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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 19:45

On ignore quel sera le sort judiciaire de DSK. Cela n’a d’ailleurs aucune importance puisque son sort politique, lui, est scellé.

 

Que l’on prenne cette affaire sous tous les angles, elle démontre la déliquescence des élites occidentales. Si la culpabilité de Dominique Strauss Kahn est prouvée, on peut avoir un frisson : comment un homme mentalement dérangé a pu assurer des responsabilités aussi importantes que la direction générale du FMI ? S’il avait été élu Président de la République, il aurait disposé du bouton « rouge » de l’arme nucléaire, et, pire, il aurait été à la merci de ses faiblesses que ses adversaires n’auraient pas manqué d’exploiter.

 

 DSK_menotte.jpg

« La vue d'un membre de l'establishment traité comme un criminel ordinaire doit être aussi rare que la photo de la Reine d'Angleterre en bikini » (New York Times)

 

Si, par contre, il s’agit d’une erreur ou d’un coup monté, l’affaire est tout aussi grave car, sans preuves, la Justice américaine aurait poursuivi et déshonoré un innocent, la presse se serait jetée sans discernement sur une histoire bidon. On aurait alors affaire à une Justice sans scrupule et inapte ou à des adversaires usant des moyens les plus abjects pour abattre une personne qu’on n’arrive pas à vaincre de manière ordinaire. Mais en cette hypothèse, DSK est aussi victime de sa faiblesse.

 

Peu importe, en définitive. L’affaire Strauss-Kahn sert de révélateur à un sérieux problème.

 

Il s’appelle déliquescence. Le dictionnaire de l’Académie française définit ce nom commun du genre féminin, comme suit : «  1. CHIM. Propriété qu'ont certains corps solides de se transformer en solution saturée par absorption de l'humidité de l'air ; l'état qui en résulte. Du sel qui tombe en déliquescence. 2. Fig. Affaiblissement insensible et progressif ; corruption, décomposition due à l'excès de la recherche et du mauvais goût, à la mollesse et à l'immoralité. Une société, un régime politique, un art en déliquescence. »

 

Eh bien, c'est l’état dans lequel se trouvent les élites politiques, financières et médiatiques qui dirigent aujourd’hui nos sociétés résulte d’une curieuse chimie où se mélangent les « affaires » et l’incapacité à répondre aux défis du temps. Il ne s’écoule pas un jour sans qu’un politicien, un financier, un industriel, un haut fonctionnaire, un « décideur » ne soit inculpé pour corruption, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et autres délits émaillant le Code pénal. Cette élite composée souvent de larbins promus pour des raisons d’intérêt et, parfois, de personnalités de premier plan, comme l’est Strauss-Kahn, a son propre code social et se considère au-dessus du droit commun. Elle est narcissique, arrogante et repliée sur elle-même.

 

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DSK et Sarko : la caste en déliquescence

 

Cette élite a un problème. Elle ne fait du bien qu’à elle-même. Elle méprise le peuple et, en réalité, à force de ne vouloir aucun partage, elle fait du mal à tous ceux qui ne sont pas du « sérail ». Mais, pire, elle montre son incapacité depuis longtemps. Ainsi, la question énergétique dont une réponse adéquate est indispensable à l’avenir de notre civilisation, posée depuis une quarantaine d’années, n’a toujours guère de réponse satisfaisante. Les conflits qu’elle déclenche, souvent sans discernement, se transforment en d’interminables enlisements coûteux en vie humaines et en moyens. Elle casse tout ce qui a été conquis. Elle détruit la laïcité, elle démantèle la Sécurité sociale et les services publics, elle met les institutions à son seul service. En d’autres termes, tous les mécanismes collectifs sont soit démolis, soit mis à sa botte par les privatisations.  L’individualisme qu’elle prône comme valeur suprême, ne sert qu’à atomiser une société qu’elle peut ainsi mieux soumettre.

 

 

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A force de mépriser le peuple, il se retourne contre la caste (ici manif à Londres contre l'austérité, le 26 mars 2011)

 

 

Elle inverse les valeurs. Ce qui est moral pour elle, est amoral pour les autres et réciproquement. Ainsi, les médias que cette élite contrôle, n’ont de cesse de pleurer sur le sort de DSK et se fichent comme d’une pomme du terrible traumatisme qu’il a causé à la femme de chambre. Ils en oublient leurs «principes de base». Par exemple, Jack Lang qui a osé dire : «Il n'y a pas mort d'homme !" Affirmer cela pour un viol (ou une tentative de viol) contre une jeune femme immigrée et pauvre est révélateur de la profondeur de leurs «grands principes». Grattez le vernis...

 

Le comble du comble vient, cela va sans dire, de notre « ami » BHL. C’est un morceau d’anthologie de l’esprit de caste. « Cette Justice américaine est d’une tartufferie qui saute au visage ». Tiens, on a entendu, dans une autre vie,  notre grand philosophe qualifier d’antisémite tout qui était anti-américain.   « DSK n’est pas tout le monde, il n’est pas n’importe quel quidam » c’est-à-dire qu’il faut sans doute le traiter comme un VIP et la « valetaille » est bonne pour être jetée dans la fosse. Curieuse conception de l’égalité ! « Il [DSK] est traité comme très peu d’hommes dans l’histoire des démocraties modernes. ». Comme dit la sagesse populaire, toute exagération est insignifiante… Jean Daniel, chantre de l’Occident, se demande, quant à lui, si les Etats-Unis et l’Europe ne sont pas deux civilisations différentes ! Un nouveau « choc des civilisations » en quelque sorte…

 

 bhl-17-mai-DSK.jpg

BHL, le bouffon de la caste, ne rend pas service à DSK.

 

Finie la belle démocratie américaine, fini l’Occident. La caste a été touchée au cœur. Elle éructe. Elle insulte. Elle jette tout ce qu’elle a adoré. Elle rejette ce qu’elle prétend être ses propres valeurs. Elle est encore moins crédible.

 

Cela est l’indice le plus probant de la déliquescence. La caste est incapable de prendre ses responsabilités. Et comme elle détient tous les leviers du pouvoir, il y a un risque majeur d’aventure. Il ne suffit pas de lui intimer de « dégager » à l’instar des révolutionnaires arabes, il faut encore pouvoir la remplacer par un système vraiment juste. Et comme elle a fait le vide autour d’elle…

 

 

Pierre Verhas

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 19:43

Au risque de me faire descendre, je me rappelle mon sentiment mitigé le 10 mai 1981 lors de l’annonce de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle. D’un côté, la première victoire de la gauche de la Ve République était un événement majeur, de l’autre, la personnalité de François Mitterrand et de certains membres de son entourage laissaient perplexe.

 

Mitterrand 10mai 

Un candidat, un peuple, un espoir... déçu

 

La mémoire était sélective à l’époque. L’attitude ambiguë de François Mitterrand à Vichy, son engagement en tant que Ministre de la Justice dans la guerre d’Algérie, en faveur d’une répression féroce des militants du FLN, sa curieuse « amitié » avec le responsable de la rafle du Vel d’Hiv, René Bousquet, étaient choses connues, mais il eût été mal venu de l’évoquer.

 

 bousquet

René Bousquet : une amitié particulièrement bizarre

 

Sur le plan politique, le programme commun de la gauche était un accord bancal qui était un fourre tout quelque peu incohérent qui s’est traduit par les fameuses 110 propositions dont une toute petite partie fut concrétisée. Unir la gauche communiste, la gauche socialiste, la classique social-démocratie et un libéralisme qui taisait encore son nom, était une gageure. D’importantes divergences apparurent dès le premier gouvernement Mauroy.

 Mitterrand_Mauroy_Delors.jpg

 

Pierre Mauroy, la gauche ouvrière, François Mitterrand,

Jacques Delors, la gauche libérale. Vers laquelle a-t-il penché ?

