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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 19:17

I  L’universalisme chassé par l’identitaire ?

 

 

Le 2 juin 2020 eut lieu à Paris une grande manifestation à la fois antiraciste et contre les violences policières à l’appel du Comité Adama, pour Adama Traoré, un jeune homme tué sans doute involontairement le 19 juillet 2016 après avoir été embarqué par les gendarmes de Persan, une localité du Val d’Oise. Cette affaire fit grand bruit et n’est toujours pas résolue. Elle a en plus de fortes similitudes avec la tragédie du jeune Afro-américain de Minneapolis, George Floyd, étranglé par un policier raciste. Une manifestation similaire s’est déroulée à Bruxelles le 7 juin.

 

 

 

 

L'étranglement de George Floyd pourtant déjà neutralisé est une pratique courante de la police US mais aussi d'autres pays...

L'étranglement de George Floyd pourtant déjà neutralisé est une pratique courante de la police US mais aussi d'autres pays...

 

 

 

Une nouvelle pensée s’impose dans le monde occidental : l’intersectionnalité.

 

Le meurtre de Minneapolis a servi de détonateur à une explosion sociale et idéologique sans précédent. Un nouveau concept s’est imposé. Il provient de la mouvance libertarienne américaine, ou plutôt californienne. Il s’appelle « intersectionnalité ».

 

Lors de ce rassemblement, Assa Traoré, la sœur d’Adama harangua la foule (« Libération » des 13 et 14 juin 2020) :

 

 

 

Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré milite avec force pour la Justice à l'égard de son frère assassiné par les forces de l'ordre françaises. Cependant, en analysant, tout n'est pas blanc et noir en cette tragédie.

Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré milite avec force pour la Justice à l'égard de son frère assassiné par les forces de l'ordre françaises. Cependant, en analysant, tout n'est pas blanc et noir en cette tragédie.

 

 

 

« Peu importe d’où tu viens, peu importe ta religion, peu importe ton orientation sexuelle, tu ne dois pas rester spectateur face à l’injustice, face au meurtre, face à l’impunité policière ! Aujourd’hui, ce rapport de forces, il est puissant. »

 

Que dire, sinon adhérer à ce discours apparemment clair et net ? Cependant, il faut user en la matière d’esprit critique. Ce discours veut globaliser les combats féministes, LGBT, antiracistes, des migrants. Il s’inscrit dans la pensée dite « intersectionnelle » forgée par la juriste étatsunienne Kimberlé Crenshaw. Son objectif : croiser, combiner et globaliser les luttes de différentes catégories sociales (sexe, classe, race, âge, handicap, orientation sexuelle). C’est ce qu’on appelle une convergence des luttes. Mais ce courant s’oppose au concept universaliste des Lumières qui a mobilisé depuis des années tous les combats en faveur de l’égalité hommes-femmes, de dépénalisation de l’IVG, de luttes contre le racisme, etc.

 

 

 

La juriste de Los Angeles Kimberlé Crenshaw a déclenché une véritable révolution avec sa théorie de l'intersectionnalité.

La juriste de Los Angeles Kimberlé Crenshaw a déclenché une véritable révolution avec sa théorie de l'intersectionnalité.

 

 

 

Pour quelles raisons ? C’est le journaliste français de la droite classique, rédacteur en chef du « Point », Franz-Olivier Giesbert, qui s’est alarmé. Il y voit comme d’autres une « américanisation de la pensée » et la naissance d’un « mouvement néo-identitaire qui attise la haine de l’autre sous le vernis de l’antiracisme. »

 

 

« Libération » cite Madame Crenshaw : « L’intersectionnalité est une sensibilité analytique, une façon de penser l’identité dans sa relation au pouvoir. » Une sensibilité analytique ? Cela revient à « rationaliser » une pensée irrationnelle. C’est pour le moins paradoxal. Toute approche réellement progressiste se base sur des données mesurables, comme par exemple, le statut des femmes ou des homosexuels, ou encore des allochtones dans une société.

 

 

Lutte des classes ou lutte des races ?

 

 

En définitive, dans ce discours, à la lutte des classes se substitue la lutte des races. Ce sont les « racisés », c’est-à-dire les Noirs, femmes, homosexuels, handicapés qui forment la masse dans les luttes pour l’égalité contre les « privilégiés blancs hétérosexuels ». On distingue donc les individus selon leur appartenance des individus selon ce qu’ils sont. C’est là un nouveau clivage au sein du monde des luttes. À terme, peu importe la classe sociale, seuls comptent la « race » et l’orientation sexuelle. Et si elles sont « minoritaires », elles sont par définition opprimées.

 

Ainsi, on en est arrivé au mot « racisé ». En ce débat, la sémantique a beaucoup d’importance. Ainsi, tout récemment à Bruxelles, une dame d’origine africaine a été nommée à la direction d’un important théâtre. Elle a déclaré être la première femme « racisée » à occuper ce poste. En France, le syndicat de gauche radicale SUD organise des réunions où seuls les « racisés », c’est-à-dire des Noirs et des Maghrébins peuvent participer ; les affiliés « blancs » de la même organisation syndicale y sont interdits ! Et on peut multiplier les exemples.

 

 

Sur un plan philosophique, l’intersectionnalité est devenue un outil de recherche mondialement partagé dans les universités aux USA d’abord et en Europe au début des années 2000. Il s’est étendu à d’autres luttes comme celle des femmes, par exemple. Donc, il s’agit de toutes les discriminations. Ainsi, toujours dans « Libération », le sociologue Eric Fassin écrit :

 

« On prend conscience qu’il est absurde de renvoyer le racisme outre-Atlantique en invoquant l’histoire de l’esclavage, comme si la France n’était pas, elle aussi, héritière du commerce triangulaire. La question raciale n’appartient pas en propre à une culture ou à une autre ; elle ne nous est pas étrangère. »

 

C’est exact, mais il faut tenir compte des circonstances historiques. Ainsi, les racismes antinoirs aux USA, en France et en Belgique ne sont pas identiques. Aux Etats-Unis, celui-ci a été généré par la période esclavagiste et s’est exacerbé lors de la guerre de Sécession qui, comme certains analystes le disent, n’est toujours pas terminée. Ainsi, le Sud est toujours profondément raciste. On peut même dire qu’il est institutionnel. Le Nord industriel connaît aussi ce fléau. Rappelons-nous les graves émeutes des années 1960 à Harlem, quartier noir de New-York. Cependant dans les Etats du Nord, le racisme n’est pas institutionnel.

 

 

 

Les émeutes raciales à Harlem en 1964 ont entraîné une sévère répression, mais incontestablement une prise de conscience de la discrimination à l'égard des Noirs aux Etats-Unis.

Les émeutes raciales à Harlem en 1964 ont entraîné une sévère répression, mais incontestablement une prise de conscience de la discrimination à l'égard des Noirs aux Etats-Unis.

 

 

 

En France, le racisme contre les Africains noirs date de la colonisation et s’est accentué avec l’immigration des années 1960 et plus récemment avec les migrants d’Afrique subsaharienne qui fuient la famine et l’état de guerre permanent qui sévissent dans cette région du monde.

 

 

Cependant, le racisme est divers. L’erreur est de le considérer comme un tout, même si le comportement raciste de rejet d’une personne ou de groupes de personnes « différentes » a très peu de variantes. Il s’agit du rejet, de l’agressivité individuelle ou collective pouvant aller jusqu’aux tristement fameuses « ratonnades » ou même aux pogroms. Depuis la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, depuis l’instauration en Europe occidentale de lois réprimant le racisme et la xénophobie, depuis un effort continu de lutte contre les comportements et idées racistes auprès des jeunes, le racisme a été marginalisé. Cependant, il n’a pas disparu. Les partis et mouvements politiques hostiles à tout qui n’est pas autochtone qui cachent habilement leur profond racisme derrière la pensée sécuritaire. Et puis, le racisme est inscrit dans notre imaginaire, car il remonte de très loin. Il implique aussi bien l’antisémitisme, l’islamophobie que la négrophobie. Tout ce qui est « autre » est rejeté dans l’imaginaire collectif.

 

 

S'il y a un puissant imaginaire antisémite en Occident, il cohabite avec un imaginaire islamophobe depuis les croisades et surtout depuis le « 11 septembre ». Il se nourrit d’un imaginaire négrophobe depuis la deuxième traite négrière au XVe siècle et durant la colonisation et même la décolonisation. Ces imaginaires nourrissent donc diverses variantes de racisme. Une lutte résolue contre toutes ces variantes ne devrait jamais être sélective au risque d’alimenter une absurde concurrence des victimes, chaque groupe concerné espérant y gagner quelques dividendes symboliques. Néanmoins, l’exemple d’Achille Mbembe est édifiant.

 

 

Achille Mbembe, « le Faurisson noir »

 

 

Le gouvernement de Rhénanie du Nord - Westphalie a sanctionné ce philosophe, professeur à l’université de Johannesburg, une des figures de proue de l’intelligentsia africaine. Sous la pression d’un élu du FDP (Parti libéral allemand), ce philosophe politique, théoricien du post-colonialisme et historien camerounais de renommée internationale, n’interviendra pas à la Ruhrtriennale – événement majeur de la vie culturelle allemande estivale –, et ce n’est pas à cause de la crise sanitaire. Dans un ouvrage paru en 2016 intitulé Politiques de l’inimitié et traduit en allemand l’année suivante, Mbembe est accusé d’antisémitisme parce qu’il évoque la politique de colonisation israélienne, estime qu’elle « rappelle à certains égards » l’apartheid en Afrique du Sud. En plus, l’affaire a pris une ampleur nationale : Felix Klein qui dirige le Commissariat fédéral de lutte contre l’antisémitisme l’accuse de relativiser la Shoah et de nier le droit à l’existence d’Israël : « Dans ses écrits universitaires, Achille Mbembe a assimilé l’État d’Israël au système d’apartheid d’Afrique du Sud, ce qui correspond à un schéma antisémite bien connu » Cela suffit à en faire un Faurisson noir pour les autorités allemandes !

 

 

 

Achille Mbembé, un éminent philosophe historien camerounais, s'est fait sanctionné pour antisémitisme par les autorités allemandes parce qu'il avait écrit une critique de la politique colonialiste de l'Etat d'Israël.

Achille Mbembé, un éminent philosophe historien camerounais, s'est fait sanctionné pour antisémitisme par les autorités allemandes parce qu'il avait écrit une critique de la politique colonialiste de l'Etat d'Israël.

 

 

 

On observe dans ce cas que Mbembe était dans le collimateur des associations juives sionistes, car l’ouvrage du professeur camerounais date de trois ans et, même s’il est brillant et interpellant, ce n’est pas le bestseller de l’année 2017 ! On observe que la notion d’antisémitisme a une définition extensive puisque celle utilisée par Felix Klein y assimile la critique de la politique colonialiste d’Israël.

 

 

Un autre aspect de cet imaginaire se manifeste dans le monde culturel et particulièrement dans celui du cinéma. Ainsi, on cantonne les acteurs noirs à des rôles stéréotypés : l’esclave noir qui se libère, le dealer noir, le voyou de banlieue, ou encore le bon flic bien comme il faut. L’actrice noire, elle, est cantonnée au rôle de mama ou de femme de ménage à « l’accent bwana », ou la femme hypersexualisée ou encore la prostituée, comme dit l’actrice Aïssa Maïga.

 

 

 

L'actrice Aïssa Maïga a dérangé lors de son discours à la cérémonie parisienne des Césars 2020.

L'actrice Aïssa Maïga a dérangé lors de son discours à la cérémonie parisienne des Césars 2020.

 

 

 

Rien ne peut s’opposer à cette analyse de faits. Mais que faire ? N’oublions pas qu’un film de cinéma ou un feuilleton télévisé nécessitent de lourds investissements et sont donc des entreprises commerciales. Cela signifie qu’il faut répondre à la demande culturelle et se conformer aux canons idéologiques du consommateur.

 

Aussi, la question du racisme est bien plus complexe. On pourrait même parler non pas d’un racisme, mais de racismes ! Et là, on assiste à une polémique très dangereuse entre deux conceptions de la lutte contre le racisme qui sont en fait le heurt entre deux visions du monde.

 

 

Deux antiracismes

 

 

Dans sa chronique sur Faceboook « La vie au temps de la chose », le professeur Jean-Philippe Schreiber écrit :

 

 

« La tragédie de la défense des droits humains aujourd’hui, c’est qu’il y a désormais deux antiracismes. Le premier, l’antiracisme historique, est né du combat contre l’esclavage puis les discriminations, de l’Affaire Dreyfus, de l’idéologie des Lumières et des luttes sociales, de la décolonisation des hommes, des territoires et des esprits, de l’idée forte qu’il existe des droits humains intangibles, du rêve d’un monde plus égalitaire et plus fraternel... C’est l’antiracisme auquel j’adhère, qui s’en prend à toutes les formes d’exclusion, aspire à l’universel sans nier les identités, considère que même ceux qui n’ont pas subi l’épreuve de la stigmatisation sont légitimes pour penser et combattre le racisme ~ sans pour autant confisquer la voix des afro-descendants et des autres victimes des violences raciales, effectives et symboliques.

