d’une très grande lucidité,  commence par décrire les prémisses de l’attentat. Cependant, tout en décrivant son ressenti, on peut regretter les digressions qu’il fait sur sa vie personnelle, sentimentale, culturelle qui alourdissent le récit. La veille, il a assisté à la représentation d’une pièce de Shakespeare qu’il ne connaissait pas. Réflexe de journaliste, il comptait en faire aussitôt une critique pour son quotidien. Le lendemain matin, il est arrivé en retard à la conférence de rédaction de Charlie. Il a l’habitude de s’asseoir à côté de Wolinski, le génial dessinateur de l’hebdo satirique, parce que pendant la conférence, au lieu de commenter, il faisait des dessins de femmes nues qu’il agrémentait de commentaires humoristiques et absurdes sur les propos de ses voisins. Charb, Tignous et Cabu étaient assis en face de lui et de l’autre côté, se trouvait Bernard Maris, l’économiste qui avait rejoint l’équipe.

 

La discussion portait sur le livre de Houellebecq Soumission qui décrit une société française islamisée. Lançon et Maris défendaient tous deux l’ouvrage, alors que les autres qui ne l’avaient pas lu descendaient Houellebecq en flammes. Cabu affirma : « Houellebecq est un réac ! ». Entre temps, Tignous piqua une colère. Et cette colère reflète bien les divisions du camp progressiste sur la question de ce qu’on appelle pudiquement – politiquement correct oblige – le multiculturalisme, c’est-à-dire la cohabitation de moins en moins pacifique entre la population aussi « politiquement correctement » dénommée « issue de l’immigration », en clair les Maghrébins pour la plupart musulmans, vivant dans les sinistres banlieues de la première ceinture parisienne où la puissance publique sociale, culturelle, policière n’a plus droit de cité. Tout le monde se rappelle les émeutes de 2005 où Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur, parla de « racaille » et de « karcher », propos odieux qui ne firent qu’attiser les tensions.

 

« Comment en est-on arrivé là ? » demanda Tignous. « Comment a-t-on pu laisser dériver des populations toutes entières de cette façon-là ? » Bernard Maris, sans doute mû par un réflexe d’économiste, répliqua que l’Etat avait versé des centaines de millions dans les banlieues. Tout cela en pure perte. Tignous répond que lui en est sorti, mais combien de milliers d’autres restent sur le carreau.

 

Charb finit par demander à Lançon de faire un papier sur le bouquin de Houellebecq. C’est à ce moment précis, selon Philippe Lançon, que l’attaque commença. Il entend des cris et des bruits secs venant de l’extérieur. Puis, c’est le chaos.

 

 

 

Après l'attentat. En médaillons, les victimes des frères Kouachi.

Après l'attentat. En médaillons, les victimes des frères Kouachi.

 

 

 

Gravement blessé, Lançon ne parvient qu’à distinguer les jambes des deux assassins et voit gisant à son côté le corps de Bernard Maris, la cervelle sortie du crâne.

 

Ces pages sont les plus admirables et les plus fortes  du récit de Lançon. C’est sans doute la première fois que la victime d’un attentat parvient à décrire de manière aussi réaliste qu’émouvante le chaos dans lequel elle a été plongée. Sa mâchoire est en lambeau, d’où le titre de l’ouvrage, il ne peut plus parler. Il donne son portable à une collègue pour qu’elle appelle ses proches. Elle parvient à  appeler sa mère, mais n’a plus la force de contacter son patron Laurent Joffrin.

 

La suite, c’est son transfert à l’hôpital la Pitié-Salpêtrière, les soins intensifs, les opérations successives, les visites de son « ex » Marylin, une Cubaine qu’il a rencontré lors d’un reportage au pays de Fidel Castro dont il avait divorcé huit années auparavant. Femme merveilleuse, généreuse, comme le sont bien de ces descendantes des esclaves jadis parqués en ses îles des Caraïbes, victimes du commerce triangulaire qui a honteusement enrichi l’Europe et permit aux colonies de la côte Est de l’Amérique du Nord de s’épanouir. Marilyn conduit Lançon à la douche, lui épile sa jambe avant une opération, range ses affaires avant qu’il ne change de chambre.  Gabriela, sa compagne du moment, c’est l’intellectuelle. C’est elle qui s’occupe de l’administration aussi bien du couple que professionnelle, qui veille sur son équilibre psychologique.

 

L’hôpital, c’est un autre univers. Il faut s’y adapter. Il a ses propres codes, son propre langage, ses propres règles. Il faut s’y adapter. Le chirurgien De Funès, le fils de l’acteur, a défini ainsi le milieu hospitalier : « Un univers carcéral aseptisé ». Mais il n’est pas question d’y échapper en ces moments.

 

Ce sont les opérations successives pour tenter de le rafistoler. Ce sont ses entretiens avec sa chirurgienne Chloé dont on sent qu’il devient amoureux. Ce sont les aides-soignantes et les infirmières aussi efficaces que dévouées. Il fallait  reconstituer sa mâchoire. « Mon corps entier devient ma mâchoire » écrit-il, tant il éprouve de la douleur sur ce lit d’hôpital entravé par les tuyaux qui lui apportent néanmoins soins, nourriture, soulagement. Lançon apprend à supporter et à vivre avec tout cela. Ce sont les deux policiers qui veillent sur lui jour et nuit à l’entrée de sa chambre et qui l’accompagnent même dans ses transferts en salle d’op’. Il finit par sympathiser avec eux bien que tant que sa mâchoire n’est pas réparée, il lui est impossible de parler et aussi de manger normalement. Il communique au moyen d’une tablette où il écrit ses impressions et ses demandes. Quand elle lui rend visite, Gabriela surveille ses écrits et fait attention à ce qu’il n’évoque pas les attentats, ce qui, d’après elle, pourrait lui être néfaste sur le plan psychologique.

 

Ce qui ne l’empêcha pas de côtoyer en ces lieux des êtres se trouvant au bout de l’horreur. Ainsi, un homme qui n’avait plus de visage après s’être tiré une balle de révolver.  Son infirmière lui dit : « Ah ! Monsieur Lançon. Si on veut se tuer, il ne faut surtout pas se tirer une balle dans la tête ou se défenestrer. Car, si on se rate… Non ! Le mieux c’est encore un bon gros gâteau au poison ! » Et contrairement, à ce que lui disait Gabriela, la vision de ces horreurs l’aida à survivre.

 

Quelques jours après son entrée à l’hôpital, le 13 janvier, Philippe Lançon parvient à écrire un article pour Libé et qu’il souhaite voir publier dans Charlie. Au fond de lui-même, comme tout bon journaliste, cela le dérange de parler de sa personne, mais, ici, tout le monde le convainc que c’est indispensable. Et, bien qu’il l’estime trop long – sa fichue habitude était de rédiger de trop longs papiers – l’article est publié.

 

De l’immense manif « Je suis Charlie », le 11 janvier, son frère ne lui en donne que des échos étouffés et cela ne semble guère l’impressionner.  Un autre contact fut la lettre d’une personne qui lui était inconnue, ancienne conseillère municipale, Marie-Laure Meyer, qui fut aussi victime d’un type qui s’est mis à tirer au revolver sur tout un conseil municipal. Elle donne ses impressions de victime survivante, son sentiment de culpabilité d’être encore de ce monde, les soins interminables à l’hôpital pour réparer les « gueules cassées ». Bien que Philippe Lançon n’éprouve aucun sentiment de culpabilité, cette lettre lui fait du bien. Il fait en quelque sorte partie du « club » des survivants ! Et elle évoque ainsi la difficulté de passer de « survivant à vivant ».

