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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 14:05

Alors que tous les observateurs un peu sérieux plaident pour une réelle politique méditerranéenne de l’Union européenne suite aux révoltes arabes, voici que Mme Ashton ci-devant « ministre des affaires étrangères de l’Union » est allé serrer la pince de Gannouchi, chef du gouvernement de « transition » de Tunis – c’est-à-dire un gouvernement de caciques du régime de Ben Ali – avec dans son escarcelle une aide mirobolante de 17 millions d’Euros qui se monteront à 258 millions en 2013. Quelle générosité ! Quelle cohérence ! Et après cela, on dira que l’Union qui jusqu’ici s’était contentée de prendre acte de la chute des dictatures «amies», incapable d’avoir la moindre initiative, s’est enfin décidé à agir. C’est se moquer du monde et en particulier du monde arabe !

 

Ashton-Gannouchi.jpg

 

Catherine Ashton et Mohammed Gannouchi :

se moquer du monde !

 

On assiste, comme l’a rappelé Cohn Bendit au Parlement européen à un « tsunami démocratique, équivalent à la chute du mur de Berlin. » et le Parlement, la Commission, le Conseil européen restent passifs.  Comme l’écrit Libération « les Etats, surtout les grands, ne veulent pas accorder la moindre autonomie à Lady Ashton, comme s’en est plaint, mardi, José Manuel Durão Barroso, le président de la Commission, devant les eurodéputés. » Gageons que les plaintes de ce dernier sont de pure forme !

 

En réalité, ce dont les dirigeants de l’Union européenne ont peur, c’est d’un flux migratoire massif consécutif aux révoltes des pays du Maghreb. Comme l’écrit toujours Libération : « Seule la peur de la pression migratoire, incarnée par l’arrivée de 5 000 boat people tunisiens sur les côtes italiennes, semble sortir les Européens de leur apathie. Hier, Cecilia Malmström, commissaire aux Affaires intérieures, est venue expliquer aux députés réunis à Strasbourg que l’Union allait mobiliser ses moyens pour aider l’Italie afin d’empêcher les migrants d’arriver en masse en Europe. «En fait, l’absence d’enthousiasme de l’Union face aux révolutions arabes se comprend, car toute sa politique d’immigration s’appuie sur la collaboration des dictatures du sud de la Méditerranée», dénonce l’Allemande Franziska Brantner, eurodéputée verte. Si elles s’effondrent, ce sera une catastrophe pour l’Europe.» C’était en effet la véritable raison du voyage de Catherine Ashton à Tunis : l'UE examine les mesures qu'elle pourrait prendre pour aider l'Italie à faire face au débarquement des immigrants clandestins tunisiens sur son île de Lampedusa, a répondu Bruxelles dimanche.

 

Lampedusa_refugies_tunisiens.jpg

 

A Lampedusa, des milliers de réfugiés tunisiens attendent une solution

de l'Union européenne.  Les échéances électorales sont-elles prioritaires à une crise humanitaire ?

Et puis, n'oublions pas que Sarkozy et Merkel sont proches d'échéances électorales qui détermineront leur avenir politique. Dès lors, une importante vague d'immigration serait particulièrement mal venue. La peur, toujours la peur...

La haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères doit évaluer la situation sur le terrain alors que le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini doit faire une visite éclair à Tunis lundi 21 février. Catherine Ashton doit également évaluer l'aide que l'UE peut apporter à la Tunisie pour relancer l'activité économique. Voici le dialogue qu’a eu le ministre tunisien, M. Chelbi, avec Catherine Ashton, tel que le rapporte « Le Monde » : « "Quand la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, l'a dit à notre ministre, celui-ci a pensé qu'il avait mal entendu et a demandé : 'Millions ou milliards ?'", a expliqué M. Chelbi à la presse à l'issue d'une table ronde organisée à Rome avec le ministre des affaires étrangères italien.

"Nous allons immédiatement débloquer 17 millions d'euros pour aider le gouvernement. Mais il y aura 258 millions d'euros de l'UE d'ici à 2013", avait déclaré Mme Ashton lundi pendant sa visite de quelques heures à Tunis.

"L'Europe démontre de cette manière ne pas avoir saisi la portée de l'événement historique qui s'est produit sur la rive sud de la Méditerranée", a ajouté le ministre tunisien, déplorant le fait que l'UE n'ait "pas été à la hauteur des événements" et espérant "une prise de conscience" nouvelle.

L'Union européenne croit sans doute qu'elle résoudra le problème avec une petite obole ! C'est une vraie politique qu'il faut mettre en oeuvre, mais qui en est capable ?

Le mois dernier, le Parlement européen a donné son feu vert pour un accord d’association avec la Libye en échange de la collaboration de Khadafi à la lutte contre l’immigration clandestine.

 

Rappelons qu’aujourd’hui, à Benghazi, foyer de la révolte actuelle contre le sémillant colonel, la police s’est ralliée aux manifestants. Cela commence à sentir le roussi pour la Jamâhîriyya libyenne. Jamâhiriyya signifie grossomodo « ce qui appartient aux masses ». Manifestement, cela n’appartient plus à Mouammar El Kadhafi. Il n’y a que les dirigeants de l’Union européenne pour ne pas s’en apercevoir.

 

Ce serait risible, si tout cela ne risque de coûter très cher aux peuples du Sud et du Nord de la Méditerranée. Et puis quarante morts en Libye et des dizaines à Bahreïn, au Yémen, en Algérie, cela commence à faire beaucoup.

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 21:45

Personne n’a prévu le 14 janvier à Tunis, nul n’a vu venir le 25 janvier au Caire. Aucun observateur, qu’il soit diplomate, journaliste, universitaire, n’a envisagé un seul instant avant ces deux dates que les dictateurs Ben Ali et Moubarak allaient être renversés par des révoltes populaires.

 

Aussi, il est trop facile de jouer les Cassandre d’après coup comme le « gourou » mondialiste Jacques Attali qui, péremptoire, tire les conclusions de ces événements : « Aucune dictature ne résiste à l’économie de marché ! » (Le Soir du 12 février). Cette analyse est fausse. Une des causes des révoltes arabes – et ce n’est sans doute pas fini – est justement le rôle joué par l’économie de marché mondialisée et elle pourrait aussi sonner l’échec de ces mouvements.

 

manif Tunis 27 12 01

 

Les Tunisiens n'ont pas eu besoin de "l'économie

de marché" pour renverser Ben Ali.

 

En Tunisie, au début de la deuxième quinzaine du mois de décembre 2010 des troubles ont éclaté en contestation d’une hausse brutale des prix et d’une pénurie des produits de base et ensuite, le peuple se révolta contre la hogra (mépris) de l’élite à son égard. C’est ainsi que, progressivement, est apparu  le mot d’ordre de ce mouvement : liberté, travail, dignité.  Les choses prirent une tournure dramatique le 17 décembre à Sidi Bouzid (ville du centre-ouest de la Tunisie à quelque 265 km de Tunis) : Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé qui vivotait du commerce ambulant, s’est immolé par le feu. Transporté à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous, il décéda le 4 janvier 2011. Bouazizi est devenu l’icône de cette révolution. Plus rien n’arrêtera le processus.

 

La crise alimentaire touche durement le Maghreb.

 

La crise alimentaire mondiale qui débuta en 2008, avant la crise financière, par une hausse vertigineuse des prix alimentaires, suite à la spéculation, toucha spécifiquement les pays du Maghreb.  D’ailleurs, les pouvoirs en place prirent très tôt conscience du danger que représentait cette instabilité des prix des denrées de base. Ainsi, le gouvernement égyptien décida, dès 2008, de consacrer, chaque année, 7 % de son PIB à des subventions destinées à compenser les hausses de prix.

 

Lorsque la révolte a éclaté en Tunisie, son voisin, la Libye, a décidé de «supprimer les droits de douane et autres taxes sur les produits alimentaires, y compris les denrées de base, ainsi que le lait pour enfants». L'Algérie, l’autre voisin, a fortement réduit les taxes sur des produits de première nécessité importés, comme le blé et les huiles. La Jordanie a choisi de subventionner davantage les grands fournisseurs du pays, pour les inciter à baisser leurs prix sur le sucre, le riz et la volaille. Et cela s’étend à toute la région qui renfloue ses réserves de céréales. Parmi les mesures les plus spectaculaires, le Maroc a lancé à la mi-janvier un appel d'offres pour l'achat de 255.000 tonnes de céréales. L'Algérie aurait déjà acquis, depuis le 1er janvier, un million de tonnes de blé. L'Egypte, elle, a acheté ces six derniers mois 4,5 millions de tonnes de blé, soit l'équivalent du volume importé sur l'ensemble de l'année précédente... L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis se tiennent eux aussi prêts. (Source Ludovic Lamant dans Mediapart du 26 janvier 2011)

 

La région du Maghreb était considérée comme un grenier à blé. Aujourd’hui, suite à l’impéritie des dictatures nationalistes de chaque pays, suite à l’attentisme d’un Occident guidé uniquement par ses intérêts immédiats, suite à la mondialisation et au libre échangisme imposé par l’OMC, les pays d’Afrique septentrionale sont devenus importateurs nets de denrées alimentaires, donc totalement dépendants de l’extérieur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Les cinq pays de la région (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Egypte)  représentent 2% de la population mondiale mais consomment 6% du blé de la planète, et réalisent à eux seuls 18% des importations de cette céréale. Une distorsion qui devrait encore s'accroître dans les années à venir, au vu des perspectives démographiques. L'Egypte devrait ainsi franchir le cap des 100 millions d'habitants en 2025, contre un peu plus de 80 aujourd'hui, avec un taux de fécondité supérieur à trois enfants par femme.

index_prix_alimentaire.png

Indice des prix alimentaires de la FAO.

On constate la hausse vertigineuse des prix !

Ensuite, les cours n’ont jamais été aussi hauts et frappent particulièrement la région. Selon la FAO, l’indice des cours a augmenté de 4 % en novembre 2010 et de 25 % sur toute l’année dernière. Or, les pays du Maghreb, à l’exception de l’Algérie et de la Libye, ont orienté leur économie vers le tourisme, ce qui a enrichi les familles Ben Ali et Moubarak et ce qui a vidé les campagnes et contribué à leur désertification. De plus, les stocks de céréales sont historiquement bas, ce qui provoque la volatilité des prix, sans compter la spéculation qui joue à fond.

Sans redressement économique et social, ce sera un dramatique échec.

De plus, l’absence d’une Union du Maghreb arabe qui devait regrouper les pays de la région, à l’exception de l’Egypte, est un frein majeur au développement économique. En effet, comme nous l’avons déjà rappelé au sujet du conflit du Sahara occidental, le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde. Cette entrave doit être levée si l’on veut que l’économie des pays de la région puisse se développer.

