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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 20:19

 

 

 

Ce 15 août 2021 restera marqué dans l’histoire comme la déroute de l’Occident dans le Sud. La chute de Kaboul par la débandade des forces étatsuniennes va bouleverser à court terme les rapports de forces mondiaux. On peut s’attendre à d’autres tragédies – car ce sont les peuples qui trinquent dans ces guerres aux buts indéfinis – notamment au Mali où les Français se sont enlisés et sans doute au Maghreb et particulièrement en Tunisie où la pression djihadiste est de plus en plus forte.

 

 

 

Une femme et ses enfants tentant de fuir avec ses enfants à Kaboul.

Une femme et ses enfants tentant de fuir avec ses enfants à Kaboul.

 

 

 

L’Occident – c’est-à-dire le monde capitaliste transatlantique avec ses quelques supplétifs – est en train de payer son arrogance au prix fort. Les Etats-Unis ont voulu imposer leur dominion sur un Moyen-Orient regorgeant d’hydrocarbures qui sont le sang du complexe industriel occidental en prétendant lutter contre « le terrorisme ». Vingt ans de conflit en Afghanistan, en Irak et dans bien d’autres régions du Moyen-Orient pour aboutir à la plus humiliante défaite ! Les Talibans n’ont pas attendu le 31 août, date officielle du retrait des troupes US pour conquérir Kaboul qu’elles étaient censées protéger jusqu’au bout. C’est la panique, partout ! Les hélicoptères emportent les diplomates et les civils qui les ont aidés dans la plus grande confusion. C’est Saigon bis !  Une population terrorisée, des femmes et des enfants ne sachant où aller. Le piège absolu !

 

 

 

Comme à Saigon, les hélicoptères de l'US Army viennent chercher en catastrophe les diplomates étatsuniens à leur ambassade à Kaboul.s

Comme à Saigon, les hélicoptères de l'US Army viennent chercher en catastrophe les diplomates étatsuniens à leur ambassade à Kaboul.s

... pendant que les chefs talibans pénètrent dans le palais présidentiel.

... pendant que les chefs talibans pénètrent dans le palais présidentiel.

 

 

 

Que penser de tout cela ? Le temps n’est pas encore aux analyses. Voici deux textes-témoignages qui ont été publiés sur le réseau social Facebook par notre ami, l’écrivain Jean Lemaître et Marianne Sluszny, ancienne journaliste à la RTBF.

 

Le premier :

 

Les loups sont entrés dans Kaboul…

 

 

Et que font les occidentaux ? Après avoir joué les apprentis sorciers armant les talibans et les pires intégristes pendant des dizaines d'années, en commençant lors de l'invasion par les Soviétiques il y a maintenant 40 ans… les USA dépêchent des milliers de soldats sur place, dans la capitale... Pour protéger la population ? Que nenni ! Pour assurer le départ précipité de leurs derniers soldats et fonctionnaires sur place ! Les chancelleries occidentales se taisent dans toutes les langues. La honte de la honte, le gouvernement belge en est encore à se tâter, s'il se permettra encore d'expulser de force des réfugiés afghans (au mépris de toutes les lois internationales), promis à la mort certaine s'ils sont rejetés dans le pays où ils étaient en danger extrême. Jadis, on invoquait comme une bannière le « droit à l'ingérence humanitaire ». Au panier, maintenant !. Les loups sont entrés dans Kaboul.... Charmante Elvire... Elle est où, la dite « communauté internationale » si « vertueuse »... ? Envie de vomir !

 

Jean Lemaitre

 

 

 

Les femmes à Kaboul craignent l'arrivée des Talibans.

Les femmes à Kaboul craignent l'arrivée des Talibans.

 

 

 

L’abominable sort des femmes sous le joug des Talibans

 

Les témoignages terrifiants, des femmes afghanes, les premières exposées, recueillis par une journaliste de la BBC sur le terrain.

 

"Chaque nuit, de jeunes hommes et femmes terrifiés m'envoient des messages désespérés, me demandant de l'aide.

 

"Priez pour nous", dit l'un d'eux. "La situation est critique, nous sommes très inquiets", dit un autre.

 

« Je voudrais vous demander de m'aider à sortir d'ici... J'ai produit des émissions qui défendent les droits des femmes, l'armée nationale afghane et les progrès de l'Afghanistan. Je ne sais pas si je vais rester en vie ou si je vais être tuée ici », m'a écrit une autre.

 

Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, est en état de choc. Au cours de la semaine dernière, les talibans ont envahi le pays et se sont emparés de plus d'une douzaine de capitales provinciales. Après la chute de Kandahar et d'Herat, les insurgés ont désormais en ligne de mire la capitale.

 

Je fais des reportages en Afghanistan depuis plus de dix ans. Au fil des ans, j'ai passé du temps avec des journalistes, des femmes juges, des femmes parlementaires, des militantes des droits de l'homme et des étudiantes. Beaucoup d'entre elles sont devenues de bonnes amies.

 

Elles disent tous la même chose, estimant avoir pris des risques. Elles disent avoir été encouragées par les Américains et leurs alliés à prendre les risques en question. Pendant vingt ans, l'Occident a inspiré, financé et protégé cette nouvelle génération d'Afghans. Elles ont pleinement joui de libertés et d'opportunités.

 

Maintenant, elles me disent qu'elles se sentent complètement abandonnées par les nations démocratiques dont elles pensaient faire partie.

 

« Malheureusement, la situation n'est pas bonne... Des rumeurs circulent, selon lesquelles les talibans se promènent dans ma région à minuit. Nous sommes vraiment inquiets et effrayés par cette situation », m'a dit une femme.

 

Lors de mon dernier voyage à Kaboul, j'ai parlé à des combattants de première ligne et à des fantassins talibans. Ils m'ont dit qu'ils étaient déterminés à imposer de nouveau la charia, qui comprend la lapidation en cas d'adultère, l'amputation des mains en cas de vol et l'interdiction pour les filles d'aller à l'école au-delà de l'âge de 12 ans.

 

« En tant que jeune femme éduquée et militante sociale, j'ai vraiment peur de la situation qui empire chaque seconde. Ma famille et moi avons peur que les talibans nous prennent notre vie. Le problème est que toutes les personnes qui m'entourent savent que je suis étudiante", m'a écrit une femme.

 

Nous avons enterré tous nos documents et autres indications pour cacher notre identité aux talibans. Il est évident que cette précaution ne nous aidera pas longtemps. Maintenant, moi et ma famille avons décidé d'aménager un espace souterrain pour nous abriter des balles et des missiles qui pourraient arriver... Cette mesure de sécurité pourrait nous permettre de rester en vie, au moins jusqu'à ce que les talibans commencent à fouiller les maisons une par une. »

 

Ce n'est pas l'Afghanistan et Kaboul que connaissent ou souhaitent ces jeunes femmes. Alors que les talibans se préparent à envahir la capitale, il ne semble pas y avoir d'endroit où fuir ou se cacher.

 

« Des rumeurs circulent, selon lesquelles les talibans vont prendre le pouvoir et tuer toutes les personnes affiliées au gouvernement et aux États-Unis. Nous avons très peur », me dit l'une des femmes.

 

Le silence est jusque-là la seule réponse des Américains et de leurs alliés occidentaux à ces appels à l'aide. »

 

« Si les talibans prennent Kaboul, je vais mourir, c’est certain »

 

 

Voici l’autre témoignage diffusé par Marianne Sluszny.

 

La juge en sursis

 

 

Les femmes juges en Afghanistan craignent d’être exécutées par les talibans et demandent à la communauté internationale de les aider à fuir le pays et à prévenir la chute de Kaboul.

 

Tayeba Parsa est juge en Afghanistan depuis 10 ans. Elle voit avec horreur les talibans prendre le contrôle de son pays, province après province, sa ville natale de Ghazni y compris, et foncer vers Kaboul. Elle sent que le temps presse et elle craint d’être sur le point de tout perdre, peut-être même sa vie.

 

 

 

La Juge Tayeba Parsa sait qu'elle risque d'être assassinée par les Talibans.

La Juge Tayeba Parsa sait qu'elle risque d'être assassinée par les Talibans.

 

 

 

« Vous savez, quand les talibans prennent le pouvoir dans un secteur, une des premières choses qu’ils font est d’ouvrir les portes des prisons et de libérer leurs sympathisants, explique la juge Parsa d’une voix à la fois calme et fatiguée.

 

Les femmes juges, nous sommes inquiètes, apeurées. Nous savons que les talibans visent en premier les militaires, puis le milieu judiciaire. Nous avons jugé et condamné certains d’entre eux. Ils veulent se venger. »

 

Sans oublier qu’en étant des femmes occupant un emploi, qui plus est une place de pouvoir dans la société, elles deviennent des cibles naturelles pour les talibans, qui refusent d’accorder ce type de droit aux femmes, ajoute la magistrate.

 

La juge Parsa, qui est aussi responsable des communications pour l’Association des femmes juges d’Afghanistan, indique qu’il y a présentement un peu plus de 250 femmes juges dans le pays, et qu’elles représentent 11 % de la profession. Elle rappelle que deux femmes juges ont déjà été exécutées en janvier.

 

Elle est convaincue que c’est ce qui attend l’ensemble de leur petite communauté si les talibans prennent le contrôle de la capitale afghane, où la majorité d’entre elles sont réfugiées présentement.

 

Depuis des mois, elle et un groupe de femmes juges échangent sur une application mobile cryptée à propos de leurs craintes, des menaces dont elles sont victimes aussi. Des menaces parfois écrites, téléphoniques ou verbales.

 

Tayeba Parsa affirme avoir elle-même été régulièrement victime d’intimidation dans sa salle de cour. Elle craint que sa vulnérabilité ne soit accentuée par son appartenance à la minorité Hazara, qui a été historiquement réprimée par les talibans.

 

Étant une juge de la division commerciale de la cour d’appel de Kaboul, elle explique s’être mis à dos de nombreux hommes d’affaires puissants et peu scrupuleux dans les dernières années, des hommes qui entretiennent très souvent des liens étroits avec les talibans. "J’ai condamné des membres de la mafia, des talibans même, dit-elle. Je sens que je suis en danger. Je sais que ma vie est en danger," affirme-t-elle avec fermeté.

 

Fuir, la seule option

 

Tayeba Parsa s’est donc résignée à contrecœur à tout faire pour quitter le pays le plus rapidement possible." Nous aimons notre travail, nous aimons notre pays, confie-t-elle. Mais si nous restons ici, nous allons être emprisonnées ou mourir".

Si elle veut vivre, elle doit partir, même si pour cela, elle devra laisser derrière elle ses accomplissements des dix dernières années. « Il n’y a pas d’autre solution », conclut-elle à regret.

 

« Dans les 20 dernières années, nous avons pu goûter à la démocratie, à l’état de droit, au développement des droits de la femme. Nous allons perdre toutes ces avancées. Nous allons reculer de 100 ans. »

 

Mais fuir est plus facile à dire qu’à faire pour elle et ses collègues. Elle rappelle que beaucoup de pays ont fermé leurs ambassades et qu’il est dans le contexte extrêmement difficile de faire avancer des démarches pour obtenir les documents nécessaires pour quitter l’Afghanistan et être accueilli à l’étranger.

 

Appel à l’aide

 

Voilà pourquoi les femmes juges d’Afghanistan ont contacté l’Association internationale des femmes juges (IAWG) pour obtenir de l’aide. L’Association, qui représente plus de 6500 juges dans une centaine de pays, a accepté avec empressement de porter leur message, explique la juge Mona Lynch, directrice régionale de l'IAWG pour l’Amérique du Nord.

 

La juge Mona Lynch se fait la porte-parole des femmes juges afghanes qui craignent de perdre le contact avec le reste du monde si les talibans prennent le contrôle de Kaboul.

 

« Ces femmes courageuses contribuent depuis 20 ans à maintenir un état de droit et une gouvernance stable en Afghanistan. Elles sont menacées pour le travail qu’elles font. Elles ont besoin d’aide et nous allons être leur voix », indique la juge de Nouvelle-Écosse.

 

Dans un communiqué publié vendredi, l’Association exhorte les parties impliquées dans les négociations de paix de veiller à ce que les droits des femmes et des filles soient préservés, notamment ceux des femmes juges qui se retrouvent dans une situation particulièrement périlleuse et vulnérable.

 

L’IAWJ demande aussi aux gouvernements d’inclure les femmes juges afghanes et leurs familles dans les mesures spéciales accordées aux interprètes, journalistes et autres personnels ayant fourni un service essentiel aux formes militaires étrangères en Afghanistan.

 

L'Association souhaite par ailleurs que les femmes juges fassent partie des groupes prioritaires sélectionnés par le gouvernement canadien, qui a annoncé vendredi qu’il accueillerait 20 000 réfugiés afghans.

 

Tayeba Parsa, elle, espère que son appel à l’aide sera entendu et qu’elle et ses collègues femmes juges réussiront à fuir le pays à temps. Ou qu’une intervention de la communauté internationale réussisse à freiner l’avancée des talibans et prévienne ainsi la chute du gouvernement afghan.

 

Si les talibans réussissent à occuper Kaboul, je crois que notre exécution à toutes est assurée, j’en ai peur. Nous avons besoin de l’aide extérieure pour éviter le pire.

 

Marianne Sluszny est très inquiète :  J'ai publié ce texte sur la situation effarante des femmes afghanes. Est-ce que c'est parce qu'il est issu d'un organisme portant pour nom. Laïcité 30 qu'il recueille si peu d'attention ?

 

 

 

Un tweet parmi d'autres : des appels désespérés au secours.

Un tweet parmi d'autres : des appels désespérés au secours.

 

 

Ajoutons que le gouvernement belge, suite à l’invraisemblable avis du Commissariat général aux réfugiés et apatrides qui ne prévoit pas de suspension des décisions d'expulsion vers l'Afghanistan. Et envisage davantage de refus de protection en cas de victoire des talibans, s’apprête à expulser les réfugiés afghans sans papier !

 

 

La grande menace est là !

 

 

La grande menace est là. En plus du terrible sort que les Talibans réservent aux femmes et à tous leurs opposants, une longue nuit tombe sur l’Afghanistan et sa capitale Kaboul. Cette nuit va sans doute se répandre sur l’Afrique et tout le Proche Orient. Les occidentaux par leur arrogance et leur lâcheté ont perdu toute crédibilité. D’ores et déjà d’autres régions du monde sont menacées : en Afrique, le Mali où les Français sont tentés de suivre « l’exemple » étatsunien élargissant ainsi la menace sur toute l’Afrique subsaharienne, au Maghreb, l’Algérie et la Tunisie en proie à une grave crise politique, sans oublier la Libye en pleine anarchie. Quant au Liban et à la Syrie, tout est possible. Et n’oublions pas la Turquie d’Erdogan.

 

La grande menace est aussi l’extension de l’obscurantisme non seulement par la menace islamiste, mais aussi par les évangélistes et les tenants de la pensée « woke ». Un terrible retour en arrière est possible. Cependant, si dans la nuit qui s’étend, sans doute une lumière brillera dans les ténèbres. Il ne tient qu’à nous de l’allumer !

 

 

En attendant, aidons dans toute la mesure du possible les femmes et les démocrates afghans ! On ne peut laisser passer cela sans agir !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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11 août 2021 3 11 /08 /août /2021 19:57

 

 

 

Ce mercredi 11 août, Julian Assange comparaît devant la Royal Court of Justice, la Cour d’appel de Londres, qui va statuer sur l'appel du gouvernement américain contre la décision du tribunal de refuser l’extradition de Julian Assange.

 

 

 

Julian Assange juste après son exfiltration de l'ambassade d'Equateur

Julian Assange juste après son exfiltration de l'ambassade d'Equateur

 

 

 

Rappelons que le fondateur de Wikileaks fut violemment expulsé de l’ambassade d’Equateur à Londres où il s’était réfugié le 16 août 2012 pour échapper à une extradition vers les Etats-Unis où il risque 175 ans de prison. Le 12 avril 2019, sur plainte de l’ambassadeur d’Equateur, la police londonienne a exfiltré violemment le journaliste réfugié à la légation. Il a été presqu’aussitôt condamné à 50 semaines de prison pour avoir échappé à la Justice britannique et aussitôt enfermé à la prison de haute sécurité de Belmarsch réputée pour être une des plus dures du Royaume Uni et en même temps, le gouvernement de Londres a accepté la demande d’extradition d’Assange vers le Etats-Unis, car il est accusé d’espionnage. Cependant, l’affaire reste pendante devant la Justice britannique. On connaît la suite : le procès en extradition présidé par la juge Baraister qui a, en l’occurrence, confondu siège et ministère public. Ce fut un procès truqué indigne d’une nation démocratique comme le Royaume Uni. En février 2020, eurent lieu quatre audiences du tribunal de Westminster en vue de l’extradition du journaliste australien vers les USA. Assange était enfermé dans une cage de verre blindé et tout était fait pour l’empêcher d’avoir contact avec ses avocats. L’affaire a été initialement reportée au 14 août 2020 à cause de tergiversations de la partie américaine. D’hésitations en hésitations, le jugement fut enfin prononcé le 4 janvier 2021 et tout en reconnaissant le bien fondé des accusations étatsuniennes, la magistrate refuse l’extradition ! Son motif : Assange ne peut être extradé pour des raisons médicales arguant que les conditions dans lesquelles il serait incarcéré dans une prison étatsunienne de haute sécurité seraient trop dures.