 

 

Un jour, Lançon reçoit la visite de François Hollande. Visite qui l’impressionne. Il en tire du président que d’aucuns appellent « Flamby » ou le « capitaine de pédalo », l’impression d’un homme élégant et sûr de lui. Il est accompagné de quelques personnages et de son patron, le directeur de Libération, Laurent Joffrin. Philippe Lançon commente :

 

« Pour la première fois, j’ai vu ses yeux légèrement piqués, embués par l’émotion. Laurent, cible récurrente des brutes de droite et des ivrognes intellectuels de la cause sociale, avait la réputation d’être un notable indifférent, un acrobate du compromis. » Puis, il fait une plaidoirie pour son patron « social-démocrate par nature et par conviction – et par rejet de la violence que son père avait incarnée. » Il est vrai que Joffrin avait passé sa jeunesse en fréquentant les Le Pen. Néanmoins, l’ayant personnellement rencontré, j’ai vu sortir de ce personnage un fanatisme dogmatique qui est la marque du « politiquement correct ». Et puis, l’expression « ivrognes intellectuels de la cause sociale » montre le peu d’état que Lançon fait de la misère sociale qui frappe une partie de plus en plus grande de la population. Il oublie que la « gauche », avant tout, a pour raison d’être de lutter pour l’épanouissement matériel, intellectuel et moral de tous. On ne peut se prétendre « de gauche » si on ne se préoccupe que des questions « sociétales » !

 

 

 

Laurent Joffrin, patron de "Libération". Le prototype du journaliste "politiquement correct".

Laurent Joffrin, patron de "Libération". Le prototype du journaliste "politiquement correct".

 

 

 

Un autre épisode qui a suivi cette visite. Au fur et à mesure de son long rétablissement, Lançon avait des « permissions » de sortie de quelques heures. Ainsi, fut-il invité à une réception à l’Elysée. Hollande, s’apercevant qu’il se porte mieux, lui demande des nouvelles de sa chirurgienne Chloé qui lui avait tapé dans l’œil !

 

Ah ! La légèreté des « grands » de ce monde !

 

Enfin, c’est la sortie de l’hôpital, sous l’impulsion de Chloé qui lui conseille de partir et de renouer avec le monde des vivants. Nouvelles difficultés : la réinsertion, les soucis de la vie quotidienne qui sont multipliés par dix pour un rescapé.

 

Lançon va à New York rejoindre Gabriela. Et là, c’est le 13 novembre, le Bataclan, les terrasses à Paris dont il est séparé par un océan. Le cycle continue.

 

« Le Lambeau » est un beau livre. Pour la première fois, le lecteur peut appréhender ce qu’il se passe « dans » un attentat terroriste. On peut néanmoins regretter une chose : pourquoi Lançon – le brillant journaliste et écrivain qu’il est – n’a pas analysé les causes de ce terrorisme qui ébranle une société européenne, française en particulier, de plus en plus fragile ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Quel est donc ce lambeau que je ne saurais voir ou comprendre ?

 

Philippe Lançon

Le lambeau

Gallimard, Paris, 2018, 510 pages

ISBN 978-2-07-268907-9

Prix 21 €

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 14:29

 

 

 

Notre ami Bernard Gensane (blog http://bernard-gensane.over-blog.com/ ) a posté sur Facebook cette photo datant des années 1960 de trois jeunes femmes dans une rue d’une petite ville qu’on situerait aux USA.

 

 

Où se trouvent ces jeunes femmes qui se promènent ?

Où se trouvent ces jeunes femmes qui se promènent ?

 

 

 

Pas du tout, ce cliché a été pris en Afghanistan !

 

C’est quelque peu différent aujourd’hui ! Certes, ces femmes faisaient partie de la minorité bourgeoise, mais la liberté de se vêtir et de se promener comme on le désirait était réelle. Bernard affirme par ailleurs qu’il y eut un concours de minijupes dans les années 1970.

 

Ce document laisse un sentiment curieux et interpelle : était-on en définitive plus libre auparavant ?

 

Sans jouer les vieux ronchons, on peut réellement se poser la question.

 

Le « politiquement correct », héritage de 1968 – le prochain article d’Uranopole y sera consacré – les interdictions de toutes sortes au nom de la santé publique, les interdits vestimentaires qui, même s’ils ne sont pas codifiés, sont réels. Dans certaines villes européennes, des femmes s’interdisent à porter une jupe et encore moins une minijupe, ou de trop se découvrir, par crainte d’insultes, voire d’agressions physiques. Des pratiques que l’on finit par admettre, comme la surveillance généralisée au nom de la lutte contre le terrorisme deviennent courantes un peu partout.

 

La liberté, quel bien précieux sinon le plus précieux, qu’on laisse flétrir.

 

Réveillez-vous les filles et les gars !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 20:49

par Mohamed BELAALI

 

Le 5 mai fut le jour de la commémoration du bicentenaire de la naissance de Karl Marx. Marx est le penseur le plus influent de l’histoire contemporaine. Sa pensée n’a jamais été aussi actuelle au point que même un analyste libéral comme le Belge Bruno Colmant reconnaît que les analyses de Marx restent d’une actualité brûlante.

Marx fut avant tout un historien qui analysa l’histoire avec les armes de la dialectique matérialiste. Il était aussi homme d’action. Il joua un rôle fondamental à l’Internationale socialiste. Nous publions ici l’excellent article de Mohamed Belaali paru sur son blog et reproduit sur le site du « Grand Soir ».

 

Portrait de Karl Marx (1818 -1883), penseur, historien toujours actuel deux siècles après sa naissance

Portrait de Karl Marx (1818 -1883), penseur, historien toujours actuel deux siècles après sa naissance

 

 

 

L’auteur fait une excellente synthèse de l’œuvre de Karl Marx, mais nous ne le suivons pas dans sa conception léniniste. L’histoire montre que Lénine et consorts se sont référés à Marx, mais ont agi à l’encontre des idées de Marx. La dictature du prolétariat est très vite devenue celle d’une oligarchie qui n’avait que faire des préceptes du penseur et n’ont fait que s’en servir comme référence dans leur seul intérêt. Et cela conduisit à d'abominables crimes que l'on peut compter parmi les pires de l'histoire de l'humanité. Ce qui n'exempte pas ceux commis par la bourgeoisie sur toute la surface du Globe.

 

À la fin de sa vie, Karl Marx exprima sa colère contre ceux qui se réclamaient du « marxisme », car il estimait ne pas avoir inventé une doctrine. Il a analysé la société et les rapports de forces en son sein avec la rigueur du matérialisme. Il tenta de concrétiser son fameux mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

 

Rationaliste et matérialiste, il critiqua des tentatives révolutionnaires comme la Commune de Paris et, incontestablement, son analyse était juste. Il s’est toujours opposé à l’aventurisme sachant la puissance de la bourgeoisie.

 

Marx, qu’on l’apprécie ou non, est et reste une des principales références dans l’analyse historique.

 

Beaucoup s’en sont réclamés, mais peu l’ont lu. Beaucoup s’en réclament, mais peu le connaissent et on peut dire la même chose de ses adversaires.

 

Sa biographie a été récupérée par les marxistes-léninistes alors que de son vivant, il réfuta l'idée de «marxisme» et, ce que peu savent, il se rapprocha des anarchistes russes à la fin de sa vie.

 

Les contradictions ne sont pas toujours du côté des capitalistes !

 

Ainsi, la pensée de Karl Marx reste-t-elle toujours vivante deux siècles après sa naissance.

 

Pierre Verhas

Karl Marx : sa pensée est toujours actuelle.

Karl Marx : sa pensée est toujours actuelle.

 

 

 

« Malheur au génie qui s’oppose fièrement à la société bourgeoise et qui forge les armes qui lui donneront le coup de grâce. A un tel génie, la société bourgeoise réserve des supplices et des tortures qui peuvent paraître moins barbares que ne l’étaient le chevalet de l’Antiquité et le bûcher du Moyen Age, mais qui au fond n’en sont que plus cruels ».