Sans un redressement économique et une politique sociale, les révoltes arabes sont vouées à l’échec, avec toutes les sanglantes conséquences que cela peut entraîner. Or, ce redressement est possible. Pour cela, il faut résoudre le conflit du Sahara occidental afin d’assurer une véritable autodétermination au peuple Sahraoui et permettre la renaissance de l’Union du Maghreb arabe. D’autre part, l’économie maghrébine doit être réorientée vers sa vocation naturelle, l’agriculture, afin d’assurer aux peuples de la région l’autosuffisance alimentaire sans dépendre de la spéculation. D'autre part, des efforts considérables doivent être consentis en matière d'infrastructures, ce qui nécessite une industrialisation locale. Enfin, cette Union pourra être un instrument efficace contre les nationalismes qui risquent de renaître.

L’Union européenne a un rôle majeur à jouer. Il est indispensable d’élaborer un plan Marshall pour l’Afrique septentrionale, plan à concevoir et à exécuter en association avec les autorités démocratiques, espérons-le, qui succéderont aux dictateurs renversés. Et c'est vital pour l'Europe elle-même si elle veut échapper à un déséquilibre dramatique entre le Nord et le Sud de la Méditerranée. 

Plus jamais comme avant

Le bouleversement du monde arabe, même si l’on peut craindre à terme un échec, a néanmoins transformé les choses. Un retour en arrière n’est désormais plus possible. C’est là sa force. Comme l’écrivait Jules Verne : « La liberté est un bien immense que l’on ne peut goûter qu’à la condition de vivre. » Et une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer.

En outre, la démocratie, ce ne sont pas seulement les élections – dont il n’est d’ailleurs pas encore sérieusement question – c’est aussi la liberté de la presse, la liberté d’expression, le pluralisme politique. Et tout cela, il sera dorénavant très difficile de le confisquer à nouveau.

Néanmoins, ces révolutions sont faibles. Elles n’ont aucune organisation structurée. Il n’y a pas de chefs charismatiques. Il n’y a aucune idéologie, aucun projet. De plus, elles n’ont disposé d’aucun soutien extérieur. Elles ont exprimé le rejet des dictatures par les peuples arabes et surtout par la jeunesse qui se sent dépourvue d’avenir. Cependant, si d’aventure, de nouveaux pouvoirs totalitaires s’installent, ils feront sans doute illusion que quelques temps et de nouvelles révoltes pourraient surgir.

ben-ali.jpg  moubarak.jpg

Ben Ali et Moubarak ont été renversés par l'armée, sous la pression du peuple.

En effet, on s’est laissé quelque peu aveugler par l’effet médiatique de ces soulèvements populaires. Ils ont fait vaciller les dictatures en place, mais n’ont pas renversé les dictateurs. En Tunisie, comme en Egypte, c’est l’armée  qui a déposé Ben Ali et Moubarak.

Le rôle de l’armée

En Tunisie, ce n’était pas l’armée qui était au pouvoir. La « garde prétorienne » de Ben Ali était la police. Depuis l’indépendance, l’armée tunisienne n’a jamais manifesté une volonté de prise de pouvoir. Elle n’a pas de tradition putschiste. Cependant, elle a pris le pouvoir et a installé des sbires de l’ancien régime avec le soutien de la bourgeoisie qui, au départ, soutenait le soulèvement populaire. Le peuple ne l’a pas accepté et de nombreuses manifestations ont toujours lieu pour épurer la classe politique et l’administration des anciens collaborateurs de la dictature.

En effet, si on lit Robert Baduel dans « Le Monde » du   février 2011, le chef d’état-major de l’armée, Rachid Ammar, qui avait refusé de tirer sur les manifestants, l’a fait plus par calcul que par ralliement au mouvement.

rachid_ammar.jpg

Rachid Ammar surnommé le "centurion du peuple" avait un plan bien élaboré.

  « Quel était ce calcul possible et en quoi peut-on dire que cette dissidence de l'armée a bénéficié à la rue ? En n'obtempérant pas aux ordres du président, la hiérarchie militaire n'est pas devenue pour autant une alliée "subjective" de la rue. Le refus du général Ammar résulte sans doute d'une analyse du champ de bataille et de calculs. Cette dissidence ferme mais feutrée est d'abord une fracture dans l'oligarchie au pouvoir dont un groupe, pas seulement de militaires sans doute, a su intelligemment instrumentaliser la rue pour éliminer la fraction la plus compromise de l'oligarchie et ainsi s'est doté des moyens de faciliter dans l'immédiat la reprise du pouvoir par la fraction la plus présentable de cette même oligarchie. (…) L'armée tunisienne serait-elle républicaine d'esprit ou l'a-t-elle été de circonstance ? » Le jeu malsain de la diplomatie secrète est toujours en cours !

 

Pour preuve, rien n’a bougé dans la société tunisienne. Aucune mesure n’est prise, aucune réforme n’est enclenchée. On est toujours sous un gouvernement de « transition » et sans doute pour longtemps. Ainsi, une véritable crise de confiance a vu le jour. C’est la raison pour laquelle des dizaines de milliers de jeunes qualifiés, ne voyant aucun avenir en Tunisie, ont décidé d’émigrer vers l’Europe. L’île de Lampedusa est envahie depuis deux semaines de milliers de demandeurs d’asile tunisiens qui, au terme d’une traversée au péril de leur vie, croient trouver du travail dans le vieux continent.

lampedusa.jpg

Une embarcation d'émigrés tunisiens arraisonnée par un garde-côte italien.

Ici aussi, on constate l’urgence d’une politique européenne en la matière qui ne soit pas celle de la diplomatie secrète basée sur des données géopolitiques obsolètes. On ne peut rester sans réponse face à cette situation et l’Union européenne a les moyens d’agir. Aura-t-elle seulement la volonté politique ? Avec des Sarkozy, des Merkel, des Berlusconi, on peut en douter.

En Egypte, finalement, en dehors du renversement d’Hosni Moubarak qui se trouve toujours sur le territoire, bien protégé, à Charm-el-Cheikh, cité contrôlée par l’armée et aussi par des forces internationales, il n’y a pas grand changement. L’armée est toujours au pouvoir. Elle l’est depuis le renversement du roi Farouk en 1952, soit près de soixante ans.

Or, depuis Moubarak, et la chute de l’Union soviétique, l’armée égyptienne est en réalité placée sous le contrôle des USA. Selon le géographe et politologue italien, Manlio Dinucci : « Le fait que ce soit le directeur de la CIA, Leon Panetta, qui ait annoncé jeudi (10 février 2011) « la forte probabilité que Moubarak puisse s’en aller dès ce soir » indique que la décision a été prise à Washington avant le Caire.

Et la déclaration de ce même directeur de la CIA d’ « espérer en une transition ordonnée en Egypte » confirme que le feu vert a été donné pour le plan annoncé par le président Obama : la « transition ordonnée et pacifique » qui, mettant de côté le désormais insoutenable Moubarak emporté par la rébellion populaire, laisse intacts les piliers de la domination états-unienne sur le pays : et avant tout la structure portante des forces armées égyptiennes que les Etats-Unis ont financées, équipées et entraînées.

C’est donc le général Sami Anan, chef d’Etat-major, qui a annoncé place Tahir que ce seront les forces armées qui « sauvegarderont les requêtes du peuple et sa sécurité ». Celui-là même que le secrétaire de la défense, Robert Gates, avait convoqué au Pentagone au début de la crise et à qui il avait donné des instructions au jour le jour sur les mouvements que l’armée égyptienne devait accomplir. Cette armée que le président Obama avait félicitée pour son « patriotisme et professionnalisme », en la désignant comme garante de la «  transition pacifique et ordonnée ». Cette armée qui, par l’intermédiaire du général Hassan al-Rouini, commandant de la place du Caire, a annoncé aux manifestants de place Tahir : « Toutes vos requêtes seront exaucées aujourd’hui ».

 

Le pouvoir passe au Conseil militaire suprême qui, réuni sans le « commandant en chef » Moubarak, annonce « des mesures pour sauvegarder les conquêtes et les ambitions de notre grand peuple ». »

 

Le rôle de l’armée égyptienne est fondamental pour la stratégie étatsunienne. Forte de 450 000 hommes (711 000 avec les réserves), cette armée est un immense réservoir humain, qui peut être mobilisé en cas de péril national ou aux frontières ; c’est aussi une force militaire relativement moderne — une des seules du continent africain à disposer d’une panoplie interarmes complète et d’une capacité d’intervention sur toute la gamme des moyens. Elle est en effet dotée des armements les plus modernes dont certains sont fabriqués en commun USA – Egypte, comme les chars M1A1 Abrams, le tout financé à raison de 60 milliards de dollars par les Etats-Unis. Des manœuvres biennales se déroulent en Egypte avec la participation de 25.000 militaires US.

 

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Le fameux char Abrams "protège" le peuple,

place Tahrir.

 

Le rôle fondamental de l’Egypte dans la géopolitique américaine est de maintenir une paix séparée avec Israël et d’empêcher « l’instabilité » à Gaza en bloquant les envois illicites d’armes aux Palestiniens. Cela explique la fermeture de la frontière égyptienne de la bande de Gaza.

 

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L'état-major égyptien avec des officiers US :

l'entente est parfaite sous le regard de Moubarak.

 

 

Le pouvoir réel en Egypte est donc exercé par le Conseil militaire suprême qui est composé d’officiers supérieurs pro-américains et qui a placé provisoirement à la tête de l’Etat, le maréchal (!) Mohamed Tantaoui. Ce vieux reitre âgé de 75 ans a participé aux trois guerres israélo – égyptiennes (1956, 1967 et 1973). Il a conduit le corps expéditionnaire égyptien en 1991 au Koweït lors de la guerre du Golfe. Depuis, il a été ministre de la Défense de Moubarak jusqu’à la fin.

 

mohamed-tantaoui.jpg

 

Le maréchal Mohamed Tantaoui "marionnette" du

Conseil militaire suprême ?

 

Tantaoui est considéré comme un vieil homme tranquille, peu enclin au changement, mais garant de la stabilité. Dans les milieux diplomatiques, l’on dit qu’il est le candidat idéal des Etats-Unis et d’Israël. Mais n’est-il pas en réalité une marionnette des jeunes et ambitieux officiers du Conseil supérieur de l’armée ? En tout cas, on le voit difficilement engager les audacieuses réformes démocratiques dont l’Egypte a grand besoin.

 

À défaut de structures politiques crédibles, le seul instrument de pouvoir efficace en Tunisie et en Egypte est l’armée. L’armée de ces deux pays est soutenue par les Etats-Unis et l’Europe dans leur stratégie de lutte contre l’islamisme et de soutien inconditionnel à Israël. L’armée est un facteur de stabilité politique, à défaut d’être démocratique, et est un outil efficace dans la « guerre contre le terrorisme », traduisez l’islamisme…

 

La chimère de l’islamisme

 

Voici encore une certitude qui s’envole. À l’exception de quelques néoconservateurs indécrottables, on s’aperçoit que le « danger islamiste » qui a tant mobilisé les esprits et les moyens depuis le 11 septembre 2001, est une chimère.