 

Certes, il y eut d’incontestables avancées : le relèvement substantiel du SMIC, la pension à 60 ans, les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, pour ne citer que les principales. Sur le plan éthique, l’abolition de la peine de mort fit impression. Cependant, en dépit de la promesse, la vie ne changea pas. Le rapport de force capital / travail resta identique. Les nationalisations permirent de sauver de grandes entreprises industrielles au bord de la faillite comme Thomson et Saint-Gobain, mais elles réintégrèrent aussitôt le circuit capitaliste classique. Il y avait tout simplement un apport de capital de l’Etat et un nouveau patron, en général un jeune énarque ou HEC dévoré d’ambitions qui plus tard, rejoignit l’armée des petits soldats du néo-libéralisme.

 

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Alain Minc : le "nouveau" patron socialiste vite passé

au néo-libéralisme

 

Deux ans après la fête, les communistes furent éjectés et le gouvernement « recentré ». Le processus de libéralisation économique fut lancé. Ce que son prédécesseur qui se réclamait du « libéralisme avancé » n’a pas réussi, Mitterrand, « le socialiste » l’a solidement mis sur les rails sans pour autant réduire les déficits et diminuer le chômage. Et puis, ce furent deux catastrophes : d’abord, l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives de 1986 après avoir permis à l’extrême-droite d’accéder aux grands médias qui s’installa solidement dans le paysage politique français, puis européen. Tout cela, par une pure stratégie politicienne – ratée –  d’affaiblissement de la droite « classique » qui conquit le gouvernement sous sa présidence. La seconde fut le programme dit de « ni ni » pour le deuxième septennat. Ni nationalisation, ni privatisation, c’est-à-dire l’immobilisme. Ce fut le gouvernement Rocard qui accentua la libéralisation économique. Mitterrand et Delors mirent sur pied l’Acte unique et le Traité de Maastricht, fondateur d’une monnaie unique, belle idée mal construite. En réalité, l’Europe néolibérale fut renforcée. La loi du marché se substitua à la décision politique. L’actuelle crise de la dette souveraine le montre : une monnaie en l’absence de politique économique commune est une coquille vide.

 

En matière internationale, ce féru d’histoire ne mesura pas les conséquences de la chute du Mur de Berlin mais il tenta à raison de retarder la réunification allemande. Cependant, c’était trop tard et il n’en avait pas les moyens : l’Europe politique n’existait pas.

 

 berlin006.jpg

La réunification allemande n'enthousiasma

guère Mitterrand.

 

Alors, le bilan ? Bilan globalement négatif. Les conséquences : le socialisme, suite aux ambigüités du « mitterrandisme » ne sera plus jamais un mouvement de masse.  Plus tard, Lionel Jospin accrut cette distance entre l’élite PS et le peuple « de gauche ». Et la catastrophe se transforma en cataclysme le 21 avril 2002.

 lionel_jospin.jpg

Lionel Jospin : la déliquescence du PS

suite au cataclysme du 21 avril 2002

 

François Mitterrand marginalisa le Parti communiste. Ce faisant, il déstabilisa la gauche. La classe ouvrière, première victime de la crise, s’en éloigna. Les Socialistes perdirent leur assise populaire : le monde du travail ouvrier comme employé ne s’y reconnaît plus. Ce fut la « boboïsation » du PS. Les militants de la cause des travailleurs furent écartés au profit d’une bourgeoisie de gauche, adepte du libéralisme économique, nostalgique de mai 68, se caractérisant avant tout par un militantisme sociétal. Les problématiques relatives aux « minorités » sexuelles, à l’antiracisme, la dépénalisation de la consommation de stupéfiants, etc., se substituent à la question sociale. L’analyse globale basée sur la lutte des classes fit place à une vision parcellaire dictée par des impératifs moraux et aussi par l’individualisme au détriment de l’intérêt général.

 

 mitterrand_mort_socialisme.jpg

La mort du socialisme ?

 

Cependant, cette absence d’analyse globale, ce rejet de la lutte des classes aboutit à l’inverse du but recherché : Si, effectivement les minorités sexuelles se voient reconnues, le statut social de la femme reste précaire, le racisme est de plus en plus présent – il devient même une force politique majeure –, le trafic et la consommation de drogues sont en pleine croissance. Or, précisément, les premières victimes de ces fléaux sont les classes dites défavorisées issues d’une classe ouvrière française comme immigrée décimée par le chômage.

 

« En France, comme partout en Europe et en Amérique du Nord, l'électorat de la gauche est en mutation. La coalition historique de la gauche centrée sur la classe ouvrière est en déclin. Une nouvelle coalition émerge : "la France de demain", plus jeune, plus diverse, plus féminisée. Un électorat progressiste sur le plan culturel. Une population d'outsiders sur le plan économique, variable d'ajustement face à la crise d'une société qui a décidé de sacrifier ses nouveaux entrants. Il constitue le nouvel électorat "naturel" de la gauche mais il n'est pas majoritaire. » Voilà les termes introductifs du tout récent rapport sur l’électorat socialiste effectué par des têtes d’œuf d’un think-tank socialiste – cela s’appelait auparavant « club » - dirigé, comme par hasard, par Michel Rocard, « Terra Nova ».

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Michel Rocard : vers un socialisme sans les classes populaires ?

En plus de cette véritable trahison sociologique – l’abandon du peuple – l’état-major du PS s’appuie sur une minorité « culturelle » qui correspond à ses aspirations. Cette minorité appelée « bobo », frange de la bourgeoisie urbaine ne détenant ni les leviers de l’industrie, ni ceux de la haute finance, ayant l’illusion de contrôler le monde académique et les médias, vivant des rentes de leurs ascendants,  pense qu’il existe une classe marginale – les outsiders – qui  pourrait faire pencher la balance et s’appuyer en outre sur les divisions de « l’adversaire » de droite. Comme l’écrit Hervé Nathan dans Marianne2.fr,  « Sans caricaturer outre mesure, on peut plagier Brecht et résumer la philosophie du rapport: puisque le peuple de gauche s'enfuit, inventons un nouveau peuple de gauche. Les socio-démocrates, souvent issus de la « deuxième gauche », qui animent Terra Nova (son conseil scientifique est présidé par Michel Rocard) théorisent donc ce que le PS n'ose pas avouer: à force de ne pas s'opposer au capitalisme, dont la forme actuelle est la mondialisation et la financiarisation, ils ont perdu le contact avec le peuple sociologique. Ils ne peuvent donc espérer gagner l'élection que par la division des bataillons électoraux de l'adversaire, la droite et l'extrême-droite. »

S’il s’agit du projet socialiste pour 2012, à savoir l’abandon du peuple, soyons assurés que le sixième Président de la Ve République reconduira son bail à l’Elysée.

 

Pierre Verhas

 

 

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 10:28

Même le « Figaro » s’indigne…

 

Des bruits courent aux USA. Ben Laden aurait été repéré grâce aux informations obtenues à Guantanamo par la torture, de Cheik Khalid Sheik Mohammed, le second d’Oussama, accusé d’être la cheville ouvrière des attaques du 11 septembre. Celui-ci aurait balancé le nom du messager d’Oussama. Et c’est en suivant ce type que les Américains auraient réussi à le trouver.

 

 

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Ben Laden et Khalid Sheik Mohammed

 

Les Républicains sont tout guillerets ! C’est grâce à la torture qu’on a pu zabraliser Ben Laden. Vous voyez, c’est efficace la torture ! Il ne fallait pas pleurer ainsi ! Aux USA, la démocratie progresse à pas de géant, c’est bien connu…

 

Le « Figaro » s’indigne des propos des Républicains et estime que les Etatsuniens ont trouvé Ben Laden grâce aux filières de renseignements classiques. Bon, admettons.

 

Cependant, il y a quelque-chose qui ne va pas. Si le coursier du patron d’Al Qaïda était connu depuis plus de dix ans, pourquoi ne pas l’avoir pisté ? Pourquoi a-t-il fallu dix ans pour éliminer Ben Laden ? Pourquoi, au nom d’un « humanisme » qui n’a aucune place en cette affaire, ne pas montrer les photos ? Pourquoi avoir immergé son cadavre ? Pourquoi, etc.

