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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 14:30

Reprenons depuis le début. Kadhafi, l’Ubu libyen assassin et terroriste redevenu « fréquentable » par la magie du baril de pétrole, craint par-dessus tout, les révoltes arabes qui ont commencé en Tunisie et se sont poursuivies en Egypte. Il a raison.  Une partie du peuple libyen commence à le contester. La répression sanglante ne suffit pas. Les rebelles tentent de constituer une armée qui lance sa première offensive depuis Benghazi. Après avoir subi l’assaut des rebelles libyens qui avançaient le long de la côte méditerranéenne de la Cyrénaïque – la partie Nord – Est de la Libye – jusqu’à la Tripolitaine, en plus de ses paroles aussi menaçantes qu’incohérentes, Kadhafi  jette toutes ses forces dans la bataille, particulièrement ses chasseurs – bombardiers Sukoï et ses chars qui lui permettent de reprendre du terrain à une rébellion mal armée, mal organisée, mal entraînée. En quelques jours, cette avancée des troupes « fidèles » au régime et de mercenaires provenant d’Afrique sub-saharienne qui sèment la terreur dans la population est fulgurante, Benghazi est menacée.

 

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Kadhafi : le père Ubu de Tripolitaine

 

Jusqu’alors, les « Occidentaux » s’étaient contentés d’observer avec inquiétude ce qu’il se passait. La certitude que Kadhafi allait l’emporter les fit réagir, mais pas comme on l’a cru. Si, formellement, c’est la France qui a proposé la fameuse résolution 1973 du Conseil de Sécurité, c’est en réalité les Etats-Unis qui mènent la danse. Ce sont trois femmes –  Hillary Clinton, la Secrétaire d’Etat, Susan Rice, l’ambassadrice des USA à l’ONU et Samantha Power, dirigeante à la Sécurité intérieure – qui ont convaincu le président Obama d’intervenir en Libye, ce dernier craignant une escalade qui pourrait mener à un second Irak.

 

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Susan Rice, déléguée des Etats-Unis à l'ONU : le rôle majeur des

femmes dans la prise de décision au sujet de l'intervention en Libye

 

On a laissé à la France l’illusion d’avoir pris l’initiative de « la »1973, mais les USA commandent toutes les forces coalisées. Sarkozy joue pour la galerie et… son éventuelle réélection. Aussi, le cirque de BHL qui a amené, à grand tapage, à Paris, la délégation du Conseil d'opposition qui est censé être l’organe politique de la rébellion, est à usage uniquement franco – français, le « philosophe » médiatique n’ayant joué aucun rôle réel en cette affaire. En l’espèce, le président français a commis une grave erreur diplomatique : il a reconnu le Conseil d'opposition comme étant le seul interlocuteur valable. En cela, il a violé le principe évident : on reconnaît des Etats et non des gouvernements. Cela aura certainement de sérieuses conséquences plus tard. En attendant, en cas d’échec ou d’enlisement, ce ne sont pas les Américains qui porteront le chapeau, mais la France de Sarkozy.

 

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BHL pose en Libye... auprès d'un camion renversé. Tout un symbole !

 

Au niveau des opérations qui ont débuté juste après une réunion de coordination qui a eu lieu dimanche 20 mars à Paris, l’on constate que les Français y ont été un peu fort et pas toujours de manière efficace. Les Américains ont décidé de calmer le jeu après qu’ils aient perdu un appareil au-dessus du territoire libyen. De toute façon, l’objectif est atteint. La zone d’exclusion aérienne fonctionne et Benghazi est sauvée, les loyalistes ayant reculé de quelque 160 km.

 

Libye_intervention04.jpg

 

La résolution 1973 demande une zone d'exclusion aérienne,

pas de favoriser un  camp.

 

 

Cependant, nul ne peut prévoir l’avenir. Les Occidentaux sont divisés (comme d’habitude…). L’Allemagne refuse de s’inscrire dans ce conflit et les raisons qu’elle invoque sont respectables. Une polémique est née sur le rôle de l’OTAN. Les Français et les Britanniques, ou l’alliance de deux conservateurs : Sarkozy et Cameron, ne sont guère enthousiastes de voir l’organisation politico – militaire jouer un rôle. Un accord est finalement intervenu : l’OTAN se chargera de faire appliquer l’embargo sur les armes à destination de la Libye en assurant un commandement maritime. N’oublions pas qu’en plus de l’abstention de l’Allemagne, un membre important de l’OTAN est hostile à toute intervention militaire, la Turquie. Et puis, nouveau revirement, c’est l’OTAN qui va coordonner les opérations. Tout cela est d’une cohérence exemplaire !

 

1973 n’est pas respecté : ce sera l’enlisement.

 

Si les premiers jours ont montré des succès sur le terrain, la question fondamentale est : quels sont les buts de guerre ? Si on s’en tient à la résolution 1973, c’est empêcher le massacre du peuple libyen par l’armée de Kadhafi. Certains en ont une lecture extensive, comme le va-t-en guerre belgo-flamand Pieter De Crem et l’ineffable Armand De Decker, leader libéral bruxellois, à savoir éliminer Kadhafi et envisager une intervention militaire au sol. Or, toute occupation de la Libye est formellement interdite par la résolution :

 

« Protection civile

4. Autorise les États Membres qui ont adressé au Secrétaire général une notification à cet effet et agissent à titre national ou dans le cadre d'organismes ou d'arrangements régionaux et en coopération avec le Secrétaire général, à prendre toutes mesures nécessaires, nonobstant le paragraphe 9 de la résolution 1970 (2011), pour protéger les populations et les zones civiles menacées d'attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d'une force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen, et prie les États Membres concernés d'informer immédiatement le Secrétaire général des mesures qu'ils auront prises en vertu des pouvoirs qu'ils tirent du présent paragraphe et qui seront immédiatement portées à l'attention du Conseil de sécurité; »

 

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Un char de Kadhafi bombardé par les Français près de Benghazi.

Est-ce vraiment le rôle dévolu à la France par l'ONU ?

  

En cette affaire, il est clair que les néoconservateurs tentent de relever la tête. Il faut à tout prix les empêcher de nuire. Ils sont aussi dangereux que Kadhafi !

 

L’Europe affaiblie

 

Tout indique que l’on s’oriente vers un enlisement dans ce conflit qui n’est même pas tout à fait déclenché. L’Union européenne s’est dotée, avec le Traité de Lisbonne, d’instances qui doivent mener à une politique étrangère cohérente. Une certaine Catherine Ashton, comme à son habitude, est aux abonnés absents. « La décision de lancer l'opération, poussée par la France et la Grande-Bretagne et votée au Conseil de sécurité malgré l'abstention de l'Allemagne, constitue peut-être une victoire diplomatique pour Paris et Londres, mais en même temps "un échec absolu pour la politique étrangère européenne", juge l'eurodéputé conservateur britannique Charles Tannock. » (Libre Belgique 23 mars 2011).

 

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Daniel Cohn Bendit et Guy Verhofstadt : il ne fallait pas voter

"Lisbonne". L'Europe n'en serait pas là !

 

De son côté, le groupe Spinelli dont les deux leaders sont l’ancien Premier ministre libéral flamand Guy Verhofstadt et Daniel Cohn Bendit, fustige l’absence de politique étrangère de l’Union, en violation de l’article 14 du Traité de Lisbonne. Voilà où on arrive quand on accepte des traités ambigus au lieu de tout remettre à plat ! Il ne fallait pas voter « Lisbonne », Messieurs, vous récoltez ce que vous avez semé. Vous saviez bien que cela ne marcherait pas et vous avez lancé les pires insultes à ceux qui y étaient opposés, non par « euroscepticisme », mais parce qu’ils veulent une Europe plus efficace sans passer par les fourches caudines du néo-libéralisme.

 

Une époque historique est révolue.

 

Alors, que faire ? La solution vient sans doute du monde arabe. Après tout, il est le premier concerné. Guy Stibon, journaliste à l’hebdo français Marianne, a publié une interview du Premier ministre tunisien, Béji Caïd Essebsi, qui a succédé à Gannouchi renversé par la pression populaire et qui est un homme bien plus crédible. Que dit-il ?

 

« Attention, pour nous la Libye ce n’est pas l’étranger, c’est une affaire intérieure. Les mêmes familles vivent des deux côtés de la frontière. Presque chaque ville de Tunisie possède son quartier tripolitain. Nous avons reçu plus de 160.000 réfugiés en quelques semaines. Nous n’avons pas crié à l’invasion. Nous leur avons porté secours dans la limite de nos moyens. Les habitants des régions frontalières les ont reçus chez eux. On ne nous a pas signalé de mécontentement local. 

 

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Le Premier ministre Tunisien : Béji Caïd Essebi

 

Vous, en France, quand dans un moment de crise, 5.000 Tunisiens débarquent à Lampedusa (ils sont 15.000 aujourd'hui), très, très loin de votre territoire, vous y voyez un cataclysme.  Marine le Pen  court à Lampedusa. Il vaut mieux rester calme. Ce sont des drames humains accidentels qui ne tirent pas à conséquence irrémédiable. On fait avec. Vous réalisez : 160.000 immigrés survenant soudainement chez nous, toute proportion gardée, c’est l’équivalent d’un million d’immigrés en France en quelques jours. Je n’ose même pas imaginer la panique. Je ne donne de leçon à personne mais je crois que la démocratie consiste justement à régler sans heurt les problèmes qui surgissent naturellement dans une société. A propos de cette vague d’immigration, j’ai entendu des voix nous féliciter, « Vous êtes des héros », m’a-t-on dit. J’ai répondu, merci mais les héros sont fatigués, tout cela coûte cher et nous sommes un petit pays en difficulté économique. Aidez nous un peu en attendant que la Libye entre dans une ère de stabilité. »

 

Bien sûr, nous nous trouvons une fois de plus confronté à nos fantasmes, ceux d’une immigration incontrôlée, comparable à une invasion, où nous nous ferons absorber. Que nous répond Essebi ? Arrêtez de fantasmer, votre régime démocratique, si vous savez vous en servir, vous aidera à sortir de ce mauvais pas, et puis aidez-nous à nous redresser, car cela fait partie de la solution à vos problèmes d’immigration.

 

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Marine Le Pen à Lampedusa : tout est bon pour faire

une démagogie odieuse.

 

Que conclut le Premier Tunisien de tout cela ? « L’histoire obéit à des cycles. Le temps des colonisations, les vagues de décolonisation, la phase des dictatures. Cette page des dictatures est tournée. En Tunisie comme partout ailleurs, nous sommes heureusement entrés dans l’ère de la liberté, l’ère de la démocratie. Nous avons donné le départ, d’autres ont suivi. D’autres encore sont pour l’instant sur le bord de la route. Tous seront touchés, d’une manière ou d’une autre. Une époque historique est révolue. Ceux qui ne le voient pas le paieront très cher. »

 

Espérons que l’avenir lui donnera raison.