 

Franz Mehring (1).

 

 

Marx est né le 5 mai 1818 à Trèves en Allemagne. Deux cents ans après sa naissance, sa pensée n’a jamais été aussi vivante et aussi actuelle qu’aujourd’hui. L’humanité toute entière continue de subir, directement ou indirectement, le joug d’une minorité d’exploiteurs, d’oppresseurs et d’esclavagistes modernes c’est à dire les capitalistes. « Marx a été l’homme le plus exécré et le plus calomnié de son temps (...) car Marx était avant tout un révolutionnaire ». Ainsi parlait sobrement Engels de Marx lors de la cérémonie de son enterrement. Détesté par les gouvernements réactionnaires d’Allemagne, de France et de Belgique, Marx a trouvé refuge à Londres où il a vécu dans des conditions matérielles extrêmement difficiles jusqu’à la fin de ses jours. Le grand mérite de Marx est d’avoir montré par une analyse scientifique que le capitalisme n’a pas d’avenir et que le communisme reste l’horizon ultime de l’humanité. Marx dérange toujours malgré toutes les funérailles qu’on lui a célébrées. La lecture ou la relecture de Marx est indispensable pour celles et ceux qui veulent comprendre et surtout changer le monde dans lequel nous vivons. « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer » disait Marx (2).

 

La lutte des classes reste pour Marx le moteur de l’histoire :

 

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, n’a été que l’histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte (…) La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à ses ’supérieurs naturels’, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du ’paiement au comptant. (…) Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires » (3).

 

Mais pour Marx la lutte des classes doit mener à la dictature du prolétariat et celle-ci, qui ne constitue qu’une phase transitoire, laissera place à une société sans classes :

 

« La lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat ; que cette dictature elle-même ne représente qu’une transition vers l’abolition de toutes les classes et vers une société sans classes » (4).

 

Pour s’emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s’organiser au niveau planétaire, même si la classe ouvrière doit d’abord lutter contre sa propre bourgeoisie, car l’internationalisation du capital conduit nécessairement à l’internalisation du travail. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’appel de Marx à l’union de tous les travailleurs : « PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! » (5).

 

Marx va consacrer une partie importante de sa vie à la solidarité internationale des travailleurs. Ainsi en 1864, des ouvriers français et anglais ont chargé Marx, après la rencontre du 28 septembre au St Martin’s Hall à Londres, de rédiger les statuts et la première Adresse de l’internationale ouvrière, l’Association internationale des travailleurs :

 

« Si l’émancipation des classes travailleuses requiert leur union et leur concours fraternels, comment pourraient-elles accomplir cette grande mission si une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels, met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple ? Ce n’est pas la prudence des classes gouvernantes de l’Angleterre, mais bien la résistance héroïque de la classe ouvrière à leur criminelle folie qui a épargné à l’Europe occidentale l’infamie d’une croisade pour le maintien et le développement de l’esclavage outre Atlantique » (6). 

 

Marx a dévoilé par un immense travail « la loi économique du mouvement de la société moderne » (7). Il a démontré d’une manière brillante ce qui se cache derrière la valeur de la marchandise, de la monnaie, de la plus-value, de l’accumulation du capital, de la tendance historique de cette accumulation etc. etc.

 

La richesse dans les sociétés capitalistes disait Marx « s’annonce comme une « immense accumulation de marchandises ». L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches » (8).

 

La marchandise, quelle que soit sa forme, sa qualité... est le produit du travail humain. Elle a été enfantée par le travailleur. Sa valeur et sa grandeur trouvent leur origine dans le travail humain socialement nécessaire à sa production. Mais tout ce qui est utile, voire vital à l’homme (l’air par exemple), ne constitue pas une marchandise, car il ne résulte pas de son travail. Les marchandises s’échangent les unes contre les autres à condition que leurs valeurs d’échange soient équivalentes c’est à dire qu’elles renferment la même quantité de travail socialement nécessaire. Une marchandise ne peut s’échanger contre une autre si la quantité de travail pour les produire n’est pas égale :

 

« C’est donc seulement le quantum de travail, ou le temps de travail nécessaire, dans une société donnée, à la production d’un article qui en détermine la quantité de valeur. Chaque marchandise particulière compte en général comme un exemplaire moyen de son espèce. Les marchandises dans lesquelles sont contenues d’égales quantités de travail, ou qui peuvent être produites dans le même temps, ont, par conséquent, une valeur égale. La valeur d’une marchandise est à la valeur de toute autre marchandise, dans le même rapport que le temps de travail nécessaire à la production de l’une est au temps de travail nécessaire à la production de l’autre » (9).

 

La formule initiale de la circulation des marchandises était : marchandise, argent, marchandise (M-A-M) c’est-à-dire vendre et acheter des marchandises. Avec le développement de la production, l’argent se transforme en capital et celui-ci permet d’acheter pour vendre avec profit. La formule devient alors : argent, marchandise, argent (A-M-A’). La circulation des marchandises commence et se termine avec l’argent :

 

« Dans la formule M-A-M, c’est la marchandise, et dans la formule A-M-A, c’est l’argent qui constitue le point de départ et le point d’aboutissement du mouvement. Dans la première formule, l’argent est le moyen de l’échange des marchandises et, dans la dernière, c’est la marchandise qui permet à la monnaie de devenir argent. L’argent, qui apparaît comme simple moyen dans la première formule, apparaît dans la dernière comme but final de la circulation, alors que la marchandise, qui apparaît comme le but final dans la première formule, apparaît dans la deuxième comme simple moyen » (10).

 

L’augmentation de la valeur de l’argent dans la deuxième formule constitue selon Marx la plus-value. L’argent se transforme ainsi en capital, c’est-à-dire en rapport social de production spécifique au capitalisme.

 

Mais cette augmentation de la valeur de l’argent ne peut résulter de la circulation des marchandises, puisque celles-ci sont réputées équivalentes. D’où vient alors cette plus-value ? Elle provient d’une marchandise très singulière dont la consommation produit en même temps de la valeur :

 

« Pour pouvoir tirer une valeur échangeable de la valeur usuelle d’une marchandise, il faudrait que l’homme aux écus eût l’heureuse chance de découvrir au milieu de la circulation, sur le marché même, une marchandise dont la valeur usuelle possédât la vertu particulière d’être source de valeur échangeable, de sorte que la consommer, serait réaliser du travail et par conséquent, créer de la valeur. Et notre homme trouve effectivement sur le marché une marchandise douée de cette vertu spécifique, elle s’appelle puissance de travail ou force de travail » (11).

 

Sur le marché, le capitaliste achète la force de travail à sa juste valeur c’est-à-dire le temps de travail nécessaire à sa production. Le travail nécessaire à la production de la force de travail est égal au travail qu’il faut pour produire tous les éléments nécessaires à la reproduction de cette puissance de travail de l’ouvrier et de sa progéniture (alimentation, vêtements, logement …) :

 

« Qu’est-ce donc que la valeur de la force de travail ? Exactement comme celle de toute autre marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. La force de travail d’un homme ne consiste que dans son individualité vivante. Pour pouvoir se développer et entretenir sa vie, il faut qu’il consomme une quantité déterminée de moyens de subsistance. Mais l’individu, comme la machine, s’use, et il faut le remplacer par un autre. Outre la quantité d’objets de nécessité courante dont il a besoin pour sa propre subsistance, il lui faut une autre quantité de ces mêmes denrées de première nécessité pour élever un certain nombre d’enfants qui puissent le remplacer sur le marché du travail et y perpétuer la race des travailleurs » (12).

