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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 15:05

 

 

 

« La première chose qu’on ne fait pas, c’est de montrer du doigt. (…) On essaie toujours de dire qui est responsable de quoi quand on a envie d’être un honest broker dans la résolution d’un conflit. » a déclaré la ministre des Affaires étrangères belge Sophie Wilmès à propos de l’embrasement à Jérusalem-Est et des tirs de rockets du Hamas sur le territoire israélien. Elle a raison. Les parties dans cet interminable conflit du Proche Orient se renvoient la balle à chaque tir de rocket du Hamas, à chaque agression des colons israéliens, à chaque jet de pierre des Palestiniens, à toutes les représailles israéliennes. Aussi, tentons de sortir de la propagande de guerre pour tenter de comprendre cette situation dramatique qui dure depuis des décennies et dont on ne voit pas l’issue. Madame Wilmès a raison, mais la neutralité quelque peu orientée de l’Union européenne doit aussi aboutir à une position claire si elle veut peser dans cet inextricable conflit.

 

 

 

Révolte des jeunes Palestiniens devant la Porte de Damas à l'entrée de la Vieille Ville de Jérusalem-Est. Un danger ou un espoir ?

Révolte des jeunes Palestiniens devant la Porte de Damas à l'entrée de la Vieille Ville de Jérusalem-Est. Un danger ou un espoir ?

 

 

 

Cette fois-ci, le feu a été allumé dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est situé à 2 kilomètres au nord de la Vieille Ville. Proche du carrefour de la route nord-sud n° 60, qui relie Hébron au Sud à Jénine au Nord et de la route est-ouest n° 1 entre Tel Aviv et la mer Morte. Il abrite plusieurs consulats ou résidences diplomatiques. Lors de la Nakba – la catastrophe en Arabe, c’est-à-dire l’expulsion des Arabes palestiniens par les Juifs en 1947-48 - 28 familles réfugiées palestiniennes qui, au fil du temps, sont devenues 38, se sont installées dans le quartier de Sheikh Jarrah, Elles espéraient, comme tous les réfugiés, que ce séjour serait temporaire avant un hypothétique retour à leurs domiciles situés dans les territoires devenus israéliens. En 1956, ces familles palestiniennes, toutes réfugiées, ont conclu un accord avec le Ministère jordanien de la Construction et l'Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, la fameuse UNRWA, pour leur fournir un logement dans le quartier de Sheikh Jarrah. À cette époque, la Cisjordanie ou la rive Ouest était rattachée à la Jordanie. Le gouvernement jordanien a fourni le terrain et l’UNRWA a fait don du coût de construction de 28 maisons.

 

 

 

L'entrée du quartier de Sheikh Jarrah où tout a commencé.

L'entrée du quartier de Sheikh Jarrah où tout a commencé.

 

 

 

Discrimination ethnique

 

 

En 1956, le contrat conclu entre le Ministère de la Construction et les familles palestiniennes prévoyait que les résidents paient une redevance symbolique, à condition que la propriété leur soit déléguée au bout de trois ans et ce, dès l'achèvement des travaux de construction. Cependant, en 1967, après la guerre des six jours qui a débouché sur l'occupation israélienne de Jérusalem et de la Cisjordanie, les Israéliens ont rayé l’enregistrement de ces maisons au nom des familles palestiniennes réfugiées.

 

L’affaire resta en l’état jusqu’en 1997. Un habitant palestinien de Sheikh Jarrah, Suleiman Darwish Hegazy, déposa un recours auprès du tribunal central israélien, pour que lui soit reconnu la propriété du terrain, sur lequel sa maison a été érigée. Il produisit son titre de propriété, basé sur les documents du Tabbu, le registre des titres de propriétés Ottomans. Ajoutons qu’il n’y a pas de cadastre en Palestine et la preuve de la propriété est basée sur ce fameux Tabbu datant d’avant 1917 ! En 2005, le tribunal rejeta la demande de Suleiman Darwish Hegazy prétextant que les documents produits n’apportaient pas la preuve de son titre de propriété.

 

Dans la plupart des cas, les tribunaux israéliens ont pris des décisions similaires. Comme le disent les Palestiniens, ces jugements constituent en réalité un « permis d’expulser ». Il s’ensuit des conséquences dramatiques : les colons israéliens se livrent alors à des expropriations forcées. L’armée israélienne d’occupation ferme les yeux dans la plupart des cas. Les Palestiniens victimes de ces exactions ont très peu de chances d’obtenir réparation devant les tribunaux israéliens – il y eut cependant quelques recours qui ont abouti, mais ils se comptent sur les doigts de la main – et sont donc contraints de s’exiler.

 

En l’occurrence, c’est un promoteur-colonisateur qui est à l’origine de l’affaire, la compagnie américaine Nahalat Shimon, basée aux Etats-Unis dans le Delaware, où la législation « souple » permet de dissimuler les actionnaires d’une entreprise, qui a acquis les terrains et les bâtiments des réfugiés de Sheikh Jarrah. En plus, Nahalat Shimon a lancé une action judiciaire devant les tribunaux israéliens pour obtenir l’éviction des familles de réfugiés de ces maisonnettes qu’elle entend démolir pour les remplacer par 200 logements destinés à des colons juifs.

 

À ce jour, quatre familles ont été expulsées - près de 300 personnes sont sur le point de l’être. L’une des familles qui sera expulsée ces jours-ci est la famille Al-Sabbagh, originaire de Jaffa et se compose de 32 membres dont 10 enfants. Depuis de nombreuses années, cette famille craint de redevenir réfugiée pour la seconde fois depuis 1948. La Cour suprême israélienne doit se prononcer incessamment, mais le juge Yitzhak Amit a décidé de retarder sa décision de trente jours en raison de la tension qui règne dans le quartier et dans la ville. Et il ne faut se faire aucune illusion : la Cour suprême israélienne qui manifestait une réelle objectivité est aujourd’hui composée de magistrats proches des extrémistes nationalistes et religieux, grâce à Netanyahu !

 

Cependant, le camp nationaliste et religieux est sur la défensive. Les colons déjà installés dans le quartier et les conseillers de Netanyahou tentent de présenter le conflit comme un contentieux immobilier. Les défenseurs des droits de l’homme venus manifester leur solidarité dénoncent, eux, la « judaisation forcée » et la « discrimination ethnique » pratiquées par le pouvoir au bénéfice des organisations de colons. Cependant, par cette abomination, ils ont mis le feu aux poudres.

 

 

 

Scène d'émeute à Sheikh Jarrah après la provocation des extrémistes israéliens

Scène d'émeute à Sheikh Jarrah après la provocation des extrémistes israéliens

 

 

 

Netanyahu et les fractions religieuses et nationalistes ne voient qu’une chose : installer dans la ville une majorité juive, avant qu’elle ne le devienne totalement. Près de 60 000 colons juifs supplémentaires ont ainsi été installés depuis vingt ans à Jérusalem-Est, où leur nombre dépasse aujourd’hui 225 000, alors qu’il y a encore 300 000 Arabes qui y vivent. Cette stratégie passe notamment par l’expulsion des habitants et la démolition de leurs maisons, remplacées par des constructions neuves, destinées aux colons. Et cela même s’il s’agit des maisons familiales ou natales des Palestiniens. En 2019, un rapport de l’ONG israélienne B’Tselem constatait que 16 796 ordres de démolition ont ainsi été émis entre 1988 et 2017.

 

Les « événements » ont commencé la semaine dernière. Comme par hasard, Itamar Ben Gvir, député du parti suprémaciste juif  religieux et nouvel allié de Netanyahou, est venu avec une forte protection policière apporter son soutien aux colons déjà installés à Sheikh. La nuit tombée, les Palestiniens du quartier partageaient le repas de rupture du jeûne avec leurs amis et leurs partisans autour de longues tables installées dans la rue face aux bâtiments occupés par les colons.

 

 

 

Le député d'extrême-droite israélien Itamar Ben Gvir a mené les colons émeutiers à Sheikh Jarrah.

Le député d'extrême-droite israélien Itamar Ben Gvir a mené les colons émeutiers à Sheikh Jarrah.

 

 

 

L’arrivée, en forme de défi, de Ben Gvir et de son escorte armée a transformé le face-à-face en émeute, avec incendies de voitures, charges de police et arrosage des manifestants à l’eau putride, selon la technique utilisée habituellement par la police antiémeute israélienne.

 

Lorsque la nouvelle s’est répandue que les policiers déployés près de la Vieille Ville avaient reçu l’ordre d’installer des barrières et d’interdire l’accès à la porte de Damas, où les Palestiniens ont l’habitude de se réunir, après le jeûne, et aussi dresser des barrages sur les routes conduisant à Jérusalem pour empêcher les fidèles de se rendre à la mosquée Al-Aqsa, il était trop tard pour contenir l’escalade ! Et n’oublions pas l’invasion de Haram-al-Sharif – l’Esplanade des Mosquées – par une bande de colons déchaînés qui ont empêché la prière du vendredi à la Mosquée d’Al Aqsa.

 

 

 

L'Esplanade des Mosquées à Jérusalem fait régulièrement l'objet de graves provocations des colons juifs extrémistes : la stratégie de la tension dans toute son horreur.

L'Esplanade des Mosquées à Jérusalem fait régulièrement l'objet de graves provocations des colons juifs extrémistes : la stratégie de la tension dans toute son horreur.

 

 

 

La provocation est évidente ! Une stratégie de la tension a été mise en place et elle n’est pas loin de s’arrêter.

 

 

La révolte « géographique »

 

 

On appelle ces événements la révolte géographique, car ce sont trois lieux importants et symboliques de Jérusalem qui se sont embrasés : le quartier Sheikh Jarrah, la Porte de Damas et Haram al Sharif. En l’occurrence, et c’est le plus important : le mouvement actuel est profondément distinct des précédents. On parle d’une troisième Intifada. Si elle a lieu, elle ne ressemblera pas aux précédentes.

 

Dans une interview à Orient XXI, un site politique arabe, Inès Abdel Razek, directrice du plaidoyer pour le Palestine Institute for Public Diplomacy, une organisation non gouvernementale palestinienne de plaidoyer et diplomatie citoyenne, analyse cette révolte de la jeunesse palestinienne de Jérusalem.

 

 

 

Inès Abdel Razek, une brillante analyste palestinienne

Inès Abdel Razek, une brillante analyste palestinienne

 

 

 

« La géographie joue en effet un rôle important, car elle reflète tout ce qui ne va pas dans le système de contrôle israélien. Comment se traduit-elle ? En 1948, beaucoup de Palestiniens ont été chassés de leurs maisons et ils se sont réfugiés à Jérusalem-Est. C’est le cas des familles de Sheikh Jarrah. Depuis 1967 et l’annexion de la totalité de la ville par Israël, tout est mis au service d’une « ingénierie » destinée à régler ce que les Israéliens considèrent comme un « problème » palestinien, vu à la fois comme démographique et sécuritaire. Ce que veulent les autorités israéliennes, c’est avoir une ville pour les Juifs, dotée d’une identité juive, et effacer l’identité palestinienne de la ville, tout en cantonnant les Palestiniens dans des zones limitées et enclavées. Officiellement, il s’agit de maintenir 70 % de Juifs et 30 % de Palestiniens.

 

Et cela se traduit par des lois discriminatoires qui permettent l’expropriation de terres et la prise de quartiers par des colons juifs ou la municipalité, ou la destruction d’habitations, car les Palestiniens ne peuvent obtenir de permis pour construire. Mais aussi dans les infrastructures – en particulier le mur de huit mètres derrière lequel s’est retrouvé un tiers de la population palestinienne (120 000 personnes) –, les dépenses budgétaires municipales, qui ont totalement négligé les quartiers palestiniens… La loi dite du « retour » permet à n’importe quel juif du monde entier de s’installer en Israël, alors que les réfugiés palestiniens qui ont fui en 1948 n’ont pas ce droit. Il existe une loi qui permet à des Juifs de pouvoir récupérer des maisons où des Juifs habitaient avant 1948. Cette loi ne s’applique pas uniquement aux anciens propriétaires (qui souvent ont vendu de plein gré ou sont partis ailleurs volontairement), mais plus largement aux associations de colons qui depuis les années 1970, saisissent la justice israélienne pour s’approprier des maisons à Jérusalem-Est.

 

Il faut aussi souligner qu’en ce qui concerne la Vieille Ville, la Porte de Damas et l’Esplanade des Mosquées sont les rares espaces publics que les Palestiniens peuvent encore s’approprier. Enfin, pour aggraver la situation, il n’existe pas de leadership palestinien à Jérusalem, car l’Autorité palestinienne n’y a jamais été autorisée. »

 

Tout d’abord, les formations politiques palestiniennes sont démonétisées auprès de la jeunesse. L’Autorité palestinienne est corrompue et soupçonnée servir l’occupant israélien. Le Fatah qui domine en Cisjordanie est en pleine déliquescence et le Hamas a perdu toute crédibilité. Si la religion musulmane s’étend en Palestine et même dans le Nord d’Israël, l’islamisme extrémiste n’a toujours pas réussi à s’y installer. Comme l’écrit René Backmann dans Mediapart du 11 mai 2021 :

 

« Ulcérés depuis longtemps par la passivité et l’immobilisme de leurs dirigeants, qui se sont révélés incapables de trouver une réponse à la politique du fait accompli de Netanyahou, révoltés par l’apartheid de fait auquel ils sont condamnés, les jeunes palestiniens ont épousé cette nouvelle révolte sans projet politique précis. Simplement pour affirmer au pouvoir israélien qu’ils existent et que l’impunité internationale n’autorise pas tout.

 

Et pour dire aux dirigeants de l’Autorité palestinienne qui viennent d’annuler les élections législatives prévues pour le 22 – en saisissant le prétexte du refus israélien de laisser le scrutin se dérouler à Jérusalem-Est – que leur légitimité démocratique et leur représentativité, vieilles de quinze ans, sont nulles. Le problème est qu’apparemment aucune relève crédible ne se profile. »

 

Quant à la jeunesse palestinienne, Madame Abdel Razek estime :

 

« C’est une jeunesse en colère qui a grandi sous le régime d’Oslo et de la seconde Intifada, une période où on leur a dit qu’elle pourrait vivre dans un État séparé dans les frontières de 1967, un compromis déjà mal vécu par les réfugiés et les Palestiniens citoyens d’Israël. Mais ce qu’elle a vu sur le terrain, c’est plus de colonisation, plus d’annexion, plus de contrôle et de violence de l’État d’Israël. Ainsi que l’impunité d’Israël, qui viole pourtant le droit international et les droits humains depuis des décennies.

 

Elle a vu aussi s’accroître le népotisme de l’Autorité palestinienne, devenue un sous-traitant des Israéliens plutôt qu’une force de résistance à l’occupation. Elle est arrivée à la conclusion que les Palestiniens ne peuvent désormais compter que sur eux-mêmes, faute de réaction de la communauté internationale. Pendant longtemps, les Palestiniens avaient également accepté de suivre la voie de la négociation, mais négocier est vain dans un tel rapport de force où Israël n’a jamais accepté l’idée même d’un État palestinien dans les frontières de 1967.

 

Beaucoup de jeunes sont également au chômage et, à Gaza, c’est pire, car ils sont soumis au blocus depuis 13 ans. Il y a donc une jeunesse palestinienne clairement frustrée, confrontée à l’absence d’horizon mais qui a soif de liberté et veut pouvoir être maître de son destin. Et c’est le cas aussi dans certaines villes israéliennes, où les Palestiniens devenus citoyens d’Israël se soulèvent et manifestent contre le projet suprémaciste et ethno-nationaliste de l’État israélien, notamment à Nazareth, Haïfa ou Umm El Fahm. C’est important, car pour les Palestiniens, cette « ligne verte » ne représente pas grand-chose et le cœur du problème reste 1948 et la « Nakba ». L’identité palestinienne repose de la rivière Jourdain à la mer Méditerranée.

 

Ce qui a aggravé la situation, c’est la décision du leadership palestinien de repousser indéfiniment les élections prévues fin mai, au motif que la tenue du scrutin n’était pas « garantie » à Jérusalem-Est, annexée par Israël. Ce qui a conforté l’idée que ces dirigeants sont plus complices de l’occupant que décidés à s’y opposer, décrédibilisant encore plus le président Mahmoud Abbas. »

 

 

 

Mahmoud Abbas, 88 ans, le Président de l'Autorité palestinienne qui a succédé à Yasser Arafat est accusé de corruption et est complètement dépassé

Mahmoud Abbas, 88 ans, le Président de l'Autorité palestinienne qui a succédé à Yasser Arafat est accusé de corruption et est complètement dépassé

 

 

 

Ce constat représente à la fois un danger et un espoir. Un danger parce qu’on peut penser que les jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est risquent d’être attirés par les sirènes de l’Islamisme extrémiste ; un espoir parce qu’ils font preuve d’une grande maturité politique, contrairement – il faut bien le dire – à leurs aînés, en ne se livrant pas au terrorisme, mais en exigeant avec fermeté des changements radicaux, car le statu quo de l’injustice ne peut plus durer !

 

 

Sortir du statu quo.

 

 

Israël ne se trouve pas dans une brillante position, en dépit de sa puissance. Cela fait deux ans et quatre scrutins que le pays n’est plus gouverné, qu’il n’y a pas de budget. Benyamin Netanyahu reste le Premier ministre en « affaires courantes », malgré les graves accusations de corruption qui l’accablent. Des manifestations populaires ont eu lieu à Tel Aviv pour exiger son départ. Le « Bloc pour le changement » composé des dirigeants politiques opposés à Netanyahu ne parvient pas à trouve un accord pour constituer un rassemblement afin de le renverser.

 

 

 

Benyamin Netanyahou est en définitive plus dangereux pour Israël que pour le Palestiniens.

Benyamin Netanyahou est en définitive plus dangereux pour Israël que pour le Palestiniens.

 

 

 

Enfin, le Hamas attise le feu – il n'est capable que de cela ! – en envoyant des rockets qui peuvent atteindre Tel Aviv et qui provoquent mort et destruction en Israël avec pour conséquence de radicaliser encore plus à droite une population juive excédée et devenue prête à céder à d’autres sirènes, celle du messianisme.

 

 

 

Les rockets lancés par le Hamas provoquent des morts et des dégâts surtout au Sud d'Israël et les représailles israéliennes qui sont bien plus meurtrières pour les Gazaouis.

Les rockets lancés par le Hamas provoquent des morts et des dégâts surtout au Sud d'Israël et les représailles israéliennes qui sont bien plus meurtrières pour les Gazaouis.

 

 

 

Cependant, blocus, répression, colonisation, occupation militaire, représailles et terrorisme ne mèneront à rien. Nulle paix dans l’histoire ne s’est réalisée dans le sang. Il faudra bien que les dirigeants dans les deux camps et dans les puissances qui profitent du conflit, le comprennent un jour. Et s’ils en sont incapables, qu’ils s’en aillent !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

Post scriptum

 

 

Une pétition circule pour demander l'arrêt de l'expulsion des habitants palestiniens de Sheikh Jarrah. à l'initiative de

 

Anne Vanesse, échevine socialiste honoraire, auteure de deux livres sur Rosa Luxemburg, psychologue interculturelle ;

 

Thérèse Liebman, historienne, membre de l'Union des Juifs Progressistes de Belgique ;

 

Sonia Dayan - Herzbrun, Professeure Emérite à l'Université de Paris ;

 

Marina Nebliolo, Anthropologue ;

 

Pierre Paduart, Médecin - Psychanalyste, membre de la Société Belge de Psychanalyse ;

 

Agnès Pavlowski, Docteure en Sciences Sociales :

 

Pierre Van Dooren, Economiste -, Chef d'Entreprise ;

 

et de nombreuses autres personnes de professions et d'horizons divers.