 

Est-ce aux Occidentaux à éliminer Kadhafi ? La réponse est non, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il y a eu trop de « copinages » entre le « chef » libyen et les Occidentaux n’auraient aucune crédibilité vis-à-vis des Arabes s’ils se chargeaient d’éliminer le tyran. Ils diraient qu’ils l’ont tué car il devenait gênant pour eux. Ce qui serait conforme à la vérité…  C’est aux Libyens et à eux seuls, à régler leurs problèmes intérieurs. Ensuite, il faudra se retirer le plus rapidement possible, quitte à laisser la zone d’exclusion aérienne tant qu’il y a un risque de massacres de la population. Pour le reste, l’urgent est d’attendre pour la Libye, car on ne sait pas ce qui va sortir de cette quasi guerre civile.

 

En effet, ce Conseil reconnu un peu vite par Sarkozy est un organe hétéroclite. Il constitue une coalition tribale de Cyrénaïque s’étant affublée du nom de Conseil National de l’Opposition.

 

Une guerre tribale

 

Les Occidentaux n’ont pas compris qu’il ne s’agit pas d’une insurrection pour la démocratisation du pays, comme c’est le cas en Tunisie et en Egypte. Le peuple libyen n’a connu que la dictature de Kadhafi avec sa fameuse Jamahiriya. « Il est impossible de rationaliser le système politique libyen. Le terme Jamahiriya lui-même [le nom officiel de la Libye, institué par la Constitution de 1977] repose sur la traduction du mot “république” par un jeu de mots signifiant que le pouvoir appartient au peuple. C’est le populisme sauce Kadhafi”, explique Barah Mikaïl, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). François Burgat décrit un système de pouvoir “plastique”, qui voit “coexister en parallèle plusieurs légitimités politiques (tribale, militaire, institutionnelle), dont l’une peut à tout moment prendre le pas sur l’autre”. Le “Guide se définit comme au-dessus du système, quelles que puissent être les révolutions de palais”, poursuit Barah Mikaïl. “Pourquoi voulez-vous que l’on me critique ? Moi je ne dirige rien, je n’ai pas de compétence politique ou administrative. C’est le peuple qui gère les affaires”, assénait-il sur France 2 lors de son passage controversé à Paris fin 2007. » (Journal suisse « Le Temps », 1er septembre 2009).

 

Le peuple libyen n’a donc comme culture politique le contenu du fameux « Livre vert » de Kadhafi. La véritable cause de ces événements est tribale. Le pouvoir de Kadhafi reposait sur un accord entre les tribus de Tripolitaine – c’est à l’une d’elle qu’il appartient – et les tribus de Cyrénaïque. Cet accord s’est brisé suite aux révolutions tunisienne et égyptienne. Aussi, la coalition commet la même erreur que lors des conflits sur l’ex-Yougoslavie. Elle prend ouvertement parti contre un camp, celui de Kadhafi, c'est-à-dire des tribus qui lui restent fidèles, comme jadis contre les Serbes dans les Balkans.

 

Le mandat du Conseil de sécurité n’autorise pas à aider une des parties de ce conflit. Il se limite à créer une zone d’exclusion aérienne et à éviter le massacre de populations. Or, on s’aperçoit que les forces coalisées, particulièrement la France, aident les troupes du Conseil d’opposition. Cela va favoriser ce que d’aucuns craignent : la partition de la Libye.

 

Comme l’écrit Mohamed Tahar Bensaada : « Rien n’interdit aux Occidentaux et à leurs alliés arabes de soutenir l’opposition de Benghazi. Mais s’ils veulent sincèrement une démocratisation dans le cadre de la stabilité, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale de la Libye comme ils le prétendent, ils devraient user de leur influence auprès de cette opposition pour qu’elle accepte d’entrer dans un dialogue national sérieux avec le camp Kadhafi en vue de négocier les modalités d’une transition démocratique pacifique. Si elle sait s’arrêter comme elle a su commencer, et comme le lui conseille la Turquie en vue de laisser désormais la place à la diplomatie, l’intervention militaire occidentale aura au moins réussi, dans ce cas, à imposer aux deux protagonistes la nécessité de se réunir autour d’une table de négociations. Ce dernier scénario semble le mieux indiqué pour la Libye dans la mesure où il satisfait beaucoup de monde à la fois. Dans ce scénario, le seul accroc est que ni le clan Kadhafi ni le clan de Benghazi ne pourra tout avoir. Mais ne vaut-il pas un peu que rien du tout ? Reste à neutraliser la position française qui semble la plus belliqueuse et la plus irresponsable dans ce dossier, essentiellement pour des raisons de politique intérieure. » Et cela n’est pas gagné !

 

Pierre Verhas

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 17:09

Après nous avoir présenté le mois dernier l'intégralité de la face visible de la Lune, Lunar Reconnaissance Orbiter nous propose maintenant d'admirer la face cachée.

 

La Lune nous présente toujours le même hémisphère, appelé la face visible. Lorsque la Lune s'est formée il y a 4,4 milliards d'années après une collision entre notre jeune Terre et Théia, un corps céleste de la taille de Mars, elle tournait beaucoup plus vite. C'est l'attraction terrestre qui a peu à peu freiné la Lune, synchronisant sa période de rotation sur sa période orbitale. Si la face visible de notre satellite naturel est connue depuis que l'Homme existe et fait l'objet d'explorations télescopiques depuis 400 ans, il a fallu attendre les années 1960 et les premières sondes pour recevoir les images de la face cachée.

 

Les astronomes ont eu alors la surprise de découvrir un hémisphère très différent de la face visible, caractérisé par une carence en bassins basaltiques (les fameuses « mers » lunaires) et un plus grand nombre de cratères. Cette asymétrie de la Lune reste toujours laborieuse à expliquer, surtout depuis qu'on sait que l'épaisseur de la croûte sur la face cachée est supérieure à celle mesurée sur la face visible. C'est dire si les scientifiques étaient impatients d'avoir à leur disposition une carte haute résolution de l'autre hémisphère lunaire, ce que vient d'achever LRO.

 

 

Une face cachée hautement cratérisée

 

Il y a quelques semaines les responsables de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter publiaient la carte détaillée de l'hémisphère visible de la Lune, une mosaïque de 24.000 pixels de côté réalisée en assemblant 1.300 images prises avec la WAC (Wide Angle Camera) offrant une résolution d'environ 145 mètres. L'absence de turbulences atmosphériques et la proximité de l'orbiteur (qui tourne à une cinquantaine de kilomètres d'altitude) permettent ainsi d'obtenir une résolution dix fois supérieure à celle qu'on peut espérer d'un télescope amateur terrestre lors de la photographie d'un premier quartier de Lune. La même prouesse a donc été rééditée pour la face cachée.

 

On est bien loin de la trentaine d'images granuleuses expédiées en 1959 par la sonde soviétique Luna 3, la première à contourner notre satellite. Cette fois, LRO a pris la bagatelle de 15.000 images entre novembre 2009 et février 2011 et nous révèle une face bien plus accidentée. Avec cette nouvelle carte, les chercheurs espèrent pouvoir avancer dans leur compréhension des mécanismes à l'origine de la disparité entre les deux hémisphères lunaires.

 

 

Lune face cachée 

 

 

La face cachée de la Lune, comme on ne l'avait jamais vue. © Nasa/GSFC/Arizona State University

 

 

 

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
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Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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J'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit
I too much liked stars to be afraid of the night

 

Tout le monde savait que c'était impossible à faire,

il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l'a fait.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 11:10

La femme soumise, la femme libére, débat toujours d'actualité. Voici ce qu'en pense le site "activista" :

 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 21:48

On le sentait. Depuis quelques mois, il y avait une certitude : il allait se passer quelque-chose. Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Nul ne pouvait répondre. Et puis…

 

En décembre, juste avant les fêtes, paraît un petit bouquin de 29 pages vendu dans toutes les librairies francophones au prix de 3 €. Son titre : « Indignez-vous ! », son auteur, un vénérable personnage âgé de 93 ans inconnu du grand public, du nom de Stéphane Hessel, ancien résistant, rescapé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 et Ambassadeur de France. Son allure, son sourire permanent, bon et sans illusion, son parcours exceptionnel et inflexible  évoquent les célèbres mots qui concluent les « Mémoires de guerre » du général de Gaulle, dont il fut d’ailleurs un combattant : « Vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l’ombre la lueur de l’espérance ! »

 

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Stéphane Hessel : un regard lucide

sur le monde

 

Pourquoi cet ouvrage ? Pour rappeler l’essentiel : appeler à la Résistance dont le carburant est l’indignation. L’indignation face aux inégalités, face aux injustices, face aux traitements inhumains, face à la destruction de la planète, face à la dictature, celles des marchés, comme celle des tyrans. Et comme à l’époque de la Résistance, il faut agir en réseau. Et des réseaux, il y en a et rien n’empêche d’en créer. Hessel dit aux jeunes : « Regardez autour de vous, vous y trouverez des thèmes qui justifient votre indignation – le traitement faits aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous y trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez ! »

 

Hessel, bon produit éditorial ? Champion du « boboïsme » ? Peu importe. L’essentiel n’est pas le « coup » médiatique – quelle imbécillité de croire qu’il a besoin de cela, à son âge – mais l’effet de son appel. Ah ! Le percentile – cette classe de un pour cent de la population qui détient la majorité des richesses – n’apprécie guère ! Et c’est tant mieux ! Comme le dit Régis Debray dans le « Nouvel Observateur » du 24 février : « (…) il s’agit du succès d’un homme plus que d’un texte. Dans la soft corruption ambiante, quand la droite de Neuilly et la gauche de Marrakech – dont on se demande bien ce qui les départage – battent l’estrade en toute impudeur, la simple droiture d’un modeste entêté qui a toujours mis sa vie, et son existence physique, en accord avec ses idées, rafraîchit l’atmosphère. »

 

Bien sûr, Stéphane Hessel est antisémite, péché suprême, car il a osé écrire : « Que des Juifs puissent perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre, c’est insupportable. Hélas, l’histoire donne peu d’exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire. » Le lobby sioniste ne tolère aucune critique, il condamne ses contradicteurs sans appel. Pourtant, ces gens n’ont tiré aucune leçon de l’œuvre de leurs pères qui projetaient de bâtir un Etat juste. Ils l’ont polluée.

 

Est-ce une coïncidence ? Là où on ne l’attend, l’indignation éclate.

 

Fin décembre, pendant les fêtes, éclatent des troubles en Tunisie. Le suicide par le feu de Mohammed Bouazizi, jeune marchand ambulant, exprimant ainsi son indignation face à l’arbitraire d’un pouvoir affameur, soulève un peuple entier qui chasse son tyran en trois semaines et qui se bat toujours pour un réel changement.

 

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En Egypte, en Libye, en Tunisie et bientôt dans l'ensemble

du monde arabe, le peuple chasse ses tyrans : Quelle leçon !