 

Les révolutions dans les pays arabes ont désarçonné l’establishment occidental : les chancelleries occidentales, les spécialistes du monde arabe, les médias et leurs envoyés spéciaux … On croyait que le peuple arabe était maintenu dans un coma profond et que les dictatures en place étaient inébranlables. Ces mêmes dictatures, que l’Occident soutenait aveuglément, étaient considérées comme le seul rempart contre le danger suprême : l’islamisme. L’ineffable éditorialiste du « Figaro », Alexandre Adler, écrivait : « Non, à tout prendre, je préfère que les Frères musulmans soient cooptés par les militaires égyptiens qui gardent l’essentiel du pouvoir plutôt que de les voir gagner des élections libres, […] Je soutiens donc le maintien des dictatures les plus éclairées possibles – voir pas éclairées du tout – en Egypte et en Arabie saoudite plutôt que l’application, dans ces régions du monde, des principes démocratiques qui, dans l’immédiat, ne seraient que porteurs de désordres et de violence ».

 

Adler.jpg

 

Alexandre Adler s'est une fois de plus trompé

de chemin.

 

Il est évident que les groupes islamistes ont joué un rôle secondaire dans les révoltes du monde arabe. En Tunisie, ils étaient absents. En Egypte, les fameux Frères musulmans ont apporté un soutien moral et logistique au mouvement populaire et n’ont en rien été le fer de lance de la révolte. D’ailleurs, ce vieux parti des Frères musulmans a perdu de sa superbe. La moyenne d’âge de ses dirigeants est de 70 ans et ils ont été déstabilisés par l’attentat sanglant contre une Eglise copte au Caire qui a suscité une réprobation générale de l’opinion égyptienne, musulmans et chrétiens ensemble. Sans doute, cette vague d’indignation  a été un des déclencheurs du mouvement populaire égyptien.

 

attentat_copte.jpg

 

Attentat à la voiture piégée contre une église copte

au Caire. Un des déclencheurs de la révolte ?

 

Dans les autres pays arabes, aucune des révoltes n’est menée par les mouvements islamistes locaux et les dictatures et monarchies absolues se basant sur l’islamisme, comme dans les Emirats, sont aussi violemment contestées.

 

En outre, on connaît mal la nature de l’Islam et ses nombreuses nuances. Certains imaginent en Europe et aux USA qu’il constitue un bloc monolithique animé par la seule haine de l’Occident. C’est ridicule et aberrant. On ne peut tout de même pas mettre dans le même sac Erdogan et les Talibans !

 

Dans le site « Le Grand Soir » du 15 février 2011, trois intellectuels arabes, Zhor Firar, militante associative, Fouad Imarraine, militant associatif  et Omar Mahassine, imam et militant associatif, écrivent : « Un discours sous jacent, qui ne dit pas son nom, désigne le monde arabe comme n’étant pas suffisamment mûr pour accueillir les idéaux universels. C’est assez incroyable d’entendre cela au vingt et unième siècle et de se dire que finalement l’agora n’est accessible qu’à une certaine élite. Nous sommes loin des idéaux du peuple, de son aspiration à plus de justice et de dignité. »

 

On se trouve à un tournant de l’histoire et les discours de certains intellectuels laissent pantois, tant ils balaient d’un revers de la main la question des droits fondamentaux. Comment peut-on aujourd’hui, dire tout et son contraire, être pour la démocratie dans le Nord mais pas dans le Sud, accepter des droits pour les uns et l’aliénation pour les autres ? Le droit à la dignité ne peut être monnayable ou à géométrie variable, en fonction d’intérêts économiques, politiques ou géostratégiques.

 

Depuis le 11 septembre, le concept d’islamisme est devenu une arme psychologique et une propagande islamophobe utilisées afin de façonner l’inconscient des masses et de faire accepter leurs régimes autoritaires et leurs politiques d’humiliations. Le phénomène de l’islam politique, comme source de libération, a une histoire ancienne et inhérente à l’époque postcoloniale et à la reconstruction de l’identité du monde arabo-musulman.

 

Abdelkader.jpg

Abd el Kader, musulman et franc-maçon,

combattit la colonisation française en Algérie

au nom de l'Islam et de la Liberté.

 

En effet, la plupart des mouvements de résistance aux colonisations occidentales se référaient à l’islam. Au XIXe siècle, Abd el Kader (1820 – 1883) qui lutta contre la colonisation de l’Algérie par la France, qui était franc-maçon, se battit au nom de l’Islam.  La question culturelle et identitaire a été très tôt un vecteur fondamental. En ce qui concerne le Maroc, Mehdi Elmandjra, fondateur de l’Organisation marocaine des Droits de l’Homme, professeur dans des universités américaines et à la London school of economics, explique : « […] le cas du Maroc, à la fin du 19e siècle, il y avait un mouvement moderniste Salafi qui venait pour dire que l’Islam est une religion dynamique, c’est à dire qu’il y a certaines constantes, mais qu’il y a une flexibilité énorme découlant de l’Ijtihad (la recherche). C’est ce mouvement qui a motivé la défense des Droits de l’Homme et la lutte contre l’impérialisme et le colonialisme. Il n’y aurait pas eu de libération sans l’Islam. Cet Islam libérateur qui régnait dans tous les mouvements nationalistes traduisait une culture d’émancipation. […] Cet Islam libérateur devenait ainsi aussi dangereux pour eux (le régime en place) qu’il l’a été lors de la période coloniale pour l’occupant. Par conséquent, ces régimes ont commencé à établir et à encourager des mouvements, des sectes, des traditions bref un Islam hermétique et archaïque. Mais on oublie souvent que l’Islam est libérateur. »

 

Par contre, il existe – chacun le sait –  un puissant Islam conservateur, voire réactionnaire qui se retrouve en Iran dans le courant chiite et dans la péninsule arabique, en ce qui concerne les sunnites, par le Wahabisme qui se réclame faussement su Salafisme. Les Wahabites ont une interprétation rigoriste et figée du Coran et de la Sunna qui définit les règles issues de ce Livre regroupées sous le nom de Charia. La dynastie saoudienne adhère au Wahabisme et le finance. Al Qaida qui, au départ, était une organisation financée par les USA pour lutter contre l’invasion soviétique en Afghanistan et qui a combattu avec les Etatsuniens dans les Balkans, se réclame du Wahabisme. Oussama Ben Laden est Saoudien, membre d’une riche famille. Il fut au départ un agent de la CIA avant de se retourner contre les Etats-Unis en 1991, suite à la guerre du Golfe, lorsque l’US Army occupa une partie de l’Arabie saoudite, accusée de « souiller » le territoire « sacré » des lieux Saints de l’Islam, La Mecque et Médine. (Voir à ce sujet l’excellent ouvrage de Nafeez Mossadeq Ahmed, La guerre contre la vérité, éditions Demi Lune, collection Résistances, 2006)

 

ben-laden.jpg

 

Oussama Ben Laden : la CIA l'a soutenu dans sa

Jihad contre l'occupation soviétique en Afghanistan.

 

On voit là toute l’ambigüité de la position américaine qui, d’un côté, impose la « guerre contre le terrorisme » à ses alliés, jusqu’à les contraindre à adopter des dispositions légales liberticides et de l’autre, défendent l’Arabie saoudite, à cause de son pétrole, qui finance les mouvements islamistes les plus réactionnaires.

Les principaux pays de l’Union  européenne ont adhéré à cette politique. Dès lors, ils ont considérablement affaibli leur position politique et diplomatique dans le Proche Orient.

 

Un revirement radical est indispensable. Il faut traiter les pays arabes en partenaires et considérer le peuple arabe comme adulte et les pays de l’Union européenne doivent s’affranchir du carcan diplomatique américain.

 

Dans les révoltes arabes, il y a une constante : l’islamisme n’a qu’une influence mineure dans les mouvements populaires qui secouent toutes les dictatures arabes peu ou prou soutenues par l’Occident.

 

Et en Europe ?

 

Ce vaste mouvement de remise en question des régimes totalitaires du Proche Orient a-t-il une influence en Europe ? La réponse est oui.Les révoltes arabes ont secoué la « Vieille » Europe. Les « certitudes » des penseurs officiels ont volé en éclats. Ils sont pitoyables sur les plateaux de télévision. Certains n’osent plus se montrer. D’autres prennent un air étonné et se trouvent dans l’incapacité d’analyser ces faits historiques. Evidemment, tout cela sort de leurs schémas. Jacques Julliard, un des seuls intellectuels de gauche lucide, éditorialiste à l’hebdo « Marianne » écrit : « La preuve est faite que les droits de l’homme ne sont pas des valeurs occidentales, mais bien des valeurs universelles. » Cela est une fameuse leçon pour les tenants du « droit à la différence » qui devenait petit à petit « la différence de droit » !

 

L’attitude lamentable de la gauche dite démocratique en Europe face à cette révolution, prouve son ignorance théorique, son incapacité à analyser les événements et son absence totale de réponse aux défis de notre temps. L’exemple le plus caricatural est celui du… caricaturiste Plantu qui a accepté tout récemment de recevoir un prix du très démocratique émirat de Qatar !

 

Plantu_Qatar.jpg

 

Le caricaturiste français Plantu reçoit un prix de

la part du très démocratique émirat de Qatar.

 

Quelles sont ces fausses « certitudes » ? La première, c’est l’idéologie née du livre de Samuel Huntington « Le choc des civilisations » qui justifiait une sorte de conflit global entre l’Islam et l’Occident, en raison de la supériorité de ce dernier. L’analyse de Huntington partait du fait que les civilisations non occidentales, essentiellement la Chinoise et la Musulmane, n’ont pas de contacts avec l’Occident et ne peuvent dès lors évoluer. Aussi, il y a automatiquement conflit.

 

Cette théorie absurde avait déjà du plomb dans l’aile. Les derniers événements l’ont rejetée dans les poubelles du fameux néo conservatisme qui subsiste encore chez des néolibéraux indécrottables.

 

La seconde, c’est le déclinisme. Certains pensaient que la pensée universelle était en déclin et que le différentialisme allait s’imposer. Or, les aspirations des peuples arabes en lutte prouvent le contraire, contrairement à ce qu’écrit  Ayaan Hirsi Ali, la militante anti – islamiste d’origine somalienne, aujourd’hui réfugiée aux Etats- Unis : « Quand je regarde les images des masses au Caire, je n'ai aucune peine à imaginer le fort sentiment d'unité qui les habite. Beaucoup de téléspectateurs occidentaux s'identifient aux milliers de manifestants - pas seulement en Egypte, mais aussi en Tunisie, en Jordanie, au Yémen et ailleurs - pour exiger la fin de la dictature. D'innombrables commentateurs ont dressé des comparaisons avec les révolutions de 1989 en Europe de l'Est.