 

 

Et puis il y a un autre antiracisme, auquel je n’adhère pas et qui m’inquiète, un antiracisme qui est né du trop-plein d’exclusion, de l’épreuve douloureuse de la stigmatisation, du défaut de reconnaissance, de l’impossibilité de se défaire du regard porté sur la différence, des discriminations croisées, d’un nouveau féminisme et d’un nouveau progressisme marqué par le relativisme culturel... Cet antiracisme nouvelle mouture réifie les catégories qu’il est supposé pourfendre : il y aurait des « blancs » et il y aurait des « noirs », et ces supposés blancs qui supposément n’auraient jamais vécu ce que signifie être stigmatisé n’auraient dès lors aucune légitimité pour représenter cet antiracisme-là à la place des véritables victimes. Car aux yeux de ces antiracistes-là, on ne pourrait ainsi se défaire de l’évidence que nous serions nécessairement « racisés » et continuer à brandir naïvement un humanisme abstrait, lui-même en réalité ethnocentrique. (…) Cet antiracisme qui emprunte aux catégories raciales en en faisant désormais des constructions sociales n’était jusqu’il y a peu l’apanage que de quelques groupes radicaux, lesquels demeuraient enfermés dans l’idée d’un monde « blanc » viscéralement raciste ou incapable de saisir la blessure raciale ~ jusqu’à organiser parfois des réunions dites décoloniales fermées aux « blancs », ou jusqu’à s’en prendre à Bernie Sanders, accusé de défendre un « suprémacisme mâle blanc » parce qu’il a un jour affirmé que la couleur de peau et le genre d’une personnalité politique étaient moins importants que son programme. »

 

Cette opposition radicale que constate Jean-Philippe Schreiber rejoint celle exposée par Elisabeth Badinter. Dans une interview à l’hebdomadaire français « l’Express » du 18 juin 2020, la philosophe qui fut l’initiatrice de la campagne pour l’interdiction du voile dans les écoles en 1989 ne pas son inquiétude. C’est la naissance d’un nouveau racisme dit-elle. Quant aux expressions comme « racisés » qui désigne en fait tout ce qui n’est pas « blanc », ou « privilège blanc », elle affirme : « Ce nouveau vocabulaire est un crachat à la figure des hommes des Lumières, cela va jusqu’au biologiste François Jacob, qui a pulvérisé le concept de races (…). Or, nous y revoilà avec ce vocabulaire importé des Etats-Unis. La race partout ! Je pense que c’est la naissance d’un nouveau racisme, dont le Blanc est le dernier avatar, et qui peut mener à un véritable séparatisme. »

 

 

Le débat oui, mais pas le bâillon !

 

 

 

Elisabeth Badinter philosophe combattante de l'universalisme et du féminisme.

Elisabeth Badinter philosophe combattante de l'universalisme et du féminisme.

 

 

 

En outre, d’après la philosophe française Elisabeth Badinter, il s’agit d’un projet politique :

 

« C’est un rejet de la culture et des valeurs de ce qu’on appelle « les Blancs ». Oui, il y a une volonté politique dans cette injonction au silence. On érige des barrières. « Que les Blancs ne se mêlent surtout pas de ce qui nous concerne. ». (…) Ce nouveau racisme rejette l’héritage occidental, et pourtant, c’est tout de même grâce aux Lumières, au XVIIIe siècle, qu’on a fait des progrès vers l’humanisme ! La prise de conscience que les hommes ont plus en commun que de différences a entraîné des progrès vertigineux. Condorcet – avec d’autres – a inauguré le combat contre l’esclavage des Noirs, il a porté haut le discours sur l’égalité des sexes, et s’est préoccupé du statut des juifs. »

 

Elisabeth Badinter dénonce aussi comme une intimidation, l’accusation de confiscation par des personnes blanches de la parole sur la discrimination. Elle observe que cela se développe dans les jeunes générations en Europe. « C’est le règne du « Taisez-vous ! ». Or, le droit à la parole ne peut pas être contraint à ce point-là. (…) Il faut combattre cette intimidation à toute force. Si on ne peut même plus avoir des échanges verbaux, des échanges d’idées, vers quel monde nous dirigeons-nous ? Le débat oui, mais pas le bâillon ! »

 

« Black lives Matter » ou « Human lives matter » ?

 

Ces raisonnements émanant de deux brillants intellectuels, le belge Jean-Philippe Schreiber et la française Elisabeth Badinter, sont ceux de l’universalisme, mais celui-ci n’est plus de mise de nos jours. Paradoxalement, la lutte contre le racisme engendre un phénomène identitaire. Après le meurtre de George Floyd, l’indignation s’est exprimée par un slogan qui est devenu un mouvement mondial : « Black live matter » - la vie des Noirs compte. Cependant, il s’est transformé en « Seule la vie des Noirs compte ». Si ce mouvement avait été humaniste et universel, le mot d’ordre aurait été « Human live matter ». Car les Noirs, comme les Blancs sont avant tout des êtres humains. Non ! Face à la discrimination, la vie de ses victimes est plus importante et seuls les Blancs en sont coupables.

 

 

 

Manifestation devant le Palais de Justice à Bruxelles le 7 juin dernier.

Manifestation devant le Palais de Justice à Bruxelles le 7 juin dernier.

 

 

 

Bien sûr, mais cela n’est pas aussi simple. Le clivage ne se situe plus entre l’universalisme et la pensée identitaire portée essentiellement par l’extrême-droite, mais entre deux pensées identitaires, la nouvelle étant celle des victimes « racisées » face aux Blancs coupables par définition.

 

Nous en discutons dans le prochain article.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 22:28

 

 

 

80 ans après

 

Aujourd’hui, c’est le quatre-vingtième anniversaire du fameux appel à la Résistance du général de Gaulle lancé sur les ondes de la BBC à Londres.

 

Quoiqu’on pense de Charles de Gaulle, il faut bien admettre qu’il avait une extraordinaire vision des choses. En 1940, juste après la colossale défaite des armées françaises et anglaises en France, il a compris qu’il s’agissait d’une guerre mondiale et qu’Hitler ne pouvait être vaincu qu’avec une coalition des forces armées de tous les pays opposés à la pensée nazie. En 1945, dans son discours de Brazzaville, il a prédit la décolonisation ; lors de sa prise de pouvoir en 1958, le général savait que la seule solution était de mettre fin à la guerre d’Algérie en accordant l’indépendance à ce pays, en 1963, il s’est opposé à juste titre à l’entrée de la Grande Bretagne dans la Communauté européenne. En 1965, redoutant une domination étatsunienne trop forte en Europe, il prit ses distances à l’égard de l’OTAN. En 1968, après avoir cafouillé en mai, il gagne les élections législatives et puis conscient de l’importance de réformer la nation et la société, il propose la régionalisation, la réforme du Sénat, la participation des travailleurs dans le capital et la gestion de l’entreprise. Le référendum de 1969 a marqué la fin de son parcours politique.

 

 

 

Dernier discours de Charles de Gaulle à Quimper en février 1969. Une vision mondiale et à travers le temps.

Dernier discours de Charles de Gaulle à Quimper en février 1969. Une vision mondiale et à travers le temps.

 

 

 

Un train en retard

 

De Gaulle – et c’est sans doute cela qui le rend aussi exceptionnel – n’a jamais pris le train en retard. Les politiciens n’avaient pas compris l’importance du programme qu’il proposait, ou bien, certains d’entre eux redoutaient son application. Pourtant, il avait compris qu’une réforme fondamentale était seule à même de redonner son aura à la France. Et c’est ce qu’on bien dû mettre en œuvre ses successeurs.

 

Ses successeurs ? Parlons-en.

 

Pompidou qui a ouvert la porte de l’Europe à la Grande Bretagne et qui a donné aux banques la gestion de la dette publique. On sait aujourd’hui ce que ces deux décisions ont donné !

 

Giscard d’Estaing qui a introduit le libéralisme en France avec les conséquences que l’on sait.

 

Mitterrand, ancien Croix de feu, ancien haut fonctionnaire de Vichy, fidèle ami de Bousquet, le responsable de la rafle du Vel d’Hiv’. Ministre de l’Intérieur, il a fait envoyer le contingent en Algérie pour réprimer brutalement la rébellion de ce qu’on appelait « les Musulmans ». Il a approuvé les tortures et les exécutions de militants du FLN, mais, incontestablement doté d’un don de manipulation politique, a réussi à représenter la gauche au point de se faire élire Président de la République, en son nom en 1981. Après avoir jeté de la poudre aux yeux avec quelques réformes sociales, il expulsa les communistes du gouvernement et mit en œuvre une politique ultralibérale qui convenait parfaitement aux bourgeois « Bohème » – les fameux « bobos » - qui recouvraient leur cupidité proverbiale d’un vernis progressiste où se mélangeaient écologisme, antiracisme de bon aloi et libération des mœurs.

 

 

 

Jacques Chirac et François Mitterrand : aucun des deux n'a réussi à avoir une vision d'avenir.

Jacques Chirac et François Mitterrand : aucun des deux n'a réussi à avoir une vision d'avenir.

 

 

 

Lors de la chute du Mur de Berlin que le locataire de l’Elysée n’avait pas prévu, il ne détecta pas le chemin ouvert au processus de réunification allemande ainsi que la chute de l'Union Soviétique. Il préféra soutenir des putschistes de l'Armée Rouge plutôt que Gorbatchev qui, lui, avait vu juste.

 

Après Mitterrand, Chirac, on peut lui reconnaître, a eu le courage d’avoir assumé la responsabilité de la France dans les persécutions antisémites, mais sa présidence fut sans aucune ambition. La montée de l’extrême-droite et la déliquescence de la gauche lui permirent de s’assurer un second mandat tout aussi médiocre. Il crut se renforcer en organisant un référendum sur la constitution européenne qui se solda par un camouflet déshonorant. Son successeur, Nicolas Sarkozy, un jeune bourgeois dévoré d’ambitions, mais sans aucune envergure, accentua l’affaiblissement de la France. Sur le plan social, la gauche n’a pas réussi à préserver les conquêtes sociales et la base même du programme du Conseil national de la Résistance. Elle apparut dénuée de toute ambition réellement réformatrice, donc inutile. Quant à François Hollande qui lui succéda par défaut, il accentua la dérive néolibérale prise en 1982, trente ans plus tôt, par François Mitterrand. Il dut céder sa place à un jeune banquier ambitieux mais sans envergure qui n’a comme adversaire réel que la représentante de l’extrême-droite.

 

Nul ne sait aujourd’hui si un mouvement en sens inverse se manifestera. L’échec général du réformisme ultralibéral a entraîné la France dans une régression sociale et économique sans précédent.

 

À la différence de de Gaulle, tous ses successeurs ont pris le train en retard, car ils n’eurent pas l’ambition et le courage d’avoir le regard plus loin que l’horizon. Tous s’appuyèrent sur l’Europe, cette construction pour toujours inachevée.

 

Et l’Europe ?

 

Parlons-en justement de l’Europe. Cette prétendue ambition, œuvre de deux politiciens français de seconde zone, Robert Schuman, ancien ministre du gouvernement Pétain, Jean Monnet, homme d’affaires et agent des services secrets étatsuniens, n’avait pour objet que de libéraliser le commerce au sein de la partie occidentale de l’Europe. Son élargissement d’abord à la Grande Bretagne, ensuite aux pays méditerranéens et par après aux anciens pays du « bloc communiste » n’eut pour objet que de créer une vaste zone de libre échange sur l’ensemble du continent européen.

 

 

 

Jean Monnet et Robert Schuman, les "pères de l'Europe" n'avaient aucune ambition politique pour l'Europe. Ils souhaitaient en faire un satellite des USA et une zone de libre échange.

Jean Monnet et Robert Schuman, les "pères de l'Europe" n'avaient aucune ambition politique pour l'Europe. Ils souhaitaient en faire un satellite des USA et une zone de libre échange.

 

 

 

Cette Europe a échoué à répondre aux défis de l’Histoire. Qu’il s’agisse de son élargissement aux pays de l’Est, des défis posés par les bouleversements au Proche-Orient, des relations commerciales mondiales où elle n’opta que pour le dogmatique libre échange, de son économie interne, elle ne parvient à apporter aucune réponse tant elle est enfermée dans sa dogmatique du TINA ultralibéral.

 

C’est inquiétant, car où que l’on regarde sur le vieux continent, on ne voit naître aucun projet politique à même de répondre aux défis de l’Histoire, tant la classe dirigeante européenne est incapable de monter à l’heure dans le train.

 

Mais, il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Tiens ! On a entendu cela quelque-part…

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 15:32

 

 

 

Voici enfin une étude complète de la pandémie Covid 19.

 

 

 

Savourez l'enseignement du génial professeur Pierre Perret ! Il est le premier - et sans doute le seul - à nous faire comprendre les trois mois de folie que nous avons vécus et qui ne sont sans doute guère terminés. 

 

Un vieux prof de 85 balais qui devrait être nommé membre d'honneur du Gang des Vieux en colère ( https://gangdesvieuxencolere.be/ ) ! 

 

 

Pierre Verhas

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 13:45

 

 

 

contrôle l’avenir et qui contrôle l’avenir contrôle le passé ». Cette sentence du « 1984 » de George Orwell définit le triomphe du totalitarisme. Au fond, le pouvoir est absolu s’il efface le temps. Un esprit n’est libre que s’il maîtrise le temps. Il peut analyser le passé, il peut maîtriser son présent et construire son avenir. C’est en lui ôtant le temps que s’installe la dictature.

 

Vouloir effacer le passé est une entreprise totalitaire quel qu’en soit le motif, car la mémoire dérange les pouvoirs absolus qui font table rase du passé mais aussi qui en retiennent les éléments qui leur conviennent quitte à les falsifier.

 

 

 

Dessin des pingouins paru dans le "Monde". Très bonne image du débat sur le "passé"

Dessin des pingouins paru dans le "Monde". Très bonne image du débat sur le "passé"

 

 

 

Cette question fondamentale se pose avec la mobilisation anti-raciste déclenchée par le meurtre de George Floyd à Minneapolis. Il est désormais question d’effacer le passé esclavagiste des Etats-Unis et le colonialisme européen en détruisant les statues et effigies des chefs d’Etat, de militaires, ou des hommes d’affaires considérés comme responsables des crimes qui ont accompagné l’entreprise coloniale et l’exploitation esclavagiste. Comme l’écrit le professeur Jean-Philippe Schreiber sur Facebook ce 11 juin 2020 :

 

 

 

George Floyd a subi à mort la "technique" de l'étranglement utilisé par plusieurs polices dans le monde.

George Floyd a subi à mort la "technique" de l'étranglement utilisé par plusieurs polices dans le monde.