 

Fin janvier, bien après les fêtes, le peuple se soulève dans l’antique Egypte, témoin de tant de civilisations et de conquêtes, et renverse son tyran en deux décades.

 

Mi février, le peuple se soulève en Libye. Un tyran assassine son peuple. Tout se terminera dans le sang en quelques jours.

 

L’ensemble du monde arabe s’embrase. Et le feu se propagera ailleurs. Sur les décombres des schémas concoctés dans les meilleurs intérêts du percentile, un monde nouveau se bâtit, dont on ne sait s’il sera pire ou meilleur. Le choc des civilisations n’a pas eu lieu. Le séisme de l’histoire, oui.

 

L’indignation est donc partout ! Elle s’exprime avec force et parfois violence. Cependant, une nouvelle classe porteuse d’un projet répondant aux aspirations populaires n’est pas encore née. Le percentile est ébranlé, mais il est loin de sombrer.

 

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Le percentile est ébranlé, mais il est loin de sombrer.

 

Un livre. De plus en plus de peuples s’indignent. C’est l’effet domino tant redouté par le percentile. On parle de mouvements en Grèce, en Chine, en Afrique centrale et – pourquoi pas ? – bientôt en Europe et aux Etats-Unis. Est-ce une révolution ? Laissons aux idéologues le soin de trancher. La réalité est le réveil d’une partie de la société oubliée, méprisée, voire même rejetée : le peuple. Il n’a plus confiance en ses « élites » autoproclamées. Il veut décider lui-même. Il veut la liberté et le pouvoir après avoir chassé les tyrans. Il lui faudra maîtriser le percentile. Ce sera difficile. Ce sera périlleux. Le risque d’un retour en arrière est énorme. Le devoir de chacun est d’aider le peuple à le juguler. Justice, liberté, égalité, voilà sa volonté. Et ces mots écrits voici bientôt trois siècles par un révolutionnaire injustement méconnu, Thomas Paine, ont toute leur actualité : « Punissons, en répandant des lumières, plutôt qu'en exerçant des vengeances. Commençons cette ère nouvelle en déployant de la grandeur, de la générosité ; et ne songeons plus qu'à maintenir l'union et à gagner les cœurs, pour assurer nos succès. »

 

Pierre Verhas

 

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 14:05

Alors que tous les observateurs un peu sérieux plaident pour une réelle politique méditerranéenne de l’Union européenne suite aux révoltes arabes, voici que Mme Ashton ci-devant « ministre des affaires étrangères de l’Union » est allé serrer la pince de Gannouchi, chef du gouvernement de « transition » de Tunis – c’est-à-dire un gouvernement de caciques du régime de Ben Ali – avec dans son escarcelle une aide mirobolante de 17 millions d’Euros qui se monteront à 258 millions en 2013. Quelle générosité ! Quelle cohérence ! Et après cela, on dira que l’Union qui jusqu’ici s’était contentée de prendre acte de la chute des dictatures «amies», incapable d’avoir la moindre initiative, s’est enfin décidé à agir. C’est se moquer du monde et en particulier du monde arabe !

 

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Catherine Ashton et Mohammed Gannouchi :

se moquer du monde !

 

On assiste, comme l’a rappelé Cohn Bendit au Parlement européen à un « tsunami démocratique, équivalent à la chute du mur de Berlin. » et le Parlement, la Commission, le Conseil européen restent passifs.  Comme l’écrit Libération « les Etats, surtout les grands, ne veulent pas accorder la moindre autonomie à Lady Ashton, comme s’en est plaint, mardi, José Manuel Durão Barroso, le président de la Commission, devant les eurodéputés. » Gageons que les plaintes de ce dernier sont de pure forme !

 

En réalité, ce dont les dirigeants de l’Union européenne ont peur, c’est d’un flux migratoire massif consécutif aux révoltes des pays du Maghreb. Comme l’écrit toujours Libération : « Seule la peur de la pression migratoire, incarnée par l’arrivée de 5 000 boat people tunisiens sur les côtes italiennes, semble sortir les Européens de leur apathie. Hier, Cecilia Malmström, commissaire aux Affaires intérieures, est venue expliquer aux députés réunis à Strasbourg que l’Union allait mobiliser ses moyens pour aider l’Italie afin d’empêcher les migrants d’arriver en masse en Europe. «En fait, l’absence d’enthousiasme de l’Union face aux révolutions arabes se comprend, car toute sa politique d’immigration s’appuie sur la collaboration des dictatures du sud de la Méditerranée», dénonce l’Allemande Franziska Brantner, eurodéputée verte. Si elles s’effondrent, ce sera une catastrophe pour l’Europe.» C’était en effet la véritable raison du voyage de Catherine Ashton à Tunis : l'UE examine les mesures qu'elle pourrait prendre pour aider l'Italie à faire face au débarquement des immigrants clandestins tunisiens sur son île de Lampedusa, a répondu Bruxelles dimanche.

 

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A Lampedusa, des milliers de réfugiés tunisiens attendent une solution

de l'Union européenne.  Les échéances électorales sont-elles prioritaires à une crise humanitaire ?

Et puis, n'oublions pas que Sarkozy et Merkel sont proches d'échéances électorales qui détermineront leur avenir politique. Dès lors, une importante vague d'immigration serait particulièrement mal venue. La peur, toujours la peur...

La haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères doit évaluer la situation sur le terrain alors que le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini doit faire une visite éclair à Tunis lundi 21 février. Catherine Ashton doit également évaluer l'aide que l'UE peut apporter à la Tunisie pour relancer l'activité économique. Voici le dialogue qu’a eu le ministre tunisien, M. Chelbi, avec Catherine Ashton, tel que le rapporte « Le Monde » : « "Quand la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, l'a dit à notre ministre, celui-ci a pensé qu'il avait mal entendu et a demandé : 'Millions ou milliards ?'", a expliqué M. Chelbi à la presse à l'issue d'une table ronde organisée à Rome avec le ministre des affaires étrangères italien.

"Nous allons immédiatement débloquer 17 millions d'euros pour aider le gouvernement. Mais il y aura 258 millions d'euros de l'UE d'ici à 2013", avait déclaré Mme Ashton lundi pendant sa visite de quelques heures à Tunis.

"L'Europe démontre de cette manière ne pas avoir saisi la portée de l'événement historique qui s'est produit sur la rive sud de la Méditerranée", a ajouté le ministre tunisien, déplorant le fait que l'UE n'ait "pas été à la hauteur des événements" et espérant "une prise de conscience" nouvelle.

L'Union européenne croit sans doute qu'elle résoudra le problème avec une petite obole ! C'est une vraie politique qu'il faut mettre en oeuvre, mais qui en est capable ?

Le mois dernier, le Parlement européen a donné son feu vert pour un accord d’association avec la Libye en échange de la collaboration de Khadafi à la lutte contre l’immigration clandestine.

 

Rappelons qu’aujourd’hui, à Benghazi, foyer de la révolte actuelle contre le sémillant colonel, la police s’est ralliée aux manifestants. Cela commence à sentir le roussi pour la Jamâhîriyya libyenne. Jamâhiriyya signifie grossomodo « ce qui appartient aux masses ». Manifestement, cela n’appartient plus à Mouammar El Kadhafi. Il n’y a que les dirigeants de l’Union européenne pour ne pas s’en apercevoir.

 

Ce serait risible, si tout cela ne risque de coûter très cher aux peuples du Sud et du Nord de la Méditerranée. Et puis quarante morts en Libye et des dizaines à Bahreïn, au Yémen, en Algérie, cela commence à faire beaucoup.

 

Pierre Verhas

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 21:45

Personne n’a prévu le 14 janvier à Tunis, nul n’a vu venir le 25 janvier au Caire. Aucun observateur, qu’il soit diplomate, journaliste, universitaire, n’a envisagé un seul instant avant ces deux dates que les dictateurs Ben Ali et Moubarak allaient être renversés par des révoltes populaires.

 

Aussi, il est trop facile de jouer les Cassandre d’après coup comme le « gourou » mondialiste Jacques Attali qui, péremptoire, tire les conclusions de ces événements : « Aucune dictature ne résiste à l’économie de marché ! » (Le Soir du 12 février). Cette analyse est fausse. Une des causes des révoltes arabes – et ce n’est sans doute pas fini – est justement le rôle joué par l’économie de marché mondialisée et elle pourrait aussi sonner l’échec de ces mouvements.

 

manif Tunis 27 12 01

 

Les Tunisiens n'ont pas eu besoin de "l'économie

de marché" pour renverser Ben Ali.

 

En Tunisie, au début de la deuxième quinzaine du mois de décembre 2010 des troubles ont éclaté en contestation d’une hausse brutale des prix et d’une pénurie des produits de base et ensuite, le peuple se révolta contre la hogra (mépris) de l’élite à son égard. C’est ainsi que, progressivement, est apparu  le mot d’ordre de ce mouvement : liberté, travail, dignité.  Les choses prirent une tournure dramatique le 17 décembre à Sidi Bouzid (ville du centre-ouest de la Tunisie à quelque 265 km de Tunis) : Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé qui vivotait du commerce ambulant, s’est immolé par le feu. Transporté à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous, il décéda le 4 janvier 2011. Bouazizi est devenu l’icône de cette révolution. Plus rien n’arrêtera le processus.

 

La crise alimentaire touche durement le Maghreb.

 

La crise alimentaire mondiale qui débuta en 2008, avant la crise financière, par une hausse vertigineuse des prix alimentaires, suite à la spéculation, toucha spécifiquement les pays du Maghreb.  D’ailleurs, les pouvoirs en place prirent très tôt conscience du danger que représentait cette instabilité des prix des denrées de base. Ainsi, le gouvernement égyptien décida, dès 2008, de consacrer, chaque année, 7 % de son PIB à des subventions destinées à compenser les hausses de prix.

 

Lorsque la révolte a éclaté en Tunisie, son voisin, la Libye, a décidé de «supprimer les droits de douane et autres taxes sur les produits alimentaires, y compris les denrées de base, ainsi que le lait pour enfants». L'Algérie, l’autre voisin, a fortement réduit les taxes sur des produits de première nécessité importés, comme le blé et les huiles. La Jordanie a choisi de subventionner davantage les grands fournisseurs du pays, pour les inciter à baisser leurs prix sur le sucre, le riz et la volaille. Et cela s’étend à toute la région qui renfloue ses réserves de céréales. Parmi les mesures les plus spectaculaires, le Maroc a lancé à la mi-janvier un appel d'offres pour l'achat de 255.000 tonnes de céréales. L'Algérie aurait déjà acquis, depuis le 1er janvier, un million de tonnes de blé. L'Egypte, elle, a acheté ces six derniers mois 4,5 millions de tonnes de blé, soit l'équivalent du volume importé sur l'ensemble de l'année précédente... L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis se tiennent eux aussi prêts. (Source Ludovic Lamant dans Mediapart du 26 janvier 2011)

 

La région du Maghreb était considérée comme un grenier à blé. Aujourd’hui, suite à l’impéritie des dictatures nationalistes de chaque pays, suite à l’attentisme d’un Occident guidé uniquement par ses intérêts immédiats, suite à la mondialisation et au libre échangisme imposé par l’OMC, les pays d’Afrique septentrionale sont devenus importateurs nets de denrées alimentaires, donc totalement dépendants de l’extérieur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Les cinq pays de la région (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Egypte)  représentent 2% de la population mondiale mais consomment 6% du blé de la planète, et réalisent à eux seuls 18% des importations de cette céréale. Une distorsion qui devrait encore s'accroître dans les années à venir, au vu des perspectives démographiques. L'Egypte devrait ainsi franchir le cap des 100 millions d'habitants en 2025, contre un peu plus de 80 aujourd'hui, avec un taux de fécondité supérieur à trois enfants par femme.