 

Entre temps, il s’est produit deux événements qui ne font que confirmer l’inanité de l’accusation contre Julian Assange.

 

Un gêneur en prison !

 

Un des plus fervents partisans du fondateur de Wikileaks, Craig Murray, ancien diplomate, ancien ambassadeur de Grande Bretagne en Ouzbékistan, est condamné à huit mois d’emprisonnement pour outrage à magistrat, ce qui est exceptionnel dans la pratique judiciaire britannique. Il s’est présenté à la police écossaise pour débuter sa peine. C’est une haute magistrate écossaise, Lady Dorrian qui a prononcé le jugement.

 

 

 

Lady Dorrian, la haute magistrate écossaise qui a condamné Craig Murray à huit mois de prison pour "outrage à magistrat".

Lady Dorrian, la haute magistrate écossaise qui a condamné Craig Murray à huit mois de prison pour "outrage à magistrat".

 

 

 

Craig Murray est un gêneur. Né dans le Norfolk en 1958, il fit ses études dans un lycée du Norfolk qui était plutôt militariste. Il refusa de porter l’uniforme des cadets et ses résultats scolaires en pâtirent. Il a rejoint le parti libéral anglais dont il fut président des jeunesses d’East Anglian. Il poursuivit ses études à l’université de de Dundee où il obtint une Maîtrise des Arts en sciences humaines. Il a passé en 1984 le concours ouvert de la fonction publique. Après avoir brillamment réussi ce concours, il opta pour la diplomatie. Murray fut chargé de mission du Foreign Office et du Commonwealth Office dans plusieurs pays dont le Nigeria, en Pologne, au Ghana, puis il devint fonctionnaire responsable à Chypre. En août 1991, il travaillait au centre de surveillance de l’embargo en tant que chef de la section FCO. Ce travail impliquait de surveiller entre autres les tentatives du gouvernement irakien en matière de contrebande d'armes et de contournement des sanctions. Il envoya des rapports quotidiens à Margaret Thatcher et ensuite à John Major. C’est à partir de cette mission que Craig Murray contesta en 2002 la fameuse légende des « armes de destructions massives » en possession de l’Irak qui servirent de prétexte à la guerre d’Irak de 2003.

 

 

 

 

Craig Murray, malade, est contraint de subir huit mois d'emprisonnement parce qu'il dérange l'establishment !

Craig Murray, malade, est contraint de subir huit mois d'emprisonnement parce qu'il dérange l'establishment !

 

 

 

En 2002, Murray est nommé ambassadeur en Ouzbékistan. Là, il dénonce la dictature d’Islom Karimov et la torture généralisée. Tony Blair, alors Premier ministre, ne tint aucun compte de ses avertissements. Forcément, le régime Ouzbek était protégé par la CIA… Murray est aussitôt révoqué. Il rapporta tous ces événements dans un livre publié en 2006, intitulé Murder in Samarkand dont on a tenté d’entraver la diffusion pour une sordide affaire de droits d’auteur sur la photographie de couverture de cet ouvrage. Il n’a pas été traduit en français.

 

En réalité, on peut penser que ce sont ses comptes-rendus et rapports sur le procès d’Assange qui ont dérangé la Justice britannique. (Voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2019/10/julian-assange-avant-qu-il-ne-soit-trop-tard.html ). Craig Murray n’est pas un journaliste professionnel et, pour beaucoup de magistrats britanniques, seuls ces derniers sont habilités à effectuer des commentaires et des comptes-rendus critiques sur un procès. C’est donc à la fois une atteinte à la liberté de la presse et à celle d’expression ! Bien entendu, on n’a entendu personne condamner ce jugement indigne.

 

Et comme cela ne suffisait pas : le gouvernement de l’Equateur a retiré à Assange la nationalité équatorienne que Correa lui avait accordée !

 

L’espion se rétracte !

 

L’autre affaire est la rétractation d’un témoin-clé dans l’affaire Assange. Il s’agit de Sigurdur Ingi Thordarson, un Américain d’origine islandaise, qui a été recruté par les services de renseignement étatsuniens pour monter un dossier contre Assange. Il s’est infiltré dans le staff de Wikileaks en lui faisant croire qu’il était un de ses plus proches collaborateurs. En réalité, il s’était porté volontaire pour collecter des fonds pour Wikileaks en 2010, mais il en a profité pour détourner plus de 50 000 dollars de l’organisation. À cette époque, Julian Assange se rendait justement en Islande en raison de son travail avec les médias islandais et les membres du Parlement pour préparer l’Initiative islandaise pour les médias modernes, un projet de liberté de la presse qui a débouché sur une résolution parlementaire soutenant les lanceurs d’alerte et le journalisme d’investigation.

 

 

 

Thordarson aux côtés de Julian Assange. Pourquoi ne s'en est)il pas méfié ?

Thordarson aux côtés de Julian Assange. Pourquoi ne s'en est)il pas méfié ?

 

 

 

Or, les services étatsuniens, en vue de l’appel du jugement de premier instance, ont peaufiné leur acte d’accusation contre Assange en présentant une version actualisée sur la base des informations que leur a fourni Thordarson.

« Les documents judiciaires désignent M. Thordarson simplement par le terme ’Teenager’ (’Adolescent’, une référence à son apparence juvénile plutôt qu’à son âge réel, il a 28 ans) et l’Islande par le terme ’Pays de l’OTAN 1’, mais ne font aucun effort pour cacher l’identité de l’un ou l’autre. Ils sont censés montrer qu’Assange a chargé Thordarson de commettre des intrusions informatiques ou des actes de piratage en Islande.

 

Le but de cet ajout à l’acte d’accusation était apparemment de consolider et de soutenir l’accusation de complot portée contre Assange en relation avec ses interactions avec Chelsea Manning. Celles-ci se sont produites à peu près au même moment où il résidait en Islande et les auteurs de l’acte d’accusation ont estimé qu’ils pouvaient renforcer leur dossier en alléguant qu’il était également impliqué dans des activités illégales là-bas. Ces activités incluraient des tentatives de piratage des ordinateurs de membres du Parlement et d’enregistrement de leurs conversations. » (voir le « Grand Soir » : Bjartmar Oddur Peyr Alexandersson, Gunnar Hrafn Jonsson : https://www.legrandsoir.info/un-temoin-cle-dans-l-affaire-assange-admet-avoir-menti-dans-l-acte-d-accusation-stundin.html )

 

Répondant à une enquête effectuée par le journal islandais Stundin, Thordarson admet « qu’Assange ne lui a jamais demandé de pirater ou d’accéder aux enregistrements téléphoniques des députés. Sa nouvelle affirmation est qu’il avait en fait reçu des fichiers d’un tiers qui prétendait avoir enregistré des députés et avait proposé de les partager avec Assange sans avoir la moindre idée de ce qu’ils contenaient réellement. Il affirme n’avoir jamais vérifié le contenu des fichiers ni même s’ils contenaient des enregistrements audio comme le suggérait sa source tierce. Il admet en outre que l’affirmation selon laquelle Assange lui aurait demandé d’accéder à des ordinateurs afin de trouver de tels enregistrements est fausse.

Néanmoins, la tactique employée par les autorités américaines semble avoir porté ses fruits, comme le montre la décision rendue par la juge Vanessa Baraitser le 4 janvier de cette année. Bien qu’elle se soit prononcée contre l’extradition, elle l’a fait uniquement pour des raisons humanitaires liées aux problèmes de santé d’Assange, au risque de suicide et aux conditions de détention dans les prisons américaines. En ce qui concerne les accusations réelles formulées dans l’acte d’accusation, Mme Baraitser s’est rangée aux arguments de l’équipe juridique américaine, notamment en citant les échantillons spécifiques provenant d’Islande, qui sont désormais sérieusement remis en question. »

 

En réalité, Thordarson travaillait pour le FBI. Ce personnage s’est infiltré dans l’équipe Wikileaks alors qu’il n’a aucune compétence en informatique et qu’il est considéré comme sociopathe. D’autre part, il a détourné des fonds destinés à Wikileaks et ses responsables le soupçonnaient. Il y a quelque-chose d’étrange dans l’attitude des responsables de cet éditeur, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

Cependant, les rétractations de Thordarson à Stundin remettent fondamentalement en question l’acte d’accusation US contre Assange. Une fois de plus, on observe que cette nouvelle de première importance n’a que très peu été rapportée par les grands médias. D’autre part, l’attitude des autorités islandaises envers Assange pose aussi question.

 

Les dés sont pipés.

 

« En mai 2019, Thordarson s’est vu proposer un accord d’immunité, signé par Dwyer, qui lui accordait l’immunité de poursuites sur la base de toute information sur des actes répréhensibles dont ils disposaient à son sujet. L’accord, vu par écrit par Stundin, garantit également que le DoJ ne partagerait aucune de ces informations avec d’autres organismes de justice ou de police. Cela inclut les agences islandaises, ce qui signifie que les Américains ne partageront pas les informations sur les crimes qu’il aurait pu commettre et qui menaceraient les intérêts de la sécurité islandaise - et les Américains en avaient apparemment beaucoup mais n’avaient pas réussi, au fil des ans, à les partager avec leurs homologues islandais. »

 

Ensuite :

 

« Selon les informations obtenues par Stundin, l’accord d’immunité entre le département de la justice et Thordarson a été présenté au siège de la police de Reykjavik, où le seul rôle du policier islandais a été de confirmer l’identité de Thordarson avant de le laisser seul avec son avocat dans l’arrière-salle où il a rencontré la délégation américaine.

 

C’est comme si l’offre d’immunité, obtenue et scellée plus tard lors d’une réunion à Washington, avait encouragé Thordarson à prendre des mesures plus audacieuses en matière de criminalité. Il a commencé à escroquer des particuliers et des entreprises à une échelle plus grande que jamais ; généralement en acquérant ou en créant des entités juridiques qu’il utilisait ensuite pour emprunter des marchandises, louer des voitures de luxe, voire commander de grandes quantités de marchandises à des grossistes sans aucune intention de payer ces biens et services.

 

Thordarson a également falsifié le nom de son propre avocat sur des avis au registre de la Company House, prétendant faussement avoir augmenté les fonds propres de deux sociétés à plus de 800 000 dollars américains. L’objectif était d’utiliser ces entités, dont la situation financière était solide sur le papier, dans une opération immobilière.

 

L’avocat a signalé le faux à la police où d’autres cas similaires, ainsi que de multiples autres rapports de vol et de tromperie, s’accumulent maintenant.

 

Lorsqu’il a été confronté aux preuves de tous ces crimes par un journaliste de Stundin, il a tout simplement admis tout cela et l’a expliqué comme une pratique commerciale normale. Il n’a pas encore été inculpé et continue de pratiquer ce ’business’. Le journal local DV a rapporté la semaine dernière que Thordarson avait tenté de commander des marchandises à crédit en utilisant un nouveau nom de société, Icelandic Vermin Control. Malgré l’utilisation d’un faux nom et d’un masque facial COVID, il a été identifié et la transaction a été interrompue. Il a été vu pour la dernière fois roulant à toute vitesse dans une Tesla blanche, selon DV. »

 

Avouons que tout cela est bien étrange ! Une fois de plus, un pays – l’Islande – s’incline devant les diktats US en l’affaire Assange et on peut être circonspect devant l’immunité accordée à Thordarson qui poursuit ainsi ses exactions en toute impunité. Aussi une autre question : pourquoi a-t-il prononcé cette rétractation au Stundin ?

 

L’invraisemblable condamnation de Craig Murray qui ne pourra être témoin du procès en appel sur l’extradition d’Assange et le peu de cas que l’on fait des déclarations et des infractions de Thordarson laissent penser qu’au début de la procédure d’appel à Londres, les dés sont pipés et que le sort de Julian Assange est scellé.

 

N’est pas Big Brother qui veut !

 

Pourtant, il reste un espoir. Une pression internationale commence à poindre envers les USA comme envers la Grande Bretagne. Amnesty International s’est enfin réveillé. « Cet appel fallacieux devrait être rejeté par le tribunal et le président Biden devrait saisir l'occasion d'abandonner ces accusations à motivation politique qui ont mis la liberté des médias et la liberté d'expression sur le banc des accusés», a déclaré le directeur de l'organisation non-gouvernementale pour l'Europe, Nils Muiznieks. «Obama a ouvert l'enquête sur Julian Assange, Trump a porté les accusations contre lui, il est maintenant temps pour le président Biden de faire ce qu'il faut et de mettre fin à ces poursuites grotesques qui n'auraient jamais dû être engagées. » Amnesty, ce n’est pas rien.

 

Une autre intervention est celle du Président du Mexique échaudé par l’affaire Pegasus, ce logiciel espion israélien qui s’est introduit dans les ordinateurs et téléphones portables de plusieurs dirigeants politiques dont le Président mexicain.

 

 

 

Le Président du Mexique Andr§s Manuel López Obrador exige la libération de Julian Assange à la suite de l'affaire Pegasus dont il a été victime.

Le Président du Mexique Andr§s Manuel López Obrador exige la libération de Julian Assange à la suite de l'affaire Pegasus dont il a été victime.

 

 

 

 

À la suite de cela, le président du Mexique a tenu à rendre hommage au travail réalisé par Julian Assange, dont il a appelé à la libération. Dans le cadre d'une conférence de presse qui s'est déroulée le 21 juillet, Andrés Manuel López Obrador s'est exprimé sur les pratiques présumées d'espionnage ciblé visant des journalistes, avocats et responsables politiques, récemment mises en lumière par un consortium de 17 médias dans le cadre de l'affaire Pegasus. Assange doit être libéré soulignant l'efficacité d'une telle coordination à l'échelle mondiale, le président mexicain a alors estimé qu'il était tout aussi primordial de reconnaître l'importance des travaux menés par Julian Assange à travers la plateforme WikiLeaks.  « Assange doit être libéré parce qu'il est injustement en prison, traité avec cruauté, pour avoir fourni des informations d'une ampleur encore plus grande que l'affaire en cours ».

 

Au moment où les révélations liées à l'affaire Pegasus font le tour du monde, le président du Mexique appelle à la libération du fondateur et éditeur de WikiLeaks, Julian Assange, qui a le premier révélé les opérations de désinformations et surveillance à une échelle mondiale.

 

C’est la première fois qu’un chef d’Etat d’une puissance moyenne, de plus voisine des Etats-Unis intervient si fermement dans cette affaire de surveillance généralisée organisée par la plus importante puissance mondiale, mais qui connaît aujourd’hui une période de déstabilisation.

 

N’est pas Big Brother qui veut !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 10:08

 

 

 

Une excellente réflexion sur le racisme de notre ami Bernard Gensane publiée sur son blog le 29 juillet 2021. En quelques mots, il remet les montres à l’heure après l’agitation provoquée par l’indignation dans l’ensemble des Etats-Unis et par après dans le monde entier suscitée par le meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis dans le Minnesota, le 25 mai 2020. Les violences policières contre les Noirs – aujourd’hui en « politiquement correct », on dit « afro-américains » - sont régulières au pays de l’Oncle Sam et continuent en dépit de l’énorme mouvement de solidarité envers George Floyd et la sévère condamnation du policier meurtrier.

 

 

Ce fut le moment du mouvement « Black Lives matter » qui avait d’ailleurs été fondé en 2013 pour lutter contre le peu de cas que font les policiers américains de la vie des citoyens Noirs américains. Son slogan se répandit dans le monde entier tant l’émotion était grande. Cependant, il laisse, qu’on le veuille ou non, un goût de trop et de trop peu. De trop peu, parce que les violences policières qui sont le fruit de la déliquescence des démocraties occidentales et particulièrement étatsunienne qui se muent peu à peu en systèmes autoritaires, voire totalitaires. Aussi, ces violences systématiques qui en sont les conséquences, ne concernent pas uniquement les Noirs, mais aussi bien des catégories de population, comme les gilets jaunes en France ou les Ouighours en Chine. De trop, parce que justement on insiste sur une seule catégorie de population. Ainsi, on en arrive à cet abominable concept de « racisés ».