 

 

 

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 08:55

 

 

 

« En 20 ans de travail avec les victimes de guerre, de violence et de persécution politique, je n'ai jamais vu un groupe d'États démocratiques s'unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu... »

 

 

 

Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture vient de publier un livre pour attirer l'attention sur le cas de Julian Assange.

Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture vient de publier un livre pour attirer l'attention sur le cas de Julian Assange.

 

 

 

Voilà ce qu’a écrit le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, l’éminent juriste suisse Nils Melzer dans le rapport qu’il a présenté à l’ONU sur l’affaire Assange. Il vient de publier un livre à ce sujet « The Julian Assange case » aux éditions suisses Piper Verlag. On ignore s’il sera traduit en français. L’auteur a décidé de publier cet ouvrage pour alerter l’opinion publique sur ce qui peut être considéré comme la plus grande injustice à l’égard d’un journaliste, injustice à laquelle participent bien des pays occidentaux. Il montre aussi que les Etats-Unis ne pardonnent pas et s’obstinent à persécuter l’Australien emprisonné à Londres.

 

« L’affaire Assange est l’histoire d’un homme qui subit des tortures psychologiques pour avoir révélé au public, via la plateforme Wikileaks, les secrets les plus sombres des puissants, en révélant des crimes de guerre, des actes de torture et de corruption. C’est l’histoire de l’arbitraire extrêmement grave de la justice dans les démocraties occidentales, qui aiment par ailleurs se présenter comme des États modèles en matière de protection des droits de l’homme. »

 

Voici, décrite toute l’affaire Assange en quelques mots par Nils Melzer. Le drame est qu’alors que toutes les règles fondamentales ont été bafouées, il est impossible de mettre fin à cette persécution dont le journaliste australien est victime. Que lui reproche-t-on ? Tout simplement d’avoir eu le courage de faire son métier et de bien le faire en usant des technologies sophistiquées de l’information qu’il a apprises sur le tas. En réalité, ce n’est pas tellement cela qui lui est reproché par la plus grande puissance du monde actuel. Son crime est de l’avoir dérangée.

 

L’homme qui dérange « nous a compliqué la tâche ».

 

Si on se réfère à une conférence de presse donnée par Joe Biden alors vice-président des Etats-Unis sous la présidence de Barak Obama rapportée par le journal londonien « The Guardian » du 19 décembre 2010, on constate un acharnement des hautes autorités étatsuniennes à poursuivre et condamner Julian Assange.

 

 

 

Joes Biden, alors vice-président des Etats-Unis, donna une conférence de presse où il accusa durement Julian Assange.

Joes Biden, alors vice-président des Etats-Unis, donna une conférence de presse où il accusa durement Julian Assange.

 

 

 

Le vice-président américain, Joe Biden, a comparé aujourd'hui le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, à un "terroriste de haute technologie", la plus vive critique à ce jour de l'administration Obama.

 

Biden a affirmé qu'en fuyant des câbles diplomatiques, Assange avait mis des vies en danger et rendu plus difficile pour les États-Unis de mener leurs activités dans le monde entier.

 

Sa description d'Assange montre un niveau d'irritation qui contraste avec les commentaires plus optimistes d'autres personnalités de la Maison Blanche, qui ont déclaré que la fuite n'avait pas fait de graves dommages.

 

Interrogé sur Meet the Press de NBC, on a demandé à Biden si l'administration pouvait empêcher de nouvelles fuites, comme l'a averti Assange la semaine dernière. "Nous examinons cela en ce moment. Le ministère de la Justice examine cela", a déclaré Biden, sans donner plus de détails.

 

Lorsqu'on lui a demandé si ce qu'Assange avait fait était criminel, Biden a semblé suggérer que cela serait considéré comme criminel s'il pouvait être établi que le fondateur de WikiLeaks avait encouragé ou aidé Bradley Manning, l'analyste du renseignement américain soupçonné d'être à l'origine de la fuite. Biden a affirmé que c'était différent d'un journaliste recevant des informations divulguées.

 

"S'il a conspiré pour obtenir ces documents classifiés avec un membre de l'armée américaine, ce qui est fondamentalement différent de ce que quelqu'un tombe sur vos genoux ... vous êtes un journaliste, voici du matériel classifié."

 

Lorsqu'on lui a demandé s'il considérait Assange comme plus proche d'un terroriste de haute technologie que le lanceur d'alerte qui a publié les journaux du Pentagone dans les années 1970, qui révélaient le mensonge sur lequel était basée l'implication américaine au Vietnam, Biden a répondu : Je dirais qu'il est plus proche d’un terroriste de haute technologie que les journalistes du Pentagone.

 

Il nous a compliqué la tâche de mener nos affaires avec nos alliés et nos amis. Par exemple, lors de mes réunions - vous savez que je rencontre la plupart de ces dirigeants mondiaux - il y a maintenant un désir de me rencontrer seul, plutôt que d’avoir du personnel dans la chambre. Cela rend les choses plus encombrantes - donc cela a fait des dégâts. »

 

Il est cependant surprenant que la veille de cette conférence de presse, Biden avait déclaré à propos de WikiLeaks : « Je ne pense pas qu'il y ait de dommages substantiels. »

 

 

 

Est-ce Hillary Clinton, ici en campagne électorale avec son mari contre Trump, qui est la vraie responsable de l'acharnement des autorités US contre Julian Assange ?

Est-ce Hillary Clinton, ici en campagne électorale avec son mari contre Trump, qui est la vraie responsable de l'acharnement des autorités US contre Julian Assange ?

 

 

 

Fin novembre, Hillary Clinton alors secrétaire d’État a durement critiqué les révélations de WikiLeaks fin novembre 2010 lorsqu'elle a accusé le site Web de monter une « attaque » sur le monde ! Aurait-elle fait pression sur Biden pour qu’il change d’avis et l’exprime le lendemain ? Ce serait une explication à cet acharnement tout à fait inédit de la part du gouvernement US à l’égard d’un journaliste. Il est vrai que WikiLeaks a publié de très gênantes révélations sur les fameux e-mails de l’ancienne Secrétaire d’Etat.

 

D’ailleurs, Nils Melzer, lui non plus, ne se fait aucune illusion :

 

« L’administration Biden ne voudra pas jouer avec la CIA et la NSA. Même sous le prix Nobel de la paix Barack Obama, les préoccupations de "sécurité nationale" avaient la plus haute priorité, les meurtres par drones ont été institutionnalisés et les lanceurs d’alerte ont été sévèrement punis, tandis que les criminels de guerre et les tortionnaires jouissaient de l’impunité. Rien ne changera sous Biden à cet égard. »

 

En outre, à propos de cet acharnement, Nils Melzer ajoute :

 

« … en tant que rapporteur spécial des Nations Unies, j’ai demandé à plusieurs reprises à tous les pays directement impliqués dans cette affaire - la Grande-Bretagne, la Suède, l’Équateur et les États-Unis - des éclaircissements et recommandé des mesures concrètes. Aucun des quatre gouvernements n’était prêt à engager un dialogue constructif. Pire encore, la persécution et les mauvais traitements infligés à Assange se sont intensifiés au cours de mon enquête. Les violations de ses droits procéduraux en Angleterre sont devenues plus évidentes et même mes appels publics aux autorités pour qu’ils respectent les droits de l’homme ont été ignorés. » Ainsi, les trois pays ont plié devant le diktat US.

 

 

Le Guantanamo britannique

 

Nils Melzer rappelle :

 

« Julian Assange a été accusé d’avoir violé deux femmes en Suède, mais les procès ont été abandonnés après neuf ans, faute de preuves. De 2012 à 2019, il était en asile à l’ambassade d’Équateur à Londres. Aujourd’hui, il attend - dans le "Guantánamo britannique", la tristement célèbre prison de haute sécurité de Belmarsh - une audience en appel devant la Haute Cour, qui décidera de son extradition vers les États-Unis. À quel moment de cette évolution peut-on parler de torture, selon vos connaissances ?

 

L’évolution déterminante a commencé en mai 2017, après le changement de gouvernement en faveur d’un président favorable aux États-Unis, à Quito. Désormais, le refuge initial de l’ambassade devenait un piège pour Assange. L’hospitalité originelle s’est transformée en un quotidien de plus en plus hostile, arbitrairement réglementé, sous la surveillance constante de caméras et de mouchards espions. L’accès des visiteurs bien intentionnés est devenu de plus en plus difficile et fastidieux, et ses possibilités de communication ont été restreintes, jusqu’à l’interdiction complète de son accès à Internet et de ses contacts sociaux après l’inculpation secrète par le grand jury américain en mars 2018.

 

 

 

La prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres, le Guantanamo britannique

La prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres, le Guantanamo britannique

 

 

 

L’isolement d’Assange était délibéré, intentionnel et coordonné. Son univers est devenu de plus en plus étroit, jusqu’à ce qu’il n’y ait pratiquement plus d’endroit où se retirer et qu’il soit complètement sans défense face à la poursuite de ces abus. Il s’agit d’une forme secrète d’abus, mais qui s’intensifie progressivement et de manière cumulative, très bien connue comme de l’intimidation et qui, à long terme, provoque de graves traumatismes. En fin de compte, on lui a retiré l’asile sans aucune procédure officielle, allant jusqu’à lui retirer son rasoir trois mois plus tôt afin qu’il paraisse délibérément pouilleux comme un sale gosse, lors de son arrestation par la police britannique - pour une violation relativement mineure des conditions de libération sous caution. »

 

On connaît la suite : le procès en extradition présidé par la juge Baraister qui a en l’occurrence confondu siège et ministère public. Ce fut un procès truqué indigne d’une nation démocratique comme le Royaume Uni (nous invitons nos lecteurs à se reporter sur les analyses de ce procès postées sur Uranopole – voir les URL en fin de document) qui déboucha sur un jugement pour le moins étonnant. Assange ne peut être extradé pour des raisons médicales arguant que les conditions dans lesquelles il serait incarcéré dans une prison étatsunienne de haute sécurité seraient trop dures.

 

Victoire donc pour les partisans du journaliste australien : Assange n’est pas extradé ! Eh bien, non ! Melzer ajoute :

 

« Dans la foulée, elle [la juge Baraitser] a balayé d’un revers de main toutes les autres objections juridiques ainsi que les rapports et témoignages à décharge de la défense. La procédure d’extradition engagée par les États-Unis n’est pas motivée par des raisons politiques, Assange est une menace pour la sécurité des États-Unis, etc. L’interdiction d’extradition pour des délits politiques dans le traité d’extradition anglo-américain : non applicable. La surveillance d’Assange à l’ambassade d’Équateur et la mise sur écoute de ses conversations avec son médecin et son avocat : non répréhensible. Les effets de la menace d’extradition sur la compagne d’Assange et leurs deux enfants : rien d’inhabituel. Et le travail d’Assange au sein de WikiLeaks, la publication de matériel explosif, n’était en aucun cas couvert par la liberté de la presse. Au contraire, il a activement soutenu Chelsea Manning dans l’obtention de documents secrets, et a ainsi dépassé de loin les limites du journalisme d’investigation. »

 

Les Etats-Unis et Assange ont fait appel de la décision du tribunal de 1ère instance britannique. On verra. En attendant, Assange a été reconduit à Belmarsh où il croupit en état d’isolement. Alors, que pourrait-il se passer ?

 

Assange aura tout le temps de mourir !

 

Selon Nils Melzer :

 

« Les États-Unis ne sont pas tant préoccupés par le fait de punir personnellement Assange que par l’effet dissuasif global pour les autres journalistes, publicistes et activistes. Une procédure longue et tortueuse les arrangerait bien. Alors peut-être que la Haute Cour britannique leur renverra à nouveau l’affaire en raison des nombreuses erreurs de la première instance. Et puis, dans quelques années, l’affaire ira devant la Cour suprême. »

 

Autrement dit, Julian Assange aura tout le temps de mourir dans sa prison pourrie de Belmarsh !

 

 

 

Julian Assange isolé dans la prison de Belmarsh aura tout le temps de mourir si on ne se moblise pas sérieusement.

Julian Assange isolé dans la prison de Belmarsh aura tout le temps de mourir si on ne se moblise pas sérieusement.

 

 

 

En réalité, le jugement de Baraitser est très subtil. Il interdit l’extradition. C’était la principale revendication des militants de plus en plus nombreux en Grande Bretagne, en Europe et même aux Etats-Unis. Ainsi, le mouvement est dans une large mesure, démobilisé.  

 

 

Un honteux silence

 

 

Le journaliste indépendant Vladimir Caller I Salas, ancien membre du Parti communiste belge dont il a été exclu, fait état dans un « papier » au site Le Grand Soir de la passivité de l’ensemble de journalistes mainstream :

 

« Il est donc désolant de devoir constater le silence criant de ses collègues journalistes et des partis politiques qui s’autoproclament démocrates, écolos, socialistes et progressistes et qui, face au crime en continu qui se déroule à Londres, optent pour la pusillanimité du silence. Car ce silence contribue, discrètement mais très efficacement, à faciliter l’ignominie qui se prépare. « Il y a des circonstances, disait Miguel de Unamuno face au général franquiste Millan Astray, dans lesquelles se taire c’est mentir ». Il y en a d’autres dans lesquelles se taire c’est cautionner. En l’occurrence, la condamnation à mort que l’on mijote contre Julian et sa parole. »

 

 

Il faut mobiliser !

 

 

L’affaire est-elle donc pliée ? On peut le penser. Pourtant, la lutte continue ! Nous ne pouvons baisser les bras. Il faut mobiliser. Il faut surtout faire prendre conscience, car la propagande – il n’y a pas d’autres mots – de la presse mainstream tente à endormir l’opinion sur le scandale de la persécution de Julian Assange.

 

Il faut prendre conscience de la catastrophe que présenterait une possible disparition d’Assange. Ce serait la fin de la liberté de la presse et de la liberté d’expression déjà attaquées de toutes parts !

 

Nom de Dieu ! Journalistes, intellectuels, travailleurs, militants de tous les pays, réveillez-vous !

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 13:27

 

 

 

Le grotesque incident d’Ankara qui a vu Charles Michel, ancien Premier ministre belge et actuel Président du Conseil européen, s’asseoir à côté du Président turc Recep Tayyip Erdogan, laissant de côté la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclenché une vague d’indignations. La presse et l’opinion ont condamné à juste titre la goujaterie de Charles Michel, au point qu’il a été attribué le nom de « Sofagate » à cette affaire. Quant à Charles Michel, il s’est vu affubler le surnom de « Monsieur Patate » …

 

 

 

Charles Michel dit depuis Monsieur Patate s'asseoit délibérément à côté de Recep Tayyip Erdogan laissant carrément en plan Ursula von der Leyen.

Charles Michel dit depuis Monsieur Patate s'asseoit délibérément à côté de Recep Tayyip Erdogan laissant carrément en plan Ursula von der Leyen.

 

 

 

Au départ, on a pensé qu’Erdogan avait tendu un piège aux deux leaders de l’Union européenne en créant un lien de subordination de la Présidente de la Commission au Président du Conseil. Il aurait joué sur le point faible de l’Union européenne : sa direction bicéphale. De plus, le dirigeant turc qui ne cache pas son ambition de devenir le meneur de l’Islam sunnite radical aurait ainsi signifié le rôle secondaire de la femme dans les enjeux politiques. Ce simple fauteuil manquant a cependant ranimé un ancien contentieux que les deux dirigeants européens venaient tenter d’aplanir !

 

 

Les relations entre la Turquie et l’Union européenne sont complexes, voire exécrables, surtout depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir. Auparavant, des négociations avaient été entamées en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Devant les réticences de certains Etats-membres de l’Union et les exigences d’Erdogan, sans compter de nombreux incidents et de flagrantes violations des Droits humains, les négociations sont au point mort. Cependant, les Etats-Unis pour des raisons géopolitiques font pression sur les Européens pour accélérer le processus d’adhésion.

 

Depuis l’élection de Joe Biden, cette pression s’est accentuée. Ainsi, lors du dernier Conseil européen, le 23 mars dernier, en vidéoconférence, le président US était invité ! A quel titre et pour quelles raisons ? On n’en sait rien. En revanche, l’ordre du jour du Conseil est fixé par le président du Conseil, à savoir Charles Michel. Aurait-il pris l’initiative ? Certainement pas sans le feu vert d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron. En tout cas, on peut être certain qu’il a été question de la Turquie lors de cette réunion, puisque le voyage des deux dirigeants de l’Union se déroulait quelques jours après. Dès lors, on peut se poser la question : est-ce à la suite de ce Sommet euro-états-unien qu’Erdogan aurait décidé de donner la préséance au Conseil européen pour signaler qu’il ne négocierait pas avec la Commission ?

 

 

 

 

Sommet européen du 23 mars 2021 en vidéo conférence présidé par Charles Michel. Que vient y faire Joe Biden ?

Sommet européen du 23 mars 2021 en vidéo conférence présidé par Charles Michel. Que vient y faire Joe Biden ?

 

 

 

On peut le penser, car outre le caractère grotesque de l’incident, les entretiens entre les dirigeants européens et le Président turc ont des suites géopolitiques. Ainsi, le Premier ministre italien, Mario Draghi a exprimé sa colère. Il n’a pas hésité à traiter Erdogan de « dictateur » ! Il est en effet très inquiet de la situation en Libye où l’Italie a d’importants intérêts. L’intervention d’Erdogan en ce pays qui a été détruit par la calamiteuse intervention occidentale en 2011 à l’initiative de l’ancien président français Sarkozy, ne fait qu’accroître des tensions déjà exacerbées par la rivalité entre deux chefs de guerre de la région. Aussi, le « couac » d’Ankara n’a rien arrangé.

 

 

 

Mario Draghi le nouveau Premier ministre italien est furieux de l'incident entre les dirigeants européens et Erdogan.

Mario Draghi le nouveau Premier ministre italien est furieux de l'incident entre les dirigeants européens et Erdogan.

 

 

 

Que conclure ? Une fois de plus, l’Union européenne est affaiblie. Mais affaiblie par sa faute. L’analyste de droite français, Nicolas Baverez écrit dans « le Figaro » du 12 avril : « Cette mise en scène indigne, dont il reste incompréhensible que les deux plus hauts dirigeants de l’Union s’y soient soumis, souligne l’inconséquence de la politique d’apaisement poursuivie vis-à-vis de la démocrature islamique de Recep Tayyip Erdogan. Elle illustre le fossé entre les ambitions de l’Union et son incapacité à défendre ses intérêts comme ses principes. »

 

 

En effet, les fameux traités sans lesquels il n’y aurait pas de démocratie selon l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, comportent et organisent le point faible des institutions européennes : sa direction bicéphale. Quant à la préséance, le journaliste Jean Quatremer (« Libération » 10 avril 2021) considère qu’elle revient au Conseil. Il se réfère aux articles 15 et 17 du Traité de fonctionnement de l’UE. À leur lecture – l’article 15 dispose du rôle et de l’organisation du Conseil et l’article 17 de ceux de la Commission – il n’est nullement question de préséance.

 

 

La construction européenne qui a débuté juste après la Seconde guerre mondiale est le fruit d’un compromis entre deux visions contradictoires de l’organisation du continent. La première, la fédéraliste, prône une intégration des Etats-membres en une seule entité qui regrouperait les compétences économiques et financières et les relations internationales. Cette entité aurait priorité sur les Etats-membres, dans laquelle il y a libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. L’autre conception prône une confédération d’Etats indépendants qui négocient entre gouvernements une politique commune. C’est ce qu’on appelle l’Europe des nations prônée par de Gaulle dès la fondation de la Communauté économique européenne en 1957 devenue Union européenne en 1992 à Maastricht.