 

Il n’y a rien à faire, cette tragédie du 11 septembre contient trop de zones d’ombre. Alors, il ne faut pas être surpris que les adeptes de la théorie du complot s’en donnent à cœur joie.

 

L’état d’indignation de l’establishment

 

Le tout récent bouquin de Martin Buxant, journaliste à la Libre Belgique, et de Steven Samyn du « Morgen », « Belgique, un roi sans pays » (éd. Plon, 2011) qui décrit le rôle du roi et de son entourage dans l’interminable crise politique, suscite les cris d’orfraie de l’establishment ! Le Palais se fend d’un communiqué où il est écrit qu’il « regrette » que l’on ait violé le sacro-saint secret du colloque singulier. En chœur, Charles Michel, Elio Di Rupo, Joëlle Milquet, Jean-Michel Javaux se mettent au diapason. Le président du VLD, Alexander De Croo, mis en cause, est manifestement gêné. Quant aux présidents des autres partis flamands, silence radio, à l’exception d’une déclaration sibylline de Wouter Van Besien de Groen !

 

 Pourquoi tout ce tapage ? Ce bouquin, bien ficelé en l’occurrence, ne contient aucune révélation croustillante. Tout le monde sait qu’Albert II veut à tout prix éviter des élections, qu’il a copieusement engueulé Alexander De Croo, que le prince Philippe n’est pas apte à succéder à son père…

 

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Maxime Buxtant (sur la photo) et Steven Samyn 

ont bien fait leur boulot de journaliste (photo Belga)

  

Le mérite de cet ouvrage est qu’il met le doigt sur la plaie. L’incapacité de la classe politique belge de sortir des sentiers battus, de dépasser ses clivages, bref, de saisir l’intérêt général. Un roi entouré d’aristocrates d’une autre époque, de vieilles culottes de peau et de grenouilles de bénitier, le tout dirigé par un personnage – van Ypersele – hautain, dédaigneux, manœuvrier, sans aucune vision d’avenir. C’est la Belgique d’aujourd’hui, du moins ce qu’il en reste. C’est cela la « révélation » que l’establishment juge insupportable.

 

 

 

PV 

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 13:16

Il règne une sale ambiance en Europe, ces derniers temps, particulièrement en France, en Italie et en… Belgique.

 

Décembre 2010, janvier 2011, c’est la révolution tunisienne, puis l’égyptienne. Enthousiasme dans les milieux démocrates, dans certains médias, dans l’opinion en général qui perçoit une autre image du monde arabe. Ce ne sont pas des terroristes animés par un obscurantisme moyenâgeux, mais des peuples qui, comme tous les autres, aspirent à vivre libres. Les valeurs universelles reprennent des couleurs. Le communautarisme s’étiole. Alléluia !

 

Mais, ces sympathiques révolutions provoquent des dégâts collatéraux. Les dictateurs ne se laissent plus faire, après avoir vu la déconfiture de leurs collègues tunisien et égyptien. C’est la guerre en Libye, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn. Sarkozy et Cameron malmenés par leurs opinions publiques y voient une opportunité de choix. On intervient militairement en Libye, après tout le cirque BHélien promu, pour la circonstance, Lawrence de Benghazi. Et puis, le « kleiner man » de l’Elysée reluque sur la manne pétrolière de son ex-ami tripolitain. Cela contribuerait au redressement économique de la douce France. L’ONU calme le jeu, elle pond une résolution prônant une zone d’exclusion aérienne et des interventions ciblées pour prévenir d’éventuels massacres. Un Srebrenica bis, cela ferait mauvais genre ! Mais surtout, n’en faites pas trop…

 

Le Napoléon de Neuilly ne l’entend pas ainsi. Il veut tuer l’infâme, c’est-à-dire son ex-copain qu'il invita au camping à l’Elysée, voici déjà quatre ans. Comme le temps passe !  Au début, les Américains tentent de calmer le jeu, puis décident de laisser les Européens s’enferrer. Ils sentent l’enlisement : l’Irak et l’Afghanistan, cela suffit à leur bonheur. Et ils avaient vu juste : c’est devenu un cloaque. Il n’y a plus que Sarkozy, Cameron et le dévot Leterme pour y croire encore.

 

Et puis, on a oublié autre chose. Il y a une constante dans chaque révolution : une forte émigration de ceux pour qui elle n’est pas leur tasse de thé. Les révolutions arabes n’y échappent pas. La petite île de Lampedusa voit venir 5.000, puis 10.000, puis 25.000 Tunisiens désireux de respirer un air un peu plus calme et aussi… plus rentable. Panique à Rome, à Paris, à Bruxelles ! C’est le « camp des saints » ! Attila est de retour ! Vous pensez : 25.000 Tunisiens sur 500 millions d'Européns, c'est insupportable ! Le partouzeur romain ne sait plus quoi faire. Et puis, Euréka ! Il amène tous ces Tunisiens sur le continent, leur fait donner des titres de séjour « Schengen » et qu’ils aillent se faire avoir ailleurs, c’est-à-dire en France et en Belgique. Et puis, c’est si jouissif de faire une petite vacherie à son copain Sarko qui, aussitôt, ferme la porte à Vintimille. Le très chrétien ministre belge Wathelet, quant à lui, ne donnera pas la charité à ces gens, s’ils ont la mauvaise idée de se pointer dans la patrie des affaires courantes.

 

C'est cependant ennuyeux. « Schengen » existe pour assurer la libre circulation des hommes (et des femmes) dans 25 pays d’Europe, pas pour rétablir les contrôles aux frontières ! Tant pis, nécessité fait loi ! Au boulot, les douaniers ! Le mot d’ordre : casse-toi, pauvre Tunisien ! le super-flic Guéant « oublie » qu’avec cet « arrivage », le quota d’immigrants tunisiens, prévu par d’anciens accords diplomatiques, n’est même pas atteint ! On s'en tape : la priorité number one, c’est barrer la route à la Marine qui risquerait de compliquer le renouvellement du bail de son patron à l’Elysée. Enfin, le courageux Barroso accorde sa bénédiction urbi et orbi à la fermeture des frontières de l’Union. L’Europe est en marche !

 

Et puis, notre époque, c’est les quotas ! Les quotas d’handicapés dans les entreprises, de femmes sur les listes électorales, dans les conseils d'administration - à travail égal, salaire égal, pas sérieux, c'est pas un quota -,  de blacks au foot !  

 

Le foot ! Après les marchés aux esclaves où on allait dégoter de jeunes footballeurs Africains talentueux contre une bouchée de manioc, pour les faire jouer deux à trois ans  dans les grands clubs européens qui empochaient de l’or en barre, en leur laissant les miettes et, une fois usés, les éjecter, voici que le patron du foot français, Laurent Blanc – il porte bien son nom, celui-là ! – décide « en secret » de fixer des quotas de « non blancs » dans les clubs français. Les temps changent, je vous disais ! Ce n’est plus black blanc beur, c’est black out !

 

Racisme officiel, racisme honteux, « choc des civilisations », machisme, extrême-droite se portent bien, merci pour eux ! Qui trinque ? Le peuple, voyons !

 

Ambiance !

 

Pierre Verhas

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:21

  

 

Il y a, on s’en doute, pas mal de commentaires sur l’élimination de Ben Laden. En voici deux : le premier sur le blog de Bernard Gensane, professeur retraité, angliciste et spécialiste de George Orwell et des Beatles, le second de Jack Dion, chroniqueur à Marianne.

 

On s’aperçoit que le bel unanimisme voulu suite à la disparition de l’ennemi public n° 1 n’est qu’illusion et qu’elle suscite débat. L’esprit critique l’emporte toujours et c’est heureux.

 

Pierre Verhas

 

Sur le blog de Bernard Gensane : http://bernard-gensane.over-blog.com/

 

 

Décidément, notre kleiner Mann (Sarkozy) n'en rate pas une.

 

À l'annonce de la mort de Ben Laden, il a déclaré : "Justice est faite".

