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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 16:13

Pour commencer, voici deux anecdotes significatives qui m’ont été rapportées par un haut fonctionnaire européen. En 2010, sous la pression d’Angela Merkel, la Troïka a été mise en place pour imposer les « réformes » afin de résorber la dette de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal. Une délégation de dirigeants de « haut niveau » s’est rendue un soir à Athènes. Le voyage, le gîte et le couvert de ces messieurs dames étaient assurés par le gouvernement grec de Papandréou.

 

Le soir de leur arrivée, cette brillante équipe n’a rien trouvé de mieux que de se remplir la panse dans un des luxueux restaurants situés le long de la plage, non loin d’Athènes. Pendant ce temps, d’immenses rassemblements populaires avaient lieu dans la capitale grecque. Les manifestants furent informés de cette sauterie. Aussitôt, des centaines de protestataires se rendirent au restaurant en question, l’envahirent. Les distingués délégués durent décamper vers la plage toute proche, poursuivis par la foule en furie. Ces dames en robe longue et ces messieurs en smoking avaient déjà les pieds dans l’eau lorsque la police vint les tirer de cette fâcheuse situation.

 

La seconde se passe dans les bureaux de la Commission. Une négociation impliquant une délégation du Parlement européen, des lobbies et des délégués de ladite Commission est très difficile et n’aboutit à aucun résultat. Le président de séance, un fonctionnaire de la Commission, furieux de cet échec, toise les membres du Parlement en criant : « Il faut en finir avec la démocratie ! ».

 

Ce serait risible si ces incidents n’étaient le signe d’une dégradation du processus démocratique en Union européenne. Ils révèlent une caste qui s’affuble du titre d’élite composée de technocrates, de banquiers, de politiciens aux ordres et qui cherchent à imposer aux peuples européens une vision des choses qu’ils pensent conforme à leurs seuls intérêts.

 

Le président Jean-Claude Juncker : la démocratie en Europe est un mot vide !

Le président Jean-Claude Juncker : la démocratie en Europe est un mot vide !

 

UE et démocratie ne font pas bon ménage.

 

La déclaration la plus révélatrice sortit de la bouche de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Il a déclaré au « Figaro » du 29 janvier 2015 : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » C’est révélateur parce qu’en se basant sur les traités et notamment le fameux TSCG mieux connu sous le nom de « traité budgétaire », nul n’a le droit de s’élever contre une décision prise par le Conseil européen – c’est-à-dire l’Allemagne – qui serait conforme à ces fameux traités.

 

Il faut cependant remettre les montres à l’heure. Les eurosceptiques dont la plupart sont loin d’être des démocrates, n’arrêtent pas d’attaquer la Commission qui représente pour eux la quintessence de l’Europe ultralibérale et antinationale. S’il est vrai que la Commission est imprégnée de l’idéologie néolibérale, qu’elle considère le processus démocratique comme une entrave à la construction d’une Europe à leur image et les nations comme des entités obsolètes, ce n’est pas la Commission qui prend les grandes décisions. Elle est chargée de les appliquer et a la capacité de faire des propositions.

 

L’organe de décision est et reste le Conseil européen. Il est basé sur le principe de l’intergouvernementalité. Il est en effet composé des chefs d’Etats et de gouvernements et de leurs ministres pour les matières spécifiques. Autrement dit – et c’est là l’essentiel – les décisions résultent d’un rapport de force entre les vingt-huit gouvernements de l’Union. Et dans cette partie, deux pays émergent : l’Allemagne et la Grande Bretagne. Ce sont les deux puissances les plus importantes de l’Union. En dehors des questions relatives à l’Euro, elles sont donc les deux meneurs de la politique européenne, les autres pays étant priés de se plier aux diktats germano-britanniques, même si l’Angleterre de Cameron se trouve en porte à faux étant donné la montée de l’euroscepticisme.

 

En ce qui concerne l’Euro, on s’aperçoit bien qu’il y a deux décideurs : toujours l’Allemagne et aussi la Banque Centrale Européenne (BCE). Là aussi, les autres Etats membres n’ont qu’à s’incliner alors qu’il s’agit de leur économie. Or, l’Allemagne impose ses propres règles basées sur l’ordolibéralisme qui consiste à imposer une rigueur très forte à une économie forte (réduction des salaires, flexibilité, etc. ; politique budgétaire équilibrée, autrement dit austérité et politique monétaire sous la responsabilité d’une banque centrale, en l’occurrence la BCE).

 

Si cette politique a pu renforcer l’économie allemande au prix – ne l’oublions pas – d’une terrible régression sociale, l’imposer aux pays périphériques et du Sud de l’Europe revient à leur mettre la tête sous l’eau. Et nul n’est autorisé à contester cela. Pourtant, c’est ce qu’il se passe.

 

Un peu d’histoire

 

Il faut relire l’histoire. L’euro est né du calamiteux Traité de Maastricht. La monnaie unique est issue de la volonté de François Mitterrand qui, en 1992, était en fin de parcours, avait déjà trahi ses engagements auprès du peuple français et de la gauche en général et s’est en outre trompé sur la réunification allemande. Le chancelier Kohl disposait dès lors tous les atouts et a pu imposer l’ordolibéralisme à l’allemande qui est fondamentalement contraire à l’idée d’une fédération européenne qui est sensée être la doctrine de base de l’Union européenne. En effet, en interdisant l’aide à un Etat membre en difficulté, il rendait ainsi caduque la solidarité qui est la base même de l’idée fédérale.

 

Mitterrand et Kohl main dans la main pour le passé mais pour l'avenir...

Mitterrand et Kohl main dans la main pour le passé mais pour l'avenir...

 

Tout part de là ! Et la scandaleuse hypocrisie des propagandistes de l’Union européenne qui n’arrêtent pas de se réclamer du fédéralisme – nous songeons entre autres à l’ineffable Jean Quatremer – œuvrant à imposer la pensée unique européiste, est une abomination. Ils nous mentent, car nous ne vivons pas dans un système fédéral qui implique par définition un système démocratique. En effet, un régime totalitaire ne peut exister que dans une structure centralisée. Nous vivons dans un système qui allie à la fois une dictature supranationale et une compétition aussi stérile que dangereuse entre Etats où le plus fort l’emporte au détriment des autres.

Jean Quatremer, correspondant permanent de "Libération" auprès de l'Union européenne, le donneur de leçons prêchant la pensée unique européenne

Jean Quatremer, correspondant permanent de "Libération" auprès de l'Union européenne, le donneur de leçons prêchant la pensée unique européenne

 

Le fédéralisme a été trahi.