 

 

 

« Des mémoires sont à vif, et c’est légitime, très certainement. Pour autant, la mémoire n’est pas l’histoire ; elle n’est jamais que le regard que nos sociétés portent aujourd’hui, au prisme des enjeux d’aujourd’hui, sur le passé. La volonté de décoloniser l’espace public n’est pas une manière de rendre justice à l’histoire, elle est une manière de panser les blessures de l’histoire ~ et en la matière il y aurait bien d’autres motifs de nettoyer l’espace urbain d’autres blessures mémorielles. »

 

Godefroid de Bouillon symbole de l’Eglise catholique conquérante

 

Par exemple, la statue équestre de Godefroid de Bouillon couronné, place Royale à Bruxelles est non seulement une insulte à l’esthétique, mais aussi à l’histoire. Il n’y a aucune raison d’honorer ce pillard, cet assassin de la Première Croisade qui n’était même pas roi. Mais, au moment où ce monument fut érigé en 1848, c’était, comme l’explique l’historien bruxellois Roel Jacobs, la fin de l’Unionisme – première période de l’histoire de la Belgique indépendante où catholiques et libéraux gouvernaient ensemble – et l’Eglise voulait glorifier son passé conquérant en « oubliant » qu’il fut sanglant. Elle cherchait à tout prix à réinstaller son pouvoir spirituel sur le territoire de la jeune Belgique qui avait été ébranlé par la Révolution française et la Révolution belge de 1830. C’est ce que symbolise cette statue placée juste en face de l’Eglise St-Jacques de Coudenberg qui est la paroisse de la très catholique royauté belge.

 

 

 

La statue de Godefroid de Bouillon à la Place Royale à Bruxelles. Le personnage semble sortir de l'Eglise St-Jacques de Coudenberg pour se lancer à la conquête des mécréants.

La statue de Godefroid de Bouillon à la Place Royale à Bruxelles. Le personnage semble sortir de l'Eglise St-Jacques de Coudenberg pour se lancer à la conquête des mécréants.

 

 

 

Faut-il pour autant démolir l’effigie de ce personnage ? Certes, elle est la glorification d’un meurtrier et d’un envahisseur. De plus, il n’y a aucune raison qu’elle se trouve à cet endroit d’autant plus que cette statue casse la perspective de la rue de la Régence et celle de la place Royale qui aurait un autre lustre en étant dépouillée de tout édifice. Ce sont deux motifs suffisants pour l’éradiquer. Plus récemment, un troisième argument est avancé : ce monument est une insulte à l’Islam. Là, nous tombons dans l’anachronisme. En 1848, il n’était pas question d’islamisme et d’islamophobie. Alors que cette question est souvent tragiquement d’actualité, pourquoi s’en prendre à cette statue vieille de plus d’un siècle et demi ? Elle n’a pas été édifiée dans le but d’affronter les Musulmans. Même si les Croisades furent des expéditions sanguinaires d’extermination, elles font partie de l’Histoire. Sans elles, l’Europe ne serait jamais sortie du Moyen-âge grâce d’ailleurs à l’immense patrimoine intellectuel gréco-arabe pillé par les Croisés. Cela prouve qu’une vision binaire de l’Histoire peut conduire aux pires erreurs. L’Histoire n’est ni le bien ni le mal, elle est la réalité humaine à travers le temps.

 

 

Aussi, l’Histoire est un outil essentiel pour comprendre l’évolution des choses. Lorsqu’il y eut le début de la colonisation en Afrique noire au XIXe siècle, la droite comme la gauche y voyaient une grande avancée. Pour les uns, c’était un enrichissement et la montée en puissance des nations européennes, pour les autres, il s’agissait de donner la « civilisation » aux populations indigènes, c’était donc une mission libératrice. Nul ne voyait le caractère oppresseur des colonies. À de rares exceptions, les massacres et l’exploitation quasi esclavagiste des Noirs étaient ignorés. C’est Marx qui fut le premier grand penseur à dénoncer le colonialisme comme mécanisme d’exploitation des classes par le capitalisme.

 

Le racisme, c’est la matrice de la colonisation.

 

Le colonialisme était-il dicté par le racisme ? En partie. À l’époque, on considérait le Noir qu’on appelait le nègre, comme un être inférieur. Certains pensaient qu’il n’était même pas humain. Comme l’écrit l’historienne Bérangère Piret : « Le racisme, c'est la matrice de la colonisation. Les Belges étaient persuadés qu'ils étaient biologiquement supérieurs aux Congolais. C'est le fondement de tout le reste » Le racisme servait donc de justification aux crimes abominables qui eurent lieu au Congo pendant la période dite de l’Etat indépendant du Congo, propriété du roi des Belges de l’époque, Léopold II. Ces crimes étaient commis pour des motifs d’exploitation des ressources de cette immense région d’Afrique Noire. La colonie belge est venue par après. Si elle ne connut pas de massacres similaires, elle procéda à la destruction des structures sociales et culturelles de cette région du monde. Il y eut aussi pillage non seulement des ressources, mais aussi de l’art africain. Il était de bon ton en Belgique, dans les demeures bourgeoises de la première moitié du XXe siècle, d’y exposer des œuvres d’art congolaises comme des masques et des sculptures en bois précieux et en ivoire, le même ivoire qui consistait aussi une ressource précieuse. Pour ce faire, on procédait déjà au massacre des éléphants.  

 

 

 

Statue équestre du roi des belges Léopold II taguée. Il régna de 1865 à 1909 et  se paya un immense territoire en Afrique centrale et qu'il nomma "Etat indépendant du Congo" avant de le donner à son pays qui en fit le Congo belge, la plus grande colonie d'Afrique centrale qui fut indépendante en 1960. De nombreux crimes y furent commis, au point  qu'on évoque un génocide.

Statue équestre du roi des belges Léopold II taguée. Il régna de 1865 à 1909 et se paya un immense territoire en Afrique centrale et qu'il nomma "Etat indépendant du Congo" avant de le donner à son pays qui en fit le Congo belge, la plus grande colonie d'Afrique centrale qui fut indépendante en 1960. De nombreux crimes y furent commis, au point qu'on évoque un génocide.

 

 

 

Le racisme n’a rien à voir dans cet épouvantable néocolonialisme.

 

Après la décolonisation officielle d’Afrique centrale, les massacres de populations et le pillage des ressources se poursuivirent et s’accentuèrent. Et ici, on ne peut plus évoquer le racisme. Des hommes d’affaires véreux, des multinationales américaines comme européennes, des Chinois de l’Empire « communiste » du Milieu exploitent les richesses minières du Congo et particulièrement du Kivu en faisant des travailleurs congolais de nouveaux esclaves. Des milliers d’enfants crèvent dans ces exploitations minières dangereuses et polluantes. Il ne s’agit plus ici de racisme à proprement parler, il s’agit de l’exploitation éhontée de l’homme par l’homme. Et nous participons tous à cette exploitation.

 

 

 

Des esclaves enfants au Kivu extraient le fameux coltan indispensable à nos smartphones. Va-t-on au nom de notre petit confort, continuer à accepter cette horreur ?

Des esclaves enfants au Kivu extraient le fameux coltan indispensable à nos smartphones. Va-t-on au nom de notre petit confort, continuer à accepter cette horreur ?

 

 

 

Tous nos appareils « connectés » contiennent des métaux rares qui sont extraits dans le sous-sol du Kivu. Les batteries pour les voitures électriques contiennent des matériaux par ailleurs très polluants provenant de ces exploitations minières. Dès lors, on ferait bien de revoir fondamentalement toutes ces technologies qui créent une dépendance vis-à-vis d’entreprises transnationales, nous contraignent à participer à des conflits meurtriers pour le contrôle de ces régions minières, sont extrêmement polluantes et, en définitive, sont très coûteuses. Et il faut bien constater que le racisme n’a rien à voir dans cet épouvantable néocolonialisme.

 

 

L’Histoire est vivante.

 

 

Faut-il dès lors déboulonner les effigies des dirigeants colonialistes ? Non. Parce que cela ne sert à rien et c’est même nuisible. Cela attise les haines et les divisions dans le seul but d’assouvir une émotion légitime. Cela n’empêchera pas le meurtre d’autres George Floyd, cela ne combattra ce nouvel esclavagisme si utile à l’économie mondialisée. Et puis, c’est ignorer le sens même du concept Histoire.

 

 

Ainsi, quand on voit ce tragique passage du colonialisme au néocolonialisme, l’Histoire figée dans des statues qui sont avant tout des commémorations et des instruments idéologiques n’a pour objet que la perpétuation d’une époque donnée. Elle est nostalgique. L’Histoire, au contraire, doit être vivante, car elle doit nous donner les armes pour maîtriser notre évolution et appréhender celle de l’humanité qui n’est malheureusement pas toujours synonyme de progrès. Mais cette Histoire est le mouvement.

 

L’Histoire est un outil essentiel pour œuvrer à un monde plus juste. Non seulement, elle doit être enseignée partout, mais il faut donner le goût de l’Histoire à toutes et à tous. Qu’on soit ouvrier, ingénieur, artiste, artisan, paysan, commerçant, enseignant, soignant, policier, chercheur, cette matière nous fournit la base de l’esprit critique. Non seulement, nous devons toutes et tous l’apprendre, mais surtout en avoir le goût.

 

C’est le prix de la liberté et de la paix entre nous.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 22:38

La ville de Minneapolis théâtre de l'abominable crime contre George Floyd présente aussi et heureusement un autre aspect. Celui d'une ville ouverte et joyeuse. C'est celui-là qu'il faut retenir... et écouter !

Ecoutez et méditez !

 

 

 

Malheureusement, il manque quelque-chose. Observez bien ! Ne voyez-vous pas ? Allons ! Cela saute aux yeux ! 

 

Où sont les Blacks ?

 

 

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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 16:27

 

 

 

« Distanciation sociale » ! Quelle abominable expression devenue le mot d’ordre dès le déclenchement de la pandémie COVID-19 ! Ce mot d’ordre, même s’il est indispensable, infantilise les citoyennes et les citoyens. Il leur donne deux instructions. La première : éloignez-vous les uns des autres, protégez-vous vous-mêmes. C’est à vous et à vous seuls d’assurer votre assistance. La seconde :  obéissez sans discussion aux instructions du gouvernement. Ne contestez rien, ne vous écartez pas de la ligne que « nous » vous avons tracée pour « vous » protéger, bien entendu.  «Distanciation physique » aurait été approprié. Mais...

 

 

 

Eloignez-vous partout les uns des autres ! (photo prise à Singapour)

Eloignez-vous partout les uns des autres ! (photo prise à Singapour)

 

 

 

Jusqu’à présent, à l’exception de quelques-uns, dont la philosophe française Barbara Stiegler, personne n’a relevé l’épouvante sémantique de « distanciation sociale ». Pourtant, elle s’inscrit dans la pure logique néolibérale.  Prenons un exemple.

 

 

Une forme importante de distanciation est assurée par la généralisation du télétravail. Les travailleurs sont dès lors isolés chez eux, fort souvent dans des logements trop étroits, ce qui pose un problème de cohabitation au sein d’une même famille, les immeubles à bureaux qui ont envahi l’espace urbain depuis des années, se vident. Le travailleur ne disposera plus de son propre bureau qui était son espace personnel en son lieu de travail. Lorsqu’il se rendra un jour ou deux par semaine, il partagera avec ses collègues présents les tables et les sièges pour pouvoir répondre aux demandes de sa hiérarchie. Cela aura à terme d’énormes conséquences.

 

 

 

Le télétravail isole les travailleurs et rompt les solidarités.

Le télétravail isole les travailleurs et rompt les solidarités.

 

 

 

Sur le plan du travail, le travailleur sera isolé. Il n’y aura donc plus de contacts donc plus de solidarité dans l’entreprise elle-même. Cela déforcera considérablement le monde du travail par rapport au patronat. Le télétravail risque aussi de générer un chômage massif. En effet, rien n’empêche les entreprises de faire appel au télétravail dans des pays à bas salaires comme l’Inde, le Vietnam, le Pakistan, par exemple. Un autre aspect : s’il y a généralisation du télétravail, il y aura une transformation fondamentale de l’espace urbain. Les transports publics vont subir un important bouleversement : ils devront réduire considérablement leur offre. Certaines infrastructures qui ont nécessité d’énormes investissements deviendront ainsi inutiles. La vie urbaine tombera en léthargie. Les petits commerces, l’HoReCa dans son ensemble disparaîtront. Seuls quelques hôtels et restaurants étoilés subsisteront. Les villes seront foncièrement transformées au point que la fonction de ville sera sans doute à redéfinir. Sans doute vers un espace uniquement consacré au business. Quant aux espaces ruraux, ils seront soit consacrés à l’agriculture intensive industrialisée, soit au tourisme, soit encore laissés pour compte, là où ils ne représentent aucun intérêt économique.

 

Tout cela n’est pas de la science-fiction. Ce sont des probabilités. Certes, le télétravail n’est pas encore généralisé, car il y a encore pas mal d’obstacles. Mais il s’inscrit en plein dans le projet néolibéral. Le néolibéralisme ou le capitalisme absolu a pour objectif d’atomiser la société. Il ne s’agit pas d’épanouir l’individu d’un « collectivisme oppresseur », mais d’atomiser la société qui serait ainsi composée d’individus isolés dont le double objet est de produire et de consommer. Comment procède-t-il ? Naomi Klein l’a bien démontré dans son remarquable ouvrage « La stratégie du choc » (Actes Sud 2008). Le capitalisme se sert des chocs majeurs pour pouvoir mettre en place son projet. La crise sanitaire avec le confinement fut l’occasion de mettre en place le télétravail généralisé, nouvel instrument d’exploitation qui imposera encore plus le capital au détriment du travail.

 

 

 

L'essayiste, journaliste et militante canadienne Naomi Klein a damirablement démontré la stratégie du capitalisme absolu qui bouleverse notre société dans le monde entier.

L'essayiste, journaliste et militante canadienne Naomi Klein a damirablement démontré la stratégie du capitalisme absolu qui bouleverse notre société dans le monde entier.

 

 

 

Vous comptez les lits. Nous comptons nos morts !