 

Le problème est que la justice du talion n'existe pas en France et que la peine de mort a été abolie il y a trente ans.

 

Ne parlons pas de justice mais du règlement, par la violence, d'un problème qui concernait un pays autre que le nôtre.

 

Selon Viktor Dedaj, c'est ainsi qu'il faut lire l'événement :

 

« Pakistan : nouvelle bavure US. La maison d’un ancien agent de la CIA bombardée par accident. Le commandant des forces US présente ses excuses à la famille et explique "Selon nos informations, il s’agissait d’un mariage afghan. La famille de la victime recevra bien entendu les 400 dollars d’indemnisation prévus dans ce genre d’incident. »

 

 

 

Sur le site « Marianne2.fr » :

 

Ben Laden: non, Philippe Bilger ([1]), «justice n’est pas faite»

 

Alors que Philippe Bilger estime qu'avec la mort de Ben Laden, « justice est faite », Jack Dion poursuit le débat. A ses yeux, la justice n'est pas l'exécution à tout prix du « méchant », particulièrement lorsque l'on souhaite défendre l'Etat de droit et les valeurs universelles.



 

Je ne crois pas appartenir à la cohorte des « pleureurs professionnels » dont parle Philippe Bilger à propos de ceux (assez rares, reconnaissons-le) qui s’interrogent sur les conditions de l’élimination de Ben Laden. Comme lui, je me réjouis que la planète soit débarrassée de ce tueur en série. Comme lui, je m’associe au soulagement des Américains et, plus généralement, de tous ceux qui ont eu à souffrir de la folie Al-Quaïda. Mais je me garderai bien d’en conclure, comme lui, que « Justice a été faite ».

Jusqu’à preuve du contraire, la justice, c’est autre chose que l’attentat ciblé. La justice, c’est autre chose que l’exécution du méchant à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions.

Certes, personne ne regrettera que l’ancien ennemi public numéro 1 soit passé de vie à trépas, lui qui a tant de morts sur la conscience, la plupart d’entre eux, d’ailleurs, se situant dans des pays musulmans dont il se prétendait le héraut. Mais sauf à réhabiliter le lynchage et la vengeance, nul ne devrait considérer l’acte de guerre mené par les Etats-Unis pour tuer Ben Laden comme un modèle de justice applicable par tous, en toutes circonstances et en tous lieux.

Pour ce que l’on en sait, le commando américain qui est venu opérer au Pakistan (au mépris de la notion de souveraineté nationale) n’avait qu’une mission : assassiner Ben Laden. Il a fallu un certain laps de temps pour que la Maison Blanche avance la thèse d’une tentative d’arrestation ayant mal tournée. Des officiels américains ont même évoqué l’hypothèse, aussitôt démentie, d’un combat au cours duquel l’ex leader d’Al-Quaïda aurait utilisé une femme présente sur les lieux comme « bouclier humain ».

Au demeurant, la rapidité avec laquelle a été inhumé en pleine mer le cadavre de Ben Laden, en expliquant au passage que l’opération avait pour but de respecter le rite musulman prouve deux choses : 1) que les rites musulmans sont de l’hébreu pour la plupart des commentateurs 2) qu’il fallait surtout faire disparaître le cadavre du tueur en série, afin que l’on ne sache jamais comment il avait été tué, et que sa tombe ne devienne pas un lieu de pèlerinage. Or, dans tout pays civilisé, il est de tradition de rendre le corps d’un mort à sa famille, quand bien même s’agit-il du pire des salauds.

En fait, comme l’ont dit les Israéliens, habitués à ce genre d’opération, les Etats-Unis ont réussi « une opération de liquidation ciblée par excellence ». Celle-ci peut éventuellement se justifier au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais dans ce cas, il faut le dire comme tel, et ne pas se réfugier derrière un discours évoquant la justice immanente.

On ne voit pas au nom de quoi un pays se targuant de défendre l’Etat de droit et les valeurs universelles peut se permettre de tuer un barbare avec des méthodes barbares. Certes, toutes les victimes du World Trade center et des attentats meurtriers d’Al Qaeda doivent ressentir un soulagement. Mais ceci justifie-t-il cela ? Que je sache, on est dans la vraie vie, pas dans un film de western où il suffit de ramener le coupable présumé « Dead or alive » (mort ou vif) pour empocher la prime.

François Bayrou a été l’un des seuls responsables politiques à tenir ce propos empreint de bon sens et d’humanité : « On ne fait pas la fête pour la mort de quelqu’un, fût-il le plus horrible ». En France, la plupart des responsables publics ont repris le raisonnement de Philippe Bilger : « Justice est faite ». Assimiler la justice à un assassinat, c’est une sorte de victoire posthume pour Ben Laden.

Jack Dion

 

On s’aperçoit que deux jours après l’annonce de la mort de Ben Laden, un doute s’installe sur les circonstances de son élimination et que beaucoup considèrent que justice et assassinat ne vont pas de pair, même pour le plus emblématique des terroristes.

 



[1] Philippe Bilger est l’avocat général du procès Fofana qui a été critiqué pour sa « clémence », alors qu’il requérait des condamnations conformément à la loi. Il tient un blog où il exprime des opinions assez radicales sur le Justice et la Politique, dans le registre « centre droit ». http://www.philippebilger.com/blog/

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 20:43

Ô mort où est ta victoire ? demandait l’apôtre Paul dans l’Epître aux Corinthiens. Cette antique question peut se poser après l’annonce de la mort du leader d’Al Qaïda. Quelles seront les conséquences de son décès ?

 

Ben Laden était devenu une sorte de symbole pour les combattants « djihadistes » qui luttent avec l’arme du terrorisme contre les armées et les intérêts occidentaux au Moyen-Orient, comme aux Etats-Unis, comme en Europe. Il n’a pas été le leader d’une armée bien structurée qu’on appellerait Al Qaïda, en français « la base ». Pour le professeur Nafeez Mossadeq Ahmed, directeur de l’Institute for Policy Research & Development de Brighton, auteur d’un ouvrage passionnant sur le 11 septembre : « La guerre contre la vérité » (Ed. Demi Lune, collection Résistances, Paris, 2006), Al Qaïda vient de l’expression « Data base » (base de données) utilisée en informatique. Il s’agissait au départ de la liste des noms des moudjahidin qui combattaient en Afghanistan contre les Soviétiques, dont certains étaient sous les ordres de Ben Laden, fort proche, à l’époque, de la CIA. On a utilisé, voire abusé, de ce nom d’Al Qaïda pour nommer les coupables de tous les actes terroristes à consonance islamiste.

 

 

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Ben Laden ne se cachait pas dans des grottes aménagées

dans les montagnes pakistanaises.

  

Il ne s’agit donc pas – tous les spécialistes du Moyen Orient le rappellent régulièrement – d’une organisation structurée, hiérarchisée comme une armée, mais d’une kyrielle de groupes, voire de groupuscules, autonomes, qui justifient leurs actes par la volonté de sauver l’Islam des « croisés » de l’Occident. N’oublions pas que la grande majorité des victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans. Ainsi, sur les 114 attentats recensés d’Al Qaïda, 100 ont frappé un pays musulman et 14 les pays occidentaux.

 

Ben Laden qui fut un chef de guerre en Afghanistan s’est mué en chef terroriste lors de la guerre du Golfe. Il est incontestablement responsable des attentats contre les ambassades US au Kenya et en Tanzanie, ainsi que du premier attentat (raté) contre les tours du WTC en 1993. Cependant, comme il était membre d’une importante famille saoudienne, proche de la famille royale, il resta un « protégé » des services secrets américains, malgré qu’il fût dès le début de la décennie 1990, recherché par le FBI pour terrorisme. Les diplomates et les agents secrets ne souhaitaient pas « indisposer » le roi et son entourage en capturant Oussama Ben Laden. Il est donc évident que le « leader » d’Al Qaïda entretenait des liens politiques et financiers importants avec les intérêts saoudiens au plus haut niveau. De nombreux témoignages montrent que, jusqu’au 11 septembre, il y aurait eu aisément moyen de l’appréhender. Aussi, on peut raisonnablement se demander si le Saoudien ne bénéficiait pas de protections en très haut lieu. En outre, et c’est le plus grave, ces « protections » motivées par les intérêts des puissants lobbies pétroliers qui étaient proches du pouvoir aux Etats-Unis, notamment par l’intermédiaire de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld, ont permis à Ben Laden de développer en toute impunité une organisation d’une efficacité redoutable dont la structure en cellules autonomes la rendait très difficile à neutraliser.