 

En achetant la force de travail de l’ouvrier, le capitaliste acquiert du même coup le droit de la consommer comme toute autre marchandise achetée sur le marché. Mais la valeur de la force de travail et sa consommation ou son utilisation sont deux choses différentes. Si par exemple l’ouvrier a besoin de 4 heures pour produire sa force de travail, rien ne l’empêche de travailler 8 heures ou plus. Le capitaliste, propriétaire momentané de la force de travail du salarié, peut très bien le faire travailler au-delà des 4 heures nécessaires à la production de la force de travail. Si le capitaliste fait travailler l’ouvrier 8 heures par exemple alors qu’il l’a payé 4 heures seulement, il réalise une plus-value de 4 heures. L’ouvrier a travaillé donc une partie de la journée pour renouveler sa force de travail et l’autre partie, il a travaillé gratuitement pour le compte de son patron, c’est la plus-value. Le taux de la plus-value dans cet exemple est égal à 100 % :

 

« La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire à son entretien ou à sa reproduction, mais l’usage de cette force de travail n’est limité que par l’énergie agissante et la force physique de l’ouvrier. La valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail est tout à fait différente de l’exercice journalier ou hebdomadaire de cette force, tout comme la nourriture dont un cheval a besoin et le temps qu’il peut porter son cavalier sont deux choses tout à fait distinctes (...) En payant la valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail de l’ouvrier fileur, le capitaliste s’est acquis le droit de se servir de celle-ci pendant toute la journée ou toute la semaine. Il le fera donc travailler, mettons, 12 heures par jour. En sus et au surplus des 6 heures qui lui sont nécessaires pour produire l’équivalent de son salaire, c’est-à-dire de la valeur de sa force de travail, le fileur devra donc travailler 6 autres heures que j’appellerai les heures de surtravail, lequel surtravail se réalisera en une plus-value et un surproduit. (…) C’est sur cette sorte d’échange entre le capital et le travail qu’est fondée la production capitaliste, c’est-à-dire le salariat ; et c’est précisément cette sorte d’échange qui doit constamment amener l’ouvrier à se produire en tant qu’ouvrier et le capitaliste en tant que capitaliste » (13).

 

L’avidité de la plus-value du capitaliste est insatiable. Dans le capitalisme, seule compte la valeur d’échange qui lui permet d’exploiter le travail humain et d’extraire la plus-value. Le capital ne peut vivre et se développer sans pomper cette nourriture qui lui est vitale, la plus-value :

 

« Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage » (14).

 

Marx a développé un autre point extrêmement important, l’accumulation du capital. Ainsi une partie de la plus-value est investie dans la production c’est-à-dire dans les moyens de production (capital constant) et dans les salaires (capital variable).

A mesure que croît cette accumulation du capital sous l’effet notamment de la concurrence et du crédit, la part du capital constant augmente au détriment du capital variable. Le besoin et la demande de la force de travail diminuent ainsi que son prix. L’accumulation du capital rend donc inutile une partie de la population ouvrière que Marx appelle armée de réserve industrielle :

« Si l’accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l’accumulation, une condition d’existence de la production capitaliste dans son état de développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l’avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit à ses besoins de valorisation flottants, et, indépendamment de l’accroissement naturel de la population, la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible » (15).

 

Marx dénonce avec force cette accumulation capitaliste mais qui en même temps permet de jeter les bases matérielles d’une nouvelle société :

 

« Le capitaliste n’a aucune valeur historique, aucun droit historique à la vie, aucune raison d’être sociale, qu’autant qu’il fonctionne comme capital personnifié. Ce n’est qu’à ce titre que la nécessité transitoire de sa propre existence est impliquée dans la nécessité transitoire du mode de production capitaliste. Le but déterminant de son activité n’est donc ni la valeur d’usage, ni la jouissance, mais bien la valeur d’échange et son accroissement continu. Agent fanatique de l’accumulation, il force les hommes, sans merci ni trêve, à produire pour produire, et les pousse ainsi instinctivement à développer les puissances productrices et les conditions matérielles qui seules peuvent former la base d’une société nouvelle et supérieure » (16).

 

Au crépuscule de sa vie, malade et affaibli, Marx n’a pu supporter la mort en 1881 de sa femme Jenny. Le médecin lui a même interdit de l’accompagner à sa dernière demeure. En janvier1883, un autre drame vient lui ôter ses dernières forces, la mort subite de sa fille Jenny Longuet. Le 14 mars 1883, Marx, le grand Karl Marx a cessé de vivre.

 

En 1917, Lénine, un autre révolutionnaire écrira dans l’État et la révolution :

 

« Il arrive aujourd’hui à la doctrine de Marx ce qui est arrivé plus d’une fois dans l’histoire aux doctrines des penseurs révolutionnaires et des chefs des classes opprimées en lutte pour leur affranchissement. Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de ’consoler’ les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire » (17).

 

Mohamed Belaali

 

 

(1) Franz Mehring, « Karl Marx, Histoire de sa vie », Bartillat, page 261.

(2) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450001.htm

(3) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm

(4) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1852/03/km18520305.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000d.htm

(6) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1864/09/18640928.htm

(7) K Marx, Le capital, Livre premier, page 18, Éditions du progrès.

(8) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

(9) (https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

(10) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100k.htm

(11) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-6.htm

(12) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626h.htm

(13) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626i.htm

(14) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-10-1.htm

(15) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(16) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(17) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er1.htm#c1.1

 

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https://www.legrandsoir.info/aujourd-hui-marx-a-deux-cents-ans.html

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 20:34

 

 

 

Commentaires sur la guerre

 

Eh bien ! C’est arrivé. On n’y croyait pas vraiment, ou plutôt, on ne voulait pas y croire. « Ils » n’interviendraient pas ! Eh bien si ! Ils sont intervenus. Trump, May et Macron ont lancé des frappes aériennes sur la Syrie dans la nuit du 14 avril 2018.

 

Pourquoi refusait-on d’y croire ? Parce qu’on a peur de la guerre, tout simplement. Non pas la peur du lâche, mais celle de ne plus rien contrôler, celle de laisser son destin en des mains inconnues et hostiles, celle de ne plus maîtriser l’avenir, c’est-à-dire celle d’aliéner notre liberté.

 

En cette occurrence, la décision a échappé à la plupart. On sent confusément qu’elle était prise depuis longtemps. Les nouveaux seigneurs de la guerre n’attendaient que le moment propice. Il est venu suite à ce vrai faux gazage de populations dans la Ghouta orientale. Le camp occidental rejette la responsabilité sur le régime de Bachar Al Assad et le camp russe – syrien – iranien accuse les occidentaux d’avoir monté cette affaire de toutes pièces. Où est la vérité ?

Et le lendemain des bombardements occidentaux, la délégation d’inspecteurs de l’ONU débarque à Damas ! Donc, preuve ou pas, il fallait frapper ! Curieuse diplomatie, curieuses représailles.

 

A quoi servaient donc ces frappes semble-t-il « one shoot » ? Que voulaient réellement les « nouveaux seigneurs de la guerre » ?

 

 

 

 

Emmanuel Macron, Donald Trump et Theresa May ont sans doute frappé un coup dans l'eau qui aura de lourdes conséquences.

Emmanuel Macron, Donald Trump et Theresa May ont sans doute frappé un coup dans l'eau qui aura de lourdes conséquences.

 

 

 

Il y a tellement de bruits qui courent dans les rédactions et sur les réseaux sociaux qu’il est quasi impossible de démêler le vrai du faux. Alors, faisons quelques réflexions.

 

  1. Trump est de plus en plus compromis dans le scandale de soutien des Russes à sa campagne électorale. Aussi, n’aurait-il décidé cette attaque pour montrer à son opinion publique qu’il n’hésite pas à « sanctionner » Poutine ? Observons que les cibles attaquées étaient syriennes et non russes et que le système de défense antiaérienne russe en Syrie n’a pas été mis en fonction.
     