 

 

C’est ainsi que l’Union dispose de deux organes exécutifs : le Conseil qui comporte les chefs d’Etats et de gouvernements des Etats-membres et la Commission qui est un organe supranational composé d’un commissaire par Etat-membre désigné pour cinq années. Pour sa composition, la Commission dépend des Etats-membres, ainsi que pour la répartition des compétences. Dès lors, c’est l’Allemagne et la France, les deux plus puissants Etats-membres de l’Union, qui sont les maîtres du jeu. Mais pour son mandat, la Commission est indépendante des Etats et rend compte au Parlement européen.

 

 

 

Charles Michel et Ursula von der Leyen n'ont pas beaucoup d'atomes crochus en dépit des apparences depuis le début de leurs mandats.

Charles Michel et Ursula von der Leyen n'ont pas beaucoup d'atomes crochus en dépit des apparences depuis le début de leurs mandats.

 

 

 

Ainsi, les décisions politiques sont établies par le Conseil et la Commission a pour rôle d’être « gardienne des traités » et d’appliquer les décisions du Conseil qu’elle impose aux Etats-membres sous forme de directives qui sont examinées par le Parlement européen. Il est donc clair que pour l’extérieur, le véritable organe de décision de l’Union est le Conseil. Et c’est évidemment la source des conflits récurrents entre les deux organes. L’incident d’Ankara en est le dernier épisode, mais il prend des proportions considérables. Au lieu de calmer le jeu, Ursula von der Leyen, le lundi 12 avril, lors de la réunion hebdomadaire entre la Commission et le Conseil a carrément engueulé Charles Michel en exigeant que pareil incident ne se reproduise plus ! Bien sûr, elle est forte de l’appui de l’opinion publique qui est choquée par l’attitude grotesque de Monsieur Patate et aussi d’une pétition – signée entre autres par votre serviteur – qui demande la démission de l’ancien Premier ministre belge.

 

Que conclure de tout cela ?

 

L’Union européenne est dans l’incapacité d’avoir une politique étrangère. Elle ne parvient pas à imposer son point de vue et, dans le cas présent, à résoudre le contentieux avec la Turquie qui concerne la situation en Méditerranée orientale, la présence turque en Libye, la question des réfugiés et celle des Droits de l’Homme.

 

Une des principales causes est l’alignement systématique de l’UE sur la politique US. De plus, sa subordination à l’OTAN, son incapacité à définir une politique commune de défense et surtout l’impossibilité de définir le rôle de l’Union européenne dans le monde en font une entité hybride et impuissante. « L’Europe, quel numéro de téléphone ? » disait le secrétaire d’Etat US Henry Kissinger dans les années 1970-80. On se demande aujourd’hui si elle a ne fût-ce qu’une adresse courriel. Et on peut craindre que cette subordination s’accroisse depuis l’arrivée de Joe Biden et du clan belliciste démocrate à la Maison Blanche.

 

Ursula von der Leyen se faisait fort avec le commissaire européen à l’industrie, le français Thierry Breton, d’organiser une efficace campagne de vaccinations dans tout le territoire de l’Union. C’est un terrible fiasco. Rappelons-nous les contrats secrets, les carences en approvisionnement, etc. La Commission a confondu Santé publique et commerce.

 

Apparaît là un élément inquiétant : les institutions européennes sont gangrénées par les lobbies de toutes sortes qui rendent impossible toute ligne politique. Et dans le même ordre d’idée, l’Union s’est enferrée dans ces accords de libre-échange imposés par les lobbies des entreprises transnationales. Le dernier en date avec le Mercosur inquiète particulièrement les agriculteurs et les éleveurs européens.

 

Le couac d’Ankara montre la médiocrité des dirigeants européens. L’affaire des vaccins montre la médiocrité des institutions européennes.

 

À votre avis, l’Europe ne mérite-t-elle pas mieux que cette lamentable image qu’on lui donne ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 19:30

 

 

 

Ce qu’on a coutume d’appeler le « conflit israélo-palestinien » est enlisé depuis des décennies. Il se traduit par une occupation militaire de la région de la rive Ouest du Jourdain appelée Judée – Samarie par les Israéliens et Palestine par les Palestiniens, tout en étant connue sous le nom de Cisjordanie, de Jérusalem – Est, sans compter le blocus interminable de Gaza. À cela, il faut ajouter un mur qui serpente tout au long de la Ligne verte (ligne séparant l’Israël de 1949 des territoires occupés par l’armée israélienne depuis juin 1967) et une colonisation de plus en plus importante de la rive Ouest qui transforme la Palestine en Bantoustan, avant une annexion pure et simple. On ne voit poindre à terme aucune solution à ce conflit et la situation devient de plus en plus tragique pour la population palestinienne à Gaza comme en Cisjordanie. Le professeur palestinien Naji El Khatib s’est penché de manière approfondie sur la question et sa fine analyse laisse entrevoir des solutions.

 

 

 

Naji El Khatib professeur de sociologie à l'université de Naplouse en Palestine, par sa fine analyse, laisse entrevoir une solution à cet interminable conflit.

Naji El Khatib professeur de sociologie à l'université de Naplouse en Palestine, par sa fine analyse, laisse entrevoir une solution à cet interminable conflit.

 

 

 

Dès 1967, des Palestiniens se sont penchés sur leur avenir après un des chocs les plus terribles qu’ils ont subi. 1967, c’était une seconde Nakba dont on est loin d’en connaître le terme. Suite à ce terrible traumatisme, les Palestiniens ont voulu s’organiser pour faire face à l’envahisseur israélien. L’Organisation de Libération de la Palestine a été fondée en 1964 à Jérusalem et mise sous la direction de Yasser Arafat. L’OLP rassemblait plusieurs mouvements palestiniens dont le Fatah, le Front populaire de Libération de la Palestine et le Front Démocratique de Libération de la Palestine. Après la guerre des Six jours, sous l’impulsion d’Arafat, elle s’organisa en mouvements de guérilla opérant depuis la Jordanie. En 1970, au terme d’un spectaculaire détournement d’avions civils, les Bédouins fidèles au roi Hussein persécutèrent les militants de l’OLP. Ce fut ce qu’on appela le septembre noir. Arafat et ses hommes se réfugièrent au Liban et l’OLP entama une réflexion sur l’avenir de la Palestine. L’idée d’un Etat palestinien séculier germa. En 1974, le programme en dix points de l’OLP prône la création d’un Etat démocratique recouvrant toute la Palestine.

 

 

 

Yasser Arafat savourant sa victoire à Gaza en 1994, au fond, a dramatiquement échoué.

Yasser Arafat savourant sa victoire à Gaza en 1994, au fond, a dramatiquement échoué.

 

 

 

Les Israéliens prirent prétexte de ce programme pour tenter d’éliminer l’OLP. Ils considéraient que la formation d’un Etat sur toute la Palestine impliquait la suppression de l’Etat d’Israël. Il est vrai que le libellé de ce point du programme palestinien est assez équivoque et maladroit. Dès lors, les services secrets et l’armée israélienne traquèrent l’OLP sans relâche. De son côté, l’organisation palestinienne et plusieurs groupuscules accentuèrent les actions terroristes. C’était des deux côtés la stratégie de la tension. Cela a abouti à la guerre civile au Liban, entamée en 1976 à la fois contre les Palestiniens et entre factions libanaises. Les deux puissances régionales intervinrent : la Syrie et Israël. En 1982, Tsahal envahit le Liban au Sud jusqu’à Beyrouth. Arafat et ses proches durent fuir pour s’installer en Tunisie. Il n’était dès lors plus possible de trouver une quelconque solution négociée au conflit.

 

La situation se débloqua peu à peu dès 1990. Sous la pression des Américains qui souhaitaient asseoir leur influence sur l’ensemble du Moyen-Orient, après la guerre du Golfe, des négociations furent entamées entre Israéliens et Palestiniens. Elles aboutirent aux accords d’Oslo de 1993 avec en vue la fameuse solution à « deux Etats ». En réalité, ces accords étaient léonins : Israël, par le partage de la Cisjordanie en trois zones, poursuivait en réalité son occupation en zones B et C et s’octroyait le droit d’intervenir en zone A. L’Autorité palestinienne ainsi instaurée à Gaza et en Cisjordanie était un embryon d’Etat : elle ne pouvait disposer ni d’une armée, ni d’une police en armes, ni d’une monnaie.

 

 

 

La célèbre poignée de main entre Ihtzak Rabin et Yassert Arafat à Washington après la signature des accords dits d'Oslo, aura couté la vie aux deux hommes.

La célèbre poignée de main entre Ihtzak Rabin et Yassert Arafat à Washington après la signature des accords dits d'Oslo, aura couté la vie aux deux hommes.

 

 

 

Après l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1995, les accords d’Oslo furent vidés de leur substance. La colonisation reprit de plus belle. Le droit de circulation des Palestiniens fut réduit au strict minimum. La seconde Intifada en 2000 déclenchée par les provocations d’Ariel Sharon en 2000 ne fit qu’accroître les tensions. La répression israélienne fut terrible en Cisjordanie. Arafat décède en 2004. En 2005, le Hamas chassa le Fatah de Gaza. La même année, Sharon décida d’évacuer le bande Gaza en la transformant en une « prison à ciel ouvert » comme l’écrivit Stéphane Hessel. La situation est figée depuis : le mur dit de séparation, appelé d’apartheid s’étend et se renforce, la colonisation se poursuit, le sort des Palestiniens est de plus en plus précaire, La solution « à deux Etats » devient une sinistre mascarade, bien qu’elle soit officiellement prônée par toutes chancelleries.

 

Il faut en sortir ! De plus en plus de Palestiniens, mais aussi des Israéliens penchent sur ce qui semble être aujourd’hui une utopie : la fondation d’un seul Etat séculier et démocratique sur toute la Palestine avec les Israéliens et les Palestiniens. Des Israéliens militent pour l’Etat nation du peuple juif tel qu’il a été adopté par la Knesset en juillet 2018, Etat où seuls les Juifs disposeraient de la citoyenneté. Etat juif, Etat palestinien, Etat binational sont-ils vraiment le Sésame qui ouvrirait la porte à une paix véritable, à une entente entre les deux peuples ? Va-t-il réellement libérer les deux peuples de leurs carcans politiques, stratégiques, religieux, culturels ? Rien n’est moins sûr. La « solution » simplement « étatique » fait partie du vocabulaire diplomatique ou géopolitique, mais pas de la réalité vécue par les hommes et les femmes vivant sur la terre de Palestine.

 

Oui, si les Palestiniens subissent une occupation intolérable, s’ils sont à la merci des Juifs fanatiques qui colonisent leurs territoires, si le Mur d’apartheid les enferme dans un Bantoustan où les seules perspectives sont l’oppression et la misère, les Israéliens se sont enfermés eux-mêmes avec ce Mur destiné à « protéger » leur Etat. Rien de bon n’est généré par l’enfermement, sinon un destin menant au néant.

 

Pour le professeur palestinien Naji El Khatib, ces solutions « étatiques » éloignent de l’objectif initial de la lutte palestinienne : la libération. « Libération socio-culturelle pour les Palestiniens, libérations des Juifs israélisés de l’emprise de l’idéologie sioniste, libération des femmes palestiniennes et juives de la domination masculine, de la misogynie ancestrale et de la violence sexuelle, réelle et symbolique. »

 

 

 

Le Mur d'apartheid à Bethlehem. Cet édifice, en définitive, enferme les deux peuples de Palestine.

Le Mur d'apartheid à Bethlehem. Cet édifice, en définitive, enferme les deux peuples de Palestine.

 

 

 

Naji El Khatib est professeur de sociologie à Naplouse et à Paris. Il milite pour la fondation d’un seul Etat en Palestine pour tous les citoyens juifs comme arabes ou autres.

 

Cela implique évidemment énormément de renoncements de part et d’autre ! Un mouvement est né en dehors de l’OLP, du Fatah et du Hamas, essentiellement constitué d’intellectuels palestiniens qui constate l’échec de la « solution à deux Etats ». Il est en gestation et s’appelle ODS (One Democratic State).

 

Il part d’un principe considéré comme essentiel. La solution à deux Etats est partielle et « raciste ». Partielle, parce qu’elle se réfère à une seule des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la 242 qui exige qu’Israël se retire des territoires occupés. Raciste, parce que la solution à deux Etats implique la constitution de deux Etats ethniquement « purs » : un Etat juif et un Etat arabe.

 

Le raisonnement d’ODS est tout autre. Elle se réfère d’abord à la résolution 194 du Conseil de Sécurité de l’ONU qui décrète le droit au retour des Arabes expulsés par les Israéliens en 1948 et, bien entendu, à la 242.

 

« Prétendre à une recherche de la paix sans justice est le maître mot de ces « solutions » dites de « paix ». Et si une partie minime des palestiniens adhère à ce genre d’initiative en imaginant pouvoir se débarrasser des forces Israéliennes d’occupation, cela dénote d’une illusion qui s’opère au détriment de droits de deux autres tiers restants, alors il est difficile de parler d’une paix durable.

 

Or, la sécurité, la stabilité et la paix ont besoin d’une justice véritable qui manque visiblement à cette initiative comme il a manqué à tous les autres efforts américains pendant ces 23 années de comédie de négociations-tromperies, absurdes et inutiles. »

 

Aussi, conclut l’ODS :

 

« Ainsi, sur le terrain en Palestine, émerge du chaos et du désespoir une force de résistance pacifique avec une capacité de résilience incroyable : une capacité à se réinventer, produire une nouvelle pensée politique vivante, progressiste, non ethnique et hautement éthique. Pas de cris de guerre ou de vengeance aveugle mais une lutte pacifique et déterminée.

 

L’État Démocratique Unique que cette initiative promeut est un État pour tous ses citoyens, juifs, palestiniens de l’intérieur et ceux de l’extérieur (DR pour tous les réfugiés et l’obtention de leurs droits spoliés depuis 1948 et leurs droits du moment, droits politiques et civiques à la fois).

 

Il insiste sur le fait que la lutte palestinienne en ce moment n’a aucune hostilité envers la population juive de l’État actuel d’Israël, ces populations juives seront les partenaires futurs d’une citoyenneté partagée. Une citoyenneté en-devenir à construire ensemble.

 

Dans cet État unique pour un seul pays pour tous les citoyens, la paix durable sera possible, une paix basée sur la justice, le respect de la différence, et ainsi, la stabilité régionale et une garantie pour la paix mondiale.

 

Cette initiative civique palestinienne est la seule alternative à l’Initiative Française qui restera une lettre morte dans les archives poussiéreuses des chancelleries lointaines. »

 

Une telle solution qui mènerait incontestablement vers une paix réelle entre Juifs israéliens et Arabes palestiniens qui disposeraient ainsi d’une citoyenneté commune avec des droits égaux. Depuis les accords de Sikes Picot de 1916 entre l’Angleterre et la France qui, après le démantèlement de l’empire ottoman, ont organisé l’occupation coloniale de l’ensemble du Croissant fertile et divisé la Palestine, toutes les « solutions », tous les « partages » se basaient sur ces funestes accords. Avec les conséquences tragiques qui ensanglantent cette région pendant plus d’un siècle. L’ODS réussira-t-elle ? Le poids de l’histoire et la réalité des rapports de forces est telle que l’on peut en douter. Mais point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, car un Etat unique démocratique est la solution qui s’approche le plus de la Justice.

 

Le professeur Naji El Khatib garde lui la tête froide tout en étant convaincu que la solution de l’Etat unique est la seule. Il livre ici son analyse dans un texte où il définit les véritables enjeux en se référant à l’histoire politique palestinienne.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Le drapeau palestinien a beau flotter auprès du siège de l'ONU à New York, l'Etat palestinien ne sera jamais reconnu.

Le drapeau palestinien a beau flotter auprès du siège de l'ONU à New York, l'Etat palestinien ne sera jamais reconnu.

 

 

 

Archéologie de la mémoire politique palestinienne – la libération et / ou l’Etat

 

Les faits de la Nakba, du déracinement et du déplacement qui ont accompagné la création de l‘ « État d’Israël » sur les ruines de la Palestine ont été les conditions dans lesquelles les slogans de libération et de retour ont été produits en tant que slogans programmatiques d’un mouvement de libération nationale.

 

Ces faits, avant d'être traduits politiquement et militairement, exprimaient anthropologiquement une vie collective marquée par la souffrance et la prévalence de sentiments de perte et d'éloignement.

 

La politisation ultérieure de ces expériences collectives traumatiques de la conscience individuelle et collective était une tentative d’intervertir ces effets « post-traumatiques » afin de s'élever à des niveaux qui les transcendent afin de « résister » à leurs horreurs. Ici, les slogans de « libération » et de « retour » étaient les clés de la résilience, alimentant ainsi l'action de résistance et le refus d’admettre la défaite, ou ce que nous pourrions appeler dans le langage de la psychologie un acte vif pour surmonter les effets du traumatisme par la résilience.

 

Ainsi, les questions de « libération » et de « retour » ont dominé la vie politique palestinienne, laissant peu de place pour la question de l’État qui été faiblement posée pendant cette époque (1948-1967). A-t-elle été latente, attendant un changement de l’environnement stratégique ?

 

Dans le début des années 70, le slogan programmatique de l’OLP évoque la création d’un État démocratique et séculier pour toute la Palestine comme le but ultime de la lutte nationale.

 

À cette même époque, nous avons assisté à l’apparition de quelques propositions émanant des chancelleries occidentales pour résoudre le conflit, y compris un éventuel retrait des territoires occupées de la Cisjordanie et Gaza. Ces propositions ont produit un changement d’approche au sein des cercles dirigeants de l’OLP :  pour couper courts à un retour de ces territoires sous les autorités jordaniennes et égyptiennes, la question refoulée de l’État sur ces territoires refait surface dans le discours politique palestinien.

 

Ce retour fort du refoulé étatique se transforme progressivement en obsession aggravée par les défaites militaires et les échecs de la lutte menée de l’extérieur de la Palestine. L’OLP, avec ses structures semi-étatique dans une situation d’extra-territorialité a besoin vital d’un État et des territoires, à n’importe quel prix.  

 

Le « programme en dix points » de l'OLP de 1974 a inauguré une nouvelle ère de l'histoire palestinienne, une ère dans laquelle la lutte palestinienne a dévié de ses objectifs nationaux : objets du consensus général palestinien, ouvrant ainsi la voie à l'adoption de la solution dite de  « Deux-États », à l'engagement plus tard dans les « Accords d'Oslo de 1993 », et au marathon des négociations futiles qui se sont poursuivis depuis 1993 jusqu'à « le Deal du Siècle » de Trump.

 

La série de ces développements dramatiques a conduit à la distorsion de la conscience nationale palestinienne et au début de la création de conflits d’intérêts entre les composantes centrales du peuple palestinien en séparant les Palestiniens de Cisjordanie et Gaza des masses de réfugiés du Liban, de la Syrie et de la Jordanie, et en plus l'abandon des Palestiniens de 1948 en les considérant comme « Une affaire purement israélienne ».

 

L’abandon de la revendication de la libération et du droit au retour, la reconnaissance de-facto de la légitimité de l'État sioniste et de la validité de son récit fondateur, aurait enfoncé les premiers clous dans le cercueil de la cause nationale contemporaine en créant des illusions d'une solution négociée menant à la création d'un État palestinien sur 22% de la Palestine historique.

