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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 17:50

 

 

La droitisation en marche

 

 

Le ministre libéral du budget et des finances du gouvernement wallon Jean-Luc Crucke  a été poussé à la démission par son propre président de parti, l’ineffable Georges-Louis Bouchez dit GLOUB à cause d’un projet de décret pour « un impôt plus juste » qui ne plaît pas aux ultralibéraux du MR.

 

 

 

Georges Louis Bouchez dut GLOUB aux côtés de Jean)Luc Crucke qui devant la presse annonce qu'il claque la porte.

Georges Louis Bouchez dut GLOUB aux côtés de Jean)Luc Crucke qui devant la presse annonce qu'il claque la porte.

 

 

 

Crucke a déclaré qu’il n’était plus en adéquation avec la ligne de son parti, le Mouvement Réformateur (MR) et par après, il a dit « Je suis libéral, pas conservateur ! ». Autrement dit, il dénonce la droitisation de son parti qui est au pouvoir au gouvernement fédéral, à la Région wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, GLOUB multiplie les déclarations les plus réactionnaires, comme des propos flatteurs sur Zemmour, la fermeté à l’égard des migrants ; la tolérance zéro en matière judiciaire, etc. Il a même été visité les jeunesses nationalistes flamandes qui sont le vivier du néo-nazi Vlaams Belang et de la très droitière NV-A. GLOUB va tellement loin que certains de ses partenaires au gouvernement menacent de se passer de son parti et parmi eux, les libéraux flamands ! Le ministre de la Justice, le libéral flamand Van Quikenborne, a parlé du MR comme « Mouvement Réactionnaire » ! Ambiance !

 

 

En France, inquiétude au LR, le parti fondé par Sarkozy, « Les Républicains » avec comme candidate à l’élection présidentielle Valérie Pécresse. Les pontes du parti observent que bon nombre de maires LR parrainent Zemmour ! Pécresse s’est allié avec le député très droitier Niçois Éric Ciotti. Donc, pour beaucoup de membres de ce parti, malgré un net virage à droite, le programme de Pécresse n’est pas suffisamment droitier ! Ils préfèrent Zemmour !

 

 

 

Eric Ciotti et Valérie Pécresse s'aiment d'un amour tendre...

Eric Ciotti et Valérie Pécresse s'aiment d'un amour tendre...

 

 

 

Il est aussi vrai qu’avec une gauche en pleine déliquescence – et ce n’est pas Christine Taubira qui va la sauver – la droite dure et l’extrême-droite ont un boulevard devant elles.

 

 

On peut remercier le président sortant Macron dit par notre ami Bernard Gensane, le banquier éborgneur – emmerdeur, qui a tout fait pour éliminer la droite républicaine et le PS qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Je conseille aux lecteurs d’Uranopole la livraison de janvier 2022 du « Monde diplomatique » qui contient une analyse approfondie du déclin de la gauche.

 

 

Macron cherche à affronter Le Pen ou Zemmour au second tour comme il l’a fait en 2017 en éliminant ses concurrents républicains et socialistes. C’est un jeu d’apprenti-sorcier. N’oublions pas qu’en 2017, Macron l’a emporté malgré plus de 60 % d’abstentions ! L’abstention risque d’être encore plus importante en mai 2022 et il n’est pas établi qu’il puisse former une majorité à l’Assemblée nationale.

 

 

À force de traficoter les institutions démocratiques classiques, on risque de les voir disparaître au profit de l’aventure !

 

 

P.V.

 

 

 

La femme forte

 

 

Cette photo qui circule sur les réseaux sociaux a été prise en Irlande en 1972, en pleine guerre entre l’IRA et l’armée britannique en Ulster, et montre une jeune fille qui tire avec l’arme de son fiancé, blessé dans une bataille contre l’armée britannique. L’homme a survécu, transporté dans un lieu sûr, grâce au sacrifice de sa petite amie qui affronta les soldats anglais jusqu’à ce qu’elle soit tuée. Quand le commandant du bataillon anglais a découvert qu’il avait combattu une femme, il a ordonné à ses soldats de ne pas toucher à son corps et a permis aux Irlandais de l’enterrer. On dit qu’ils ont entendu le commandant anglais s’exclamer : « La reine ne se préoccupe pas de nous comme cette femme s’est inquiétée pour son homme et sa terre ».

 

 

 

 

Cette jeune femme s'est saisie de l'arme de son compagnon abattu par les "Brits" pour continuer le combat.

Cette jeune femme s'est saisie de l'arme de son compagnon abattu par les "Brits" pour continuer le combat.

 

 

 

La photo a été choisie comme symbole pour la fête de la femme en Irlande, à côté de la phrase :

 

 

« N’ayez pas peur de vous attacher à une femme forte. Peut-être qu’un jour elle sera votre seule armée » ...

 

 

Coupe du monde de foot au Qatar :le fric ; le fric et encore le fric !

 

 

 

Erik Cantonna, un des plus grands footballeurs de notre époque ne mache pas ses mots sur la Coupe du monde au Qatar qui se déroulera en novembre prochain. Pas en juillet, il y fait beaucoup trop chaud. Cela bouleverse la saison de football dans le monde entier. Evidemment, la Belgique avec ses « Diables rouges » y participera. On n’a pas entendu beaucoup de politiciens s’opposer à cette mascarade mercantile. Car, comme le dit Cantonna, ce n’est que du fric ! Il est vrai qu’il a de qui tenir, d’origine Sarde et Catalane, son père était un militant antifranquiste et lui n’a jamais caché son attachement aux valeurs de la gauche.

 

 

Erik Cantonna grand champion et homme de principes

Erik Cantonna grand champion et homme de principes

 

 

 

« Pour moi, ce ne sera pas une vraie Coupe du monde et je ne la regarderai pas. Je ne suis pas contre l'idée d'accueillir une Coupe du monde dans un pays où il y a la possibilité de développer et de promouvoir le football, comme l'Afrique du Sud ou les États-Unis. Au Qatar, cependant, la vérité est qu'il n'y a pas un tel potentiel, il n'y a rien. Tout est en fonction de l'argent. La façon dont ils ont traité les travailleurs qui ont construit les stades est horrible. Des milliers de personnes sont mortes, pourtant nous allons célébrer cette Coupe du monde. Je comprends que c'est un business, mais j'ai toujours pensé que le football était le seul endroit où tout le monde pouvait avoir une chance. »

 

 

On n’a pas entendu beaucoup d’autres voix autorisées pour avoir une telle analyse…

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 10:23

 

 

 

L’actrice britannique Emma Watson a déclenché une tempête mondiale avec un post sur son compte Instagram sur la solidarité avec un panneau marqué : « Solidarity is a verb » sur fond d’une photographie d’une manifestation de solidarité avec la Palestine. Elle fut actrice dans tous les épisodes de Harry Potter puis changea de registre. Emma Watson est une militante féministe active. Elle prononça à ce sujet un discours à l’ONU et fut nommée ambassadrice « de bonne volonté » pour les femmes en 2014.

 

 

 

L'actrice britannique Emma Watson est accusée d'antisémitisme pour ça

L'actrice britannique Emma Watson est accusée d'antisémitisme pour ça

La "solidarité est un verbe"... Il paraît que c'est antisémite s'il y a le drapeau palestinien en arrière-plan !

La "solidarité est un verbe"... Il paraît que c'est antisémite s'il y a le drapeau palestinien en arrière-plan !

 

 

Son message provoqua un tollé dans les milieux sionistes de droite ! L’ancien ambassadeur israélien auprès de Nations Unies, Danny Danon, et actuel représentant du Likoud, le parti de l’ancien Premier ministre israélien Netanyahu, a réagi en traitant Emma Watson d’antisémite.

 

En l’occurrence, qualifier le message de Madame Watson d’antisémite est insensé. Le mot « Juif » n’y apparaît pas une seule fois, à moins de considérer le simple fait d’exprimer sa solidarité envers les Palestiniens comme une manifestation d’antisémitisme. C’est incontestablement un précédent.

 

Ce précédent est dicté par la fameuse loi Etat-nation adoptée en 2018 par la Knesset qui dispose que l’Etat d’Israël est l’Etat des Juifs. Autrement dit, les habitants non juifs d’Israël, essentiellement les Arabes, mais aussi les Druzes deviennent des citoyens de seconde zone. Dès lors, la critique politique d’Israël est par définition de nature antisémite.

 

C’est tout à fait contraire à la démarche de la plupart des personnes et des associations qui s’inscrivent dans la cause palestinienne. Certes, des antisémites notoires se servent des exactions des colons juifs et de l’armée israélienne pour tenter de justifier leurs propos antisémites, mais ils sont une minorité. D’ailleurs, ces mêmes antisémites sont aussi adeptes de la théorie du « Grand remplacement ». Il y a là une notoire contradiction !

 

Adhérer à la cause palestinienne ne signifie pas approuver tout ce que font les Palestiniens. Par exemple, l’absence de démocratie aussi bien de la part de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie que du Hamas à Gaza est non seulement inacceptable, mais surtout nuit à la Palestine et aux Palestiniens.

 

Adhérer à la cause palestinienne ne signifie pas rejeter tout acte politique israélien. Par exemple, Israël est incontestablement à la pointe du combat contre la pandémie, combat qui profite aussi aux Palestiniens.

 

Cependant, l’occupation plus que cinquantenaire de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie, ainsi que le blocus de Gaza sont illégaux et génèrent des crimes passibles d’une Cour pénale internationale. Il semble difficile d’assimiler cette critique radicale de la politique israélienne à de l’antisémitisme.

 

Antisémitisme, kesako ?

 

Dans « Le Soir » du 7 janvier 2022, se référant à l’affaire Emma Watson, la journaliste Pauline Hofmann se penche sur la perception de l’antisémitisme. Elle interroge le professeur Jean-Philippe Schreiber de l’ULB qui répond qu’il n’y a pas de définition normative de l’antisémitisme. « Celles [les formes d’antisémitisme] qui existent peuvent varier légèrement. Mais on s’entend généralement sur le fait que l’antisémitisme est une forme caractéristique du racisme qui vise spécifiquement les Juifs à titre individuel ou collectif, mais aussi les institutions juives. »

 

Il y a aussi l’idée du Juif qui domine le monde. En fait, le Juif est détesté parce qu’il aurait des pouvoirs supérieurs, alors que le racisme « ordinaire » porte sur des gens que l’on considère inférieurs.

 

Cela n’a rien à voir avec la critique d’Israël et de sa politique. Comme l’écrit Henri Goldman sur son blog « Cosmopolite » ( https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/ )

 

 

 

 

Henri Goldman n'élude rien dans ses analyses.

Henri Goldman n'élude rien dans ses analyses.