 

Il faut, pour bien comprendre, revenir à l’idée de base constitutive de l’actuelle Union européenne. À la fin de la Deuxième guerre mondiale, sous l’impulsion, entre autres du militant communiste italien Altiero Spinelli qui avait connu les geôles de Mussolini de 1927 à 1943, fut fondé le Mouvement fédéraliste européen. Ce mouvement connut un grand succès auprès des intellectuels démocrates et de gauche d’Europe occidentale parmi lesquels on compte entre autres Albert Camus et George Orwell. L’objectif de ce mouvement était de construire une fédération européenne dépassant l’Etat nation jugé responsable – à juste titre – des abominables boucheries qui par deux fois ont ensanglanté et détruit le continent. Cependant, cette fédération ne pouvait se construire que sur des bases démocratiques. Autrement dit, une structure démocratique supranationale succéderait progressivement aux Etats nations par l’ouverture des frontières et la mise en commun des ressources.

 

Altiero Spinelli, le fondateur du fédéralisme européen

Altiero Spinelli, le fondateur du fédéralisme européen

 

Cependant, la Communauté européenne – ancêtre de l’actuelle Union – s’est élaborée pendant la guerre froide. Dès lors, elle s’inscrivit dans le cadre de l’Alliance atlantique, au lieu d’avoir une autonomie politique à l’égard des Etats-Unis. Ensuite, sous l’impulsion de ses protagonistes dont l’homme d’affaires Jean Monnet, elle s’inscrivit dans une optique résolument libérale en opposition aux systèmes d’économie mixte qui avaient été mis en place dans les différents Etats après la guerre par les mouvements issus de la Résistance. Sans doute, est-ce également pour cela que les membres des institutions européennes ont toujours exprimé leur hostilité à l’égard de tout ce qui rappelle ou évoque l’Etat.

 

Aussi, dès le départ, les institutions européennes œuvrèrent au développement du capitalisme et dans l’optique géopolitique atlantiste. Elles ont ainsi contribué à entretenir la guerre froide et même si elles adoptèrent une structure de type fédéral par le sommet, elles ne facilitèrent en rien l’élaboration d’une fédération européenne qui, elle, aurait représenté les peuples. En effet, une structure fédérale ne peut se construire qu’au départ de la base.

 

Il était donc question de dépasser les nations composant la Communauté européenne par une instance supranationale de décision. Mais cette instance a toujours été loin d’être démocratique. En effet, si l’Union européenne a été structurée sur la base de trois pouvoirs séparés : la Commission dépendant comme on l’a vu du Conseil, le Parlement européen et la Cour de Justice européenne, ils ont loin d’avoir le même poids.

 

Un Parlement sans réels pouvoirs

 

Ainsi, le Parlement européen n’a pratiquement pas de capacité législative. Il a une capacité de contrôle qui s’est certes accrue depuis le Traité de Lisbonne, mais qui est loin d’être coercitive. On l’a vu par deux fois : le Parlement a renversé en 1999 la Commission du Luxembourgeois Jacques Santer pour une question de corruption. Cette Commission a poursuivi ses travaux jusqu’à son terme comme si de rien n’était. Récemment, lors de la présentation des commissaires proposés par Jacques Juncker devant le Parlement européen, le commissaire hongrois était contesté parce qu’il était loin de présenter des garanties démocratiques. On l’a simplement changé de compétence en lui attribuant la culture ! De même, le commissaire espagnol était lui aussi critiqué pour ses liens avec l’industrie pétrolière. On n’en a pas tenu compte ! Seule, la commissaire slovène a été recalée pour incompétence… En effet, un accord s’est établi entre les deux groupes les plus importants du Parlement européen : les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates et on est passé à l’ordre du jour !

 

L'hémicycle du Parlement européen : une institution sans réels pouvoirs et manquant d'efficacité en dépit du courage et de la volonté de plusieurs parlementaires.

L'hémicycle du Parlement européen : une institution sans réels pouvoirs et manquant d'efficacité en dépit du courage et de la volonté de plusieurs parlementaires.

 

La Cour de Justice, elle, est sans instance d’appel alors qu’elle prend souvent des arrêts ayant d’importantes conséquences politiques. On l’accuse souvent et à juste titre d’instaurer une sorte de « gouvernement des juges ».

 

Il y a une véritable tromperie. L’Europe supranationale n’est pas destinée à se substituer aux Etats nations pour instaurer la paix et la prospérité des peuples, mais pour museler les Etats qui entravent la marche vers un capitalisme sans contrôle ni frontières. Ne comprend-on pas que l’invective systématique contre l’Etat ou contre la nation qui est, jusqu’à présent, le seul espace où existe la démocratie, c’est-à-dire un contrôle plus ou moins efficace du peuple sur le pouvoir et l’existence de réels contrepouvoirs, a pour objet réel de museler la démocratie ?

 

Une dictature supranationale

 

Si on peut souhaiter que sur un continent qui durant son histoire a été déchiré par des guerres de plus en plus meurtrières et destructrices, les décisions politiques se prennent sur un plan supranational, ce ne doit pas être aux prix du renoncement aux libertés et aux pouvoirs des peuples. En outre, cela déclenchera – et on s’en aperçoit – des conflits entre l’instance supranationale qui impose ses diktats et les Etats ou les peuples qui les subissent. Le cas de la Grèce est exemplaire en l’occurrence : ce pays se heurte depuis l’arrivée de Syriza à une dictature supranationale.

 

Jacques Delors a construit le grand marché européen et l'union monétaire qui ont consacré l'Europe ultralibérale.

Jacques Delors a construit le grand marché européen et l'union monétaire qui ont consacré l'Europe ultralibérale.

 

Une dictature supranationale ? La zone euro, tout comme le marché unique instauré en 1992 à l’initiative de Jacques Delors, puis concrétisés par le traité de Maastricht, ont été élaborés à l'échelle de l'Europe, en lien avec trois institutions « indépendantes », auxquelles on a jusqu’ici confié la protection du soi-disant intérêt général européen : la Banque centrale européenne, la Commission et la Cour de justice de l'UE. Ces institutions s'estiment dépositaires d'un projet européen qui ne peut être lesté par les conjonctures politiques nationales. Leur mandat est supranational et ne dispose d’aucune légitimité électorale. Aussi, l'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce provoque un conflit entre la légitimité du projet européen incarné par les « indépendantes » et les mandats électoraux nationaux.

 

La BCE marque son autonomie politique. Elle arrache son autonomie à l'encontre des Grecs en fermant les lignes de crédit à leurs banques, comme elle l'a enlevée quelques jours avant aux Allemands en rachetant des titres de la dette des Etats.