 

Les illusions de la "solution négociée à deux États" ont abouti concrètement à l'expansion des colonies et au plus de déracinement des Palestiniens de leurs terres, ce qui a conduit à un retour en force à la proposition d'un État unique démocratique et laïque pour toute la Palestine comme la seule solution. L'émergence de nombreux courants autour du slogan de « l’État démocratique unique » n'était rien d'autre que le retour à l'expression authentique, enracinée dans la pensée politique palestinienne, qui dans le passé - avant - Oslo a accompagné un mouvement national dynamique et combatif.

 

Ce que nous pouvons remarquer dans ce retour au programme de l’État unique, c'est qu'il y a une forte proéminence du terme de « l’État » comme s'il s’agissait d’un attachement obsessionnel qui occulte toutes les autres questions qui sont devenues secondaires.

 

Or, nous avons assisté à l’absence d’un approfondissement de la recherche et de l'analyse de la structure politique de cet État, de son système démocratique, de ses structures sociaux, culturels et économiques, en relation avec les questions de modernité et de la laïcité.

 

Le seul slogan d’« un État unique » a été lancé sans accompagner cette proposition d'une lourde batterie de réflexion politique et d'une analyse critique.

 

Ainsi, les courants de l'État unique ont rétabli la fixation et la sacralisation de la question de l'État que nous avons déjà observé chez les porteurs de la « solution à deux États ». Cette obsession chez ces derniers de « l’État-national indépendant et Jérusalem pour capitale »( à coté de l’État d’Israël) a été une idée qui dominait la conscience politique occultant d'autres faits, en particulier les changements provoqués par la colonisation rampante sur le terrain, ramenant les 22% théoriquement alloués à l'établissement de l'État à 10% au maximum.

 

Dans ces conditions, et pour que les courants de l'État unique ne tombent pas dans l'écueil du penchant « sacralisant » l'«État », des autres paradigmes doivent être abordés et approfondies afin d'éviter de tomber dans la vénération de cette question au détriment des autres discussions nécessaires avant, et non après, la discussion sur le lointain «État à venir».

 

Dans ce contexte, il faut réhabiliter les paradigmes de la "libération" et du "retour" en tant buts politiques unificateurs pour tous les Palestiniens, ce que nous amène aux questions relatives au démantèlement de l'État sioniste comme une tâche qui incombe aux partisans de l’«État unique ». Il faut également, réhabiliter la discussion autour des questions sociétales pour une culture démocratiques sécularisant et inclusive, l'interrogation de la démocratie comme système et la laïcité comme modèle, etc.

 

Le paradigme de « Libération » dans ce contexte, aura la tâche d’inclure la libération de la terre de la Palestine comme faisant partie d’un large mouvement de libération à diverses facettes : libération socio-culturelle pour les palestiniens, libération des juifs israélisés de l’emprise de l’idéologie sioniste, libération des femmes palestiniennes et juives israélisées de la domination masculine, de la misogynie ancestrale et de la violence sexuelle réelle et symbolique.

 

Ainsi, il est nécessaire d'organiser les axiomes du discours palestinien pour une sécularisation et démocratisation accrue de la culture politique palestinienne, d’approfondir les discussions autour de  « l’État unique » en mettant en avant la priorité de la libération de la Palestine des sionistes, libérer la Palestine de l’État raciste d’Israël, c'est-à-dire le démantèlement de l'État sioniste comme objectif stratégique dans un long processus de la création d’un État démocratique et séculier pour tous les habitants de la Palestine juifs et palestiniens y compris  les réfugiés Palestiniens. Ainsi nous mettons le cheval devant la charrette, pas derrière.

 

 

Naji El Khatib

 

 

 

 

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 21:35

 

 

 

L’échouage du gigantesque porte-containers « Ever Green » sur le canal de Suez amène à réfléchir à la mondialisation que l’on nous annonçait « heureuse », qui est en réalité « néolibérale » et dominée par les entreprises transnationales occidentales, essentiellement étatsuniennes et est plus fragile qu’on ne le pense. De plus, c’est une mondialisation « orientée » puisque les produits transportés proviennent pratiquement tous du « nouvel atelier du monde », c’est-à-dire la Chine, Taïwan, la Corée du Sud, Singapour, le Vietnam, etc. Ils parcourent la route du Sud de l’Asie pour traverser la Mer Rouge, le canal de Suez, la Méditerranée, le détroit de Gibraltar pour aboutir dans les grands ports européens comme Le Havre, Anvers, Rotterdam et les ports britanniques. Cela représente 12 % du volume du commerce mondial.

 

 

 

L'Ever Green enfin dégagé grâce au remarquable travail des ingénieurs et marins égyptiens

L'Ever Green enfin dégagé grâce au remarquable travail des ingénieurs et marins égyptiens

 

 

 

Il y a aussi plus d’une mondialisation : celle de la « nouvelle route de la soie » chinoise et celle russe de la route du Pôle Nord. Ces deux stratégies n’en sont qu’à leurs débuts et on ignore si elles réussiront, car toutes deux se heurtent à pas mal d’obstacles. Ensuite, cet accident montre les faiblesses et la fragilité de ce système de chaînes internationales d’approvisionnement. Enfin, les conséquences géopolitiques du blocage du canal de Suez pendant plusieurs jours ne sont pas négligeables.

 

Nous avons souvent évoqué l’immense projet de la « nouvelle route de la soie » qui est à la fois terrestre et maritime. Comme la Russie, la Chine a ouvert une « route de la soie polaire ». Elle a l’avantage d’être plus courte de 5 000 km par rapport à la voie du Sud. Cependant, en dépit du réchauffement climatique, elle est inaccessible en hiver sans que les cargos ne soient précédés par un brise-glace. Et en été, elle charrie des icebergs, ce qui contraint les bateaux à avoir une double coque. Il n’y a pratiquement pas de portes-containers qui en sont équipés.

 

 

 

Routes maritimes mondiales. On observe que les plus importantes sont transatlantiques et transpacifiques vers les Etats-Unis. La route dite su Sud de l'Asie à l'Europe passe par le canal de Suez.

Routes maritimes mondiales. On observe que les plus importantes sont transatlantiques et transpacifiques vers les Etats-Unis. La route dite su Sud de l'Asie à l'Europe passe par le canal de Suez.

 

 

 

Le choix du Grand Large

 

Dans une interview au « Figaro » du 31 mars 2021, l’économiste François Lenglet dit : « Il n’est de grande puissance que maritime ». Pour le moment, la plus grande puissance maritime est les Etats-Unis suivie de la Grande Bretagne. La Chine, la Russie, l’Union européenne ne représentent pas grand-chose en la matière. Ajoutons que lors de la saga du Brexit perdue par cette même Union européenne, ses dirigeants avaient oublié l’avertissement de Winston Churchill en 1950 qui était partisan de l’élaboration d’Etats unis d’Europe au sujet d’une éventuelle adhésion de la Grande-Bretagne : « Entre l’Europe et le Grand Large, l’Angleterre choisira toujours le Grand Large. » On verra si les faits lui donnent raison après le Brexit. Il est évident en tout cas que le Brexit a renforcé la mondialisation étatsunienne à laquelle la Grande Bretagne s’associe volontiers tout en conservant son influence sur le Commonwealth. Cependant, si les Etats-Unis contrôlent les routes commerciales tout au long du XXe siècle et particulièrement depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, « leur domination est aujourd’hui remise en cause par la Chine et la Russie qui veulent proposer leur propre modèle de mondialisation avec leurs itinéraires. »

 

 

 

Winston Churchill a averti l'Europe qui n'en a évidemment pas tenu compte !

Winston Churchill a averti l'Europe qui n'en a évidemment pas tenu compte !

 

 

 

Cependant, rien n’est parfait. Le modèle économique mondial est en définitive très fragile. François Lenglet le dit : « La Terre reste pleine d’entraves, souvenez-vous l’éruption du volcan islandais qui avait perturbé le trafic aérien mondial pendant des semaines [plutôt le trafic aérien passant par le Pôle Nord, c’est-à-dire essentiellement entre l’Europe et les Etats-Unis qui est, certes, le plus important], plus récemment l’épidémie de coronavirus, ou tout simplement l’aspiration à disposer de frontières nationales, avec l’essor du souverainisme contemporain. »

 

 

 

L'économiste François Lenglet, chantre du néolibéralisme, a manifestement évolué vers une analyse plus objective. C'est tout à son honneur.

L'économiste François Lenglet, chantre du néolibéralisme, a manifestement évolué vers une analyse plus objective. C'est tout à son honneur.

 

 

 

La tour de Babel qui défie la démesure.

 

Un autre aspect qu’a découvert le grand public avec l’accident de l’Ever Green est la course au gigantisme. Course à la croissance, course au gigantisme, c’est du pareil au même. François Lenglet en est conscient : « Ce qui me frappe dans l’incident de l’Ever Given, c’est la punition du géant et de sa démesure, ces navires toujours plus grands, des piles de conteneurs toujours plus hautes, victimes de l’étroitesse du canal… Comme la tour de Babel. Comme cette tour biblique qui défiait aussi la mesure. Les navires sont les symboles même de l’international, avec des équipages et des marchandises de toutes nationalités, et un pavillon de « non pays », celui des paradis fiscaux. Cet accident est un nouvel avertissement sur la mondialisation et ses tensions. »

 

 

 

Photos satellites du canal de Suez "embouteillé" aussi bien du côte de la Mer Rouge que de la Méditerranée. La fragilité de la mondialisation !

Photos satellites du canal de Suez "embouteillé" aussi bien du côte de la Mer Rouge que de la Méditerranée. La fragilité de la mondialisation !

 

 

 

Un autre économiste, le belge anversois Geert Noels dénonce aussi le gigantisme. Il s’agit d’un des consultants les plus importants à Anvers, un des plus grands ports d’Europe. Il est cofondateur d’Econopolis « traduit les paroles du livre et de la série télévisée Econoshock – écrit par Geert Noels – en actes : la gestion de patrimoine pour la nouvelle ère financière et économique. » Bref, un consultant et un gestionnaire de patrimoines, pur produit ultralibéral, à l’exception notable qu’il voit à long terme. Et puis, Noels est l’auteur d’un ouvrage paru en 2019 et traduit dans plusieurs langues, justement intitulé « Gigantisme » (édition en français, Bruxelles, éd. Racine, 2019) qui, lui, ne s’inscrit pas dans la doxa ultralibérale !

 

 

 

L'économiste anversois Geert Noels a lui aussi évolué de l'hypercapitalisme vers une vision plus raisonnable et surtout tenant compte de facteurs humains et environnementaux.

L'économiste anversois Geert Noels a lui aussi évolué de l'hypercapitalisme vers une vision plus raisonnable et surtout tenant compte de facteurs humains et environnementaux.

 

 

 

« Si elle [la mondialisation] était équilibrée, elle pourrait absorber un incident comme celui-là car il serait possible de diversifier et décentraliser une certaine partie de la production. Mais le problème ici, c’est que les bateaux sont devenus tellement gigantesques que tout doit toujours suivre. Les ports, les canaux…. On touche aux limites de ce qui est possible. On est en train d’expérimenter ce qu’on a vu dans le transport aérien avec l’A380. Cet avion n’a pas été un succès car il nécessitait tellement de changements d’infrastructures que ce n’était plus rentable. On peut considérer l’incident du canal de Suez comme une “bénédiction déguisée”. Cela fait prendre conscience des exagérations de notre modèle. Produire des choses au bout du monde alors qu’elles sont nécessaires pour certaines industries locales, ça peut être une source de fragilité. On dit toujours que la globalisation est robuste mais on voit, lors de ce genre de dérapages, que ce n’est pas toujours vrai. Ça a poussé la remontée de l’inflation sur le plan mondial et il y aura des répercussions sur la chaîne de distribution. »

 

Le monde des vivants ralentit, celui des objets s’accélère.

 

En outre, Geert Noels souhaite revoir la stratégie des stocks à flux tendus qui consiste à limiter au maximum les coûts engendrés par les stocks. L’échouage de l’Ever Green avec le blocage du canal de Suez montre bien la fragilité et la nuisance de ce type de management.

 

Ainsi, dans un communiqué, la fameuse entreprise transnationale d’ameublement suédoise Ikea a déclaré à l’AFP : « avoir environ 110 conteneurs sur l'Ever Given et d'autres sur des navires coincés. C'est une contrainte supplémentaire qui s'ajoute à une situation déjà éprouvante et volatile pour les chaînes d'approvisionnement déclenchée par la pandémie de Covid 19 ».

 

Et ici, on touche au surréalisme :

 

 

Avec un humour typiquement british un patron d’une entreprise britannique spécialisée dans le bois a déclaré à la BBC : « J'ai dit à un de mes clients que son parquet bloquait le canal de Suez, il ne m'a pas cru ». Une cargaison de lames de parquet en chêne français conditionnées en Chine destiné à ce client est transportée par l'Ever Given !

 

 

Donc, un importateur anglais commande des lames de parquet de chênes abattus en la France et envoyés en Chine pour y être conditionnées et puis exportées vers la Grande Bretagne pour lui être livrées ! Il n’y aurait pas de chênes en Albion et elle n’aurait pas non plus de bonnes scieries. De même d’ailleurs pour la France ! Et le comble, le parquet ainsi traité est meilleur marché que le même parquet conditionné en France ou en Angleterre !

 

 

Eh bien ! C’est cela la mondialisation ! La course au moindre coût pour le plus grand bénéfice des entreprises transnationales !

 

 

 

Cette stratégie des stocks à flux tendus est bien fragile. Et puis, ces routes maritimes sont à la merci du moindre accident ou acte de terrorisme ou de piratage...

Cette stratégie des stocks à flux tendus est bien fragile. Et puis, ces routes maritimes sont à la merci du moindre accident ou acte de terrorisme ou de piratage...

 

 

 

C’est d’ailleurs – et c’est bien plus dramatique – ce qui se passe avec les vaccins contre le Covid qui sont inoculés quasi au compte-gouttes à la population, avec toutes les conséquences à la fois sur la santé publique, sur la saturation des hôpitaux – eux aussi victimes des réductions drastiques des coûts – et sur la paralysie de plusieurs secteurs économiques. François Lenglet le dénonce aussi.

 

« Tension accrue par l’épidémie, qui a déchaîné les flux internationaux de marchandises. En apparence, la planète est encore immobile, au moins en Occident, avec des hommes qui ne bougent pas. Le client est immobile et tout vient à lui par livraison, c’est l’économie sans contact. Le monde des vivants ralentit, mais celui des objets s’accélère grâce aux porte-conteneurs, qui sont le complément indispensable de l’écran sur lequel nous commandons tous les objets possibles. »

 

L’OMS vient d’exprimer son inquiétude sur la lenteur d’administration des vaccins en Europe ! Encore une leçon dont on ne tiendra bien sûr pas compte. Cause toujours !

 

 

 

A cause de cette lenteur dans la campagne de vaccination, les hôpitaux sont à nouveau saturés. Ici, un infirmier à la clinique St-Pierre à Bruxelles.

A cause de cette lenteur dans la campagne de vaccination, les hôpitaux sont à nouveau saturés. Ici, un infirmier à la clinique St-Pierre à Bruxelles.

 

 

 

Ricardo a colonisé notre assiette !

 

Un autre aspect a été révélé. Comme dit Lenglet « A l’occasion de cet incident, nous découvrons aussi les arrière-cuisines e la mondialisation. 130 000 moutons, provenant de Roumanie, sont restés bloqués… » En effet, l’Ever Green bloquait entre autres onze navires transportant en tout ces 130 000 moutons en provenance de Roumanie. Bloqués dans ces cargos où la chaleur devenait insupportable, les autorités égyptiennes ont fait livrer du fourrage à ces bateaux et plusieurs vétérinaires ont été dépêchés pour les examiner et les soigner.

 

Question : Pour quelles raisons entassait-on dans ces cargos cette énorme masse d’ovidés ? Pourquoi les exporte-t-on vers des pays qui en élèvent sur leur propre territoire ? Comme l’ajoute François Lenglet : « Deux choses se sont superposées : la question du bien-être animal, ignorée par les intérêts économiques, et la double atteinte à l’environnement avec les élevages intensifs et le transport de leur production par voie de mer. »

 

L’économiste français ajoute que ce sont les dégâts de l’hyperspécialisation : « les moutons en Roumanie, les avocats au Mexique, le quinoa en Amérique du Sud, le bœuf en Argentine ». Et Lenglet constate : « Ricardo a colonisé notre assiette ! »

Et François Lenglet qui comme son confrère Geert Noels en sont manifestement revenus de l’ultralibéralisme, conclut :

 

« Dans ce système qui gouverne l’approvisionnement mondial, on ne paye pas les externalités : la souffrance des animaux, le carbone émis par les navires, etc. Le problème est que notre système de prix ne mesure pas tous ces effets secondaires. Or, tout ce qui n’est pas mesuré n’est pas facturé. C’est pourquoi un consommateur français paiera moins cher un mouton élevé en Roumanie qu’un autre élevé dans la Creuse. Si on mesurait les coûts véritables de la production et du transport, c’est toute la géographie économique du monde qui serait transformée. Et l’avantage comparatif reviendrait à la Creuse. »

 

Un dernier exemple donné par Jean Ziegler et évoqué ici il y a quelques semaines (voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2021/03/l-universalisme-est-a-reinventer.html )

 

« Au Niger, des marchés vendent des fruits, des légumes, des volailles provenant d’Europe, alors que les paysans locaux en produisent eux-mêmes. Tout simplement, l’agriculture étant subventionnée en Union européenne, les produits locaux sont plus chers en Afrique et le consommateur local choisira évidemment le meilleur marché au plus grand profit des transnationales de l’agroalimentaire. C’est ainsi que l’on ruine l’économie des pays d’Afrique noire et que l’on jette des milliers de paysans dans la misère. C’est aussi la conséquence des traités de libre-échange tant vantés par la propagande occidentale qui y voit là aussi « le nouvel ordre mondial » !

 

C’est le bon sens même. Mais il y a un obstacle quasi infranchissable : la mondialisation profite à des groupes d’intérêts d’une puissance colossale tels que les grandes entreprises transnationales et les grandes banques internationales comme Goldman Sachs et aussi le mafias de toutes sortes. Combattre ces mastodontes relève de Don Quichotte et de Sancho Panza ! Pour le moment, du moins.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 13:27

 

 

 

Mon camarade et ami Bernard Gensane, linguiste, fin connaisseur de la langue anglaise et de George Orwell, professeur retraité, blogueur, membre actif du site le « Grand Soir », vient de publier sur Facebook un courriel circulaire d’une de ses collègues et amies, professeur de littérature et spécialiste de la poésie, collègue et amie dont il ne donne pas le nom, et pour cause.

 

 

 

Bernard Gensane, un analyste de George Orwell et un défenseur infatigable des valeurs fondamentales progressistes et universalistes

Bernard Gensane, un analyste de George Orwell et un défenseur infatigable des valeurs fondamentales progressistes et universalistes

 

 

 

Cette dame se trouve fustigée par une partie de ses élèves pour « racisme », « conservatisme », propos « discriminants », et j’en passe. Son crime ? Avoir constitué un dossier de presse destiné à son cours de traductologie sur la poétesse noire, pardon afro-américaine, Amanda Gorman. On se rappelle que la traduction de ses poèmes en français a déclenché un tsunami de protestations parce que la traductrice était une Française « blanche » !

 

 

 

Amanda Gorman à la bibliothèque de Washington

Amanda Gorman à la bibliothèque de Washington

 

 

 

Et ce n’est pas tout : dans son dossier, ladite prof a ajouté un article d’une traductrice béninoise Sika Fakambi. Une Européenne « blanche » qui parle d’une Africaine « noire » ! Quel scandale ! 