 

 

« Racisé » désigne toute personne non blanche susceptible d’avoir subi l’oppression des « Blancs » pendant ou après la colonisation. Il y a donc les « Blancs » et les autres. Cette pensée se concrétise par des réunions séparées, ou seuls les « racisés » sont admis. Elle est complétée par une autre notion : le décolonial. Il faut effacer toute mémoire de la période coloniale par la « cancel culture », combattre tout comportement jugé colonialiste. Ainsi, par exemple, tout récemment en Belgique, un programme de recherche en histoire qui rassemblait des historiens africains et européens s’est vu refusé de subventions sous prétexte d’esprit « postcolonial » ! C’est la première fois qu’un tel critère dicte une décision prise par un pouvoir officiel ! Voilà un exemple de ravage que peut causer la pensée « woke ». Et les exemples sont légion. Ainsi, aux Etats-Unis, il est fait pression pour supprimer l’étude et la pratique de la musique classique considérée comme colonialiste.  

 

 

Comme le rappelle Bernard, Claude Lévi-Strauss a démontré déjà dans les années 1970 que le concept de race est une fiction. Il n’existe pas de race, mais un genre humain diversifié. C’est sur cette base et cette seule base que doivent se faire les rapports entre groupes et individus humains.

 

Cette pensée « woke » qui nous vient des Etats-Unis, est en quelque-sorte le négatif du racisme ordinaire. Elle est dangereuse et est la cause d’une grave régression. Elle doit être combattue avec rigueur.

 

Remercions Bernard Gensane de remettre les pendules à l’heure.

 

Pierre Verhas

 

 

De la race « caucasienne »

 

 

 

Toujours se méfier de ce qui est popularisé par l’Empire zunien. Ainsi les expressions « race caucasienne », « type caucasien ».

 

 

Pour l’anthropologie moderne – disons depuis les travaux de Lévi-Strauss – il n’y a pas de race. Il n’existe qu’un genre humain, avec des différences de surface et, surtout, des perceptions différentes. En 1978, je résidais en Côte d’Ivoire. Ma femme et ma fille âgée de trois ans étaient blondes comme les blés, et moi châtain clair. Un jour, ma fille me dit que je n’étais pas blanc, parce que, d’une part, elle confondait « blond » et « blanc » et que, d’autre part, elle me percevait comme plus proche de tous les Africains qui nous entouraient que de sa mère et d’elle.

 

 

L’utilisation du terme « caucasien » est une aberration qui, aujourd’hui, nous vient des États-Unis, et qui est désormais reprise sans vergogne et en pleine connerie par la police et la justice française. Et bien sûr par les médias.

 

 

Au XIXe siècle, les anthropologues utilisaient le terme « caucasien » (ou « europoïde) pour désigner des populations d’Europe, d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud. Cette typologie a fait long feu chez nous, mais pas aux États-Unis où le terme « caucasien » signifie juridiquement parlant « race blanche » ou « d’origine européenne ». Outre-Atlantique, le terme « leucoderme » (peau blanche) a pu être employé par des scientifiques, mais aussi dans des développements à vocation raciste. De nos jours, en effet, le concept de race est un concept politique, à la rigueur social.

 

 

Les évolutions à l’intérieur du genre humain ont été conditionnées par des nécessités d’adaptation. Par exemple, lors de la dernière période glaciaire (40-50 000 ans), quand l’Europe et l’Asie ont été colonisées par des humains venant du Sud, la peau s’est éclaircie pour des raisons de captation de bonnes vitamines et d’exposition aux ultra-violets.

 

 

L’utilisation du terme « caucasien » date de la fin du XVIIIe siècle lorsque l’anthropologue Johann Friedrich Blumenbach divise le genre humain en cinq races : les Caucasiens (les Blancs), les Mongols (les Jaunes), les Malais (les Marron), les Éthiopiens (les Noirs), les « Américains » (les Rouges). Pour Blumenbach, la race caucasienne était la première, dans les deux sens du terme. Ce, depuis Noé, son arche amarrée près du monde Ararat, à la frontière entre la Turquie et l’Arménie. Plus tard, Jupiter enchaînera Prométhée à un rocher dans les montagnes du Caucase. Pour le scientifique allemand, les crânes des Géorgiens étaient l’illustration parfaite de la race blanche. Blumenbach fonda la théorie dégénérationniste selon laquelle les humains proviennent d’une souche unique et que les différences sont dues à des modifications climatiques réversibles. Contemporain d’Emmanuel Kant et ayant eu connaissance de ses traités sur les races humaines (Von den verschiedenen Rassen der Menschen), Blumenbach va réviser ses positions vers 1790 en admettant que  certaines différences phénotypiques pourraient être irréversibles. Dans les pas de Kant (et de Buffon), il reconnaît qu’il ne peut y avoir une séparation radicale entre une race et les autres, qu’aucune race n’a la préséance sur les autres, qu’aucune race ne peut revendiquer à elle seule la qualité d’être humain – en réduisant les autres à l’indignité de l’esclavage – et que, comme le métissage, la fécondation entre races est possible, les humains ne forment qu’une seule espèce ayant la même origine.

 

 

En rédigeant leurs PV, les flics français — mais aussi les militants d’une certaine cause noire plus que douteuse – feraient bien de garder cela à l’esprit.

 

 

Bernard Gensane

 

 

 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 08:46

 

 

 

II Les Frères, le Voile et la Laïcité

 

« Trente ans que cela dure ! C’est un éternel recommencement car la plupart des gens ne se donnent pas les moyens de comprendre la complexité de la situation. » exprime excédée Brigitte Maréchal, la sociologue de l’UC Louvain spécialiste de l’Islam. En effet, on n’arrête pas de débattre sur la question du voile sans aboutir à une solution. Deux radicalités se heurtent : une partie significative du monde laïque et un certain fanatisme islamique qui serait, prétend-on, mené par les Frères musulmans.

 

Première question : les Frères musulmans sont-ils à l’origine de la généralisation du port du voile par les femmes musulmanes ? Il est exact (voir le premier volet de cet article - Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2021/07/l-islam-et-la-neutralite-i.html ) que pour installer leur pouvoir dans plusieurs pays du monde arabe, la Confrérie lança des campagnes pour imposer le port du voile. Est-ce le cas en Europe ? Et l’éventuelle action des Frères est-elle la seule cause de la multiplication du foulard ? Et surtout, qui peut répondre à ces questions ?

 

Laïcité Yallah

 

Il existe à Bruxelles un groupe d’influence qui s’appelle « Laïcité Yallah » qui regroupe plusieurs intellectuels hommes et femmes arabo-musulmans. Le journal « l’Echo » du 17 juillet 2021 publie une interview de Madame Djemila Benhabib, politologue d’origine algérienne qui a fui l’Algérie et qui a écrit un ouvrage intitulé « Ma vie à Contre Coran ». Madame Benhabib affirme d’emblée : « Il existe une militance islamiste dans notre pays qui passe par des Etats étrangers et des personnalités d’influence. » Elle vise directement les Frères musulmans qui, par leur prosélytisme émanant de différents pays s’infiltrent dans la communauté musulmane. L’exemple de Tariq Ramadan qui vivait en Suisse et voyageait à travers toute l’Europe et avait porte ouverte dans les grands médias, est connu de tous jusqu’à ce qu’il fût compromis dans des affaires de mœurs. Rappelons que Tariq Ramadan est le fils de Saïd Ramadan, lui-même gendre du fondateur des Frères musulmans, Hassad El Banna assassiné en 1948 par le premier ministre du roi Farouk d’Egypte.

 

 

 

Madame Djemila Benhabib, politologue membre de Laïcité Yallah

Madame Djemila Benhabib, politologue membre de Laïcité Yallah

 

 

 

La question du port du voile est très sensible en Belgique. C’est ainsi que le gouvernement actuel d’Alexander De Croo dit « le gouvernement Vivaldi » a été ébranlé suite à la nomination par une ministre écologiste de Madame Ishane Haouach, universitaire de haut niveau et porteuse du voile, comme commissaire au gouvernement d’une association publique pour l’égalité hommes femmes.

 

 

 

Alexander De Croo est perplexe à propos du voile.

Alexander De Croo est perplexe à propos du voile.

 

 

 

Pour Madame Benhabib : « Il y a une part d'ignorance car il n'est pas aisé de comprendre le fonctionnement et la logique des Frères musulmans. Et puis, il y a aussi une part de paresse intellectuelle, d'opportunisme et de calcul. Lorsqu'on est un homme ou une femme politique, on ne peut pas se permettre d'ignorer une telle militance. La responsabilité d'Ecolo dans cette affaire est très importante. La guerre à la laïcité est déclarée depuis plusieurs années. Et ce sont notamment certaines femmes voilées qui la mènent.

 

 

 

 

Ishane Haouach à l'origine du rebond de la polémique interminable sur le port du voile.

Ishane Haouach à l'origine du rebond de la polémique interminable sur le port du voile.

 

 

 

En outre, on a soupçonné Madame Haouach d’être membre des Frères musulmans. Mais, un rapport de la Sûreté de l’Etat a opportunément « fuité », rapport d’ailleurs assez ambigu qui évoque des rencontres régulières qu’elle aurait eues avec des membres de la Confrérie. Mais, elle n’y serait pas affiliée. Non, en définitive, c’est le port du foulard qui a été le catalyseur de cette campagne menée essentiellement par la droite du MR et qui a abouti à la démission de l’intéressée.

 

Cette affaire valait-elle une crise politique ?

 

D’un côté, il y a une véritable hystérie au sujet du voile islamique, de l’autre une tolérance excessive. Les deux camps ont cependant deux points communs : l’absence d’une analyse approfondie de cette question et bon nombre d’arrière-pensées.

 

Vous avez vu un « islamo-gauchiste » ?

 

Les antivoiles regroupent certains milieux laïques, la gauche social-démocrate, la droite libérale et l’extrême-droite. Les tolérants se retrouvent dans des formations comme Ecolo, la gauche radicale et il y a bien entendu les fameux « islamo-gauchistes » qu’on n’arrive pas à bien situer ou à définir.

 

Cette mosaïque de groupes hostiles au voile islamique génère la confusion. Et c’est l’extrême-droite qui engrange les profits ! Madame Benhabib en est d’ailleurs consciente. Dans son interview, elle dit : « Il est clair pour moi qu'Ihsane Haouach envisageait sa fonction à travers un détricotage de la neutralité. Ce n'est pas la première fois qu'elle a des mots extrêmement durs envers ceux qui défendent la neutralité. Dans ce contexte, la neutralité est associée à une fabrique de discrimination et ceux qui la défendent sont clairement diabolisés, assimilés à l'extrême droite. »

 

 

Et elle ajoute : « Il ne faut pas faire d'amalgames en estimant, par exemple, que les musulmans sont culturellement hostiles à la neutralité. Quand on est progressiste et qu'on a vécu dans un pays où la démocratie n'existe pas, on sait quel est le prix de la liberté. On sait l'importance de la séparation du politique et du religieux. Cet enjeu a fait couler beaucoup de sang dans de nombreux pays musulmans. C'est pourquoi il faut se solidariser avec les forces laïques et démocratiques dans ces pays. Comment se fait-il que nous ayons, par exemple, abandonné les démocrates turcs ? »

 

 

Neutralité : concept vague et abstrait

 

Certes, mais lesdites forces démocratiques et laïques devraient adopter une autre stratégie que celle de se limiter au seul combat contre le voile en prônant l’interdiction pure et simple au nom de la neutralité. La neutralité est une notion vague et abstraite.

 

Dans la fonction publique, le ou la fonctionnaire doit se montrer neutre dans l’exercice de sa fonction. Cela signifie que son travail doit s’effectuer sans aucune influence politique, philosophique ou spirituelle. En ce qui concerne sa personne, c’est différent. Le fonctionnaire est un citoyen libre d’avoir et d’exprimer n’importe quelle conviction tant qu’elle ne trouble pas l’ordre public. Être servi par une agente publique voilée ne change rien à ses obligations professionnelles tant qu’elle respecte la fameuse neutralité.

 

Posons-nous la question : la neutralité est-elle vraiment respectée dans la fonction publique ? Voyons les nominations politiques. Les partis dits de gouvernement se partagent les nominations aux postes de cadre sur la base d’une répartition bien définie des appartenances politiques des candidats, que ce soit dans les ministères, dans les organismes d’intérêt public ou même dans la magistrature. Où est la neutralité dans un tel système ?

 

La « lepenisation » du discours laïque

 

Aussi, cette guerre du voile ne mène qu’à créer des tensions profitables aux extrémistes de droite. Hervé Hasquin, ancien ministre libéral, ancien Recteur de l’ULB et Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie royale de Belgique en est conscient. Dans une tribune libre publiée dans l’hebdomadaire « Le Vif », le 7 juillet 2021intitulée « Gare à la « lepenisation » du discours laïque », analyse : « Théoriquement, cette laïcité officielle se veut inclusive. Dans le discours, on est souvent loin du compte. Il est de bon ton de faire assaut de laïcité républicaine. Mais jusqu'où aller sans sombrer dans l'intolérance, ou tout simplement dans la chasse aux sorcières.

 

 

 

Hervé Hasquin n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en critiquant une laïcité trop rigide selon lui.

Hervé Hasquin n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en critiquant une laïcité trop rigide selon lui.

 

 

 

Il est vrai que le terrorisme islamiste et les dictatures islamistes menacent nos démocraties. Convient-il pour autant de laisser la paranoïa, ou pire le racisme et le sexisme, l'emporter sur la démarche libérale, humaniste et rationnelle ? La tentation est grande de voir s'estomper les principes démocratiques ... » C’est exactement ce qui est dénoncé ici : l’hystérie qui s’est emparée du discours laïque aussi bien en France qu’en Belgique.

 

Hasquin ajoute : « Même en France, il n'existe pas de définition juridique de la laïcité. Trois principes semblent faire consensus. 1. La liberté de conscience, y compris le droit de manifester ses convictions dans le respect de l'ordre public. 2. Séparation de l'Etat et des Eglises, des institutions publiques et des organisations religieuses. 3. L'égalité de tous devant la loi quelles que soient les croyances et les convictions. Pour le reste, le concept est à géométrie variable. Mais vu l'air du temps, les surenchères ne manquent pas. » Il est évident que l’ancien Recteur vise aussi la Belgique avec cette querelle du voile qui s’est réveillée suite à l’affaire de la STIB et à la nomination de Ishane Haouach et qui s’est terminée en queue de poisson ! Pourquoi ? Parce qu’on fait d’un symbole comme le voile une arme de combat contre « nos » valeurs.

 

Emancipation Yallah !

 

La réponse de la laïcité organisée est d’en faire un combat essentiel sans qu’elle se rende compte qu’elle ouvre une boîte de Pandore dont les émanations profiteront aux extrêmes les plus odieux comme le racisme et paradoxalement l’antiféminisme ! Le voile que les laïques considèrent comme un outil d’enfermement et d’oppression de la femme musulmane est considéré par nombre de musulmanes comme un droit à l’identité et une affirmation de sa fidélité à l’Islam. Comment débattre dans ces conditions ?

 

Comme l’écrit Henri Goldman dans son blog cosmopolite (https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/blog/ce-que-l-emancipation-veut-dire ) : « Cette situation brouille les perceptions binaires. Ainsi, on affirme couramment que les femmes musulmanes qui portent le foulard seraient dominées par les hommes de leur propre communauté – pourtant victimes comme elles de l'islamophobie – qui les obligeraient à le porter contre leur gré. Mais d'autres affirment aussi qu’elles subiraient une domination de nature coloniale du fait de la société – pourtant très pointilleuse sur le droit des femmes – qui les obligerait à le retirer contre leur gré. Comment trancher entre ces affirmations contradictoires ? En écoutant les personnes concernées et en s’interdisant de parler à leur place. Même si on ne peut jamais exclure qu’une parole ne soit libre qu’en apparence et qu’elle soit la résultante de pressions intériorisées… comme tous les comportements humains sans aucune exception. Cette démarche d’éclaircissement a-t-elle été conduite à son terme et avec les nuances nécessaires ? »

 

 

 

Henri Goldman n'hésite pas, lui aussi, à mettre les pieds dans le plat.

Henri Goldman n'hésite pas, lui aussi, à mettre les pieds dans le plat.

 

 

 

Evidemment, non ! Et c’est pour cette raison que la « guerre du voile » ne peut conduire qu’à l’impasse.

 

Cependant, il ne faut pas s’aveugler. Cette confusion profite à l’extrême-droite, mais aussi aux islamistes. N’oublions pas que les Frères musulmans ont transformé la religion en un outil de combat et que leur prosélytisme est universel. C’est en cela que l’Islam radical est si redoutable et efficace. Il s’appuie sur une masse musulmane facile à endoctriner et surtout une jeunesse dont les perspectives en Europe ne sont guère réjouissantes et qui voit en l’Islam la voie vers l’émancipation, qui lui donne un autre but dans la vie que le chômage et la drogue. De ce point de vue, ceux qu’on appelle les « islamo-gauchistes » sont logiques : l’Islam est l’instrument qui permettra à ces peuples victimes du colonialisme de s’épanouir. Or, dans l’histoire, nulle religion n’a été émancipatrice !