 

Or, cette comparaison méconnaît la profonde différence entre une foule occidentale et musulmane. Les motivations qui poussent les peuples d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à envahir les rues sont multiples. Mais rien ne les réunit mieux que la prière collective, en particulier celle du vendredi. La mosquée autant que la rue : voilà une clef d'intelligibilité de ce soulèvement. »

 

Certes, il n’y a guère de points communs entre les mouvements de « libération » en Europe de l’Est en 1989 et la révolte arabe actuelle. Les motivations ne sont pas du tout les mêmes. Mais la circonscrire à une prière collective est à la fois faux et réducteur. C’est faux parce que le mouvement n’est pas d’ordre religieux et c’est réducteur car le monde arabo-musulman est imprégné de la culture de l’Islam. Ce n’est pas (encore) une révolution laïque, que certains Européens quelque peu naïfs croient déceler, mais des intellectuels arabes réclament une société laïque sans pour autant renier leur culture musulmane. Ayaan Hirsi Ali fait en plus part de son pessimisme : « Mais aujourd'hui les masses ont également besoin d'articuler ce qu'elles veulent. La BBC a demandé à un manifestant égyptien de commenter le caractère spontané de la protestation. "Nous n'avons pas besoin de leader", a-t-il répondu - au grand étonnement du journaliste et sans doute de la plupart des téléspectateurs occidentaux.

 

On peut parfaitement comprendre son aversion pour le leadership compte tenu des changements de pouvoir tels qu'ils ont eu cours dans le monde arabe. Là, des gens qui arrivent en libérateurs se muent sur un mode somnambulique en dictateurs jusqu'à ce qu'un autre vienne mobiliser les masses pour libérer la nation de son ex-libérateur. Immanquablement, l'homme nouveau rétablit la vieille infrastructure de mouchardage et de torture. » Certes, comme écrit plus haut, c’est un mouvement sans structures, ce qui est sa faiblesse. Mais la jeunesse arabe se méfie d’un éventuel nouveau leader charismatique. Aussi, une dictature du type de celles qui viennent d’être renversées n’est guère probable. Certes, des Egyptiens ont brandi des portraits de Nasser lors de manifestations de soutien au mouvement, mais c’était… en Europe. Le danger totalitaire vient d’ailleurs : l’armée et l’immobilisme de l’économie.

 

Le consensus de Pékin

 

Enfin, il faut sortir de ce qu’on appelle le « consensus de Pékin ». De quoi s’agit-il ? « Depuis quelques années, on célèbre à satiété ce qu'on appelle le "consensus de Pékin". C'est une formule élégante pour décrire des régimes qui prônent à la fois le capitalisme et le parti unique. On y voit la martingale gagnante pour les pays du Sud, la recette du décollage économique et social, celle de l'intégration dans l'économie globalisée. L'exemple vient de Chine - sacrée cette semaine deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis. Même si les Chinois se sont toujours gardés de "vendre" leur modèle, le "consensus de Pékin" n'a cessé de faire des émules.

En Russie, Vladimir Poutine s'en inspire, sans le dire, mais le modèle tente aussi nombre de pays africains. Il séduit l'équipe de Mahmoud Ahmadinejad en Iran. Il est copié par d'autres en Asie et ailleurs. L'équation gagnante à tous coups résiderait dans la fameuse combinaison chinoise : libre entreprise et autoritarisme politique. Voilà ce qui marche ! C'est ce qu'on pensait aussi en Egypte, du moins jusqu'à l'incongruité survenue au beau milieu de ce doux hiver des bords de Nil : la Grande Révolte de la place Tahrir.

 

Le "consensus de Pékin" n'était pas vanté qu'au Sud. Il s'est trouvé des experts aux Etats-Unis et en Europe pour imaginer qu'il allait dominer le siècle. L'expression serait due à l'Américain Joshua Cooper Ramo. Auteur et consultant, Cooper Ramo l'a forgée en 2004 en opposition à ce qu'on a appelé vers la fin des années 1980 le "consensus de Washington" : gouvernance la plus démocratique possible, libre entreprise et immédiate ouverture des frontières aux capitaux et marchandises du monde entier - voilà ce que le Fonds monétaire international (FMI) et le département du Trésor américain, notamment, vantaient alors comme le modèle gagnant-gagnant pour les économies du Sud et celles nouvellement désoviétisées de Russie et d'Europe orientale. » (Alain Franchon dans Le « Monde » du 17 février 2011)

 

Il est donc clair que la priorité absolue est donnée à l’économie de marché néolibérale au détriment d’un régime de liberté, d’égalité et de fraternité qui a pour nom la démocratie.

 

Manif_Algerie.jpg

 

Manifestation en Algérie le 15 février : la révolte

arabe est bien vivante. Le peuple ne faiblit pas. Un

coup sévère aux néolibéraux totalitaires.

 

Nul ne sait ce qu’il adviendra de la révolte arabe toujours en cours qui s’attaque aujourd’hui à de gros morceaux : les pays producteurs de pétrole comme la Libye, l’Algérie, les monarchies absolues de la péninsule arabique et l’Irak. On peut penser que les Etats-Unis ne verront pas d’un bon œil l’éventuel renversement de leurs « alliés » pétroliers et tenteront de réagir. Cependant, ils sont mal pris, Obama ayant ouvertement soutenu le renversement de son ex-ami Moubarak. L’opinion publique ne comprendrait pas un revirement pour soutenir les monarchies arabes détestées et méprisées dans une grande partie du monde.

 

En tout cas, quoiqu’il arrive, la révolte arabe aura porté un coup sévère sinon mortel au « consensus de Pékin ».

 

Pierre Verhas

 

 

 

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 22:36

La première « x – flare » du 24e cycle solaire s’est produite durant la nuit du 14 au 15 février 2011. Le pic a été atteint à 2h 56, heure belge.

 

Il s’agit de la brusque explosion sur la surface solaire d’un nuage de plasma – particules ionisées – qui se dirige vers la Terre à une vitesse de 1000 km/s. Ce nuage atteindra notre planète jeudi 17.

 

Soho_110215.gif

 

Le groupe de taches solaire sur la photosphère solaire, orienté vers la Terre, numéroté 1158 est le responsable de cette flamme solaire. Il s'agit d'un cliché de la sonde américano - europénne SOHO.

 

x2flare.gif

 

Photographie satellitaire de la chromosphère solaire. La grande tache blanche

est à l'origine du "X flare".

 

L'équipe de météorologie spatiale du département de Physique solaire de l’ORB a analysé les données transmises par le satellite belge Proba 2 et a averti que le phénomène pourrait avoir un impact sur la Terre, notamment par l’éventuelle perte de contrôle de satellites et des perturbations sur la distribution d’électricité. D’autre part, des aurores boréales pourraient se produire, si certaines conditions sont remplies. Pour les observer, il faut se trouver dans un endroit bien dégagé et inaccessible à la pollution lumineuse. En Belgique, il n’y a que la haute Ardenne et la Campine qui répondent encore à ces critères.

 

aurore_boreale_110214_.jpg

 

Une spectaculaire aurore boréale a été observée le 14 février

dans la Norvège septentrionale, au Nord du Cercle arctique.

 

Cependant, il ne faut pas paniquer. Ce phénomène, bien que peu fréquent, est bien connu.

 

L'équipe de météorologie spatiale doit à présent tenter d'établir la structure magnétique du nuage. Celle-ci permet de prévoir comment le bouclier magnétique de la Terre réagira à l'impact.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 17:45

Nous livrons ici, une fois de plus, l'analyse de Noam Chomsky, l'intellectuel new yorkais détesté par l'establishment "occidentaliste" des deux rives de l'Atlantique. Chomsky se livre au démontage sans complaisance des enjeux géopolitiques de la révolte populaire en Egypte, révolte qui a suivi le renversement du régime Ben Ali (toujours en cours !) en Tunisie. D'autre part, ce mouvement s'étend dans tout le monde arabe, jusqu'en Irak. Selon Chomsky, l'islam radical, l'épouvantail levé par la propagande occidentale, ne sert que de prétexte aux Etats-Unis à soutenir les dictatures arabes. L'objectif, selon Chomsky, est de mettre le monde arabe sous tutelle et c'est pour leur indépendance que les peuples des différents pays arabes luttent.

 

Cette analyse de Chomsky est intéressante, mais, à notre avis, insuffisante. Aussi, la livrons-nous aux de plus en plus nombreux lecteurs du blog "Uranopole". Bientôt, le point de vue d'Uranopole...

 

Pierre Verhas

 

dimanche 6 février 2011
Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les Etats-Unis, mais l’indépendance.


Noam CHOMSKY

 

La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes.

 

 

 

Egypte jeunesse

 

 Le mouvement de la jeunesse du 6 avril est le déclencheur

de la révolte via Internet, avant que le pouvoir ne le bloque. Ce

mouvement est né sur le web après les violentes manifestations

de Mahalla en 2008. Ce n'est ni un mouvement religieux, ni un mouvement

politique. Il est composé de jeunes étudiants qui utilisent la "toile" pour

exprimer leurs opinions. Il comprend quelque 92.000 membres.

 

« Le monde arabe est en feu » annonçait al-Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc fut déclenché par le soulèvement en Tunisie qui renversa le dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Egypte, où les manifestants ont submergé la police brutale du dictateur.

 

Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhail Gorbachev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.

 

La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marco, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles. Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop d’un chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Suleiman, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Suleiman, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.

 

Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-coeur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace est l’indépendance. Les Etats-Unis et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.

 

Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).

 

« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle, » dit Marwan Muasher, un ancien officiel Jordanien et actuellement directeur du centre d’études Middle East research for the Carnegie Endowment. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »

 

On peut ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des Etats-Unis. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent se révéler nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.

 

Le mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un état policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits de l’homme », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des Etats-Unis, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par Wikileaks.

 

Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de Wikileaks) devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des Etats-Unis que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).

 

« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange, » peut-on lire dans un titre du Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des Etats-Unis apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des Etats-Unis sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »

De ce point de vue, Wikileaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.

 

Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à-coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires : Israël (de manière constante) ; deux dictatures du Moyen-orient, l’Egypte et la Jordanie ; et la Colombie qui détient le record en matière d’atteintes aux droits de l’homme et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US sur le continent (américain - NdT).

 

La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des Etats-Unis contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomksy, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formattage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]

 

Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de Brookings Institution rendu public au mois d’août, certains Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux pour qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. Par contraste, les Arabes qui considèrent que ce sont les Etats-Unis et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.

 

L’opinion publique arabe est si hostile à la politique américaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.