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Indice des prix alimentaires de la FAO.

On constate la hausse vertigineuse des prix !

Ensuite, les cours n’ont jamais été aussi hauts et frappent particulièrement la région. Selon la FAO, l’indice des cours a augmenté de 4 % en novembre 2010 et de 25 % sur toute l’année dernière. Or, les pays du Maghreb, à l’exception de l’Algérie et de la Libye, ont orienté leur économie vers le tourisme, ce qui a enrichi les familles Ben Ali et Moubarak et ce qui a vidé les campagnes et contribué à leur désertification. De plus, les stocks de céréales sont historiquement bas, ce qui provoque la volatilité des prix, sans compter la spéculation qui joue à fond.

Sans redressement économique et social, ce sera un dramatique échec.

De plus, l’absence d’une Union du Maghreb arabe qui devait regrouper les pays de la région, à l’exception de l’Egypte, est un frein majeur au développement économique. En effet, comme nous l’avons déjà rappelé au sujet du conflit du Sahara occidental, le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde. Cette entrave doit être levée si l’on veut que l’économie des pays de la région puisse se développer.

Sans un redressement économique et une politique sociale, les révoltes arabes sont vouées à l’échec, avec toutes les sanglantes conséquences que cela peut entraîner. Or, ce redressement est possible. Pour cela, il faut résoudre le conflit du Sahara occidental afin d’assurer une véritable autodétermination au peuple Sahraoui et permettre la renaissance de l’Union du Maghreb arabe. D’autre part, l’économie maghrébine doit être réorientée vers sa vocation naturelle, l’agriculture, afin d’assurer aux peuples de la région l’autosuffisance alimentaire sans dépendre de la spéculation. D'autre part, des efforts considérables doivent être consentis en matière d'infrastructures, ce qui nécessite une industrialisation locale. Enfin, cette Union pourra être un instrument efficace contre les nationalismes qui risquent de renaître.

L’Union européenne a un rôle majeur à jouer. Il est indispensable d’élaborer un plan Marshall pour l’Afrique septentrionale, plan à concevoir et à exécuter en association avec les autorités démocratiques, espérons-le, qui succéderont aux dictateurs renversés. Et c'est vital pour l'Europe elle-même si elle veut échapper à un déséquilibre dramatique entre le Nord et le Sud de la Méditerranée. 

Plus jamais comme avant

Le bouleversement du monde arabe, même si l’on peut craindre à terme un échec, a néanmoins transformé les choses. Un retour en arrière n’est désormais plus possible. C’est là sa force. Comme l’écrivait Jules Verne : « La liberté est un bien immense que l’on ne peut goûter qu’à la condition de vivre. » Et une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer.

En outre, la démocratie, ce ne sont pas seulement les élections – dont il n’est d’ailleurs pas encore sérieusement question – c’est aussi la liberté de la presse, la liberté d’expression, le pluralisme politique. Et tout cela, il sera dorénavant très difficile de le confisquer à nouveau.

Néanmoins, ces révolutions sont faibles. Elles n’ont aucune organisation structurée. Il n’y a pas de chefs charismatiques. Il n’y a aucune idéologie, aucun projet. De plus, elles n’ont disposé d’aucun soutien extérieur. Elles ont exprimé le rejet des dictatures par les peuples arabes et surtout par la jeunesse qui se sent dépourvue d’avenir. Cependant, si d’aventure, de nouveaux pouvoirs totalitaires s’installent, ils feront sans doute illusion que quelques temps et de nouvelles révoltes pourraient surgir.

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Ben Ali et Moubarak ont été renversés par l'armée, sous la pression du peuple.

En effet, on s’est laissé quelque peu aveugler par l’effet médiatique de ces soulèvements populaires. Ils ont fait vaciller les dictatures en place, mais n’ont pas renversé les dictateurs. En Tunisie, comme en Egypte, c’est l’armée  qui a déposé Ben Ali et Moubarak.

Le rôle de l’armée

En Tunisie, ce n’était pas l’armée qui était au pouvoir. La « garde prétorienne » de Ben Ali était la police. Depuis l’indépendance, l’armée tunisienne n’a jamais manifesté une volonté de prise de pouvoir. Elle n’a pas de tradition putschiste. Cependant, elle a pris le pouvoir et a installé des sbires de l’ancien régime avec le soutien de la bourgeoisie qui, au départ, soutenait le soulèvement populaire. Le peuple ne l’a pas accepté et de nombreuses manifestations ont toujours lieu pour épurer la classe politique et l’administration des anciens collaborateurs de la dictature.

En effet, si on lit Robert Baduel dans « Le Monde » du   février 2011, le chef d’état-major de l’armée, Rachid Ammar, qui avait refusé de tirer sur les manifestants, l’a fait plus par calcul que par ralliement au mouvement.

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Rachid Ammar surnommé le "centurion du peuple" avait un plan bien élaboré.

  « Quel était ce calcul possible et en quoi peut-on dire que cette dissidence de l'armée a bénéficié à la rue ? En n'obtempérant pas aux ordres du président, la hiérarchie militaire n'est pas devenue pour autant une alliée "subjective" de la rue. Le refus du général Ammar résulte sans doute d'une analyse du champ de bataille et de calculs. Cette dissidence ferme mais feutrée est d'abord une fracture dans l'oligarchie au pouvoir dont un groupe, pas seulement de militaires sans doute, a su intelligemment instrumentaliser la rue pour éliminer la fraction la plus compromise de l'oligarchie et ainsi s'est doté des moyens de faciliter dans l'immédiat la reprise du pouvoir par la fraction la plus présentable de cette même oligarchie. (…) L'armée tunisienne serait-elle républicaine d'esprit ou l'a-t-elle été de circonstance ? » Le jeu malsain de la diplomatie secrète est toujours en cours !

 

Pour preuve, rien n’a bougé dans la société tunisienne. Aucune mesure n’est prise, aucune réforme n’est enclenchée. On est toujours sous un gouvernement de « transition » et sans doute pour longtemps. Ainsi, une véritable crise de confiance a vu le jour. C’est la raison pour laquelle des dizaines de milliers de jeunes qualifiés, ne voyant aucun avenir en Tunisie, ont décidé d’émigrer vers l’Europe. L’île de Lampedusa est envahie depuis deux semaines de milliers de demandeurs d’asile tunisiens qui, au terme d’une traversée au péril de leur vie, croient trouver du travail dans le vieux continent.

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Une embarcation d'émigrés tunisiens arraisonnée par un garde-côte italien.

Ici aussi, on constate l’urgence d’une politique européenne en la matière qui ne soit pas celle de la diplomatie secrète basée sur des données géopolitiques obsolètes. On ne peut rester sans réponse face à cette situation et l’Union européenne a les moyens d’agir. Aura-t-elle seulement la volonté politique ? Avec des Sarkozy, des Merkel, des Berlusconi, on peut en douter.

En Egypte, finalement, en dehors du renversement d’Hosni Moubarak qui se trouve toujours sur le territoire, bien protégé, à Charm-el-Cheikh, cité contrôlée par l’armée et aussi par des forces internationales, il n’y a pas grand changement. L’armée est toujours au pouvoir. Elle l’est depuis le renversement du roi Farouk en 1952, soit près de soixante ans.

Or, depuis Moubarak, et la chute de l’Union soviétique, l’armée égyptienne est en réalité placée sous le contrôle des USA. Selon le géographe et politologue italien, Manlio Dinucci : « Le fait que ce soit le directeur de la CIA, Leon Panetta, qui ait annoncé jeudi (10 février 2011) « la forte probabilité que Moubarak puisse s’en aller dès ce soir » indique que la décision a été prise à Washington avant le Caire.

Et la déclaration de ce même directeur de la CIA d’ « espérer en une transition ordonnée en Egypte » confirme que le feu vert a été donné pour le plan annoncé par le président Obama : la « transition ordonnée et pacifique » qui, mettant de côté le désormais insoutenable Moubarak emporté par la rébellion populaire, laisse intacts les piliers de la domination états-unienne sur le pays : et avant tout la structure portante des forces armées égyptiennes que les Etats-Unis ont financées, équipées et entraînées.

C’est donc le général Sami Anan, chef d’Etat-major, qui a annoncé place Tahir que ce seront les forces armées qui « sauvegarderont les requêtes du peuple et sa sécurité ». Celui-là même que le secrétaire de la défense, Robert Gates, avait convoqué au Pentagone au début de la crise et à qui il avait donné des instructions au jour le jour sur les mouvements que l’armée égyptienne devait accomplir. Cette armée que le président Obama avait félicitée pour son « patriotisme et professionnalisme », en la désignant comme garante de la «  transition pacifique et ordonnée ». Cette armée qui, par l’intermédiaire du général Hassan al-Rouini, commandant de la place du Caire, a annoncé aux manifestants de place Tahir : « Toutes vos requêtes seront exaucées aujourd’hui ».

 

Le pouvoir passe au Conseil militaire suprême qui, réuni sans le « commandant en chef » Moubarak, annonce « des mesures pour sauvegarder les conquêtes et les ambitions de notre grand peuple ». »

 

Le rôle de l’armée égyptienne est fondamental pour la stratégie étatsunienne. Forte de 450 000 hommes (711 000 avec les réserves), cette armée est un immense réservoir humain, qui peut être mobilisé en cas de péril national ou aux frontières ; c’est aussi une force militaire relativement moderne — une des seules du continent africain à disposer d’une panoplie interarmes complète et d’une capacité d’intervention sur toute la gamme des moyens. Elle est en effet dotée des armements les plus modernes dont certains sont fabriqués en commun USA – Egypte, comme les chars M1A1 Abrams, le tout financé à raison de 60 milliards de dollars par les Etats-Unis. Des manœuvres biennales se déroulent en Egypte avec la participation de 25.000 militaires US.

 

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Le fameux char Abrams "protège" le peuple,

place Tahrir.