 

La pandémie a aussi transformé de fond en comble le secteur de la santé. Dès le début, on a tout centralisé sur les hôpitaux au détriment des soins à domicile ou dans les maisons de repos (ou EHPAD, comme on dit en France) en négligeant le rôle fondamental des médecins généralistes, des pédiatres et des gériatres. On a même donné instruction aux généralistes de soigner par téléphone. La volonté manifeste était d’éloigner les patients de leurs thérapeutes. On a observé en outre que les hôpitaux comme les maisons de repos étaient tragiquement sous-équipés, notamment par le manque de respirateurs et d’autres appareils essentiels de soins. N’oublions pas non plus la saga des masques. Tous les personnels soignants, de l’aide-soignante au médecin n’ont pas disposé pendant longtemps de masques en suffisance. On a négligé aussi des services publics qui auraient pu être d’une utilité fondamentale, comme la médecine du travail dans les entreprises et l’inspection médicale scolaire dans les écoles, les collèges, les lycées, les athénées. Si on avait fait appel à ces services, on aurait sans doute pu éviter le confinement total et maintenir une activité économique et de l’enseignement, certes ralentie, mais effective. Mais il faut bien constater que des décennies d’économies budgétaires et de démantèlement des services publics ont détérioré gravement les organismes publics de santé comme les hôpitaux et les différents services évoqués ci-dessus, sans compter la généralisation d’une médecine à « deux vitesses ».

 

Ce qui fait dire par beaucoup : « Vous comptez les lits, nous comptons nos morts. »

 

Fut-ce intentionnel ou par négligence ? La question de l’organisation de la puissance publique est posée. L’incapacité des gouvernements à prendre des décisions et à définir une politique cohérente en bien des domaines est évidente depuis longtemps. Pour quelles raisons ?

 

On assiste depuis plusieurs années à une transformation des gouvernements. Les personnalités politiques deviennent des « experts » bardés de diplômes, souvent les mêmes, comme ceux de la fameuse ENA française, ou Science Po, ou économie. Pas mal de ces personnalités – de par leur vie professionnelle ou leurs relations – sont liées à des grands intérêts économiques et financiers. Ainsi, on se souvient de l’affaire Agnès Buzyn en France et de l’attitude plus que surprenante de la ministre belge de la Santé, Maggie De Block. Elles sont toutes deux proches du secteur pharmaceutique qui est le grand gagnant de cette crise du COVID-19. Quelles sont les causes de tout cela ?

 

La philosophe Barbara Stiegler, professeure à l’Université de Bordeaux-Montaigne et auteure de l’ouvrage « Il faut s’adapter ! » (Gallimard, 2019) n’y va pas par le dos de la cuiller. Elle analyse pour « Libération » (29 mai 2020) l’impact de la crise du COVID-19.

 

 

 

La philosophe Barbara Stiegler jette un regard lucide et sans complaisance sur cette crise du COVID-19

La philosophe Barbara Stiegler jette un regard lucide et sans complaisance sur cette crise du COVID-19

 

 

 

« La société du sans-contact et la dématérialisation des activités favorisent la dissolution du collectif et l’étouffement des luttes sociale, qu’il importe de poursuivre après la crise. »

 

 

Madame Stiegler dénonce le gouvernement d’experts.

 

 

« Ce qu’on appelle de manière un peu floue « le gouvernement des experts » est contesté depuis des années avec la défiance grandissante des publics, envers une science de plus en plus instrumentalisée par les forces dominantes, économiques et politiques. »

 

 

Cette crise sanitaire, les « experts » ne l’ont pas vu venir. Ce sont les citoyens – entre autres des personnes revenant d’Asie – des groupes de chercheurs indépendants et les soignants qui ont alerté. La ministre française de la Santé à l’époque, Agnès Buzyn, une « experte », et la ministre belge, Maggie De Block, aussi une « experte », toutes deux évoquées plus haut, ont au début de l’année 2020 « rassuré » en affirmant que c’était une simple grippe et que cela ne prendrait guère de proportions importantes. Bien vu les « expertes » !

 

 

 

Rencontre entre la ministre française de la Santé Agnès Buzyn (aujourd'hui ex) et la ministre belge de la Santé  Maggie De Block. Le choc des expertes !

Rencontre entre la ministre française de la Santé Agnès Buzyn (aujourd'hui ex) et la ministre belge de la Santé Maggie De Block. Le choc des expertes !

 

 

 

Ce nouveau pouvoir des « experts » s’inscrit dans le projet néolibéral selon l’Universitaire bordelaise. « Le management néolibéral qui sévit dans le monde entier fait, lui, clairement rupture avec ce projet politique fondateur [à partir de la Révolution française, la démocratisation du savoir, c’est-à-dire la diffusion du savoir pour tous mais qui s’est enfermé dans une « élite de la nation »] transformant de fond en comble le sens de nos institutions d’enseignement et de recherche hérité de la Révolution et des Lumières. »

 

Dans quel but ?

 

« S’il dessaisit les anciens mandarins de leur magistère, et avec eux ces chefs de service hospitaliers entrés en grève [en France] dès avant la crise sanitaire, c’est pour les mettre au service d’un agenda dominé par la mondialisation, la compétition, l’adaptation et l’innovation, agenda sur lequel nos démocraties n’ont jamais été invitées à délibérer. »

 

Une preuve en est l’affaire du « Lancet », cette revue scientifique médicale britannique de réputation mondiale qui a diffusé des données falsifiées pour faire retirer l’hydrox chloroquine du marché et le faire interdire comme remède éventuel contre le coronavirus. Dans quel but ? Pour imposer un vaccin qui n’existe pas encore et dont on ignore même jusqu’à l’utilité ? Nous nous interdisons d’entrer dans des débats relatifs à la santé, mais on peut se poser des questions sur les raisons de ce tragique cafouillage.

 

D’autres aspects qui entourent cette crise sont particulièrement inquiétants. Ainsi, le projet de basculement massif de l’Université vers le numérique va amener son contrôle par les algorithmes et ce sera irréversible. Ainsi, ajoute Barbara Stiegler :

 

 

« Au lieu d’aller vers des écoles, des universités et des laboratoires ouverts à l’ensemble de la société, rendant le savoir public, nous serions en train d’amorcer comme en santé un grand « virage ambulatoire » renvoyant à domicile chaque étudiant, chaque élève et chaque famille pour les centrer sur la capitalisation privée de compétences, vitale dans un monde compétitif (…). C’est ce processus qui a conduit à fermer des lits d’hôpitaux et d’arrêter de recruter provoquant la catastrophe qu’on sait. »

 

La logique de dispersion des élèves et étudiants correspond à celle de la « domiciliation » des travailleurs avec le télétravail. Cela n’est pas un hasard ! On observe une fois de plus l’extraordinaire capacité des dirigeants du Capital à profiter du choc provoqué par les crises pour faire avancer leur projet de société à marche forcée. C’est ce qu’avait démontré Naomi Klein.

 

 

 

Le romancier et cinéaste Gérard Mordillat se mobilise pour une autre société.

Le romancier et cinéaste Gérard Mordillat se mobilise pour une autre société.

 

 

 

Laissons la conclusion au romancier et cinéaste Gérard Mordillat qui a dit :

 

« Le Covid-19 et le confinement qui nous a été imposé est au niveau mondial un test incroyable de soumission à l'autorité". Gérard Mordillat fait le rapprochement avec les études menées par le sociologue Stanley Milgram sur le consentement à l'autorité, dans les années 50 et 60 aux USA : "Dans le confinement on nous fait obéir à des ordres dont on a aucun moyen de vérifier le fondement, et au nom de la sécurité, nous courbons la tête et nous obéissons, ça ressemble beaucoup à ces expériences, il faut habituer la population à obéir, voilà ce que m'a inspiré ce confinement. »

 

 

 

Les SDF parqués à Las Vegas. Voilà comment on s'en occupe !

Les SDF parqués à Las Vegas. Voilà comment on s'en occupe !

 

 

 

Enfin, n’oublions pas les « oubliés » ! Ces groupes qui sont en marge de la société et qui sont les vrais laissés pour compte de la crise du COVID-19. Pensons aux SDF, aux chômeurs de longue durée, aux familles dites monoparentales, aux femmes seules. Bref, à toutes ces personnes, tous ces groupes qui dérangent. Qui s’en est occupé dans la crise ? Quand on voit comment les vieux ont été traités, il n’est pas interdit de dire qu’elles ont été purement et simplement abandonnées à leur sort.

 

 

Est-ce volontaire ou non ? Sans tomber dans le complotisme, il est permis de se poser la question.

 

Oui, la distanciation sociale est bien la dissolution sociale !

 

Pierre Verhas

 

 

 

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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 10:05

 

 

 

Jamais dans l’histoire contemporaine, en dehors des périodes d’occupation, nos pays prétendument démocratiques n’ont vécu une telle restriction des libertés fondamentales et un tel bouleversement des bases même de notre société. Tout cela à cause d’un virus dont la nuisance était prévisible depuis plusieurs semaines.

 

Depuis la mi-mars 2020, il est interdit sous peine d’amendes ou de peines de prison de circuler sans motif « essentiel », c’est-à-dire s’alimenter, faire des transactions financières, se soigner, travailler. Toute manifestation ou réunion est aussi prohibée. Les frontières sont fermées ôtant tout son sens au premier principe de base de l’Union européenne par ailleurs bien ébranlée : la liberté de circulation. L’école obligatoire et les universités sont abolies. Des millions de travailleurs sont mis d’office au chômage. Des milliers de commerces ont dû fermer à l’exception des grandes surfaces alimentaires. D’innombrables entreprises ont cessé leurs activités et plusieurs d’entre elles ne seront plus en mesure de les rouvrir.

 

Les gouvernements occidentaux ont prôné le télétravail sans en mesurer les conséquences sociales, économiques et de sécurité. Il n’y a aucun statut du « télétravailleur » et, en plus, il est isolé à son domicile qui devient une annexe à l’entreprise qui l’emploie. Quid par exemple du temps de travail, du salaire, du régime de sécurité sociale ? Pas de réponse ni du côté patronal, ni du côté syndical. Le télétravail fragilise les entreprises, car la sécurité informatique n’est plus garantie face aux cyber-attaques. Un PC n’est pas équipé pour y faire face et peut servir d’accès à une cyber-attaque visant l’entreprise ! Sur le plan économique, il y aura des conséquences indirectes – dont certaines peuvent être positives – par exemple sur les transports individuels comme collectifs, sur toutes les PME qui vivent dans l’environnement des grands centres économiques urbains ou périurbains qui seront sans doute transformés. En revanche, il faut s’attendre à un tsunami de fermetures d’entreprises avec les plans sociaux afférents et une désertification économique touchant de plein fouet des régions déjà en difficulté avec son cortège de chômage de masse et de misère. Le secteur aéronautique est d’ailleurs le premier touché : la compagnie belge SN Brussels Airlines désormais entre les mains de l’allemande Lufthansa, est au bord de la faillite. Ryanair annonce des réductions drastiques de salaires et du « dégraissage » de personnel.

 

La Commission européenne et le patronat ont déjà répondu. Le MEDEF exige l’allongement de la durée du travail pour rattraper le « temps perdu » tandis que la Commission prône l’accentuation des traités de libre échange pour relancer l’économie mondiale. De plus, elle rappelle que le traité budgétaire n’est que suspendu et reprendra dès la fin de la pandémie.  En échange, on offre un hochet à l’opinion avec la potion magique du « new deal vert », un de ces sempiternels programmes économiques saupoudrés d’écologie qui va en principe donner une tout autre orientation. Ce n’est qu’un miroir aux alouettes de plus. Tant que le pouvoir absolu des entreprises transnationales s’exercera sur l’ensemble du monde capitaliste, rien de fondamental ne changera Et c’est sans compter avec la montée en puissance de la Chine qui petit à petit tente d’imposer son propre système, même si elle a montré certaines faiblesses pour le moment.

 

Bref, ceux qui pensent que le « monde d’après » sera meilleur se font de douces illusions. Tant que les rapports de forces ne seront pas profondément bouleversés, tout redeviendra comme « avant ».

 

 

 

Un méchant virus bouleverse le monde. Oui mais quel monde ?

Un méchant virus bouleverse le monde. Oui mais quel monde ?

 

 

 

Alors, soyons concret. Posons-nous deux questions essentielles.

 

Premièrement, a-t-on bien réagi face à la pandémie ?

 

La réponse est évidemment non. Tout d’abord, les gouvernements étaient avertis de la menace depuis le troisième trimestre 2019. L’OMS avait notifié aux Etats-membres qu’une pandémie allait survenir après celle du SRAS. Quand les risques de la pandémie étaient devenus inéluctables, les dirigeants ont été très lents à la détente et, souvent, n’ont pas pris les décisions adéquates. Ainsi, peut-on discuter du confinement généralisé qui cache mal une absence totale de politique de lutte contre la pandémie.

 

Cependant, n’accusons pas trop vite les politiciens actuels de la faiblesse de l’Etat, même si les plus anciens d’entre eux y ont contribué. Ils n’en sont que les héritiers ! En réalité, si la puissance publique est en pleine déliquescence, c’est le résultat de quarante ans de néolibéralisme. Un épisode est significatif de l’impuissance et aussi de l’incapacité de l’Etat : c’est la saga des masques en Belgique comme en France.

 

Les délocalisations et le libre échangisme ont vidé l’Europe et en partie les Etats-Unis de leurs capacités industrielles. Aussi, il faut importer les masques de pays d’Asie, essentiellement de Chine. Et en l’espèce, la Belgique est championne en la matière ! En 2017, le stock stratégique de masques a été détruit sur ordre de la ministre de la Santé Maggie De Block. Curieusement, en France aussi… Au début de la pandémie, le gouvernement belge commande une grande quantité de masques à des fabricants chinois. Arrivés à bon port, on constate qu’ils ne sont pas conformes ! Et cela s’est produit trois fois ! Tout récemment, le ministre belge de la Défense, le libéral Goffin, lance un appel d’offres pour des masques. Le fournisseur retenu est un… intermédiaire « boîte aux lettres » du nom de Avrox au Grand-Duché du Luxembourg ! Il doit fournir 15 millions de masques. En réalité, Avrox traite, ou prétend traiter, avec des fabricants chinois et vietnamiens. Cette société est dirigée par un jeune millionnaire jordanien, riche héritier et propriétaire de fonds d’investissements dans les îles Caïman, domicilié à Malte, en plus un jeune restaurateur camerounais qui officiait à Cannes et un personnage issu du milieu des joueurs à Nice. De grands spécialistes des masques médicaux, donc ! Ce serait un gestionnaire de risques qui aurait apporté la garantie à l’équipe du ministre Goffin.