 

Comme le rappelle Henri Goldman dans le même blog : « S’émanciper, c’est s’affranchir d’une domination. Celle-ci peut être de classe ou de genre, raciale ou coloniale, macro (au niveau d’un groupe social, voire d’un peuple entier) ou micro (concernant une collectivité restreinte, voire un individu). Mais il y a toujours intérêt à bien définir cette domination ainsi que celles et ceux qui en sont les bénéficiaires et les agents, pour éviter les erreurs d’aiguillage. »

 

Et l’émancipation ne peut se faire que par soi-même. Le rôle de la laïcité, en l’occurrence, serait bien plus utile en donnant aux opprimés les outils qu’ils utiliseront comme ils l’entendent pour s’épanouir. Emancipation Yallah !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Post scriptum

 

Terrible constat

 

Notre ami Bernard Gensane a publié ce constat : « Mon ancien collègue à la fac de Poitiers, Enrique Lister, fils du général républicain espagnol Lister, écrit ceci : »

 

« Ceux qui ont bâti toute une vie politique sur l’individualisme forcené et la désintégration des filets sociaux de solidarité viennent aujourd'hui exiger de la solidarité d’une société atomisée par le modèle du self-made-man : un bonimenteur de braderie, mais ce sont nos droits qu’il a bradés. »

 

Réel et terrible constat !

 

Le général républicain Lister avec Ernest Hemingway (à droite) pendant la guerre d'Espagne

Le général républicain Lister avec Ernest Hemingway (à droite) pendant la guerre d'Espagne

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19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 10:05

 

 

 

I Du califat à l’Islam contemporain

 

Cela s’agite encore avec le voile et l’Islam. Les rationalistes s’exercent à l’irrationnel ! Ils veulent exclure, interdire, sauver la statue de la laïcité menacée de disparition ! Beau programme ! S’il vous plaît, calmons-nous, discutons à tête reposée et, si c’est encore possible, tentons de raisonner.

 

Tout d’abord, replaçons les choses dans leur contexte historique.

 

Un conflit déchire l’Europe occidentale. Les tensions entre les musulmans européens et les autorités et milieux laïques prennent aujourd’hui d’inquiétantes proportions. Certes, cela ne date pas d’hier. Tout a commencé en Iran en 1979 par le renversement du régime du Shah Rezza Palhavi et le déclenchement de ce qu’on a appelé la révolution islamique. Cet événement régional a rapidement pris une dimension mondiale. La première manifestation visible en Europe et même aux Etats-Unis en fut la multiplication du port du voile par des femmes musulmanes sans que cela n’inquiète trop les autorités. Ensuite, la révolution khomeyniste eut très vite des suites géopolitiques majeures. Elle avait bouleversé le fragile équilibre imposé par les Etats-Unis au Moyen-Orient. C’est la fatwa de Khomeiny condamnant à mort l’écrivain indien Salman Rushdie pour l’écriture d’un ouvrage considéré comme « sacrilège » qui fit prendre conscience de la violence de ce qu’on a appelé depuis l’islamisme. On eut l’impression de revivre les pires moments de l’Inquisition !

 

 

 

 

La Kaaba à La Mecque - lieu le plus sacré de l'Islam

La Kaaba à La Mecque - lieu le plus sacré de l'Islam

 

 

 

Prenons conscience qu’une fois de plus, la religion servit d’instrument à un rapport de forces entre grandes puissances et nations émergentes, rapport de forces qui avait débuté en 1973-74 avec le premier choc pétrolier et qui s’est exacerbé avec le second choc en 1979, la révolution iranienne et l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique. Ensuite, on a encouragé un dictateur arabe local à attaquer l’antique Perse considérée comme dangereuse en espérant écraser ce nouveau pouvoir ! Les « méchants » avaient pris les diplomates de l’ambassade US en otage ! Vraiment, cela ne se fait pas ! Aussi, Saddam Hussein, le sunnite irakien a été chargé de punir les vilains chiites de Téhéran. Dix ans d’une guerre atroce qui a abouti à la victoire à la Pyrrhus de l’Iran et l’humiliation des USA. Les otages étatsuniens ont été relâchés le jour de l’élection de Reagan en novembre 1980 qui a succédé au démocrate Carter qui s’est embourbé par le fiasco d’une opération commando destinée à libérer les diplomates otages.

 

Ces événements ont redonné à l’Islam un immense prestige au niveau mondial, particulièrement dans le Tiers-monde et dans les communautés musulmanes en Europe. Cependant, ces guerres sont loin d’être terminées. Dans leur projet fou de « nouvel ordre mondial » ou de « grand Moyen-Orient », les Etats-Unis mènent la guerre sur plusieurs fronts. D’abord, clandestinement en Afghanistan via la CIA en dotant d’armes sophistiquées les moudjahidines qui combattaient pour chasser les Soviétiques et en y entraînant des commandos placés sous le commandement d’un Saoudien, un certain Oussama Ben Laden, qui constitua une organisation particulièrement efficace dénommée « Al Qaeda » - la base, en Arabe.

 

 

 

Oussama Ben Laden commença sa "carrière" au service des Etats-Unis !

Oussama Ben Laden commença sa "carrière" au service des Etats-Unis !

 

 

 

La guerre du Golfe qui s’en suivit dès 1991 permit le renforcement de l’Islam radical – aussi bien chiite que sunnite – au Moyen-Orient mais aussi dans le reste du monde. Ce fut la période du terrorisme islamique qui avait d’ailleurs commencé en Algérie et qui s’est étendu essentiellement en France où vit une importante communauté algérienne dans la décennie 1980-90. Grâce à Al Qaeda et sans doute à une frange du pouvoir saoudien, des attentats de grande ampleur visant avant tout des intérêts étatsuniens se déroulèrent en Afrique et en Europe. Cette vague atteignit son sommet lors des attaques à New York et à Washington du 11 septembre 2001.

 

Ce fut le déclenchement des guerres « contre le terrorisme », « du bien contre le mal » et l’émergence de la pensée du choc des civilisations. Ce furent non seulement des guerres pour bâtir le fameux « grand Moyen-Orient » placé sous le contrôle étatsunien, guerres interminables aux objectifs obscurs et aux issues incertaines avec des bombardements meurtriers associées à un conflit idéologique entre deux conceptions du monde ou plutôt au choc de deux fanatismes.

 

Et vinrent les Frères…

 

Un élément essentiel souvent négligé : l’Islam comme les autres religions dites du Livre est une religion révélée, mais en outre intimement associée à un pouvoir temporel, le califat. Nabil Mouline écrit dans son ouvrage « Le Califat », (Paris, Flammarion, collection Champs histoire, 2016) : « Depuis le VIIe siècle, le califat n’a cessé d’être un mot de ralliement – réel ou symbolique – pour les musulmans à travers le monde. Cette incroyable popularité s’explique sans doute par l’équation quasi systématique qui s’établit entre l’imaginaire collectif entre cette forme de monarchie universelle et l’Âge d’or de la communauté des croyants. ». Il est l’institution politico-religieuse centrale de l’Islam. Le califat est né au VIIe siècle, connut diverses formes et vicissitudes à travers l’histoire et s’acheva en 1917 avec la chute de l’empire ottoman. Depuis, la nostalgie du califat ne cessa de hanter l’âme des musulmans.

 

Cela dit, l’Islam, ni même le radicalisme islamique ne sont des blocs monolithiques. Outre les courants sunnites et chiites, il existe différentes tendances au sein de chacun d’eux. Ainsi, chez les sunnites, le salafisme et le wahhabisme – deux tendances radicales – ainsi que le soufisme plus spirituel, plus ouvert et modéré. A cela, il faut ajouter un mouvement très influent dont on parle beaucoup en ce moment : la Confrérie des Frères musulmans.

 

Cette Confrérie d’obédience sunnite est née à Ismaila dans le Nord de l’Egypte en 1928. Elle a comme objectif d’instaurer une société islamique par l’application de la charia. Elle s’est aussi ralliée au salafisme. La Confrérie est aussi un mouvement anticolonialiste. L’Egypte avait été placée sous mandat britannique après les fameux accords Sikes-Picot qui ont partagé les restes de l’empire ottoman en 1916 entre la France et la Grande Bretagne. Les élites égyptiennes de l’époque s’occidentalisaient et se laïcisaient. Aussi, plusieurs dirigeants musulmans égyptiens s’opposèrent à cette évolution et fondèrent ainsi la Confrérie. Ils rencontrèrent assez vite un important succès auprès d’une partie de l’élite comme dans la population musulmane d’Egypte. Les prêches dans les mosquées et aussi les organisations caritatives mises en place par les Frères exercèrent une influence considérable. La Confrérie ne s’est pas limitée à l’Egypte. Elle cherche à s’étendre dans l’ensemble du monde musulman et plus tard, même, à se mondialiser.

 

 

 

Deux fondateurs des Frères musulmans. A gauche : Hassan El Banna

Deux fondateurs des Frères musulmans. A gauche : Hassan El Banna

 

 

 

Le pouvoir colonial s’en inquiéta et réprima les Frères sans réussir à les éliminer. Au contraire, en 1943, ils comptèrent plus de 280 000 adeptes en Egypte, alors qu’en 1928, ils étaient 2 000 ! Après la Seconde guerre mondiale, Nasser se servit des Frères musulmans pour fomenter en 1952 son coup d’Etat contre le roi Farouk qui était un fantoche des Britanniques. Très vite, il y eut de profondes divergences entre le Raïs et les Frères. Nasser voulait faire de l’Egypte un Etat nation laïque à l’occidentale et après avoir échoué à négocier avec la Confrérie, il la fit interdire et persécuta ses dirigeants. Bon nombre d’entre eux s’exilèrent en Europe. C’est à ce moment que les Frères, paradoxalement, étendirent leur influence en dehors de l’Egypte. Ils devinrent une force spirituelle internationale, ce que par ailleurs ils cherchaient à devenir. Comment procédaient-ils ?

 

« L’appareil secret » des Frères musulmans

 

Les Frères créèrent de complexes réseaux d’associations spirituelles et caritatives au sein des communautés musulmanes d’Europe de plus en plus nombreuses suite d’abord à la décolonisation et par après à l’immigration. En Europe, la Confrérie put agir sans trop d’entraves se plaçant essentiellement sur les plans spirituel et caritatif. Les Frères ne prônent pas la violence mais la conquête par la voie spirituelle. Il existe cependant une exception : ils fondèrent dès 1945 une branche armée en Palestine pour lutter contre le mouvement sioniste et participa à l’offensive des armées arabes lors de la guerre de 1948-49 dite d’indépendance par les Israéliens. Cette armée clandestine dite « l’appareil secret » agit aussi en Egypte. Le 28 décembre 1948, le Premier ministre égyptien fut assassiné. En représailles, le pouvoir égyptien fit exécuter le fondateur de la Confrérie, Hassan-el-Banna. Par après, l’Egypte entre en conflit avec l’occupant anglais. Ceux-ci refusèrent de quitter leur base militaire du canal de Suez. De sanglantes émeutes associant les Frères, les communistes et les nationalistes égyptiens firent des centaines de victimes. Ces escarmouches durèrent jusqu’en 1954.

 

 

 

Gamal Abdel Nasser se servit de la Confrérie pour prendre le pouvoir et après la pourchassa.

Gamal Abdel Nasser se servit de la Confrérie pour prendre le pouvoir et après la pourchassa.

 

 

 

Une affaire de famille

 

Entre temps, et c’est un élément fondamental, au début des années 1950, les Etatsuniens et les Britanniques craignant l’instauration d’un régime communiste en Egypte avec l’arrivée au pouvoir de Nasser, firent appel aux Frères musulmans.  Le Guide Hassan al-Hudaybi, successeur de El-Banna négocia avec le chargé des questions orientales du Royaume-Uni, Trevor Evans et lui demanda des armes pour lutter contre Nasser. L'université de Princeton organisa avec la CIA un colloque sur les musulmans en Union soviétique avec Saïd Ramadan (1926 – 1995), le gendre et l’héritier spirituel du fondateur des Frères musulmans Hassan el-Banna et lui-même fondateur de la branche palestinienne du mouvement. Il a fondé en 1958 la Société islamiste d'Allemagne, puis la Ligue musulmane mondiale. Il est le père de Hani et de Tariq Ramadan. Les Frères sont véritable une affaire de famille !

 

Constante de la politique israélo-étatsunienne

 

On observe que c’est une constante dans la politique étatsunienne comme israélienne : chercher à s’associer un ennemi pour en combattre un autre considéré comme plus dangereux. C’est ainsi, comme nous l’avons vu, les Etatsuniens ont soutenu Oussama Ben Laden dans sa lutte contre les Soviétiques en Afghanistan et après le 11 septembre 2001, se sont servis d’Al Qaeda pour mener des opérations clandestines en Irak et en Syrie. Après la guerre des Six Jours, les Israéliens ont aidé le Sheikh Yassine, membre des Frères musulmans, à fonder le Hamas à Gaza pour contrebalancer l’influence de plus en plus grande de l’OLP de Yasser Arafat, comme l’a révélé le journaliste franco-israélien Charles Enderlin, bête noire des ultra sionistes, dans son livre « Le Grand Aveuglement » (Paris, Albin Michel, 2009). Le même Charles Enderlin a révélé récemment lors de la récente guerre dite des « treize jours » entre Israël et le Hamas que les Israéliens autorisaient et même aidaient le transfert de fonds destinés au Hamas à Gaza en provenance du Qatar via Lydda Airport (voir : https://uranopole.over-blog.com/2021/05/la-guerre-de-colonisation.html ). Et on peut également se poser la question avec Daesh qui disposa manifestement de puissants appuis extérieurs. Ajoutons que l’ennemi le plus « redoutable » est souvent une organisation arabe laïque ou socialisante… Ce n’est certes pas un hasard.

 

Force et faiblesse des « Frères »

 

Revenons aux Frères musulmans. Nasser fit interdire la Confrérie en 1954 et emprisonna 20 000 adeptes. En 1984, la Confrérie fut à nouveau autorisée mais uniquement comme organisation religieuse, ce qu’elle contourna en présentant des candidats « sans étiquette » aux élections. Lors des élections législatives de 2005, les Frères musulmans deviennent la deuxième force politique, derrière le Parti national démocrate (PND) de Moubarak. Mais les élections de 2010, entachées de forts soupçons de fraude, voient le parti de Moubarak remporter 95 % des suffrages. Les Frères musulmans, qui boycotteront le 2e tour, perdent l'intégralité de leurs sièges lors de ces élections. 

Dès 2010, la chaîne satellitaire qatarie Al Jazeera (en arabe : l’île pour évoquer la péninsule arabique) se fait la caisse de résonance des printemps arabes où les Frères jouèrent un rôle primordial en plusieurs pays arabes : Libye, Syrie, Bahreïn, Yémen. Pays qui, comme par hasard, à l’exception du Bahreïn où le mouvement fut réprimé avec l’aide de l’armée saoudienne, connaissent depuis des guerres abominables. Au départ, la Confrérie se montra discrète lors de la révolution qui renversa Hosni Moubarak. Cependant, elle parvint à imposer un parti – le parti de la justice et de la liberté – qui parvint à faire élire son chef Mohamed Morsi en 2012. Cependant, celui-ci ne parvint pas à réduire l’armée qui est la première force du pays qui fut au pouvoir sans discontinuer depuis 1952 !

 

 

 

 

Mohamed Morsi, éphémère président égyptien renversé par l'armée fut proche des Frères musulmans.

Mohamed Morsi, éphémère président égyptien renversé par l'armée fut proche des Frères musulmans.

 

 

 

D’autre part, des manifestations eurent lieu place Tahrir au Caire contre la « frérisation de l’Etat ». De nombreuses femmes craignent pour leurs droits. Les protestataires, effrayés de voir leur révolution confisquée, accusent la Confrérie de placer ses membres à tous les échelons du pouvoir. La contestation se cristallise également sur le front économique : les Frères musulmans ne parviennent ni à améliorer le quotidien des Egyptiens ni à gommer les difficultés du pays. Le gouvernement Morsi est destitué le 3 juillet 2012 par un coup d’Etat fomenté par l’armée. Le général Al-Sissi est placé à sa tête et instaure un pouvoir fort au départ très populaire. Ce nouveau régime est rapidement adoubé et financé par l'Arabie saoudite, dont les dirigeants ont promis 5 milliards de dollars au nouveau gouvernement. Il est aussi adoubé par les Etats-Unis et Israël. Les choses changent : les trois réelles puissances au Moyen-Orient soutenaient la Confrérie quelques temps auparavant !