 

Depuis le début de la crise de la zone euro, la BCE s'est vue accorder de nouveaux pouvoirs. Son leadership s'est renforcé, à travers la mise en place de l'union bancaire, ou encore sa participation à la troïka qui ne s’occupe pas que de la Grèce. Elle a progressivement assumé un rôle politique qui n'était pas le sien au moment de sa création. En imposant aux Etats des « réformes » (privatisation, déréglementation, démantèlement de l’Etat social) en échange de son soutien, ses pouvoirs sont devenus considérables. Tout cela se heurte à la nouvelle donne électorale en Grèce.

 

La Commission est dans son rôle traditionnel de gardienne des traités, et d'un projet européen indépendant des conjonctures nationales. Mais ce que Juncker ne dit pas, c'est qu'il est évident que les traités sont susceptibles d'interprétation. Les traités européens sont quelque chose de vivant, ils sont une création permanente. L'évolution du rôle de la BCE pendant la crise a montré les marges de manœuvre considérables qu'offrent les traités. Toute l'histoire de l'Union européenne prouve la grande malléabilité des traités. Les traités sont même devenus le terrain de la lutte politique en Europe. Il faut en permanence se demander quelles sont les marges d'interprétation.

 

Accepter d’effacer une partie de la dette les condamnerait à avouer ce qu’ils ont réellement fait depuis six ans : toute leur gestion de la crise grecque, de la crise de l’euro a consisté à socialiser les pertes du système bancaire, à reporter sur les populations les risques inconsidérés pris par les banques. Ce serait reconnaître aussi que leur politique d’austérité est un échec patent. Ce serait enfin devoir accorder à d’autres pays européens, en commençant par l’Italie, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, une remise de peine et une renégociation de leurs dettes. Autant dire que tout changement leur semble impossible. Même si cela peut conduire à l’explosion de la Grèce.

 

Et c’était prévu. Si on lit ce qu’écrit Martine Orange dans Mediapart du 5 février dernier, on est édifié.

 

« Nul doute que l’ancien premier ministre grec, Antonis Samaras, en provoquant des élections législatives précipitées dès fin janvier, avait aussi ce calendrier en tête. Il savait que la Grèce était dans une impasse, dans l’incapacité d’honorer ces échéances. Les responsables européens, le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker et Angela Merkel en tête, le savaient parfaitement aussi. En acceptant des élections législatives qui ne pouvaient que placer Syriza au pouvoir, leur calcul n’était-il pas d’imposer au nouveau pouvoir de gauche la froide réalité de la situation financière de la Grèce et de l’obliger à plier et endosser à son tour l’austérité ?

 

Dès son arrivée au pouvoir, Alexis Tsipras, a annoncé qu’il renonçait à la ligne de crédit de 7 milliards d’euros versée par la Troïka. L’accepter aurait été d’emblée se soumettre à toutes les conditions imposées par la Troïka. C’est-à-dire faire l’inverse de ce qu’il a promis à ses électeurs. Le gouvernement grec a expliqué qu’il pouvait s’en passer car les comptes étaient à l’équilibre. Dans les faits, la situation est beaucoup moins tranquille que le soutient Syriza. Les comptes sont repassés dans le rouge à la fin de l’année. Les rentrées fiscales se sont asséchées depuis l’annonce des élections législatives. Le gouvernement d’Antonis Samaras a utilisé tous les expédients. Il a quitté le pouvoir en laissant derrière lui un désert : toutes les lignes et les facilités financières qui ont été consenties à la Grèce dans le cadre du plan de sauvetage ont déjà été épuisées. »

 

Cependant, quoiqu’il arrive, c’est la première fois que se produit un rapport de force entre les institutions européennes et les dirigeants d’un Etat-membre remettant en cause les canons ultralibéraux qui ont jusqu’à présent prévalu dans l’Union européenne.

 

Un fascisme nouveau

 

Mais cette situation est révélatrice d’un phénomène particulièrement inquiétant. Il a été dénoncé par le professeur de la VUB (l’Université flamande de Bruxelles, pendant de l’ULB) Louis De Sutter, dans « Libération » du 11 février 2015 : « Il est temps d’ouvrir les yeux : les autorités qui se trouvent à la tête de l’Europe incarnent un fascisme nouveau. Ce fascisme, ce n’est plus celui, manifeste et assumé, qui a fait du XXe siècle l’un des grands siècles de la laideur politique ; il s’agit plutôt d’un fascisme mou et retors, dissimulant ses intentions mauvaises derrière un langage qui se voudrait de raison. »

 

M. De Sutter voit trois raisons qu’il qualifie de « délirantes » dans la politique européenne. La première : « Chaque nouveau geste posé par les autorités de l’Europe (ainsi, en dernier lieu, celui du directeur de la Banque centrale, Mario Draghi) affiche davantage le mépris des principes sur lesquels elle se prétend fondée par ailleurs. En proclamant que les traités européens sont soustraits à tout vote démocratique, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ne l’avait pas caché : la démocratie, en Europe, n’est qu’un mot vide. »

 

Rappelons-nous que les règles européennes sont définies par des traités qui sont négociés entre Etats et sans la participation des peuples. Ainsi, même si, comme on l’a vu plus haut, les traités sont malléables, ils restent en vigueur et donc malaisément modifiables ou abrogeables.

 

La seconde est d’ordre économique : « Ce que les autorités européennes sont en train de réaliser, c’est tout simplement la ruine d’un continent entier. Ou, plutôt : la ruine de la population d’un continent entier - à l’heure où la richesse globale de l’Europe, en tant qu’entité économique, ne cesse de croître. Les autorités économiques européennes, en tentant de tuer dans l’œuf le programme grec, pourtant d’une impeccable rationalité économique, de Yánis Varoufákis, le disent là aussi sans ambages. Ce qui les intéresse, c’est la perpétuation d’un statu quo financier permettant au capitalisme, dans son caractère le plus désincarné et le plus maniaque, de continuer à produire une richesse abstraite. Il n’est pas important que la richesse en Europe profite aux personnes ; en revanche, il est d’une importance croissante qu’elle puisse continuer à circuler - et toujours davantage. »

 

En outre, cette politique est suicidaire. Les économistes les plus réputés et les plus écoutés comme Stiglitz, Krugman, Galbraith junior, Jorion et d’autres ne cessent de le proclamer haut et fort. Mais les institutions européennes restent sourdes, comme elles sont aveugles devant la dégradation dramatique de l’économie européenne avec les terribles conséquences sociales et humaines qui en résultent.

 

Le délire de la pensée unique européenne

 

Enfin, on ne peut que se poser la question du délire de la pensée unique européenne.