 

Le rôle fondamental de l’Egypte dans la géopolitique américaine est de maintenir une paix séparée avec Israël et d’empêcher « l’instabilité » à Gaza en bloquant les envois illicites d’armes aux Palestiniens. Cela explique la fermeture de la frontière égyptienne de la bande de Gaza.

 

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L'état-major égyptien avec des officiers US :

l'entente est parfaite sous le regard de Moubarak.

 

 

Le pouvoir réel en Egypte est donc exercé par le Conseil militaire suprême qui est composé d’officiers supérieurs pro-américains et qui a placé provisoirement à la tête de l’Etat, le maréchal (!) Mohamed Tantaoui. Ce vieux reitre âgé de 75 ans a participé aux trois guerres israélo – égyptiennes (1956, 1967 et 1973). Il a conduit le corps expéditionnaire égyptien en 1991 au Koweït lors de la guerre du Golfe. Depuis, il a été ministre de la Défense de Moubarak jusqu’à la fin.

 

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Le maréchal Mohamed Tantaoui "marionnette" du

Conseil militaire suprême ?

 

Tantaoui est considéré comme un vieil homme tranquille, peu enclin au changement, mais garant de la stabilité. Dans les milieux diplomatiques, l’on dit qu’il est le candidat idéal des Etats-Unis et d’Israël. Mais n’est-il pas en réalité une marionnette des jeunes et ambitieux officiers du Conseil supérieur de l’armée ? En tout cas, on le voit difficilement engager les audacieuses réformes démocratiques dont l’Egypte a grand besoin.

 

À défaut de structures politiques crédibles, le seul instrument de pouvoir efficace en Tunisie et en Egypte est l’armée. L’armée de ces deux pays est soutenue par les Etats-Unis et l’Europe dans leur stratégie de lutte contre l’islamisme et de soutien inconditionnel à Israël. L’armée est un facteur de stabilité politique, à défaut d’être démocratique, et est un outil efficace dans la « guerre contre le terrorisme », traduisez l’islamisme…

 

La chimère de l’islamisme

 

Voici encore une certitude qui s’envole. À l’exception de quelques néoconservateurs indécrottables, on s’aperçoit que le « danger islamiste » qui a tant mobilisé les esprits et les moyens depuis le 11 septembre 2001, est une chimère.

 

Les révolutions dans les pays arabes ont désarçonné l’establishment occidental : les chancelleries occidentales, les spécialistes du monde arabe, les médias et leurs envoyés spéciaux … On croyait que le peuple arabe était maintenu dans un coma profond et que les dictatures en place étaient inébranlables. Ces mêmes dictatures, que l’Occident soutenait aveuglément, étaient considérées comme le seul rempart contre le danger suprême : l’islamisme. L’ineffable éditorialiste du « Figaro », Alexandre Adler, écrivait : « Non, à tout prendre, je préfère que les Frères musulmans soient cooptés par les militaires égyptiens qui gardent l’essentiel du pouvoir plutôt que de les voir gagner des élections libres, […] Je soutiens donc le maintien des dictatures les plus éclairées possibles – voir pas éclairées du tout – en Egypte et en Arabie saoudite plutôt que l’application, dans ces régions du monde, des principes démocratiques qui, dans l’immédiat, ne seraient que porteurs de désordres et de violence ».

 

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Alexandre Adler s'est une fois de plus trompé

de chemin.

 

Il est évident que les groupes islamistes ont joué un rôle secondaire dans les révoltes du monde arabe. En Tunisie, ils étaient absents. En Egypte, les fameux Frères musulmans ont apporté un soutien moral et logistique au mouvement populaire et n’ont en rien été le fer de lance de la révolte. D’ailleurs, ce vieux parti des Frères musulmans a perdu de sa superbe. La moyenne d’âge de ses dirigeants est de 70 ans et ils ont été déstabilisés par l’attentat sanglant contre une Eglise copte au Caire qui a suscité une réprobation générale de l’opinion égyptienne, musulmans et chrétiens ensemble. Sans doute, cette vague d’indignation  a été un des déclencheurs du mouvement populaire égyptien.

 

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Attentat à la voiture piégée contre une église copte

au Caire. Un des déclencheurs de la révolte ?

 

Dans les autres pays arabes, aucune des révoltes n’est menée par les mouvements islamistes locaux et les dictatures et monarchies absolues se basant sur l’islamisme, comme dans les Emirats, sont aussi violemment contestées.

 

En outre, on connaît mal la nature de l’Islam et ses nombreuses nuances. Certains imaginent en Europe et aux USA qu’il constitue un bloc monolithique animé par la seule haine de l’Occident. C’est ridicule et aberrant. On ne peut tout de même pas mettre dans le même sac Erdogan et les Talibans !

 

Dans le site « Le Grand Soir » du 15 février 2011, trois intellectuels arabes, Zhor Firar, militante associative, Fouad Imarraine, militant associatif  et Omar Mahassine, imam et militant associatif, écrivent : « Un discours sous jacent, qui ne dit pas son nom, désigne le monde arabe comme n’étant pas suffisamment mûr pour accueillir les idéaux universels. C’est assez incroyable d’entendre cela au vingt et unième siècle et de se dire que finalement l’agora n’est accessible qu’à une certaine élite. Nous sommes loin des idéaux du peuple, de son aspiration à plus de justice et de dignité. »

 

On se trouve à un tournant de l’histoire et les discours de certains intellectuels laissent pantois, tant ils balaient d’un revers de la main la question des droits fondamentaux. Comment peut-on aujourd’hui, dire tout et son contraire, être pour la démocratie dans le Nord mais pas dans le Sud, accepter des droits pour les uns et l’aliénation pour les autres ? Le droit à la dignité ne peut être monnayable ou à géométrie variable, en fonction d’intérêts économiques, politiques ou géostratégiques.

 

Depuis le 11 septembre, le concept d’islamisme est devenu une arme psychologique et une propagande islamophobe utilisées afin de façonner l’inconscient des masses et de faire accepter leurs régimes autoritaires et leurs politiques d’humiliations. Le phénomène de l’islam politique, comme source de libération, a une histoire ancienne et inhérente à l’époque postcoloniale et à la reconstruction de l’identité du monde arabo-musulman.

 

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Abd el Kader, musulman et franc-maçon,

combattit la colonisation française en Algérie

au nom de l'Islam et de la Liberté.

 

En effet, la plupart des mouvements de résistance aux colonisations occidentales se référaient à l’islam. Au XIXe siècle, Abd el Kader (1820 – 1883) qui lutta contre la colonisation de l’Algérie par la France, qui était franc-maçon, se battit au nom de l’Islam.  La question culturelle et identitaire a été très tôt un vecteur fondamental. En ce qui concerne le Maroc, Mehdi Elmandjra, fondateur de l’Organisation marocaine des Droits de l’Homme, professeur dans des universités américaines et à la London school of economics, explique : « […] le cas du Maroc, à la fin du 19e siècle, il y avait un mouvement moderniste Salafi qui venait pour dire que l’Islam est une religion dynamique, c’est à dire qu’il y a certaines constantes, mais qu’il y a une flexibilité énorme découlant de l’Ijtihad (la recherche). C’est ce mouvement qui a motivé la défense des Droits de l’Homme et la lutte contre l’impérialisme et le colonialisme. Il n’y aurait pas eu de libération sans l’Islam. Cet Islam libérateur qui régnait dans tous les mouvements nationalistes traduisait une culture d’émancipation. […] Cet Islam libérateur devenait ainsi aussi dangereux pour eux (le régime en place) qu’il l’a été lors de la période coloniale pour l’occupant. Par conséquent, ces régimes ont commencé à établir et à encourager des mouvements, des sectes, des traditions bref un Islam hermétique et archaïque. Mais on oublie souvent que l’Islam est libérateur. »

 

Par contre, il existe – chacun le sait –  un puissant Islam conservateur, voire réactionnaire qui se retrouve en Iran dans le courant chiite et dans la péninsule arabique, en ce qui concerne les sunnites, par le Wahabisme qui se réclame faussement su Salafisme. Les Wahabites ont une interprétation rigoriste et figée du Coran et de la Sunna qui définit les règles issues de ce Livre regroupées sous le nom de Charia. La dynastie saoudienne adhère au Wahabisme et le finance. Al Qaida qui, au départ, était une organisation financée par les USA pour lutter contre l’invasion soviétique en Afghanistan et qui a combattu avec les Etatsuniens dans les Balkans, se réclame du Wahabisme. Oussama Ben Laden est Saoudien, membre d’une riche famille. Il fut au départ un agent de la CIA avant de se retourner contre les Etats-Unis en 1991, suite à la guerre du Golfe, lorsque l’US Army occupa une partie de l’Arabie saoudite, accusée de « souiller » le territoire « sacré » des lieux Saints de l’Islam, La Mecque et Médine. (Voir à ce sujet l’excellent ouvrage de Nafeez Mossadeq Ahmed, La guerre contre la vérité, éditions Demi Lune, collection Résistances, 2006)

 

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Oussama Ben Laden : la CIA l'a soutenu dans sa

Jihad contre l'occupation soviétique en Afghanistan.

 

On voit là toute l’ambigüité de la position américaine qui, d’un côté, impose la « guerre contre le terrorisme » à ses alliés, jusqu’à les contraindre à adopter des dispositions légales liberticides et de l’autre, défendent l’Arabie saoudite, à cause de son pétrole, qui finance les mouvements islamistes les plus réactionnaires.

Les principaux pays de l’Union  européenne ont adhéré à cette politique. Dès lors, ils ont considérablement affaibli leur position politique et diplomatique dans le Proche Orient.

 

Un revirement radical est indispensable. Il faut traiter les pays arabes en partenaires et considérer le peuple arabe comme adulte et les pays de l’Union européenne doivent s’affranchir du carcan diplomatique américain.

 

Dans les révoltes arabes, il y a une constante : l’islamisme n’a qu’une influence mineure dans les mouvements populaires qui secouent toutes les dictatures arabes peu ou prou soutenues par l’Occident.

 

Et en Europe ?

 

Ce vaste mouvement de remise en question des régimes totalitaires du Proche Orient a-t-il une influence en Europe ? La réponse est oui.Les révoltes arabes ont secoué la « Vieille » Europe. Les « certitudes » des penseurs officiels ont volé en éclats. Ils sont pitoyables sur les plateaux de télévision. Certains n’osent plus se montrer. D’autres prennent un air étonné et se trouvent dans l’incapacité d’analyser ces faits historiques. Evidemment, tout cela sort de leurs schémas. Jacques Julliard, un des seuls intellectuels de gauche lucide, éditorialiste à l’hebdo « Marianne » écrit : « La preuve est faite que les droits de l’homme ne sont pas des valeurs occidentales, mais bien des valeurs universelles. » Cela est une fameuse leçon pour les tenants du « droit à la différence » qui devenait petit à petit « la différence de droit » !