 

 

 

« Ceux et celles qui se sentent interpellé·es par la résurgence de l’antisémitisme – qui a connu une nouvelle poussée à l’occasion de la pandémie de Covid – ne peuvent ignorer à quel point celui-ci est instrumentalisé par la diplomatie de l’État d’Israël. Cet État cherche obstinément à faire passer pour de l’antisémitisme l’hostilité que suscite sa politique dans les opinions publiques et l’attitude critique qui la prolonge. Ce tour de passe-passe se manifeste à l’occasion de la campagne internationale menée en faveur de la nouvelle définition de l’antisémitisme proposée par l’International Holocaust Remembrance Association (IHRA) qui a pour véritable objectif de criminaliser cette critique. »

 

Une définition excessivement large

 

L’IHRA est en fait une organisation gouvernementale qui comporte plusieurs Etats membres dont la Belgique avec une présidence tournante. Elle fut présidée en 2021 par l’Allemagne. Voici sa définition de l’antisémitisme :

 

« La définition opérationnelle de l’antisémitisme, non contraignante, a été adoptée par les 31 États membres de l’IHRA le 26 mai 2016 :

 

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »

 
Les exemples suivants, destinés à guider le travail de l’IHRA, illustrent cette définition :
 
L’antisémitisme peut se manifester par des attaques à l’encontre de l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive. Cependant, critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme. L’antisémitisme consiste souvent à accuser les Juifs de conspirer contre l’humanité et, ce faisant, à les tenir responsables de « tous les problèmes du monde ». Il s’exprime à l’oral, à l’écrit, de façon graphique ou par des actions, et fait appel à des stéréotypes inquiétants et à des traits de caractère péjoratifs. »

 

C’est sur la base de cette définition que l’actrice Emma Watson est accusée d’antisémitisme. Cette définition excessivement large est la porte ouverte à tous les excès. Si une Cour ou un Tribunal base ses conclusions sur cette définition, toute critique de la politique israélienne pourrait être condamnée. Cela est évidemment inacceptable !

 

Une forme de négationnisme

 

Cependant, depuis quelques temps, il se développe une forme d’antisémitisme particulièrement malsaine. L’agrégé de philosophie français René Chiche décrit ce « nouvel » antisémitisme :

 

« L’exemple le plus marquant est un candidat à la présidentielle – se présentant comme le dernier représentant authentique du gaullisme – qui fait de Pétain un sauveur des Juifs français (Le Suicide français – 2014) ou encore que l’anathème « antisémite » permette de désigner aujourd’hui tout et son contraire, le mouvement légitime de soutien à la résistance palestinienne comme le négationnisme contemporain.

 

 

De plus, comparer la vaccination obligatoire aux expériences du Docteur Mengele ou le pass sanitaire à une étoile jaune, revient – au-delà de l’outrance – à présenter la politique antisémite des nazis et de leurs alliés comme une simple question de libertés individuelles. Car oui, l’antisémitisme nazi était bien une politique raciale et non pas une simple « privation » de libertés individuelles. Les lois de Nuremberg en 1935 par exemple mettaient juridiquement les juifs d’Allemagne au ban de la société. Le port de l’étoile jaune s’inscrivait dans une politique plus large, d’abord d’exclusion sociale et politique puis d’extermination. Là, pas d’exclusion juridique de quiconque au nom d’une assignation raciale. Rien à voir, donc, avec le simple fait de pouvoir manger au restaurant ou d’aller à un concert puisqu’il suffit d’aller se faire vacciner. »

 

 

 

Le port de l'étoile jaune par ces manifestants anti-pass sanitaire en France est une insulte aux victimes de la Shoah !

Le port de l'étoile jaune par ces manifestants anti-pass sanitaire en France est une insulte aux victimes de la Shoah !

 

 

Enfin, l’usage de l’étoile jaune dans les manifestations « antivax » ou « anti-pass » dénote la mentalité de ceux qui les organisent et de ceux qui y participent. L’étoile jaune n’est pas seulement un signe d’exclusion. Elle est l’équivalent du marquage du bétail mené à l’abattoir ! Ce terrible symbole doit rester ce qu’il est et ne pas être utilisé à des fins politiques ou contestataires qui n’ont rien à voir. Cela aussi, c’est une forme de négationnisme.

 

 

En ce domaine aussi, il est temps de retrouver la Raison.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 00:06

 

 

 

Il est de tradition en cette fin d’année 2021 et au début de l’année 2022 de notre ère de dresser un bilan et d’ébaucher des perspectives. Procédons autrement, le passage d’une année à l’autre n’est qu’en définitive une convention, car la Terre continue inexorablement sa révolution autour du Soleil. Mais, cette convention permet de situer les choses dans le temps que le cerveau humain découpe en ères, millénaires, siècles, années, mois, semaines, jours, heures. Et essayons une analyse sur les différents événements qui ont marqué les esprits en 2021 et qui se poursuivront sans aucun doute en 2022.

 

 

2021 – 2022 Le combat de la Raison

 

 

 

Le premier événement littéraire en France aura lieu le septième jour du premier mois de la vingt-deuxième année du deuxième millénaire de notre ère. Ce sera la parution du roman fleuve du chouchou du Tout Paris, Michel Houellebecq. « Anéantir » - tout un programme ! D’après les critiques dithyrambiques de la presse « mainstream », ces 734 pages narcissiques décrivent des personnages désespérés, décadents, errant dans une société en pleine déliquescence. On a l’air de dire que c’est un ouvrage de « lanceur d’alerte » qui décrit cette société sans la dénoncer et sans esquisser la moindre solution pour en sortir. Tout un programme, vous disais-je.

 

Non, Houellebecq n’a pas écrit une dystopie. Il décrit les angoisses de cette société « boboisée » qui regarde son nombril. Non, ce n’est pas une dystopie comme celles d’Aldous Huxley et de George Orwell qui étaient ce qu’on appelle aujourd’hui des lanceurs d’alerte. Ils nous expliquaient leur crainte de voir l’exploitation de la technologie générer une société totalitaire qui contrôlera les cœurs et les reins de chaque être humain.

 

 

 

Michel Houellebecq l'écrivain maudit et adoré des bobos

Michel Houellebecq l'écrivain maudit et adoré des bobos

 

 

 

Les lanceurs d’alerte ? Notre société ne les aime pas. Le calvaire de Julian Assange en est la preuve éclatante. Le journaliste fondateur de Wikileaks est l’objet d’une vindicte jamais vue dans les pays « démocratiques ». Cela montre qu’on ne peut dépasser une certaine limite qui n’a rien à voir avec la légalité. D’autres règles non écrites sont édictées et malheur à qui les enfreindra !

 

 

 

Julian Assange le journaliste d'investigation haï par les bobos

Julian Assange le journaliste d'investigation haï par les bobos

 

 

 

Le recul de la Raison

 

La Liégeoise Véronique De Keyzer, ancienne députée européenne, présidente du Centre d’Action Laïque à Bruxelles écrit dans une belle tribune dans Le Soir intitulée « La liberté d’être libre » reprenant le titre d’un ouvrage de Hannah Arendt :  « … on lui doit [à Jean-François Kahn] une superbe chronique dans Le Soir du 21 décembre, qui pourfend Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies. Leur ouvrage caracole en tête des meilleures ventes, et traite de quoi ? Des preuves incontestables de l’existence de Dieu. Et oui, on en est là ! Aux anti-vaccins, au rejet du progrès, à la platitude de la Terre, à la candidature d’Eric Zemmour, à la progression de l’extrême droite et au retour des néofascistes… et à la preuve de l’existence de Dieu. Et Kahn de conclure sa chronique par « Peut-être se souviendra-t-on de cette époque, la nôtre, le début des années 20, comme celle de la grande régression ». Et d’un recul de la Raison. »

 

 

 

Véronique De Keyzer combat pour la valeur révolutionnaire essentielle : la Raison.

Véronique De Keyzer combat pour la valeur révolutionnaire essentielle : la Raison.

 

 

 

En effet, le recul de la Raison. Pour prendre un exemple bien actuel : la pandémie a montré la puissance de la pensée magique. Du complotiste qui détecte des nano particules dans les vaccins aux « antivax » qui prétendent qu’on nous empoisonne, en passant par les charlatans de tout acabit qui affirment haut et fort disposer du remède miracle, on ne remarque nulle analyse et encore moins d’esprit critique, alors que de nombreux scientifiques s’évertuent à nous donner des conseils simples, un peu contraignants, certes, mais qui évitent de nous retrouver dans une USI débordée dans un hôpital dénué de moyens en personnel et en argent après les énormes coupes financières, armes absolues des criminelles politiques néolibérales.

 

Le recul de la Raison quand on refuse de comprendre la démarche des chercheurs qui remettent en permanence l’ouvrage sur le feu, parce que la Science ne souffre pas les certitudes définitives.

 

Le recul de la Raison quand des gens incompétents nient le changement climatique, mais aussi quand d’autres se drapant de leur savoir, annoncent systématiquement l’apocalypse pour demain. Un exemple proche de nous : les inondations dans la Province de Liège l’été dernier sont évidemment dues à un taux exceptionnellement élevé de précipitations, mais leurs conséquences ont été aggravées par un aménagement du territoire tout à fait inadéquat, par une mauvaise gestion des barrages environnants et par de graves carences des autorités.

 

Le recul de la Raison avec cette pensée « woke » inspirée du puritanisme anglo-saxon, tente au nom de l’antiracisme, de la pensée « décoloniale » et de la « convergence des luttes » des minorités raciales et sexuelles de bouleverser nos modes de vie, d’éliminer notre culture, de détruire les symboles de notre histoire qui est loin d’être parfaite, mais qui a le tort d’exister. Ici, la démarche de la Raison est d’en tirer les leçons et non de l’effacer purement et simplement.

 

La Raison est notre combat.

 

Face à la crise de l’autorité, face à la pensée magique, face au rejet de la démarche scientifique, face à l’irrationalisme de certaines pensées politiques, face aux atteintes aux libertés fondamentales, face à la traque de ceux qui luttent avec courage pour ces libertés, face à la tentation totalitaire des pouvoirs comme des extrémismes politiques et religieux, il n’y a qu’un combat : c’est celui de la Raison.

 

Bonne année à toutes et à tous !

 

Pierre Verhas

 

 

 

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 22:08

 

 

 

Le hasard des rencontres m’a amené lors de la fête de Noël passée auprès de la branche de ma famille qui vit au Grand-Duché du Luxembourg, à faire la connaissance d’un réfugié syrien qui a bien voulu me raconter la terrible histoire de sa migration avec sa famille pour fuir la guerre dans son pays. Il n’a pas voulu, pour des raisons évidentes, que son nom soit publié. Aussi, avec son accord, appelons-le Abou Fadi, ce qui signifie en Arabe « père de Fadi », le prénom de son jeune fils. Il a deux filles un peu plus âgées. Son épouse, ses trois enfants et lui se sont résolus après hésitations à prendre le dangereux chemin de l’exil pour aboutir au Grand-Duché du Luxembourg. J’ajoute qu’il m’a dit certaines choses qui peuvent paraître déplaisantes à certains, mais j’ai transcrit le plus fidèlement son récit sans en déformer ou en retirer un propos.

 

Abou Fadi était bijoutier et vivait à Latakieh, ville portuaire sur la côte méditerranéenne de la Syrie non loin du Liban. Lorsque la guerre a éclaté en 2011. Son épouse a aussitôt demandé que l’on parte à l’étranger. Abou Fadi a refusé. Il se sentait comme un poisson dans l’eau en son pays et redoutait qu’allant ailleurs, il étoufferait. Et puis, pensait-il, la guerre ne durera que quelques mois et puis tout rentrera dans l’ordre.