 

« Troisièmement, la raison européenne est délirante du point de vue de la raison elle-même. Derrière les différents appels au «raisonnable», que le nouveau gouvernement grec devrait adopter, se dissimule en réalité la soumission à la folie la plus complète. Car la raison à laquelle se réfèrent les politiciens européens (par exemple, pour justifier les mesures d’austérité débiles qu’ils imposent à leur population) repose sur un ensemble d’axiomes pouvant tout aussi bien définir la folie. Ces axiomes sont, tout d’abord, le refus du principe de réalité - le fait que la raison des autorités européennes tourne dans le vide, sans contact aucun avec ce qui peut se produire dans le monde concret. C’est, ensuite, le refus du principe de consistance - le fait que les arguments utilisés pour fonder leurs décisions sont toujours des arguments qui ne tiennent pas debout, et sont précisément avancées pour cela (voir, à nouveau, l’exemple de l’austérité, présentée comme rationnelle du point de vue économique alors que tout le monde sait que ce n’est pas le cas). C’est, enfin, le refus du principe de contradiction - le fait que l’on puisse remonter aux fondements mêmes des décisions qui sont prises, et les discuter, possibilité suscitant aussitôt des réactions hystériques de la part des autorités. »

 

L'Américain Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2002, ne cesse de tirer la sonnette d'alarme pour les Européens.

L'Américain Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2002, ne cesse de tirer la sonnette d'alarme pour les Européens.

 

Tout est dit et les exemples du refus du débat se multiplient. Ainsi, concernant le TTIP (le projet de traité de libre échange transatlantique), si, comme signalé plus haut, la Commission n’entre pas dans le processus de décision exécutive, elle peut – si elle en est déléguée par le Conseil – mener des négociations sur le plan international, surtout en matière de commerce. Ce fut le cas pour le traité GATT qui est à la base de la calamiteuse OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et ce l’est aujourd’hui avec le TTIP. La délégation européenne est dirigée par le Commissaire au Commerce extérieur : l’ancien ministre libéral belge Karel De Gucht pour la commission Barroso II et Cecilia Malmström, ancienne ministre suédoise sous l’actuelle commission Juncker.

 

Une initiative citoyenne européenne, c’est-à-dire une pétition à l’échelle de l’Union européenne prévue par le Traité de Lisbonne, intitulée « Stop TTIP » a été refusée par la Commission européenne sous prétexte qu’elle ne demandait pas l’adoption d’une nouvelle règle. Cette argutie juridique dont la Commission est coutumière n’a évidemment pas plu aux initiateurs de cette pétition qui ont déposé un recours auprès de la Cour de Justice européenne.

 

Oser moins de démocratie.

 

Une pensée se développe en Europe, notamment en Allemagne. Un livre a beaucoup de succès dans les milieux dirigeants germaniques. Ce livre intitulé « Oser moins de démocratie » a été publié en août 2011 par la maison d’édition du Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’un des quotidiens les plus influents d’Allemagne. L’auteur, Laszlo Trankovits est le chef du bureau et le correspondant de la Deutsche Presse Agentur (DPA) en Afrique du Sud. Il a précédemment travaillé pour la DPA à Washington, en tant que correspondant à la Maison Blanche ». Pour appuyer sa thèse, l’auteur évoque l’exemple de la Chine : « Les grand industriels allemands (...) sont souvent admiratifs lorsqu’ils évoquent les immenses progrès du développement chinois ». Et ces succès économiques soulèvent « des doutes sur la supériorité de la démocratie ».

 

Willy Brandt, combattant de la guerre d'Espagne, résistant anti-nazi, chancelier SPD d'Allemagne fédérale, souhaitait plus de démocratie. Ses lointains successeurs souhaitent le contraire !

Willy Brandt, combattant de la guerre d'Espagne, résistant anti-nazi, chancelier SPD d'Allemagne fédérale, souhaitait plus de démocratie. Ses lointains successeurs souhaitent le contraire !

 

Le titre de l'ouvrage s’appuie sur la formule utilisée par le premier chancelier allemand de social démocrate (SPD) Willy Brandt, Oser, plus de démocratie, lors de sa déclaration de politique générale en octobre 1969. Le chancelier avait à l'époque provoqué l'ire de l'opposition (CSU), qui réfutait le sous-entendu induit par la formule suggérée à l’époque par l'écrivain Günter Grass. Aujourd’hui, la publication de l’ouvrage de Laszlo Trankovits n’a pas suscité de grande controverse. Sans doute, parce que le contrat social n’est plus la priorité dans les grandes démocraties… Ou parce que l’on souhaite à terme en finir avec la démocratie comme le fonctionnaire européen cité plus haut.

 

L’espoir n’est jamais vain.

 

Yanis Varoufakis parfaitement à l'aise entre Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe et Christine Lagarde, directrice générale du FMI

Yanis Varoufakis parfaitement à l'aise entre Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe et Christine Lagarde, directrice générale du FMI

 

On saura à la fin du mois si Tsipras et Varoufakis auront ou non réussi. Cependant, quoiqu’il arrive, ils auront eu le mérite historique d’affronter pour la première fois la pensée unique européenne, de défier cette machine infernale qui a transformé le rêve d’union des peuples d’Europe en un cauchemar menant à un nouvel asservissement. Ils auront montré que l’espoir n’est jamais vain. C’est déjà beaucoup !

 

Veuillez m’excuser d’avoir un point commun avec Herman Van Rompuy, l’ancien président du Conseil européen : aimer et rédiger des Haïku, ces petits poèmes japonais. Voici un des miens :

 

Une goutte se noie dans l’océan.

L’ouragan se lève.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 23:50

Le « Canard enchaîné » de ce mercredi 28 janvier 2015 a sorti des oubliettes une ancienne missive signé d’Alexis Tsipras et adressée à François Hollande à suite de son élection à la présidence de la République française en mai 2012. Il y était écrit : « Permettez-moi de vous féliciter pour votre succès aux élections présidentielles françaises ainsi que pour votre prise de fonction.

 

Nous souhaitons partager avec vous votre joie, car nous espérons que le résultat électoral obtenu par votre parti en France et celui réussi par la gauche en Grèce nous entraîneront vers une Europe sociale exempte des mesures d’austérité rigoureuses et des exigences strictes du pacte financier, dont la réponse se trouve au cœur de votre programme et dans celui des forces de gauche.

 

Monsieur le Président de la République, vous êtes bien entendu informé du fait qu’actuellement le peuple grec vit ce que nous pouvons communément appeler un « holocauste social ». Cependant, le résultat électoral fait par notre parti Syriza et la gauche grecque plus généralement, prouve que le peuple grec est déterminé à prendre da vie en main et à changer son destin (…).

 

Monsieur le Président, après avoir observé de près votre campagne électorale, permettez-moi de vous déclarer que nous comptons sur votre solidarité et votre soutien au peuple grec.