 

L’attitude lamentable de la gauche dite démocratique en Europe face à cette révolution, prouve son ignorance théorique, son incapacité à analyser les événements et son absence totale de réponse aux défis de notre temps. L’exemple le plus caricatural est celui du… caricaturiste Plantu qui a accepté tout récemment de recevoir un prix du très démocratique émirat de Qatar !

 

Plantu_Qatar.jpg

 

Le caricaturiste français Plantu reçoit un prix de

la part du très démocratique émirat de Qatar.

 

Quelles sont ces fausses « certitudes » ? La première, c’est l’idéologie née du livre de Samuel Huntington « Le choc des civilisations » qui justifiait une sorte de conflit global entre l’Islam et l’Occident, en raison de la supériorité de ce dernier. L’analyse de Huntington partait du fait que les civilisations non occidentales, essentiellement la Chinoise et la Musulmane, n’ont pas de contacts avec l’Occident et ne peuvent dès lors évoluer. Aussi, il y a automatiquement conflit.

 

Cette théorie absurde avait déjà du plomb dans l’aile. Les derniers événements l’ont rejetée dans les poubelles du fameux néo conservatisme qui subsiste encore chez des néolibéraux indécrottables.

 

La seconde, c’est le déclinisme. Certains pensaient que la pensée universelle était en déclin et que le différentialisme allait s’imposer. Or, les aspirations des peuples arabes en lutte prouvent le contraire, contrairement à ce qu’écrit  Ayaan Hirsi Ali, la militante anti – islamiste d’origine somalienne, aujourd’hui réfugiée aux Etats- Unis : « Quand je regarde les images des masses au Caire, je n'ai aucune peine à imaginer le fort sentiment d'unité qui les habite. Beaucoup de téléspectateurs occidentaux s'identifient aux milliers de manifestants - pas seulement en Egypte, mais aussi en Tunisie, en Jordanie, au Yémen et ailleurs - pour exiger la fin de la dictature. D'innombrables commentateurs ont dressé des comparaisons avec les révolutions de 1989 en Europe de l'Est.

 

Or, cette comparaison méconnaît la profonde différence entre une foule occidentale et musulmane. Les motivations qui poussent les peuples d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à envahir les rues sont multiples. Mais rien ne les réunit mieux que la prière collective, en particulier celle du vendredi. La mosquée autant que la rue : voilà une clef d'intelligibilité de ce soulèvement. »

 

Certes, il n’y a guère de points communs entre les mouvements de « libération » en Europe de l’Est en 1989 et la révolte arabe actuelle. Les motivations ne sont pas du tout les mêmes. Mais la circonscrire à une prière collective est à la fois faux et réducteur. C’est faux parce que le mouvement n’est pas d’ordre religieux et c’est réducteur car le monde arabo-musulman est imprégné de la culture de l’Islam. Ce n’est pas (encore) une révolution laïque, que certains Européens quelque peu naïfs croient déceler, mais des intellectuels arabes réclament une société laïque sans pour autant renier leur culture musulmane. Ayaan Hirsi Ali fait en plus part de son pessimisme : « Mais aujourd'hui les masses ont également besoin d'articuler ce qu'elles veulent. La BBC a demandé à un manifestant égyptien de commenter le caractère spontané de la protestation. "Nous n'avons pas besoin de leader", a-t-il répondu - au grand étonnement du journaliste et sans doute de la plupart des téléspectateurs occidentaux.

 

On peut parfaitement comprendre son aversion pour le leadership compte tenu des changements de pouvoir tels qu'ils ont eu cours dans le monde arabe. Là, des gens qui arrivent en libérateurs se muent sur un mode somnambulique en dictateurs jusqu'à ce qu'un autre vienne mobiliser les masses pour libérer la nation de son ex-libérateur. Immanquablement, l'homme nouveau rétablit la vieille infrastructure de mouchardage et de torture. » Certes, comme écrit plus haut, c’est un mouvement sans structures, ce qui est sa faiblesse. Mais la jeunesse arabe se méfie d’un éventuel nouveau leader charismatique. Aussi, une dictature du type de celles qui viennent d’être renversées n’est guère probable. Certes, des Egyptiens ont brandi des portraits de Nasser lors de manifestations de soutien au mouvement, mais c’était… en Europe. Le danger totalitaire vient d’ailleurs : l’armée et l’immobilisme de l’économie.

 

Le consensus de Pékin

 

Enfin, il faut sortir de ce qu’on appelle le « consensus de Pékin ». De quoi s’agit-il ? « Depuis quelques années, on célèbre à satiété ce qu'on appelle le "consensus de Pékin". C'est une formule élégante pour décrire des régimes qui prônent à la fois le capitalisme et le parti unique. On y voit la martingale gagnante pour les pays du Sud, la recette du décollage économique et social, celle de l'intégration dans l'économie globalisée. L'exemple vient de Chine - sacrée cette semaine deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis. Même si les Chinois se sont toujours gardés de "vendre" leur modèle, le "consensus de Pékin" n'a cessé de faire des émules.

En Russie, Vladimir Poutine s'en inspire, sans le dire, mais le modèle tente aussi nombre de pays africains. Il séduit l'équipe de Mahmoud Ahmadinejad en Iran. Il est copié par d'autres en Asie et ailleurs. L'équation gagnante à tous coups résiderait dans la fameuse combinaison chinoise : libre entreprise et autoritarisme politique. Voilà ce qui marche ! C'est ce qu'on pensait aussi en Egypte, du moins jusqu'à l'incongruité survenue au beau milieu de ce doux hiver des bords de Nil : la Grande Révolte de la place Tahrir.

 

Le "consensus de Pékin" n'était pas vanté qu'au Sud. Il s'est trouvé des experts aux Etats-Unis et en Europe pour imaginer qu'il allait dominer le siècle. L'expression serait due à l'Américain Joshua Cooper Ramo. Auteur et consultant, Cooper Ramo l'a forgée en 2004 en opposition à ce qu'on a appelé vers la fin des années 1980 le "consensus de Washington" : gouvernance la plus démocratique possible, libre entreprise et immédiate ouverture des frontières aux capitaux et marchandises du monde entier - voilà ce que le Fonds monétaire international (FMI) et le département du Trésor américain, notamment, vantaient alors comme le modèle gagnant-gagnant pour les économies du Sud et celles nouvellement désoviétisées de Russie et d'Europe orientale. » (Alain Franchon dans Le « Monde » du 17 février 2011)

 

Il est donc clair que la priorité absolue est donnée à l’économie de marché néolibérale au détriment d’un régime de liberté, d’égalité et de fraternité qui a pour nom la démocratie.

 

Manif_Algerie.jpg

 

Manifestation en Algérie le 15 février : la révolte

arabe est bien vivante. Le peuple ne faiblit pas. Un

coup sévère aux néolibéraux totalitaires.

 

Nul ne sait ce qu’il adviendra de la révolte arabe toujours en cours qui s’attaque aujourd’hui à de gros morceaux : les pays producteurs de pétrole comme la Libye, l’Algérie, les monarchies absolues de la péninsule arabique et l’Irak. On peut penser que les Etats-Unis ne verront pas d’un bon œil l’éventuel renversement de leurs « alliés » pétroliers et tenteront de réagir. Cependant, ils sont mal pris, Obama ayant ouvertement soutenu le renversement de son ex-ami Moubarak. L’opinion publique ne comprendrait pas un revirement pour soutenir les monarchies arabes détestées et méprisées dans une grande partie du monde.

 

En tout cas, quoiqu’il arrive, la révolte arabe aura porté un coup sévère sinon mortel au « consensus de Pékin ».

 

Pierre Verhas

 

 

 

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 22:36

La première « x – flare » du 24e cycle solaire s’est produite durant la nuit du 14 au 15 février 2011. Le pic a été atteint à 2h 56, heure belge.

 

Il s’agit de la brusque explosion sur la surface solaire d’un nuage de plasma – particules ionisées – qui se dirige vers la Terre à une vitesse de 1000 km/s. Ce nuage atteindra notre planète jeudi 17.

 

Soho_110215.gif

 

Le groupe de taches solaire sur la photosphère solaire, orienté vers la Terre, numéroté 1158 est le responsable de cette flamme solaire. Il s'agit d'un cliché de la sonde américano - europénne SOHO.

 

x2flare.gif

 

Photographie satellitaire de la chromosphère solaire. La grande tache blanche

est à l'origine du "X flare".

 

L'équipe de météorologie spatiale du département de Physique solaire de l’ORB a analysé les données transmises par le satellite belge Proba 2 et a averti que le phénomène pourrait avoir un impact sur la Terre, notamment par l’éventuelle perte de contrôle de satellites et des perturbations sur la distribution d’électricité. D’autre part, des aurores boréales pourraient se produire, si certaines conditions sont remplies. Pour les observer, il faut se trouver dans un endroit bien dégagé et inaccessible à la pollution lumineuse. En Belgique, il n’y a que la haute Ardenne et la Campine qui répondent encore à ces critères.

 

aurore_boreale_110214_.jpg

 

Une spectaculaire aurore boréale a été observée le 14 février

dans la Norvège septentrionale, au Nord du Cercle arctique.

 

Cependant, il ne faut pas paniquer. Ce phénomène, bien que peu fréquent, est bien connu.

 

L'équipe de météorologie spatiale doit à présent tenter d'établir la structure magnétique du nuage. Celle-ci permet de prévoir comment le bouclier magnétique de la Terre réagira à l'impact.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 17:45

Nous livrons ici, une fois de plus, l'analyse de Noam Chomsky, l'intellectuel new yorkais détesté par l'establishment "occidentaliste" des deux rives de l'Atlantique. Chomsky se livre au démontage sans complaisance des enjeux géopolitiques de la révolte populaire en Egypte, révolte qui a suivi le renversement du régime Ben Ali (toujours en cours !) en Tunisie. D'autre part, ce mouvement s'étend dans tout le monde arabe, jusqu'en Irak. Selon Chomsky, l'islam radical, l'épouvantail levé par la propagande occidentale, ne sert que de prétexte aux Etats-Unis à soutenir les dictatures arabes. L'objectif, selon Chomsky, est de mettre le monde arabe sous tutelle et c'est pour leur indépendance que les peuples des différents pays arabes luttent.

 

Cette analyse de Chomsky est intéressante, mais, à notre avis, insuffisante. Aussi, la livrons-nous aux de plus en plus nombreux lecteurs du blog "Uranopole". Bientôt, le point de vue d'Uranopole...

 

Pierre Verhas

 

dimanche 6 février 2011
Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les Etats-Unis, mais l’indépendance.


Noam CHOMSKY

 

La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes.

 

 

 

Egypte jeunesse

 

 Le mouvement de la jeunesse du 6 avril est le déclencheur

de la révolte via Internet, avant que le pouvoir ne le bloque. Ce

mouvement est né sur le web après les violentes manifestations

de Mahalla en 2008. Ce n'est ni un mouvement religieux, ni un mouvement

politique. Il est composé de jeunes étudiants qui utilisent la "toile" pour

exprimer leurs opinions. Il comprend quelque 92.000 membres.