 

Dès 2012, la guerre fut de plus en plus dangereuse et on sentait qu’on n’en verrait pas la fin avant longtemps. Abou Fadi raconte : « Des roquettes tombaient sur la ville. On ignorait qui les tirait : l’armée syrienne, les djihadistes, les Américains, les Israéliens, les Russes ? Allez savoir ! Et puis, peu importe. Un de mes amis, un avocat, a reçu au thorax plusieurs éclats d’une roquette. Hospitalisé, il a subi plusieurs opérations. On ne pouvait même plus le toucher, car on risquait de rouvrir ses blessures. Et, malheureusement, il est quand-même décédé. »

 

 

 

Une des rares images des bombardements à Latakieh en 2012

Une des rares images des bombardements à Latakieh en 2012

 

 

 

En plus de ces attaques, de redoutables bandes armées sévissaient dans la ville, rançonnaient et tuaient. En 2013, elles sévissaient de plus en plus. Elles se livraient à des rapts pour des rançons exorbitantes. « On ignorait l’origine de ces bandes. À mon avis, c’étaient des gens qui profitaient de la situation pour se livrer à ces crimes. Et puis, étant donné mon travail comme bijoutier qui me procurait pas mal d’argent, je me trouvais parmi les personnes les plus ciblées par ces bandits

 

D’ailleurs, deux autres amis qui travaillaient comme grossistes en or et qui négociaient de l’or dans les villages environnant Latakieh ont un jour emmené dans leur voiture deux individus qui prétendaient appartenir à l’armée et les escorter. Ils étaient en effet en uniforme. Ils étaient assis à l’arrière du véhicule. Après un trajet de quinze minutes, ils ont contraint mes amis à se garer au bord de la route. Ils ont tué le chauffeur. Un de mes amis les a suppliés de ne pas le tuer. Ils lui ont tiré dessus. Il était encore vivant. Les deux individus ont pris tout l’or et ont abandonné la voiture. Il a été emmené à l’hôpital, mais y est décédé à son arrivée. »

 

Le chemin de l’exil

 

Maintenant, cela devenait trop dangereux. Abou Fadi et sa famille se sentaient directement menacés. Et cette menace était trop forte. Il n’y avait plus qu’une solution : partir vers l’Europe en passant par la Turquie.

 

« Voyant tout cela, les roquettes, ces tueries, ces kidnappings, mon épouse et moi avons décidé d’émigrer avec nos trois enfants. Nous avons évalué les énormes risques. Nous cherchions à atteindre un des pays européens. Tous étaient prévenus. En dépit des dangers, la décision fut prise.

 

On a réservé des billets d’avion de Beyrouth pour la Turquie. Pour un Syrien, il n’y avait aucune possibilité d’entrer directement en Europe par avion ou par tout autre moyen. Nous avons préparé le nécessaire. Le 17 juin 2015, nous avons pris un taxi de Latakieh à Beyrouth. Le lendemain, nous prîmes un avion à destination d’Adana en Turquie, ville située à 30 km de la côte méditerranéenne. Notre groupe était composé de ma famille – 5 personnes – et de 4 amis sans leur famille. »

 

Commence alors le périple périlleux.

 

« Quand on est arrivé, on a pris un minibus jusque Mersin, une ville côtière. Nous y sommes restés cinq jours. On a pris un bus de Mersin vers Bodrum, 18 heures de trajet. J’avais plusieurs connaissances dans cette région.

 

J’y ai contacté un passeur dont j’ai eu les coordonnées à Latakieh. Il nous a appelé deux taxis pour nous rendre à l’hôtel. Nous avions une chambre indépendante pour ma famille et deux autres pour mes amis. C’était le mois du Ramadan. Le passeur a promis de nous rencontrer la nuit tombante après le jeûne. Il est arrivé au rendez-vous. On a discuté des moyens de transport pour une des îles grecques.

 

Il nous a expliqué qu’il existe plusieurs moyens pour nous faire passer. Cela va du zodiaque jusqu’au bateau en bois en passant par le jet-ski ! Les prix différaient selon le mode de transport de 800 Euros à 2 000 Euros par personne pour 20 minutes de trajet. Nous avons choisi le moyen le plus sûr, le bateau en bois. Le passeur a pris 10 000 Euros pour ma famille et moi. Nous avons été transférés vers un autre hôtel où se trouvaient un nombre considérable de migrants. Les passeurs avaient procédé à un rassemblement de personnes pour partir le plus vite possible avec les différents moyens pour naviguer. »

 

 

 

Un bateau de migrants allant de la côte turque à l'île grecque de Kos

Un bateau de migrants allant de la côte turque à l'île grecque de Kos

 

 

 

Tous étaient dès lors tout à fait dépendants des passeurs.

 

« Après une heure d’attente, le passeur nous a demandé de partir. Trois minibus attendaient devant l’hôtel. Il nous conduisit à l’un d’entre eux. On était plus que trente dans ce véhicule. Toutes les fenêtres étaient calfeutrées par d’épais rideaux. C’est à partir de ce moment que la situation devint difficile.

 

Sur la route, nous avons dû nous incliner dans nos sièges pour ne pas être repérés. C’était en pleine nuit, tout était fermé, il n’y avait pas d’air, il faisait une chaleur suffocante. Il a fallu trois heures de route pour que le bus finisse par s’arrêter dans un endroit très sombre. On était perdus, nous ignorions ou nous nous trouvions !

 

Les passeurs ont ordonné de nous disperser dans la forêt. C’était au sommet d’une montagne. Il fallait s’accroupir pour ne pas être vus. Mes enfants m’ont dit avoir l’impression d’être dans un film ! »

 

Mais qui étaient ces passeurs ?

 

Les passeurs sont pour la plupart des Syriens et des Turcs. Même des scheiks et des curés travaillent comme passeurs. Les religieux recueillent l’argent des migrants et le redistribuent aux passeurs après avoir au préalable pris leur commission. Ce sont des clans très solidaires entre eux, ne supportant aucune trahison. On peut les qualifier de mafias, car ils en ont toutes les caractéristiques et les critères.

 

 

La peur

 

Tout s’était relativement bien passé jusqu’ici. Mais en ce lieu hostile et inconnu, la peur régnait.

 

« À partir de là, la peur nous envahit. Nous étions 83 personnes. On a commencé à marcher pour descendre a montagne sans lumière évidemment. Il a fallu quatre heures de marche pour descendre sur un sol caillouteux en trébuchant, se relevant, trébuchant à nouveau…

 

Quand nous sommes enfin arrivés, les passeurs nous ont demandé de nous asseoir. Personnellement, j’étais assis sur un taillis !  Peu après, un groupe d’individus marchant pieds nus nous ordonnèrent d’avancer. Ils devaient sûrement appartenir au clan des passeurs.

 

Arrivés à ce qui devait être la côte, nous nous sommes assis sur la plage. On a entrevu un bateau arriver vers nous. Les passeurs nous ont dit que c’était le bateau en bois. Ils nous ont dit de monter un à un sans dire un mot, sans faire de bruit. »

 

Il s’agissait en effet d’un bateau en bois. Disons pour être plus réaliste, d’un rafiot.

 

Abou Fadi raconte la suite :

 

« On est monté. Le bateau a pris en principe la direction vers les eaux territoriales grecques. Le « capitaine » était un migrant qui n’avait aucune notion de la navigation maritime ! Il s’était porté volontaire pour ne pas payer le passage. Le passeur a indiqué la direction à prendre. Quelques migrants avaient un GPS et donnaient des indications. Après deux heures de navigation, nous n’étions toujours pas arrivés. Entre temps, une vedette rapide a remis le bateau sur ses « rails ». Il a continué à naviguer. Le « capitaine » a dit de prier pour qu’on arrive à bon port, accroissant ainsi la panique qui commençait à s’installer parmi les passagers.

 

La vedette rapide est revenue, un des passeurs est monté. Il a insulté le « capitaine » et a enfin orienté le bateau dans la bonne direction.

 

Après une heure de navigation, on a vu des lumières clignotant derrière notre bateau, nous invitant à arrêter. Le « capitaine » a lâché la barre. Il craignait de se faire arrêter par la police grecque. Conduisant le bateau, il risquait en effet 15 ans de prison pour trafic d’êtres humains. Il a coupé le moteur et est descendu changer de vêtements et s’est caché parmi les autres migrants.

 

Un autre migrant a redémarré le bateau. Il était jeune et accompagné de sa mère qui a demandé qu’on l’entoure pour le cacher aux garde-côtes.

 

Cependant au lieu d’aller en avant, il fit une fausse manœuvre et le bateau fit marche arrière tout en déclenchant l’alarme ! Les garde-côtes étaient tout proches à l’arrière et réitéraient leurs ordres de stopper. Le jeune migrant ayant rétabli la marche avant, a décidé de continuer en disant que si c’étaient des Turcs, ils nous refouleraient et que si c’étaient des Grecs, ils nous arrêteraient ! »

 

Enfin à bon « port »

 

Abou Fadi expose ensuite :

 

« On est enfin arrivé à la côte ! Le bateau s’est échoué dans le sable de la plage. Il y eut une bousculade lors de l’évacuation. J’ai commencé par accompagner mes deux filles de 20 et 23 ans. Mon fils de 15 ans est descendu avec sa mère ainsi que mes deux amis. Je suis ensuite descendu le dernier après m’être assuré que toute ma famille était sortie. J’avais auparavant jeté les bagages par-dessus bord.

 

Ensuite, nous avons grimpé une colline au sommet de laquelle deux voitures de la police grecque nous attendaient. Nous étions sur l’île de Kos. »

 

L’île de Kos se trouvait à 4 km à peine de Bodrum d’où les migrants du groupe d’Abou Fadi sont partis !

 

La police a interrogé les migrants pour connaître leur destination. Ce fut assez surprenant :

 

« La plupart des migrants qui étaient des musulmans voulaient aller en Belgique. »

 

Ils pensaient que la Belgique est le pays européen qui accueille le mieux les musulmans et ils pourraient y trouver des familles d’accueil ! Abou Fadi était quant à lui chrétien et avait étudié au préalable le pays où il aurait le plus de chances de se réfugier avec sa famille.

 

Mais il reste encore un long chemin à parcourir !

 

« La police nous a obligés à marcher presque trois heures sur la crête. Le jour commençait à poindre. Arrivés à un rond-point, la police nous a indiqué un camp de réfugiés tout proche.

 

Marchant vers ce camp, des personnes rencontrées nous ont dit de ne pas continuer, car il y avait des réfugiés afghans qui posaient de sérieux problèmes aux migrants arabes. Sur le chemin, il y avait une agence de voyage dont l’employé était originaire de Damas. Il nous a indiqué un hôtel proche, le Dorado beach. Nous y avons logé treize jours. On se rendait quotidiennement à la police pour avoir un sauf-conduit pour nous rendre à Athènes. Après quelques jours, la police a regroupé tous les gens du bateau sur une place et a compté 83 personnes. Ils ont pris à tout le monde les empreintes digitales des dix doigts. Nous sommes restés quatre heures à la police. Ils nous ont donné à manger. Mon épouse était furieuse et a pleuré en disant que nous n’étions pas des mendiants ! Et nous avons enfin reçus nos sauf-conduits pour nous rendre à Athènes. »

 

 

 

Vers Athènes, Paris et le Luxembourg grâce à de faux papiers !

 

« Le même jour, nous sommes passés à l’agence pour nous rendre à Athènes. Nous sommes allés à l’hôtel pour reprendre nos bagages. Nous avions 5 heures d’attente et le directeur nous a laissé les clés des chambres pour nous permettre d’aller aux toilettes.

 

On a pris le ferry. Après douze heures de trajet, on est arrivé à une ville nommée Perea non loin de la capitale grecque. Mon frère habite Athènes et nous a accueillis avec sa femme et ses enfants. Je lui ai demandé de louer un appartement.

 

On y est resté trois mois. Nous avions contact avec des personnes sur place. Nous avons fait plusieurs tentatives. On a été arrêtés plusieurs fois à l’aéroport et refoulés. On a trouvé un passeur qui avait un contact avec la sûreté de l’aéroport. Il nous a fourni de fausses cartes d’identité françaises. Arrivés à Paris, un ami avait réservé le TGV pour Luxembourg. 2 heures 10 de chemin de fer ! Nous avions au préalable brûlé nos faux papiers. Je suis resté deux jours à Luxembourg chez un ami. On est allé au ministère de l’immigration. On nous a logés avec toute la famille au Foyer Don Bosco. Après vingt jours, nous avons été transportés dans un hôtel à Beaufort. Après sept mois, nous avons reçu le permis de résident pour cinq ans au Luxembourg. Nous avons suivi des cours de français, de luxembourgeois et de vivre ensemble que nous avons tous réussis. Ainsi, nous avons reçu la nationalité luxembourgeoise. »

 

Que conclure ?