 

 

 

Hamza Talhouni, jeune héritier jordanien, administrateur délégué d'Avrox est un personnage pour le moins sulfureux.

Hamza Talhouni, jeune héritier jordanien, administrateur délégué d'Avrox est un personnage pour le moins sulfureux.

 

 

 

On peut douter que la loi belge sur les marchés publics autorise de traiter avec des intermédiaires pour des fournitures qui nécessitent un cahier des charges bien spécifique. De plus, ces personnages sulfureux semblent adorer les opérations financières occultes à l’ombre des palmiers des paradis fiscaux. Cette affaire, c’est le moins qu’on puisse dire, a un odorant parfum de scandale !

 

Ce serait risible s’il ne s’agissait pas de la santé de millions de personnes qui est en jeu ! « On » promet une commission d’enquête sur tous les errements qui se sont produits en Belgique pendant la pandémie… Wait and see, comme disent nos amis britanniques.

 

Et cela n’empêche pas le pouvoir de traiter ce avec mépris qu’on appelle pudiquement le personnel soignant. Sous payé, surexploité, courant d’énormes risques, la ministre de la Santé n’avait rien trouvé de mieux que de pondre deux arrêtés royaux de réquisition du personnel soignant et même de remplacement des effectifs indisponibles par des soignantes et des soignants non qualifiés !  Après une manifestation spectaculaire et non violente du personnel soignant, lors de la visite de la Première ministre au CHU Saint-Pierre de Bruxelles, le gouvernement a dû suspendre ces dispositions ! Il a senti le vent du boulet de la révolte ! Cet incident est cependant révélateur de l’attitude de « l’élite » à l’égard des travailleurs.

 

 

 

A l'arrivée de la voiture de la Première ministre Sophie Wilmes au CHU Saint-Pierre, le personnel soignant forme une haie de déshonneur en tournant le dos au cortège.

A l'arrivée de la voiture de la Première ministre Sophie Wilmes au CHU Saint-Pierre, le personnel soignant forme une haie de déshonneur en tournant le dos au cortège.

 

 

 

La seconde question : celle de la surveillance généralisée. On propose une technique de détection volontaire par smartphones : le tracing. Cela consiste à suivre toute personne ayant un smartphone et qui a téléchargé une application bien spécifique. Lorsque ladite personne rencontre un individu positif au Covid 19 et qui a téléchargé la même application, une alerte se déclenche. Ainsi, les services de recherche parviennent à connaître qui a été en contact avec toute personne « positive », ce qui leur permet de prendre d’éventuelles mesures de confinement. Cela se passe pour le moment en Israël : un individu sain qui aurait été en contact avec une personne positive est sommé de se confiner pendant quatre jours au terme desquels il subit un test de dépistage. Incontestablement, ce système est efficace, mais il pose pas mal de questions sur le plan de la liberté de circulation et de la vie privée, surtout dans un pays comme celui-là !

 

Anastasia Colosimo, auteur des « bûchers de la liberté », docteur en sciences politiques, voit une rupture avec les valeurs humanistes qui sont censées présider nos sociétés. (Le Figaro du 15 mai 2020) C’est en quelque sorte la prolongation du débat sur le transhumanisme : la technologie va-t-elle dépasser l’homme ? Madame Colosimo se gausse de tous ceux qui s’inquiètent de technologies comme le « tracing ». Elle écrit : « Le plus paradoxal chez ces « mutins de Panurge » est qu’ils confient un nombre incalculable d’informations autrement plus intimes aux Gafa avec lesquels aucun gouvernement ne peut rivaliser en termes de collecte ou de traitement, et cela sans qu’ils s’en émeuvent outre mesure. »

 

C’est exact. On ne mesure pas notre imprudence lorsque nous jouons avec Google ou Facebook. Cependant, si le tracing ne collecte qu’un nombre restreint d’informations qu’on garantit anonymes, le problème est qu’il va demeurer sous une forme ou sous une autre après la fin de la crise sanitaire. C’est ce qu’explique au Centre d’Action Laïque Madame Annemie Schaus, professeure de droit public à l’ULB. Elle montre dans cette vidéo que si on installe un système de traçage sur la base d’une application pour smartphones, ce système se perpétuera. Et petit à petit, on sera de plus en plus contrôlés sans que l’on puisse s’y opposer et souvent même à notre insu.

 

 

 

Les propos de Madame Schaus doivent nous faire réfléchir à l'avenir.

 

 

 

Allons-nous vers une « big brotherisation » de notre société ? Bien des éléments donnent à le penser. Voici un exemple édifiant. L’Association des Amis de la Terre démonte le rôle de l’application de vidéoconférence « Zoom » qui a de plus en plus de succès :

 

« Avec la hausse légitime des pratiques numériques, un logiciel a soudainement connu une grande notoriété, par exemple : Zoom. Il s’agit d’une société américaine de services de téléconférence basée en Californie. Si elle a connu dans un premier temps un succès immense pour son aspect intuitif et sa qualité d’appel (passage de 10 à 200 millions d’utilisateur.rices et une capitalisation boursière deux fois plus élevée que Twitter), la plateforme fait face aujourd’hui à de nombreuses accusations sur ses pratiques de collectes de données et sur la possibilité pour les employeurs de surveiller les travailleur·euses à distance. Effectivement, Zoom a un « indicateur d’attention » qui permet d’indiquer quand un·e utilisateur·rice passe sur une autre fenêtre. Si cela peut paraître justifié pour la prévention contre la triche dans le milieu scolaire, on peut facilement comprendre que cette raison n’est qu’une piètre excuse pour que ce logiciel soit prisé par les entreprises soucieuses de surveiller les faits et gestes de leurs employé·es. (…)

 

L’un des méfaits les plus récents de cette plateforme est l’envoi des données personnelles de ses utilisateur·rices à Facebook, même pour ceux et celles qui ne sont pas membre du réseau social. Parmi les données recueillies, on retrouve l’adresse postale et l’adresse IP, deux données qui ne sont pourtant absolument pas nécessaires à un logiciel de vidéoconférence. (…)

 

Ces entreprises ne font qu’évoluer sur leur marché et saisir des opportunités afin de grandir, une tendance d’accumulation de capital propre à notre système économique et qui ne laisse que très peu de place à la condamnation morale. Il est en effet indispensable d’appréhender ces nuisances comme partie d’intégrante du système capitaliste, là où des entreprises vont maximiser leurs profits par le vol de données personnelles, d’autres vont implémenter la 5G, ignorer le confinement, ou vendre des masques hors de prix. Si ces comportements doivent être expliqués, ça ne peut être qu’en tant que volonté de croissance traduisant la peur de disparaître, si on ne grandit pas, on est mangé. C’est la loi de la jungle néolibérale décomplexée qui ignorera toujours l’humain dans ses calculs froids. »

 

Un ami « facebookien » a retrouvé une citation du « Mein Kampf » d’Adolf Hitler qui s’applique très bien à la situation que nous vivons : « La meilleure façon de contrôler un peuple et de le contrôler complètement, c’est de lui retirer un petit peu de liberté à la fois, pour rogner ses droits par des milliers de réductions minuscules et presque imperceptibles. De cette façon les gens ne verront pas qu’on leur retire ces droits et ces libertés jusqu’au point où ces changements ne pourront plus être inversés. »

 

Alors, lorsque la crise du COVID-19 sera terminée, tout redeviendra comme avant, comme disent les pessimistes, ou un monde nouveau verra le jour, comme disent les optimistes ? Non ce qui est aujourd’hui provisoire finira par être définitif.

 

Le combat est loin d’être terminé.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 13:25

 

 

 

Dès le début de la crise du COVID-19, les hôpitaux risquant d’être saturés, il a été question de sélectionner les patients à guérir. Dès l’abord, l’attention s’est portée sur les personnes âgées, les vieux, les vioques ! On a même négligé les homes et résidences ou EHPAD comme on dit en France, en ne décidant pas ce qu’il fallait faire dès le début : des tests de dépistage systématique. Le confinement a été décrété le 14 mars 2020 en Belgique. Les tests systématiques n’ont réellement démarré que durant la semaine du 27 avril ! Et on a commencé par les homes pour personnes âgées. Aujourd’hui, on en fait partout, même sur les parkings des grandes surfaces commerciales !

 

 

 

Le dépistage massif débute péniblement en Belgique.

Le dépistage massif débute péniblement en Belgique.

 

 

 

Comment dès lors expliquer qu’on ait attendu tant de temps pour procéder à ce dépistage ? Qu’on ne vienne pas nous dire que l’on ne disposait pas des informations nécessaires sur le virus comme sur son dépistage. D’autres pays comme l’Allemagne et la Corée du Sud le pratiquaient depuis plusieurs semaines.

 

Non, la véritable cause est double : l’inefficacité du processus de décision au sein des instantes dirigeantes politiques et scientifiques et le poids insupportable des lobbies, notamment celui des entreprises transnationales pharmaceutiques. Mais, et c’est sans doute le plus grave, une idéologie nauséabonde s’installe peu à peu cautionnée par des universitaires de haut niveau. Il s’agit d’un mélange d’eugénisme et de darwinisme social. Ces systèmes de pensée qui ont jadis conduit aux pires crimes et excès qu’a connu le XXe siècle, particulièrement en Europe.

 

L’hypothèse génétique

 

Le quotidien belge francophone « Le Soir » du 5 mai 2020 fait état des recherches effectuées par le professeur émérite de l’Université de Namur, un économiste de haut niveau, Jean-Philippe Platteau et du chercheur FNRS Vincenzo Verardi, sur le déconfinement. Ils se basent sur la différence entre les nations et les régions « dans la prévalence du Covid-19 ». Et ces différences seraient génétiques ! Le professeur Platteau se base sur les résultats de recherches de microbiologistes de l’université de Gand qui ont « avancé qu’une partie des différences d’intensité de l’épidémie était imputable aux différences génétiques. » Voilà donc l’hypothèse génétique ! Mesure-t-on l’énormité de ces propos ? Le mot n’est pas prononcé ! Mais ce serait donc la race qui déterminerait le caractère de vulnérabilité d’une population à l’infection au coronavirus !

 

 

 

 

Le professeur émérite, Jean-Philippe Platteau, de l'Université de Namur, économiste, se consacre à l'économie de développement. Il vient de diriger une étude sur les méthodes de déconfinement où il aborde l'hypothèse génétique.

Le professeur émérite, Jean-Philippe Platteau, de l'Université de Namur, économiste, se consacre à l'économie de développement. Il vient de diriger une étude sur les méthodes de déconfinement où il aborde l'hypothèse génétique.

 

 

Et, se basant sur les conclusions de l’université gantoise, le professeur Platteau va encore plus loin. Il dresse une liste des populations génétiquement armées contre le virus. Ce sont celles de l’Autriche, de l’Allemagne, des pays scandinaves et du sud de l’Italie « sur lesquelles les conquêtes normandes ont laissé une empreinte biologique » !

 

Ahurissant ! On croirait lire un de ces bouquins de propagande pseudo-scientifiques des années 1930 traitant de la génétique des populations qui diffusaient les thèses nazies sur la « supériorité de la race aryenne » et particulièrement celle des « peuples germanique et nordique ». Le grand éphèbe blond est de retour !

 

 


 

L'éphèbe blond nordique, modèle de l'Allemagne nationale-socialiste, oeuvre du sculpteur d'Hitler Arno Breker qui  réalisa les bustes de Jean Cocteau et de Salvador Dali... Curieux autant que révélateurs rapprochements

L'éphèbe blond nordique, modèle de l'Allemagne nationale-socialiste, oeuvre du sculpteur d'Hitler Arno Breker qui réalisa les bustes de Jean Cocteau et de Salvador Dali... Curieux autant que révélateurs rapprochements

 

 

 

Ces Messieurs ajoutent que la structure sociale allemande joue un rôle fondamental. Ils avaient déjà élaboré un modèle mathématique de propagation de l’épidémie. Dans leur second modèle, ils se basent sur la structure sociale allemande comparée à celles de l’Italie et de la Belgique. Il s’agit donc du comportement des Belges, des Allemands et des Italiens dans leurs contacts sociaux. Ils ont modélisé les trois structures. Ils en concluent que le déconfinement serait bien moins dangereux en Allemagne où les contacts entre Allemands sont beaucoup moins fréquents qu’entre Belges et surtout qu’entre Italiens dont la structure sociale est bien plus conviviale.

 

Dès lors, les deux chercheurs concluent : « L’Allemagne cumule tous les avantages : le pays était bien préparé, ses habitants présentent des caractéristiques génétiques qui les rendent moins vulnérables au virus, et les comportements des individus contribuent à freiner l’épidémie. »

 

En plus, Platteau ajoute : « Il est impossible d’imaginer un déconfinement à l’échelle européenne. La diversité des peuples et des cultures à l’intérieur de l’Europe est trop grande pour permettre une solution générale aux problèmes complexes soulevés par cette pandémie. »

 

Donc, des scientifiques de haut niveau veulent démontrer que l’efficacité vient du patrimoine génétique d’une population donnée. Et, comme par hasard, il s’agit des populations nordiques. Les Normands qui ont occupé le Sud de l’Italie au Haut Moyen-âge et qui y ont laissé un précieux capital génétique ! Les Lombards – les plus atteints au départ par le Covid-19 – et les Toscans ne doivent pas être heureux d’apprendre cela. En plus, les Anglais ne doivent pas être contents non plus : les Normands les ont conquis en 1066. Ils y ont aussi laissé leurs gènes et, malgré cela, le Royaume Uni est un des pays les plus atteints par la pandémie ! Ne parlons pas des Etats-Unis qui sont le champion en la matière. Et l’Afrique ? On l’oublie ? Ce continent est le moins frappé par la pandémie. Quant à l’Asie, n’oublions pas que la pandémie est partie de Wuhan où on évoque une sombre histoire d’un laboratoire de microbiologie en partie financé par des intérêts français et qui aurait laissé échapper le méchant virus par accident. Bon. On n’en sait trop rien. Laissons les complotistes se défouler sur les réseaux sociaux… Et surtout, ne tirons pas de conclusions hâtives, définitives et réductrices.