  2. A propos de ces cibles détruites, elles ne semblent pas être d’une importance stratégique fondamentale. Une usine chimique – les Syriens parlent d’une fabrique de liquide vaisselle ! –, un poste de commandement de l’armée syrienne et une base militaire de second ordre.

 

 

 

Les frappes occidentales en Syrie ont-elles vraiment atteint des objectifs vitaux ?

Les frappes occidentales en Syrie ont-elles vraiment atteint des objectifs vitaux ?

 

 

  1. Pour Macron et May, c’est une occasion de redorer leurs blasons respectifs quelque peu ternis sur le plan international. Les tergiversations de May sur le Brexit et les hésitations de Macron en politique étrangère ne les renforcent guère.
     
  2. Il s’agit donc d’une opération combinée USA – Grande Bretagne – France. En dehors de l’OTAN. Alors, qui assurait le commandement ? Sans doute les Etatsuniens. Cela montre combien ces deux pays s’alignent sur eux.
     
  3. Et last but not least, dans son interview-pugilat du 15 avril avec Edwy Plenel de Mediapart et Jean-Jacques Bourdin de BFM TV, Macron a proclamé qu’il avait convaincu Trump de maintenir une présence américaine en Syrie. Assertion aussitôt démentie par le Département d’Etat US. Cela cafouille dans la nouvelle « coalition » !

 

 

 

Les affirmations de Macron sur l'engagement US en Syrie ressemblent furieusement aux "fake news" qu'il dénonce avac véhémence par ailleurs.

Les affirmations de Macron sur l'engagement US en Syrie ressemblent furieusement aux "fake news" qu'il dénonce avac véhémence par ailleurs.

 

 

 

4.  Observons aussi que ces décisions d’offensives militaires, même   combinées, sont désormais prises hors des organisations internationales. Il y a longtemps que les Américains ne s’adressent plus à l’ONU, mais avoir ignoré l’OTAN est un élément nouveau qui pourrait changer la donne en matière de défense en Europe. Wait and see…
 

 

5.  Quant au droit international et même concernant le droit public de chacun des Etats concernés, ils sont purement et simplement bafoués ! Aucun des organismes internationaux et parlements nationaux n’ont été avertis et consultés quant à cette opération.
 

6.  Cette partie à trois n’a manifestement pas plu à certains alliés de l’OTAN, notamment la Belgique. Le Premier ministre Charles Michel a déclaré « comprendre » la décision du trio, cela signifie qu’il n’est pas très heureux de ne pas avoir été consulté et que la procédure ne lui plaît manifestement pas. Cela pourra avoir des conséquences, notamment sur le nouveau « marché du siècle », le remplacement de la flotte aérienne belge des F16 qui fait l’objet d’un scandale dans le haut commandement de l’armée belge… Nous aurons l’occasion d’en reparler.
 
 
Pour conclure, jusqu’à présent, on ne dispose pas de preuves indiscutables d’éventuelles attaques chimiques en Syrie décidées par le régime de Bachar. Il n’y a jamais eu d’enquêtes sérieuses menées par des inspecteurs de l’ONU à ce sujet, même si certaines attaques sont vraisemblables. Cependant, on peut se poser des questions sur la réalité de ces « casques blancs » et de ce fameux « Observatoire syrien des droits de l’homme »  qui est la principale source d’informations de la presse et des médias occidentaux.
 
Il y a tellement d’intox dans ces interminables guerres du Proche Orient qu’il est impossible de connaître la vérité.
 
Il y a cependant une certitude : la Russie a montré qu’elle est désormais une puissance qui compte en Méditerranée orientale, ce qui constitue une lourde défaite pour les Occidentaux. De plus, après l’enlisement de l’US Army en Irak et en Afghanistan, l’influence américaine dans la région s’est considérablement affaiblie, ce qui est sans doute le motif du durcissement d’Israël et de l’Arabie Saoudite qui se sentent à tort ou à raison menacés par l’axe Moscou – Damas – Téhéran qui dispose ainsi d’une influence politique et d’une force militaire crédibles au Levant.
 
 
Donc, cette attaque, comme le titre l’éditorialiste de la « Libre Belgique » est un  triomphe pour Poutine.
 
 
Etait-ce l’objectif recherché ?
 
 

Bruxelles restera-t-elle la capitale de l’Europe ?
 
 
Dans une interview à « La Libre Belgique » du 13 avril 2018, l’économiste Geert Noels estime que si l’on ne soutient pas l’aéroport de Bruxelles-National ou de Zaventem, Bruxelles risque de perdre son statut de capitale de l’Union européenne.

 

 

L'économiste flamand Geert Noels est très inquiet pour l'avenir de l'aéroport de Bruxelles National.

L'économiste flamand Geert Noels est très inquiet pour l'avenir de l'aéroport de Bruxelles National.

 

 

 

Il faut admettre que l’aéroport de Bruxelles National, vieux fleuron de la Belgique unitaire, n’est pas en très bonne santé. Il a subi de plein fouet les attentats de mars 2016. Il a fallu plusieurs semaines avant qu’il soit rouvert. Depuis, il n’est plus considéré comme un aéroport sûr, même si de considérables efforts en la matière ont été consentis. Il a subi la concurrence des aéroports régionaux comme Charleroi et Liège et aussi des grands aéroports internationaux relativement proches comme Schipol et Roissy Charles de Gaulle.

 

En outre, sa proximité avec Bruxelles de plus en plus urbanisée provoque des nuisances sonores qui sont insupportables pour les habitants de plusieurs communes bruxelloises. Et des plaintes ont lieu aussi du côté flamand.

 

Geert Noels précise :

 

 

« Aujourd’hui, personne n’est un supporter de cet aéroport. Le fédéral s’en désintéresse, Bruxelles parle des nuisances sonores, en Flandre, cette pression est là aussi. Quant à la Wallonie, elle voit cela avec passivité car Charleroi est en train de se développer. Zaventem est orphelin de soutiens politiques. Personne ne s’en occupe vraiment, cet aéroport a au contraire beaucoup d’adversaires. Si on ne prend pas ce problème au sérieux, l’aéroport va perdre des parts de marché, des emplois locaux… De bonnes connexions internationales sont pourtant primordiales pour garder le statut de Bruxelles et ses sièges sociaux. A terme, la possibilité existe que Bruxelles perde même son statut de capitale de l’Europe. Si vous voyez le développement de notre pays par rapport à ses voisins ces dix à quinze dernières années, il y a des raisons de s’inquiéter. »

 

Le fondateur d’Econopolis préconise que la Flandre rachète l’aéroport de Zaventem pour lui garantir son ancrage international. Gageons qu’en ce cas de figure, la Flandre disposera d’un atout supplémentaire et non des moindres pour dominer l’ensemble de la Belgique et Bruxelles en particulier.

 

Mais, ce que ne dit pas Geert Noels : Zaventem est un trop petit aéroport. Il ne lui est plus possible d’envisager la moindre extension qui pourrait lui donner une stature internationale équivalente à celle de ses grands voisins.

 

 

 

Trois pistes enclavées dans un espace urbanisé ne permettent pas une extension du vieil aéroport de Bruxelles national.

Trois pistes enclavées dans un espace urbanisé ne permettent pas une extension du vieil aéroport de Bruxelles national.

 

 

 

Cela est son principal handicap et cela risque fort d’être fatal au seul aéroport à dimension belge. Et là, sans disposer de connexions suffisantes, comme l’affirme Noels, cela constitue une des causes de la perte éventuelle pour Bruxelles de son statut de capitale de l’Europe.

 

Mais, il y en a d’autres. Le centre de gravité de l’Union européenne se déplace vers l’Est depuis l’élargissement entamé depuis la chute du Mur de Berlin et aussi le Brexit. Des voix s’élèvent pour transférer la capitale européenne vers Bonn (l’ancienne capitale de la République Fédérale d’Allemagne) et même vers Berlin.