 

Que conclure de cette aventure ? Abou Fadi et sa famille eurent beaucoup de chances. De plus, comme bijoutier gérant une affaire prospère à Latakieh, il pouvait se permettre des trajets en avion et en TGV là où c’était possible. Il disposait aussi de réseaux aussi bien au Proche Orient qu’en Europe, ce qui lui facilita son parcours avec les siens.

 

Ce ne fut guère le cas de la plupart des migrants qui ont dû parcourir des centaines de kilomètres à pied en affrontant les pires périls aussi bien en Syrie qu’en Turquie et qu’en Europe. Beaucoup gisent sur le chemin. Nous avons assisté récemment au drame de migrants qui se rendant de Calais à la côte anglaise sur une frêle embarcation qui sombra corps et biens. Ces migrants sont à la fois à la merci des passeurs sans scrupule et des autorités locales qui ne peuvent prendre les décisions adéquates à leur égard, aggravant ainsi la tragédie qu’ils vivent et surtout aggravant une situation déjà bien tendue.

 

Abou Fadi dans la conclusion de l’interview a voulu absolument remercier les autorités luxembourgeoises pour leur accueil. Aujourd’hui, sa famille et lui sont des Luxembourgeois à part entière. Aussi, il faut bien admettre que les autorités grand-ducales conçoivent l’accueil des étrangers de manière bien plus positive et ouverte que l’Office belge des étrangers tout en demeurant très strictes.

 

Son récit devait être rapporté, parce qu’il est nécessaire à une vision juste des choses qui est indispensable.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 11:24

 

 

 

Le monde progressiste n’a plus souvent l’occasion de se réjouir. La nette victoire du candidat de la gauche chilienne face à celui de l’extrême-droite est un événement majeur ! Il a force de symbole dans un pays qui a connu l’Unité populaire dirigée par cet homme exceptionnel que fut Salvador Allende qui fut renversé le 11 septembre 1973 par un putsch militaire d’une violence inouïe téléguidé par la CIA. S’en suivit près de vingt ans de dictature et d’instauration par la force d’une société néolibérale avec l’aide de Friedrich Hayek et de Milton Friedman de l’école de Chicago. La victoire de Gabriel Boric effacera-t-elle cette abomination de l’histoire ?

 

 

 

Gabriel Boric peut savourer sa victoire !

Gabriel Boric peut savourer sa victoire !

 

 

 

On dit que l’histoire ne repasse jamais le même plat. Cependant, restons vigilants. Si Boric l’a nettement emporté avec plus de 55 %, son adversaire Jose Antonio Kast a recueilli plus de 44 % des suffrages. Ce n’est pas rien ! N’oublions pas non plus que Kast devançait son adversaire de gauche de deux points au premier tour. C’est grâce à une forte mobilisation de l’électorat que le candidat de gauche l’a emporté. Cependant, Kast pourra éventuellement compter sur de puissants appuis extérieurs pour se redresser. Gabriel Boric en est sans doute conscient, car dans son discours de victoire, il a tendu la main à son adversaire, tout en promettant un système de sécurité sociale digne de ce nom, de nouveaux droits sociaux, une fiscalité moins favorable aux riches, une défense de l’environnement et la satisfaction des revendications féministes. Et puis, il devra mettre sur pied une nouvelle Constitution afin de garantir la pérennité d’un système et d’institutions démocratiques. C’est beaucoup ! Le danger est que Boric finisse par décevoir, car il va se heurter à de nombreux obstacles qui risquent de ralentir sa marche. Le premier d’entre eux, il ne dispose pas d’une majorité claire au Parlement. Bref, Gabriel Boric a pas mal d’atouts pour réussir, dont sa jeunesse, mais il devra surtout convaincre lorsqu’il gouvernera.

 

 

Salvador Allende aurait pu saluer la victoire de son lointain successeur.

Salvador Allende aurait pu saluer la victoire de son lointain successeur.

 

 

 

Boric sera-t-il l’électrochoc ?

 

Cette victoire réveillera-t-elle la gauche en Amérique latine et en Europe ? Pourra-t-elle être l’électrochoc indispensable à son redressement ? Espérons-le, mais le malade n’est pas loin des soins intensifs. On peut en douter.

 

Commençons par la France. Dans cette pré-campagne présidentielle, la gauche présente une image catastrophique. Les partis de gauche ne sont plus en état de faire partie d’un gouvernement. Le PS n’est plus que l’ombre de lui-même. Anne Hidalgo mène un début de campagne catastrophique, le PCF a perdu sa base ouvrière et son candidat est un parfait inconnu, la France Insoumise est une sorte de conglomérat d’individualités diverses, même si elle peut compter en son sein l’une ou l’autre personnalité à même d’apporter un renouveau comme François Truffin ou Adrien Quatrennens. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son ego et sa fébrilité l’ont définitivement compromis. Quand on ne parvient pas à maîtriser ses nerfs, on ne prétend pas à la magistrature suprême ! Quant aux écologistes, ils cachent mal leurs divisions internes et leur candidat, Yannick Jadot, navigue à vue.

 

La sempiternelle « union de la gauche » tant souhaitée par les différentes formations se réclamant du progressisme n’est qu’une chimère. Anne Hidalgo a souhaité des primaires à gauche pour qu’on en finisse avec cette pléthore de candidats et sans doute pour qu’elle amorce une retraite honorable au terme d’une pré-campagne catastrophique. Pour seule réponse, se pointe la pré-candidature de Christine Taubira qui souhaite aussi des primaires à gauche espérant bien l’emporter. L’ancienne Garde des Sceaux symbolise la gauche « morale », mais elle entre dans l’arène sans programme ni base.

 

De toute façon, cette mosaïque des gauches françaises est – primaires ou non – dans la totale incapacité de répondre à l’offensive néolibérale d’un Macron qui durant son quinquennat, n’a reculé que sur un point, la réforme des retraites. Cela est dû à la pression efficace des organisations syndicales et particulièrement de la CGT tant décriée. Il ne faut pas oublier aussi le mécontentement populaire que la gauche n’a pas réussi à exploiter qui s’est concrétisé par les gilets jaunes durement réprimés par la police de Macron. Ce mécontentement est toujours là, même si les gilets jaunes semblent être neutralisés et risque de profiter à l’extrême-droite.

 

Résultats : les élections présidentielles françaises se jouent entre Macron, la droite « républicaine » bourgeoise représentée par Valérie Pécresse et les extrêmes-droites du RN et de Zemmour. L’enjeu est de savoir qui de Pécresse ou de l’extrême-droite se retrouvera au deuxième tour face à un Macron qui compte les points : il n’a pas encore fait acte de candidature.

 

 

 

Que va faire Emmanuel Macron ? Il est le maître du jeu.

Que va faire Emmanuel Macron ? Il est le maître du jeu.

 

 

 

La gauche en Belgique ne se porte pas beaucoup mieux. En Wallonie, certes, le PS se défend. Il contrôle le gouvernement wallon, mais fait preuve d’un immobilisme devenu coutumier et on ignore s’il arrivera à surmonter les écueils qui sont à l’horizon comme un énorme déficit budgétaire et un plan de relance qu’il n’arrive pas à peaufiner tant il est gangréné par le sous-régionalisme et le localisme. Des scandales l’ont affaibli comme l’affaire Nethys. A Bruxelles, la Fédération socialiste comme le parti Ecolo sont emberlificotés par le communautarisme. Au gouvernement fédéral, le PS est manifestement sur la défensive tant sur les dossiers socio-économiques que sur la crise sanitaire. Bref, le Parti socialiste n’est plus une force proposition. Il n’a plus de projet progressiste. Et ses engagements aussi bien sociaux que sociétaux sont flous. Quant à Ecolo, il passe de l’écologie punitive par des interdictions de toutes sortes à des projets politiques confus. Bref, le peuple (quel vilain mot !) ne se reconnaît plus en la gauche socialiste comme écologiste.

 

 

Paul Magnette, le Président du PS, ne sait plus à quel saint se vouer.

Paul Magnette, le Président du PS, ne sait plus à quel saint se vouer.

 

 

 

Aussi, il est clair qu’un électrochoc ne suffira pas. Ce sont les fondements de la gauche qui doivent être repensés. Que s’est-il donc passé ?

 

 

Le tournant libéral

 

Tout a commencé dans les années 1980-90. Ce fut ce qu’on a appelé le tournant libéral pris par plusieurs partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe sous l’impulsion du tandem Reagan-Thatcher. Mitterrand en 1983, les socialistes belges à peu près au même moment. Cela a contribué à renforcer la droite et a divisé la gauche en une aile « libérale sociale » et un courant radical essentiellement représenté par les syndicats.

 

 

 

François Mitterrand fut le plus ambigu Président de la République française. Était-il de gauche ou de droite ?

François Mitterrand fut le plus ambigu Président de la République française. Était-il de gauche ou de droite ?

 

 

 

Pour exister, la gauche est passée du social au sociétal. Si certains combats « sociétaux » étaient indispensables comme l’égalité hommes-femmes, la dépénalisation de l’avortement puis de l’euthanasie en Belgique, le statut des minorités sexuelles, celui des immigrés et leur représentation politique, la lutte contre le racisme ; le sociétal a abouti à plusieurs dérives qui portent un sévère préjudice au monde progressiste.

 

Par exemple, la gauche a renoncé à la laïcité au nom de la tolérance à l’égard de la religion, particulièrement la religion musulmane, au point d’en accepter certaines pratiques comme l’égorgement des animaux destinés à l’abattoir, ou la non-mixité à l’école, des réactions molles aux crimes des islamistes, etc. Résultat : c’est l’extrême-droite qui récupère la laïcité, ce qui est un comble, car elle se sert de la laïcité pour justifier ses thèses racistes ! Il y a là un manque évident de réflexion sur la vie en société de la part de la gauche.

 

Un autre aspect, la gauche n’est plus internationaliste. Elle s’est adaptée à la mondialisation ultralibérale. Un exemple fameux a été donné au début de la décennie 1990-2000 par Jacques Delors qui a œuvré pour le marché unique européen ayant eu l’illusion qu’en échange, on créerait l’Europe sociale !

 

La raison ne tonne plus en son cratère…

 

Stéphane Foucart dans « le Monde » du 9 décembre écrit fort justement : « La raison, la rationalité, la science, les Lumières d’un côté ; l’obscurantisme, l’irrationalité, les extrémismes et la déraison de l’autre. Inutile d’être un exégète très attentif de la conversation publique pour comprendre qu’il se joue là l’un des enjeux de la campagne présidentielle en cours. (…) La gauche se voit ainsi un peu plus dépouillée de son héritage. Comme la défense de la laïcité a quitté son giron pour être revendiquée par la droite – y compris extrême –, celle de la raison ne fait plus partie de ses prérogatives. C’est aujourd’hui la droite libérale, bien plus que la gauche, qui s’en prétend la gardienne et qui cherche à apparaître dans l’espace public comme dépositaire du rationalisme et de ses valeurs. »

 

Et il pose plus loin une question fondamentale : « Doit-on considérer la mondialisation et la financiarisation de l’économie comme une donnée intangible et ne recourir à la raison que pour en rationaliser le fonctionnement et en minimiser, par le marché et l’innovation technique, les dégâts sanitaires et environnementaux ? La raison doit-elle, plutôt, être prioritairement l’instrument d’une remise en cause du capitalisme et/ou de ses excès ? »

 

Et Foucart constate : « Si ces deux usages de la raison ne sont en théorie pas exclusifs l’un de l’autre, la montée en puissance de la question environnementale a conduit, ces dernières années, à les opposer. Après avoir conduit à des tiraillements dans le camp historique de la raison, cette polysémie a lentement fracturé la gauche, offrant à la droite libérale d’opérer une sorte de hold-up, et de récupérer à son profit le prestige et l’autorité du rationalisme. »

 

On a l’impression que la gauche d’aujourd’hui combat tout ce que la gauche d’hier adorait. Aussi, se trouve-t-elle en porte-à-faux et risque de perdre son rôle d’alternative à l’ultralibéralisme et de perdre définitivement sa crédibilité.