 

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Donald Rumsfeld et Dick Cheney ont aidé Ben Laden.

 

Cela expliquerait les énormes lacunes des services de renseignement, des autorités civiles et militaires américaines, lors des attaques du 11 septembre 2001.

 

En plus, on ne sait même pas si Oussama Ben Laden est directement responsable de ces attaques. Il y a d’ailleurs un fait curieux : si le FBI a lancé un avis international de recherches de Ben Laden pour terrorisme, cet avis n’a pas été mis à jour après le 11 septembre. Voici, en anglais, le texte de l’avis de recherche du FBI : «Usama Bin Laden is wanted in connection with the August 7, 1998, bombings of the United States Embassies in Dar es Salaam, Tanzania, and Nairobi, Kenya. These attacks killed over 200 people. In addition, Bin Laden is a suspect in other terrorist attacks throughout the world. »  Des journalistes ont interrogé des responsables du FBI sur ce curieux « oubli ». Il leur a été répondu qu’ils ne disposaient d’aucune preuve de la participation directe ou indirecte de Ben Laden aux attentats de New York et de Washington.

 

Et puis, tout est faux avec Ben Laden. Ainsi, juste après le 11 septembre, les télévisions occidentales ont diffusé une vidéo montrant Ben Laden se réjouir avec son « état-major » de la réussite des attaques. Plusieurs mois après, il a été avéré que cette vidéo était un montage. On a diffusé des photographies de Ben Laden où il portait une barbe grisonnante avec un visage ridé et quelques semaines plus tard, un visage à peau lisse à la barbe noire. Et le jour « officiel » de sa mort, l’AFP parvient à prouver aisément que la photographie de son cadavre est un faux aussi ! Ses funérailles en pleine mer, soi-disant respectueuses du prescrit musulman, soulèvent aussi pas mal de questions. Enfin, le commando qui l’a éliminé, aurait eu pour mission de le capturer. De qui se moque-t-on ?

 

En réalité, il est probable que Ben Laden ait joué un rôle secondaire dans le terrorisme islamique. Cependant, il a servi de symbole aussi bien aux djihadistes qu’aux Occidentaux. En dix ans, avec tous les moyens mis en œuvre, on n’a pas réussi à mettre la main dessus. C’est fort peu crédible. Après tout, cet épouvantail servait, pour les opinions publiques, de prétexte aux coûteuses et meurtrières occupations militaires de l’Irak et de l’Afghanistan. Aujourd’hui, c’est différent et on peut supposer qu’Obama va pouvoir diminuer substantiellement l’effort de guerre américain au Moyen-Orient. De toute façon, on finit par se demander s’il est utile de poursuivre ces aventures militaires qui mènent à l’impasse.

 

Les élites occidentales dominées par les conservateurs se leurrent depuis le début dans toute cette affaire et sont incapables, à cause de leur arrogance, de se remettre en question, ou tout simplement, de faire leur autocritique.

 

La doctrine du « choc des civilisations » continue à dominer au sein des dirigeants occidentaux conservateurs. Ils voient toujours un Occident dominant contre un monde musulman rétrograde et menaçant.

 

Le politologue Guy Hermet écrit dans l’hiver de la démocratie ou le nouveau régime  (Armand Colin, Paris, 2006) : « Suite à la défaite des « totalitarismes » nazi puis communiste en 1945 et 1989, la démocratie est perçue maintenant comme relevant de l’évidence, sans qu’il soit nécessaire d’argumenter et sans contestation admisse, sans qu’on puisse surtout lui imaginer la formule de gouvernement rivale ou alternative (…). La démocratie va aujourd’hui de soi. Elle est l’unique gouvernement imaginable dont ne se trouvent privées que des sociétés aberrantes comme la plupart des sociétés musulmanes. » C’est ainsi que l’élite occidentale voyait les choses jusqu’à décembre 2010. Les révolutions tunisienne et égyptienne, toujours en cours, ainsi que les contestations réprimées par le sang en Syrie, au Yémen et à Bahreïn, avec les mouvements en Algérie, au Maroc, en Jordanie, sont un cinglant démenti ([1]). Un processus est en cours. Il est entravé par le manque de structures politiques, mais il est clair que l’on s’oriente vers un système démocratique qui sera sans doute différent et qui sera l’œuvre du peuple qui est toujours mobilisé en Tunisie et eu Caire.

 

 

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Barack Obama pense un peu vite qu'il a obtenu

une victoire décisive.

 

Obama pense sans doute qu’il vient d’obtenir une victoire décisive. À entendre les déclarations des dirigeants européens – à l’exception de Cameron, « la voix de son maître » qui reprend mot à mot une partie du discours du président US – montrent une grande prudence. Ils ont raison. Ce n’est pas le moment de se réjouir.

 

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Liesse aux USA : quelque-chose d'indécent

 

A propos, il y a quelque-chose d’indécent dans ces réjouissances de la foule américaine à l’annonce de l’élimination d’Oussama Ben Laden. Cela ressemble à la populace qui se rassemblait au Moyen-âge pour jouir du spectacle du supplice de condamnés. Une sale mentalité dont les médias sont responsables, se répand dans l’opinion du monde occidental, mentalité qui amène au pouvoir le « populisme », c’est-à-dire l’extrême-droite et l’autoritarisme. Interrogé par un journaliste, un des participants à ces liesses à New York déclara qu’avec la mort de Ben Laden, les familles des victimes du 11 septembre pouvaient enfin porter leur deuil. Il se trompe et on s’en apercevra assez vite car les mensonges finissent toujours par s’effondrer.

 

Pierre Verhas



[1] La Libye n’est pas citée ici car il s’agit d’une guerre civile entre des tribus et des clans pour le partage de la manne pétrolière et on peut se poser des questions sur le caractère « démocratique » du fameux Conseil national de transition dont le dirigeant est l’ancien ministre de la Justice de Kadhafi, responsable du calvaire des infirmières bulgares.

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 16:06

Ci-dessous une intéressante analyse de Merry Hermanus sur les révolutions arabes. Merry est une personnalité controversée, mais qui possède deux qualités appréciables : le courage – il s’est toujours battu pour le Socialisme, en dépit des embûches qui jalonnent son parcours – et la lucidité. Dans bien des domaines de la politique, il a très souvent vu juste et porté une analyse rigoureuse des faits et il sait choisir le chemin qu'il juge le meilleur. En cela, il ne s’est jamais renié.

 

J’ai ce défaut de l’apprécier et d’avoir de l’amitié pour lui.

 

Pierre Verhas

     

 

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Merry Hermanus : une analyse politique lucide

   

La façon dont, en Occident, on a perçu et imaginé le monde arabe a subi pas mal d’évolution.

 

Aux 18ème et 19ème siècles, tout était figé par la masse constituée par l’Empire turc.

 

Le monde arabe était une menace du fait des pirates qui infestaient la Méditerranée.  C’est d’ailleurs ce qui servira de prétexte, en plus du coup de chasse-mouches du Sultan d’Alger à l’Ambassadeur de France, pour justifier l’invasion de l’Algérie en 1830.

 

 

Viendra ensuite la vague dite orientaliste en Arts et en Littérature.

 

On aura le voyage de Maxime du Camp, et de Flaubert.

 

On aura les toiles orientalistes de Delacroix.

 

Tout s’écroule à la fin de la guerre 14-18. L’Empire ottoman n’existe plus, et les Puissances victorieuses se partagent le Moyen-Orient.