 

Malgré des réactions violentes qui firent de nombreuses victimes, les Frères musulmans sont pour le moment neutralisés en Egypte, mais ils exercent une influence considérable dans un pays du Maghreb : la Tunisie. Le parti islamiste Ennahdah (Renaissance en arabe) fondé en 1981 et interdit par le régime Ben Ali à l’époque, fut légalisé en 2011 par le gouvernement d’union nationale issu du printemps arabe qui, rappelons-le, débuta en Tunisie. Ennahda ne souhaite pas d’un califat et prétend ne pas vouloir instaurer une république islamique. Il se base sur le modèle turc d’Erdogan. Il devient le premier parti tunisien après les élections organisées qui ont suivi la révolution de 2011. Il ira au pouvoir, mais le quitta assez vite, la population et surtout la classe moyenne était globalement hostile à l’islamisation de la Tunisie. Ennahda perdra les différents scrutins qui suivirent, mais garde toujours une influence considérable. De plus, il a officiellement pris ses distances avec les Frères musulmans, car il se proclame « musulman et démocrate », c’est-à-dire la séparation de la religion et de la politique. Cependant, ce parti est divisé et son aile radicale est encore très puissante. Il pourrait dès lors profiter de l’instabilité politique qui règne à Tunis.

 

 

 

Mohamed Bouazizi figure emblématique du printemps arabe tunisien. Le régime Ben Ali fut renversé et, depuis, c'est la lutte entre Ennahda proche des Frères et les démocrates tunisiens.

Mohamed Bouazizi figure emblématique du printemps arabe tunisien. Le régime Ben Ali fut renversé et, depuis, c'est la lutte entre Ennahda proche des Frères et les démocrates tunisiens.

 

 

 

Les Frères musulmans sont devenus une internationale islamique dont l’influence varie d’un pays à l’autre. Ils bénéficient de l’appui de la Turquie d’Erdogan, mais sont combattus par la principale puissance islamique, l’Arabie Saoudite qui a aussi son internationale : la Ligue islamique mondiale. Cependant, le poids de la Confrérie est bien plus important.

 

Les Frères ont une influence considérable sur les communautés musulmanes européennes, particulièrement en Belgique et en France. Ce sera l’objet du second volet de cet article.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

II Les Frères, le Voile et la Laïcité

 

 

 

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 10:26

 

 

 

Le dernier épisode bruxellois de la « guerre du voile » vient de se terminer par un compromis boiteux qui ne satisfait personne. Cette guerre trentenaire née en France et qui s’est étendue à la Belgique n’a comme effet d’attiser les tensions faisant ainsi le jeu des extrémistes de tous bords.

 

Pourquoi ?

 

Ce combat contre le port du voile à l’école officielle et dans les services publics vise évidemment au premier chef, qu’on le veuille ou non, des femmes d’origine arabo-musulmanes et turques alors que cette campagne est dictée par la préservation des idées émancipatrices universalistes et aussi par la résistance à une offensive qualifiée d’obscurantiste. Cependant, elle est plus souvent assimilée à de l’antiféminisme et à du racisme et donc à de la discrimination. Ce que n’ont pas manqué de rappeler – l’occasion étant trop belle – les groupements islamistes, bien sûr, mais aussi plusieurs associations féministes et ligues antiracistes. Et d’un autre côté, l’extrême-droite en tire profit pour se donner une image de défenseuse des principes laïques.  Ainsi, la laïcité s’est retrouvée isolée par ce qu’il faut bien appeler une grave erreur stratégique.

 

 

 

Amis laïques : nous nous gourrons !

 

 

 

La laïcité qui dans son histoire fut à la pointe des grands combats libérateurs et émancipateurs comme l’instruction publique gratuite et obligatoire que prôna déjà au siècle des Lumières l’encyclopédiste Denis Diderot ouvrant ainsi le seuil des écoles au plus grand nombre, comme plus tard la séparation des Eglises et de l’Etat, comme la lutte contre le fascisme et le totalitarisme, comme le combat encore inachevé pour l’égalité des hommes et des femmes, comme les grands combats éthiques, tels la dépénalisation de l’IVG, le mariage homosexuel, l’euthanasie.

 

Aujourd’hui, la laïcité s’attaque au port du voile. Elle, dont la raison d’être est la liberté et l’égalité, prône un interdit et fustige un symbole !

 

Tout symbole, par définition, et bien des amis de la laïcité ne l’ignorent pas, a plusieurs interprétations parfois contradictoires. Les militants de l’interdiction du port du foulard le définissent comme un signe d’oppression de la femme, de prosélytisme religieux, ou encore identitaire pouvant constituer une menace à la neutralité de l’Etat. D’autres ont une vision bien plus large. Si on interroge les femmes qui portent le foulard comme l’a fait le « Soir » des 19 et 20 juin – après tout, elles sont les premières concernées – il y a plusieurs sensibilités allant de la liberté de se vêtir selon la tradition, en passant par le signe religieux sans plus, voire la mode. D’autres en revanche évoquent la pression familiale et sociale au sein de la communauté. Et puis, quels que soient les motifs, le port ou non du voile est avant tout l’affaire de femmes musulmanes qui en ont assez d’être indiquées du doigt !

 

La problématique du port du voile a une histoire complexe comme le rappelle « La Libre Belgique » du 18 juin : « À l’époque, les femmes qui portent le voile le font souvent par habitude, pour un motif davantage culturel que véritablement religieux. (…) Un tournant s’opère à la fin des années 1970, période où le voile islamique devient un porte-étendard religieux. En Belgique, c’est également un moment charnière dans l’histoire de la migration. » La révolution iranienne de 1979 amorce l’expansion mondiale de l’islamisme qui se traduit en Europe occidentale par la massification du port du foulard par les femmes musulmanes. Ensuite, l’histoire va peser de tout son poids : la menace terroriste exacerbée par les attaques du 11 septembre 2001 va changer profondément les relations en Europe avec les communautés arabo-musulmanes. La « Libre » ajoute : « Dans les discours, on ne parlera plus d’immigrés, mais de musulmans, décrypte Madame Corinne Torrekens, politologue et spécialiste de l’Islam à l’ULB. Or, en Belgique, on parle toujours des mêmes personnes. Cette identité basée sur la religion va émerger dans la population, comme en réaction aux différents éléments médiatique, politique et international. »

 

Dans une autre interview à la « Libre Belgique », le 3 juin, Madame Torrekens synthétise la question : « La première chose, c'est l'influence du débat français. La deuxième, c'est l'impact des attentats terroristes car ils jouent un rôle sur la peur que l'islam suscite. Et la troisième est l'orientalisme, c'est-à-dire l'idée que les femmes voilées sont des femmes soumises. » Il faut cependant ne pas oublier le rôle actif des islamistes en l’occurrence.

 

On le voit : une vision réductrice de la question du voile ne mène à rien. On peut dès lors comprendre dans l’affaire de la STIB le juge du Tribunal du Travail qui a refusé de trancher « net » en l’espèce. Il a posé une question : faut-il un régime de neutralité exclusive ou inclusive dans un service public ? Dans le « Soir » Madame Jamila Si M’Hammed présidente du comité belge Ni Pute Ni Soumise répond : « La neutralité, ça nous préserve. Et on commence à la grignoter en essayant de changer ses contours initiaux. Mais la neutralité n’est ni inclusive ni exclusive, elle est indivisible, elle est Une comme la laïcité. »

 

Amis laïques, nous nous gourrons ! La réduction de cette question complexe au port du voile est contreproductive et ne peut mener qu’à encore plus de tensions. Tout d’abord, la laïcité s’accommode mal d’interdits. Ce n’est pas son rôle de mener campagne contre un symbole, aussi dangereux ou non soit-il. Et c’est surtout une erreur stratégique, car cela donne à la laïcité l’image d’une pensée rigoriste comme celle de certaines Eglises. Elle s’est déjà assimilée à un culte, ce serait le comble qu’elle en prenne les aspects les plus rébarbatifs ! D’ailleurs, si elle persiste dans cette voie, on peut craindre qu’elle aille à sa perte.

 

La laïcité peut mettre fin à cette lancinante « guerre du voile » en menant à grande échelle des actions émancipatrices notamment, en collaboration avec les habitants, par exemple dans le domaine de l’enseignement local et de la formation, dans celui de la culture, de l’action sociale, etc. A ces initiatives doivent évidemment être associées les femmes, voilées ou non, car il est bien plus intéressant de savoir ce qu’il y a dans leur tête que de se soucier de ce qu’elles portent au-dessus.

 

Pierre Verhas

 

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 19:29

 

 

 

Il fallait s’y attendre ! L’affaire du voile déclenche les passions, mais aussi provoque des réactions chèvrechoutistes de la part de responsables politiques qui craignent diviser leur propre camp en prenant une position nette sur la question. C’est la pire des choses !

 

Soyons clairs : je n’aime pas le voile comme symbole du religieux et parfois même de l’extrémisme, mais je m’oppose à son interdiction justement parce que je suis un laïque. La laïcité qui défend la liberté et prône tout ce qui unit s’accommode mal d’interdits. De plus, je suis convaincu qu’on ne parlerait plus de cette question lancinante si on n’adoptait pas des réglementations en général inapplicables.

 

Comme nous l’avons évoqué dans l’article précédent d’Uranopole (https://uranopole.over-blog.com/2021/06/le-piege-du-voile.html ) « Le piège du voile », de nombreuses et contradictoires interprétations du droit et des prises de position politiques opposées et cachant mal des arrière-pensées dictées par l’électoralisme, rendent quasi impossibles l’adoption d’une conception claire et majoritaire en la matière. Nous avons évoqué le communautarisme des écologistes, voici que Paul Magnette, le président du PS, nous sert un compromis boiteux sur le port du voile dans les administrations et les services publics. Tout cela, parce qu’il veut éviter une division au sein de son parti, car aucun responsable n’a eu le courage de lancer un débat sur la question. Par exemple, Ahmed Laaouej, président de la Fédération bruxelloise du PS, avait promis d’organiser un congrès sur la question de la laïcité. On attend toujours.

 

 

 

Paul Magnette, président du PS et bourgmestre de Charleroi n'arrive pas à avoir une position claire sur la question du voile, autrement dit de la relation avec la communauté musulmane.

Paul Magnette, président du PS et bourgmestre de Charleroi n'arrive pas à avoir une position claire sur la question du voile, autrement dit de la relation avec la communauté musulmane.

 

 

 

Là où ça débloque…

 

Mais quel est ce compromis proposé par Paul Magnette ? Première réflexion. Il n’est pas issu d’un congrès ni même du bureau du PS. C’est du Po Paul tout craché ! Il l’explique dans une interview au quotidien bruxellois « Le Soir » :

 

« … cela va demander un travail extrêmement fin, structure par structure, comme ça a été fait au Canada, et puis il faudra inscrire les fonctions, très précisément, dans les annexes des textes légaux. Exemple : un chauffeur de métro n’exerce pas de fonction d’autorité, il peut porter un signe convictionnel, mais pas les contrôleurs qui circulent sur le réseau. Un chauffeur de bus des TEC exerce la police sur son bus, c’est dans son mandat, donc c’est une fonction d’autorité donc il doit être neutre. C’est la fonction qui doit déterminer les choses. »

 

En gros, le président du PS rejoint les motifs du jugement du Tribunal de travail de Bruxelles. C’est ce qu’on appelle la « neutralité inclusive », c’est-à-dire celle de la fonction et non de la seule apparence. Motifs qui, d’après moi, peuvent apaiser les choses. Quant à son application, bonjour les embrouilles ! Parce qu’en définitive, le voile à la suite des campagnes islamophobes des extrémistes de droite et de leurs « compagnons de route » comme l’ineffable GLouB, ont porté leurs fruits amers, parce que le traumatisme des attentats de 2015-2016 n’est toujours pas guéri, parce que la cohabitation dans les « quartiers » reste difficile, il sera dès lors très compliqué de trouver une solution acceptable pour tous.

 

 

 

 

Ahmed Laaouej, président de la Fédération bruxelloise du PS semble hésiter à organiser un congrès sur la laïcité.

Ahmed Laaouej, président de la Fédération bruxelloise du PS semble hésiter à organiser un congrès sur la laïcité.

 

 

 

Mais là où ça débloque, c’est lorsque Magnette dit : « En 2015, j’étais partisan d’une interdiction totale et radicale et puis un certain nombre d’expériences comme gestionnaire local me font dire que ce n’est pas la bonne manière de faire, c’est contre-productif. Ce sont aussi des parcours très personnels, très intimes, à la limite je me sens même un peu gêné comme homme blanc de près de 50 ans d’interpréter des choses sur lesquelles par définition je ne peux pas avoir d’avis intime. »

 

Ainsi, le président du PS semble assez proche de ce qu’on appelle les « accommodements raisonnables » qui sont justement originaires du Canada (voir à ce sujet Uranopole, 2009 : https://uranopole.over-blog.com/article-l-affaire-des-minarets-et-le-vivre-ensemble-41383633.html ). Le Canada, cependant, tout en gardant certaines dispositions, a abandonné le principe des accommodements pour éviter justement de verser dans le communautarisme. Certes, ce qu’il dit sur les chauffeurs des TEC (Société des transports en commun de Wallonie) est tout à fait juste et entre dans un système équilibré.

                                                                                                                                       

Bienvenue au club Po Paul !

 

Mais où cela ne va plus, c’est sa gêne d’être un « homme blanc de près de 50 ans » ! Il a oublié de dire « hétérosexuel » … Bienvenue au club Po Paul : je suis aussi un mâle blanc hétéro de largement plus de 50 ans !

 

Alors, Po Paul, on verse ainsi dans la « pensée woke » ? On est complexé par son état ? Vous vous sentez responsable des exactions de vos ancêtres congénères en Afrique et en d’autres lieux ? Eh bien ! Po Paul, je vous fais un aveu : J’ai un aïeul indirect qui fut un assassin au Congo entre les deux guerres. Ce personnage a déshonoré ma famille et je ne rate pas une occasion de dire ce qu’il fut réellement. Cependant, je ne me sens nullement responsable de ses crimes. L’ascendance comme la descendance n’est pas toujours honorable. C’est une loi de la vie.

 

Politiquement, Paul Magnette, vous tombez dans le piège woke de culpabilisation. La réalité est là : tous les peuples furent colonisés à un moment ou à un autre et tous les peuples colonisèrent à un moment ou à un autre. C’est l’histoire et vous le savez bien ! En vous présentant comme les bourgeois de Calais se rendant à l’Anglais, vous affaiblissez votre position politique. Et là, c’est grave ! Cela ne résoudra rien, bien au contraire. D’ailleurs, votre partenaire libéral flamand, Egbert Lachaert, vous appuie. Et c’est sur le plan idéologique, votre plus redoutable adversaire !

 

 

 

 

Egbert Lachaert, président du très néolibéral Open Vld a tendu un piège à Paul Magnette qui est prêt d'y tomber.

Egbert Lachaert, président du très néolibéral Open Vld a tendu un piège à Paul Magnette qui est prêt d'y tomber.

 

 

Voilà où mène le refus du débat, le sempiternel compromis boiteux : on renonce à ses principes fondamentaux. On préfère le consensus mou et on tombe dans le piège de la redoutable pensée « woke » dite décoloniale, intersectionnelle qui a pour conséquence de réveiller la guerre des races. (voir au sujet de la pensée woke Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2020/06/le-debat-oui-mais-pas-le-baillon.html )

 

Président Magnette, s’il vous plaît, n’oubliez pas l’essentiel : combattons la lutte des races, occupez-vous de la lutte des classes !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 20:01

 

 

 

Cachez ce voile que je ne saurais voir ! Mais le revoilou ! A peine l’accalmie dans la tempête du Coronavirus se présente, voici l’ouragan du voile islamique qui vient tout bousculer ! Un tribunal du travail qui donne tort à la STIB – l’équivalent de la RATP à Bruxelles – parce qu’elle a refusé d’embaucher une femme refusant de retirer son foulard et la contestation de la nomination par le gouvernement belge d’une commissaire de gouvernement destinée à contrôler un organisme public chargé de préserver l’égalité hommes-femmes. Ces deux affaires par ailleurs politiquement liées risquent de provoquer une crise politique majeure.

 

 

 

La plupart des jeunes femmes musulmanes portent le hidjab qui est devenu une sorte d'uniforme.

La plupart des jeunes femmes musulmanes portent le hidjab qui est devenu une sorte d'uniforme.

 

 

 

Les faits. Le tribunal francophone du travail de Bruxelles a prononcé le 3 mai 2021 un jugement en référé condamnant la STIB pour son refus d’engager une candidate musulmane portant le foulard à un poste de responsabilité dans le domaine social. Les faits se sont déroulés entre 2015 et 2016 – la Justice est d’une rapidité exemplaire ! – et concernent une femme qui a été refusée à un poste de cadre moyen sous prétexte qu’elle refusait d’ôter son foulard au travail. Elle prétendait en outre le porter par conviction religieuse. C’est donc interdit par la STIB. Curieux pour une société qui autorise des salles de prières dans ses dépôts !