 

Ce n’est heureusement pas la gauche de Gabriel Boric qui a réussi à mener avec habileté la gauche au pouvoir au Chili. C’est sans doute du Sud que le monde du progrès se retrouvera.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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13 décembre 2021 1 13 /12 /décembre /2021 10:47

 

 

 

« Parodie de justice » hurle Amnesty International après l’arrêt de la Haute Cour de Justice britannique d’autoriser l’extradition de Julian Assange qui n’avait pas été accordée en première instance.

 

Nils Muižnieks, directeur pour l’Europe d’Amnesty International, a déclaré :

 

« C’est une parodie de justice. En jugeant ce recours recevable, la Haute Cour a choisi de se satisfaire des assurances diplomatiques profondément biaisées offertes par les États-Unis, selon lesquelles Julian Assange ne serait pas détenu à l’isolement dans une prison de haute sécurité. Le fait que les États-Unis se soient réservé le droit de changer d’avis à tout moment montre bien que ces assurances ne valent même pas le papier sur lequel elles sont écrites.

« En cas d’extradition aux États-Unis, Julian Assange pourrait non seulement être jugé en vertu de la Loi relative à l’espionnage, mais aussi être exposé à un risque élevé de graves violations des droits humains en raison de conditions de détention pouvant s’apparenter à de la torture et à d’autres mauvais traitements.

« Sa mise en accusation par le gouvernement américain représente une grave menace pour la liberté de la presse, à la fois aux États-Unis et dans le reste du monde. Si elle est maintenue, elle fragilisera le rôle essentiel joué par les journalistes et les responsables de publication dans la surveillance des pouvoirs publics et la dénonciation de leurs méfaits – et elle obligera les journalistes du monde entier à sans cesse se méfier. »

 

Jamais Amnesty n’avait été aussi dur dans un communiqué au sujet de Julian Assange. Cette association s’est préoccupée fort tard de ce dossier, alors que Nils Melzer, le commissaire spécial des Nations Unies sur la torture, avait alerté les autorités et l’opinion depuis longtemps sur l’emprisonnement et les menaces injustes qui pesaient sur le fondateur de Wikileaks. (voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2020/04/j-accuse.html et https://uranopole.over-blog.com/2021/05/julian-assange-ou-la-persecution-permanente.html )

 

Le drame : malgré l’indignation de plus en plus importante de l’opinion internationale, Julian Assange ne bénéficie d’aucune protection, même pas celle de ses avocats qui ont très difficile à avoir accès à leur client et à son dossier. Et surtout, son gouvernement ne bouge pas d’un pouce pour tenter d’édulcorer son sort à la prison de Belmarsh appelée le « Guantanamo britannique » où manifestement les traitements qui lui sont infligés ont pour objet de le dégrader physiquement et mentalement.

 

 

 

Julian Assange à l'époque où il était en pleine forme.

Julian Assange à l'époque où il était en pleine forme.

 

 

 

Le journaliste britannique d’investigation Kit Klarenberg écrit chez nos amis du « Grand Soir » : « The Grayzone a obtenu des documents qui révèlent que le gouvernement australien était, dès le premier jour, parfaitement au courant du traitement cruel infligé à Julian dans la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh, et qu’il n’a rien fait, ou presque, pour y remédier. En fait, il a fait la sourde oreille au journaliste emprisonné, bien qu’il ait entendu son témoignage sur les conditions "si mauvaises que son cerveau s’éteignait".

 

Non seulement Canberra ne s’est pas opposé aux gouvernements américain et britannique qui supervisent l’emprisonnement et les poursuites judiciaires d’Assange, mais, comme ces documents le montrent avec force détails, elle semble avoir été de connivence avec eux dans la violation flagrante des droits de l’homme d’un citoyen australien, tout en faisant de son mieux pour cacher au public la réalité de sa situation. »

On oublie aussi qu’il s’est passé certaines choses depuis le jugement du tribunal londonien interdisant l’extradition d’Assange.

Par exemple, le témoin-clé de l’accusation contre Julain Assange, un escroc notoire, a admis en septembre avoir menti. En bonne justice, la Haute Cour qui était déjà saisie d’une procédure d’appel du jugement aurait dû ordonner une nouvelle instruction, car toute l’accusation est désormais ébranlée.

 

Les curieuses révélations de Yahoo News

 

D’autre part, en septembre, le site Yahoo News a publié des révélations pour le moins surprenantes sur un complot de la CIA pour enlever ou tuer Assange alors réfugié à l’ambassade d’Equateur. Bien que d’après Viktor Dedaj, cet article est bourré d’inexactitudes, la première étant que Consortium News avait déjà révélé l’existence d’un complot contre Assange.

 

 

Viktor Dedaj l'infatigable animateur du "Grand Soir" et traducteur des articles relatifs à l'affaire Assange. Il est ainsi un des meilleurs informateurs du public francophone sur cette affaire. Il exprime ici son scepticisme à l'égard des "révélations" de Yahoo News.

Viktor Dedaj l'infatigable animateur du "Grand Soir" et traducteur des articles relatifs à l'affaire Assange. Il est ainsi un des meilleurs informateurs du public francophone sur cette affaire. Il exprime ici son scepticisme à l'égard des "révélations" de Yahoo News.

 

 

 

Voici ce qu’en dit en substance Joe Lauria de Consortium News (Le Grand Soir, 2 octobre 2021) :

« L’article de Yahoo ! fournit de nouveaux détails importants sur des faits signalés il y a un an, mais contient plusieurs erreurs, notamment une histoire inventée de toutes pièces selon laquelle des agents russes voulaient exfiltrer Assange de l’ambassade d’Équateur.

L’article de Yahoo ! News auquel on attribue à tort la révélation d’un complot de la CIA visant à assassiner ou à kidnapper l’éditeur de Wikileaks Julian Assange est truffé d’erreurs capitales, tout en fournissant de nouveaux détails importants sur les délibérations internes de Washington concernant la mise en place du complot.

Consortium News, ainsi que d’autres médias, a fait état il y a un an, le 30 septembre 2020, d’un complot de la CIA pour enlever ou empoisonner Julian Assange, sur la base d’un témoignage sous serment lors de l’audience d’extradition d’Assange à Londres. Max Blumenthal de The Grayzone a été le premier à rapporter l’histoire en mai 2020.

Le témoignage de septembre 2020, présenté pour la première fois devant un tribunal de Madrid, provenait d’un ancien associé et d’un employé d’UC Global, la société de sécurité espagnole payée par la CIA pour espionner Assange à l’ambassade d’Équateur à Londres, y compris les conversations privilégiées d’Assange avec ses avocats et ses médecins.

L’un des témoins a déclaré qu’en décembre 2017, "les États-Unis étaient désespérés" de faire sortir Assange de l’ambassade, et que "des mesures plus extrêmes devaient être utilisées."

Un témoin a déclaré que le PDG d’UC Global, David Morales, lui avait dit de "Laisser la porte de l’ambassade ouverte pour permettre à M. Assange d’être kidnappé et même que l’empoisonnement était envisagé". Les deux témoins ont contacté un avocat qui s’est adressé à un tribunal de Madrid, lequel a ordonné un mandat d’arrêt, une perquisition au domicile de Morales et a émis des accusations contre lui pour espionnage d’Assange.

La réaction à l’article publié dimanche par Yahoo ! News prouve l’axiome selon lequel tant qu’un événement n’apparaît pas dans les médias grand public, il ne s’est pas produit. En effet, les médias établis ont largement ignoré cette histoire il y a un an, lorsqu’elle a été révélée au tribunal. L’article de Yahoo ! a maintenant été couvert par CNN, MSNBC, The Guardian et d’autres médias institutionnels, ce qui a permis à un public plus large d’en prendre connaissance pour la première fois et de faire pression sur l’administration Biden pour qu’elle abandonne l’affaire.

Ni le New York Times ni le Washington Post n’en ont parlé jusqu’à présent et n’ont pas couvert le témoignage de l’employé d’UC Global en septembre 2020. Le Guardian est l’un des rares grands médias à avoir rapporté l’affaire lorsqu’elle est apparue au tribunal. Yahoo ! a enterré profondément dans son article le fait que le Guardian avait déjà couvert l’affaire à l’époque (ils n’étaient ni les premiers ni les seuls), donnant ainsi l’impression que Yahoo ! révélait l’histoire pour la première fois.

Si l’article de Yahoo ! fait progresser l’histoire en confirmant à Washington le témoignage des témoins de UC Global et en apportant pour la première fois des détails cruciaux provenant de sources du renseignement américain, notamment le rôle de Mike Pompeo, alors directeur de la CIA, dans le complot (voir ci-dessous), il contient un certain nombre d’erreurs factuelles.

  • Yahoo ! rapporte sans critique une histoire inventée de toutes pièces selon laquelle la Russie aurait tenté d’extraire Assange de l’ambassade d’Équateur.
  • Yahoo ! rapporte faussement que l’administration Obama n’a pris aucune mesure contre Assange jusqu’à ce que Wikileaks aide le lanceur d’alerte Edward Snowden à s’échapper de Hong Kong en 2013, alors que le FBI d’Obama a en fait mené une opération d’infiltration contre Assange en Islande en 2011, et a constitué un grand jury la même année, des faits qui ne sont pas mentionnés dans L’article de Yahoo !
  • Yahoo ! considère comme un fait que la Russie a piraté les Démocrates et a donné ses courriels à Assange, bien qu’il ne s’agisse que d’allégations dans un acte d’accusation américain, et ignore le témoignage au Congrès du PDG de Crowd Strike selon lequel il n’y avait aucune preuve concrète d’un piratage ayant entraîné le vol de données.

L’idée maîtresse de l’article de Yahoo ! est que l’administration Obama a été bonne envers Assange, tandis que des éléments de l’administration Trump ont comploté l’assassinat ou l’enlèvement avant de choisir la voie acceptable d’une action en justice contre Assange. Mais l’affaire juridique est également troublante. »

 

Il faut bien admettre que c’est un peu gros ! On sent là une réelle tentative de désinformation sans doute pour couvrir certains agents des services secrets étatsuniens. Cependant, l’existence de ce complot prouvée depuis plus d’un an par un site libre, Consortium News, l’est aussi par un organe « mainstream », Yahoo News ! Là aussi, une nouvelle instruction devrait être ordonnée. Et on devrait cesser de traiter les partisans de Julian Assange de complotistes, car, ici, le complot est vraiment du côté de ses ennemis.

 

Le rôle majeur de l’Etat profond

 

Il est surtout dans l’Etat profond qui devient de plus en plus dominant dans le monde occidental. Certes, les médias « mainstream » disent que l’Etat profond n’existe pas et que c’est un fantasme des « complotistes ». Un peu court !