 

La région de Bruxelles elle-même a des handicaps. Son urbanisation chaotique, ses graves problèmes de mobilité – elle a le triste privilège d’être la capitale la plus embouteillée d’Europe –, son déclin culturel, les communes subissant de sérieux problèmes de communautarisme. L’exemple – grandement exagéré – de Molenbeek est encore dans toutes les têtes. Et enfin, ce qu’on  appelle sa « lasagne » institutionnelle paralyse la vie politique au sein de la capitale de la Belgique, de l’Union européenne, de l’OTAN et le siège social de nombreuses entreprises transnationales.

 

Enfin, de par ses divisions internes et sa dépendance économique vis-à-vis de ses voisins, la Belgique a perdu son poids politique au sein de l’Union européenne et compte sans doute moins que son « petit » voisin : le Grand Duché du Luxembourg.

 

Aussi, les chances de Bruxelles sont vraiment très minces !

 

Laïcité : Macron respecte-t-il la Constitution française ?

 

L’article 1er de la Constitution de la Ve République proclame :

 

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »

 

Le discours d’Emmanuel Macron au collège des Bernardins devant les évêques de France remet en question cette disposition fondamentale ainsi que la fameuse loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

 

 

 

Dans son  discours au Collège des Bernardins devant les évêques de France, Macron a remis en question l'édifice laïque français.

Dans son discours au Collège des Bernardins devant les évêques de France, Macron a remis en question l'édifice laïque français.

 

 

 

« Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il vous importe à vous comme à moi de le réparer. »

 

Cette phrase fait l’objet de nombreuses controverses. Qu’a voulu dire le Président français, par ailleurs grand amateur de la « pensée complexe » ?

 

La loi de 1905 est régulièrement remise en question depuis le discours de Latran de Sarkozy en 2007 instaure la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ou aussi du spirituel et du temporel, qui a abrogé le concordat napoléonien à l’exception de l’Alsace et de la Lorraine. Sans l’affirmer ouvertement, Macron a-t-il lui aussi souhaité l’abrogation de cette loi.

 

Le philosophe Henri Pena-Ruiz explique dans « Marianne » du 13 avril :

 

« Ses propos [de Macron] sont plus proches d’une posture concordataire, néogallicane, que d’une approche laïque. Au passage, il invente une histoire imaginaire en prétendant contre l’évidence que les religieux ont été bannis des débats démocratiques. » Il rappelle les différentes interventions de l’Eglise catholique dans les débats politiques sur l’enseignement, l’avortement, la loi Taubira, le mariage pour tous, etc.

 

Le philosophe fustige aussi les propos du Président français sur la laïcité :

 

« Je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés  la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. »

 

Henri Pena-Ruiz réplique :

 

« Ce propos impute à la laïcité une position qui n’a jamais été la sienne. Loin de vouloir nier la vie spirituelle, l’émancipation laïque rend possible sa libération et son pluralisme en l’affranchissant de toute censure théologique ou politique. »

 

Et il ajoute :

 

« Le propos de M. Macron atteste sa conception clairement discriminatoire  de la vie spirituelle. Celle-ci n’est pas le monopole des religions. La laïcité ne récuse pas du tout la spiritualité religieuse, mais entend que soient également respectées les convictions spirituelles des athées ou des agnostiques, et toutes les formes culturelles qui expriment l’esprit humain. »

 

Cependant, il faut analyser le projet de Macron.

 

Le président français a exprimé en plusieurs domaines sa volonté de transformer la société française et de la calquer sur le modèle anglo-saxon. Et c’est sans doute ce qu’il fait concernant la relation entre l’Etat et les Eglises.

 

Pena-Ruiz constate :

 

« Le parti pris évident du président s’ordonne à l’idéologie qui tente de promouvoir une « laïcité de reconnaissance ». (…) L’athéisme confiné dans le privé, la religion reconnue d’utilité publique. »

 

En réalité, Macron prône sans doute un régime à l’américaine où les Eglises libres et indépendantes de l’Etat agissent comme elles l’entendent, tandis que l’athéisme est considéré comme une déviance.

 

Mais, à vrai dire, remarquons qu’il s’y prend très mal !

 

 

Le gang des vieux en colère

 

 

Ce 16 avril dans le courant de l’après-midi à la Place de la Liberté à Bruxelles, quelque deux-cents pensionné.e.s se sont réuni.e.s pour exprimer leur indignation à l’égard des projets de démantèlement du système de pensions du gouvernement libéral-nationaliste flamand de Charles Michel. Ils ont formé un groupe qui s’appelle « le gang des vieux en colère ».

 

 

L’objectif de ce rassemblement était de remettre au Premier ministre Charles Michel une lettre dénonçant les dérives ultralibérales du gouvernement qu’il préside et qui jette ainsi la vieille génération aux orties.

 

 

 

M; Marc Haulot prononçant son discours avertissement devant le gang des vieux en colère sur la Place de la Liberté à Bruxelles le 16 avril 2018.

M; Marc Haulot prononçant son discours avertissement devant le gang des vieux en colère sur la Place de la Liberté à Bruxelles le 16 avril 2018.

 

 

 

Pour lui faire prendre conscience ? Nul ne se fait trop d’illusions !

 

Mais, la détermination est là et pourra faire mal !

 

Voici les propos extraits d’un des discours prononcés lors de cette manifestation.

 

« Il y a peu, émergeant d’un sommeil réparateur, une pensée me vint : « la retraite c’est agréable mais ça ne dure pas…voilà l’ennui. » Pensée égoïste, car la vérité est pour beaucoup bien différente. La retraite est souvent un calvaire.

 

Notre combat est celui des valeurs…des valeurs et de la transmission. C’est pour nos successeurs, les futures générations, nos enfants que nous sommes ici présents. Car la retraite qui, pour beaucoup, n’est que le couloir de la mort, est aussi un enfer avant le trépas, elle a souvent un horrible compagnon, du genre de celui qui ne fait pas crédit, j’ai nommé la misère.

 

Une pauvreté qui, le plus souvent, s’ajoute à la découverte inattendue d’un corps, le sien, qui décide, passé un certain cap, de ne plus vous servir, de faire des siennes, regimbe, grince, plie, s’enflamme, se gonfle ici ou là d’une saloperie de tumeur ou se racrapote. On découvre alors les joies de l’hôpital, les médecins, les médicaments aux goûts et aux noms barbares…tout ça coûte énormément d’argent…chose fort rare lors de la pension. Pas d’exception, nous sommes tous et toutes atteints d’une maladie mortelle, la vieillesse !

 

Au cœur de la résistance à l’occupant nazi, des femmes et des hommes de toutes tendances, des libéraux, des catholiques, des socialistes, des communistes ont voulu changer le monde, changer la vie…peut-être pas faire chanter tous les lendemains mais au moins rendre ceux-ci moins difficiles. Ainsi fut mis sur pied notre système de sécurité sociale. L’un de ses piliers essentiels est la pension.

 

Ces pères fondateurs ont voulu, sortant de l’épreuve où le monde a failli basculer dans l’horreur nazie, installer une solidarité entre les actifs et les retraités, c’est le système par répartition, celui que l’actuel gouvernement essaye à grands renforts de coups de haches de démanteler.

 

Oh ! bien sûr, ils ne l’avouent pas comme cela, leurs vérités sont construites d’immenses mensonges. Ils essayent de nous faire croire que l’eau ne mouille pas, et que les amputations successives du système construit patiemment au fil des ans, ne détruiront pas la solidarité inhérente au système actuel. L’enjeu est en réalité bien plus vaste, bien plus global. En réalité, ces gens-là veulent nous faire basculer dans une autre société, une société d’où la solidarité aura disparu et où pour citer un vieil emmerdeur barbu « nous nagerons alors dans les eaux glacées du calcul égoïste » On nous dit que la sécurité sociale, les pensions coûtent trop cher aujourd’hui et seront impayables demain ! »

 

Un autre discours a été prononcé par M. Marc Haulot, un employé pensionné qui a bossé toute sa vie pour toucher une pension « mirobolante » de 800 € par mois !