 

 

Bernard ne nous informe pas encore des suites de cette affaire. Cette professeure a-t-elle pu donner son cours ? Y a-t-il eu des troubles ? Ou bien, a-t-elle renoncé ? On l’apprendra incessamment.

 

 

En tout cas, ce nouveau scandale perturbe l’enseignement supérieur en France comme en Belgique. Le cas de cette enseignante française est à mettre en parallèle avec celui de Nadia Geerts évoqué récemment sur Uranopole (https://uranopole.over-blog.com/2021/01/nadia-geerts-aux-armes-citoyens.html ), enseignante et militante laïque et féministe qui, elle aussi, est menacée pour ses prises de position et son refus des signes religieux dans les écoles. Il y a cependant une différence fondamentale : Nadia Geerts est militante, tandis que l’enseignante évoquée par Bernard Gensane n’est engagée en rien dans des mouvements politiques, philosophiques ou syndicaux. Cela dit, ces insultes sont inadmissibles !

 

 

C’est cela qui est très grave. On accuse une pédagogue non pour ses prises de position, mais sur la philosophie même de son enseignement. Ce mouvement « décolonial », « racisé », « woke » constitue une grave dérive de l’antiracisme, mais aussi de la pensée. Il crée un véritable apartheid intellectuel en voulant interdire à une traductrice ou à une enseignante « blanche » de traduire ou de professer les œuvres d’auteurs « noirs » ! Un doctorant qui soutient la professeure de traductologie s’inquiète de cette dérive « augurant fort mal de l’avenir intellectuel de notre pays. »

 

 

On peut se poser la question : n’est-ce pas ici la clé de ce mouvement « intersectionnel » qui a éclaté en Europe depuis l’assassinat de George Floyd et le mouvement « Black lives matter » ? Même la fondatrice de l’intersectionnalité, la juriste californienne Kimberlé Crenshaw (voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2020/06/le-debat-oui-mais-pas-le-baillon.html ), a déclaré que toute cette violence est excessive et dangereuse.

 

 

Aussi, demandons-nous : n’y a-t-il donc pas derrière tout cela une volonté de destruction ? Mais dans quel but et par qui ? Nous aurons l’occasion d’en reparler.

 

 

 

Audrey Pulvar aurait mieux fait de s'abstenir de débiter ses conneries à BFMTV.

Audrey Pulvar aurait mieux fait de s'abstenir de débiter ses conneries à BFMTV.

 

 

 

En tout cas, on peut compter sur les « idiots utiles » [c’est volontairement que j’use de cette expression] pour en rajouter. Songeons à la journaliste, présentatrice de télé et candidate PS aux élections régionales en France, Audrey Pulvar qui a déclaré sur BFMTV qu’elle « préfère les réunions “réservées à“ [aux noirs] que les réunions “interdites à“ [aux blancs]. Si une femme ou un homme blanc venait à y participer, il serait prié de se taire. »

 

 

Quand on sort ce genre de connerie, il ne faut pas s’étonner d’ouvrir un boulevard à l’extrême-droite. Merci la gauche bobo !

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

AGRESSIONS VERBALES (EN ATTENDANT LES PHYSIQUES) DANS L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : ÇA CONTINUE.

 

 

Bernard Gensane

 

Je viens de recevoir un courriel circulaire d'une de mes collègues et amies. Elle est professeur de littérature, spécialiste de poésie, à 1 000 lieues de tout enseignement polémique et politique.

 

« Je veux vous entretenir du résultat de l’expérience que j’avais menée auprès de la promotion d’étudiants de M2 Recherche de notre Département en leur soumettant, dans le cadre du cours de traductologie que j’assure, un dossier de presse réuni sur la question du poème d’Amanda Gorman.

 

 

J’avais terminé la séance précédente, mardi dernier, en les informant de ce dossier de presse et en évoquant la fameuse « équivalence sans identité » de Ricœur, mais aussi Berman et la traduction comme terre d’hospitalité, en lisant un petit article remarquable de la traductrice Sika Fakambi, Béninoise qui a eu à cœur de traduire des auteurs de divers horizons et plaide pour cette ouverture. 

 

 

La réaction fut longue, et je ne l’ai apprise que ce soir. Mon prochain cours avec eux est demain, et j’ai la tentation de fuir. Une de mes étudiantes, choquée, m’a appelée ce soir pour me dire qu’elle avait vu hier l’explosion d’une véritable cabale à mon encontre : je suis une « sale raciste », « conservatrice », mes propos sont « honteux » et « discriminants », et le dossier de presse en question « pue le racisme ». Sur trente, une  dizaine s’est déchaînée de la sorte, allant jusqu’à m’insulter (je n’ai pas cherché à savoir la teneur de ces insultes, ne cherchant pas à souffrir davantage). Il paraît même que certains d’entre eux sont prêts à m’insulter en cours.

 

 

Je tiens à préciser que, normalement, j’ai de très bons rapports avec les étudiants (quoique n’étant certainement pas le phœnix des hôtes de ces bois, je pense être humaine, douce et bienveillante). Trois doctorants, avec lesquels j’ai eu l’occasion de parler ce soir, sont profondément choqués par le traitement qui m’a été réservé, qu’ils jugent non seulement très injuste à mon égard mais aussi inquiétant car augurant fort mal de l’avenir intellectuel de notre pays. Je suis, pour ma part, profondément blessée et triste, en proie à un désarroi grandissant face à cet emballement d’une médiocrité dont on mesure plus les assauts, à un délabrement inexorable, à une envie de baisser les bras et de tout abandonner.

 

 

Demain sera peut-être un autre jour, même si je n’y crois plus… »

 

 

PS (BG) : la photo du scandale. Une traductrice blanche avait été initialement choisie pour traduire une autrice noire. Moi qui fus un professeur de littérature BLANC mais qui ai osé — honte à moi – enseigner des auteurs noirs, ces paradoxes à la con m'excitent à la folie !

 

 

 

Une Nadia Geerts française ?
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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 21:03

 

 

 

Le dimanche 28 mars 2021, ce sera rebelote : nous passons pour la quarante-troisième fois à l’heure d’été. Outre le réel désagrément provoqué par ce changement d’heure bisannuel, cette heure dite d’été qui s’achèvera cette année-ci le 31 octobre, comporte de réelles nuisances en dépit de l’avantage assez futile de longues soirées ensoleillées pendant une partie de la saison estivale.

 

Dimanche dernier, le 21 mars, la chaîne RTL-TVI m’a fait l’honneur de m’inviter à participer à l’émission débat hebdomadaire du dimanche midi animée par le journaliste Christophe Deborsu. Ce fut très court et il était impossible de synthétiser cette problématique assez complexe en trois minutes, d’autant plus que mon interlocuteur était le député européen PS Marc Tarabella que j’apprécie par ailleurs pour son travail dicté par un sens social aigu, en bon politicien, monopolisa la parole pendant quatre minutes pour défendre l’heure d’été !

 

 

 

Le député européen PS Marc Tarabella face à votre serviteurLe député européen PS Marc Tarabella face à votre serviteur

Le député européen PS Marc Tarabella face à votre serviteur

 

 

 

Remontons le temps.

 

Pour bien comprendre la question, il faut remonter le… temps.

 

Au XIXe siècle, il y avait une certaine anarchie dans la fixation de l’heure aussi bien au sein des nations qu’entre elles. Ainsi, en Belgique, jusqu’en 1842, l’heure était différente d’une ville à l’autre ! C’est le développement du chemin de fer qui a imposé une heure unique sur tout le territoire. À la fin de ce siècle, avec le développement des transports internationaux, il s’avérait indispensable d’harmoniser cette question d’heure sur l’ensemble du globe.

 

En 1847, la British Railway Clearing House recommande de son côté à toutes les compagnies d’adopter le temps moyen de l’observatoire de Greenwich, qui servait déjà de référence aux navigateurs. En 1883, les entreprises ferroviaires étatsuniennes et canadiennes scindent leur territoire en cinq zones égales, introduisant du même coup la nouvelle notion de « fuseau horaire ». Un an plus tard, la Conférence internationale de Washington instaure le partage du globe terrestre en 24 zones d’une heure, avec comme référence le méridien de Greenwich - appelé également « méridien zéro ». Ce système fut rapidement adopté par la plupart des pays du monde. Du moins en théorie.

 

 

 

La Terre a été divisée en 24 fuseaux horaires au départ du fuseau 0 au centre duquel se trouve le méridien de Greenwich. On observe que tous les pays du continent européen riverains de la Mer du Nord à l'exception des pays scandinaves,  font partie  du fuseau horaire de Greenwih qui correspond à l'heure UTC 0.

La Terre a été divisée en 24 fuseaux horaires au départ du fuseau 0 au centre duquel se trouve le méridien de Greenwich. On observe que tous les pays du continent européen riverains de la Mer du Nord à l'exception des pays scandinaves, font partie du fuseau horaire de Greenwih qui correspond à l'heure UTC 0.

 

 

 

La Belgique, en tout cas, l’adopta puisque le fuseau horaire dont le méridien central était celui de Greenwich couvrait tous les pays européens riverains de la mer du Nord, à l’exception des pays scandinaves. En 1885, un arrêté royal fixa l’heure de Greenwich (GMT – Greenwich Mean Time) comme heure légale sur tout le territoire du royaume de Belgique. Ce système dura jusqu’en 1946, à l’exception des deux périodes d’occupation allemande. Les Français, bien que Paris se trouve pratiquement sur le méridien de Greenwich instaurent un décalage d’une heure (GMT + 1) comme heure légale.

 

Les Allemands durant l’occupation imposent l’heure d’été, c’est-à-dire l’heure de Berlin (à savoir GMT + 2) dans les territoires occupés. Il y eut donc l’annuel double changement d’heure comme nous le connaissons aujourd’hui.

 

Après la fin de la Seconde guerre mondiale, en 1946, l’heure de l’Europe occidentale continentale fut fixée à GMT + 1. C’est en 1974 que Valéry Giscard d’Estaing, frais élu président de la République française, obsédé par des réformes de toutes sortes qui étaient sensées faire rentrer la France dans l’ère « moderne » émit l’idée de l’introduction de l’heure d’été afin, prétendit-il, d’économiser de l’énergie – c’était l’époque de la première crise pétrolière ! C’est en 1977 que ce système fut introduit dans l’Europe des Neuf et se répandit petit à petit dans l’ensemble du monde.

 

 

 

Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française de 1974 à 1981, le surdoué libéral qui introduisit des réformes prétendument modernistes qui causèrent bien des difficultés.

Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française de 1974 à 1981, le surdoué libéral qui introduisit des réformes prétendument modernistes qui causèrent bien des difficultés.

 

 

 

Depuis lors, ce système a fonctionné vaille que vaille sans aucune modification. Pour des raisons astronomiques, il a été décidé en 1972 de passer de GMT à UTC (Universal Time Coordinated – Temps Universel Coordonné). En effet, grâce aux progrès technologiques, on ne mesurait plus le temps sur la base d’observations astronomiques, mais sur celle de l’heure atomique qui est bien plus précise. Cependant, régulièrement, il faut ajuster l’heure atomique avec l’heure astronomique, parce que cette dernière subit d’infimes irrégularités dues à des perturbations dans le mouvement de rotation de la Terre sur son axe et dans son mouvement de révolution autour du Soleil. En outre, il convient également de coordonner les horloges atomiques des différents observatoires dont celui de Belgique. De plus, il y a une différence entre UTC et GMT : la journée GMT commence à midi, alors que la journée UTC débute à 0 h 00.

 

 

Le château de carte du changement d’heure bisannuel s’effondre !

 

 

Cela a bougé en ce qui concerne le passage régulier heure d’été – heure d’hiver à partir de 2014. La Russie, puis la Turquie ont décidé d’en revenir à une seule heure, l’heure d’hiver.

 

 

Le changement d'heure a été introduit en URSS le 1er avril 1981. L'heure d'été débute le 1er avril et se termine le 1er octobre de chaque année, jusqu'en 1984, date à laquelle l'URSS adopte les règles de changement d'heure européennes, passant à l'heure d'été à 02:00 le dernier dimanche de mars en avançant d'une heure et revenant à l'heure d'hiver à 03:00 le dernier dimanche d'octobre (de septembre, jusqu'en 1995).

 

 

L'usage du changement d'heure a perduré après l'effondrement de l'Union soviétique mais fut officiellement abandonné par décision du président de la Fédération de Russie Dimitri Medvedev en février 2011. Moscou est donc resté quelques années à l'heure d'été de manière fixe avec un décalage UTC+4.

 

 

En juillet 2014, Vladimir Poutine a signé le passage définitif à l'heure d'hiver. Le 26 octobre 2014, l'heure russe a été reculée d'une heure, et le changement d'heure ne s'effectue plus. En plus, le nombre de fuseaux horaires repasse de 9 à 11 sur l’ensemble du territoire de la Russie.

 

 

Quant à la Turquie, À partir du 30 octobre 2016, ce pays vit à l’heure d’été… toute l’année. Fini le réglage des montres et des pendules deux fois par an, dorénavant on ne touche plus aux aiguilles. Adoubée en conseil des ministres, la décision a fait l’objet d’un arrêté publié le 8 septembre 2016 au Journal officiel. Il y a des raisons religieuses à l’adoption de cette mesure : l’heure d’été en Turquie est à l’unisson avec l’heure des Etats du Golfe et de l’Arabie saoudite. Les théologiens en rêvaient depuis longtemps. Désormais, les prières, les grandes fêtes religieuses, le lancement et la fin du ramadan auront lieu en même temps qu’à La Mecque et à Médine. Les nationalistes laïques, partisans de la grande Eurasie, eux, auraient voulu une union horaire avec la Russie.

 

 

 

Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, perplexe, ne sait pas très bien à quelle heure il doit partir...

Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, perplexe, ne sait pas très bien à quelle heure il doit partir...

 

 

 

Ces décisions unilatérales des deux grands pays limitrophes de ceux de l’Union européenne posa des problèmes de coordination d’horaires de transport. Aussi, la Commission européenne a organisé il y a trois ans via Internet une consultation sur le changement d’heure. Il en résulte qu’une large majorité souhaite sa suppression. Cependant quelle heure faudra-t-il adopter pour toute l’année ? Le Président de la Commission à l’époque, Jean-Claude Juncker opta pour le maintien de l’heure d’été toute l’année, ainsi que le Premier ministre belge Charles Michel, actuel président du Conseil européen.

 

Pour le retour à l’heure d’hiver toute l'année

 

Comme bien d’autres, au contraire, je plaide pour le retour à l’heure d’hiver comme c’était le cas avant 1977 et ce, pour plusieurs raisons.

 

L’heure d’été pour les pays arrosés par la Mer du Nord et l’Océan Atlantique a un décalage de 2 heures par rapport à l’heure solaire moyenne au méridien de Greenwich dite UTC.  En réalité, la Belgique a un décalage réel d’environ 20 minutes par rapport à UTC. Donc, l’heure d’été est en avance de 1 h 20 min par rapport à UTC.  En France, la ville de Perpignan (Pyrénées orientales) est située sur le méridien de Greenwich ; donc les villes de Saint-Jean de Luz, Biarritz, Bordeaux sont situées à l’Ouest de ce méridien et ont aussi un décalage de 1 heure en été ! C’est aussi le cas de la côte Nord-Ouest de l’Espagne. Et n’oublions pas la pointe occidentale de la Bretagne qui se termine à l’Ouest de la côte Sud de l’Angleterre !

 

Officiellement, on appelle l’heure d’été de l’acronyme CEST (Central European Summer Time), autrement dit l’heure d’été d’Europe centrale, c’est-à-dire celle de Berlin et l’heure d’hiver WET (Western European Time). En introduisant l’heure d’été pendant toute l’année, on s’alignera sur celle de la capitale germanique sans compter qu’ainsi, on maintient une absurdité sur le plan géographique. N’y a-t-il pas là une volonté politique d’instaurer une seule heure sur le territoire de l’Union européenne, heure qui est celle de Berlin. Cela passe mal pour bon nombre de citoyens des  pays autrefois occupés par les  Allemands.

 

En plus, l’heure d’été en saison hivernale à nos latitudes n’apporterait guère l’avantage d’une soirée claire plus longue. En effet, étant donné l’inclinaison de l’axe de la Terre par rapport au plan de l’écliptique, c’est-à-dire l’orbite apparente du Soleil durant la révolution annuelle de la Terre, les nuits sont plus longues en hiver. Ainsi, par exemple, si on applique l’heure d’été, le 15 novembre, le Soleil se lèvera à 8 h 57 et se couchera à 17 h 56. En fait la « longue soirée » désirée sera plutôt courte. Le 15 décembre, le lever du Soleil sera à 9 h 38 et son coucher à 17 h 37, enfin, le 15 janvier, lever 9 h 39, coucher 18 h 05 (référence : annuaire de l’Observatoire Royal de Belgique). L’heure d’été sera particulièrement désavantageuse en hiver : la journée éclairée commencera fort tard (entre 9 h et 9 h 40 à peu près) et la période nocturne ne commencera pas bien plus tard (environ entre 17 h 30 et 18 h).

 

Ce maintien de l’heure d’été aura en outre d’importantes conséquences sociales qu’on ne semble guère prendre en compte. Les premiers atteints sont les paysans qui doivent se lever plus tôt : la traite des vaches est réglée sur l’heure solaire et non sur l’heure conventionnelle des humains. Le maintien de ce décalage durant toute l’année provoquera de nombreux inconvénients. Les écoles commenceront les cours en hiver lorsqu’il fera encore nuit et la première récréation se déroulera dans le noir ou la pénombre ! Et n’oublions pas tous les travailleurs en pauses et ceux qui commencent tôt le matin pour nous rendre des services essentiels : les urgentistes dans les hôpitaux, les infirmières, les pompiers, les policiers, les éboueurs, les cheminots, les chauffeurs de poids lourds, les travailleurs des marchés matinaux et j’en passe. Sur le plan de la santé, cet obligatoire lever nocturne provoquera immanquablement des troubles aussi bien psychologiques que thérapeutiques. Notre « nouveau » monde n’en cause-t-il pas suffisamment ainsi ? Et tout cela pour l’illusion de longues soirées d’hiver à grelotter à la terrasse plutôt qu’à lire et aimer au coin du feu !

 

Les arguments avancés par les partisans de l’heure d’été comme le député Marc Tarabella sont avant tout hédonistes : le plaisir des longues soirées ensoleillées en été. Certes, c’est bien de s’occuper des couche-tard, encore faut-il ne pas oublier les lève-tôt qui, eux, n’apprécient pas beaucoup de commencer leur journée de travail dans la nuit ou la pénombre.

 

Après tout, à la réflexion, l’heure d’hiver toute l’année nous apportera plus de lumière que l’heure d’été.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 21:13

 

 

 

Les menaces proférées à l’égard de l’enseignante et militante laïque Nadia Geerts ont un mérite : le débat sur les relations entre la société belge occidentale et les musulmans est enfin lancé. (voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2021/01/nadia-geerts-aux-armes-citoyens.html )

 

 

 

Nadia Geerts en entretien avec Bercoff l'animateur de la très droitière Sud Radio en France...

Nadia Geerts en entretien avec Bercoff l'animateur de la très droitière Sud Radio en France...

 

 

 

Deux points-de-vue s’opposaient : celui de l’intellectuel bruxellois Henri Goldman qui estime normal, voire nécessaire d’accepter les préceptes de la religion islamique, car ils font partie de la culture des populations musulmanes le plus souvent immigrées qui vivent en Europe et qui, au vu de leur nombre, ont un poids politique important dans la société européenne. L’autre vision exprimée radicalement par Nadia Geerts, considère au contraire que ces préceptes religieux représentent un danger mortel non seulement pour la société laïque occidentale, mais aussi pour les musulmans eux-mêmes, essentiellement les femmes à qui on impose un code vestimentaire comme les différentes sortes de foulards qui seraient discriminatoires et sexistes.