 

Remise en question de l'existence de l'Union européenne : un moment historique

 

Ce qu’on sait cependant : les causes et le développement de la pandémie sont complexes, car elles dépendent de nombreux facteurs à la fois médicaux, sociaux, économiques, culturels. D’ailleurs, Platteau le reconnaît implicitement pour l’Europe. Il est donc très difficile de clicher un pays ou une région. Alors, évoquer la génétique d’une population donnée comme élément fondamental est non seulement incertain, mais aussi réducteur. Et, le plus grave, cette démarche dont on peut douter du caractère scientifique, ouvre la porte à des théories socio-politiques dont on a connu le résultat catastrophique, même monstrueux.

 

Ajouter en outre un regard critique sur la diversité européenne qui, là aussi, ne constitue pas une preuve de la difficulté de sortir de la crise sanitaire. Or, l'Europe, par essence, est diverse ! Les conclusions des chercheurs de l'Université de Namur remettent en question les fondements de l'Union européenne : l'Unité dans la Diversité.

 

Qu'on ne vienne pas dire qu'il n'aurait pas été possible de fixer une stratégie de déconfinement sur l'ensemble du territoire de l'UE. Il est vrai cependant que sa direction actuelle, qu'il s'agisse de la Commission, du Conseil ou du Parlement n'a guère démontré son efficacité au point que son existence est même menacée. 

 

Qu'on le veuille ou non. Nous vivons un moment historique.

 

Ajoutons que la renaissance de ces théories de darwinisme social et d’eugénisme n’est certainement pas l’intention du professeur Platteau et de son équipe. Mais, manifestement, ils n’ont pas pris la mesure des conséquences de leurs conclusions.

 

D’autant plus que la « bête » n’est ni morte, ni agonisante. Elle sort de son sommeil ! Et il est à la fois triste et d’un danger mortel que des équipes scientifiques de haut niveau l’y aident volontairement ou non.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 17:27

Par Nils Melzer

 

 

 

Parlons d’un autre confinement, bien pire que celui que nous vivons pendant cette pandémie du coronavirus : le confinement de Julian Assange 23 h sur 24 à la prison de haute sécurité londonienne de Belmarsh. Ici, le danger est bien plus sérieux. Il n’y a pas de soin possible, sinon sa libération pure et simple qui est, malheureusement, très peu probable.

 

Il est démontré par cet appel de Nils Melzer diffusé par le site «  Le Grand Soir » qui est seul site francophone à relayer systématiquement les informations sur cette dramatique affaire qui nous concerne tous. Que Victor Dejaj, Bernard Gensane et toute l'équipe soient remerciés.

 

 

Nous avons à plusieurs reprises évoqué l’action d’un homme courageux et d’un juriste de premier ordre qui s’est engagé à fond dans la défense de Julian Assange. Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, juriste suisse, professeur de droit international à l’université de Glasgow et à l’Académie de droit international et humanitaire de Genève. Il fut conseiller politique au ministère des Affaires étrangères de Suisse. Il a été aussi conseiller au Comité international de la Croix Rouge.

 

 

Melzer est donc un homme expérimenté et « the right man in the right place » pour l’analyse et la défense du cas Julian Assange.  Ici, il décrit avec minutie et sans fioriture la saga Assange depuis son expulsion de l’ambassade d’Equateur à Londres, son emprisonnement à la prison de haute sécurité de Belmarsch jusqu’à aujourd’hui où son procès en extradition vers les Etats-Unis dont on peut douter de la sérénité aura lieu dans le courant du mois de mai prochain. S’il est expulsé là-bas, il risque 175 ans de prison. Il sera en effet jugé en Virginie où une grande partie de la population locale travaille pour les services secrets US. On devine dès lors l’objectivité du jury dans un procès qui se déroulera à huis clos.

 

 

Melzer a réuni des preuves irréfutables d’acharnement judiciaire à l’égard de Julian Assange, de trafic de preuves, plus graves encore, de torture psychologique qu’il assimile à la torture physique en pire, parce que pernicieuse et ne laisse aucune trace visible ou vérifiable. Il donne son terrible constat : « toute personne qui ose mettre gravement en danger les privilèges des puissants sera publiquement privée de ses droits, humiliée et torturée à mort - comme au Moyen Âge européen. »

 

Oui, dans cette affaire, qu’on aime ou non Julian Assange, c’est l’Etat de droit qui est menacé partout où il existe. C’est le cri d’alarme lancé par Nils Melzer : « L’affaire Assange doit enfin être reconnue pour ce qu’elle est : une attaque totalitaire contre l’État de droit et la liberté de la presse, sans laquelle une démocratie saine n’est pas possible. Si nous ne voulons pas nous réveiller bientôt dans une dictature mondiale, nous ferions mieux d’ouvrir les yeux ! »

 

Julian Assange risque de payer de sa vie son travail d’information. Nous tous risquons de payer cher notre liberté perdue. C’est l’avertissement de Nils Melzer.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Nils Melzer ( photographie Yves Bachmann)

Nils Melzer ( photographie Yves Bachmann)

 

 

 

Le cas de Julian Assange, fondateur de Wikileaks, illustre bien la chute contemporaine de l’État de droit. Un réquisitoire par le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture.

 

Il y a des moments dans la vie où l’on a envie de se réveiller comme d’un cauchemar. C’est ce que j’ai ressenti lorsque je me suis de plus en plus impliqué dans le cas de Julian Assange, petit à petit, en plongeant de plus en plus profondément dans un monde sombre que je n’aurais jamais cru possible. En tant que rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, j’ai pour mandat d’enquêter sur les cas présumés de torture et d’exiger des comptes des États concernés. Dans le cas de Julian Assange, cependant, j’ai dû être approché deux fois avant de réagir. Je me suis dit : « un violeur, un hacker et un espion russe présumé qui se soustrait à la justice à l’ambassade équatorienne prétend être victime de torture ? » Après un premier scepticisme, j’ai cependant découvert une toute autre vérité.

 

De combattant pour la transparence à paria

 

Si les convictions de Julian Assange devaient se résumer à un slogan, ce serait probablement : ’La vie privée pour les citoyens - mais la transparence pour les gouvernements !’ Par le biais de sa plateforme WikiLeaks, il a publié des centaines de milliers de documents secrets, qui lui ont été communiqués par d’autres, sur les fautes commises par les États et les entreprises. Ces révélations ont fait le tour du monde : elles concernent la torture à Guantanamo, les victimes civiles en Afghanistan et les crimes de guerre en Irak, avec pour point culminant une vidéo intitulée ’Collateral Murder’. On peut y voir des soldats américains massacrer plus d’une douzaine de personnes depuis un hélicoptère à Bagdad, dont deux journalistes de Reuters. Lorsqu’un van s’arrête pour secourir les blessés, le sauveteur est lui aussi assassiné délibérément. Ses deux enfants survivent, grièvement blessés. Les soldats s’encouragent mutuellement, faisant des remarques désinvoltes comme si tout cela était un jeu vidéo. Le crime de guerre est parfaitement documenté, y compris en ce qui concerne sa préméditation, mais aucun des responsables n’a jamais eu à répondre de ses actes. L’armée américaine affirme n’avoir trouvé aucun acte répréhensible. Une odyssée commence pour Julian Assange.

 

 

Une conspiration de type gangster

 

 

Dans l’affaire Assange, plus on assemble des pièces de puzzle, plus il devient difficile d’échapper à l’impression d’une conspiration de type gangster. La diffusion intransigeante de vérités désagréables par Assange a bientôt contrarié pratiquement tout l’establishment dans le monde entier, qui s’est efforcé de le réduire au silence. En 2012, Wikileaks a publié un échange de courriels interne de Stratfor, une société de sécurité privée américaine qui a été décrite comme la ’CIA de l’ombre’. Aujourd’hui, cette correspondance se lit comme le scénario de ce qui se passe sous nos yeux depuis lors. Il a notamment été recommandé de déplacer Assange ’d’un pays à l’autre pour qu’il soit confronté à diverses accusations pendant les 25 prochaines années’ et, ce faisant, pour le discréditer complètement aux yeux du public. Les États concernés y sont parvenus, et j’ai moi aussi succombé à leur propagande au début. Toujours candidat au titre d’’Homme de l’année’ du magazine Time en 2010, le soutien à Julian Assange s’est rapidement effondré après que des allégations de viol ont été formulées à son encontre. Soudain, Assange était passé de combattant de la liberté à paria, dont la défense était devenue politiquement incorrecte.

 

 

Le harcèlement de l’Etat commence…

 

 

Fin juillet 2010, Wikileaks, en collaboration avec des journaux de renom tels que le New York Times, le Guardian et Der Spiegel, publie des documents explosifs sur la guerre en Afghanistan, le dénommé « Afghan War Diary ». Moins d’un mois plus tard, deux femmes se présentent à la police suédoise, un événement qui va marquer le début d’une décennie caractérisée par un arbitraire et une persécution sévères avalisés par l’État. L’une des femmes affirme avoir eu des rapports sexuels consensuels mais non protégés avec Assange et s’inquiète d’une possible infection par le VIH.

 

Avec l’aide de la police, elle espère faire passer un test à Assange. Lorsque la police tente de transformer son récit en un soupçon de viol, elle interrompt son entretien et rentre chez elle sans avoir signé le protocole. Dans un SMS adressé à une amie, elle écrit qu’elle ne voulait pas accuser Assange de quoi que ce soit, mais que la police voulait manifestement ’mettre la main sur lui’ (photo 1). Quelques heures plus tard, les journaux rapportent déjà qu’Assange fait l’objet d’une enquête pour double viol. La deuxième femme, cependant, n’est même pas interrogée avant le lendemain. De plus, la loi suédoise interdit de publier les noms du suspect ou des victimes pendant une enquête sur des infractions sexuelles.

 

 

 

Extraits de la transcription des SMS par les avocats de Julian Assange. Les femmes suédoises "SW" et "AA" n’ont pas du tout voulu dénoncer Assange pour viol, mais la police "a tenu à mettre la main sur lui" et a inventé des accusations (Source : déclaration de Julian Assange sur les allégations de viols suédoises à l’ambassade d’Equateur à Londres les 14-15 novembre 2016, paragraphe 88). (2)

Extraits de la transcription des SMS par les avocats de Julian Assange. Les femmes suédoises "SW" et "AA" n’ont pas du tout voulu dénoncer Assange pour viol, mais la police "a tenu à mettre la main sur lui" et a inventé des accusations (Source : déclaration de Julian Assange sur les allégations de viols suédoises à l’ambassade d’Equateur à Londres les 14-15 novembre 2016, paragraphe 88). (2)

 

 

 

Le nombre de violations des droits de la défense qui s’accumulent au cours des semaines suivantes est tout à fait grotesque : la première procureure clôt l’enquête préliminaire sur le viol en précisant qu’elle considérait que la déclaration de la femme était crédible, mais que ’le comportement qu’elle alléguait ne révélait aucun crime’ (photo 2). La police suédoise modifie alors la transcription de la déclaration de la femme sans procéder à un nouvel interrogatoire et, sur cette base, l’enquête est rouverte par une autre procureure. Après cela, Assange reste en Suède pendant trois semaines complètes, demandant à plusieurs reprises à la procureure de l’autoriser à répondre aux allégations formulées contre lui. Ses demandes sont systématiquement rejetées, pour des raisons telles que des difficultés d’emploi du temps ou un congé de maladie de l’officier de police responsable.

 

 

 

 

Suite des extraits. Les deux SMS mutuels des femmes après l’interrogatoire de la police : elles envisagent de rendre publique la mauvaise conduite de la police et de vendre l’histoire à un journal ; "AA" écrit à "SW" que leur avocat est en négociation avec le plus grand tabloïd suédois. (Source : voir ci-dessus).

Suite des extraits. Les deux SMS mutuels des femmes après l’interrogatoire de la police : elles envisagent de rendre publique la mauvaise conduite de la police et de vendre l’histoire à un journal ; "AA" écrit à "SW" que leur avocat est en négociation avec le plus grand tabloïd suédois. (Source : voir ci-dessus).

 

 

 

Avant qu’Assange ne quitte finalement le pays, il demande et obtient l’autorisation de la procureure pour partir. Quoi qu’il en soit, le jour même de son départ, la procureure délivre un mandat d’arrêt pour tentative d’évasion. Entre-temps, des procédures secrètes sont engagées contre Assange aux États-Unis. De Londres, Assange contacte à plusieurs reprises le ministère public suédois, lui proposant de venir en Suède pour être interrogé à condition qu’il ne soit pas extradé vers les États-Unis (photos 3 et 4).

 

 

 

Liste des offres de contact d’Assange à la Suède Assange a proposé plusieurs fois à la Suède de témoigner, mais n’a jamais été interrogé. Il est parti pour Londres avec l’autorisation du ministère public, et trois de ses ordinateurs portables sécurisés cryptographiquement ont été confisqués à l’aéroport. (Source : voir ci-dessus, paragraphe 12).

Liste des offres de contact d’Assange à la Suède Assange a proposé plusieurs fois à la Suède de témoigner, mais n’a jamais été interrogé. Il est parti pour Londres avec l’autorisation du ministère public, et trois de ses ordinateurs portables sécurisés cryptographiquement ont été confisqués à l’aéroport. (Source : voir ci-dessus, paragraphe 12).

Suite de l’énumération. Assange propose même de se rendre en Suède si on lui garantit qu’il ne sera pas extradé vers les États-Unis. (Source : voir ci-dessus).

Suite de l’énumération. Assange propose même de se rendre en Suède si on lui garantit qu’il ne sera pas extradé vers les États-Unis. (Source : voir ci-dessus).

 

 

 

Contrairement à la pratique internationale courante, ces offres sont systématiquement refusées par la Suède. Le scepticisme grandissant d’Assange est tout à fait justifié : quelques années auparavant, la police de la sécurité suédoise avait remis à la CIA deux demandeurs d’asile déclarés, sans aucune forme de procédure régulière. Ils ont fini par être torturés en Égypte.