 

La France, déjà Puissance tutélaire du Maroc et de la Tunisie, Puissance coloniale en Algérie, reçoit, en outre, un mandat sur le Liban et la Syrie.

 

Quant à la Grande-Bretagne, elle prend possession de la Jordanie et de l’Irak, et elle contrôle l’Arabie saoudite et le Yémen. En un mot : toutes les voies d’accès vers les Indes.

 

Dans le grand mouvement vers l’indépendance qui commence après la deuxième Guerre mondiale, l’image qu’on a en Europe occidentale est celle d’un chaos et de dictatures.

 

Le monde arabe, c’est le massacre de la famille régnante en Irak, le massacre télévisé, quelques années plus tard, du dictateur Kassem, le coup d’état en Algérie, un régime marocain autoritaire, de multiples révolutions au Liban, et la mise en place d’une série de régimes baasistes qui ne sont que des dictatures couvertes d’un léger vernis de socialisme.

 

Ceci étant dit, ces régimes et  ces dictatures conviennent parfaitement au monde occidental, pour autant que l’approvisionnement en pétrole soit assuré, et l’ennemi communiste, contenu.

 

Les mouvements islamistes qui trouvent leur naissance à l’Université Al Azar au Caire, avec la création des « Frères Musulmans » dans les années 20, sont à la limite considérés comme folkloriques, et on laisse les dictatures du Moyen-Orient les réprimer sans intervenir.

 

Mais tout bascule avec la chute du Communisme et, dix ans plus tard, avec le 11 Septembre !

 

 L’image du monde arabe et l’image des Musulmans devient celle du terroriste,et celle du kamikaze,  la bombe cachée sous la djellaba.

 

Dix ans plus tard, en janvier 2011, tout change, sans qu’aucun observateur, sans qu’aucun diplomate et sans qu’aucun service secret n’ait pu prévoir l’extraordinaire réveil des peuples auquel on assiste dans le monde arabe et au Moyen Orient en général.

 

 C’est un remake du « Printemps des Peuples » de 1848.

 

On se rappellera qu’après la première Révolution de février 1848 à Paris, c’est l’Europe toute entière qui bouge.

 

En Allemagne, la bourgeoisie prend, de façon éphémère, le pouvoir.

 

En Autriche, l’empire dominant toute la Mittle Europa est à ce point ébranlée que le Ministre Metternich doit s’enfuir, caché dans une manne à linge !

 

Même en Belgique, on assistera à un mini épisode révolutionnaire à « Risquons Tout ».

 

Comme les Européens, en 1848, les peuples du Moyen-Orient en ont assez de souffrir !

 

 Ils en ont assez du manque de liberté !

 

On constate que, dans ces révoltes, qui, au jour le jour, déboulent dans nos foyers à travers les images de la télévision, il n’y a pas de leader. C’est le peuple tout entier qui est en mouvement.

 

C’est donc toute notre façon d’appréhender le Moyen-Orient et le monde arabe qui va changer.

 

Ne nous y trompons pas : on assiste à une mutation géo politique aussi importante que fût la chute du Communisme, mais à laquelle va s’ajouter une révolution de l’image et de la perception qu’ont les Occidentaux du monde arabe et du monde musulman en général.

 

Celui-ci n’apparaîtra plus comme un risque terroriste, mais sera, demain, un partenaire dans un monde de plus en plus acquis aux idées de démocratie et de respect de l’Homme.

 

Ceci démontre une fois de plus que l’analyse du passé peut parfois conduire à l’espérance du futur.

 

Merry Hermanus

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 17:22

La disparition de Marie-France Pisier, une des plus belles actrices de ma génération, femme forte, au talent exceptionnel, de grande classe, m’amène une réflexion. Elle avait cette rare sagesse d’écraser la vulgarité en toute sérénité.

 

 

 

Marie-France-Pisier.jpg

                                  Marie-France Pisier : le symbole de la

                                                  résistance de notre temps

 

 

 

La vulgarité est la plaie de notre temps. Elle envahit tout : l’art, la littérature, la politique.

 

Chacun se souvient du fameux « détail » sur les chambres à gaz des camps d’extermination prononcé par un rustre. Ce fut sans doute l’expression la plus vulgaire formulée depuis longtemps. Je connais un couple d’enfants cachés. J’ai pensé à eux, en ce moment. Quelle blessure profonde cette parole a réveillée en eux et en bien d’autres ! Ces enfants cachés ont une certitude : leurs parents sont morts. Le reste n’est que suppositions : où ont-ils disparu ? Comment sont-ils décédés ? De mort violente ? De maladie ? De faim ? Ont-ils souffert ? Qui les a tués ? Où se trouvent leurs dépouilles ? Et combien d’autres questions dont les réponses sont éparpillées dans un brouillard qui ne se dissipera jamais.

 

Alors, pourquoi blesser ? Sans doute par haine, sûrement par mépris. Aujourd’hui lui succède cette femme sans tenue, mal soignée, au regard furtif et pourtant populaire, ambitionnant la plus haute charge. Son géniteur lui a transmis sa vulgarité. Elle emballe mal ses propos du langage mal maîtrisé de la modération. Plus subtile, elle sait tirer avantage de ses provocations dictées aussi par la haine et le mépris.

 

Il y a ce président à l’insulte facile et aux nerfs fragiles, incapable de cohérence et de ténacité. Il y a ce premier ministre pratiquant l’orgie, pillant l’Etat et, pire, répandant par les médias qu’il a volés, une non-culture destinée à salir le beau. Ne sont-ce les pires outrages que faire de la femme un simple objet de plaisirs éphémères, que voler la culture à tous, que faire de la cupidité la valeur suprême ?   

 

La vulgarité rassemble ces gens-là. Mais leurs trônes vacillent.

 

Le peuple dont ils prétendent être proches, déteste la vulgarité. Il aspire à son élévation matérielle car il n’y a pas de liberté sans le bien-être que ces gens veulent leur ôter. Il aspire à la culture, car il n’y a pas de liberté sans savoir, et cette classe d’ignorants prétend détenir le savoir pour son seul usage. Il aspire enfin à la dignité qu’ils veulent leur voler.

 

Marie-France Pisier, femme engagée, combattait la vulgarité avec l’arme qu’elle méritait : la dignité. Elle est désormais le symbole de la résistance de notre temps.

 

Pierre Verhas

 

 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 09:11

Saturne est connectée électriquement à Encelade, un de ses satellites, pourtant distant de 240 milliers de kilomètres. Le flux d’électrons passant en permanence par ce lien s’écrase sur Saturne et y créé une aurore boréale mobile, de la taille de la Californie.

 

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Sur Saturne, Encelade lance son propre flot d’électrons. Nasa


Les aurores polaires se créent lorsque des particules chargées sont capturées par le champ magnétique d’une planète et guidées jusqu’à ses pôles. En percutant la partie supérieure de l’atmosphère, la ionosphère, les charges lui font émettre de la lumière et créent ainsi de superbes rideaux de lumière. Sur notre Terre c’est le vent solaire qui apporte ces particules chargées.

Sur Saturne, Encelade lance son propre flot d’électrons.  Ceux-ci suivent donc les lignes de champ magnétique de Saturne, ce qui les mène jusqu’au pôle nord de la planète. Le faisceau d’électron est cohérent et créer une aurore boréale permanente, en lumière ultraviolette, large de 1200km et haute de 400, qui tourne autour de la planète en même temps qu’Encelade.


vidéo sur  hiss20110414-640

  

Il a fallu deux ans à une large équipe internationale pour analyser les données de Cassini, trouver l’aurore mobile et publier le tout dans la revue scientifique Geophysical Review Letters, ce mois-ci.

Il leur a fallu distinguer la tache de l’aurore boréale normale de Saturne, un peu plus au nord. Ils étaient toutefois aidés par leur expérience précédente avec des aurores mobiles analogues sur Jupiter, résultant des interactions de celle-ci avec ses satellites Io, Europe et Ganymède.
   