 

 

 

Henri Goldman a beau chanter la chanson de Sarah, peu de gens l'écoutent... malheureusment.

Henri Goldman a beau chanter la chanson de Sarah, peu de gens l'écoutent... malheureusment.

 

 

 

En dépit des menaces à l’égard de Nadia Geerts qui ont ému pas mal de monde et des opposants à ses thèses, comme Henri Goldman, justement, les positions sont restées figées et se sont même radicalisées. Ce dernier a réagi à ces menaces par un post sur son blog « cosmopolite ». (https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/blog/nadia-g-madone-des-dominants ) En les condamnant fermement, Goldman fustige l’attitude de l’enseignante Geerts :

 

« Encore faut-il ne pas abuser de la posture victimaire, surtout si on ne se prive jamais de la dénoncer chez les autres. En tête de son blog, Nadia Geerts se présente comme "une militante belge laïque, féministe et antiraciste qui pense volontiers à contre-courant". À contre-courant ? Ça ne me saute pas aux yeux. La polémiste a ses ronds de serviette dans quelques médias distingués. Depuis des années, elle est chez elle à la RTBF dont elle fut la saison dernière une invitée récurrente. Elle jouit de soutiens de poids, comme ceux et celles qui ont signé cette carte blanche. Pour parler de sa Belgique, elle dispose désormais d'une chronique régulière dans l'hebdomadaire français Marianne qui s'affiche dans tous les kiosques et écrit aussi dans Causeurun mensuel qui oscille entre Éric Zemmour et Alain Finkielkraut (en manchette). Soit des publications qui ne sont pas spécialement connues pour "penser à contre-courant" de la pensée dominante. Quel contradicteur de Nadia Geerts peut disposer d'autant d'espaces pour s'exprimer ? »

 

Dans le même article, Henri Goldman insiste :

 

« Nadia Geerts, formatrice de futurs enseignants dans une Haute école bruxelloise, a toujours été intransigeante sur la "neutralité vestimentaire" de ses étudiantes. Elle n'en démordait pas : pas question qu'elles aient la tête couverte pendant leurs études puisqu'elles devront se découvrir quand elles exerceront leur profession. Autant qu'elles s'y habituent tout de suite. Pour cette raison, elle avait salué l'arrêt de la Cour constitutionnelle confirmant le droit des établissements de l'enseignement supérieur d'interdire le port du foulard par les étudiantes via des règlements d'ordre intérieur. Dans sa chronique de Marianne (17 juin 2020)elle estimait que cette décision prenait fait et cause pour une interprétation "républicaine" de l'égalité. Adjectif mal choisi : il lui a sans doute échappé que dans la République française, AUCUN établissement d'enseignement supérieur n'est autorisé à limiter la liberté de conscience d'étudiantes adultes, même de celles qui se destinent à l'enseignement. De même, il lui a aussi échappé qu'en Belgique, l'Université forme également des professeurs et que le port de "signes convictionnels" y est autorisé partout. »

 

Bref, c’est l’ambiance dans le pot en pot de gauche bruxellois ! Et voilà qu’un troisième larron s’introduit dans le pugilat !

 

Il s’agit de Manuel Abramowicz, directeur et fondateur de la revue RésistanceS qui est un des plus efficaces outils de lutte contre la résurgence de l’extrême-droite. Dans une carte blanche publiée par l’édition électronique de l’hebdomadaire « Le Vif » de ce 11 mars 2021, (https://www.levif.be/actualite/belgique/ni-geerts-ni-goldman-carte-blanche/article-opinion-1402377.html ) Abramowicz renvoie les deux pugilistes dos à dos. Après les avoir décrit tous les deux, il exprime ses critiques tour à tour.

 

 

 

Manuel Abramowicz, directeur de la revue RésistanceS qui traque l'extrême-droite.

Manuel Abramowicz, directeur de la revue RésistanceS qui traque l'extrême-droite.

 

 

 

Nadia Geerts, une libre-exaministe ?

 

D’emblée à l’égard de Nadia Geerts, l’accusation est dure :

 

« Tout de go, et sans aucun détour, je dis que nous avons à faire à une militante fanatique de laïcité. Nadia n'est pas une personne "neutre", même si elle se présente comme telle et sous les traits d'une experte dans ce domaine. Fidèle au Libre examen ? Elle l'est, mais sous son auto présentation. (…) Nadia Geerts n'accepte jamais la controverse et les avis contraires aux siens ! Son attitude, lorsqu'elle est mise en défaut, reste imperméable à toute discussion, voire remise en question. Sur Facebook, cette grande agora de la libre parole, si vous n'êtes pas d'accord avec ses opinions, ses affirmations et/ou ses généralisations à œillères, vous êtes purement et simplement éjecté. Théodore Verhaegen (1796-1862), le fondateur de l'ULB et du Libre examen, s'il pouvait assister à ses débats, se retournerait certainement, avec tout le respect que nous lui devons, dans sa tombe. »

 

Et son réquisitoire l’est tout autant :

 

« Nadia Geerts ne lutte que pour une unique cause : la constitution d'un État laïc. Avec un seul ennemi à celui-ci : l'islamisme politique (et tous ses pseudopodes religieux, culturels et associatifs). Cela devient de l'ordre de l'obsession. Elle y consacre sans doute un temps fou. Pour mener cette véritable "croisade", elle rédige des livres, dirige une collection chez un éditeur belge laïc, orienterait même politiquement ses cours pourtant axés sur les principes de la neutralité, et signe désormais des chroniques régulières dans deux journaux français souverainistes : dans l'hebdomadaire Marianne et dans le mensuel Causeur. » Et Abramowicz fait la même analyse que Goldman sur ces deux organes de presse français.

 

Et vient l’estocade finale :

 

« … j'observe que plusieurs de ses sorties médiatiques sont récupérées aussi par l'extrême droite : Mouvement Nation, les anciens du Parti populaire actifs maintenant dans l'Alliance pour la Wallonie, etc. Elle n'en est évidemment pas responsable sur le plan intellectuel. Elle pourrait, cependant, les mettre en demeure de stopper leur racket de ses dires ou, tout le moins, manifester sa désapprobation. Si l'extrême droite récupère Nadia Geerts dans son combat contre l'"islamisation de notre société", cela signifie que son positionnement sur le voile, l'Islam et consorts reçoit un écho positif dans cet univers idéologique extrémiste. Il n'y a pas de fumée sans feu. Sans résistance à sa récupération, Nadia Geerts devient du coup l' "idiote utile" de l'extrême droite qui utilise, depuis le 11-Septembre et l'application de plus en plus efficace de la législation antiraciste, l'anti-Islam pour poursuivre ses croisades racistes contre les "étrangers" nord-africains. »

 

Henri Goldman, « le « moine soldat » de l’intégration pratique musulmane »

 

Et Henri Goldman n’est guère épargné non plus.

 

« Je ne partage pas du tout l'approche d'Henri Goldman à propos des signes religieux, de l'engagement militant et du respect - par tropisme - de ladite "religion des pauvres" (sic). Tout de go, et sans aucun détour, je dis que nous avons affaire à un engagé fanatique de cette dernière. Cela fait plus de vingt ans maintenant qu'Henri Goldman défend indéfectiblement les accommodements religieux pour les musulmans, mais sans doute aussi pour les disciples des religions juive, chrétiennes (catholique, protestante, arménienne, orthodoxes grecque et russe), bouddhiste... La "praxis goldmaniste" va jusqu'à l'extrême. Contre la stratégie colonialiste du "diviser pour régner", Goldman est certainement dans un mixte entre le "complexe de l'homme blanc" et la logique des "ennemis de mes ennemis sont mes amis". Prenant, comme une autoflagellation, la culpabilité infusée par l'éducation judéo-chrétienne, Henri Goldman s'est transformé, au fil des années, en "moine-soldat" de l'intégration de la pratique musulmane - quasiment sans limites - dans l'espace public. Sur son approche sociétale, il intervient par écrit dans sa revue, sur son blog, lors de conférences-débats, d'ateliers (comme jadis aux Rencontres écologiques d’été) ... Ceux et celles qui partagent ses interventions sont relativement nombreux (dans un des courants internes de l'UPJB, dans la tendance décoloniale du MRAX, chez des élus bruxellois Écolos, chez des universitaires dont les bureaux sont bien placés au-dessus de l'ascenseur social ...). Trotskiste post-soixante-huitard, puis militant du parti vert, Henri Goldman est assez proche, avec quelques nuances, de la stratégie d'alliance anti-impérialiste élaborée, outre-Manche, dans les années 1990 par le Socialist workers party (SWP, Parti socialiste des travailleurs). »

 

Enfin, Manuel Abramowicz accuse Henri Goldman d’être le « compagnon de route de l’islamisme politique ». Il y va même fort en dénonçant ses contradictions :

 

« Par cécité intellectuelle. Notre Goldman national n'a ici aucune retenue pour militer, côte à côté, avec des associations islamistes légalistes. Cette connexion se confirme sur Facebook. Dans sa liste de ses "j'aime", il y a par exemple le Cercle des étudiants musulmans (CEM). Celui-ci se présente ainsi : "La mission du C.E.M s'articule autour de trois axes fondamentaux : une réussite scolaire, un cheminement spirituel et une éthique islamique". Des amis de l'écologiste de gauche sont, avant tout, des organisations exclusivement religieuses, aucunement des organisations engagées dans la contestation des injustices sociales provoquées par le système capitaliste. De plus, conservatrices et anticommunistes, beaucoup sont totalement à l'opposé des combats de Mai 68 qui ont façonné pourtant Henri Goldman, au sujet de la libération des mœurs, de l'homosexualité, contre la famille traditionnelle, l'institution du mariage, la diversité... »

 

Abramowicz l’accuse en outre d’être en cheville avec les Frères musulmans.

 

« Il doit donc bien savoir qu'il a déjà, au moins quelquefois, croisé durant sa longue marche politique des Frères musulmans, en partageant les missions de l'une de ses associations ayant pignon sur rue. Les témoignages de dissidents fréristes, qu'il doit connaitre, sont là pour lui signaler la vraie nature de son compagnonnage. Dès lors, soit nous avons affaire à un naïf agissant pour réparer - inconsciemment ? - les crimes de l'Occident chrétien (colonialisme, esclavagisme, néocolonialisme, racisme structurel, privilège blanc, appropriation culturelle...), soit Henri Goldman en est parfaitement conscient et a fait le choix de se mettre du côté des pratiquants de la "religion des pauvres" (sic). »

 

Deux faces d’une même pièce…

 

En conclusion, le directeur de RésistanceS renvoie dos à dos Nadia Geerts et Henri Goldman.

 

« Nadia Geerts et Henri Goldman, sur la scène médiatique "bruxello-bruxelloise", sont à l'opposé. Ils ne s'aiment pas. S'affrontent sur le net. » Et il conclut : « Dans la réalité, ils sont les deux faces de la même pièce. Celle du fondamentalisme, de l'intolérance, du sectarisme et de la pensée unique. Ces deux intellectuels militants font le jeu des antidémocrates et des racistes (il existe une laïcité blanche néocoloniale de nature xénophobe, comme il existe une mouvance politico-religieuse décoloniale et, au final, raciste). C'est la raison pour laquelle "je suis Charlie" (pas celui de Val-Fourest, mais celui de Cavanna-Charb) et que je ne suis ni Geerts ni Goldman. En marge de leurs cercles d'influence respectifs, il existe d'autres voix et voies. Sans voile. Sans dogmes. Avec des pensées plurielles dont l'objectif est un monde multicolore. Pour sortir de la noirceur binaire de nos Temps Modernes. »

 

L’attaque est dure ! Trop dure ! Accuser Geerts et Goldman de faire le jeu des « antidémocrates et des racistes » est aussi faux qu’excessif. Nadia et Henri sont deux militants progressistes convaincus, incapables d’exclure, la première voulant défendre envers et contre tout des principes qu’elle pense universels et immuables quelle que soit l’évolution des choses, le second étant attaché sans assez d’esprit critique et jusqu’à l’excès à la défense de la pensée et l’expression de l’Autre, l’Autre s’opposant aux fondements de notre société, l’Autre étant le musulman en l’occurrence. Leur pensée radicale donne-t-elle des armes aux ennemis de nos principes de liberté, d’égalité et de fraternité ? Je ne m’engagerai pas dans cette voie-là.

 

 

 

Michel Warschawski le grand militant de la Paix et opposant à l'occupation de la Palestine

Michel Warschawski le grand militant de la Paix et opposant à l'occupation de la Palestine

 

 

 

Il y a quelques années, à l’occasion d’un de mes déplacements en Israël - Palestine, j’ai rencontré à Jérusalem-Est un homme extraordinaire, un de ces hommes qui jalonnent l’histoire par leur courage, par leur lucidité et par leur profonde honnêteté intellectuelle, le militant israélien de la paix, Michel Warschawski. Je lui ai posé une question : me référant au livre du journaliste franco-israélien Charles Enderlin, Au nom du Temple (Seuil, Paris, 2013), où l’auteur démontre l’influence de plus en plus importante de la religion dans l’évolution politique et militaire d’Israël, Michel Warschawski a répondu qu’à son sens, ce n’est pas la religion qui détermine la décision politique, mais que celle-ci sert d’instrument au pouvoir pour accomplir sa politique.

 

À la réflexion, j’ai considéré cette réflexion comme profondément vraie. La religion est un instrument et non une fin en soi. En définitive, c’est toujours le bras séculier qui a le dernier mot. Et là, c’est ma principale critique aussi bien à l’égard de Nadia Geerts que d’Henri Goldman. Tous deux pensent et se battent pour des principes et ils en oublient la dimension géopolitique, c’est-à-dire la réalité du terrain.

 

Est-ce une raison pour les vouer aux gémonies ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 18:30

 

 

Sous peine de disparaître…

 

Intersectionnalité, pensée postcoloniale, indigénisme, islamo-gauchisme, racisés, voilà les nouveaux épouvantails qui secouent les mondes universitaire et médiatique. Tout cela a éclaté, il y a presqu’un an, après de l’arrestation mortelle du citoyen américain noir George Floyd à Minneapolis en mai 2020. Ce grave incident fut l’étincelle qui a mis le feu aux poudres et ne s’est pas éteint depuis. Vient ensuite l’assassinat du professeur des écoles, comme on dit en France, Samuel Paty qui a réveillé l’antagonisme avec l’Islam radical.

 

Ces jours-ci, c’est l’Université française qui subit le choc. Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur du gouvernement Castex présidé par Macron a ordonné au CNRS de faire une enquête sur l’islamo-gauchisme qui gangrénerait les campus. Autrement dit, Vidal veut faire jouer au CNRS le rôle de la police de la pensée ! Tollé évidemment ! La ministre Vidal est obligée de reculer. Certains, même parmi les universitaires les plus modérés comme Thomas Piketty, exigent sa démission.

 

 

 

Frédérique Vidal, la calamiteuse ministre de l'enseignement supérieur du gouvernement Macron

Frédérique Vidal, la calamiteuse ministre de l'enseignement supérieur du gouvernement Macron

 

 

 

Cependant, d’autres intellectuels dont Alain Finkielkraut, Elisabeth Badinter et Jean-Claude Michéa ont appelé à une vigilance de l’université et aussi de la magistrature à l’égard d’un courant global dont le prétendu islamo-gauchisme n’est qu’un des aspects, l’intersectionnalité où l’on trouve aussi la pensée postcoloniale ou décoloniale. Ces penseurs estiment que ce courant réactive l’idée de race.

 

Une rupture majeure entre deux mondes

 

L’ambiance est plutôt délétère ! Mais, avant d’analyser ce phénomène, essayons d’en déterminer les causes. On s’aperçoit qu’il y a manifestement une rupture majeure entre deux mondes : le monde occidental qui se réclame de l’universalisme et l’ensemble des jeunes issus de l’immigration, des militants musulmans, des femmes marginalisées qui considèrent que ce n’est pas la classe inférieure qui est exploitée, mais les races non blanches. Ils rejettent l’universalisme à l’occidentale. Ils considèrent que la philosophie des Lumières est la base de la pensée colonialiste.

 

Dans le dossier consacré à cette polémique paru dans « l’Obs » du 25 février 2021, un professeur constate : « Il suffit de regarder les dépôts de thèses pour constater que la « race » se répand et qu’elle est boulimique. Lorsque toute la science est décrite comme l’émanation d’une domination occidentale, on abat les fondements mêmes de nos disciplines et la possibilité d’une culture commune. »

 

Comment en est-on arrivé là ? Il ne suffit pas de s’alarmer et d’envisager la répression comme réponse principale. Il faut en déterminer les causes. Le Suisse Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation et membre consultatif du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, l’explique dans un livre qui est paru il y a treize ans, « La haine de l’Occident », (Paris, Albin Michel, 2008).

 

 

 

Jean Ziegler un véritable internationaliste - Ici à  l'île de Lesbos où croupissent nombre de migrants.

Jean Ziegler un véritable internationaliste - Ici à l'île de Lesbos où croupissent nombre de migrants.

 

 

 

« L’ordre occidental du monde relève de la violence structurelle. L’Occident s’affirme porteur de valeurs universelles, d’une morale, d’une civilisation, de normes en vertu desquelles tous les peuples du monde sont invités à prendre en main leur destin.

Mais cette prétention séculaire de l’Occident est aujourd’hui radicalement contestée par l’immense majorité des peuples du Sud. Ils y voient une insupportable manifestation d’arrogance, un viol de leur identité, un déni de leur singularité et de leur mémoire. »

 

Ce sentiment est aussi partagé par les jeunes issus de l’immigration qui vivent en Europe. Un autre aspect de ce rejet concerne plus spécifiquement l’Islam. Les attentats sont de plus en plus nombreux, particulièrement en France. Ils visent soit des gens au hasard dans les rues, dans les églises, dans les cafés, soit des personnes ciblées comme Samuel Paty qui représente aux yeux des islamistes la quintessence de l’ennemi : un prof prônant la liberté de critiquer et même de moquer leur religion. L’Islam radical a depuis longtemps pénétré les esprits des jeunes non européens qui refusent l’enseignement universel de l’école de la République ou dite laïque.

 

Pourquoi ? Pour les mêmes raisons que celles exposées par Jean Ziegler au sujet des peuples du Sud. Il y a quelques années, le philosophe Michel Onfray dans un de ces débats-pugilats dont la télé française a le secret, a dit : « Depuis la guerre du Golfe, il y a eu plus d’un million de morts à la suite des bombardements occidentaux et russes au Moyen-Orient, plusieurs villes rayées de la carte, et on s’étonne que ces peuples nous haïssent et nous combattent ! »

 

 

 

Même le très controversé philosophe Michel Onfray estime que cela va trop loin !

Même le très controversé philosophe Michel Onfray estime que cela va trop loin !

 

 

Ces guerres menées depuis 1991, renforcées après le 11 septembre 2001, menées au nom d’un « nouvel ordre mondial » - traduisez : occidental avec dominante étatsunienne – ont détruit les structures de ces pays, dispersé des peuples  – songez aux Yézidis, aux Kurdes, aux Chrétiens d’Orient– détruit des lieux de culture – songez aux nombreux sites archéologiques en Irak et en Afghanistan, au pillage des musées ; cela vaut la destruction des Bouddha géants par les Talibans – radicalisé la jeunesse qui s’est rangée derrière la bannière de l’Islam. Il est joli le « nouvel ordre mondial » !