 

À la lecture des considérants et des motifs du jugement, le tribunal déclare légitime et conforme à la Constitution les objectifs de neutralité dans ses lieux de travail, mais « Pour autant, la mise en œuvre concrète de ces objectifs qui se traduit par une interdiction générale et indifférenciée du port de tout signe convictionnel n’est pas proportionnée… » Le tribunal estime que la neutralité « se rapporte surtout à l’absence de parti pris fondé soit sur une conviction philosophique ou religieuse particulière, soit sur une conviction politique déterminée. » Autrement dit, il distingue une « neutralité inclusive ou neutralité d’agir » qui impose aux agents des services publics de traiter les usagers de façon égale et non discriminatoire et une « neutralité exclusive » ou « neutralité d’apparence ». Celle-ci impose aux agents non seulement la neutralité d’agir, mais aussi d’épargner aux usagers « la crainte de faire l’objet d’une discrimination en raison de la partialité supposée de l’agent. ». Autrement dit, un citoyen non musulman pourrait craindre être défavorisé par un agent affichant ses convictions religieuses, par le port du voile, par exemple.

 

Qu’est-ce que la « neutralité » ?

 

D’ailleurs, comme le relève l’auditorat du travail (c’est-à-dire le Parquet spécialisé en législation du travail qui a été consulté par le tribunal) : « le principe constitutionnel de neutralité n’a jamais été interprété comme prohibant indistinctement pour tous les travailleurs relevant de près ou de loin du secteur public toute manifestation d’une conviction religieuse, philosophique ou politique. » Il faudrait dès lors interdire les signes convictionnels dans l’ensemble du secteur public, ce qui n’est pas le cas en réalité. Enfin, se référant à la jurisprudence européenne, le port des signes convictionnels peut être seulement interdit à tout agent en contact direct avec le public.

 

En clair, le tribunal du travail a cherché l’apaisement en interprétant le principe de neutralité avec une certaine souplesse. C’est exactement le contraire qui s’est produit ! Le jugement du 3 mai a déclenché un tollé ! Il s’est produit une cassure dans les majorités politiques aussi bien à Bruxelles qu’au niveau fédéral. La droite se déchaîne et les milieux laïques expriment leur indignation. Le comité de gestion de la STIB composé de représentants des partis politiques a refusé de faire appel à une faible majorité. La patate chaude est renvoyée au gouvernement de la Région de Bruxelles-capitale qui est lui aussi divisé sur la question. Bien entendu, l’ineffable président du Mouvement Réformateur (MR), le très droitier Georges-Louis Bouchez (dit GLouB) est déchaîné. La gauche est divisée. Le PS comme Ecolo n’arrivent pas à adopter une position claire. Certes, le PS tente de faire adopter une position de compromis, mais ce n’est pas de gaité de cœur ! Et les écologistes de leur côté sont plus ouverts à une liberté du port du voile. Sa co-présidente Rajae Maouane est allée jusqu’à comparer le combat pour le voile à celui pour la dépénalisation de l’avortement !

 

 

 

Le fantasque et très droitier président du MR dit GLouB ne pouvait s'empêcher de jeter de l'huile sur le feu dans l'affaire du voile.

Le fantasque et très droitier président du MR dit GLouB ne pouvait s'empêcher de jeter de l'huile sur le feu dans l'affaire du voile.

 

 

 

À cette affaire, comme si cela ne suffisait pas, s’ajoute une autre : la nomination par la secrétaire d’Etat Groen – écolos flamands – à l’Egalité des chances, d’Ihsane Haouach comme commissaire du gouvernement à l’Institut pour l’égalité hommes-femmes. Aucun problème de compétence – elle est diplômée de la Business School Solvay ULB 2008 – ni de profil, sauf un : elle est… voilée ! Pis : elle est connue pour militer pour la liberté du port du voile et est très active à Molenbeek. Certains la disent proche ou manipulée par les Frères musulmans ! Une fois de plus, ces assertions émises par des militants de droite ne sont pas prouvées. L’affaire a pris une telle ampleur que le Premier ministre Alexander De Croo (libéral flamand) a dû intervenir à la Chambre pour confirmer la nomination de Madame Haouach et calmer le jeu. Rien à faire ! Son « allié » du Sud du pays, GLouB, ne cesse de fustiger cette nomination au nom de la neutralité ! Mais, en l’occurrence, semble-t-il, chien aboie, caravane passe !

 

 

 

Ihsane Haouach brillante universitaire qui suscite cependant la méfiance.

Ihsane Haouach brillante universitaire qui suscite cependant la méfiance.

 

 

 

La guerre du foulard est déclarée.

 

Cependant, les réactions ne viennent pas que d’un politicien fantasque. Le professeur d’histoire des religions Jean-Philippe Schreiber dont je suis proche a posté sur Facebook une critique sévère des propos de Rajae Maouane :

 

« Affirmer que « défendre le droit de porter le foulard ou défendre le droit à l’avortement rejoint un combat commun en faveur des minorités » constitue en effet une déclaration proprement indigne ~ tout autant pour les femmes qui ont dû subir une interruption volontaire de grossesse que pour les femmes qui, parmi celles qui portent le voile, le font sous la contrainte d’une injonction masculine, ou a contrario subissent une stigmatisation masculine parce qu’elles refusent de le porter. Assimiler à un même combat pour l’émancipation ce qui est vertement prohibé par le conservatisme religieux (l’IVG) et ce qui est activement promu par ce même conservatisme religieux (le foulard), constitue un pied de nez indécent à la cause des droits humains et à l’esprit démocratique ~ ainsi qu’une insulte aux femmes qui dans de nombreux pays n’ont que le foulard pour pleurer le fait de n’avoir pas le choix de leurs grossesses. »

 

 

 

Rajae Maouane, co-présidente d'Ecolo a une curieuse position sur les droits de la femme.

Rajae Maouane, co-présidente d'Ecolo a une curieuse position sur les droits de la femme.

 

 

 

L’assimilation des deux combats – le voile et l’IVG – est en effet absurde ! Cependant, limiter le port du foulard au seul conservatisme religieux est réducteur. La question du port du voile est bien plus complexe et en faire uniquement un signe de domination de la femme et de prosélytisme religieux est justement tomber dans le piège ! Nous verrons pourquoi.

 

En ce qui concerne le procès STIB, dans sa carte blanche au « Soir », Jean-Philippe Schreiber critique les termes du jugement :

 

« Ce qui me préoccupe réside plutôt dans les trois motifs suivants : d’abord, qu’on ne peut raisonnablement fonder une politique sur une ordonnance de justice à ce point contestable juridiquement, et qu’il est un moment où il revient au législateur de prendre ses responsabilités et trancher. On ne peut ainsi laisser évoluer une question tellement sensible sur base d’une décision de justice qui prend la liberté de traiter implicitement la plus grande entreprise bruxelloise de raciste et l’attaque de manière infondée, sans égard pour les arrêts émanant de la Cour constitutionnelle, du Conseil d’État ou de la jurisprudence européenne... Ensuite, il en va de la vulnérabilité démocratique. »

 

 

 

Jean-Philippe Schreiber, professeur d'histoire des religions à l'ULB et directeur de l'Institut d'histoire des religions et de la laïcité se trompe, cette fois-ci.

Jean-Philippe Schreiber, professeur d'histoire des religions à l'ULB et directeur de l'Institut d'histoire des religions et de la laïcité se trompe, cette fois-ci.

 

 

 

Désolé, mais Jean-Philippe Schreiber se laisse emporter : le jugement ne traite pas la STIB de raciste et il se fonde aussi bien sur la jurisprudence belge que sur celles de l’Union européenne et de la Cour européenne des Droits de l’Homme ! D’ailleurs, plusieurs éminents juristes ont répliqué à la carte blanche du professeur Schreiber.

 

Et voilà le piège !

 

Le voilà le piège ! Dès qu’il est question du voile, les passions se déchaînent au plus grand profit des fanatiques religieux et de l’extrême-droite raciste. Pour exemple : le député CDH (chrétien humaniste) Georges Dallemagne a été fustigé par plusieurs dirigeants de son propre parti pour ses propos sur le voile. Il a déclaré à la RTBF : « Si le voile n’était que la revendication d’une affirmation ou d’une religion, il ne poserait pas de problèmeÀ travers le voile, il y a aussi une revendication politique, radicale, qui ne veut pas de notre modèle de société, ne veut pas de nos valeurs et les combat. »

 

 

 

Le député Georges Dallemagne, ancien de MSF, grand humaniste, est attaqué pour sa position nuancée sur le voile !

Le député Georges Dallemagne, ancien de MSF, grand humaniste, est attaqué pour sa position nuancée sur le voile !

 

 

 

Ces propos sont nuancés et émanent d’un homme d’expérience et d’un humaniste. M. Dallemagne est un ancien de MSF et depuis qu’il est un représentant politique, il n’hésite pas à parcourir le monde pour apporter une aide efficace aux populations victimes des meurtriers conflits qui ensanglantent la planète. Malgré cela, au sein de son parti, ce sont deux politiciens ne cachant pas leur attirance plus ou moins sincère à ce qu’on appelle le communautarisme, l’ancienne présidente du CDH Joëlle Milquet et l’ancien échevin de Molenbeek Ahmed El Khannouss qui souhaitent « recadrer » le député Dallemagne. Rappelons que Madame Milquet, ancienne ministre de l’Intérieur, organisa il y a onze ans des Assises de l’interculturalité où les projets communautaristes ont été largement évoqués sinon prônés.

 

 

Joëlle Milquet, ancienne présidente du CDH, ancienne ministre de l'Intérieur a toujours montré une position communautariste et ne tolère pas les propos de son collègue Georges Dallemagne.

Joëlle Milquet, ancienne présidente du CDH, ancienne ministre de l'Intérieur a toujours montré une position communautariste et ne tolère pas les propos de son collègue Georges Dallemagne.

 

 

 

Le président du CDH, Maxime Prévot a calmé le jeu. Cependant, la plaie est ouverte. Au PS, il n’y a pas de positionnement clair sur la question, tout simplement parce que ce parti est divisé entre son courant laïque et la tendance communautariste qui se renforce surtout à Bruxelles. Ce manque de courage politique est plus que préjudiciable. Quant à Ecolo, il est dominé manifestement par le communautarisme, tout en n’osant l’affirmer ouvertement. Il y a des raisons profondes à cela que nous exposerons dans un prochain post.

 

En définitive, que représente le voile ?

 

Posons-nous la question. En dehors des clivages, qu’est-ce que le voile et quels sont les enjeux ? La définition de Georges Dallemagne semble être la meilleure et la plus nuancée. Il peut être le symbole de l’affirmation d’une religion, ou être l’étendard d’une revendication politique radicale.

Ne soyons pas naïfs ! A la lecture du jugement du 3 mai 2021 condamnant la STIB, il apparaît clairement que la plaignante, qu’on dénomme M.T., d’après une des firmes sous-traitantes chargées du recrutement pour la STIB, « … M.T. est dotée d’une forte personnalité, reflétant un certain manque de souplesse et de flexibilité, qui ne cadre pas avec l’esprit d’équipe nécessaire pour la fonction… ». D’autre part, le militantisme d’Ihsane Haouach en faveur du port du voile peut être considéré comme contradictoire avec les objectifs de l’Institut pour l’égalité hommes-femmes !

Dans une autre carte blanche au journal « Le Soir », le professeur honoraire à la Business school Solvay de l’ULB – encore elle – Michel Allé publie une lettre ouverte à Rajae Maouane où il évoque le cas d’une jeune et brillante étudiante prénommée Leila issue d’une famille musulmane et qui ne portait pas le voile à l’Université.

« Le jour de la remise des diplômes, j’étais content de proclamer son nom parmi les meilleures. Leila arrosa sa réussite avec du champagne comme ses camarades de promotion. Sa famille avait, comme beaucoup d’autres, tenu à l’accompagner. Leila me dit que son père voulait me remercier : ce qu’il fit, avec, à ses côtés, son épouse voilée qui ne dit mot. Ses deux frères, eux, se tenaient trois pas en arrière.

 

La fête se poursuivit sur les pelouses de l’avenue Roosevelt jusqu’à ce que Leila me demande de pouvoir me parler entre quatre yeux. Les larmes aux yeux elle m’expliqua que, malgré l’amour qu’elle portait à ses parents, elle ne les supportait plus. Elle me raconta le voile enlevé chaque matin dans le tram entre Schaerbeek et Ixelles, et remis chaque soir dans le tram entre Ixelles et Schaerbeek. Ce voile qui, dit-elle en riant un instant, devait, pour ses frères, la protéger du regard des « mécréants ». Elle m’expliqua qu’elle quittait Bruxelles dès le lendemain, ayant trouvé son premier job à Paris, car, voulant s’émanciper, elle ne se voyait pas rester ici. Je lui souhaitai bonne chance… et nos quatre yeux étaient pleins de larmes. »

 

Où est la haine dans ces émouvants propos ? Où est l’égalité hommes-femmes en cette occurrence ? En quoi la définition de Dallemagne est discriminatoire ? En voilà la démonstration !

Que ce soit de la part des milieux laïques ou des obédiences modérées de toutes sortes, il faut analyser cette question du voile dans toute sa complexité. Posons-nous la question : le port du voile résulte de plusieurs facteurs, le premier étant la religion, le second la tradition, le troisième la contrainte imposée par le patriarcat des sociétés arabo-musulmanes et enfin, le militantisme radical. Ses quatre facteurs ne se conjuguent pas ensemble. Ainsi, qui n’a vu dans les transports en commun des jeunes-filles voilées jouer avec leur smartphone, draguer, rire de tout et de n’importe quoi ? Sont-elles de redoutables « islamistes » ? Les femmes âgées portent plutôt un foulard et personne ne trouve rien à redire. Mais, il est indéniable que plusieurs femmes sont contraintes par les maris les « jeunes frères » à porter le voile afin de les préserver de toute « tentation » et de ne pas provoquer ! Comment donc détecter ?

 

Et maintenant ? Décider !

 

Remontons le temps pour conclure. Lors de la grande vague d’immigration des années 1970-1990, on ne s’est guère préoccupé du sort des immigrés et de leurs familles désormais installées dans les pays européens. On a laissé se développer des ghettos. On a parlé d’intégration, mais aucun effort sérieux ne fut accompli pour « intégrer ». Un politicien libéral de droite, Jacques Ducarme, aujourd’hui décédé eut le courage d’affirmer : « L’intégration est un échec ! » Il avait raison. Certes, il y eut de brillants exemples de réussite – surtout de jeunes femmes, comme nous l’avons évoqué plus haut. Mais cette volonté stupide d’imposer à ces gens notre modèle de vie et notre culture fut aussi stupide que criminel. Il fallait faire l’effort de leur procurer des logements décents, des écoles de qualité, de leur permettre de développer leur propre culture avec leur participation, sans décider pour eux. Ainsi, faire comprendre à nos décideurs qu’une société « multiculturelle » n’est pas le melting pot à l’américaine ou le communautarisme, mais la cohabitation harmonieuse entre plusieurs cultures sur un même territoire. Cependant, si on veut que cela soit un jour réalité, il est plus que temps d’agir en donnant tous les moyens nécessaires. Bref, que des responsables décident enfin !

Le voile, en définitive, n’est qu’un aspect du problème. Nous nous braquons sur un détail. C’est donner ainsi des armes à nos adversaires fanatiques de l’islamisme téléguidé par l’Iran et les monarchies pétrolières et à nos adversaires fanatiques de l’extrême-droite qui conquièrent de plus en plus de position en cette Europe déliquescente et affaiblie, parce qu’ils pratiquent la stratégie de la tension à laquelle nous n’osons pas répondre.

Réveillons-nous !

Pierre Verhas

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 21:37

 

 

 

Pour l’ensemble de la gauche, la Commune de Paris qui s’est déroulée du 18 mars au 28 mai 1871 est un événement historique de première importance. Elle a en effet profondément marqué l’histoire du mouvement ouvrier, non seulement français, mais mondial. En effet, elle a inspiré le meilleur et le pire. Karl Marx la prit comme exemple dans son ouvrage « La Guerre civile en France » publié en septembre 1871, quelques semaines à peine après la tragique « Semaine sanglante ». L’analyse qu’en fait l’historien allemand est très fine et a le mérite de placer la Commune dans le contexte de la lutte des classes. Mao Tse Toung, de son côté, en 1966, compara la meurtrière « révolution culturelle » chinoise à la Commune de Paris !