 

D’abord, qu’est-ce que l’Etat profond ? Samuel P Huntington, l’auteur du fameux Choc des civilisations, a écrit dans un autre ouvrage : « Le pouvoir ne peut rester fort que lorsqu’il est maintenu dans l’ombre ; lorsqu’il est exposé à la lumière du jour, il commence à s’évaporer. » (Samuel P. Huntington, Politics, The Promise of Disharmony, Belknap Press, Cambridge, 1981, cité par Peter Dale Scott, L’Etat profond américain, ed. Demi-Lune, Paris, 2015). Le même Peter Dale Scott définit ainsi l’Etat profond : « Il s’agit d’un pouvoir qui ne provient pas de la Constitution, mais de sources extérieures à celle-ci, et qui est plus puissant que l’Etat public. »

 

Le « New York Times » lui-même a repris la notion d’Etat profond après le déclenchement de l’affaire Edward Snowden qu’il définit comme « un niveau de gouvernement ou de super-contrôle difficilement perceptible qui se maintient quel que soit le résultat des élections et qui est susceptible de contrecarrer les mouvements sociaux ou les changements radicaux. »

 

 

 

Edward Snowden s'est lui aussi attaqué à l'Etat profond.

Edward Snowden s'est lui aussi attaqué à l'Etat profond.

 

 

 

Concrètement, l’Etat profond réunit les services secrets, certains services de police, des éléments du pouvoir judiciaire et surtout des grandes entreprises privées comme Google que Julian Assange avait dénoncé dans un ouvrage fameux : « Google contre Wikileaks », éditions Ring, 2018.

 

C’est donc cet Etat profond qui est l’instrument efficace de la droite néoconservatrice anglo-saxonne et des grandes entreprises transnationales comme les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Il a décidé d’avoir la peau de Julian Assange qui, par son génie informatique, a réussi à démonter leurs procédures et surtout qui, grâce à sa collaboration avec Chelsea Manning, a révélé les crimes de guerre US en Irak et en Afghanistan. Parce qu’il a réussi à pénétrer au cœur de leur système, Assange représente donc un danger majeur et le sort qu’on lui réserve doit avant tout servir d’exemple pour ceux qui souhaiteraient poursuivre son œuvre.

 

Et demain ?

 

L’objectif de cette interminable procédure d’extradition, à mon sens, est justement de ne pas y procéder. Enfermé dans des conditions abominables dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, Julian Assange se dégrade dangereusement aussi bien sur le plan physique que mental. Il n’est plus que l’ombre de lui-même et il tombera sans doute gravement malade, dernière étape avant une issue fatale. Stella Morris, son épouse et mère de ses deux enfants, a récemment révélé qu’il a fait un petit AVC. (Voir ci-dessous « Déclaration de Doctors for Assange »)

 

 

 

L"épouse de Julian Assange et ses deux enfants est très inquiète, à juste titre.

L"épouse de Julian Assange et ses deux enfants est très inquiète, à juste titre.

 

 

 

Si un nouveau recours est possible contre la décision de la Haute Cour de Justice et si elle est lancée, Assange croupira encore des mois dans le « Guantanamo britannique », et se dégradera de plus en plus, la Justice britannique en cette affaire étant d’une lenteur toute particulière.

 

De toute façon quelle que soit l’issue donnée, extradition ou non, l’Etat profond aura réussi à détruire un homme à petit feu, en cherchant à éteindre la flamme de la liberté de la presse.

 

Mais, là, il lui reste encore beaucoup de boulot et à nous aussi.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Déclaration de Doctors for Assange (1)

 

La fiancée de Julian Assange, Stella Moris, a annoncé hier que M. Assange a eu un "mini-AVC" le 27 octobre, le premier jour de sa dernière audience d’extradition, selon le Daily Mail. Il aurait été "laissé avec une paupière droite tombante, des problèmes de mémoire et des signes de dommages neurologiques".

 

Cette dangereuse détérioration de la santé de M. Assange souligne les préoccupations urgentes soulevées par Doctors for Assange au cours des deux dernières années. Par conséquent, une fois de plus, Doctors for Assange demande que M. Assange soit libéré de prison afin qu’il puisse avoir accès à des soins médicaux cohérents, de qualité et indépendants - ce qu’il lui est impossible d’obtenir dans la prison de Belmarsh. Nous réaffirmons que M. Assange n’est pas en état de subir un procès d’extradition. En outre, il est hors de question de l’extrader vers les conditions difficiles du système pénitentiaire américain, qui est inhumain. Il devrait donc être libéré immédiatement et définitivement de prison.

 

Cette dernière urgence médicale vient s’ajouter à l’état de santé déjà catastrophique de M. Assange, dû à sa torture psychologique prolongée. Il s’agit notamment de onze années de détention arbitraire, de négligence médicale, d’isolement cellulaire, d’obstruction à l’accès à ses avocats et de poursuites judiciaires orwelliennes qui ont violé l’État de droit et les procédures régulières :

 

  • les principales accusations contenues dans l’acte d’accusation américain contre M. Assange sont entachées de mensonges purs et simples et de maigres faits ;
  • M. Assange et son équipe juridique ont été surveillés par la CIA ; et
  • M. Assange a été pris pour cible par l’agence dans le cadre d’un plan visant à l’enlever et à l’assassiner.
  •  

Pendant tout ce temps, M. Assange a fait l’objet d’une campagne de propagande concertée dans les grands médias du monde entier.

 

L’assurance que M. Assange ne sera pas soumis à des conditions de détention difficiles par l’agence même qui a comploté pour le kidnapper et l’assassiner est grotesque. Le fait que la Haute Cour accepte une proposition aussi ridicule, décrivant les assurances comme des "engagements solennels offerts par un gouvernement à un autre", remet sérieusement en question l’indépendance, l’impartialité et l’intégrité du système judiciaire britannique.

 

La santé de M. Assange et la santé de notre démocratie, qui dépend d’une presse libre et de l’intégrité judiciaire, sont toutes deux gravement menacées. Cette affaire honteuse et profondément préjudiciable doit être abandonnée immédiatement, et Julian Assange doit retrouver la liberté qu’il mérite depuis longtemps.

 

12 déc. 2021

 

Traduction par Viktor Dedaj

 

»» https://doctorsforassange.org/d4a-statement-12-12-2021/

URL de cet article 37603
https://www.legrandsoir.info/declaration-de-doctors-for-assange.html

 

  1. Déclaration diffusée par « le Grand Soir » du 12 décembre 2021

 

 

 

 

 

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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 16:16

 

 

 

Sophia (Zosha) Poznanska, polonaise, juive, militante communiste, née le 8 juin 1906 fut d’abord membre du Hashomer Hatzaïr, « jeunesses travaillistes », mouvement progressiste sioniste à la fois juif, socialiste, sioniste, internationaliste, pratiquant le scoutisme. En 1925, Sophia émigre en Palestine avec un groupe du Hashomer Hatzaïr. Elle rejoint son frère Olek au kibboutz Mahanyaim près de Hadera, petite ville côtière de Palestine située entre Tel Aviv et Haifa.

 

C’est son histoire que nous raconte ici Anne Vanesse, psychologue, échevine (maire adjointe) honoraire de la commune bruxelloise de Saint-Gilles déjà autrice de Rosa Luxemburg et les socialistes belges (voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2019/01/il-y-a-cent-ans-rosa-la-rouge-la-plus-grande-figure-du-socialisme-a-ete-assassinee.html ), Rosa Luxemburg, passions, amours, origines et Figures hongroises, en hommage à des psychologues hongrois. Pour Sophia Poznanska, Anne s’est inspirée de sa seule biographe, Yehudit Kafri, dont elle publie de larges extraits. L’objectif de l’autrice est de narrer l’histoire de la rencontre de Sophia avec les dirigeants communistes palestiniens qui la conduiront pour finir à l’Orchestre Rouge où elle travailla et surtout milita pendant l’occupation nazie. Sur cet épisode, elle se basa essentiellement sur le livre de Gilles Perrault paru en 1967 intitulé « l’Orchestre rouge ».

 

 

 

Portrait dessiné de Sophia Poznanska d'après une photographie

Portrait dessiné de Sophia Poznanska d'après une photographie

 

 

 

Anne Vanesse, en bonne psychologue, décrit la jeunesse tourmentée de Sophia ou Zosha. La Première guerre mondiale où l’armée allemande envahit la Pologne dès le 1er août 1914, les risques de pillage de l’appartement familial, la fuite. Son premier amour, Fishek. Son adhésion au Hashomer Hatzaïr où se pratiquait une morale stricte par laquelle toute relation sexuelle était interdite. En 1924, Sophia se prépare à la « matura », l’examen de fin d’études secondaires, mais avec ses camarades, elle n’était pas intéressée par les matières classiques comme l’histoire polonaise, les mathématiques, les langues étrangères, car elle n’avait pas l’intention d’aller à l’université. Elle voulait avoir une formation pratique agricole pour aller travailler dans un kibboutz en Palestine et ainsi rejoindre son frère Olek. Elle se retrouva sur le terrain de camping du kibboutz à Afula, localité située bien plus au Nord entre Jénine et Nazareth. Afula était à l’origine un village arabe du nom de Al-Fuleh qui comptait plus de 500 Arabes dont la plupart ont été expulsés. Ses débuts furent très durs. Sophia devait casser des cailloux pour en faire du gravier afin de construire une route.

 

 

 

Anne Vanesse : psychologue, militante, autrice

Anne Vanesse : psychologue, militante, autrice

 

 

 

La déception du sionisme

 

Sophia fut très vite déçue par le sionisme qu’elle avait imaginé comme un mouvement socialiste de libération et d’émancipation entre les ouvriers juifs et les ouvriers arabes. La réalité qu’elle rencontra était tout autre. Elle s’en ouvrit à son frère Olek dans une discussion rapportée par Yehudit Kafri qui marqua son destin.

 

« Les Arabes sont des gens tout comme nous ! »

Le vent fort transportait jusqu’à eux de la fumée imprégnée de l’odeur du bois d’olivier brûlant dans de lointains fours taboun, des aboiements de chiens, des voix de gens.

« Il y a des Arabes ici », répétait-elle. « De quel droit les avons-nous chassés de leurs terres et de leurs villages pour résoudre notre problème ? »

« Vous exagérez. Pas partout. Ils n’ont pas été chassés partout, Zocha. » rétorquait Olek. « Il y avait et il y a suffisamment de terres désertes et incultes ici, de marécages, de moustiques, d’épines, de scorpions et de serpents. Pas partout… »

Cheveux bouclés, au regard intelligent et inquiet qu’il avait dans les yeux, elle détourna les yeux et continua avec entêtement.

« Parlons d’Afula. Nous sommes ici, n’est-ce pas ? »

« Oui » dit-il mal à l’aise sachant ce qui allait se passer.

« Donc, ils ont acheté les 1 600 hectares de la vallée juste avant ton arrivée ici. »

« Oui »

« Et il y avait un village ici. Afula. Il n’était pas si petit. Il comptait 530 habitants. Des fermiers locataires, qui arrivaient à peine à vivre de cette terre, mais ils en vivaient ! Alors, qu’en est-il d’eux ? L’argent a été versé au propriétaire Sursuk, pas à eux. Ils leur ont donné une misérable compensation et ils ont été chassés. Il y a un mot pour cela, Olek : Dépossession ! C’est pour déposséder les Arabes que nous sommes venus en Eretz Israël ? C’est ça que ça veut dire « construire et être construit » ? » »

« Je suis opposé à la dépossession, et tu le sais, Zocha. Tu prends quelque-chose qui est si compliqué et complexe comme, peut-être, deux justices de poids égal, et tu les transformes en une simple question de soit-soit. Soit, eux ils ont raison, soit c’est nous. »

« C’est eux ou nous, Olek. C’est vraiment ce que c’est. »

Plus loin dans la conversation, Zocha pose la question.