 

 

… et s’envenime en un jeu truqué

 

 

Lorsque le Royaume-Uni insiste pour l’extrader vers la Suède, Assange demande - et reçoit - l’asile diplomatique à l’ambassade d’Équateur à Londres. Là, il est surveillé par une société de sécurité espagnole, avec des micros même dans les toilettes des femmes, apparemment sur ordre de la CIA. Toutes ses conversations sont systématiquement sur écoute et enregistrées - avec des confidents, des amis, des avocats et même des médecins. L’Équateur, confronté à de fortes pressions économiques, finit par sacrifier Assange pour un prêt du FMI de 4,2 milliards de dollars : après un changement de pouvoir en Équateur et près de sept ans d’asile à l’ambassade, le nouveau président suspend la citoyenneté équatorienne accordée à Assange par son prédécesseur et lui retire son statut de réfugié - dans les deux cas sans aucune procédure légale.

 

 

La police britannique l’arrête et, le même jour, un juge le condamne pour avoir enfreint les conditions de libération sous caution britannique en s’enfuyant vers l’ambassade équatorienne. Bien que le fait d’avoir reçu l’asile diplomatique doive automatiquement être considéré comme disculpatoire, la juge a du mal à imaginer un cas plus grave de violation de la liberté sous caution. Alors que ce délit entraîne généralement une amende ou quelques jours de prison au maximum, dans le cas d’Assange, la juge estime qu’il mérite 50 semaines d’emprisonnement.

 

 

Les circonstances de cette seule condamnation sont absurdes. Imaginez : après presque sept ans, Assange est traîné de force hors de l’ambassade et, malgré son état d’agitation, il est amené devant le juge le jour même, dispose de moins de 15 minutes pour parler à son avocat et est condamné au cours d’une audience de 15 minutes par un juge qui l’insulte sans fondement en le qualifiant de ’narcissique’ et refuse même de prendre en considération une objection formellement soulevée par l’avocat de la défense concernant un conflit d’intérêts affectant une juge impliquée - à savoir que, dans 35 cas, WikiLeaks avait publié des documents sur des transactions douteuses effectuées par son mari.

 

 

Plus on enquête sur cette affaire et plus on examine de documents, plus il est difficile d’échapper à l’impression d’un coup monté : la puissance combinée de quatre États visant un seul individu. Le ministère public britannique a exhorté la procureure suédoise à ne pas clore l’affaire : ’Don’t you dare get cold feet !! (’Vous n’avez pas intérêt de vous dégonfler !!’) Suite à la pression brutale de la Chambre des représentants des États-Unis dans une lettre datée du 16 octobre 2018 (’it will be very difficult for the United States to advance our bilateral relationship until Mr. Assange is handed over to the proper authorities”) (’il sera très difficile pour les États-Unis de faire progresser nos relations bilatérales tant que M. Assange n’aura pas été remis aux autorités compétentes’), l’Équateur a finalement autorisé les autorités britanniques à appréhender M. Assange. (Photo 5)

 

 

 

Lettre au Président de l’Equateur. Les Etats-Unis félicitent l’Equateur pour ses "progrès", offrent des avantages mais précisent que l’instauration de "relations chaleureuses" dépend de l’extradition d’Assange vers les autorités compétentes. (Source : Lettre de la Chambre des représentants des États-Unis du 16 octobre 2018 au président équatorien Lenín Moreno).

Lettre au Président de l’Equateur. Les Etats-Unis félicitent l’Equateur pour ses "progrès", offrent des avantages mais précisent que l’instauration de "relations chaleureuses" dépend de l’extradition d’Assange vers les autorités compétentes. (Source : Lettre de la Chambre des représentants des États-Unis du 16 octobre 2018 au président équatorien Lenín Moreno).

 

 

 

Les États-Unis, à leur tour, exigent l’extradition d’Assange du Royaume-Uni, le menaçant de 175 ans de prison, dont 170 pour ’espionnage’ en vertu d’une loi de 1917 qui n’a jamais été utilisée contre un éditeur auparavant.

 

 

Ainsi, cette attaque frontale contre l’État de droit risque simultanément de se transformer en une condamnation à mort pour la liberté de la presse. Car une fois ce précédent établi, tout journaliste, éditeur ou intellectuel du monde entier pourrait théoriquement être extradé vers les États-Unis simplement pour avoir publié des informations que le gouvernement américain préfère garder secrètes - et d’autres États puissants n’hésiteront pas à suivre l’exemple américain. Une fois que la révélation d’abus sera devenue un crime, la liberté de la presse aura été abolie, l’impunité des puissants sanctionnée, et le djinn trop familier de l’’Unrechtsstaat’ sera sorti à nouveau de sa bouteille.

 

 

La torture psychologique dans une prison de haute sécurité

 

 

En tant qu’expert en droit international et rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, je suis chargé d’enquêter objectivement sur une affaire, de vérifier les faits et d’enquêter sur tout soupçon de torture. En cas d’urgence, je peux intervenir directement auprès du ministre des Affaires étrangères de tout État membre des Nations Unies dans les 24 heures. Étant donné que la plupart des gouvernements préfèrent que leur conduite soit perçue comme légitime, mes interventions et mes questions sont généralement traitées en détail, du moins dans le cas de ce que l’on appelle les ’démocraties matures’.

 

 

Mais dans l’affaire Assange, l’État constitutionnel semble être tombé dans une sorte d’état de choc paralytique. Assange est détenu avec des délinquants violents dans la prison de Belmarsh à Londres, un établissement de haute sécurité. Il a passé la majeure partie de sa détention dans un isolement presque total, confiné 22 heures à 23 heures par jour dans une cellule d’isolement, sans aucun contact avec les autres détenus, et avec un accès extrêmement limité aux avocats et aux documents relatifs au procès.

 

 

Lorsque ses avocats ont demandé pour la première fois mon intervention officielle, j’ai refusé, car j’avais été intoxiqué par les mêmes préjugés contre Assange que le grand public. Je n’ai donc agi que lorsque j’ai reçu une deuxième demande, accompagnée de preuves convaincantes. J’ai finalement visité Assange en mai 2019, accompagné de deux médecins spécialisés dans l’investigation des victimes de torture : le psychiatre Dr Pau Pérez-Sales et l’expert médico-légal Professeur Duarte Nuno Vieira, qui travaillent avec les victimes de torture depuis des décennies. Tous deux sont des experts de renommée mondiale et des auteurs d’ouvrages pertinents et n’ont aucun intérêt à risquer leur crédibilité avec des théories présomptueuses.

 

 

Dans notre conversation privée, Assange m’a immédiatement rappelé les prisonniers politiques que j’avais visités en isolement dans le monde entier. De même, les deux médecins, sur la base d’examens médicaux distincts, sont arrivés à la même conclusion : Julian Assange présentait des signes typiques de torture psychologique prolongée. La torture psychologique est tout aussi nocive que la torture physique, mais elle est particulièrement pernicieuse car de l’extérieur elle n’est pas souvent perçue comme une torture. En réalité, elle vise directement à détruire l’identité et la résistance mentale de la victime, avec souvent des dommages irréparables à long terme.

 

 

Les signes typiques de la torture psychologique à long terme comprennent des déficiences cognitives et neurologiques mesurables, des sauts et des lacunes dans les processus de la pensée, une anxiété permanente, de l’agitation et un manque de concentration et de coordination. Bien que le diagnostic précis d’Assange reste soumis au secret médical, la torture psychologique est mieux décrite comme un état de panique constant : les pensées qui défilent sont incapables de trouver un point de référence et provoquent de l’anxiété et de l’insomnie, ainsi que des émotions d’arbitraire total, de perte de contrôle et d’impuissance. En fin de compte, la victime est mentalement et émotionnellement brisée, sombre dans l’apathie - ce qu’on appelle ’l’impuissance apprise’ - ou peut même se suicider par désespoir.

 

 

En substance, le but de toute torture est le même : briser la volonté de la victime et la soumettre à la volonté du tortionnaire. Cependant, son but n’est pas toujours d’obtenir des aveux forcés, mais peut aussi être d’intimider d’autres personnes, comme dans le cas d’Assange. Le but de ses mauvais traitements est de montrer au monde entier, lentement, ce qui attend ceux qui dévoilent les sales secrets des puissants acteurs de l’État. Assange est raillé, ridiculisé et maltraité, et ses droits fondamentaux sont bafoués, alors que les crimes qu’il a exposés restent impunis. Le message est clair : toute personne qui ose mettre gravement en danger les privilèges des puissants sera publiquement privée de ses droits, humiliée et torturée à mort - comme au Moyen Âge européen.

 

 

Un simulacre de procès moderne

 

 

Le cas de Julian Assange n’est rien d’autre qu’un procès spectacle moderne mettant en scène des procureurs aux motivations politiques, un déni de justice, des preuves manipulées, des juges partiaux, une surveillance illégale, un déni des droits de la défense et des conditions de détention abusives. Ce qui semble être un exemple classique d’arbitraire dictatorial est en fait un précédent réel qui se produit au milieu de l’Europe, berceau des droits de l’homme.

 

 

Je ne me fais aucune illusion quant à l’équité du procès qui attend Assange aux États-Unis. Comme tout autre accusé d’espionnage, il sera jugé à Alexandria, en Virginie, où la majorité de la population est employée par les services secrets, le ministère de la défense et les entreprises d’armement, ce qui garantit effectivement la partialité du jury en faveur de l’accusation. Ces procédures sont toujours menées par le même juge, à huis clos et sur la base de preuves secrètes. Personne n’a jamais été acquitté, et des sanctions draconiennes sont assurées à quiconque refuse d’avouer. S’il est extradé vers les États-Unis, Assange risque une sanction absurde de 175 ans de prison - non pas pour un délit violent répugnant, mais uniquement pour avoir publié des preuves de crimes graves commis par le gouvernement américain. En revanche, les crimes de guerre exposés par WikiLeaks restent impunis, notamment la torture systématique et le meurtre de civils, de blessés et de prisonniers.

 

Ce qui m’effraie, c’est la nonchalance et l’autosatisfaction avec lesquelles des États comme la Suède et le Royaume-Uni réagissent à mes rapports et refusent catégoriquement de répondre à mes questions, ainsi que l’indifférence avec laquelle l’affaire Assange a été longtemps passée sous silence dans l’opinion publique, la presse et la politique.

 

 

En réalité, cette affaire révèle des dysfonctionnements systémiques qui font passer nos États constitutionnels occidentaux pour des « démocraties équitables », où la protection de la loi ne peut être invoquée que tant que les machinations des puissants ne sont pas fondamentalement remises en question. Dans les quatre États concernés - la Suède, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Équateur - le système judiciaire s’est révélé incapable, pendant dix ans, de prévenir ou de corriger les graves abus commis par l’État et d’offrir à Julian Assange ne serait-ce qu’un semblant de procès équitable. L’affaire Assange doit enfin être reconnue pour ce qu’elle est : une attaque totalitaire contre l’État de droit et la liberté de la presse, sans laquelle une démocratie saine n’est pas possible. Si nous ne voulons pas nous réveiller bientôt dans une dictature mondiale, nous ferions mieux d’ouvrir les yeux !

 

Nils Melzer

 

Nils Melzer – Traduit de l’anglais par Romane Kohlev.

 

https://schweizermonat.ch/jaccuse/ (lien de la version anglaise)

 

https://schweizermonat.ch/jaccuse-fr/# (lien de la version française)

 

1. https://wikileaks.org/gifiles/docs/10/1056763_re-discussion-assange-arrested-.html

 

2. Les avocats d’Assange ont eu la possibilité de voir et de transcrire le contenu des SMS des femmes suédoises avec l’autorisation du ministère public suédois. Assange cite la transcription de ses avocats.

 

 

BRUXELLES - Rassemblement virtuel pour la libération
de Julian Assange. Acte 7 - comité
Free.Assange.Belgium et La Manif chez Soi

 

 

La mobilisation pour la libération de Julian Assange ne peut s’arrêter même si nos mouvements sont limités.

 

C’est pour cela que nous espérons être nombreux lors du prochain rassemblement virtuel

 


le lundi 27 avril à partir de 17h.

 

Envoyez slogans ou photos vers l’événement facebook. 

 

https://www.facebook.com/events/1068649590170967/

 

»» https://www.facebook.com/events/1068649590170967/permalink/1068649596837633/

 

 

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 21:23

 

 

 

Un homme de bien – Si Ali El Hili – vient de nous quitter.

 

 

Si Ali El Hili, vous connaissez ? Non, évidemment. Nous sommes par trop européo centrés pour savoir qui est cette personnalité tunisienne qui vient de disparaître. Madame Faouzia Charfi, physicienne tunisienne, professeur à l’Université de Tunis et auteure du remarquable ouvrage « La Science voilée », éd. Odile Jacob, Paris, 2016, vient de lui rendre un dernier hommage. M. Si Ali El Hili, était physicien aussi et Doyen de la Faculté des sciences de la même Université sans oublier qu’il était une personnalité engagée connue de tous les Tunisiens.

 

 

 

Si Ali El Hili, Doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Tunis et militant de la démocratie vient de nous quitter.

Si Ali El Hili, Doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Tunis et militant de la démocratie vient de nous quitter.

 

 

 

M. Si Ali faisait partie de ces personnalités qui sont en première ligne pour défendre les valeurs universelles et que nous négligeons ici en Europe. Madame Charfi rapporte cet épisode qu’elle a vécu avec lui. C’est une démonstration de courage et de respect des principes fondamentaux qui devraient guider nos sociétés déboussolées. Cet épisode se déroula en 1982 lorsque les étudiants islamistes occupèrent l’université.

 

 

 

Faouzia Charfi, professeur de Physique à l'Université de Tunis et profondément attachée à la pensée libre

Faouzia Charfi, professeur de Physique à l'Université de Tunis et profondément attachée à la pensée libre

 

 

 

« J'étais à mon labo de recherches au département de physique et dès que j'ai appris que son bureau était occupé par les étudiants islamistes, j'y suis allée et n'en suis sorti que lorsque les étudiants ont fini par quitter le bureau.