 

Par conséquent, je souhaite organiser une rencontre à Paris le plus rapidement possible afin d’échanger nos points de vue sur la manière la plus efficace qu’a l’Europe de faire face à cette crise dont la Grèce est – jusqu’à présent – l’un des fronts les plus critiques. »

 

Cette missive est restée sans réponse et aujourd’hui, Hollande invite (convoque ?) Tsipras à se rendre à Paris le plus rapidement possible ! Il est vrai que celui qu’on surnomme « Flamby » doit éventuellement songer, à appliquer après les élections grecques – ne fût-ce qu’une petite partie – de la politique pour laquelle il a sollicité les suffrages des Français, en plus de sa visite au gotha financier – ses soi-disant ennemis – à Davos !

 

Alexis Tsipras va bientôt se rendre à Paris. Il avait demandé de rencontrer François Hollande dès mai 2012. Il n'eut pas de réponse.

Alexis Tsipras va bientôt se rendre à Paris. Il avait demandé de rencontrer François Hollande dès mai 2012. Il n'eut pas de réponse.

 

Ces contradictions présentées par les médias comme les meilleures méthodes pour défendre et illustrer une politique à long terme finissent par lasser et contribuent à attiser le feu de la révolte devant la seule croissance réelle : celle de la misère.

 

La misère est le fléau que l’on cherche à cacher par tous les moyens. Cette misère que l’on cherche même à nier. Et elle n’est la cause de rien, puisqu’elle n’existe pas !

 

La haine et la misère

 

Dans la livraison de « Libération » du 28 janvier, Laurent Joffrin conclut son éditorial consacré au parcours du terroriste Amedy Coulibaly – l’assassin de la policière à Montrouge et des clients de l’hypercasher de la Porte de Vincennes : « La bataille contre le terrorisme est donc politique, religieuse, théologique même, au sein d’un islam partagé entre les lectures modernes et rigoristes, entre ceux qui acceptent l’adaptation à la vie démocratique – la grande majorité fort heureusement – et les autres qui la refusent. En un mot, la misère compte. Mais l’idéologie beaucoup plus. »

 

Le terroriste Amedy Coulibaly a eu le parcours classique de l'habitant des "quartiers" : misère, décrochage scolaire, délinquance, radicalisation...

Le terroriste Amedy Coulibaly a eu le parcours classique de l'habitant des "quartiers" : misère, décrochage scolaire, délinquance, radicalisation...

 

Donc, la misère sociale n’est plus qu’un facteur secondaire dans la dérive terroriste. Voilà ce que nous enseigne un des champions de la pensée unique.

 

On considère qu’elle est un facteur secondaire dans la situation catastrophique de la Grèce qui est devenu le pays le plus pauvre de l’Union européenne par la volonté de la fameuse Troïka.

 

Eh bien ! C’est en cela que la tragédie de Charlie Hebdo et le bouleversement politique en Grèce sont liés.

 

Affirmer que la misère n’est pas une des causes majeures du terrorisme est absurde. La misère dans laquelle les peuples arabes sont plongés avec en plus la guerre permanente menée par les « puissances » depuis des lustres forment le terreau du terrorisme bien plus que la religion. Le terrorisme est une arme utilisée par les dictatures pétrolières dont les soldats sont recrutés sous la bannière de l’Islam dans les populations miséreuses du monde arabe. En l’occurrence, la religion est instrumentalisée.

 

Quant à la Grèce, les médias ont d’abord présenté Syriza comme un parti irresponsable. Ils disent : vous verrez : Alexis Tsipras sera de toute façon obligé de s’aligner ; Christine Lagarde, la spécialiste du féminisme discret d’Arabie saoudite et accessoirement directrice générale du FMI, déclare du haut de la station de Davos : « Une dette, cela se rembourse ! ». Juncker, lui, menace les Grecs mais aussi les Français. En effet, François Hollande semble commencer à comprendre qu’il devra changer son fusil d’épaule et reconsidérer ses relations d’amour-haine avec la finance.

 

Christine Lagarde, la spécialiste du discret féminisme saoudien, du haut de sa suffisance : la dette doit être remboursée !

Christine Lagarde, la spécialiste du discret féminisme saoudien, du haut de sa suffisance : la dette doit être remboursée !

 

Paul Jorion : on savait très bien que la Grèce ne respecterait pas les conditions pour rentrer dans la zone euro.

 

Devant cette confusion savamment entretenue par les grands médias, il vaut mieux se référer à des spécialistes à l’esprit indépendant comme Paul Jorion qui, dans un entretien avec l’économiste Roland Gillet paru dans la Libre Belgique du 3 janvier 2015 , fait l’historique de la catastrophe annoncée de la Grèce : « On a fait entrer la Grèce en sachant très bien qu’elle ne respectait pas les conditions pour entrer dans la zone euro. On l’a fait pour des raisons politiques en laissant la Grèce faire un arrangement avec Goldman Sachs via un faux ‘swap’ de changes, ce qui a permis à la Grèce de cacher la situation dans laquelle elle était. On continue de payer les conséquences de cela. Ceci dit, la Grèce n’est pas particulièrement responsable de la situation dans laquelle on est. On a une zone euro, une monnaie, fondée sur un système fédéral et ce système fédéral n’a jamais existé car nous sommes dans un système semi-fédéral en l’absence d’unification fiscale, d’autorités pour décider ce qu’il faut faire. Dès lors, c’est M. Draghi qui intervient de temps en temps, qui s’impose comme un pseudo-président de l’Europe, ce qui met le président de la Bundesbank de mauvaise humeur. On a une structure qui ne correspond pas à ce qu’il fallait faire et un système qui marche à moitié, car il n’a été construit qu’à moitié. […] Le système reste d’une grande fragilité. Et le moindre éternuement - une élection ici ou là - peut conduire cette structure européenne au bord du précipice. »

 

Paul Jorion remet les montres à l'heure : la tricherie à l'origine de la crise grecque arrangeait tout le monde à l'époque.

Paul Jorion remet les montres à l'heure : la tricherie à l'origine de la crise grecque arrangeait tout le monde à l'époque.

 

En résumé :

 

1) « on » a accepté pour des raisons politiques que la Grèce triche avec la complicité de Goldman Sachs – qui n’ pas fait cela pour rien – du temps du gouvernement de droite, le gouvernement socialiste de George Papandréou n’a fait que suivre.

2) « On » fait porter le chapeau à la Grèce qui n’est pas spécialement responsable de la situation.

3) « On » a fait une zone euro basée sur un système fédéral qui n’existe pas : il n’y a pas d’harmonisation fiscale et il n’y a pas une autorité politique pour avoir une politique monétaire, comme cela se passe dans n’importe quel Etat indépendant.