« A quoi sert le progrès que nous apportons, si nous ne l’apportons à ceux qui ont été dépossédés, aux Arabes d’Afula ? Nous leur avons pris leur village, la maison dans laquelle ils vivaient depuis des générations. »

Et enfin,

« Nous faisons une terrible erreur, Olek. Ils vont se venger de nous… »

Et puis, à un moment, Olek évoque à la suite de la question de Zocha sur l’origine du droit des Juifs sur cette terre.

« D’il deux mille, trois mille, ou quatre mille ans, d’abord. Et deuxièmement, de la déclaration Balfour. Et encore, plus que ces deux-là, c’est l’absence d’alternative. Parce que l’Europe est finie pour nous ! C’est fini, tu comprends ! »

 

Les extraits de cette conversation datant de 1925 résument l’implacable et interminable conflit, ainsi que le dilemme des Juifs sionistes qui déchire cette région depuis un siècle. Et puis, ces propos tenus il y a si longtemps sont encore aujourd’hui d’une brûlante actualité en ces temps où les Israéliens occupent Jérusalem Est, la Cisjordanie et le Golan depuis 1967.

 

La fin d’un cycle

 

Sophia – Zocha Poznanska est arrivée à la fin du cycle. C’est alors qu’elle rencontre Leiba (nom hébreu de Léopold) Trepper qui lui propose de rentrer dans son mouvement « Ihoud ». Elle a quitté Afula pour Tel Aviv. Et là, elle a entendu d’autre propos » de la part de Leiba qui ne cache pas son adhésion au marxisme : « Votre sionisme est une illusion de la bourgeoisie. C’est ainsi qu’ils essaient d’amener des gens ici pour faire le travail. La bourgeoisie veut faire des affaires ici ! »

 

Ensuite, Anne Vanesse décrit le paysage politique juif de gauche en Palestine. On peut dire qu’il est similaire à celui de l’Europe des années 1920. Il y eut scission entre la social-démocratie et les marxistes partisans de la Révolution d’Octobre. Le principal parti était le Poalei Tzion (les Ouvriers de Sion) fondé en 1906 par Ytshak Ben Tsvi et David Ben Gourion. A l’origine, ce parti était marxiste, puis au fur et à mesure de l’immigration juive en Palestine, il s’orienta vers le réformisme grâce à l’évolution de l’émigration juive. En effet, les juifs russes se montraient plus révolutionnaires que ceux en provenance d’Europe ou des Etats-Unis.

 

D’autre part, en 1918/19, les Bolchéviks entreprirent une virulente campagne contre le sionisme assimilé à une idéologie réactionnaire. Un parti communiste palestinien est fondé, mais peine à recruter. Les Juifs se trouvent en Palestine par sionisme, tandis que les Arabes restent attachés à leur structure féodale, religieuse et familiale. Ce n’est qu’en 1924, lors du deuxième congrès de ce parti, qu’une nouvelle équipe en prend la direction. Léopold Trepper en est un élément moteur. Cependant, les communistes étaient traqués par la police britannique et le Komintern se méfiait d’eux, car ils ne poussaient pas assez à l’arabisation de ses structures et enfin, les autres partis sionistes leur étaient hostiles. Dès lors, la situation du PCP était très délicate.

 

Or, l’objectif suprême du PCP était de provoquer le départ des Anglais. Son deuxième objectif était évidemment la défense des ouvriers arabes comme juif. Les différentes péripéties du Parti communiste palestinien sont exposées dans le livre et sont marquées par l’évolution de l’antisionisme stalinien qui entrava grandement son action. Le PCP a joué un rôle déterminant dans la formation et le développement des pays voisins – Syrie, Liban, Egypte – ce qui fut remarqué par le Komintern.

 

Quant à Sophia, son adhésion au marxisme et son action au sein du PCP eurent pour effet de l’émanciper, elle qu’on appelait parfois « l’enfant béquille ». Et d’émancipée, elle devint émancipatrice. Elle se lia avec un nouvel ami Smul Cynamon qui était militant au PCP. En 1929, ils s’installèrent à Paris et rejoignirent le PCF. Leur logement dans le Quartier latin était proche de celui de Léopold Trepper. Il existait en Grande Bretagne comme en France des réseaux de renseignements soviétiques. Sophia, pour des raisons de sécurité, car ils étaient tous les deux surveillés, s’installa à Bruxelles. Sophia se spécialisa en chiffrement – on dirait aujourd’hui cryptage – et comme couverture, elle travailla à Bruxelles dans une usine qui fabriquait des masques à gaz. Le réseau monté par Strepper fut le plus important du GRU (la direction de l’espionnage soviétique) et couvrit toute l’Europe.

 

 

 

Léopold Trepper en Palestine

Léopold Trepper en Palestine

 

 

 

Cependant, il y eut une trahison et Trepper demanda à Sophia de revenir à Paris. En 1938, Trepper reçut l’ordre de Moscou de créer un réseau d’espionnage soviétique couvrant toute l’Europe occidentale. C’est ce réseau qui fut connu plus tard sous le nom d’Orchestre rouge. Début 1939, Sophia fut envoyée à Moscou pour y subir une formation d’encodeuse.

 

Lorsqu’éclata la Seconde guerre mondiale, le réseau envoyait des informations sur la situation en zone occupée. Sophia fut une nouvelle fois appelée à Paris. C’est elle qui a transmis à Moscou les informations concernant l’opération Barbarossa, l’attaque allemande contre l’Union Soviétique. On sait que Staline n’en a tenu aucun compte ! En juillet 1941, Sophia est envoyée à Bruxelles. Moscou exigeait que le « centre » de Bruxelles émette cinq heures par nuit ! C’était extrêmement dangereux, car cinq heures d’émission laissent tout loisir aux services allemands de détection de repérer l’émetteur. Selon le journaliste français Gilles Perrault qui a publié l’histoire de l’Orchestre Rouge, ces opérateurs ont été sacrifiés.

 

Ils ne m’auront pas vivante !

 

Les Allemands se rendirent très vite compte de l’efficacité du réseau de Trepper. L’Abwehr, le service de renseignement de la Wehrmacht mit très vite sur pied un Sonderkommando « Rote Kapelle » ou Orchestre rouge. En effet, dans le jargon des services de renseignement, l’émetteur était un « piano », les messages en Morse des « partitions », etc. L’Orchestre rouge opérait depuis la France et la Belgique, mais aussi depuis Berlin en plein cœur de la machine de guerre nazie. A la suite de l’imprudence d’agents de l’Orchestre Rouge, des « erreurs » de Moscou, de dénonciations, la plupart de ses membres furent arrêtés, torturés, fusillés ou déportés.

 

Sophia Poznanska et ses camarades furent arrêtés par la Gestapo dans la nuit du 12 au 13 décembre 1941 dans une maison de la rue des Atrébates à Etterbeek. Ils furent transférés à la prison de Saint-Gilles et torturés. Les nazis s’acharnèrent particulièrement sur Sophia, car elle était la seule à connaître les codes. Elle ne parla pas. A une de ses codétenues, Sophia parvint à dire : « Ils ne m’auront pas vivante ! ». Elle tint le coup des mois sous les tortures atroces. Le 28 septembre 1942, elle s’est pendue dans sa cellule. Ils ne l’ont pas eue vivante !

 

Mais tout cela ne fut pas vain. Le chef de l’Abwehr, l’amiral Canaris estima que l’Orchestre rouge a provoqué la mort de 200 000 hommes de la Wehrmacht !

 

Quant à Léopold Trepper, il parvint à éviter tous les pièges de l’ennemi. Il fut même arrêté quelques temps mais parvint à négocier avec les Allemands et fut libéré. Il les avait roulés ! Après la guerre, Staline fit envoyer son avion personnel afin de recevoir Trepper et d’autres militants communistes à Moscou. En guise de récompense, ils furent envoyés dans des camps. Trepper y a croupi pendant dix ans, victime avec d’autres des purges staliniennes. Il est vrai aussi qu’être Juif et internationaliste n’était pas particulièrement apprécié par le « petit père des peuples » …

 

Sophia a traversé l’histoire.

 

Anne Vanesse nous raconte en détail l’histoire et la structure de l’Orchestre rouge, nous parle des compagnons et compagnes de combat de Sophia Poznanska. Elle termine par un entretien avec Gilles Perrault. Ce dernier lui envoya une lettre le 25 octobre 2021 après la lecture de son livre où il écrit entre autres : « …c’est bien ce que vous faites magnifiquement avec Sophia Poznanska sœur de combat de ces militantes héroïques que furent Vera Ackermann et Käte Voelkner. D’une plume énergique et infiniment sensible, vous dressez le portrait d’une femme d’une humanité profonde, avec ses amours, ses souffrances, ses phases difficiles mais capable de s’infliger à elle-même le sacrifice suprême pour la cause à laquelle elle croit de toute sa foi militante. » Ajoutons un témoignage de Michel Warschawski qui retrouva la tombe de Léopold Trepper et de sa compagne au cimetière juif de Jérusalem.

 

Le livre d’Anne Vanesse est exceptionnel en ce sens qu’il traverse l’histoire avec celle d’une femme exceptionnelle.

 

On ne pourrait être complet sans évoquer la préface de Geert Cool qui décrit le contexte politique de cette histoire unique.

 

N’oublions pas la leçon à tirer de cette terrible histoire. Sophia Poznanska et Léopold Trepper furent les combattants d’une cause à laquelle ils s’étaient engagés jusqu’au fond d’eux-mêmes jusqu’à ce que l’une fut victime du nazisme et l’autre du stalinisme, mais apportèrent tous deux une contribution essentielle à la victoire sur la bête immonde qui est en train de renaître, mais c’est une autre histoire qui nous concerne tout particulièrement.

 

 

 

Pierre Verhas

De la Palestine à l’Orchestre Rouge

 

 

 

Anne Vanesse

Sophia Poznanska 

Du Parti Communiste Palestinien à l'Orchestre Rouge

Préface de Geert Cool Bruxelles, éditions Cimarron, 2021

ISBN 978-2-931138-00-7

On peut se procurer ce livre pour 12 € à payer au compte BE10 8508 3098 0204

Les bénéfices du livre seront versés intégralement à la Consultation pédopsychiatrique de Beitjala, Bethlehem, Palestine, mission conduite par la mission conduite par la Maison de la Famille Willy Peers.

 

 

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30 novembre 2021 2 30 /11 /novembre /2021 22:28

Une dernière chose à faire avant de rentrer au Panthéon ...

Ah ! Si c!était vrai !
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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 21:26

 

 

 

L’Union européenne est confrontée à une très grave crise à la fois à sa frontière orientale et avec certains pays de l’Est.

 

Tout a commencé avec l’arrêt de la Cour constitutionnelle polonaise considérant que les directives européennes doivent être conformes à la Constitution polonaise rejetant ainsi le principe de hiérarchie des normes qui est la base même des traités européens : une règle européenne est supérieure à une norme nationale. Notons que la Cour constitutionnelle allemande à Karlsruhe avait évoqué ce principe de souveraineté nationale au sujet de la politique monétaire européenne.