 

Et ce discours est un avertissement.

 

« Citoyennes, citoyens, si nous continuons à nous taire, soyez sûrs que les acquis sociaux pour lesquels nos grands-parents, nos parents et nous-même nous sommes battus seront bien vite sacrifiés sur l’autel du capital roi de l’ultra libéralisme !

Mais, je le sais, nous ne nous tairons plus !

 

La colère du Gang des Vieux gronde et est irrépressible !

 

Toutes ces femmes et tous ces hommes politiques à courte vue, qui ne savent même plus dans quelle société ils vivent et n’ont jamais eu le moindre sens de l’Etat, tous ces politiciens qui ont perdu tout sens du rôle que NOUS leur avions confié. Tous ceux-là qui n’ont plus de rapport avec nous, qui n’ont plus d’intérêt pour nous sauf quand il s’agit tous les 4 ou 5 ans de venir quérir notre vote, à ceux-là, nous allons faire savoir clairement QUI décide finalement dans ce pays !

 

Le Gang des Vieux en Colère n’a pas peur !

Nous n’avons plus rien à perdre !

Nous ne nous battons pas pour NOUS !

Nous nous battons pour que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent avoir une vie active heureuse et une retraite digne d’un être humain du 21éme siècle !

 

Citoyennes, citoyens, ce que ce gouvernement fait actuellement, c’est nous ramener au 19éme siècle.

 

Les mini-jobs en Allemagne ; les « no-contracts » au Royaume Uni, les Uber, Deliveroo et autres Take Eat Easy sont les systèmes esclavagistes sur lesquels nos soit-disant dirigeants lorgnent avec insistance pour ne plus avoir la responsabilité de gérer le pays et donc, NOTRE argent !

 

Leur but presqu’avoué est de tout confier au capital, aux banques, aux sociétés d’assurances, etc.

 

Car enfin, cette pension à points c’est quoi sinon un abandon total de leurs responsabilités politiques au seul et unique profit du monde financier !

Vous savez, ce monde qui ne paye pas ses impôts mais qui vient chercher NOTRE argent dans notre poche quand il a fait des bêtises.

 

Et bien, NOUS, LE GANG DES VIEUX EN COLERE, NOUS LEUR DISONS NON !!!

Que le capital, que le monde financier paye ce qu’ils doit à la société qui leur permet de vivre tellement bien, et le système de pension par répartition pourra continuer à fonctionner et même à s’améliorer.

 

Citoyennes, citoyens, nous devons nous battre pour que nos enfants et petits-enfants vivent dans une société solidaire, celle qui il y a peu nous a encore permit de nous épanouir. »

 

Même les vieux peuvent résister et être dangereux ! Et ce n’est pas du baratin !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 08:53

 

 

 

« Nous sommes l’un des rares pays [Etats-Unis], certainement l’une des rares sociétés développées, à ne pas avoir de transports à grande vitesse. On peut prendre un TGV de Pékin au Kazakhstan, mais pas de New York à Boston. À Boston où j’habite, beaucoup de gens passent trois à quatre heures par jour simplement dans les transports. C’est une perte de temps colossale. Tout cela pourrait être évité grâce à un système rationnel de transports en commun qui contribuerait de manière significative à régler le problème majeur auquel nous sommes confrontés – à savoir la destruction de l’environnement. »

 

Voilà ce qu’écrit Noam Chomsky, le célèbre linguiste et militant progressiste américain dans un  de ses derniers ouvrages  Requiem pour le rêve américain, Flammarion, climats, 2017. En effet, il est impossible de construire une ligne de TGV aux Etats-Unis, car aucune entreprise privée n’a la possibilité d’un tel investissement dont la rentabilité est à long terme.

 

Privatiser les bénéfices, socialiser les pertes

 

Voilà la preuve, s’il en fallait, que le service public est indispensable pour disposer d’infrastructures modernes, efficaces et rentables. Mais non. Avec les chemins de fer qui nécessitent de grosses infrastructures assez coûteuses, les néolibéraux ont appliqué le principe bien connu : privatiser les bénéfices, socialiser les pertes.

 

 

 

 

 

Le TGV en Chine est en train de se réaliser. Il n'en est rien aux Etats-Unis.

Le TGV en Chine est en train de se réaliser. Il n'en est rien aux Etats-Unis.

 

 

 

Mais, cela est profondément inepte : on fait payer les investissements par le contribuable et l’usager et le privé empoche les profits.

 

Ainsi, en Grande Bretagne, l’exploitation des chemins de fer a été « ouverte à la concurrence » pour reprendre le jargon néolibéral. Ainsi, plusieurs compagnies privées exploitent le réseau ferroviaire. Résultats : les prix ont considérablement augmenté, ils varient au cours d’une même journée, les fréquences ont été réduites et les horaires ne sont pas respectés. C’est à tel point que 60 % des usagers britanniques demandent la renationalisation des chemins de fer.

 

Quant à l’infrastructure, elle reste entre les mains du secteur public. Résultats : les déficits augmentent et alimentent la dette publique au plus grand profit des banques.

 

On pourra rétorquer que là où les sociétés de chemins de fer sont encore publiques, les inconvénients sont équivalents. C’est exact. Cependant, les causes ne sont-elles pas les mêmes ? La diminution des dotations de l’Etat, la perte de recettes par la privatisation des transports de frets qui sont confiés à la route, la scission des sociétés publiques en deux filiales : l’exploitation du transport des personnes et la gestion de l’infrastructure. Et cette scission a été faite pour préparer « l’ouverture à la concurrence ». Autrement dit, ce qu’on pourrait appeler la « pré » privatisation est la cause des déboires. Et ce n’est sans doute pas un hasard !

 

En sabotant le service public, on fait accepter le principe de la privatisation par l’opinion. Et on impose la « seule politique possible » - le fameux TINA thatchérien – le modèle néolibéral.

 

Le dogme à la mode porté haut et fort par l’Union européenne est : la concurrence et le marché sont « la » solution, comme l’écrit Jean-Michel Naulot, ancien régulateur financier et membre du Collège de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). C’est dire qu’il s’ait de quoi il parle.

 

 

 

Jean-Michel Naulot, ancien régulateur financier français, sait de quoi il parle.

Jean-Michel Naulot, ancien régulateur financier français, sait de quoi il parle.

 

 

 

Qu’il s’agisse de la SNCF en France, de la SNCB ou des pensions en Belgique, on commence par dénoncer les « privilégiés » qui coûtent cher à la société. Les « privilégiés » en l’occurrence, ce sont les cheminots qui bénéficient d’un régime spécial et les fonctionnaires pensionnés. « Les fonctionnaires, voilà l’ennemi » titre un article signé Anicet Le Pors, ancien ministre communiste de la Fonction publique française, dans  le « Monde diplomatique » du mois d’avril 2018.

 

Le piège

 

L’objectif au nom de théories économiques fumeuses que l’on impose dans les médias et dans les universités, est avant tout politique : les intérêts privés prennent en main tous les services d’intérêt général, c’est-à-dire les services publics : cela va des sociétés de transports publics aux prisons en passant par les écoles, les services sociaux et surtout la sécurité sociale. Et c’est un piège !

 

Cette dogmatique est extrêmement dangereuse et vise à éliminer la puissance publique. Jean-Michel Naulot l’a rappelé au sujet de la crise financière de 2007-2008 :

 

« Au moment où s’engage une « transformation » de la SNCF, selon le mot utilisé autrefois par Jean-Jacques Servan Schreiber qui pensait lui aussi que l’on pouvait changer la société française d’un coup de baguette magique afin de rattraper notre « retard » sur le modèle américain, il est normal que l’inquiétude s’exprime.