4) Le seul « patron » de l’Europe est donc Draghi, le président de la BCE qui ne rend des comptes à personne, puisque son institution est non seulement indépendante, mais aussi privée.

 

Résultat : le système ne fonctionne pas et la Grèce est devenue le laboratoire des remèdes de choc de la très ultralibérale Troïka qui n’a fait qu’aggraver dramatiquement la situation.

 

Aussi, il n’est pas étonnant que malgré les campagnes de dénigrement menées à partir de Berlin et de Bruxelles, Syriza l’ait emporté. Et ce n’est pas « un transfert de voix au sein de la gauche » comme l’a affirmé le très libéral Didier Reynders dimanche midi sur RTL-TVI qui devient de plus en plus « Radio Télé Didier Reynders ». C’est une lame de fond qui a touché toutes les classes sociales en Grèce. Et ce mouvement pourrait s’étendre dans d’autres pays européens, comme l’Espagne.

 

Alexis Tsipras s’adresse aux Allemands.

 

Pour suivre, lisons ce qu’écrit Alexis Tsipras lui-même dans un courrier daté du 25 janvier, jour des élections grecques, adressé aux lecteurs du magazine économique allemand « Handelsblatt ».

 

« Chers lecteurs de Handelsblatt,

 

Je sais d’avance que la plupart d’entre vous ont probablement une opinion déjà formée sur le contenu de cette lettre. Je vous invite, cependant, à la lire sans préjugés. Les préjugés n’ont jamais été un bon conseiller, et encore moins à un moment où la crise économique les renforce, en entretenant l’intolérance, le nationalisme, l’obscurantisme, et même la violence.

 

Avec cette lettre ouverte, je souhaite vous exposer un récit différent de celui qui vous a été fait au sujet de la Grèce depuis 2010. Et je tiens aussi et surtout à exposer avec franchise les projets et les objectifs de SYRIZA, si le 26 Janvier par le choix des électeurs devient le nouveau gouvernement grec.

 

Un grand prêt nuisible et inutile : vers une tragédie

 

En 2010, l’État grec a cessé d’être en mesure de servir sa dette. Malheureusement, les dirigeants européens ont décidé de faire croire que ce problème pourrait être surmonté par l’octroi du plus grand prêt jamais consenti à un état, sous condition que certaines mesures budgétaires seraient appliquées, alors que celles ci, manifestement, ne pouvaient que diminuer le revenu national destiné au remboursement des nouveaux et anciens prêts. Un problème de faillite a été donc traité comme s’il s’agissait d’un problème de liquidité. En d’autres termes, l’attitude adoptée, était celle du mauvais banquier qui, au lieu d’admettre que le prêt accordé à la société en faillite a « sauté », il lui accorde des prêts supplémentaires, prétextant que les anciennes dettes restent servies et prolonge ainsi la faillite à perpétuité.

 

Il s’agissait pourtant d’une question de bon sens de voir que l’application de la doctrine «extend and pretend» [étendre les maturités de la dette et prétendre que payer les intérêts ne pose aucun problème] dans le cas de mon pays aboutirait à une tragédie. Qu’au lieu de stabiliser la Grèce, l’application de ce dogme installerait une crise auto-alimentée qui sape les fondations de l’UE.

 

Nos partenaires nous ont donné beaucoup plus d’argent qu'il ne fallait !

 

Notre parti, et moi-même, nous nous sommes opposés à l’accord de prêt de mai 2010, non pas parce que l’Allemagne et nos autres partenaires ne nous ont pas donné assez d’argent, mais parce que vous nous avez donné beaucoup plus d’argent que ce qu’il fallait et que nous pouvions accepter. De l’argent qui par ailleurs ne pouvait ni aider le peuple grec puisqu’il disparaissait aussitôt dans le trou noir du service de la dette ni arrêter l’alourdissement continu de celle-ci, obligeant de la sorte nos partenaires prolonger ce fardeau à perpétuité aux frais des citoyens.

 

Et cette vérité était bien connue par les gouvernants allemands, mais ils n’ont jamais voulu vous la dévoiler.

 

Résultats : la dette et la réduction drastique des dépenses ont conduit le peuple grec vers la misère.

 

Et en effet, et avant même que la première année ne se soit écoulée et depuis 2011, nos prévisions ont été vérifiées. L’enchaînement des nouveaux prêts aux réductions drastiques des dépenses a non seulement échoué à dompter la dette, mais il a par surcroît puni les citoyens les plus faibles, en transformant les citoyens ordinaires qui avaient un emploi et un toit à des chômeurs sans-abri qui ont tout perdu, de plus, leur dignité.

 

L’effondrement des revenus a conduit à la faillite de milliers d’entreprises, augmentant ainsi le pouvoir oligopolistique des entreprises qui ont survécu. De ce fait, les prix diminuaient moins que les revenus tandis que les dettes, publiques et privées, ne cessaient de s’alourdir. Dans ce contexte, où le déficit d’espoir a dépassé tous les autres déficits «l’œuf du serpent » n’a pas mis longtemps pour éclore – et les néo-nazis ont commencé à patrouiller les quartiers en semant la haine.

 

On a financé une nouvelle « kleptocratie » !

 

Malgré son échec manifeste, la logique de «extend and pretend» continue à s’appliquer systématiquement encore aujourd’hui. Le deuxième accord de prêt de 2012, a ajouté une charge supplémentaire sur les épaules affaiblies de l’état grec, en réduisant les fonds de pension, en donnant un nouvel élan à la récession, en finançant aussi une nouvelle kleptocratie avec l’argent de nos partenaires.

 

La récession est loin d’être finie.

 

Des commentateurs sérieux ont parlé récemment de stabilité et même de croissance à propos de mon pays pour « prouver » que les politiques appliquées ont été efficaces. Aucune analyse sérieuse ne soutient cette «réalité» virtuelle. L’augmentation récente de 0,7% du revenu national réel ne marque pas la fin de la récession mais sa poursuite, puisqu’elle a été réalisée dans une période d’inflation de 1,8%, ce qui signifie que (en euros) le revenu national a continué de baisser. Simplement, il diminue moins que la moyenne des prix – tandis que les dettes augmentent.

 

Cet effort de mobilisation des «statistiques grecques», pour démontrer que l’application de la politique de la troïka est efficace en Grèce, est outrageant pour tous les européens qui ont enfin le droit de connaître la vérité.

 

Et la vérité est que la dette publique grecque ne peut pas être honorée tant que l’économie sociale grecque se trouve en situation de simulation de noyade budgétaire (fiscal waterboarding).