 

D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »

 

L’ambassade a conclu qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’état illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’état et en ignorant les atrocités qui ont suivi.

 

La révélation la plus remarquable de Wikileaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.

 

Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’état pakistanais » et celui du cauchemar absolu : que les armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.

 

Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington avance à pas décidés vers un désastre.

 

Noam Chomsky

(traduction VD pour le Grand Soir, avec probablement les fautes et coquilles habituelles)

SOURCE : http://www.guardian.co.uk/commentis...

 

Rubrique : De mal empire  Thèmes :  Démocratie | Etats-Unis | Moyen orient

http://www.legrandsoir.info/Ce-n-est-pas-l-Islam-radical-qui-preoccupe-les-Etats-Unis-mais-l-independance.html
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 13:31

Le satellite Kepler vient de battre son record de transits planétaires multiples. La Nasa vient en effet d’annoncer que six exoplanètes transitaient périodiquement devant l’étoile Kepler 11. Ce nouveau système planétaire, qui surprend les astrophysiciens, est peut-être rare dans la Galaxie. Kepler a aussi repéré un nombre considérable d'exoplanètes, ou du moins de candidates (plus de 1.200 !). Nous reviendrons dans la journée sur cet événement.

L’année dernière, les chercheurs de la mission Kepler de la Nasa avaient annoncé avoir découvert le premier transit planétaire multiple. Au moins deux exoplanètes tournaient autour de Kepler 9. Le satellite Kepler exploite la méthode du transit planétaire et ses découvertes doivent souvent être confirmées au sol par la méthode des vitesses radiales.

Simultanément à l’annonce de la découverte d’un nombre important de candidates au statut d'exoTerre installées dans la zone d’habitabilité (ce qui représente des implications potentielles fortes pour Seti), la Nasa annonce aujourd’hui dans une vidéo que Kepler a battu le record de Kepler 9.

Ce sont ainsi six exoplanètes en orbite autour de Kepler 11, une naine jaune similaire au Soleil, située à environ 2.000 années-lumière dans la constellation du Cygne.


La découverte a fait l’objet d’une publication dans Nature mais l’article est également en accès libre sur arXiv et l'observation revêt une importance certaine. Ce système planétaire, en effet, étonne par ses caractéristiques défiant les prévisions des astrophysiciens spécialisés dans la cosmogonie des systèmes planétaires.

 

Un système d'exoplanètes très compact

Les six exoplanètes sont parmi les plus petites découvertes à ce jour et elles sont formées de roches (constituant l’essentiel de la masse) et de gaz (représentant l’essentiel du volume). Certaines possèdent peut-être de l’eau. La plus grande est comparable en taille à Neptune et Uranus.

Le plus surprenant est que toutes ces exoplanètes de tailles supérieures à la Terre orbitent presque dans le même plan et très près de leur étoile. Si on compare à notre Système solaire, la plus éloignée (Kepler g) est installée à moins de la moitié de la distance de la Terre au Soleil et les cinq autres ont des orbites plus petites que celle de Mercure. Cela ne s'était jamais vu...

 

kepler 11 


Une comparaison entre le système planétaire de Kepler 11 et le Système solaire.0 (© Nasa/Tim Pyle) On s'aperçoit que toutes les planètes du système Kepler 11 à l'exception d'une sont dans une orbite inférieures à celle de Mercure, dans le Systèmes solaires. Elles sont fort proches de l'étoile et doivent avoir une température très élevée.

 

Kepler_11_1.jpg 

 

Une comparaison des tailles des exoplanètes découvertes par Kepler. (© Nasa/Wendy Stenzel) - Pour rappel : 1 R E = 1 Rayon terrestre (environ 6.000 km), les planètes plus volumineuses que Jupiter (qui ne font pas partie du système Kepler 11) sont appelées de "Jupiter chaud".


La découverte est porteuse d’informations sur la formation des systèmes planétaires, en particulier sur les événements se déroulant dans les disques protoplanétaires. On sait en effet que les disques riches en poussières et en gaz ne subsistent que quelques millions d’années autour d’une jeune étoile, comme le montrent les observations.

 

Un cas extrême dans la Voie lactée ?

Comme Kepler 11d, Kepler 11e et Kepler 11f, bien que la roche constitue une part importante de leur masse, possèdent aussi une quantité importante de gaz légers. Elles ont dû se former en quelques millions d’années tout au plus, ce qui impose une contrainte de temps importante pour préciser les mécanismes dynamiques conduisant par accrétion à la formation des planètes d'un disque.

Pour les chercheurs, le fait que l'on connaisse peu d’étoiles présentant un transit planétaire multiple indique que ce cas de figure est probablement rare dans notre galaxie. De plus, le système de Kepler 11 est particulièrement compact. Certainement moins de 1 % des étoiles possèdent un système de ce genre, mais pour l’instant, les astrophysiciens sont incapables de dire si cette proportion est d'un sur mille ou même un sur un million.

 

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
http://www.astrosurf.com/apex-occult/
Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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J'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit
I too much liked stars to be afraid of the night

 
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:10

 

Tunisie : la révolution en cours

 

Ben Ali exilé (avec 1,5 tonne d’or emportés par son épouse qui était sans doute le véritable patron de ce qui était devenu sous le joug du clan Ben Ali – Trabelsi, la Tunisie SA. Aujourd’hui, cette société en faillite est en voie de dissolution. Il est rassurant que la Résistance populaire reste toujours mobilisée afin de ne pas se laisser manipuler par la constitution d’un gouvernement fantoche dirigé par des « anciens » du régime, dont le Premier ministre Ghannouchi qui fut le sbire de Ben Ali depuis sa prise de pouvoir en 1987. Il est intéressant de voir que le syndicat unique, l’UGTT (Union Générale des Travailleurs de Tunisie) qui était à la solde du pouvoir, est devenu la seule force politique d’opposition organisée. Il est inquiétant de voir que l’armée est la seule à même de rétablir l’ordre, après les troubles qui ont suivi la fuite du dictateur. D’un côté, elle a pu supplanter la police, corps gangréné qui était au seul service du régime, et neutraliser les milices restées à la solde des sbires de Ben Ali. De l’autre, on ignore quelles sont les intentions des militaires. Y aura-t-il un pouvoir politique à même de la faire rentrer dans les casernes quand l’ordre sera tout à fait rétabli et qu’un corps de police au service du peuple et de la démocratie sera constitué.

 

manif_Tunis_contre_gouvernement.jpg

 

Manifestation de 19 janvier à Tunis : la vigilance du

peuple ne faiblit pas !

 

Voilà une série de questions dont nous aurons la réponse dans les jours et dans les semaines qui viennent.

 

Et ailleurs ?

 

 

En plus, que se passe-t-il en Algérie et au Maroc ? Comment réagissent les pays de l’Union européenne et l’Union elle-même face à ces événements qui secouent tout le Maghreb ?

 

De Tunisie, la contestation a gagné l’Algérie voisine, puis le Maroc : quand Tunis éternue, c’est le Maghreb qui s’enrhume !

 

Algerie_Tunisie_emeutes.jpg

 

On parle de "contagion" : la contestation s'étend comme

une traînée de poudre à travers tout le Maghreb.

 

maroc-police-1-.jpg 

 

N'oublions pas le Maroc où la police royale se montre

particulièrement violente et... lâche.

 

Depuis plusieurs jours, Alger et plusieurs grandes villes sont en proie à un soulèvement populaire sans équivalent depuis les émeutes de la faim de 1988 : les jeunes, surtout, mais aussi la classe moyenne, ruinée par la crise économique et la hausse spectaculaire du prix des produits de première nécessité, ont envahi les rues de la capitale. Aux dernières nouvelles, le président Bouteflika aurait provisoirement quitté Alger, où des troupes de jeunes gens armés de sabres, de machettes et de couteaux ont pris le contrôle de certains quartiers. Les grands rassemblements prévus, tels les matchs de football, ont été supprimés.

 

La minorité nantie, qui met depuis des années le pays en coupe réglée, s’inquiète de l’évolution d’un mouvement social qui est en train de lui échapper.

 

Après tout, la situation des jeunes est la même dans tous les pays du Maghreb et aussi dans les autres pays arabes. D’ailleurs, les dictateurs ont peur de la « tache d’huile » : en Libye, un blocage des prix des denrées de base – lait, sucre, céréales – a été décrété, de même qu’en Egypte où il y a des affrontements interreligieux en sus.

  

En Algérie, comme en Tunisie, la frustration des jeunes est énorme : non seulement, il y a la disette sur le plan matériel, mais il y a aussi la déconnexion entre la vie politique et économique de leur pays et les jeunes qui s’en sentent exclus. Il y a une différence, cependant. Si, en Tunisie, le mouvement porte surtout sur la disette, en Algérie, c’est avant tout une protestation contre la vie chère qui traduit un sentiment de gaspillage des richesses du pays et que les citoyens n’en bénéficient pas. L’Algérie est un important exportateur pétrolier et cette manne (le baril est à près de 100 dollars !) n’est en rien redistribuée au peuple ou en rien consacrée à des investissements sociaux et économiques à même de procurer des emplois et de produire des logements décents. « Plus rien ne va nous retenir cette fois-ci. La vie est devenue trop chère et la disette menace nos familles alors que les apparatchiks détournent des milliards et s’enrichissent sur notre dos. » déclare un jeune manifestant algérien au quotidien El Watan.

 

L’Algérie connaît aussi une importante économie parallèle qui prive l’Etat de recettes fiscales et le gouvernement est incapable de juguler ce phénomène qui est à l’origine de la brusque flambée des prix et des mouvements violents de protestations. Le marché noir représente environ 6 milliards d’Euros. Tout cela est bien entendu source de spéculations. IL finit par représenter près de 40 % de l’activité commerciale ! Le gouvernement a décidé d’obliger les grossistes à faire usage de chèques pour les transactions importantes, pour éradiquer ce commerce illégal. Anticipant l’arrivée des impôts, les grossistes ont donc décidé de fortement augmenter les prix des denrées de base. Ce fut le détonateur des émeutes. L’analyse d’ El Watan – pourtant considéré comme proche du pouvoir – , dans son édition du 10 janvier, est édifiante : « A première vue, le recentrage de la politique d’approvisionnement du marché des produits de consommation sur l’objectif primordial d’incitation au renforcement de la production locale pour réduire la facture des importations ayant atteint le pic alarmant des 8 milliards de dollars en 2008, n’est pas moins logique ni irrationnel. Continuant sur sa lancée et animé par cette volonté de « patriotisme économique », le gouvernement persistera dans ce durcissement avec le rétablissement à compter du 1er janvier 2011 des droits de douanes sur plus d’une trentaine de produits importés de l’Union européenne « suite à la décision prise par les pouvoirs publics portant gel des préférences tarifaires pour les produits agricoles, objet de la requête algérienne auprès de la commission européenne », tel que précisé par un document du ministère des Finances. Le sucre figure en tête des produits en question. En parallèle, de nouvelles taxes, dont la TVA, sont en voie d’application par les grossistes dans la perspective de se conformer à l’entrée en vigueur, à la fin mars prochain, de l’obligation du paiement par chèque des transactions de plus de 500 000 DA (On compte 10 Dinar algériens pour 1,5 Euros). Cependant, cette succession de mesures intervient dans une conjoncture mondiale marquée par la reprise de la hausse des cours des matières premières agricoles sur le marché international. »

 

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Les grossistes font la loi dans le commerce. Une vraie

mafia en liaison étroite avec le pouvoir.