 

« Le monde arabe est en feu » annonçait al-Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc fut déclenché par le soulèvement en Tunisie qui renversa le dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Egypte, où les manifestants ont submergé la police brutale du dictateur.

 

Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhail Gorbachev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.

 

La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marco, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles. Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop d’un chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Suleiman, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Suleiman, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.

 

Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-coeur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace est l’indépendance. Les Etats-Unis et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.

 

Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).

 

« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle, » dit Marwan Muasher, un ancien officiel Jordanien et actuellement directeur du centre d’études Middle East research for the Carnegie Endowment. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »

 

On peut ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des Etats-Unis. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent se révéler nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.

 

Le mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un état policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits de l’homme », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des Etats-Unis, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par Wikileaks.

 

Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de Wikileaks) devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des Etats-Unis que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).

 

« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange, » peut-on lire dans un titre du Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des Etats-Unis apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des Etats-Unis sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »

De ce point de vue, Wikileaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.

 

Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à-coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires : Israël (de manière constante) ; deux dictatures du Moyen-orient, l’Egypte et la Jordanie ; et la Colombie qui détient le record en matière d’atteintes aux droits de l’homme et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US sur le continent (américain - NdT).

 

La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des Etats-Unis contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomksy, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formattage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]

 

Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de Brookings Institution rendu public au mois d’août, certains Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux pour qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. Par contraste, les Arabes qui considèrent que ce sont les Etats-Unis et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.

 

L’opinion publique arabe est si hostile à la politique américaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.

 

D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »

 

L’ambassade a conclu qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’état illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’état et en ignorant les atrocités qui ont suivi.

 

La révélation la plus remarquable de Wikileaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.

 

Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’état pakistanais » et celui du cauchemar absolu : que les armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.

 

Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington avance à pas décidés vers un désastre.

 

Noam Chomsky

(traduction VD pour le Grand Soir, avec probablement les fautes et coquilles habituelles)

SOURCE : http://www.guardian.co.uk/commentis...

 

Rubrique : De mal empire  Thèmes :  Démocratie | Etats-Unis | Moyen orient

http://www.legrandsoir.info/Ce-n-est-pas-l-Islam-radical-qui-preoccupe-les-Etats-Unis-mais-l-independance.html
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 13:31

Le satellite Kepler vient de battre son record de transits planétaires multiples. La Nasa vient en effet d’annoncer que six exoplanètes transitaient périodiquement devant l’étoile Kepler 11. Ce nouveau système planétaire, qui surprend les astrophysiciens, est peut-être rare dans la Galaxie. Kepler a aussi repéré un nombre considérable d'exoplanètes, ou du moins de candidates (plus de 1.200 !). Nous reviendrons dans la journée sur cet événement.

L’année dernière, les chercheurs de la mission Kepler de la Nasa avaient annoncé avoir découvert le premier transit planétaire multiple. Au moins deux exoplanètes tournaient autour de Kepler 9. Le satellite Kepler exploite la méthode du transit planétaire et ses découvertes doivent souvent être confirmées au sol par la méthode des vitesses radiales.

Simultanément à l’annonce de la découverte d’un nombre important de candidates au statut d'exoTerre installées dans la zone d’habitabilité (ce qui représente des implications potentielles fortes pour Seti), la Nasa annonce aujourd’hui dans une vidéo que Kepler a battu le record de Kepler 9.

Ce sont ainsi six exoplanètes en orbite autour de Kepler 11, une naine jaune similaire au Soleil, située à environ 2.000 années-lumière dans la constellation du Cygne.


La découverte a fait l’objet d’une publication dans Nature mais l’article est également en accès libre sur arXiv et l'observation revêt une importance certaine. Ce système planétaire, en effet, étonne par ses caractéristiques défiant les prévisions des astrophysiciens spécialisés dans la cosmogonie des systèmes planétaires.

 

Un système d'exoplanètes très compact

Les six exoplanètes sont parmi les plus petites découvertes à ce jour et elles sont formées de roches (constituant l’essentiel de la masse) et de gaz (représentant l’essentiel du volume). Certaines possèdent peut-être de l’eau. La plus grande est comparable en taille à Neptune et Uranus.

Le plus surprenant est que toutes ces exoplanètes de tailles supérieures à la Terre orbitent presque dans le même plan et très près de leur étoile. Si on compare à notre Système solaire, la plus éloignée (Kepler g) est installée à moins de la moitié de la distance de la Terre au Soleil et les cinq autres ont des orbites plus petites que celle de Mercure. Cela ne s'était jamais vu...

 

kepler 11 


Une comparaison entre le système planétaire de Kepler 11 et le Système solaire.0 (© Nasa/Tim Pyle) On s'aperçoit que toutes les planètes du système Kepler 11 à l'exception d'une sont dans une orbite inférieures à celle de Mercure, dans le Systèmes solaires. Elles sont fort proches de l'étoile et doivent avoir une température très élevée.

 

Kepler_11_1.jpg 

 

Une comparaison des tailles des exoplanètes découvertes par Kepler. (© Nasa/Wendy Stenzel) - Pour rappel : 1 R E = 1 Rayon terrestre (environ 6.000 km), les planètes plus volumineuses que Jupiter (qui ne font pas partie du système Kepler 11) sont appelées de "Jupiter chaud".


La découverte est porteuse d’informations sur la formation des systèmes planétaires, en particulier sur les événements se déroulant dans les disques protoplanétaires. On sait en effet que les disques riches en poussières et en gaz ne subsistent que quelques millions d’années autour d’une jeune étoile, comme le montrent les observations.

 

Un cas extrême dans la Voie lactée ?

Comme Kepler 11d, Kepler 11e et Kepler 11f, bien que la roche constitue une part importante de leur masse, possèdent aussi une quantité importante de gaz légers. Elles ont dû se former en quelques millions d’années tout au plus, ce qui impose une contrainte de temps importante pour préciser les mécanismes dynamiques conduisant par accrétion à la formation des planètes d'un disque.

Pour les chercheurs, le fait que l'on connaisse peu d’étoiles présentant un transit planétaire multiple indique que ce cas de figure est probablement rare dans notre galaxie. De plus, le système de Kepler 11 est particulièrement compact. Certainement moins de 1 % des étoiles possèdent un système de ce genre, mais pour l’instant, les astrophysiciens sont incapables de dire si cette proportion est d'un sur mille ou même un sur un million.

 

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
http://www.astrosurf.com/apex-occult/
Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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J'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit
I too much liked stars to be afraid of the night

 
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:10

 

Tunisie : la révolution en cours

 

Ben Ali exilé (avec 1,5 tonne d’or emportés par son épouse qui était sans doute le véritable patron de ce qui était devenu sous le joug du clan Ben Ali – Trabelsi, la Tunisie SA. Aujourd’hui, cette société en faillite est en voie de dissolution. Il est rassurant que la Résistance populaire reste toujours mobilisée afin de ne pas se laisser manipuler par la constitution d’un gouvernement fantoche dirigé par des « anciens » du régime, dont le Premier ministre Ghannouchi qui fut le sbire de Ben Ali depuis sa prise de pouvoir en 1987. Il est intéressant de voir que le syndicat unique, l’UGTT (Union Générale des Travailleurs de Tunisie) qui était à la solde du pouvoir, est devenu la seule force politique d’opposition organisée. Il est inquiétant de voir que l’armée est la seule à même de rétablir l’ordre, après les troubles qui ont suivi la fuite du dictateur. D’un côté, elle a pu supplanter la police, corps gangréné qui était au seul service du régime, et neutraliser les milices restées à la solde des sbires de Ben Ali. De l’autre, on ignore quelles sont les intentions des militaires. Y aura-t-il un pouvoir politique à même de la faire rentrer dans les casernes quand l’ordre sera tout à fait rétabli et qu’un corps de police au service du peuple et de la démocratie sera constitué.

 

manif_Tunis_contre_gouvernement.jpg

 

Manifestation de 19 janvier à Tunis : la vigilance du

peuple ne faiblit pas !

 

Voilà une série de questions dont nous aurons la réponse dans les jours et dans les semaines qui viennent.

 

Et ailleurs ?

 

 

En plus, que se passe-t-il en Algérie et au Maroc ? Comment réagissent les pays de l’Union européenne et l’Union elle-même face à ces événements qui secouent tout le Maghreb ?

 

De Tunisie, la contestation a gagné l’Algérie voisine, puis le Maroc : quand Tunis éternue, c’est le Maghreb qui s’enrhume !

 

Algerie_Tunisie_emeutes.jpg

 

On parle de "contagion" : la contestation s'étend comme

une traînée de poudre à travers tout le Maghreb.

 

maroc-police-1-.jpg 

 

N'oublions pas le Maroc où la police royale se montre

particulièrement violente et... lâche.

 

Depuis plusieurs jours, Alger et plusieurs grandes villes sont en proie à un soulèvement populaire sans équivalent depuis les émeutes de la faim de 1988 : les jeunes, surtout, mais aussi la classe moyenne, ruinée par la crise économique et la hausse spectaculaire du prix des produits de première nécessité, ont envahi les rues de la capitale. Aux dernières nouvelles, le président Bouteflika aurait provisoirement quitté Alger, où des troupes de jeunes gens armés de sabres, de machettes et de couteaux ont pris le contrôle de certains quartiers. Les grands rassemblements prévus, tels les matchs de football, ont été supprimés.

 

La minorité nantie, qui met depuis des années le pays en coupe réglée, s’inquiète de l’évolution d’un mouvement social qui est en train de lui échapper.

 

Après tout, la situation des jeunes est la même dans tous les pays du Maghreb et aussi dans les autres pays arabes. D’ailleurs, les dictateurs ont peur de la « tache d’huile » : en Libye, un blocage des prix des denrées de base – lait, sucre, céréales – a été décrété, de même qu’en Egypte où il y a des affrontements interreligieux en sus.

  

En Algérie, comme en Tunisie, la frustration des jeunes est énorme : non seulement, il y a la disette sur le plan matériel, mais il y a aussi la déconnexion entre la vie politique et économique de leur pays et les jeunes qui s’en sentent exclus. Il y a une différence, cependant. Si, en Tunisie, le mouvement porte surtout sur la disette, en Algérie, c’est avant tout une protestation contre la vie chère qui traduit un sentiment de gaspillage des richesses du pays et que les citoyens n’en bénéficient pas. L’Algérie est un important exportateur pétrolier et cette manne (le baril est à près de 100 dollars !) n’est en rien redistribuée au peuple ou en rien consacrée à des investissements sociaux et économiques à même de procurer des emplois et de produire des logements décents. « Plus rien ne va nous retenir cette fois-ci. La vie est devenue trop chère et la disette menace nos familles alors que les apparatchiks détournent des milliards et s’enrichissent sur notre dos. » déclare un jeune manifestant algérien au quotidien El Watan.