 

En outre, persévérer dans ces politiques misanthropes et sans issue, dans le refus de reconnaître une simple question d’arithmétique, coûte au contribuable allemand et condamne en même temps un peuple fier à l’indignité. Et le pire: de cet fait, les Grecs se retournent contre les Allemands, les Allemands contre les Grecs, et l’idée d’une Europe Unie Démocratique est offensée cruellement.

 

Nous exigeons la fin du dogme « extend and pretend ».

 

L’Allemagne, et plus particulièrement le contribuable allemand qui travaille dur n’a rien à craindre d’un gouvernement SYRIZA. Au contraire. Notre objectif n’est pas d’entrer en conflit avec nos partenaires. Notre objectif n’est pas d’obtenir des prêts supplémentaires ou un blanc-seing pour de nouveaux déficits. Notre objectif est la stabilité économique, des budgets primaires équilibrés et, bien sûr, la cessation des saignées fiscales opérées sur les contribuables depuis quatre ans par un accord de prêt inadéquat aussi bien pour la Grèce que pour l’Allemagne. Nous exigerons la fin de l’application du dogme «extend and pretend» non pas contre le peuple allemand, mais pour le bénéfice de nous tous.

 

Je sais, chers lecteurs, que derrière les demandes d’une «stricte application des accords» se cache la peur que « si nous laissons les Grecs de faire ce qu’ils veulent, ils vont refaire le même coup». Je comprends cette inquiétude. Mais ce n’était pas SYRIZA qui a érigé en institutions dans mon pays la collusion des intérêts privés et la kleptocratie qui feignent de se soucier de l’observation «des accords» et des réformes puisque celles ci ne les affectent pas, comme le démontrent les quatre dernières années des réformes engagées par le gouvernement Samaras sous la direction de la troïka. Nous, nous sommes prêts à entrer en conflit avec ce système afin de promouvoir des réformes radicales au niveau du fonctionnement de l’état, en établissant la transparence de l’administration publique, la méritocratie, la justice fiscale, la lutte contre le blanchissement d’argent. Ce sont ces réformes que nous soumettons à l’appréciation des nos citoyens aux prochaines élections.

 

Vers un « New Deal »

 

Notre objectif est la mise en place d’un New Deal pour l’ensemble de la zone euro qui permettra aux grecs comme à l’ensemble des peuples européens de respirer, de créer, de vivre avec dignité. Avec une dette publique socialement viable. Avec une croissance qui est stimulée par des investissements publics financés – seul moyen de sortir de la crise – et non pas par la recette échouée de l’austérité qui ne fait que recycler la récession. En renforçant la cohésion sociale, la Solidarité et la Démocratie.

 

Le 25 Janvier en Grèce, une nouvelle opportunité surgit pour l’Europe. Ne ratons pas cette chance ».

 

Yanis Varoufakis : le ministre de l'économie et des finances du gouvernement Tsipras. Une personnalité atypique.

Yanis Varoufakis : le ministre de l'économie et des finances du gouvernement Tsipras. Une personnalité atypique.

 

Ainsi, Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis son ministre des finances et de l’économie n’ont pas tardé. Ils ont pris contact avec les autorités européennes et ont été très clairs : selon « Mediapart »,

 

1) La Grèce doit obtenir, auprès des Européens et du FMI, un moratoire sur le paiement de ces intérêts, pour pouvoir se passer des dernières tranches d'aide de la Troïka. Et qu'elle lance très vite, dans la foulée, des négociations pour étaler, ou annuler, une partie de sa dette, pour faire face au mieux aux remboursements à effectuer tout au long de 2015 (la première échéance intervient dès la mi-mars, pour 4,5 milliards d'euros auprès du FMI).

2) D'après Gabriel Colletis, un professeur d'économie à Toulouse-1, partisan de Syriza, « le paiement des intérêts de la dette constitue le premier poste budgétaire, cela représente 20 à 25 % des dépenses de l'État aujourd'hui ». Autant d'argent qui, dans l'hypothèse – loin d'être acquise – d'un moratoire, pourrait servir à financer les mesures du « programme de développement » promis aux Grecs – et notamment les premières annonces de mercredi (hausse du salaire minimum, suspension de certains programmes de privatisation, aide aux plus démunis, etc.). Etant donné les échéances, il faudra élaborer un accord entre l’UE et la Grèce très rapidement.

 

Cela dit, le gouvernement Tsipras est loin de plaire à Bruxelles : il s’est opposé à des nouvelles sanctions contre la Russie et le nouveau Premier ministre laisse entendre qu’il appliquera son programme avec les premières mesures qu’il a prises : relèvement du SMIC et réembauche de 6.000 fonctionnaires licenciés sous la Troïka. D’ailleurs, cette volonté apparaît nettement dans la lettre aux lecteurs du « Handelsblatt ».

 

Du côté de Bruxelles, Juncker ne veut en aucune façon parler d’un effacement de la dette grecque. Ce n’est pas ce que les Grecs demandent : ils veulent un moratoire sur le paiement des intérêts de la dette, c’est donc un délai et non une annulation.

Jean-Claude Juncker joue le père fouettard. il se trompe : Alexis Tsipras n'est pas Saint-Nicolas !

Jean-Claude Juncker joue le père fouettard. il se trompe : Alexis Tsipras n'est pas Saint-Nicolas !

 

Les sociaux-démocrates se cherchent une nouvelle virginité.

 

Une autre pièce du dossier doit être mise en avant : c’est l’attitude des sociaux-démocrates. En France, François Hollande veut servir d’intermédiaire entre Merkel et Tsipras et invite ce dernier à se rendre à Paris. Au Parlement européen, son président, le social-démocrate Martin Schultz est le premier dirigeant européen à s’être rendu à Athènes. Enfin, Gianni Pitella, membre du parti démocrate du Premier ministre italien Matteo Renzi et chef du groupe social-démocrate au Parlement européen a publiquement marqué son enthousiasme pour Syriza.

 

Il est clair que les sociaux-démocrates constatant le grand succès des formations comme Syriza cherchent à se refaire une virginité à gauche. Néanmoins, iront-ils jusqu’à accepter de mettre un peu de souplesse dans l’application du TSCG, on est encore loin de la coupe aux lèvres, d’autant plus que Juncker a menacé de sanctions la France et l’Italie pour non respect des normes budgétaires.

 

Du côté des pays du Sud, Syriza ne doit pas attendre trop de soutien étant donné que l’Espagne et le Portugal sont dirigés par des conservateurs. Et la gauche n’est pas prête de revenir au pouvoir à Lisbonne, étant donné que son leader, Socrates, est en prison ! En Espagne, Podemos pourra-t-il emporter une victoire de l’ampleur de Syriza ? C’est loin d’être acquis. Podemos est issu du mouvement des Indignés et ne compte pas en son sein des politiques et des économistes aguerris et le PSOE (sociaux-démocrates) n’est pas laminé comme le PASOK.