 

 

Le quotidien ajoute : « C’est là donc la jonction de facteurs qui ne peuvent conduire qu’à une hausse sensible des prix des produits de large consommation. Laquelle flambée qui s’est vite répercutée sur le pouvoir d’achat des ménages avec des prix de certains produits qui ont connu des augmentations spontanées de 20 à 25%, à l’image du sucre qui a atteint les 150 DA/kg en l’espace de quelques jours. La tension s’est élargie à d’autres produits, comme le pain, dont la régularité dans l’approvisionnement est désormais incertaine avec des perturbations qui affectent la disponibilité de la farine boulangère. »

  

L’auteur de l’article, Mohamed Naili conclut : « Il n’est pas judicieux, en effet, de verrouiller d’une façon drastique les portes devant les importations avant de s’assurer de l’existence d’une production nationale en mesure de répondre à la demande nationale, tous produits confondus. Pire encore, en l’absence d’instruments efficaces de contrôle et la prolifération des circuits informels qui canalisent à présent jusqu’à 40% de l’activité économique du pays, selon des statistiques officielles, la spéculation a pris des dimensions démesurées à tel point que des pénuries et des flambées sont provoquées sans que le gouvernement ne soit en mesure de détecter leur origine ou de maîtriser leur ampleur. » Ajoutons que le gouvernement a laissé faire cette économie parallèle et certains de ses membres sont soupçonnés en avoir largement profité. 

  

Au 8 janvier, les troubles ont fait cinq morts et 800 blessés. En réponse, le  gouvernement décide de suspendre l’obligation des paiements par chèques. En réalité, le Premier ministre n’a pas répondu aux revendications des manifestants, mais « L'Etat a cédé à la pression quasi-mafieuse des détenteurs des voies marchandes informelles », selon l'universitaire Belkacen Boukherouf cité par El Watan. « En prenant la voie de la facilité pour ramener rapidement le calme (...) le gouvernement (...) a pris une mesure dangereuse qui légalise l'informel ». Donc, le pouvoir cède à un système mafieux, ce qui ne peut qu’accentuer la révolte du peuple algérien. Les contestations les plus fortes ont eu lieu à Bab El Oued, le quartier populaire d’Alger qui fut, pendant la guerre coloniale, le fief du FLN, que les paras français combattirent par la torture. Tout un symbole !

 

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A Alger, dans le quartier de Bab el Oued, une vieille

tradition de luttes.

  

Ali Chibani, dans l’édition électronique du « Monde diplomatique » du 13 janvier, écrit : « L’exécutif pose donc un pansement sur le front d’un corps social enfiévré… « On avait espéré que la rue soit écoutée, au lieu de cela 1200 jeunes ont déjà été arrêtés, déplore Mustapha Bouchachi. Beaucoup d’entre eux ont subi des violences policières et sont incarcérés. » Le président de la Ligue algérienne des droits humains (LADDH) craint que les manifestations de ce début d’année ne se reproduisent ; selon lui, le pouvoir doit lever l’état d’urgence instauré en 1992, dont le maintien « ne vise plus les intégristes mais la société civile ».

 

Algerie-revolte

 

Partout, comme ici à Alger, les mêmes images de jeunes en lutte et de

répression policière.



Au moment où les étudiants, les syndicats et les partis d’opposition s’organisent pour poursuivre le mouvement de manière pacifique, les autorités publiques sont accusées d’empêcher l’accès au réseau social Facebook. A une société assoiffée de liberté, l’Etat n’a que des verrous à offrir… »



Comme pour la Tunisie, dictature et néolibéralisme forment un couple uni ! Mais, dans une moindre mesure que la Tunisie, le pouvoir algérien actuel est ébranlé par ce mouvement populaire. Et en Algérie, il existe une alternative démocratique et populaire autre que les Islamistes.



Quant au Maroc, si la contestation s’exprime de manière moins massive et semble même affaiblie, plusieurs manifestations eurent lieu : la richesse du pouvoir royal, les palais immenses qui narguent, à travers tout le pays, la misère du peuple entassé dans la précarité des médinas, font depuis longtemps l’objet d’un mécontentement latent qui, à tout moment, pourrait donner lieu à une explosion de colère.

Dans ce pays, l’opposition semble mieux organisée, par une élite politique bien structurée ; et la révolte pourrait ressurgir rapidement, à l’instar de celles qui secouent ses voisins immédiats. Toutefois, la police a reçu l’ordre de disperser les manifestations naissantes, notamment celles qui ont lieu en soutien aux insurgés tunisiens.

 

La « courageuse » et « lucide » Europe

 

Et l’Europe dans tout cela ?

 

Souvenons-nous. Sarkozy avait, au début de son mandat, lancé cette idée apparemment séduisante de l’Union de la Méditerranée. Il voulait étendre le processus de Barcelone où avait été élaboré un accord de coopération économique entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens. Cette initiative a capoté au départ, car Sarkozy n’a pas tenu compte de la situation réelle des pays d’Afrique du Nord et s’est montré par trop timide à l’égard des Palestiniens et surtout, les participants arabes craignirent une résurgence néocoloniale.

 

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Nicolas Sarkozy et Carla Bruni avec Ben Ali : une

amitié durable, le temps de la "splendeur" du dictateur

 

Les dirigeants de nos vieilles démocraties vivent dans le passé et s’abritent derrière leurs vieux réflexes. Ils n’ont toujours pas pris la mesure des nouveaux moyens de communication qui mettent à la portée de chaque internaute toutes les informations disponibles, sauf à en censurer l’accès. D’où leurs tentatives pour imposer le silence à certains sites comme Wikileaks, sous prétexte que le peuple ne doit pas tout savoir des manigances d’Etat parce qu’il ne serait pas à même de tout comprendre. Pratique qui ne manque pas dans ces régimes despotiques avec lesquels l’Union européenne continue à commercer. Il est donc lamentable de les entendre nous mentir encore de manière éhontée, pensant nous rassurer par leurs propos, alors que leurs impostures ne font qu’alimenter le dégoût et le mépris, quand ce n’est pas la haine chez les plus jeunes. Ils n’ont décidément rien compris…

 

Il aurait fallu, au contraire, aider les Etats du Maghreb à relancer l’Union pour le Maghreb arabe, sorte de marché commun entre les pays d’Afrique du Nord, hormis l’Egypte qui fut fondé en 1989. Cette Union est bloquée à cause du conflit au Sahara occidental qui oppose le Maroc et l’Algérie dont la victime est le peuple Sahraoui qui demande, depuis près de quarante ans, son autodétermination.

 

Ce blocage a de graves conséquences. Il a un coût social et économique considérable pour ces pays. Le « coût du non – Maghreb » concerne des secteurs essentiels comme l’énergie, les banques, les transports, l’agroalimentaire, l’éducation, la culture, le tourisme. Le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde ! Les conséquences en sont catastrophiques. Les frontières fermées coûtent à ces pays la perte de deux points de croissance. Et des milliers de jeunes vivent dans la précarité tandis que les plus audacieux s’en vont chercher en Europe, souvent au péril de leur vie, une existence qu’ils croient meilleure et plus active.  

 

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Catherine Ashton, responsable des Affaires étrangères de

l'Union européenne : sait-elle s'il se passe quelque-chose au Maghreb ? 

Faiblesse d’une Union européenne évanescente, complicité à peine voilée avec des dictatures sanguinaires et déclinantes, il ne faudra pas pleurer si l’Europe se voit un jour méprisée par les peuples du monde entier. Michel Camau, dans « Le Monde » de mercredi 19 janvier, écrit : « Si l'Europe désire se montrer solidaire de cette difficile et périlleuse entreprise, elle ne pourra s'en tenir seulement à la proposition d'aides, fût-ce pour la tenue d'élections. C'est toute sa stratégie de voisinage avec les pays tiers méditerranéens qui devra être reconsidérée. Il lui appartient de tirer la leçon du janvier tunisien, cette onde de choc au sein d'une zone de proximité traitée jusqu'à présent comme le limes de l'espace démocratique européen. Ce n'est pas dans le confinement de fortifications que la démocratie pourra advenir en Tunisie ni, a fortiori, chez ses voisins. "La démocratisation en Europe, disait Nietzsche, est en même temps et sans qu'on le veuille, une école de tyrans." Détournons la formule en fonction de notre actualité et de nos convictions démocratiques ; elle offre matière à réflexion pour "nous autres "bons Européens"" dans nos relations avec la rive sud de la Méditerranée. »

 

Rien à ajouter, Votre Honneur.

 

 

Pierre Verhas

 

Bientôt : dernier volet, l’Islande

 

 

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 21:06

 

Assistons-nous aux premiers rapports de force entre les peuples et les élites mondialisées ? Les mouvements en Tunisie, en Algérie, et, c’est moins connu, en Islande semblent le confirmer.

 

Le Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc) combinent des pouvoirs « forts » - le pouvoir policier de Ben Ali à Tunis, le pouvoir militaire nationaliste de Bouteflika à Alger et le pouvoir royaliste quasi féodal de Mohammed VI à Rabat – et des politiques néo-libérales dures. L’Islande, c’est différent, c’est une démocratie exercée par le peuple qui a renversé le gouvernement et nationalisé les banques qui avaient ruiné ce pays.

 

Néanmoins, il y a un point commun entre ces quatre pays : un rejet radical des politiques ultra-libérales. La dictature des banques dans un petit pays, entretint l’illusion à une population islandaise mal renseignée d’un enrichissement rapide. Les pouvoirs totalitaires au Maghreb ont imposé un régime économique délaissant le peuple au profit d’une minorité qui contrôle tous les instruments du pouvoir et qui possède plus de 90 % de la richesse.

 

1. Tunisie : la révolte des « diplômés – chômeurs ».

 

C’est pendant la deuxième quinzaine du mois de décembre 2010 que des troubles ont éclaté en Tunisie. Il s’agissait au départ de protester contre une brutale hausse des prix et une pénurie des produits de base et surtout se révolta contre la hogra (mépris) de l’élite à l’égard du peuple. C’est ainsi que, progressivement, est apparu  le mot d’ordre de ce mouvement : liberté, travail, dignité.

 

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Une colère qui n'est pas prête de s'arrêter.