 

Un autre exemple donné par Jean Ziegler. Au Niger, des marchés vendent des fruits, des légumes, des volailles provenant d’Europe, alors que les paysans locaux en produisent eux-mêmes. Tout simplement, l’agriculture étant subventionnée en Union européenne, les produits locaux sont plus chers en Afrique et le consommateur local choisira évidemment le meilleur marché au plus grand profit des transnationales de l’agroalimentaire. C’est ainsi que l’on ruine l’économie des pays d’Afrique noire et que l’on jette des milliers de paysans dans la misère. C’est aussi la conséquence des traités de libre-échange tant vantés par la propagande occidentale qui y voit là aussi « le nouvel ordre mondial » ! Et on peut multiplier les exemples dans bien des domaines.

 

Par les traités de libre-échange, les grands Etats occidentaux et surtout les entreprises transnationales contrôlent les marchés en Afrique et en Amérique latine. Ainsi, le Nigeria, huitième producteur mondial de pétrole et premier en Afrique doit importer 100 % de sa consommation en hydrocarbure ! De même, les pays andins comme le Pérou et la Bolivie, grands producteurs de café, ne peuvent consommer leur production. Ils doivent importer le café de multinationales comme Nestlé.

 

L’hebdo parisien « L’Obs » rapporte dans l’article cité plus haut les propos d’un anthropologue souhaitant rester anonyme : « On ne peut plus défendre une position universaliste sans être renvoyé à la domination coloniale et à l’imposition des Droits de l’Homme. » Après ce qui vient d’être décrit, ce n’est guère étonnant ! Comment concevoir un universalisme qui divise le monde en blocs antagonistes et surtout inégaux, qui se rallie à l’abominable notion de « choc des civilisations » et qui désigne comme ennemi tout qui ne s’inscrit pas dans sa ligne ?

 

Quid de la pensée « décoloniale » ?

 

Alors, il ne faut guère s’étonner de l’épanouissement de la pensée « décoloniale ». Particulièrement aux Etats-Unis et en Europe.

 

Qu’est-ce que c’est ?

 

« Peu importe d’où tu viens, peu importe ta religion, peu importe ton orientation sexuelle, tu ne dois pas rester spectateur face à l’injustice, face au meurtre, face à l’impunité policière ! Aujourd’hui, ce rapport de forces, il est puissant. » disait Assa Traoré lors d’une manifestation à Paris.

 

 

Que dire, sinon adhérer à ce discours apparemment clair et net ? Cependant, il faut user en la matière d’esprit critique. Ce discours veut globaliser les combats postcolonialistes, féministes, LGBT, antiracistes, des migrants. Il s’inscrit dans la pensée dite « intersectionnelle » forgée par la juriste étatsunienne Kimberlé Crenshaw. Son objectif : croiser, combiner et globaliser les luttes de différentes catégories sociales (sexe, classe, race, âge, handicap, orientation sexuelle). C’est ce qu’on appelle la convergence des luttes. Ce courant s’oppose au concept universaliste des Lumières qui a mobilisé depuis des années tous les combats en faveur de l’égalité hommes-femmes, de dépénalisation de l’IVG, de luttes contre le racisme, etc. Voir :  https://uranopole.over-blog.com/2020/06/le-debat-oui-mais-pas-le-baillon.html

 

Il s’agit de partir de l’idée de la « lutte des classes », base de la pensée marxienne, pour la transférer à d’autres luttes spécifiques comme le féminisme ou les LGBT. La pensée décoloniale fait partie de ce courant intersectionnel.

 

Cette pensée dénonce une décolonisation incomplète dans laquelle les hiérarchies raciales, économiques, de genre persistent. Elle remet en cause l’européocentrisme et dénonce une hégémonie économique et culturelle, prônant le recours à des savoirs pluriversels et non universels qui rendraient mieux compte de la diversité du monde et de l’hétérogénéité des connaissances.

 

 

Elle postule que, malgré l’obtention de l’indépendance pour de nombreux pays, des rapports de pouvoirs subsistent aujourd’hui encore entre les anciennes métropoles et anciennes colonies et que, dans le système de gouvernance mondial, les pays de la périphérie (le Sud global) sont maintenus en position de subordination (par le biais du FMI ou de la Banque mondiale, par exemple).

 

C’est exactement ce que Ziegler dénonce.

 

 

Partant du principe que le capitalisme n’est pas seulement un système économique, mais bien un pouvoir global, intégrant nos procédés économiques, politiques et culturels, la pensée intersectionnelle adopte une approche globalisante : elle s’intéresse au croisement des oppressions, liées à la classe sociale, au genre, aux origines et elle vise à élargir les analyses.

 

 

L’exemple « belge »

 

 

Notre société qui commémore presque quotidiennement les horreurs de la Seconde guerre mondiale, un peu moins celles de la Première, passe sous silence celles de la colonisation. L'hebdo franco-belge Paris Match, dans un numéro datant du 20 juin 2020, le député écolo Kalvin Soiresse du Parlement bruxellois d’origine togolaise fondateur du "Collectif Mémoire coloniale et Lutte contre les Discriminations"  décrit la réalité d’un passé colonial resté sous silence en Belgique. Il répond à une interview du journaliste Michel Bouffioux.

 

 

Le député bruxellois écolo Kalvin Soiresse N'jali milite pour la mémoire du colonialisme belge au Congo.

Le député bruxellois écolo Kalvin Soiresse N'jali milite pour la mémoire du colonialisme belge au Congo.

 

 

La Belgique n’a toujours pas remis en question sa période coloniale. Est-ce par paresse intellectuelle, ou par volonté de tourner la page sans plus, ou encore parce que les relations entre ce pays et ses anciennes colonies restent ambiguës ?  Ce passé non assumé finit par coûter très cher à l’ancienne puissance coloniale qui, sans s’en rendre compte, s’isole et ne pourra ainsi entretenir des relations normales avec les pays africains.

 

 

 

M. Soiresse fait un parallèle entre deux Congolais qui ont joué un rôle fondamental dans l’histoire de la colonisation et de la décolonisation du Congo  : Lusinga Iwa Ng’ombe et Patrice Lumumba.

 

 

Lusinga Iwa Ng’ombe était en 1883 le chef local d’un village proche de Mpala dans l’Est du Congo sur la rive occidentale du lac Tanganika. Un lieutenant de l’armée belge, Emile Storms, mandaté par l’Association internationale africaine, une organisation présidée par le roi Léopold II, procédait alors à la conquête de territoires. Il disposait d’une puissance de feu qui le rendait « incontestable ». Le chef de Mpala s’en aperçut et déclara à Storms : « Homme blanc, aux objets que tu as débarqués, je vois que tu veux bâtir ici. Comme tu es plus fort que moi, si je te refuse l’autorisation, tu construiras quand même. » Storms s’en était réjoui en ces termes : « D’après tes paroles, je comprends que tu es un chef intelligent. » Le 27 juin de cette année-là, la « soumission » de Mpala fut célébrée par un échange de sang. La cérémonie fut présidée par Lusinga qui tint alors ce discours inattendu : « Homme blanc, le serment d’amitié par lequel vous vous liez aujourd’hui doit être sincère. Vous venez au milieu de nous, vous ne pouvez pas nous mépriser. Si vous faites du mal à Mpala ou à l’un des siens, vous mourrez ; si vous lui faites la guerre, vous mourrez, tous les vôtres mourront et votre puissance finira. »

 

 

 

 

Le lieutenant belge Emile Storms qu'on honore comme un civilisateur, fut surtout un tortionnaire et un conquérant sanguinaire.

Le lieutenant belge Emile Storms qu'on honore comme un civilisateur, fut surtout un tortionnaire et un conquérant sanguinaire.

 

 

Lusinga avait d’ailleurs une réputation redoutable. L’explorateur anglais Joseph Thomson le considéra comme un « potentat sanguinaire ». Thomson avait la réputation d’être un excellent explorateur, mais ses rapports prêtaient à caution, car ils étaient quelque peu fantaisistes.

 

 

Dès lors, Storms décida d’éliminer ce chef qui, en réalité, refusait de se soumettre et qui osait traiter avec lui d’égal à égal. Dans ses carnets, conservés par le musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), il l’exprimait ainsi : « [La tête de Lusinga] pourrait bien, un jour, arriver à Bruxelles avec une étiquette, elle ferait fort bonne figure au Musée. » Le 4 décembre 1884, des mercenaires à la solde de Storms attaquèrent le village. Ils tuèrent 125 personnes. Des femmes furent violées. Le récit des faits par Storms laisse entendre qu’il y eut aussi une scène de cannibalisme. Ces criminels ramenèrent la tête du chef Lusinga à Storms, tel un trophée. L’officier belge l’exhiba. On lit dans son journal : « Je fais apporter la tête de Lusinga au milieu du cercle. Je dis : “Voilà l’homme que vous craigniez hier. Cet homme est mort (…) parce qu’il a menti à l’homme blanc”. »

 

 

M. Soiresse ajoute :

 

 

« Lorsqu’il revint en Belgique, Storms plaça le crâne de Lusinga dans l’une de ses malles, à côté de deux autres crânes de chefs dont il avait aussi commandité les exécutions. Le 3 mai 1886, les trois crânes furent présentés dans la cadre d’un exposé raciste aux membres de la Société d’anthropologie de Bruxelles. Ces restes humains revinrent ensuite au domicile de Storms, chaussée d’Ixelles, tout près de l’actuel Matonge. Sur la cheminée de son salon, le militaire belge exposa l’autre part de son butin : différents objets, dont des statuettes volées lors de l’expédition criminelle contre Lusinga. Emile Storms est mort en 1918. Dans les années 30, sa veuve fit don au musée du Congo belge – l’actuel MRAC (Musée Royal d’Afrique Centrale) – des statuettes, des trois crânes et de dizaines d’objets, ainsi que de la correspondance et des journaux de Storms. Le crâne de Lusinga et ceux de ses compagnons d’infortune ne furent jamais exposés, tandis que les statuettes furent vite considérées comme des « trésors » du musée de Tervuren. En 1964, les crânes furent transférés à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique (IRSNB). On les plaça dans des boîtes. Des oubliettes, en fait. »

 

 

Curieuse mission civilisatrice !

 

 

 

 

Des activistes ont aspergé de rouge le buste de Storms à Ixelles en vue de faire prendre conscience de sas crimes. Le buste a été retiré depuis sous les ordres du bourgmestre Doulkeridis d'Ixelles.

Des activistes ont aspergé de rouge le buste de Storms à Ixelles en vue de faire prendre conscience de sas crimes. Le buste a été retiré depuis sous les ordres du bourgmestre Doulkeridis d'Ixelles.

 

 

 

Mpala, après la conquête de Storms, devint une mission des Pères blancs qui voulaient évangéliser toute la région pour en faire un royaume chrétien d’Afrique !

 

 

Kalvin Soiresse Njal constate dans son interview, que Lusinga ne figure sur Wikipédia que comme un homonyme qui a été un grand footballeur. Cela a sans doute été « réparé » depuis. Une nouvelle notice est parue sur l’encyclopédie en ligne, sans doute à la suite de cet article. Lusinga y est présenté comme un chef sanguinaire et esclavagiste. Bien entendu, cette notice n’apporte aucun élément de preuve de ces accusations. Chacun peut vérifier en surfant sur l’encyclopédie en ligne.

 

 

Cette notice est de la pure propagande émanant sans doute du lobby colonialiste belge. Elle fait accroire que le lieutenant Storms a agi pour éliminer Lusinga qui semait la terreur dans son village et pour éradiquer l’esclavagisme qui  y sévissait !

 

 

Le 30 juin 1960, le jour même de la proclamation de l’Indépendance du Congo, Patrice Lumumba, le premier Premier ministre de la nouvelle République démocratique du Congo prononça un discours historique devant les nouvelles autorités congolaises et aussi devant celles de la délégation belge dirigée par le roi Baudouin Ier. Le retentissement de ce discours fut énorme au point qu’il sert de référence mondiale. Kalvin Soiresse fait un parallèle entre les deux hommes.

 

 

« … le jour de l’indépendance, à la surprise du roi Baudouin, Lumumba déclara : « Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions nègres. (…) Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. (…) Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudront sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays» On retrouve les mêmes thématiques de souveraineté et d’égalité à 75 ans d’intervalle. La filiation est évidente : Lumumba est un héritier en droite ligne de Lusinga. L’histoire de ce chef dont on coupa la tête pour la conserver tel un trophée à Bruxelles brise l’idée reçue selon laquelle des leaders africains fiers et debout ne seraient nés que dans les années 50, tels des fruits défendus des écoles créées par le colonisateur. De toute manière, au Congo, l’émancipation par l’enseignement était très relative puisque, dans cette société inégale qui pratiquait la ségrégation, l’université n’était pas prévue pour le colonisé. » Ce qui a contribué à la tragédie qui a suivi l’indépendance du Congo ex-belge !

 

 

 

Patrice Lumumba prononçant son discours historique en présence du roi Baudouin chef de l'Etat belge, puissance coloniale ayant accordé bon gré mal géré l'indépendance au Congo en grand uniforme blanc, assis à sa gauche,  le 30 juin 1960.

Patrice Lumumba prononçant son discours historique en présence du roi Baudouin chef de l'Etat belge, puissance coloniale ayant accordé bon gré mal géré l'indépendance au Congo en grand uniforme blanc, assis à sa gauche, le 30 juin 1960.

 

 

 

Six mois après, en janvier 1961, Patrice Lumumba fut assassiné avec la manifeste complicité du lobby colonial belge qui l’accusa d’avoir commandé des massacres. Allégations fausses qui ressemblent à s’y méprendre à celles portées à l’égard de Lusinga, septante-cinq années plus tôt.

 

 

Cette analyse du député Soiresse est tout à fait pertinente et devrait inspirer les responsables belges et européens aussi bien politiques, coopérants et économiques :  enfin assumer l’histoire et traiter avec les Congolais comme des partenaires égaux et non comme des subordonnés à une « mondialisation » ne profitant aujourd’hui qu’à quelques affairistes sans scrupules et surtout aux grandes entreprises transnationales qui ont pris la place des anciens exploiteurs coloniaux et qui, disposant de moyens colossaux, sont bien plus redoutables.

 

 

Ainsi, la pensée décoloniale a ses limites. Elle se heurte en se référant à une histoire non assumée aux seuls anciens colonialistes européens qui rejoignent les poubelles de l’histoire. Et si elle est indispensable pour secouer le nuisible immobilisme intellectuel et éthique actuel,  elle est incapable de substituer à l’universalisme des Lumières, un système de pensée qui ne soit pas uniquement basé sur des rapports conflictuels.

 

 

Le colonialisme est-il uniquement « occidental » ou « blanc » ?

 

 

En outre, si le décolonialisme s’attaque avant tout aux « blancs » occidentaux qui entretiennent encore et toujours un système néocolonial, il oublie qu’il y a des colonialismes « non blancs ». Ainsi, le Maroc colonise le Sahara occidental opprimant le peuple Saharaoui, la Turquie maintient son joug sur le peuple kurde, Israël – on le voit quotidiennement – colonise la Palestine, l’Arabie Saoudite mène une guerre atroce de colonisation au Yémen. La Chine par son projet expansionniste de nouvelle route de la soie, colonise le Xing Jiang – ce nom signifie « nouvelle frontière », un concept purement colonialiste – et opprime le peule ouighour, l’Inde colonise le Cachemire. On pourrait ainsi multiplier les exemples dans le monde entier.

 

 

Réinventer l’universalisme.

 

 

Un point essentiel est passé sous silence : les Lumières sont nées et se sont épanouies au début du XVIIIe siècle. Elles ont succédé à la Renaissance. Cette période marquait le début de la toute-puissance des nations européennes dans le monde. L’universalisme des Lumières en dépit de sa grandeur et de sa générosité était avant tout un instrument de conquête. Si auparavant, l’Eglise catholique a tenté par la force d’évangéliser le monde, les Lumières ont essayé en vain l’adhésion des esprits des peuples soumis au joug colonial. Le problème est que la pensée des Lumières n’a guère évolué. Elle s’est agrippée à ses fondamentaux et ceux-ci sont profondément remis en question.

 

 

À la fin de la Seconde guerre mondiale, les puissances occidentales rassemblées en une instance qu’elles avaient rénovée – l’Organisation des Nations Unies succédant à la Société Des Nations – ont proclamé en 1948 la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) qui édicte en règles les principes fondamentaux des Lumières, mais la situation est devenue telle qu’elle fut inapplicable dans la plupart des pays colonisés, ainsi que dans ceux soumis à un joug totalitaire. Le temps de la décolonisation était venu. De Gaulle fut un des premiers dirigeants européens à l’avoir prévue et prônée pour les colonies françaises dans son fameux discours de Brazzaville en janvier 1944. Il n’a pas été écouté et on a vécu depuis l’horreur des guerres de décolonisation qui ne sont toujours pas terminées, même si officiellement, la plupart des anciennes colonies sont aujourd’hui formellement indépendantes.

 

 

 

Le général de Gaulle pendant son discours à Brazzaville où il prôna l'indépendance des peuples colonisés.

Le général de Gaulle pendant son discours à Brazzaville où il prôna l'indépendance des peuples colonisés.

 

 

 

Les intellectuels dénonçant à force de pétitions et de proclamations la pensée intersectionnelle n’apportent aucune réponse en dehors de leur contestation au nom des Lumières et de l’universalisme, car ils sont aveugles à cet aspect fondamental : les relations entre les peuples et les rapports entre les êtres humains sont toujours aujourd’hui dominés par la force. Ils ne s’aperçoivent pas non plus des profonds bouleversements à l’intérieur même des diverses nations où une réelle hétérogénéité a pris la place de la relative homogénéité d’antan. Il suffit de voir ce qu’il se passe dans nos Cités.

 

 

Jean-Claude Michéa signataire de la pétition contre la pensée décoloniale. Que vient-il faire dans cette galère ?

Jean-Claude Michéa signataire de la pétition contre la pensée décoloniale. Que vient-il faire dans cette galère ?

 

 

 

Aussi, après un peu plus de trois quarts de siècle, assumant l’histoire et la réalité, il faudrait sans doute plancher sur une DUDH réellement efficace. Beau boulot pour la génération montante, non ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 21:26

 

 

C’est à nouveau l’emballement dans l’espace ! Les extraterrestres sont là ! On en veut pour preuve l’objet appelé Oumuamua, ce qui signifie le messager ou l’éclaireur en langue hawaïenne, qui a été découvert en octobre 2017 à l’Observatoire Pan-STARRS (acronyme de Panoramic Survey Telescope And Rapid Response System, « Télescope de relevé panoramique et système de réponse rapide ») situé au sommet du volcan éteint ou mont Haleakalā, sur l’île de Maul appartenant à l’archipel de Hawaï,.

 

 

Cet observatoire mis en service le 6 décembre 2008 comprend deux télescopes Ritchey-Chrétien de 1,8 m. Il s’agit actuellement d’un des plus importants programmes de recherche en astronomie. En effet, il s’agit de télescopes qu’on pourrait qualifier de panoramiques. Le très grand angle de vision des télescopes et les temps d'exposition courts (quelque 60 à 80 secondes permettant d’atteindre la magnitude 24, une luminosité très faible) permettent de photographier environ 6 000 degrés carrés de ciel chaque nuit. La totalité du ciel fait 41 253 degrés carrés, dont environ 30 000 degrés carrés sont visibles depuis Hawaï, ce qui signifie que l'intégralité du ciel peut être photographiée sur une période de 40 heures (soit environ 10 heures par nuit pendant quatre jours). Comme il faut éviter d’effectuer des poses vers la période de pleine Lune , une surface équivalente à celle du ciel entier pourra être balayée quatre fois par mois, ce qui est sans précédent.