 

L’Algérie connaît aussi une importante économie parallèle qui prive l’Etat de recettes fiscales et le gouvernement est incapable de juguler ce phénomène qui est à l’origine de la brusque flambée des prix et des mouvements violents de protestations. Le marché noir représente environ 6 milliards d’Euros. Tout cela est bien entendu source de spéculations. IL finit par représenter près de 40 % de l’activité commerciale ! Le gouvernement a décidé d’obliger les grossistes à faire usage de chèques pour les transactions importantes, pour éradiquer ce commerce illégal. Anticipant l’arrivée des impôts, les grossistes ont donc décidé de fortement augmenter les prix des denrées de base. Ce fut le détonateur des émeutes. L’analyse d’ El Watan – pourtant considéré comme proche du pouvoir – , dans son édition du 10 janvier, est édifiante : « A première vue, le recentrage de la politique d’approvisionnement du marché des produits de consommation sur l’objectif primordial d’incitation au renforcement de la production locale pour réduire la facture des importations ayant atteint le pic alarmant des 8 milliards de dollars en 2008, n’est pas moins logique ni irrationnel. Continuant sur sa lancée et animé par cette volonté de « patriotisme économique », le gouvernement persistera dans ce durcissement avec le rétablissement à compter du 1er janvier 2011 des droits de douanes sur plus d’une trentaine de produits importés de l’Union européenne « suite à la décision prise par les pouvoirs publics portant gel des préférences tarifaires pour les produits agricoles, objet de la requête algérienne auprès de la commission européenne », tel que précisé par un document du ministère des Finances. Le sucre figure en tête des produits en question. En parallèle, de nouvelles taxes, dont la TVA, sont en voie d’application par les grossistes dans la perspective de se conformer à l’entrée en vigueur, à la fin mars prochain, de l’obligation du paiement par chèque des transactions de plus de 500 000 DA (On compte 10 Dinar algériens pour 1,5 Euros). Cependant, cette succession de mesures intervient dans une conjoncture mondiale marquée par la reprise de la hausse des cours des matières premières agricoles sur le marché international. »

 

Algerie_commerce.jpg

 

Les grossistes font la loi dans le commerce. Une vraie

mafia en liaison étroite avec le pouvoir.

 

 

Le quotidien ajoute : « C’est là donc la jonction de facteurs qui ne peuvent conduire qu’à une hausse sensible des prix des produits de large consommation. Laquelle flambée qui s’est vite répercutée sur le pouvoir d’achat des ménages avec des prix de certains produits qui ont connu des augmentations spontanées de 20 à 25%, à l’image du sucre qui a atteint les 150 DA/kg en l’espace de quelques jours. La tension s’est élargie à d’autres produits, comme le pain, dont la régularité dans l’approvisionnement est désormais incertaine avec des perturbations qui affectent la disponibilité de la farine boulangère. »

  

L’auteur de l’article, Mohamed Naili conclut : « Il n’est pas judicieux, en effet, de verrouiller d’une façon drastique les portes devant les importations avant de s’assurer de l’existence d’une production nationale en mesure de répondre à la demande nationale, tous produits confondus. Pire encore, en l’absence d’instruments efficaces de contrôle et la prolifération des circuits informels qui canalisent à présent jusqu’à 40% de l’activité économique du pays, selon des statistiques officielles, la spéculation a pris des dimensions démesurées à tel point que des pénuries et des flambées sont provoquées sans que le gouvernement ne soit en mesure de détecter leur origine ou de maîtriser leur ampleur. » Ajoutons que le gouvernement a laissé faire cette économie parallèle et certains de ses membres sont soupçonnés en avoir largement profité. 

  

Au 8 janvier, les troubles ont fait cinq morts et 800 blessés. En réponse, le  gouvernement décide de suspendre l’obligation des paiements par chèques. En réalité, le Premier ministre n’a pas répondu aux revendications des manifestants, mais « L'Etat a cédé à la pression quasi-mafieuse des détenteurs des voies marchandes informelles », selon l'universitaire Belkacen Boukherouf cité par El Watan. « En prenant la voie de la facilité pour ramener rapidement le calme (...) le gouvernement (...) a pris une mesure dangereuse qui légalise l'informel ». Donc, le pouvoir cède à un système mafieux, ce qui ne peut qu’accentuer la révolte du peuple algérien. Les contestations les plus fortes ont eu lieu à Bab El Oued, le quartier populaire d’Alger qui fut, pendant la guerre coloniale, le fief du FLN, que les paras français combattirent par la torture. Tout un symbole !

 

manif_alger_bab-el-oued.jpg

 

A Alger, dans le quartier de Bab el Oued, une vieille

tradition de luttes.

  

Ali Chibani, dans l’édition électronique du « Monde diplomatique » du 13 janvier, écrit : « L’exécutif pose donc un pansement sur le front d’un corps social enfiévré… « On avait espéré que la rue soit écoutée, au lieu de cela 1200 jeunes ont déjà été arrêtés, déplore Mustapha Bouchachi. Beaucoup d’entre eux ont subi des violences policières et sont incarcérés. » Le président de la Ligue algérienne des droits humains (LADDH) craint que les manifestations de ce début d’année ne se reproduisent ; selon lui, le pouvoir doit lever l’état d’urgence instauré en 1992, dont le maintien « ne vise plus les intégristes mais la société civile ».

 

Algerie-revolte

 

Partout, comme ici à Alger, les mêmes images de jeunes en lutte et de

répression policière.



Au moment où les étudiants, les syndicats et les partis d’opposition s’organisent pour poursuivre le mouvement de manière pacifique, les autorités publiques sont accusées d’empêcher l’accès au réseau social Facebook. A une société assoiffée de liberté, l’Etat n’a que des verrous à offrir… »



Comme pour la Tunisie, dictature et néolibéralisme forment un couple uni ! Mais, dans une moindre mesure que la Tunisie, le pouvoir algérien actuel est ébranlé par ce mouvement populaire. Et en Algérie, il existe une alternative démocratique et populaire autre que les Islamistes.



Quant au Maroc, si la contestation s’exprime de manière moins massive et semble même affaiblie, plusieurs manifestations eurent lieu : la richesse du pouvoir royal, les palais immenses qui narguent, à travers tout le pays, la misère du peuple entassé dans la précarité des médinas, font depuis longtemps l’objet d’un mécontentement latent qui, à tout moment, pourrait donner lieu à une explosion de colère.

Dans ce pays, l’opposition semble mieux organisée, par une élite politique bien structurée ; et la révolte pourrait ressurgir rapidement, à l’instar de celles qui secouent ses voisins immédiats. Toutefois, la police a reçu l’ordre de disperser les manifestations naissantes, notamment celles qui ont lieu en soutien aux insurgés tunisiens.

 

La « courageuse » et « lucide » Europe

 

Et l’Europe dans tout cela ?

 

Souvenons-nous. Sarkozy avait, au début de son mandat, lancé cette idée apparemment séduisante de l’Union de la Méditerranée. Il voulait étendre le processus de Barcelone où avait été élaboré un accord de coopération économique entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens. Cette initiative a capoté au départ, car Sarkozy n’a pas tenu compte de la situation réelle des pays d’Afrique du Nord et s’est montré par trop timide à l’égard des Palestiniens et surtout, les participants arabes craignirent une résurgence néocoloniale.

 

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Nicolas Sarkozy et Carla Bruni avec Ben Ali : une

amitié durable, le temps de la "splendeur" du dictateur

 

Les dirigeants de nos vieilles démocraties vivent dans le passé et s’abritent derrière leurs vieux réflexes. Ils n’ont toujours pas pris la mesure des nouveaux moyens de communication qui mettent à la portée de chaque internaute toutes les informations disponibles, sauf à en censurer l’accès. D’où leurs tentatives pour imposer le silence à certains sites comme Wikileaks, sous prétexte que le peuple ne doit pas tout savoir des manigances d’Etat parce qu’il ne serait pas à même de tout comprendre. Pratique qui ne manque pas dans ces régimes despotiques avec lesquels l’Union européenne continue à commercer. Il est donc lamentable de les entendre nous mentir encore de manière éhontée, pensant nous rassurer par leurs propos, alors que leurs impostures ne font qu’alimenter le dégoût et le mépris, quand ce n’est pas la haine chez les plus jeunes. Ils n’ont décidément rien compris…

 

Il aurait fallu, au contraire, aider les Etats du Maghreb à relancer l’Union pour le Maghreb arabe, sorte de marché commun entre les pays d’Afrique du Nord, hormis l’Egypte qui fut fondé en 1989. Cette Union est bloquée à cause du conflit au Sahara occidental qui oppose le Maroc et l’Algérie dont la victime est le peuple Sahraoui qui demande, depuis près de quarante ans, son autodétermination.

 

Ce blocage a de graves conséquences. Il a un coût social et économique considérable pour ces pays. Le « coût du non – Maghreb » concerne des secteurs essentiels comme l’énergie, les banques, les transports, l’agroalimentaire, l’éducation, la culture, le tourisme. Le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde ! Les conséquences en sont catastrophiques. Les frontières fermées coûtent à ces pays la perte de deux points de croissance. Et des milliers de jeunes vivent dans la précarité tandis que les plus audacieux s’en vont chercher en Europe, souvent au péril de leur vie, une existence qu’ils croient meilleure et plus active.  

 

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Catherine Ashton, responsable des Affaires étrangères de

l'Union européenne : sait-elle s'il se passe quelque-chose au Maghreb ? 

Faiblesse d’une Union européenne évanescente, complicité à peine voilée avec des dictatures sanguinaires et déclinantes, il ne faudra pas pleurer si l’Europe se voit un jour méprisée par les peuples du monde entier. Michel Camau, dans « Le Monde » de mercredi 19 janvier, écrit : « Si l'Europe désire se montrer solidaire de cette difficile et périlleuse entreprise, elle ne pourra s'en tenir seulement à la proposition d'aides, fût-ce pour la tenue d'élections. C'est toute sa stratégie de voisinage avec les pays tiers méditerranéens qui devra être reconsidérée. Il lui appartient de tirer la leçon du janvier tunisien, cette onde de choc au sein d'une zone de proximité traitée jusqu'à présent comme le limes de l'espace démocratique européen. Ce n'est pas dans le confinement de fortifications que la démocratie pourra advenir en Tunisie ni, a fortiori, chez ses voisins. "La démocratisation en Europe, disait Nietzsche, est en même temps et sans qu'on le veuille, une école de tyrans." Détournons la formule en fonction de notre actualité et de nos convictions démocratiques ; elle offre matière à réflexion pour "nous autres "bons Européens"" dans nos relations avec la rive sud de la Méditerranée. »

 

Rien à ajouter, Votre Honneur.

 

 

Pierre Verhas

 

Bientôt : dernier volet, l’Islande

 

 

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Published by pierre verhas
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