 

La contestation fut au départ limitée, à en croire les médias locaux placés sous le contrôle du pouvoir. Ben Ali déclara qu’il comprenait la « montée de colère » tout en exprimant de « la compassion et de la fermeté » selon un hebdo muselé. Les choses prirent une tournure dramatique le 17 décembre à Sidi Bouzid (ville du centre-ouest de la Tunisie à quelque 265 km de Tunis) : Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé qui vivotait du commerce ambulant, s’est immolé par le feu. Transporté à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous, il décéda le 4 janvier 2011. Entre temps, Ben Ali eut l’indécence de lui rendre une visite médiatisée le 28 décembre. Le héros Bouazizi est le symbole de la jeunesse tunisienne délaissée : celle des « diplômés – chômeurs », des jeune qualifiés après de longues et très chères études, qui sont contraints à des travaux précaires pour survivre ! Ce sont ces jeunes qui descendent dans la rue, prêts à se sacrifier pour assurer à d’autres un avenir meilleur.

 

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Ben Ali eut l'indécence de se rendre le 28 décembre

au chevet de Mohamed Bouazizi qui s'était immolé par le feu.

Il  décédera le 7 janvier.

 

Et cela n’est pas nouveau. Depuis 2008, la Tunisie vit au rythme des mouvements sociaux d'une intensité sans équivalent au Maghreb, qui agitent en particulier le sud du pays, et les environs de Gafsa, une région minière où plus de la moitié des habitants ne trouvent pas de travail.  La révolte populaire du bassin minier Gafsa est une grève générale de plus d'un an et demi dans toute la région sud de la Tunisie, qui n'en peut plus d'être marginalisée par le régime en place. Sous-médiatisée par la presse internationale, ce mouvement n'en a pas moins eu des conséquences dramatiques, lorsqu'à la mi-2008, l'armée intervint à Redeyef, petite ville de la région, pour réprimer une manifestation, tuant au passage un jeune homme âgé de 25 ans. Par la suite, plusieurs dizaines de militants et syndicalistes ont été condamnés à des peines de prison ferme, simplement pour avoir informé de ce qui se passait à Gafsa.

 

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Carte des manifestations en Tunisie : pour la première fois,

le mouvement de révolte s'étend dans tout le pays.

 

Néo-libéralisme et totalitarisme forment un couple bien uni. La politique économique est axée avant tout sur l’exportation et le tourisme. Il y a la Tunisie des plages et des clubs de vacances, d’où le peuple est tenu éloigné. Il y a la Tunisie du «miracle économique tunisien», comme on disait dans les années 1990, pour désigner une économie tunisienne dopée par le textile off shore et la délocalisation des centres d'appels. Et cette « nouvelle » économie est appréciée dans les plus hautes sphères internationales : «  En Tunisie, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. »  Qui a prononcé cet éloge ? Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI… Il y a la Tunisie de la réalité sociale, celle d'un pays qui coule, sous le joug d'une famille toute puissante, qui organise sans se cacher la succession d'un président malade, au pouvoir depuis 1987.

 

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Dominique Strauss-Kahn, en expert, apprécie le

régime politique et économique de la Tunisie.

 

Il y a cette Tunisie d’un pouvoir politique aux mains d’une seule famille depuis 1987 et qui a pour instrument la police. En dehors de l'armée, entre 80.000 et 120.000 personnes, sont employées par l'Etat tunisien pour assurer le contrôle de la population. Un habitant sur 100 ! Grâce à ces «fonctionnaires de la répression», l'Etat tunisien dispose toujours d'une formidable machine à collecter des informations, et peut s'en servir contre les opposants au régime. La moindre réunion publique continue d'être étroitement encadrée par la police locale. Et il n'y a aujourd'hui aucun moyen de savoir comment cet appareil répressif réagira à la déstabilisation d'un régime qui l'a créé, et qui le nourrit. Ainsi, Ben Ali, par la traque de ses opposants a réussi à les affaiblir. Il y eut d’abord le parti islamiste Nahda dont il fit emprisonner et torturer tous les dirigeants, avec les félicitations de « l’Occident » pour son efficace lutte « contre le terrorisme ». Ensuite, Ben Ali s’attaqua aux partis démocratiques, en traquant les membres des petits partis des notables locaux et puis en s’attaquant au Parti communiste. Ben Ali est parvenu à vider l'espace politique tunisien de toute organisation partisane crédible. Cela a non seulement aidé à la longévité du régime, mais cette quasi disparition des partis politiques, rend difficile une alternance.

 

Sur le plan syndical, il y a un syndicat unique : l’UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens). Cette organisation est inféodée au pouvoir et même si elle soutient le mouvement populaire du bout des lèvres, ne contribuera sans doute pas, à moins d’un revirement fondamental, à renverser ben Ali, sa famille et ses sbires. Cependant, cette belle unité syndicale s’effrite. Deux centrales, celle des PTT et celle de l’enseignement supérieur sont rentrées en dissidence et veulent réunir un congrès de l’UGTT pour décréter une grève générale.

 

Quant à l’armée, elle joue un rôle secondaire dans la société tunisienne, contrairement aux autres Etats du Maghreb. Comme il n’y a pas de contentieux entre la Tunisie et ses deux voisins, l’Algérie et la Lybie, les moyens de l’armée ont été considérablement diminués. De plus, Ben Ali ne souhaite pas voir s’installer un « concurrent » à sa chère police. Comme le disait un jeune manifestant : « Ben Ali n’est pas le président de la Tunisie, c’est le chef des flics ! ». Cela dit, l’armée montre des signes de réticences à participer à la répression. Des soldats ont refusé de tirer sur les manifestants et devant le tribunal de Kasserine, au centre du pays, un des hauts lieux de la contestation,  lundi 10 janvier, en début d'après-midi, une petite dizaine de soldats montaient la garde, autant pour prévenir d'éventuels troubles en son sein que pour protéger les avocats, comme le rapportent plusieurs témoins.

 

Les avocats sont, après les jeunes, le fer de lance du mouvement. En effet, les avocats tunisiens, parmi les premiers à se mobiliser et à subir intimidations et enlèvements, travaillent actuellement à réunir un dossier suffisamment solide pour porter plainte devant la Cour pénale internationale.

 

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Manifestation des avocats : ils veulent la fin de la

dictature de Ben Ali.

 

Cela bouge aussi au Parlement. L'Union démocratique unioniste (UDU, opposition légale, huit sièges au Parlement) a appelé à une action «urgente» du président tunisien et exigé l'«arrêt immédiat» de tirs à balles réelles contre les civils. Ce parti proche du pouvoir «condamne les tirs à balles réelles et exige l'arrêt immédiat de l'usage des armes à l'encontre des citoyens». Il demande en outre au président d'intervenir «d'urgence pour assainir le climat, rétablir la confiance et restaurer le calme», exigeant le jugement de «toute personne ayant ordonné l'usage des armes afin d'éviter au pays le risque d'interventions étrangères dans ses affaires nationales». Dans le texte signé par son secrétaire général Ahmed Inoubli, l'UDU réitère son «alignement et appui aux revendications légitimes et à leur expression par des moyens pacifiques», tout en rejetant les atteintes aux biens publics et privés.

 

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Manifestation en Tunisie : des revendications pour

remplir des besoins vitaux.

 

Cela commence à faire beaucoup ! Le régime vacille. Ben Ali est intervenu deux fois à la Télévision. Il manie la carotte et le bâton. La carotte, c’est la promesse de 300.000 emplois ! Le patronat tunisien en avait promis, samedi 8 janvier, la création de 50.000 emplois… Il y a comme un hyatus ! Quant au bâton, c’est bien entendu une répression renforcée.  Personne ne croit à ces promesses, mais elles sont le signe d’un pouvoir aux abois. Pourtant, la longue répression des forces politiques hostiles à la dictature de Ben Ali a provoqué un vide politique. Il n’existe pas de structure à même de renverser le pouvoir actuel et de s’installer à sa place. «Notre gros problème, c'est l'absence de perspective politique, indique toutefois Nizar Amami, l'un des responsables de la branche des PTT de l'UGTT, Aucun parti n'émerge, le parti démocrate progressiste (PDP, opposition légale) est trop faible. L'UGTT vient se substituer à l'opposition pour lancer des mots d'ordre, des actions de solidarité, mais pour le projet... Reste que le régime est vraiment déstabilisé, et que l'on a jamais vu ça. Depuis le début, les slogans des manifestants sont dirigés contre Ben Ali et sa famille (en l'occurrence, le clan de sa femme, Leila Trabelsi), dont les gens ne veulent plus. C'est pour ça que la police tue, parce que les dirigeants ont peur. Les signaux envoyés par l'armée, dans ce contexte, c'est très important. À nous maintenant de faire notre boulot pour compenser la faiblesse de l'opposition politique.» (Interview recueillie par le site « Mediapart »).

 

Ben_ali_TV_10-janvier.jpg

 

Ben Ali à la Télévision tunisienne le 10 janvier : la

carotte et le bâton. Le 13 janvier : il promet de partir

en 2014, il ordonne à la police de ne plus utiliser de

balles réelles, il ordonne la baisse des prix des produits de

base et promet le pluralisme politique. Parole, parole...

 

Oui, il y a du boulot ! Mais le sang continuera à couler s’il n’y a pas un changement significatif dans les plus brefs délais. Selon le quotidien arabe Al Hayat publié à Londres, trois scénarios sont possibles. Le premier : Ben Ali et son entourage veulent à tout prix rester au pouvoir. C’est le cycle provocation – répression. La crise économique s’amplifierait à la suite du recul du tourisme et des investissements domestiques et internationaux, et alimenterait par conséquent la crise sociale. Ainsi, la Tunisie, paradoxalement, pourrait constituer l'étincelle qui embrasera le monde arabe en plus d'un endroit.

Deuxième scénario : Un coup d'Etat militaire et policier dirigé de l'intérieur et de l'extérieur, sacrifiant Ben Ali et sa famille afin de préserver le régime et de poursuivre la même politique, avec certes un peu moins de violence. Il serait porté par un homme « providentiel »qui tiendrait le même discours que Ben Ali. Or les Tunisiens n’accepteront plus les promesses.

Troisième hypothèse : Un changement qui viendrait de l'intérieur du régime, dirigé par des hommes qui ne jouent pas le même vieux jeu que Ben Ali, mais comprennent que les choses ont changé et acceptent d'instaurer un gouvernement d'union nationale avec les forces représentatives. Sa tâche consisterait à mettre un terme à l'état d'urgence non déclaré dans lequel le pays vit depuis 1991, d'apurer le climat par une amnistie générale et de préparer des élections présidentielle et législatives libres et transparentes dans des délais courts.