 

Une partie de bras de fer s’est engagée entre la Commission européenne et la Pologne – la Cour de Justice n’ayant pas encore tranché – et s’annonce loin d’être résolue. D’autre part, les autres pays dits de « Visegrad » sans l’affirmer ouvertement, semblent d’accord avec le gouvernement polonais. Qu’est-ce donc ? A l’origine le groupe la ville hongroise de Visegrad fut en 1335 une alliance entre les royaumes de Pologne, de Hongrie et de Bohème pour contrer la puissance montante des Habsbourg. Aujourd’hui, ce groupe s’est reconstitué formellement et est composé des mêmes pays membres de l’UE et de l’OTAN : la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie. En clair, les principaux pays de l’Est qui ont adhéré aux deux alliances occidentales à l’exception de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Slovénie et de la Croatie. L’Autriche, de son côté, se montre intéressée par cette alliance encore en gestation. Officiellement, le groupe de Visegrad fondé en 1991 est destiné à assurer une meilleure intégration des quatre pays en question. Aujourd’hui, ce groupe se montre de plus en plus autonome à l’égard de Bruxelles tout en étant pas partisan d’une rupture.

 

L’importance du groupe de Visegrad

 

En effet, la crise migratoire a réveillé le groupe de Visegrad qui en 2017 s’est montré hostile à la politique migratoire de l’Union. En juin 2018, les quatre pays refusent de participer au sommet consacré à la migration organisé par la chancelière Angela Merkel. Ils sont rejoints par l’Autriche de l’ex-chancelier Kurz. En clair, une profonde division de l’Europe est en train de se produire sans que les autorités de Bruxelles s’en rendent compte.

 

Cela est pourtant clair en Le groupe de Visegrád est au centre de l’Initiative des trois mers, lancée le 25 août 2016 à Dubrovnik en présence de représentants des États-Unis et de la Chine. Cette organisation rassemble douze pays européens de la Baltique à la mer Noire et à l’Adriatique – groupe de Visegrad - plus Lituanie, Estonie, Lettonie, Autriche, Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie – autour de projets communs d’infrastructures et en particulier la coopération énergétique, notamment pour favoriser la pluralité des sources d’énergie et diminuer la dépendance énergétique envers qui que ce soit. Le général américain James L. Jones, président de Jones Group International et ancien conseiller à la sécurité nationale du président Obama a déclaré que le développement de l’Initiative des Trois Mers doit être un élément non seulement de développement européen mais aussi de sécurité. Le général Jones a insisté sur l’emploi par la Russie de sa position de fournisseur d’énergie pour augmenter son influence économique et renforcer ses objectifs géopolitiques. Les Etatsuniens semblent ainsi décidés à empêcher un éventuel rapprochement entre le groupe de Visegrad et la Russie de Poutine.

 

D’ailleurs, sur le plan énergétique, le groupe de Visegrad prend le chemin inverse de ses partenaires européens et particulièrement de l’Allemagne. Il prône le retour au nucléaire alors que plusieurs Etats-membres optent pour les énergies alternatives à l’exception notable de la France de Macron qui s’est prononcée pour la construction de nouvelles centrales.

 

Ajoutons l’influence de la Russie en la matière, au grand dam des Etats-Unis. D’après le Monde diplomatique de juillet 2013 : « La compagnie d’Etat russe Rosatom travaille par ailleurs à la construction d’une centrale dans l’enclave de Kaliningrad, et en prévoit la mise en service en 2017. De son côté, Atomstroyexport se charge de l’édification d’une centrale dans l’ouest de la Biélorussie, largement financée par des fonds russes, dont la mise en service est attendue pour 2018-2019. La production de ces centrales, destinée en partie à l’exportation, redéfinira la carte énergétique de la région, faisant de la Russie un fournisseur d’électricité central. »

 

Selon le site « toute l’Europe », « … le groupe de Visegrad se distingue nettement au sein de l’Union européenne. Longtemps inconnu du grand public, le groupe de Visegrad ne cesse de gagner en notoriété depuis l’automne 2015. Cela est principalement dû à la proximité idéologique des dirigeants hongrois, polonais, slovaque et tchèque et ce, en dépit de leurs divergences partisanes.

 

 

 

Les dirigeants des pays du groupe de Visegrad en juillet 2020. De gauche à droite : Igor Matovič (Slovaquie), Viktor Orbán (Hongrie), Mateusz Morawiecki (Pologne) et Andrej Babiš (République tchèque) - Crédits : Conseil de l’UE

Les dirigeants des pays du groupe de Visegrad en juillet 2020. De gauche à droite : Igor Matovič (Slovaquie), Viktor Orbán (Hongrie), Mateusz Morawiecki (Pologne) et Andrej Babiš (République tchèque) - Crédits : Conseil de l’UE

 

 

 

D’un point de vue général, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie se rejoignent actuellement pour défendre la souveraineté des Etats membres au sein de l’Union européenne. Farouche défenseur du Marché unique et des quatre libertés de circulation (des personnes, des biens, des marchandises et des services), le groupe de Visegrad prône en revanche un rapatriement de compétences au niveau national et un renforcement du Conseil européen au détriment de la Commission. »

 

Une nouvelle crise migratoire

 

Les sanctions prises par l’Union européenne à l’égard de la dictature Belarus d’Alexandre Loukachenko ont provoqué une riposte tout à fait inattendue. Celui-ci a fait venir par charter des milliers de migrants de Syrie avec la complicité manifeste de Moscou et les conduit de force aux frontières polonaise et lituanienne. Le gouvernement polonais a opté pour la fermeté en refusant leur entrée par la force. De graves incidents ont lieu à la frontière et on observe que l’Union se trouve impuissante à trouver une solution alliant dignité et fermeté. Quelque 2 000 migrants sont bloqués à la frontière. Leur situation est dramatique. Ils ne peuvent s’en retourner, les Biélorusses leur interdisent, bien que certains passent à travers les mailles du filet et parviennent à l’aéroport de Minsk où ils prennent un avion pour la Syrie ou l’Irak !

 

 

 

Le dictateur Alexandre Loukachenko est-il en réalité la marionnette de Poutine ?

Le dictateur Alexandre Loukachenko est-il en réalité la marionnette de Poutine ?

 

 

 

Dans l’immédiat, l’UE prépare un nouveau train de sanctions, le cinquième, contre la Biélorussie. Il devrait être entériné lundi 15 novembre par les ministres des affaires étrangères. Puis, les ministres de la défense évoqueront également en priorité ce dossier, qui « n’est pas une guerre mais une crise sérieuse, une tentative de militariser la question de la migration », expliquait, mercredi, devant les eurodéputés, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’Espagnol Josep Borrell. Le même haut représentant est aussi à la base de constitution d’une base opérationnelle de 25 000 soldats servant sous le drapeau de l’Union européenne.

 

Tout cela a un écho de bruits de bottes, même si les dirigeants européens s’en défendent la bouche en cœur. D’un côté la situation dramatique des réfugiés qui servent de pions dans la partie de poker qui se déroule entre la Russie par Belarus interposée et l’Union européenne qui ne parvient pas à avoir une position cohérente.

 

 

 

Les migrants sont massés à la frontière de la Belarus avec la Pologne encore bloqués par des barbelés face aux gardes frontières polonais.

Les migrants sont massés à la frontière de la Belarus avec la Pologne encore bloqués par des barbelés face aux gardes frontières polonais.

 

 

 

Loukachenko, de son côté, avertit : de nouvelles sanctions provoqueront une coupure du gaz naturel en provenance de Russie, transitant par la Belarus, à destination de l’Europe. Quelque 35 % du gaz russe consommé en Europe passe par le gazoduc Yamal-Europe, qui dessert la Pologne, l’Allemagne et d’autres pays. La menace n’est pas prise au sérieux par Bruxelles, où l’on invoque des obligations internationales difficilement contournables. C’est pour le moins de la naïveté ! Un dictateur passe toujours au-dessus des obligations internationales !

 

Avec le surenchérissement du gaz et des hydrocarbures, une coupure de cette ampleur aurait de toute évidence de graves conséquences économiques. L’Union européenne n’est pas en position de force en dépit des déclarations matamoresques de Madame Ursula von der Leyen qui n’a que le mot « sanction » à la bouche.

 

D’après Jean-Pierre Stroobant correspondant du « Monde » à Bruxelles, un haut responsable du Conseil européen affirmait, mercredi, que le Kremlin, au-delà de l’affaire biélorusse, était en train de « tester » les Européens, comme il ferait en Libye, au Mali, en République centrafricaine ou au Mali. « Il existe deux hypothèses : soit Poutine encourage, soit il laisse faire. Soit il utilise Loukachenko dans une tentative de déstabilisation de l’Union, soit il a décidé de le laisser agir et d’utiliser la migration comme une arme, sans user de son influence considérable auprès de lui. »

 

 

 

C'est manifestement Vladimir Poutine qui mène le jeu.

C'est manifestement Vladimir Poutine qui mène le jeu.

 

 

 

Dans cette crise, l’Union européenne montre une fois de plus sa faiblesse. Poutine est le maître du jeu et il faudra, qu’on le veuille ou non, compter avec lui. D’autre part, en son sein, l’UE est mise à l’écart. Dans le même article du « Monde », il est révélé : deux bombardiers russes se sont livrés, jeudi, à des « exercices » au-dessus du territoire biélorusse. La veille, des avions avaient déjà survolé la zone frontalière entre la Biélorussie et la Pologne, tandis que M. Michel conversait avec M. Morawiecki. Lors de cette rencontre, le président du Conseil ne paraît pas avoir obtenu d’indications quant à la volonté de Varsovie d’impliquer l’agence Frontex dans la crise actuelle, comme cela lui est demandé par plusieurs capitales. M. Morawiecki n’a pas non plus indiqué si l’accès de personnels humanitaires, d’ONG, de fonctionnaires de la Commission et de journalistes dans la zone où les migrants vivent dans le froid et le dénuement serait autorisé. En plus, Charles Michel a proposé une aide pour construire des « barrières physiques » aux frontières de l’UE. On sent qu'il a beaucoup appris de son copinage avec l'extrême-droite de la NV-A lors du gouvernement dit « la Suédoise » ! Tollé, même au sein du Conseil européen où il lui est répliqué : « Mesures de protection ne signifient pas barbelés ou murs » !

 

Bref, en refusant son aide et l’intervention des organismes européens chargés du contrôle et de l’aide aux réfugiés, et en proposant des mesures contraires à ses principes fondamentaux, la Pologne met l’UE hors-jeu.

 

Charles Michel et Ursula von der Leyen feraient bien d’apprendre à jouer aux échecs ! Cela leur sera très utile pour mener une diplomatie digne de ce nom, seule à même de sortir de cette crise particulièrement dangereuse.

 

 

Pierre Verhas

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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 10:39

 

 

Le Suisse Nils Melzer éminent juriste en droit international, professeur à Genève et à Glasgow a reçu le mandat de rapporteur spécial de l’ONU sur la torture. Nos lecteurs savent qu’il se penche particulièrement sur le cas de Julian Assange et apporte ainsi un éclairage glaçant sur la manière dont les Etats-Unis traitent toute personne qui les dérange.

 

On n’a sans doute jamais vu un tel traitement d’un journaliste « gênant » par un Etat prétendant être le principal défenseur de la démocratie dans le monde. La complicité des Britanniques en cette affaire montre aussi ce qu’est devenu le pays de l’habeas corpus.

 

On visionnera ici l’interview de Nils Melzer qui commence par évoquer son mandat et son rôle sur la question de la torture et des mauvais traitements qui se répandent même dans des pays se réclamant de la démocratie. Ensuite, il analyse l’affaire Assange et permet de mieux comprendre sa complexité. Assange est en danger et la démocratie – la vraie, pas la prétendue – aussi !

 

Nils Melzer n’hésite pas à prendre des risques considérables. On peut dire qu’il honore la haute fonction publique internationale. Il fait partie de ceux qui mettent leurs principes au-dessus de leur carrière.

 

Cet entretien est long – plus d’une heure – mais permet de mieux appréhender cette affaire aussi complexe que dramatique.

 

Pierre Verhas

 

 

 

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