L’apport de ces nouvelles données est considérable. Un débat de longue date concernait la variabilité (ou la stabilité) de l’activité de cette petite lune : des fluctuations de l’aurore semblent indiquer que oui, cette activité varie. L’analyse de ce lien promet également d’être riche en renseignement sur le champ magnétique de Saturne, qui présente des anomalies encore inexpliquées...

 

  

Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex)
http://www.astrosurf.com/apex-occult/
Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base..be
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 14:30

Reprenons depuis le début. Kadhafi, l’Ubu libyen assassin et terroriste redevenu « fréquentable » par la magie du baril de pétrole, craint par-dessus tout, les révoltes arabes qui ont commencé en Tunisie et se sont poursuivies en Egypte. Il a raison.  Une partie du peuple libyen commence à le contester. La répression sanglante ne suffit pas. Les rebelles tentent de constituer une armée qui lance sa première offensive depuis Benghazi. Après avoir subi l’assaut des rebelles libyens qui avançaient le long de la côte méditerranéenne de la Cyrénaïque – la partie Nord – Est de la Libye – jusqu’à la Tripolitaine, en plus de ses paroles aussi menaçantes qu’incohérentes, Kadhafi  jette toutes ses forces dans la bataille, particulièrement ses chasseurs – bombardiers Sukoï et ses chars qui lui permettent de reprendre du terrain à une rébellion mal armée, mal organisée, mal entraînée. En quelques jours, cette avancée des troupes « fidèles » au régime et de mercenaires provenant d’Afrique sub-saharienne qui sèment la terreur dans la population est fulgurante, Benghazi est menacée.

 

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Kadhafi : le père Ubu de Tripolitaine

 

Jusqu’alors, les « Occidentaux » s’étaient contentés d’observer avec inquiétude ce qu’il se passait. La certitude que Kadhafi allait l’emporter les fit réagir, mais pas comme on l’a cru. Si, formellement, c’est la France qui a proposé la fameuse résolution 1973 du Conseil de Sécurité, c’est en réalité les Etats-Unis qui mènent la danse. Ce sont trois femmes –  Hillary Clinton, la Secrétaire d’Etat, Susan Rice, l’ambassadrice des USA à l’ONU et Samantha Power, dirigeante à la Sécurité intérieure – qui ont convaincu le président Obama d’intervenir en Libye, ce dernier craignant une escalade qui pourrait mener à un second Irak.

 

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Susan Rice, déléguée des Etats-Unis à l'ONU : le rôle majeur des

femmes dans la prise de décision au sujet de l'intervention en Libye

 

On a laissé à la France l’illusion d’avoir pris l’initiative de « la »1973, mais les USA commandent toutes les forces coalisées. Sarkozy joue pour la galerie et… son éventuelle réélection. Aussi, le cirque de BHL qui a amené, à grand tapage, à Paris, la délégation du Conseil d'opposition qui est censé être l’organe politique de la rébellion, est à usage uniquement franco – français, le « philosophe » médiatique n’ayant joué aucun rôle réel en cette affaire. En l’espèce, le président français a commis une grave erreur diplomatique : il a reconnu le Conseil d'opposition comme étant le seul interlocuteur valable. En cela, il a violé le principe évident : on reconnaît des Etats et non des gouvernements. Cela aura certainement de sérieuses conséquences plus tard. En attendant, en cas d’échec ou d’enlisement, ce ne sont pas les Américains qui porteront le chapeau, mais la France de Sarkozy.

 

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BHL pose en Libye... auprès d'un camion renversé. Tout un symbole !

 

Au niveau des opérations qui ont débuté juste après une réunion de coordination qui a eu lieu dimanche 20 mars à Paris, l’on constate que les Français y ont été un peu fort et pas toujours de manière efficace. Les Américains ont décidé de calmer le jeu après qu’ils aient perdu un appareil au-dessus du territoire libyen. De toute façon, l’objectif est atteint. La zone d’exclusion aérienne fonctionne et Benghazi est sauvée, les loyalistes ayant reculé de quelque 160 km.

 

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La résolution 1973 demande une zone d'exclusion aérienne,

pas de favoriser un  camp.

 

 

Cependant, nul ne peut prévoir l’avenir. Les Occidentaux sont divisés (comme d’habitude…). L’Allemagne refuse de s’inscrire dans ce conflit et les raisons qu’elle invoque sont respectables. Une polémique est née sur le rôle de l’OTAN. Les Français et les Britanniques, ou l’alliance de deux conservateurs : Sarkozy et Cameron, ne sont guère enthousiastes de voir l’organisation politico – militaire jouer un rôle. Un accord est finalement intervenu : l’OTAN se chargera de faire appliquer l’embargo sur les armes à destination de la Libye en assurant un commandement maritime. N’oublions pas qu’en plus de l’abstention de l’Allemagne, un membre important de l’OTAN est hostile à toute intervention militaire, la Turquie. Et puis, nouveau revirement, c’est l’OTAN qui va coordonner les opérations. Tout cela est d’une cohérence exemplaire !

 

1973 n’est pas respecté : ce sera l’enlisement.

 

Si les premiers jours ont montré des succès sur le terrain, la question fondamentale est : quels sont les buts de guerre ? Si on s’en tient à la résolution 1973, c’est empêcher le massacre du peuple libyen par l’armée de Kadhafi. Certains en ont une lecture extensive, comme le va-t-en guerre belgo-flamand Pieter De Crem et l’ineffable Armand De Decker, leader libéral bruxellois, à savoir éliminer Kadhafi et envisager une intervention militaire au sol. Or, toute occupation de la Libye est formellement interdite par la résolution :

 

« Protection civile

4. Autorise les États Membres qui ont adressé au Secrétaire général une notification à cet effet et agissent à titre national ou dans le cadre d'organismes ou d'arrangements régionaux et en coopération avec le Secrétaire général, à prendre toutes mesures nécessaires, nonobstant le paragraphe 9 de la résolution 1970 (2011), pour protéger les populations et les zones civiles menacées d'attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d'une force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen, et prie les États Membres concernés d'informer immédiatement le Secrétaire général des mesures qu'ils auront prises en vertu des pouvoirs qu'ils tirent du présent paragraphe et qui seront immédiatement portées à l'attention du Conseil de sécurité; »

 

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Un char de Kadhafi bombardé par les Français près de Benghazi.

Est-ce vraiment le rôle dévolu à la France par l'ONU ?

  

En cette affaire, il est clair que les néoconservateurs tentent de relever la tête. Il faut à tout prix les empêcher de nuire. Ils sont aussi dangereux que Kadhafi !

 

L’Europe affaiblie

 

Tout indique que l’on s’oriente vers un enlisement dans ce conflit qui n’est même pas tout à fait déclenché. L’Union européenne s’est dotée, avec le Traité de Lisbonne, d’instances qui doivent mener à une politique étrangère cohérente. Une certaine Catherine Ashton, comme à son habitude, est aux abonnés absents. « La décision de lancer l'opération, poussée par la France et la Grande-Bretagne et votée au Conseil de sécurité malgré l'abstention de l'Allemagne, constitue peut-être une victoire diplomatique pour Paris et Londres, mais en même temps "un échec absolu pour la politique étrangère européenne", juge l'eurodéputé conservateur britannique Charles Tannock. » (Libre Belgique 23 mars 2011).

 

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Daniel Cohn Bendit et Guy Verhofstadt : il ne fallait pas voter

"Lisbonne". L'Europe n'en serait pas là !

 

De son côté, le groupe Spinelli dont les deux leaders sont l’ancien Premier ministre libéral flamand Guy Verhofstadt et Daniel Cohn Bendit, fustige l’absence de politique étrangère de l’Union, en violation de l’article 14 du Traité de Lisbonne. Voilà où on arrive quand on accepte des traités ambigus au lieu de tout remettre à plat ! Il ne fallait pas voter « Lisbonne », Messieurs, vous récoltez ce que vous avez semé. Vous saviez bien que cela ne marcherait pas et vous avez lancé les pires insultes à ceux qui y étaient opposés, non par « euroscepticisme », mais parce qu’ils veulent une Europe plus efficace sans passer par les fourches caudines du néo-libéralisme.