 

Eh bien ! Aucune de ces trois hypothèses ne tient la route, car elles oublient un élément essentiel : le peuple. Sans la participation du peuple, rien n’ira. Il est vrai que le propriétaire d’Al Hayat est un prince saoudien… Les dirigeants – affairistes du monde arabe prendraient-ils peur ?

 

En tout cas, la contestation s'étend. Elle atteint la capitale Tunis où les autorités ont décrété le couvre-feu. Le clan Ben Ali commence à paniquer. Ce 13 janvier, Ben Ali s'est adressé une fois de plus aux Tunisiens via la TV. Ce n'est que la troisième en quinze jours ! Il annonce qu'il ne se représentera plus en 2014 - la belle affaire, il vient d'être réélu -, qu'il a ordonné à la police de ne pas tirer à balles réelles sur les manifestants - Aurait-il peur de devoir rendre des comptes à une Cour pénale internationale ? -, enfin, il a demandé une baisse du prix des denrées de première nécessité. Cela sera la troisième... Ben Ali a également promis la liberté d'expression dans les médias et le pluralisme politique.  Chiche !

 

S'il croit que le mouvement s'étouffera avec ses belles promesses, il se trompe lourdement. Le peuple tunisien n'accepte plus les promesses. Ben Ali et son clan doivent partir. Mais est-il possible d'instaurer un pouvoir réellement démocratique et social à sa place ? C'est toute la question.

 

Pierre Verhas

 

Demain : n° 2 l’Algérie, le Maroc et… l’Europe

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 21:02

Les astronomes se demandent depuis longtemps ce qui peut chauffer la couronne solaire. Une étude menée à l'aide de deux observatoires solaires spatiaux semble prouver que cette chaleur est transférée de l'intérieur du Soleil vers la couronne par de petits jets de plasma, les spicules.

Lorsqu'on admire une éclipse totale de Soleil, on remarque tout autour de notre étoile masquée par la Lune une grande auréole lumineuse, la couronne solaire. Bien que la surface du Soleil, la photosphère, soit à une température d'environ 6.000 K, la couronne solaire pourtant plus éloignée est beaucoup plus chaude, entre 1 et 3 millions de kelvins. Cette anomalie est l'un des grands axes de la recherche en physique solaire depuis les années 1930, époque où l'astronome Bernard Lyot, assisté d'Audouin Dollfus, a mis au point le coronographe, une ingénieuse lunette permettant de simuler des éclipses totales et d'observer les régions périphériques du Soleil.

 

Pour tenter de comprendre l'énigme du chauffage de la couronne solaire, une équipe de chercheurs du LMSAL (Lockheed Martin Solar and Astrophysics Laboratory) a utilisé les données fournies par deux satellites solaires. Le premier, Hinode, est un observatoire japonais en orbite depuis la fin de l'année 2006. Le second, SDO (Solar Dynamics Observatory), a été lancé début 2010 par la Nasa. Tous deux permettent de suivre l'activité solaire à haute résolution, en scrutant des petites parcelles de la surface de notre étoile.

 

couronne_solaire01.jpg


Les spicules vues par SDO. Elles pourraient servir à transporter le plasma solaire dans la couronne. © Nasa


Les spicules, tubes de chauffage

On connaît depuis longtemps l'existence à la surface du Soleil des spicules, de longs tubes formés par l'intense champ magnétique solaire dans lesquels circule très rapidement du plasma. Les spicules sont particulièrement actives autour des taches solaires. Au cours de leur brève durée de vie (quelques minutes) elles se soulèvent puis retombent sur le Soleil.

Personne n'avait imaginé que ces spicules puissent avoir un effet de chauffage appréciable de la couronne solaire. Mais en 2007 l'équipe du LMSAL a découvert une nouvelle variété de spicules très chaudes et se déplaçant verticalement à plus de 100 kilomètres à la seconde. Les images haute résolution de Hinode et SDO ont montré depuis les connexions qui s'établissent entre ces spicules et la couronne solaire, une découverte rapportée dans le dernier numéro de la revue Science. Selon l'article publié par les chercheurs du LMSAL, les spicules sont accélérées verticalement dans la couronne solaire et viennent y déverser leur plasma brûlant telles des fontaines.

Il faudra attendre 2012 et la mise en service d'une autre mission de la Nasa, Iris (Interface Region Imaging Spectrograph), pour mieux comprendre ce phénomène de transfert ainsi que le rôle joué par la chromosphère (une couche épaisse de 10.000 kilomètres située entre la photosphère et la couronne), zone de transit des spicules.

 

couronne_solaire03.jpg

 

Image du Soleil réalisée par SDO en ultraviolet. Les couleurs indiquent la température (de 800.000 kelvins en bleu à 2 millions de kelvins en rouge). Des jets de plasma chaud, les spicules, s'élèvent dans la chromosphère. © LMSAL/Bart De Pontieu

  

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
http://www.astrosurf.com/apex-occult/
Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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J'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit
I too much liked stars to be afraid of the night

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 09:28

C'est une étrange figure que dessine le Soleil dans le ciel au cours d'une année, l'analemme. Seuls quelques photographes chevronnés et patients sont parvenus à immortaliser ce phénomène.

Vous avez déjà remarqué que le Soleil n'était pas à la même place dans le ciel tout au long de l'année. On ne parle pas bien entendu de son déplacement apparent d'est en ouest en raison de la rotation de notre planète sur elle-même. L'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre ajouté à son déplacement annuel fait varier la déclinaison du Soleil, sa hauteur dans le ciel. Notre étoile est au plus haut au solstice d'été et au plus bas à celui d'hiver. La position médiane se produit aux équinoxes, lorsque le Soleil passe à la verticale de l'équateur terrestre. Cela se traduit par un trajet différent du Soleil dans le ciel au cours d'une année.

Un autre phénomène plus délicat à percevoir s'ajoute : en raison de l'excentricité de l'orbite terrestre, le déplacement apparent du Soleil ne se fait pas toujours à la même vitesse. Pour ne pas passer notre temps à corriger l'heure sur nos montres en fonction de ces apparents ralentissements et accélérations, nous utilisons une heure solaire moyenne. Il existe une seule méthode pour visualiser toutes ces variations de vitesse et de trajectoire apparentes du Soleil, photographier notre étoile à la même heure pendant une année. La figure obtenue s'appelle l'analemme et a la forme d'un chiffre 8 allongé. Un défi que peu de photographes sont parvenus à relever.

 

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Analemme au-dessus de l'un des temples du sanctuaire de Delphes. © Anthony Ayiomamitis

 
Images rares

Dans la liste des phénomènes difficilement photographiables, on connait le fameux rayon vert, observable parfois très brièvement quand le Soleil se couche. Photographier l'analemme est une toute autre affaire. La première image de ce genre a été réalisée en 1978 et 1979. Il aura fallu 2 années à l'astrophotographe Dennis di Cicco pour obtenir 44 vues du Soleil sur la même image. À cette époque point d'appareil photo numérique ni de logiciel pour assembler les images. On devait superposer les vues sur le même morceau de négatif, c'est-à-dire réarmer l'appareil à chaque fois sans faire avancer le film !

La technologie aidant, les photographes actuels peuvent additionner différentes images plus facilement pour obtenir un cliché unique. Mais l'opération reste tout de même très complexe. Imaginez qu'il vous faudra faire une photo du Soleil exactement à la même heure et au même endroit en moyenne tous les 8 jours pendant un an. Prévoyez beaucoup de disponibilité et surtout une météo très clémente. Ceci explique que les rares images d'analemme obtenues depuis 35 ans aient presque toutes nécessité de photographier notre étoile pendant deux années : si vous connaissez une longue période de météo épouvantable, vous devrez attendre l'année suivante aux mêmes dates pour faire vos clichés !

Vous allez maintenant pouvoir regarder les images d'analemme avec tout le respect qui s'impose à leurs réalisateurs. Pendant un an (ou deux) ils réalisent très régulièrement leur image du Soleil avec un filtre, puis ils superposent l'ensemble à une image (sans filtre) du paysage qui a servi de cadre aux prises de vues. Le résultat est aussi difficile à obtenir que spectaculaire, comme le montre cette image de Tamas Ladanyi réalisée en Hongrie. D'autres montages de ce type sont visibles sur le site Internet du projet Twan (The World At Night).

 

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L'analemme de Tamas Ladanyi, un des photographes du projet Twan. © Tamas Ladanyi

  

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
http://www.astrosurf.com/apex-occult/
Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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J'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit
I too much liked stars to be afraid of the night

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Published by pierre verhas
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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 11:16

 

La énième tentative de conciliation dans la crise belge a évidemment échoué. Il est temps d’arrêter ces négociations qui ne mènent à rien. La mission illusoire ayant pour objet de « concilier l’inconciliable » s’est enlisée.

 

Dans un « post » précédent, j’écrivais, en septembre, aux négociateurs : « Le compromis, Madame, Messieurs, a ses limites. Au lieu de renier le fondement de notre vie commune, par la dérisoire recherche d’un arrangement sans avenir, au lieu de céder à l’adversaire dans le timide espoir de garder quelques hochets, au lieu de prendre la ridicule posture de « Madame non », ayez le courage de fixer les limites principielles au delà desquelles, c’est le « Non possumus ».

 

Le 13 juin dernier, Madame, Messieurs, vous avez eu un mandat. Il ne comportait pas le reniement au nom d’un illusoire apaisement. Il vous obligeait à négocier un accord honorable. Et dans l’impossibilité, vous vous seriez grandis en rompant. »

 

Il n’y eut pas de rupture. Les limites n’ont pas été fixées. Le roi est nu. Pendant ce temps, le monde évolue dangereusement. Nos conquêtes sociales sont menacées par le néolibéralisme triomphant. La liberté est petit à petit grignotée par le poids de la pensée unique ne souffrant aucune contestation et par des mesures restrictives motivées par de soi-disant « louables intentions ». Les négociateurs viennent de montrer que la Belgique n’existe plus car ils n’ont ni le courage, ni les capacités de définir son avenir.

 

Alors, quoi ? L’Etat Belgique est agonisant. Les régions et les communautés sont des constructions branlantes. Les institutions sont paralysées. Ces structures sont inaptes à répondre aux défis du temps : crise financière et monétaire, régression sociale, conflits internationaux. L’Etat est en voie de disparition et l’histoire ne ressuscite jamais le passé.  Il reste donc une voie : l’Europe. Cependant, elle est encore dominée à la fois par d’autres Etats déliquescents et imprégnée de l’idéologie néolibérale.

 

C’est donc le combat d’aujourd’hui. Une Europe politique et sociale. Il est à une échelle supranationale. Nous devons nous y préparer si nous voulons sauver l’essentiel et peser sur le cours des choses.

 

Quant à ce qui subsiste de la Belgique, elle a, paraît-il, un vrai faux gouvernement qui fonctionne vaille que vaille. Bah ! Rien vaut mieux que moins que rien.

 

Pierre Verhas

 

 

 

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