 

 

 

Le PAN-STAARS Telescope à Hawaï est l'outil d'un des plus grands programmes de recherches en astronmie.

Le PAN-STAARS Telescope à Hawaï est l'outil d'un des plus grands programmes de recherches en astronmie.

 

 

Les clichés enregistrés dans des mémoires de plusieurs TB sont comparés à une carte du ciel à même échelle contenant tous les astres connus. Ainsi, on peut instantanément détecter tout changement comme le déplacement d’un objet, son changement de luminosité, l’apparition d’un nouvel objet, ou la disparition d’un autre. C’est ainsi que le fameux objet Oumuamua fut découvert.

 

 

Oumuamua : un objet exceptionnel pourtant assez courant…

 

 

En premier lieu, il faut établir la nature de l’objet nouvellement découvert. : étoile, comète, astéroïdes, etc. Au départ, les caractéristiques de cet astre font penser à une comète. Cependant sa trajectoire est tout à fait particulière. Elle est hyperbolique avec une excentricité de 1,188, ce qui est très rare (un cercle a une excentricité nulle, une ellipse et une parabole ont une excentricité entre 0 et 1, une hyperbole a une excentricité supérieure à 1 jusqu’à la ligne droite qui a une excentricité infinie). Oumuamua a donc une trajectoire hyperbolique, ce qui fait penser qu’il s’agit d’un objet qui provient de l’extérieur du système solaire.  

 

 

 

La trajectoire hyperbolique d'Oumuamua montre que son origine se situe hors du système solaire qu'il a traversé rapidement. L'attraction du Soleil lui a fait modifier sa trajectoire et a pris une tout autre direction.

La trajectoire hyperbolique d'Oumuamua montre que son origine se situe hors du système solaire qu'il a traversé rapidement. L'attraction du Soleil lui a fait modifier sa trajectoire et a pris une tout autre direction.

 

 

 

De plus, sa vitesse est exceptionnellement rapide pour une comète. Enfin, on constate par après des ralentissements et des accélérations, ce qui tend à prouver que le mouvement de Oumuamua n’est pas dû uniquement à des forces gravitationnelles.

 

 

 

Au centre de cette combinaison d’images profondes figure l’astéroïde insterstellaire ‘Oumuamua. Il est entouré des traces d’étoiles de faible luminosité générées lors du suivi de l’astéroïde par les télescopes. Cette image résulte de la combinaison de multiples images acquises par le Very Large Telescope de l’ESO ainsi que par le Gemini South Telescope. L’objet est entouré d’un cercle de couleur bleue. Il arbore l’aspect d’un point source, dénué de toute poussière environnante. Crédit: ESO/K. Meech et al.

Au centre de cette combinaison d’images profondes figure l’astéroïde insterstellaire ‘Oumuamua. Il est entouré des traces d’étoiles de faible luminosité générées lors du suivi de l’astéroïde par les télescopes. Cette image résulte de la combinaison de multiples images acquises par le Very Large Telescope de l’ESO ainsi que par le Gemini South Telescope. L’objet est entouré d’un cercle de couleur bleue. Il arbore l’aspect d’un point source, dénué de toute poussière environnante. Crédit: ESO/K. Meech et al.

 

 

 

Enfin, les variations d’éclat de Oumuamua laissent penser qu’il ne s’agit pas d’un objet circulaire ou de forme similaires, mais plutôt qu’il a une forme allongée en rotation rapide.

 

 

Voilà donc les données récoltées sur cet astre mystérieux. Elles ne correspondent en rien aux astres habituels. Aussi, comme souvent dans ces cas de ce genre, c’est l’emballement dans le monde des astronomes !  Qu’est donc réellement Oumuamua ? Est-ce vraiment un astre provenant de l’extérieur du système solaire ? Est-il – suprême audace ! – un vaisseau provenant d’une civilisation extraterrestre ?

 

 

Cette dernière hypothèse provoque évidemment un tsunami dans la communauté scientifique et dans l’opinion publique. En outre, elle ne fut pas avancée par n’importe qui : le professeur Avi Loeb, directeur tout juste démissionnaire du département d’astrophysique de la prestigieuse Université de Harvard est convaincu qu’Oumuamua est un véhicule spatial envoyé par une civilisation extraterrestre aujourd’hui disparue. Tollé général ! Mais comment justifie-t-il cette thèse ?

 

 

 

L'astrophysicien Avi Loeb à la base d'une controverse scientifique et philosophique fondamentale

L'astrophysicien Avi Loeb à la base d'une controverse scientifique et philosophique fondamentale

 

 

 

Le voile solaire

 

 

L’objet serait un voile solaire, c’est-à-dire un véhicule spatial qui est à l’instar des voiliers sur la mer, propulsé par les vents « solaires », c’est-à-dire le flot de particules émises par le Soleil ou une autre étoile. Ce type d’astronef a été imaginé par des ingénieurs de la NASA il y a déjà plusieurs années, mais non encore mis en œuvre et ne faisant partie d’aucun projet à l’heure actuelle. Selon les recherches de l’astrophysicien, l’accélération d’une telle voile solaire serait tout à fait comparable à celle d’Oumuamua à l’approche du Soleil.

 

 

 

Epreuve d'artiste représentant un voile solaire en principe propulsé par les vents de particules solaires. Avi Loeb assimile Oumuamua à un voile solaire semblable à celui-ci.

Epreuve d'artiste représentant un voile solaire en principe propulsé par les vents de particules solaires. Avi Loeb assimile Oumuamua à un voile solaire semblable à celui-ci.

 

 

 

Avi Loeb avait travaillé en 2016 sur ce type de vaisseau avec feu l’astrophysicien et cosmologiste anglais Stephen Hawking, le patron de Facebook Mark Zuckerberg et l’investisseur russe Yuri Milner au sein de l’initiative Breakthrough Starshot, projet à hauteur de 100 millions de dollars US, visant à créer des centaines de  voiles solaires miniaturisés d’environ 1 gramme chacun en vue d’explorer le système stellaire le plus proches de l’étoile Alpha du Centaure et plus particulièrement vers l’exoplanète Proxima B où pourrait se développer une forme de vie. Ces microsondes seraient capables de voguer à 1/5 de la vitesse de la lumière et ainsi d’atteindre Alpha du Centaure, en moins de 20 ans. Elles seraient « poussées » par un gigantesque laser terrestre de 100 gigawatts (l’équivalent d’un pic de la consommation électrique d’un pays comme la France !).

 

 

 

Le projet Breakthrough Starshot prévoit d'envoyer des milliers micro voiles solaires vers poussés par  le rayon d'un laser terrestre vers le système stellaire de la plus proche étoile du système solaire, Alpha du Centaure.

Le projet Breakthrough Starshot prévoit d'envoyer des milliers micro voiles solaires vers poussés par le rayon d'un laser terrestre vers le système stellaire de la plus proche étoile du système solaire, Alpha du Centaure.

 

 

 

Il n’est pas étonnant qu’après cela, Loeb soit imprégné de science-fiction au grand dam de bon nombre de ses collègues… Remarquons que Breakthrough Starshot est une initiative purement privée, ce qui pose pas mal de questions sur la diffusion et l’exploitation des données éventuellement recueillies par cette mission si elle se concrétise.

 

Revenons à Oumuamua. Pour Loeb, ce serait le vestige d’une civilisation terrestre sans doute disparue aujourd’hui. Pourquoi émet-il cette hypothèse pour le moins audacieuse ?

 

 

Tout d’abord, la trajectoire hyperbolique d’Oumuamua démontre qu’il provient d’au-delà du système solaire. Ce genre d’objet est très rarement observé, mais n’a rien d’exceptionnel. Cependant, pour Avi Loeb, c’est un élément de preuve de son origine extraterrestre.

 

 

On a observé des variations du mouvement de Oumuamua sur sa trajectoire – des ralentissements et des accélérations – qui ne sont pas le résultat de l’interaction de forces gravitationnelles – c’est-à-dire l’attraction exercée sur l’objet par des planètes et surtout par le Soleil – sans que l’on ait pu observer un phénomène de dégazage comme pour une comète : une comète est un rocher de relativement petite taille enveloppé par une couche plus ou moins épaisse de glace. À l’approche du Soleil, sous l’influence de son intense rayonnement, la glace se sublime, c’est-à-dire qu’elle passe directement de l’état solide à l’état gazeux provoquant un dégazage, c’est-à-dire une forte éjection des gaz qui provoquent sur la comète un effet de fusée accélérant son mouvement et lui faisant changer de trajectoire. C’est ce phénomène qui donne à la comète cet effet spectaculaire de queue et de chevelure.

 

 

Or, pour Oumuamua, si en 2018, on a observé une poussée et un changement de trajectoire similaire à ce qu’il se passe avec une comète, on n’a détecté aucun dégazage. C’est le second argument avancé par Avi Loeb pour faire penser à un astronef provenant d’un autre système stellaire.

 

Il l’a déclaré à la presse : « Quand j’ai appris la nouvelle, la seule explication qui m’est venue à l’esprit était que cette poussée était provoquée par la lumière du Soleil rebondissant sur cet objet comme le vent sur une voile, rien à voir donc avec une comète. La lumière du Soleil pousserait bien notre ‘pancake’ et, d’autre part, la force de cette poussée déclinerait, selon une loi de la physique : exactement ce que nous disent les données ! »

 

On n’aurait jamais dû croiser Oumuamua !

 

L’ancien professeur de Harvard avance un curieux argument : « Statistiquement, si Oumuamua était vraiment un objet naturel perdu dans l’espace, nous n’aurions jamais dû le croiser », vu la rareté de tels objets. "Par ailleurs, lorsqu’il a rencontré notre Soleil, il est passé d’une immobilité relative à un mouvement de fuite. Cela m’a conduit à l’hypothèse que non seulement Oumuamua était un objet artificiel, mais qu’il avait été conçu spécialement pour se trouver au repos dans notre galaxie. Peut-être s’agissait-il d’une sorte de balise, comme une station relais posée là pour transmettre des informations de station en station, ou un panneau de signalisation placé à cet endroit pour aider les vaisseaux spatiaux dans leur navigation. »

 

Enfin, Avi Loeb déplore que la communauté scientifique a jeté un tabou sur toute hypothèse ou recherche relative à l’existence d’une ou de plusieurs civilisations extraterrestres, dont certaines exploreraient l’espace interstellaire au moyen d’astronefs sophistiqués parcourant l’espace pendant des millénaires. Et il ajoute quelque peu dépité : « Ils veulent explorer des choses que nous n'avons jamais vues auparavant. Et mon point de vue est, si nous devons contempler des choses que nous n'avons jamais vues avant et l'origine artificielle en fait partie, pourquoi ne pas la mettre sur la table ? »

 

Il expose tout cela dans un ouvrage intitulé « Le premier signe d’une vie intelligente extraterrestre » (Seuil, 2021). Au moins en aura-t-il assuré sa promotion !

 

Mais avant d’en arriver à une conclusion aussi audacieuse, aussi révolutionnaire, plusieurs astrophysiciens appellent à une controverse sereine et examinent la question point par point.

 

Ainsi, l’astrophysicienne Yaël Nazé de l’Institut d’astrophysique de l’Université de Liège note dans une interview à La Libre Belgique du 5 février 2021 que « C’est la première fois qu’un objet interstellaire était détecté dans notre système solaire » et admet que « c’est un objet qui a un certain nombre de problèmes ! Si on considère que c’est un astéroïde ou une comète, il y a en effet certains aspects qui ne sont pas extraordinairement clairs. Mais de là à aller dans l’interprétation de Loeb – depuis le début, il pousse à la charrette pour cette hypothèse-là – c’est peut-être aller un petit peu vite ! On ne peut pas exclure qu’il s’agit bien d’un astéroïde ou d’une comète. En fait, le grand problème, c’est qu’Oumuamua est passé tellement vite qu’on a eu très très peu de temps pour l’observer. Comme il est petit, on l’a découvert très tard. On l’a découvert en octobre quand il est passé pas loin de la Terre et on a pu travailler jusqu’à janvier, quand il s’est rapproché près du Soleil et il est devenu trop faible. Et maintenant c’est trop tard, il est trop loin, et comme il est petit, on ne le voit plus assez bien. »

 

 

L'astrophysicienne Yaël Nazé de l'Institut d'astrophysique de Liège rappelle la primauté de la méthode scientifique dans la polémique déclenchée depuis l'apparition d'Oumuamua.

L'astrophysicienne Yaël Nazé de l'Institut d'astrophysique de Liège rappelle la primauté de la méthode scientifique dans la polémique déclenchée depuis l'apparition d'Oumuamua.

 

 

 

Ce ne sont pas nécessairement des aliens !

 

En effet, si on analyse sa trajectoire, Oumuamua a été découvert alors qu’il avait déjà « dépassé » l’orbite terrestre et aussi qu’il sortait du système solaire. Aussi, c’est la porte ouverte à toutes les spéculations scientifiques. Cependant, Yaël Nazé nuance :

 

« On sait aussi que sa forme est un peu bizarre : une dimension est plus grande que l’autre, mais on ne la connaît pas exactement. Cela peut être un cigare ou une crêpe. On a pu déterminer la forme sur base des variations de lumière, en la reconstruisant via un modèle mathématique, mais on n’a pas de ‘photos’. Et il y a le problème de son accélération : quand il a commencé à s’éloigner du Soleil, bizarrement, il a accéléré par rapport à un objet ‘normal’ uniquement soumis à la gravitation. Il faut donc un effet non gravitationnel. Les comètes peuvent accélérer de cette façon quand elles s’évaporent, mais on n’a pas vu ce ‘dégazage’. En fait, on est un peu bloqués parce qu’il faudrait d’autres informations. Et ce n’est pas parce qu’on ne sait pas que ce sont nécessairement les aliens ! Avi Loeb est lui monothématique En fait, on n’en sait rien… D’ailleurs, on n’est pas restés sans rien faire en ce qui concerne les extraterrestres : on a essayé d’écouter s’il y avait des émissions radio, il n’y a rien eu… Les extraterrestres, c’est une vraie question scientifique. On peut donc, comme Loeb le fait, tester une hypothèse sur une voile solaire, et voir si cela peut marcher. Oui, cela marche, donc pourquoi pas… C’est un moyen de propulsion simple pour un objet de cette forme. Avec la voile solaire, la lumière exerce une pression, pousse cette voile. Mais cela marche surtout près d’une source de lumière. Si on avait pu suivre l’objet plus longtemps, on aurait pu voir, quand il est loin du Soleil, du côté de Jupiter et Pluton, si son accélération diminue, car il n’y aurait alors plus assez de photons par mètre carré pour le pousser. »

 

 

 

Epreuve d'artiste représentant ce que serait Oumuamua.

Epreuve d'artiste représentant ce que serait Oumuamua.

 

 

 

Emile Jehin, un confrère de Yaël Nazé ajoute au sujet de l’hypothèse selon laquelle Oumuamua soit une comète issue d’un autre système solaire :

 

« Oumuamua pourrait contenir des glaces de composition différente de celles des comètes de notre système solaire, suite notamment à son voyage de probablement plusieurs centaines de millions d’années entre les étoiles. La fameuse accélération non gravitationnelle [qui fait dire à Avi Loeb qu’il s’agit d’une “voile stellaire”] peut, elle, s’expliquer par un jet de gaz dirigé vers le Soleil, non dû à des glaces d’eau, mais à la sublimation de glaces d’azote ou de monoxyde de carbone, agissant un peu comme le moteur d’une fusée. Un article plus spéculatif propose aussi la possibilité d’un objet composé de glace d’hydrogène, ce qui n’a jamais été observé dans notre système solaire, mais qui rendrait Oumuamua si léger qu’il aurait pu être dévié par la pression de radiation des photons du Soleil. On n’a pas observé de queue pour Oumuamua, mais cela peut s’expliquer s’il était très petit et que le dégazage s’est produit tout près du Soleil, quand il n’était pas observable depuis la Terre. »

 

Bref, plusieurs hypothèses semblent faire accroire qu’Oumuamua est un astre errant naturel. Et M. Jadin réfute l’argument statistique d’Avi Loeb selon lequel il est quasi impossible de détecter un objet interstellaire naturel avec nos systèmes d’observation, d’autant plus qu’en août 2019, un astronome-amateur russe du nom de Borisov a découvert en Crimée une comète dont la trajectoire montre qu’il s’agit d’un objet provenant d’au-delà du système solaire.

 

 

La comète Barisov découverte en juin 2019 en Crimée est aussi un objet d'origine extra système solaire.

La comète Barisov découverte en juin 2019 en Crimée est aussi un objet d'origine extra système solaire.

 

 

 

Un vaisseau spatial, c’est plus sexy qu’un rocher !

 

 

« En 2019, à peine deux ans après, un deuxième objet interstellaire a été découvert, la comète 2I/Borisov, que nous étudions d’ailleurs dans mon équipe. C’est grâce à des télescopes toujours plus performants que ces deux voyageurs interstellaires ont été récemment découverts et d’autres devraient suivre Et si Oumuamua a été observé si près de la Terre, c’est bien parce qu’il était très petit, et que s’il était passé plus loin on ne l’aurait tout simplement pas vu. La caractéristique peut être la plus particulière est sa forme très allongée ou aplatie révélée par des variations de luminosité importantes en environ 7 heures au cours de sa rotation sur lui-même (à noter qu’il est très difficile d’expliquer une telle rotation pour une voile solaire). Des objets aplatis avec un rapport de un sur six, on en trouve dans notre système solaire, même si c’est très rare, et c’est clairement une information importante pour comprendre le processus de formation de Oumuamua. Tout n'est pas parfaitement compris pour Oumuamua ! Ce qui ouvre des perspectives très excitantes sur la nature de ces objets interstellaires et rend leur étude passionnante, dans la perspective de mieux comprendre la formation et l'évolution des systèmes planétaires de façon plus générale. »

 

En conclusion, Yaël Nazé et Emmanuel Jadin en appellent aux principes essentiels de la méthode scientifique :

 

« En science, il ne faut pas plonger sur l’hypothèse qu’on préfère et rejeter d’emblée toutes les autres. Il faut aussi juger de la probabilité a priori de chaque hypothèse, commente pour sa part l’astronome Michaël Gillon (ULiège). Des planétésimaux, c’est-à-dire des astéroïdes, ou des comètes éjectés de leur système solaire, il doit y en avoir des milliers de milliards qui se baladent dans la galaxie. Par contre, même s’il y a des civilisations technologiques avancées dans notre galaxie, je ne pense pas qu’il y ait des milliers de milliards de vaisseaux spatiaux à la dérive. Cela me semble beaucoup moins probable ! Ici, on n’a pas assez de poids, ni en fonction des données ni des a priori, pour dire que c’est forcément un vaisseau spatial. Évidemment, un vaisseau spatial, c’est plus sexy qu’un morceau de rocher ! »

 

Quelle leçon ! Madame Nazé et Monsieur Emmanuel Jadin nous montrent comme d’autres auparavant et avec brio que la Science est un des principaux moteurs du progrès de l’humanité. Ce qui n’interdit pas, au contraire, d’imaginer l’existence de nombreuses civilisations dans l’immensité de l’Univers.

 

Pour terminer sur un mode plus léger : un vaisseau spatial inconnu s’approche de la Terre, se met en orbite et observe notre Globe sur toutes ses coutures et puis, soudain, s’en retourne en l’espace infini. Le commandant déclare à son équipage : « Nous n’avons rien à faire sur cette planète peuplée d’une multitude de ces petits êtres étranges à deux pattes qui sont sales, bagarreurs et cons. Eloignons-nous, car ils pourraient nous contaminer ! »

 

 

Pierre Verhas
 

 

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