 

Une époque historique est révolue.

 

Alors, que faire ? La solution vient sans doute du monde arabe. Après tout, il est le premier concerné. Guy Stibon, journaliste à l’hebdo français Marianne, a publié une interview du Premier ministre tunisien, Béji Caïd Essebsi, qui a succédé à Gannouchi renversé par la pression populaire et qui est un homme bien plus crédible. Que dit-il ?

 

« Attention, pour nous la Libye ce n’est pas l’étranger, c’est une affaire intérieure. Les mêmes familles vivent des deux côtés de la frontière. Presque chaque ville de Tunisie possède son quartier tripolitain. Nous avons reçu plus de 160.000 réfugiés en quelques semaines. Nous n’avons pas crié à l’invasion. Nous leur avons porté secours dans la limite de nos moyens. Les habitants des régions frontalières les ont reçus chez eux. On ne nous a pas signalé de mécontentement local. 

 

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Le Premier ministre Tunisien : Béji Caïd Essebi

 

Vous, en France, quand dans un moment de crise, 5.000 Tunisiens débarquent à Lampedusa (ils sont 15.000 aujourd'hui), très, très loin de votre territoire, vous y voyez un cataclysme.  Marine le Pen  court à Lampedusa. Il vaut mieux rester calme. Ce sont des drames humains accidentels qui ne tirent pas à conséquence irrémédiable. On fait avec. Vous réalisez : 160.000 immigrés survenant soudainement chez nous, toute proportion gardée, c’est l’équivalent d’un million d’immigrés en France en quelques jours. Je n’ose même pas imaginer la panique. Je ne donne de leçon à personne mais je crois que la démocratie consiste justement à régler sans heurt les problèmes qui surgissent naturellement dans une société. A propos de cette vague d’immigration, j’ai entendu des voix nous féliciter, « Vous êtes des héros », m’a-t-on dit. J’ai répondu, merci mais les héros sont fatigués, tout cela coûte cher et nous sommes un petit pays en difficulté économique. Aidez nous un peu en attendant que la Libye entre dans une ère de stabilité. »

 

Bien sûr, nous nous trouvons une fois de plus confronté à nos fantasmes, ceux d’une immigration incontrôlée, comparable à une invasion, où nous nous ferons absorber. Que nous répond Essebi ? Arrêtez de fantasmer, votre régime démocratique, si vous savez vous en servir, vous aidera à sortir de ce mauvais pas, et puis aidez-nous à nous redresser, car cela fait partie de la solution à vos problèmes d’immigration.

 

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Marine Le Pen à Lampedusa : tout est bon pour faire

une démagogie odieuse.

 

Que conclut le Premier Tunisien de tout cela ? « L’histoire obéit à des cycles. Le temps des colonisations, les vagues de décolonisation, la phase des dictatures. Cette page des dictatures est tournée. En Tunisie comme partout ailleurs, nous sommes heureusement entrés dans l’ère de la liberté, l’ère de la démocratie. Nous avons donné le départ, d’autres ont suivi. D’autres encore sont pour l’instant sur le bord de la route. Tous seront touchés, d’une manière ou d’une autre. Une époque historique est révolue. Ceux qui ne le voient pas le paieront très cher. »

 

Espérons que l’avenir lui donnera raison.

 

Est-ce aux Occidentaux à éliminer Kadhafi ? La réponse est non, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il y a eu trop de « copinages » entre le « chef » libyen et les Occidentaux n’auraient aucune crédibilité vis-à-vis des Arabes s’ils se chargeaient d’éliminer le tyran. Ils diraient qu’ils l’ont tué car il devenait gênant pour eux. Ce qui serait conforme à la vérité…  C’est aux Libyens et à eux seuls, à régler leurs problèmes intérieurs. Ensuite, il faudra se retirer le plus rapidement possible, quitte à laisser la zone d’exclusion aérienne tant qu’il y a un risque de massacres de la population. Pour le reste, l’urgent est d’attendre pour la Libye, car on ne sait pas ce qui va sortir de cette quasi guerre civile.

 

En effet, ce Conseil reconnu un peu vite par Sarkozy est un organe hétéroclite. Il constitue une coalition tribale de Cyrénaïque s’étant affublée du nom de Conseil National de l’Opposition.

 

Une guerre tribale

 

Les Occidentaux n’ont pas compris qu’il ne s’agit pas d’une insurrection pour la démocratisation du pays, comme c’est le cas en Tunisie et en Egypte. Le peuple libyen n’a connu que la dictature de Kadhafi avec sa fameuse Jamahiriya. « Il est impossible de rationaliser le système politique libyen. Le terme Jamahiriya lui-même [le nom officiel de la Libye, institué par la Constitution de 1977] repose sur la traduction du mot “république” par un jeu de mots signifiant que le pouvoir appartient au peuple. C’est le populisme sauce Kadhafi”, explique Barah Mikaïl, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). François Burgat décrit un système de pouvoir “plastique”, qui voit “coexister en parallèle plusieurs légitimités politiques (tribale, militaire, institutionnelle), dont l’une peut à tout moment prendre le pas sur l’autre”. Le “Guide se définit comme au-dessus du système, quelles que puissent être les révolutions de palais”, poursuit Barah Mikaïl. “Pourquoi voulez-vous que l’on me critique ? Moi je ne dirige rien, je n’ai pas de compétence politique ou administrative. C’est le peuple qui gère les affaires”, assénait-il sur France 2 lors de son passage controversé à Paris fin 2007. » (Journal suisse « Le Temps », 1er septembre 2009).

 

Le peuple libyen n’a donc comme culture politique le contenu du fameux « Livre vert » de Kadhafi. La véritable cause de ces événements est tribale. Le pouvoir de Kadhafi reposait sur un accord entre les tribus de Tripolitaine – c’est à l’une d’elle qu’il appartient – et les tribus de Cyrénaïque. Cet accord s’est brisé suite aux révolutions tunisienne et égyptienne. Aussi, la coalition commet la même erreur que lors des conflits sur l’ex-Yougoslavie. Elle prend ouvertement parti contre un camp, celui de Kadhafi, c'est-à-dire des tribus qui lui restent fidèles, comme jadis contre les Serbes dans les Balkans.

 

Le mandat du Conseil de sécurité n’autorise pas à aider une des parties de ce conflit. Il se limite à créer une zone d’exclusion aérienne et à éviter le massacre de populations. Or, on s’aperçoit que les forces coalisées, particulièrement la France, aident les troupes du Conseil d’opposition. Cela va favoriser ce que d’aucuns craignent : la partition de la Libye.

 

Comme l’écrit Mohamed Tahar Bensaada : « Rien n’interdit aux Occidentaux et à leurs alliés arabes de soutenir l’opposition de Benghazi. Mais s’ils veulent sincèrement une démocratisation dans le cadre de la stabilité, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale de la Libye comme ils le prétendent, ils devraient user de leur influence auprès de cette opposition pour qu’elle accepte d’entrer dans un dialogue national sérieux avec le camp Kadhafi en vue de négocier les modalités d’une transition démocratique pacifique. Si elle sait s’arrêter comme elle a su commencer, et comme le lui conseille la Turquie en vue de laisser désormais la place à la diplomatie, l’intervention militaire occidentale aura au moins réussi, dans ce cas, à imposer aux deux protagonistes la nécessité de se réunir autour d’une table de négociations. Ce dernier scénario semble le mieux indiqué pour la Libye dans la mesure où il satisfait beaucoup de monde à la fois. Dans ce scénario, le seul accroc est que ni le clan Kadhafi ni le clan de Benghazi ne pourra tout avoir. Mais ne vaut-il pas un peu que rien du tout ? Reste à neutraliser la position française qui semble la plus belliqueuse et la plus irresponsable dans ce dossier, essentiellement pour des raisons de politique intérieure. » Et cela n’est pas gagné !

 

Pierre Verhas

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