 

Aujourd’hui encore, à l’occasion de son 150e anniversaire, celle-ci suscite débats et polémiques. Chaque chapelle de gauche voulant la récupérer et ses ennemis la vitupérant, la Commune mérite mieux que ces déformations partisanes de l’histoire. C’est justement à un de ses anciens partisans passé au camp adverse que nous nous référons pour entamer le débat. Stéphane Courtois, professeur à l’ICES à Paris et directeur de la revue « Communisme », un ancien soixante-huitard émanant de la nébuleuse maoïste qui, comme tant d’autres, a troqué son col Mao contre la carte du Rotary, a publié dans « le Figaro » du 28 mai une longue analyse sur la Commune de Paris intitulée « au-delà des mythes ». Certes, la Commune a généré une mythologie, mais l’historien qui en est devenu son adversaire, ne doit pas le remplacer par une autre !

 

 

 

Contrairement à ce que l'on pense, il était important de commémorer le 150e anniversaire de la Commune de Paris. Ce qui fut fait à l'initiative des Amis et Amis de la Commune de Paris accompagnés de sa section belge, le  29 mai pour la montée au Mur des Fédérés au départ de la Place de la République.

Contrairement à ce que l'on pense, il était important de commémorer le 150e anniversaire de la Commune de Paris. Ce qui fut fait à l'initiative des Amis et Amis de la Commune de Paris accompagnés de sa section belge, le 29 mai pour la montée au Mur des Fédérés au départ de la Place de la République.

 

 

 

Courtois commence fort : « L’histoire de la Commune par les gauches pêche toujours par son point aveugle, l’ignorance volontaire d’une réalité centrale… » Volontaire ? On verra. Mais quelle est cette réalité ? C’est justement par un élan patriotique que la Commune est née ! Le peuple de Paris terrassé par la famine durant l’hiver 1870 et assiégé par les Prussiens s’opposa au gouvernement dit de « Défense nationale » de la IIIe République proclamée le 4 septembre 1870 à l’initiative de Gambetta succédant au IIe empire en déliquescence, signe un armistice où il accepta les exigences de Bismarck : l’Alsace et la Moselle furent cédées à l’Allemagne, une dette de guerre de 5 milliards de francs fut consentie. Une assemblée est élue au suffrage universel (pour les hommes) le 8 février 1871. Elle fut majoritairement composée de monarchistes et de bonapartistes et les députés républicains étaient divisés en plusieurs factions. Les capitulards étaient majoritaires. Aussi, les Parisiens s’emparèrent de canons disposés sur la Butte Montmartre destinés à défendre Paris contre une éventuelle offensive prussienne. L’Assemblée déménagea à Versailles ainsi que le gouvernement issu de ce scrutin dirigé par un vieux politicien bourgeois du nom d’Adolphe Thiers.

 

Thiers est un vieux politicien libéral et anticlérical né en 1797. Il aurait servi de modèle à Balzac pour son personnage Rastignac ! Il fut l’auteur d’une Histoire de la Révolution française. Il œuvra pour un régime stable après la chute de la Restauration en 1830. Il fut partisan d’une monarchie constitutionnelle, puis se rallia à la République après la Révolution de 1848. Il fut opposé au IIe Empire instauré par Napoléon III après le coup d’Etat de 1852. Il fut élu en 1863 à Paris où il fit partie de l’opposition libérale. Lors de la proclamation de la IIIe République, il fut nommé chef du pouvoir exécutif, c’est-à-dire à la fois président de la République et chef du gouvernement – autrement dit dictateur ! C’est lui qui négocia la capitulation avec Bismarck. Courtois dit entre autres de lui qu’il : « avait pour priorité d’affirmer l’autorité de l’Etat et de préserver l’unité nationale. » En clair, asseoir le pouvoir absolu de la bourgeoisie en France. Quant aux communards, il écrit : « A l’inverse, les activistes parisiens – exaltés par les souvenirs révolutionnaires et patriotiques de 1792-1794 (et les précédents de 1830 et 1848) – récusèrent le verdict du suffrage universel. Ils choisirent de combattre le gouvernement et l’Assemblée, jugés défaitistes, au risque de déclencher la guerre civile sous le regard amusé de l’ennemi. » Combattre un gouvernement élu n’ayant comme politique que la capitulation et l’installation d’un pouvoir destiné à écraser le peuple ne semble pas être illégitime. La France a d’ailleurs connu un épisode similaire en 1940 avec un certain Philippe Pétain ! Et la situation actuelle peut faire craindre l’instauration sous peu d’un régime fort à l’intérieur et faible à l’égard des puissances extérieures ! Mais n’épiloguons pas…

 

 

 

Le sinistre Monsieur Thiers, éminent représentant de la bourgeoisie la plus abjecte

Le sinistre Monsieur Thiers, éminent représentant de la bourgeoisie la plus abjecte

 

 

 

Stéphane Courtois présente la Commune comme à la fois isolée et impopulaire auprès des Parisiens. « Les partisans de la Commune la présentent comme l’expression de la volonté. Or, non seulement, Paris n’est pas la France, mais les élections du 26 mars 1871 au Conseil de la Commune ne mobilisèrent que 229 000 électeurs sur 482 000 inscrits, dans une ville qui comptait alors 1,82 millions d’habitants… » Certes, comme le dit l’historien Jacques Rougerie cité par Courtois : « Tout Paris n’était pas rouge ! ». En effet, une grande partie de la ville était constituée de quartiers bourgeois ! Les classes populaires, elles, se sont mobilisées pour la Commune et même une partie significative de la bourgeoisie. L’exemple des francs-maçons parisiens est notoire. Mais, selon Courtois qui se rappelle sans doute son passé maoïste, une grande partie des électeurs étaient « travaillés par la propagande révolutionnaire ». La Commune s’est déclenchée le 18 mars 1871 et les élections eurent lieu le 26 ! Un peu court pour faire une campagne de propagande !

 

Et puis, Stéphane Courtois oublie un épisode essentiel évoqué par Friedrich Engels dans son introduction au petit ouvrage de Karl Marx La guerre civile en France.

 

« Le 28 janvier 1871, Paris affamé capitulait. Mais avec des honneurs inconnus jusque-là dans l'histoire de la guerre. Les forts furent abandonnés, les fortifications désarmées, les armes de la ligne et de la garde mobile livrées, leurs soldats considérés comme prisonniers de guerre. Mais la garde nationale conserva ses armes et ses canons et ne se mit que sur un pied d'armistice avec les vainqueurs. Et ceux-ci même n'osèrent pas faire dans Paris une entrée triomphale. Ils ne se risquèrent à occuper qu'un petit coin de Paris, et encore un coin plein de parcs publics, et cela pour quelques jours seulement ! Et pendant ce temps, ces vainqueurs qui durant 131 jours avaient assiégé Paris, furent assiégés eux-mêmes par les ouvriers parisiens en armes qui veillaient avec soin à ce qu'aucun « Prussien » ne dépassât les étroites limites du coin abandonné à l'envahisseur. Tant était grand le respect qu'inspiraient les ouvriers parisiens à l'armée devant laquelle toutes les troupes de l'empire avaient déposé les armes ; et les Junkers prussiens, qui étaient venus assouvir leur vengeance au foyer de la révolution, durent s'arrêter avec déférence devant cette même révolution armée et lui présenter les armes ! »

 

 

 

Les canons de la Butte Montmartre saisis par la Garde Nationale le 18 mars 1871. Le signal du déclenchement de la Commune de Paris.

Les canons de la Butte Montmartre saisis par la Garde Nationale le 18 mars 1871. Le signal du déclenchement de la Commune de Paris.

 

 

 

Non. Stéphane Courtois ne note pas que la Commune fut un soulèvement populaire spontané face au déshonneur imposé par le gouvernement de Monsieur Thiers et les perspectives d’un avenir encore plus sombre après la capitulation. Quant à la France, certes Paris n’est pas la France comme il écrit, mais il y eut des Communes dans d’autres villes comme Narbonne, par exemple, qui n’était pas menacée par les Prussiens, mais dont la population était scandaleusement exploitée par les grands propriétaires viticoles.

 

Il est vrai aussi que tout le monde du progrès en France et à Paris en particulier – on dirait aujourd’hui les « bobos » - n’était pas favorable à la Commune, notamment de grands écrivains comme Emile Zola et Georges Sand. Courtois cite cette dernière qui écrivit dans le journal Le Temps – l’ancêtre du journal « Le Monde » - le 3 octobre 1871 : « Le mouvement a été organisé par des hommes déjà inscrits dans les rangs de la bourgeoisie et n’appartenant plus aux habitudes et aux nécessités du prolétariat. Ces hommes ont été mus par la haine, l’ambition déçue, le patriotisme mal entendu, le fanatisme sans idéal, la niaiserie du sentiment ou même la méchanceté naturelle – il y a eu de tout cela chez eux, et même certains points d’honneur de doctrine qui n’ont pas voulu reculer devant le danger. » Que dire ? Sinon que la peur sue de ce texte ! Il est bien plus aisé d’écrire des idées révolutionnaires dans le confort de son salon que de monter aux barricades pour les défendre ! Car, Georges Sand le reconnaît, certains « bourgeois » sont allés jusqu’au bout de leur engagement !

 

 

 

 

Georges Sand, républicaine convaincue, haïssait la Commune de Paris.

Georges Sand, républicaine convaincue, haïssait la Commune de Paris.

 

 

 

Il n’empêche que la Garde nationale fut renforcée – certes, mal organisée et indisciplinée – mais le sentiment patriotique fut incontestable. Courtois le reconnaît, mais il est par ailleurs mesquin en affirmant que « nombre d’autres [volontaires] n’avaient rejoint la Garde nationale que pour toucher la solde de 1,50 franc par jour. ». Et alors ? Allier patriotisme et intérêt légitime en une période de grave disette, est-ce interdit ?

 

Cependant, l’originalité de la Commune est la combinaison entre la défense de Paris et l’introduction de profondes réformes sociales et institutionnelles. Mais tout cela se déroula dans la confusion. On instaura l’instruction pour tous les enfants, la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Comme l’écrit Jacques Rougerie dans « La Commune et les Communards » : « Le communard est un citoyen, citoyen de la bonne, de la vraie République qui est inséparablement démocratique et sociale. » Certes, mais toutes ces réformes furent impossibles à mettre en œuvre tant le désordre régnait. Un haut fonctionnaire de la Commune, Jules Andrieu écrivit : « Si le mouvement a été si mal conduit du 18 mars au 28 mai, c’est qu’il eut pour chefs des hommes qui, sauf de rares exceptions, n’ont jamais rêvé semblable situation ; ils ont été pour la plupart ahuris ou affolés. (…) La Commune avait besoin d’administrateurs ; elle regorgeait de gouvernants. (…) La Commune a été violente et faible. Elle devait être radicale et forte. »

 

Rougerie ajoute : « Les hommes de 1871 eurent, pour quelques-uns, l’immense ambition – ou l’extraordinaire illusion – d’en finir avec le vieux monde, de réaliser enfin le rêve d’une humanité réconciliée. »

 

Cependant, il ne faut pas oublier le rôle majeur de quelques vrais révolutionnaires de la Commune dont Louise Michel. Comme l’écrit Rougerie : « En 1871, les femmes ont été spécialement actives, cantinières, ambulancières. Il y avait plusieurs clubs féminins ou à majorité féminine… » Louise Michel, institutrice, ne fréquentait pas les clubs. Elle agissait pour instaurer l’égalité entre les femmes et les hommes. Son destin fut exceptionnel. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Notons que, grâce à elle, la Commune joua un rôle fondamental dans le mouvement d’émancipation des femmes.

 

 

 

Louise Michel joua un rôle fondamental pour l'émancipation des femmes pendant la Commune de Paris et par après.

Louise Michel joua un rôle fondamental pour l'émancipation des femmes pendant la Commune de Paris et par après.

 

 

 

Le rêve ne dura pas et se transforma en un épouvantable cauchemar. La Garde nationale avait tenté de marcher sur Versailles les 2 et 3 avril 1871. Ce fut une humiliante défaite. Il est vrai que Thiers avait imploré Bismarck pour qu’il libère des centaines de prisonniers français pour rejoindre les unités de l’armée postées à Versailles. Il lui fallait aussi se procurer les armes et les équipements nécessaires qui furent financés avec une partie de l’or de la Banque de France à Paris que les communards avaient laissé transférer à Versailles !

 

La fin était donc programmée. Ce fut la Semaine sanglante où la répression fut impitoyable à l’égard des Communards qui résistèrent héroïquement mais en vain. Il y eut des milliers de morts fusillés sommairement sans jugement. Les Communards aussi avaient tué des otages, mais ce n’est pas en proportion avec les massacres perpétrés avec les Versaillais. Mais, peu importe ! Comme l’écrit Michèle Rudin dans son ouvrage la « Semaine sanglante » (Libertalia, Paris, 2021) : « Il ne s’agit pas de se jeter des crimes et des cadavres à la tête, mais de considérer ces êtres humains avec respect, il ne faut pas les laisser disparaître encore une fois. »

 

 

 

Les massacres de la Semaine sanglante du 21 mai au 28 mai 1871 restent une tache indélébile dans l'histoire de la IIIe République bourgeoise.

Les massacres de la Semaine sanglante du 21 mai au 28 mai 1871 restent une tache indélébile dans l'histoire de la IIIe République bourgeoise.

 

 

 

« Non, non, Nicolas, la Commune n’est pas morte ! » dit une chanson. Contrairement à ce que Stéphane Courtois affirme, si la Commune fut un échec sanglant – il est vrai que la gauche a un art consommé de commémorer ses défaites – elle laisse une trace indélébile dans les mémoires. Bon nombre des réformes proclamées par les Communards entre le 18 mars et le 28 mai 1871 à Paris ont été mises en œuvre par après, bien que certaines soient aujourd’hui menacées. Cependant, qu’on le veuille ou non, l’esprit de la Commue de Paris demeure à travers le monde. C’est en cela qu’elle est toujours vivante !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 21:31

 

 

 

La cause des derniers affrontements israélo-palestiniens est une opération de colonisation : celle du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, au Nord de la Vieille Ville. Il s’agit d’ailleurs d’un vieux contentieux (voir « Uranopole » : https://uranopole.over-blog.com/2021/05/le-feu-couvait-a-jerusalem.html ) qui s’est réveillé comme par hasard à un moment opportun.

 

Le journaliste franco-israélien Charles Enderlin qui vient de publier un ouvrage de mémoires intitule « De notre correspondant à Jérusalem », éditions Don Quichotte, Seuil, Paris, 2021, en rappelle les tenants et aboutissants dans « l’Echo » du 22 mai 2021. « Sur le fond, il faut distinguer le droit et la morale. D’un point de vue strictement juridique, les expulsions ont un fondement, il ne s’agit pas d’un coup de force. Les familles concernées sont des réfugiées de la Vieille ville, qui en avaient été chassées lors du conflit de 1967, voire avant, en 1948, et qui ont occupé des terrains sous contrôle jordanien, ayant un statut public vacant. De fait, elles ne sont pas propriétaires du sol. Elles font face à des promoteurs religieux qui ont demandé la régularisation de ces terres, en invoquant des titres de propriété juive datant du XIXe siècle – régularisation qui a été obtenue, d’autant que se trouve dans ce quartier le tombeau du rabbin Tshadik. Ces groupes utilisent le droit pour monter des projets de colonisation religieuse et d’« israélisation » de Jérusalem-Est.

 

Cette situation juridique, si elle est légale, doit donc être mise en balance avec la situation des réfugiés présents sur place, victimes de secousses historiques sur lesquelles ils n’avaient aucune prise. ».

 

 

 

 

Charles Enderlin un des journalistes les plus attaqués parce qu'il garde son esprit critique envers et contre tout.

Charles Enderlin un des journalistes les plus attaqués parce qu'il garde son esprit critique envers et contre tout.

 

 

Il y a également une cause politique. La crise qui empêche la formation d’un gouvernement en Israël depuis deux ans semblait connaître une issue. Le « bloc du changement » composé des leaders politiques israéliens opposés à Netanyahu aurait été proche d’un accord, ce qui aurait permis de se débarrasser de ce personnage qui sévit depuis quinze ans. Et, encore une hypothèse, une des formations dudit bloc se serait retirée et le déclenchement du conflit de Sheikh Jarrah représentait une belle opportunité pour le Premier ministre sortant.

 

Une opportunité politique de part et d’autre

 

Une belle opportunité aussi pour le Hamas, car les choses ne vont guère mieux du côté palestinien. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne a une fois de plus reporté sine die les élections qui devaient avoir lieu le 21 mai, par crainte d’une victoire écrasante du Hamas. Là aussi, cela fait quinze ans de paralysie. Les jeunes Palestiniens sont excédés par cet immobilisme et exigent que des élections se déroulent le plus tôt possible.