 

La réforme en cours n’est pas sans rappeler quelques souvenirs à l’ancien régulateur que je suis. En novembre 2007, alors que nous étions entrés dans une crise financière très grave depuis l’été, nous étions nombreux à nous interroger, régulateurs et acteurs financiers, sur la pertinence d’une directive européenne qui mettait fin au monopole de la société Euronext pour traiter les transactions boursières à Paris. Nous savions que nous entrions dans une crise provoquée par une insuffisance de la régulation et l’on nous demandait de donner un coup d’accélérateur dans la voie de la dérégulation ! L’introduction de la concurrence, nous disait-on, réduira les coûts pour les clients. 

 

Très vite, cette directive a effectivement produit ses effets… ! De nombreuses plateformes de transactions ont été créées et elles se sont spécialisées sur les courants d’affaires les plus rentables (le traitement des grandes valeurs). Le volume de transactions réalisé par Euronext étant désormais réparti en de multiples plateformes, une liquidité du marché plus faible a été constatée. Il en est résulté un coût plus élevé pour les clients. Par ailleurs, la concurrence tirant les pratiques vers le bas, la transparence a été réduite. Quant aux opérateurs du trading à haute fréquence, jusque-là marginaux sur le marché, ils ont été comblés. En un rien de temps, ils ont pris 50% du marché des actions. La recherche du meilleur prix parmi les multiples plateformes devenait en effet un exercice complexe qui exigeait le recours à des ordinateurs très puissants. Depuis, les régulateurs ne savent comment réduire leur emprise… En quelques mois, les clients qui étaient censés profiter de la réforme ont ainsi constaté que l’évolution du marché des actions n’était pas du tout conforme à ce qui avait été annoncé. »

 

Et en dehors de cet aspect économique et financier, il y a une conception fondamentale de la société à défendre et à illustrer. Mais elle se heurte à la sacro-sainte rentabilité. Pour les néolibéraux, sans être rentables, les services publics sont intenables. Le professeur honoraire d’économie Jean Gadrey de l’Université de Lille I rappelle :

 

 

 

Jean Gadrey professeur honoraire à Lille I est un grand défenseur du service public.

Jean Gadrey professeur honoraire à Lille I est un grand défenseur du service public.

 

 

 

« Il faut, avant tout autre argument, défendre les missions d’intérêt général des services publics (dont les services publics dits de réseau comme la SNCF) au nom d’une vision solidaire de la citoyenneté moderne. Ne pas rece­voir le courrier ou ne pas pouvoir en envoyer dans des conditions acceptables, ne pas recevoir l’eau pota­ble, ne pas pouvoir se raccorder à un réseau téléphonique, ne pas recevoir l’électricité, ne pas pouvoir se chauffer, ne pas avoir de « transports en commun » locaux ou nationaux accessibles à un prix abordable, sont des indices d’une citoyenneté de seconde zone, dans une société divisée entre ceux qui sont connectés aux réseaux de la vie quotidienne et ceux qui ne le sont pas. Tel est l’argument principal des défenseurs des missions de service public, lesquelles ne peuvent pas être « rentables » au sens financier, même lorsque leur utilité écologique et sociale est considérable. »

 

Des trains de camions

 

Bernard Thibault, l’ancien secrétaire général de la CGT aujourd’hui administrateur au Bureau International du Travail explique dans une interview à l’hebdomadaire « Marianne » du 8 avril 2018 les dangers du démantèlement et de la privatisation de la SNCF. En plus de donner tout le pouvoir au secteur privé, il menace la transition écologique.

 

 

 

 

Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT, plaide pour une coopération entre les services publics en Europe.

Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT, plaide pour une coopération entre les services publics en Europe.

 

 

 

« Le changement climatique impose qu’on s’interroge partout sur les finalités de son travail pour produire et transporter autrement. (…) Actuellement, les neuf dixièmes du transport de marchandises se font par camions. Les populations riveraines des axes les plus fréquentés subissent la pollution, la détérioration des chaussées, rénovées par leurs impôts. À l’horizon 2030-2050, les perspectives sont alarmantes : si rien ne change, si l’Europe se contente de mettre en concurrence ses opérateurs de chemin de fer, plutôt que d’organiser leur coopération et de booster leurs investissements, le nombre de poids lourds en circulation va être multiplié par deux ! Nous n’aurons plus des trains, mais des trains de camions. »

 

 

La coopération au lieu de la concurrence

 

 

Voilà donc la démonstration que le service public peut être un facteur innovant majeur pour l’économie de demain. La coopération entre les sociétés publiques de chemin de fer au niveau européen, au lieu de la concurrence permettrait d’immenses progrès au niveau du transport aussi bien de personnes que de marchandises.

 

Non seulement, il y aurait une capacité d’investissement inégalée qui permettrait de moderniser tous les réseaux aussi bien de grandes lignes que régionaux.

 

En rétablissant le transport de fret par chemin de fer, on mettrait un frein à la pollution, le coût des infrastructures routières serait substantiellement réduit et on pourrait aussi diminuer le coût même du transport.

 

Il y a quelques années, on avait effectué plusieurs expériences dites de ferroutages qui consistent à mettre des camions sur des wagons de chemin de fer. On a abandonné cette idée. C’est une erreur. On pourrait très bien envisager le ferroutage généralisé aux réseaux de chemin de fer européens en modifiant certaines infrastructures permettant une coordination entre la route et le chemin de fer.

 

Mais cela nécessite une force politique à même de renverser la métamorphose entamée depuis deux décennies par les néolibéraux. Cette force ne peut qu’être supranationale et elle est indispensable pour donner à l’Union européenne un autre visage que celui de flic de l’économie politique néolibérale.

 

 

Pour le service public européen

 

 

Aussi, non seulement pour les chemins de fer, mais aussi dans pratiquement tous les domaines de l’activité humaine, de l’éducation à la santé publique, des chemins de fer à la Poste et aux télécommunications, de la culture à la recherche scientifique, de la distribution d’eau à la politique énergétique, de la politique du logement à la gestion du réseau routier, il convient non pas de mettre en concurrence, mais d’instaurer la coopération.

 

Et pour cela, il convient d’étudier une nouvelle notion à mettre en œuvre : le service public européen.

 

Cette idée sera évoquée dans de prochains articles. Et laissons la conclusion à Anicet Le Pors :

 

 

 

 

 

Anicet Le Pors, ancien ministre communiste du premier gouvernement Mauroy estime que le XXIe siècle sera celui des services publics.

Anicet Le Pors, ancien ministre communiste du premier gouvernement Mauroy estime que le XXIe siècle sera celui des services publics.

 

 

 

« Dans une crise qu’Edgar Morin analyse comme une « métamorphose », des valeurs universelles émergent et s’affirment : les droits humains, la protection de l’écosystème mondial, l’accès aux ressources naturelles indispensables, le droit au développement, la mobilité des personnes, l’égalité entre les hommes et les femmes, le devoir d’hospitalité, la sécurité. D’autres sont en gestation, qui exacerbent les contradictions. La mondialisation n’est pas seulement celle du capital ; elle touche toutes les formes d’échange et de formation de la citoyenneté : révolution informationnelle, coopérations administratives et scientifiques, conventions internationales, floraison de créations culturelles. Bref, ce siècle sera peut-être celui des interdépendances, des interconnexions, des coopérations, des solidarités, toutes formules qui se condensent en France dans le concept de service public. On ne s’en rend peut-être pas compte tous les jours en écoutant M. Macron, mais, contrairement aux espoirs et aux proclamations des thuriféraires du libéralisme, le XXIe siècle pourrait annoncer l’âge d’or du service public. » 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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