 

 

Les étudiants étaient cagoulés mais ayant passé quelques heures à les observer j'ai eu le temps d'en reconnaître deux qui étaient mes étudiants. Quelques temps après cette terrible journée, des responsables du ministère de l'intérieur chargé de l'enquête ont contacté si Ali. Si Ali me téléphone à mon bureau et m'informe que les autorités demandent des informations sur les étudiants coupables de cette séquestration. J'ai répondu à Si Ali que je n'étais ni policier ni juge. Je n'ai pas donné les noms des deux étudiants que j'ai reconnus et que j'ai par ailleurs retrouvé fin juin pour leur faire passer l'oral, avec la neutralité que je considère incontournable. Leurs regards m'avaient confirmée que je ne m'étais pas trompée.

 

 

 J'avais reparlé de cela avec Si Ali qui a refusé aussi pour les mêmes raisons que moi de donner des renseignements précis aux autorités. Si c'était à refaire je le referais et je pense que c'est important de rétablir les faits tels qu'ils se sont passés. La police n'est pas intervenue pendant de longues heures alors que les étudiants menaçaient le Doyen Ali el Hili. A la fin de l'après-midi, un bus de la SNT a été envoyé pour que les étudiants quittent le campus...

 

 

Pour terminer, il faut savoir que feu Ali el Hili gênait beaucoup les autorités, il faisait la guerre à ceux qui venaient des pays du Golfe pour chasser l'outarde. Il était un homme de conviction, Qu'il repose en paix. »

 

 

En effet, Ali El Hili protégeait activement la faune du Sud tunisien. Un de ses anciens étudiants, Moncef Bouchara rappelle : « Au milieu des années 80, Monsieur Gaston Defferre, ancien Maire de Marseille et plusieurs fois Ministre de La République Française, était venu chasser près du Lac Ichkeul, avec l'assentiment implicite, sans doute de certaines autorités locales. Si Ali El Hili en fit un tel scandale, national et international, que Monsieur Defferre s'est senti obligé de plier bagage illico presto, après avoir été averti que des journaux en France allaient fuiter l’information… Plus tard, il continuera en se battant contre les émirs du Golfe qui venaient décimer nos réserves de gazelles, outardes et autres espèces sauvages du Sud Tunisien. »

 

Julian Assange : sa vie est en danger !

 

Quand il était confiné à l’ambassade d’Equateur à Londres – il s’agit d’un confinement d’une toute autre nature que celui que nous impose le coronavirus –, Julian Assange a eu une relation intime avec son avocate Stella Morris, liaison qui a donné deux enfants. Stella Morris d’origine sud-africaine, qui parle couramment le suédois, a défendu Assange dans le dossier des fausses accusations de viol lancées par le Parquet de Stockholm.

 

 

 

Julian Assange et son avocate Stella Morris à l'ambassade d'Equateur à Londres à l'époque où il était encore un véritable réfugié politique

Julian Assange et son avocate Stella Morris à l'ambassade d'Equateur à Londres à l'époque où il était encore un véritable réfugié politique

 

 

 

Dans les commentaires accompagnant un article du Daily Mail, l’avocate d’origine sud-africaine a expliqué qu’elle s’exprimait publiquement pour la première fois, car "il y a un danger imminent pour sa vie". Elle a averti que « la mauvaise santé physique de Julian le met en grave danger, comme beaucoup d’autres personnes vulnérables, et je ne pense pas qu’il survivra à une infection par le coronavirus ».

 

 

« Au cours des cinq dernières années, j’ai découvert que l’amour rend les circonstances les plus intolérables supportables, mais là c’est différent, je suis maintenant terrifiée à l’idée de ne plus le revoir vivant », a-t-elle ajouté.

 

 

Morris avait déposé le mois dernier une déclaration à l’appui d’une demande de libération sous caution d’Assange. Cette demande n’a pas été acceptée par l’impitoyable juge Vanessa Baraitser. Or, Julian Assange souffre d’une maladie pulmonaire chronique, ce qui le rend vulnérable au COVID-19. Et 150 membres du personnel de la prison de Belmarsh où Assange est incarcéré sont infectés par le virus ou en confinement. Il y a eu deux décès connus de détenus, mais Assange a dit à un ami la semaine dernière qu’il y en avait d’autres.

 

 

Baraitser a également décrété que les audiences du tribunal de mai pour l’extradition d’Assange vers les États-Unis se poursuivront, même si la Grande-Bretagne est en état de confinement national, qu’il y a des décès massifs de coronavirus et que le fondateur de WikiLeaks n’a aucune possibilité de consulter ses avocats. Cela signifie d’après le site « Le Grand Soir » qui diffuse les informations dans le monde francophone sur le sort du grand journaliste qu’est Julian Assange, que Baraitser agit selon un plan prédéterminé dicté par ceux qui orchestrent l’envoi d’Assange aux États-Unis, où il risque la prison à vie pour avoir dénoncé les crimes de guerre américains.

 

 

Et ce n’est pas tout. Dans un geste particulièrement odieux, Baraitser a rejeté une demande des avocats d’Assange pour que l’identité de Stella Morris et de ses enfants soit protégée. Ils avaient prévenu qu’elle avait déjà été harcelée en raison de sa relation avec Assange. Les appels lancés par de hauts responsables politiques et des agents des services de renseignement américains pour qu’Assange soit réduit au silence, voire tué, la mettent clairement en danger.

 

 

 

Stella Morris et Julian Assange ont eu deux enfants. Durant son exil à l'ambassade équatorienne, c'est volontairement que Julian Assange a voulu fonder un foyer avec Stella Morris.

Stella Morris et Julian Assange ont eu deux enfants. Durant son exil à l'ambassade équatorienne, c'est volontairement que Julian Assange a voulu fonder un foyer avec Stella Morris.

 

 

 

Ainsi, sa compagne et ses enfants sont en danger ! Les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués par un Etat profond à la puissance inégalée. Julian Assange les a dérangés. Il doit payer et il faut que cela se sache, il faut répandre la terreur afin que l’exercice de l’information soit définitivement muselé !

 

 

Baraitser est resté impassible, déclarant qu’il était dans « l’intérêt public » de pays révéler l’identité des membres vulnérables de la famille d’Assange. Cette abomination se passe dans le fondateur de la démocratie parlementaire, dans le pays de l’habeas corpus devenu le valet de l’Etat profond US bien servi par le pantin Donald Trump ! Sir Winston, help !

 

 

L’avocat a déclaré qu’ils avaient pris une « décision délibérée » de former une famille, alors qu’Assange était un réfugié politique dans le bâtiment de l’ambassade. Ils avaient voulu « abattre les murs autour de lui, voir une vie, imaginer une vie au-delà de cette prison ». Pour beaucoup de gens, il serait fou de fonder une famille dans ces circonstances, mais pour nous, c’était la chose la plus censée à faire. C’est ce qui fait que les choses restent réelles... Quand il voit les enfants, cela lui apporte beaucoup de paix, d’attention et de soutien.

 

 

Tout comme à la guerre

 

 

Stella Morris a expliqué plus en détail : « Tout comme à la guerre, lorsque les gens tombent amoureux et décident de vivre leur vie, dans un acte de rébellion, je pense que tomber amoureux est une sorte d’acte de rébellion dans un contexte où il y a beaucoup de tentatives de détruire votre vie et la raison de faire ce que vous faites. »

 

Wikileaks a diffusé une vidéo où Stella Morris s’exprime devant ses enfants. Il y a manifestement un petit air de famille avec Julian Assange !

 

 

 

Vidéo diffusée par Wikileaks présentant la compagne de Julian Assange, mère de ses deux garçons. Elle raconte leur calvaire.

 

 

 

Voici grâce au site « Le Grand Soir »  la transcription en français d’une partie de la vidéo où Stella Morris raconte l’histoire de son couple.

 

« (Stella, s’adressant à l’un de ses fils : "Bonjour mon cœur...")

 

Bonjour, je m’appelle Stella Morris, je suis la partenaire de Julian Assange, je l’ai rencontré en 201, nous nous sommes mis ensemble en 2015 et nous avons deux enfants, Max et Gabriel.


J’avais reçu un e-mail de Jennifer Robinson qui a envoyé une demande via son réseau d’Oxford lui disant que l’affaire dans laquelle elle était impliquée, impliquant Julian Assange, avait besoin de plus de personnes.

 

Notre première rencontre a eu lieu à Paddington, au Frontline Club. Je devais assister à un entretien, mais je ne savais pas qui j’allais rencontrer. J’ai sonné à la porte et j’ai monté les escaliers.

 

Il était assis seul à une table, ce qui m’a vraiment surpris, parce qu’à l’époque, il était déjà une figure célèbre dans le monde entier et il m’a demandé qui j’étais, et j’ai dit que j’étais venu pour une interview. Il pensait que j’étais une journaliste américaine qui était là pour l’interviewer.

 


Alors il a tout de suite été très prudent et il m’a demandé qui était cette femme qui venait d’entrer dans la pièce et je lui ai répondu : "Non, je suis ici pour être interviewée", ce qui l’a immédiatement détendu et il m’a offert le thé.

 

Il buvait et ensuite, d’autres personnes sont entrées et j’ai parlé de mon passé, du fait que je parlais couramment suédois, du fait que j’avais étudié le droit et commencé à travailler avec Baltasar Garzón, qui était le coordinateur international de l’équipe juridique internationale de Julian en 2012.

 

Il a demandé l’asile politique à l’ambassade de l’Équateur, tout comme mes compétences linguistiques en suédois avaient été pertinentes pour le cas suédois, et mes compétences linguistiques en espagnol - parlant couramment l’espagnol - sont devenues importantes pour le contexte de l’asile politique.

 

J’étais à l’ambassade presque tous les jours et j’ai très bien connu Julian, et en 2015 nous nous sommes réunis.

 

Oui, je veux dire, nous sommes tombés amoureux, c’est une personne que je connaissais bien à l’époque, la personne que je connaissais le plus au monde, il est extraordinaire, généreux, très tendre et aimant.

 

Former une famille a été une décision délibérée pour faire tomber ces murs autour de lui, et voir la vie, imaginer une vie au-delà de cette prison. Pour beaucoup de gens, il semblerait fou de fonder une famille dans ce contexte ; pour nous, c’était la meilleure chose à faire.

 


C’est moi qui ai fait en sorte que les choses deviennent réelles et c’est ce qui me motive. Et quand Julian voit les enfants, cela lui apporte beaucoup de paix, d’attention et de soutien, et c’est bien. Et ils sont très heureux.

 

Je me sens la plus traumatisée par ce qui s’est passé pour eux, ces dernières années. En fait, je compare cela au fait d’être dans une zone de guerre, avec des attaques incessantes, vous savez, avec des opérations en cours, et ce n’est pas une théorie de conspiration folle, cela fait partie de la réalité du contexte dans lequel tout ce qui concerne Julian existe et, comme dans une guerre, les gens tombent amoureux et décident de vivre leur vie dans une rébellion active.
Je pense que tomber amoureux est une sorte d’acte de rébellion dans un contexte où il y a beaucoup de tentatives pour détruire votre vie et votre raisonnement pour faire ce que vous faites.

 

(Stella nous montant les photos...)

 

Voici le plus jeune, Max, avec le chat, et oui, c’est le petit. Et le grand, le plus ancien, ressemble en fait à Julian. Il ressemble beaucoup à Julian, en particulier autour des yeux, ce genre de sourcils, et le regard est très semblable à celui de Julian.

 

Le petit me ressemble plus, mais il a les oreilles et la taille de Julian, car il est très grand. Et il ressemble à son frère mais de tous les deux, l’aîné, c’est vraiment Julian.

 

J’ai eu du mal à leur expliquer pourquoi (leur père) était là et ainsi de suite ... parce que vous ne voulez pas non plus, vous savez, vous voulez qu’ils ressentent également un sentiment positif à l’idée d’aller là-bas, (à la prison) alors c’est un peu une mascarade.

 

Je ne pense pas que les gens comprennent la situation extrême et la pression que nous subissons parce que Julian est une personnalité publique, parce que tout ce qui le concerne est digne d’intérêt.

 

Tout peut être utilisé contre lui et a été utilisé contre lui et donc, c’était un vrai dilemme.

 


Avoir une relation dans ces circonstances signifie que vous essayez de l’isoler et de la protéger aussi farouchement que possible, et c’est ce que j’ai fait parce que c’est une sorte de havre, une oasis, dans ce contexte fou.

 

 

On a pris l’ADN de son enfant !

 

 

Je savais qu’il y avait un peu d’espionnage en cours quand j’ai découvert que mon bébé était ciblé, car un gardien s’est approché de moi et m’a dit qu’ils essayaient de prélever son ADN.

 


J’ai réalisé que je ne pouvais pas vraiment protéger ma famille même si je prenais toutes ces mesures. Vous savez, plus que la plupart des gens, pour essayer de préserver notre vie privée en sécurité et celle de Julian.

En fin de compte, c’était hors de mon contrôle, c’était très difficile à réaliser. J’ai compris que les pouvoirs qui étaient contre Julian étaient impitoyables, et qu’il n’y avait pas de limites à cela, car il y a une illégalité autour de lui.

Et vous savez, ils étaient après l’ADN de mon bébé, et c’est en partie pourquoi je sens maintenant que je dois le faire (parler), parce que j’ai pris tant de mesures, pendant tant d’années, et J’ai l’impression que la vie de Julian touche à sa fin.

 

Ça fait dix ans, neuf ans, non, dix ans qu’ils essaient de le briser, de détruire sa vie. C’est une manière de faire bien connue, vous savez, les lanceurs d’alerte, ceux qui exposent les points forts, ils les détruisent, et nous savons que c’est ce qui est en train de se passer.

 

Quoi qu’il en soit, tout le monde a laissé tomber Julian. Ils ont tous laissé tomber Julian.

 

Cela a pris une tournure très négative : ils ont été capables de le laisser tomber. De toute façon, vous pouvez détruire n’importe qui de cette manière. Et c’est ce qu’ils ont fait. »

 

 

Notre avenir et celui de celles et de ceux qui nous suivent est en jeu !

 

 

Leur premier enfant, Gabriel, qui a maintenant deux ans, est né en 2017. Son frère, Max, a un an.

 

 

L’amour sera-t-il assez fort pour sauver un des meilleurs d’entre nous ? Luttons pour qu’il en soit ainsi. Car c’est aussi notre avenir et surtout celui de celles et de ceux qui nous suivent !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

 

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