 

Comme on le sait, l’embrasement eut lieu à la suite de l’offensive des colons à Sheikh Jarrah et aussi à l’Esplanade des mosquées par invasion de la mosquée Al Aqsa le vendredi 14 mai, jour de prière de la fin du Ramadan. C’est de la pure provocation dictée par une évidente stratégie de la tension de la part des extrémistes religieux israéliens. Le Hamas, de son côté, en a profité en lançant des roquettes à partir de la bande de Gaza sur plusieurs villes israéliennes dont Tel Aviv. Riposte de l’aviation israélienne qui a bombardé des objectifs civils à Gaza dont des immeubles où habitent des chefs du Hamas et un building nommé Jaala qui abritait les bureaux de la chaîne TV satellitaire qatarie Al Jazeera et ceux l’agence de presse étatsunienne Associated Press. Cette attaque contre la presse qui a « étonnamment » suscité très peu de réactions est symptomatique de la volonté israélienne d’opérer à « huis clos » comme le fit l’Armée US en Irak et en Afghanistan ! Ce petit jeu a duré une dizaine de jours jusqu’à l’accord sur un cessez-le-feu bien précaire. Résultat : jusqu’à présent, 12 morts du côté israélien, plus de 200 morts du côté de Gaza. Une fois de plus, la disproportion ! Et évidemment, des victimes civiles de part et d’autre. Alors, pourquoi ? Tout simplement parce que les enjeux sont politiques pour les deux parties.

 

 

 

 

 

Le bombardement de l'immeuble abritant l'agence de presse US Associated Press et les bureaux de la chaîne TV satellitaire qatarie Al Jazirra n'a suscité que très peu de réactions.

Le bombardement de l'immeuble abritant l'agence de presse US Associated Press et les bureaux de la chaîne TV satellitaire qatarie Al Jazirra n'a suscité que très peu de réactions.

 

 

 

Alors, quels sont ces enjeux et les conséquences politiques de ces affrontements ?

 

Le Hamas, quant à lui, a engrangé une évidente victoire politique au sein du peuple palestinien. Il fut le premier à réagir à la suite de la profanation de l’Esplanade des mosquées et des violences des colons sur les habitants palestiniens de Sheikh Jarrah. L’Autorité palestinienne a montré son impuissance en émettant de vagues protestations. Certes, des éléments du Fatah se sont attaqués à des postes de Tsahal un peu partout en Cisjordanie, mais sans conséquences et surtout sans couverture médiatique. Aussi, auprès de l’opinion palestinienne et surtout de la jeunesse, le Hamas est la seule organisation apte à attaquer efficacement l’occupant israélien ! Si les élections ont finalement lieu, il est certain qu’il en recueillera les fruits.

 

Du côté israélien, la droite et Netanyahu l’ont emporté. Les colons n’ont pas dû reculer dans leur offensive même s’ils sont loin d’avoir l’aval de l’opinion israélienne et Netanyahu a pu prouver que même en tant que Premier ministre des « affaires courantes », il peut s’opposer efficacement à une offensive du Hamas qui est bien plus dangereux pour Israël que l’Autorité palestinienne. Cependant, comme d’habitude en la région, ce n’est pas si simple.

 

 

 

Benyamin Netanyahu masque mal son jeu !

Benyamin Netanyahu masque mal son jeu !

 

 

 

Revenons à Charles Enderlin qui considère que le Hamas est indirectement une « invention » d’Israël. Les chefs de l’Etat hébreu considéraient dans les années 1980-1990 que l’ennemi à abattre était l’OLP dirigée alors par Yasser Arafat. Ce fut la raison de l’offensive militaire au Liban en 1982, Sharon qui était à l’époque ministre israélien de la Défense, tenta d’éliminer son état-major, Arafat en tête qui se trouvait à Beyrouth. Ce fut un échec. Les dirigeants palestiniens se réfugièrent en Tunisie et rien n’était résolu du côté d’Israël Aussi, pour pratiquer la classique politique du « diviser pour régner », il leur fallait trouver un opposant à l’OLP au sein du peuple palestinien. Ils s’orientèrent vers les religieux en finançant des mosquées à Gaza. En effet, les Frères musulmans qui étaient bien implantés à Gaza refusait de s’orienter vers la lutte armée. Ils privilégiaient l’action sociale auprès des Palestiniens de Gaza. L’autorité occupante israélienne voit en cette mouvance un contrepoids à l’OLP. Un centre islamique est fondé par le cheikh Ahmed Yassine. Il est autorisé et même fiancé par l’occupant israélien. Le Hamas, quant à lui, fut fondé en 1987. Il fut longtemps encouragé par Israël qui y voyait un rempart contre l’OLP. Ce n’est qu’en 1991 que le Hamas s’est doté d’une branche armée qui, pendant des années, n’a tué que des Palestiniens accusés de « collaboration » avec l’ennemi, mais ne s’attaquaient pas encore aux Israéliens. Une dissidence naquit cependant, le Djihad islamique qui provoqua plusieurs attentats meurtriers en Israël et à Gaza. Dès lors, le Hamas s’orienta lui aussi vers la lutte armée et le terrorisme.

 

Quiconque oublie la Nakba n’arrivera jamais à obtenir une paix juste avec les Palestiniens.

 

L’historien israélien Shlomo Sand a écrit, il y a longtemps, à propos du Hamas.

 

Le Hamas n'est pas une armée, c'est un mouvement de résistance terroriste qui agit comme tous ceux qui l'ont précédé, Viêt-Cong ou FLN. C'est justement parce que nos dirigeants savaient cela qu'ils avaient le devoir de privilégier la diplomatie, pour ne pas commettre ce massacre de civils. Nous avons fait la preuve que nous n'avons aucune retenue morale, pas plus que la France en 1957 en Algérie qui a détruit des villages entiers. » Plus loin, il ajoute : « Le Hamas, ce mouvement bête, pas diplomate, avait proposé une « oudna », une trêve de longue durée à Gaza et en Cisjordanie. Israël a refusé parce qu'il veut continuer de tuer les militants du Hamas en Cisjordanie, soit une quinzaine en octobre-novembre après des mois de calme. Israël a donc eu sa part de responsabilité dans la reprise des tirs de roquettes. Au lieu de renforcer le courant modéré du Hamas, Israël pousse les Palestiniens au désespoir. Nous avons ghettoïsé une population entière et refusons de lui accorder sa souveraineté depuis quarante-deux ans. Comme je suis indulgent envers Israël, je dirai seulement depuis vingt ans, 1988, date à laquelle Arafat et l'Autorité palestinienne ont reconnu l'Etat d'Israël, sans rien avoir gagné en échange.

 

 

Qu'on comprenne bien : je n'accepte pas les positions du Hamas et surtout pas son idéologie religieuse, parce que je suis un homme laïc, démocrate, et assez modéré. Comme Israélien et comme être humain, je n'aime pas les roquettes. Mais comme Israélien et historien, je n'oublie pas que ceux qui les lancent sont les enfants et petits-enfants de ceux qui ont été chassés de Jaffa et d'Ashkelon en 1948. Ce peuple de réfugiés, moi, Shlomo Sand, je vis sur la terre qui était la sienne. Je ne dis pas que je peux leur rendre cette terre. Mais que chaque offre de paix doit partir de ce constat. Quiconque oublie cela n'arrivera jamais à offrir une paix juste aux Palestiniens. » (Voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2014/08/gaza-mon-amour-2eme-partie.html )

 

 

 

L'historien israélien Shlomo Sand, bête noire de la droite sioniste est en réalité un homme de paix.

L'historien israélien Shlomo Sand, bête noire de la droite sioniste est en réalité un homme de paix.

 

 

 

Le Hamas meilleur ennemi d’Israël

 

 

Cependant, la réalité est encore plus surprenante. Charles Enderlin révèle dans son interview à « l’Echo » citée plus haut :

 

« Les responsables de la sécurité israélienne, militaire ou renseignement, considéraient qu'il s'agissait de braves religieux jusqu'à ce qu'ils découvrent en 1988 que ces gentils islamistes avaient en fait mis en place un commando, une branche armée extrêmement violente.

 

Appartenant à la Confrérie des Frères musulmans, le Hamas a pour but la destruction de l’État d’Israël. Mais, c’est en fait le meilleur ennemi d’Israël qui autorise le Qatar à lui transférer régulièrement des millions de dollars en liquide. Les valises de billets arrivent par l’aéroport de Tel-Aviv et sont conduites sous escorte policière jusqu’au barrage à l’entrée de Gaza. Cette politique est destinée à maintenir un Hamas fort tout en affaiblissant l’Autorité autonome de Mahmoud Abbas. »

 

C’est énorme ! Si cette information est exacte, toute la propagande sioniste n’est dès lors que mensonge ! N’oublions pas qu’elle émane d’un des meilleurs journalistes contemporains, Charles Enderlin, de nationalité franco-israélienne qui a consacré quasi toute sa carrière à l’observation du conflit israélo-palestinien. Il a pris d’énormes risques et a été traqué durant plusieurs années par les extrémistes juifs. Il est cependant resté sur la même voie : celle de l’information étayée à plusieurs sources.

 

Les Israéliens ont donc appuyé le Hamas pour combattre l’OLP puis l’Autorité Palestinienne qu’ils ont cependant reconnue lors des accords d’Oslo en 1993. Reconnaissance qui a coûté la vie à son signataire israélien, Itzhak Rabin en 1995. Accords qui ont été par après vidés de leur substance sous les gouvernements de Sharon et de Netanyahu. C’est aussi le double langage : Israël a fait pression sur la communauté internationale et particulièrement sur les Etats-Unis pour que le Hamas soit décrété organisation terroriste. Autrement dit, toute négociation côté cour devient impossible ! Et, côté jardin, on assure son financement provenant d’un Etat arabe proche de l’Iran considéré par Netanyahu comme le plus dangereux ennemi d’Israël ! Tsahal bombarde les populations civiles de Gaza ou fait tirer à bout portant sur des Palestiniens exprimant leur révolte en face de la frontière. Israël.  La « prison à ciel ouvert » comme l’écrivait feu Stéphane Hessel subit un blocus des plus rudes sous la chape de plomb des Israéliens avec la complicité des Egyptiens. Et on aide indirectement une organisation islamiste proche des Frères musulmans tout en bloquant le financement de l’Autorité palestinienne !  L’essentiel est en réalité pour le lobby religieux israélien de mener à son terme la colonisation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie sans devoir se soucier de Gaza.

 

 

 

Photographie nocturne de Gaza. A droite, les roquettes tirées vers le territoire israélien, à gauche les tirs des batteries anti-missiles qui interceptent quelque 80 % des roquettes du Hamas. Un jeu diabolique qui n'a pour résultat de provoquer des victimes civiles et qui est en fait une sinistre opération de propagande.

Photographie nocturne de Gaza. A droite, les roquettes tirées vers le territoire israélien, à gauche les tirs des batteries anti-missiles qui interceptent quelque 80 % des roquettes du Hamas. Un jeu diabolique qui n'a pour résultat de provoquer des victimes civiles et qui est en fait une sinistre opération de propagande.

 

 

 

Une des conséquences majeures de cette politique quasi suicidaire est la transformation profonde de la société israélienne. Prenons l’exemple de Jérusalem. Voici ce qu’expose pour « Mediapart » la sociologue française Sylvie Bulle, spécialiste de Jérusalem.

 

« Les Palestiniens de Jérusalem-Est n’ont pas la nationalité israélienne. Pour une grande partie, ils ont des passeports jordaniens, ce qui fait qu’ils ont des problèmes de citoyenneté et de nationalité, contrairement aux Palestiniens d’Israël qui ont la nationalité israélienne, bien que le sentiment d’appartenance soit problématique. Effectivement, ceux-ci se sont rebellés de façon impressionnante dans différentes villes, en général des villes pauvres au centre du pays, caractérisées par une mixité de façade. Il y a une dimension populaire très importante à prendre en compte.

 

Concernant l’aspect générationnel, je dirais ensuite que les Palestiniens d’Israël de plus de 40 ans sont restés dans un modèle intégratif dont ils ont objectivement profité, à travers des avancées en termes d’éducation ou de pouvoir d’achat. Ils sont aussi les plus attachés à une représentation politique par les partis dits « arabes ». Les plus jeunes générations, en revanche, ne partagent guère cette culture. Elles se sentent de moins en moins liées à Israël, et n’ont pas ce même attachement à la représentation arabe.

 

Cette rébellion s’inscrit dans un climat de racisme intérieur que j’ai vu s’aggraver de façon très nette ces cinq dernières années, en raison d’une hostilité croissante et réciproque des populations, et en grande partie en raison de la droitisation du gouvernement. Ce dernier a suscité une libération de l’invective raciste. Ceux qui s’y adonnent le plus proviennent également de classes populaires juives orientales, défavorisés et longtemps délaissées par le gouvernement. Elles se sont tournées vers la pratique observante ou le nationalisme religieux (représenté par des partis politiques, comme Shas, le Foyer juif), en souhaitant que le judaïsme religieux s’inscrive davantage dans l’espace public. »

 

Ainsi, Israël se transforme en une société religieuse. Fini le sionisme progressiste et laïque. Et fini aussi la relative mixité entre Palestiniens et Juifs. Tout est fait pour séparer les deux peuples. Après la guerre des Six Jours de 1967 et la conquête de Jérusalem-Est, « La vieille ville a été vidée des Palestiniens qui ont dû trouver refuge ailleurs, et la planification de la ceinture des colonies a commencé. Les Palestiniens de Jérusalem-Ouest ont gardé la nationalité israélienne, alors que ceux de Jérusalem-Est ont obtenu le statut de résidents de Jérusalem. La « réunification » a paradoxalement consolidé la séparation entre Jérusalem-Est et la nouvelle ville (juive israélienne). La construction des implantations au-delà de Jérusalem-Est et aux confins des territoires palestiniens a conforté le poids de la population juive.

 

En 2004 enfin, la construction du mur de séparation a empêché une mobilité quotidienne entre Palestiniens des territoires et Palestiniens de Jérusalem. Cela a suscité une nouvelle fracture, avec une partie de Jérusalem-Est isolée de l’autre côté du mur, et certaines personnes se retrouvant dans un véritable no man’s land. On peut dire que Jérusalem n’est qu’une longue succession de fractures et de séparations. »

 

 

 

Le mur de séparation ou d'apartheid entre Jérusalem Est et la Cisjordanie. Encore un obstacle à une solution pacifique !

Le mur de séparation ou d'apartheid entre Jérusalem Est et la Cisjordanie. Encore un obstacle à une solution pacifique !

 

 

 

On est en train de théocratiser Jérusalem et Israël.

 

Sylvie Bulle constate en outre :

« La question religieuse dépasse celle du sort des Palestiniens, car le devenir de la ville séculière est en jeu. Jérusalem appartient aussi aux juifs, dont la plupart, attachés au pluralisme et à l’égalité, demeurent préoccupés par ces divisions, par ces évolutions, d’autant qu’ils peuvent être la cible de différentes hostilités.

 

On est en train de « théocratiser » Jérusalem, ce qui redouble la séparation avec les Palestiniens. Et la situation s’aggrave. Depuis cinq ou six ans, les parcs sont de plus en plus sujets à affrontements, alors qu’avant il y avait encore une forme de partage à peu près maîtrisé de ces espaces entre familles palestiniennes et familles nationalistes religieuses. Les premières sont maintenant chassées de ces espaces, ce qui entraîne une partition des espaces publics de plus en plus tranchée. Au milieu de tout cela, les laïques israéliens souvent troublés par cette transformation ont tendance à quitter la ville. »

 

La société palestinienne s’islamisant de son côté avec le regain d’influence du Hamas et de l’autre, la société israélienne autrefois relativement laïque se transforme petit à petit en une ethnocratie, c’est-à-dire en une entité uniquement juive, suite à la loi état-nation adoptée en juillet 2018 à la Knesset qui crée une citoyenneté juive à part entière et réduit les autres habitants, comme les Arabes israéliens et les Druzes en des citoyens de seconde zone Et, peu à peu s’installe une théocratie avec le fort regain d’influence des Juifs religieux

 

Comme le dit Sylvie Bulle, Israël demos se mue en Israël ethnos. C’est le pire destin que cet Etat peut connaître ! Quant aux Palestiniens, ils risquent de tomber sous la coupe des islamistes, ce qui peut signifier la fin de la Palestine. Et, en définitive, ce sont les deux peuples qui seront colonisés !

 

Quelle tragédie pour cette terre qui fut si diverse et si plurielle à travers l’histoire ! Mais, gardons espoir : sans doute de part et d’autre, les consciences s’éveilleront un jour. Il existe des deux côtés, nous le savons, des femmes et des hommes aptes à changer les choses. Mais espérons qu'on les laissera agir...

 

 

Pierre Verhas

 

 

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