 

Merkel déforcée

 

Pour la première fois, Angela Merkel est déforcée. La victoire de Syriza ébranle son système ordolibéral. La grande coalition a beau répéter que la Grèce doit rembourser sa dette – ce que ne conteste pas Tsipras – la crainte de Merkel est de voir à terme des formations comme Syriza apparaître un peu partout en Europe et les deux pays dirigés par les sociaux-démocrates – la France et l’Italie – donnent des signes de changement d’attitude et les menaces de Juncker n’arrangent certainement pas les choses.

Rencontre à Strasbourg entre François Hollande, Martin Schultz et Angela Merkel. Entre sociaux-démocrates et CDU, ce n'est plus la grande entente.

Rencontre à Strasbourg entre François Hollande, Martin Schultz et Angela Merkel. Entre sociaux-démocrates et CDU, ce n'est plus la grande entente.

 

Même l’hebdomadaire ultralibéral britannique The Economist marque son inquiétude : « La déflation s'installe, ce qui alourdit encore le fardeau de la dette, malgré l'austérité budgétaire. (…) Si Madame Merkel continue de s'opposer aux efforts pour relancer la croissance, et pour freiner la déflation dans la zone euro, elle condamnera l'Europe à une décennie perdue, plus grave encore que celle qu'a traversée le Japon dans les années 1990. Cela ne manquerait pas de provoquer des sursauts populistes bien plus plus massifs, à travers toute l'Europe. Il est difficile de voir comment la monnaie unique pourrait alors survivre dans de telles circonstances. L'Allemagne elle-même en serait le grand perdant. »

 

Syriza : ça passe ou ça casse !

 

Ces propos sont nouveaux pour l’hebdo de la City. Angela ferait bien d’en tenir compte. Elle a toutes les cartes en main.

 

Dès lors, Tsipras doit franchir l’obstacle des autres pays européens endettés (Espagne, Portugal, Irlande) qui vont tout faire pour ne pas appuyer Syriza. Il doit rassurer Merkel, Hollande, Renzi, Michel dont les pays sont les principaux créanciers de la Grèce.

 

A l’intérieur, il a aussi des échéances : si les Grecs ne voient pas un changement rapide, Syriza pourrait mordre la poussière. Donc, Syriza, ça passe ou ça casse.

 

Mais, Alexis Tsipras en est parfaitement conscient. Ses adversaires croient qu’il est joueur de poker. Non, il montre qu’il est un joueur d’échecs.

 

Pierre Verhas

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 22:11

Toute la classe politique européenne a les yeux fixés sur la Grèce. Demain soir, ou lundi matin au plus tard, on saura si les rapports de forces politiques auront été bouleversé dans le pays des Hellènes qui a été progressivement gangréné par la fausse alternance Nouvelle Démocratie, libérale / PASOK, social-démocrate. Deux grandes familles se partageaient successivement le pouvoir : les Caramanlis à droite et les Papandréou à gauche.

 

La crise de la dette souveraine volontairement provoquée avec la complicité de la plus puissante banque au monde, Goldman Sachs, a entraîné le pays dans une spirale infernale sous la pression de l’Allemagne et avec l’intervention totalitaire de la fameuse Troïka (Fonds Monétaire International, Banque Centrale Européenne et Commission européenne) qui a imposé depuis 2011 au peuple grec une overdose du triptyque ultralibéral : dérégulation, privatisations, démolition de l’Etat social.

 

Les conséquences en sont catastrophiques : diminution substantielle du PIB, appauvrissement généralisé au point que des milliers de Grecs ont difficile à se nourrir, règne de mafias diverses, augmentation considérable de la dette, braderie des propriétés publiques au plus grand profit des entreprises transnationales, et surtout une austérité sans égal dans l’histoire économique contemporaine de l’Europe.

 

Cette situation ne pouvait plus durer. Le déséquilibre était trop grand et ne cessait de s’accentuer. L’obstination de l’Allemagne et celle de la Troïka finirent par relever de l’absurde, de l’aveuglement. Depuis cinq années de ce traitement de choc, on ne voit guère d’amélioration, sinon celle du niveau de vie déjà très élevé des classes supérieures.

 

On ne s’est pas attaqué aux deux faiblesses majeures de la Grèce : les dépenses militaires disproportionnées et la paralysie économique provoquée par l’Eglise orthodoxe qui est le principal propriétaire foncier grec et qui ne paye pas d’impôts. Et on oublie que les sommes considérables prêtées à la Grèce dans des conditions épouvantables ont surtout profité aux banques et n’ont en rien aidé à diminuer l’énorme dette grecque.

 

Face à ce déséquilibre dramatique, la crise politique était inéluctable. Les gouvernements successifs depuis George Papandréou furent les marionnettes de la Troïka. Quoiqu’il arrive dimanche 25 janvier, ce ne sera plus le cas, au grand dam de l’Union européenne et du FMI. Ce dernier a d’ailleurs exercé un chantage inadmissible à l’encontre du peuple grec : la tranche d’aide de 110 milliards d’Euros sera conditionnée aux résultats des élections ! Une telle atteinte à la souveraineté d’un Etat est du jamais vu.

 

Le nouveau président de la Commission européenne, quand il a appris la tenue d’élections anticipées en Grèce, n’a pu s’empêcher de dire : « J’espère que j’aurai le plaisir de revoir ceux que je connais bien ! ». Très diplomate Jean-Claude Juncker ! Il est vrai qu’il est plus adroit pour organiser des systèmes de fraude fiscale à grande échelle dans son splendide Duché.

 

Nous reproduisons ici des extraits de deux articles parus sur le site « Le Grand Soir » bien connu des lecteurs d’Uranopole. Le premier décrit la situation catastrophique dans laquelle se trouve la Grèce, le second est composé de déclarations de dirigeants de Syriza et de la gauche grecque. Au moins, grâce à eux, on sait ce qu’ils veulent en dehors du flou (volontaire ?) entretenu par les médias européens.

 

Syriza l’emportera-t-il ? Si on le souhaite ardemment, ce n’est pas certain. Il ne faut jamais préjuger d’une élection, surtout avec les énormes pressions exercées par les institutions européennes et les médias internationaux sur les électeurs grecs. Et il ne faut pas oublier le danger représenté par les néo-nazis d’Aube dorée. Le rapport de forces sera-t-il profondément modifié ? Sans doute, mais nous en aurons la certitude soit ce soir, soit demain.

 

Cependant, point n’est besoin d’espérer pour entreprendre…

 

Pierre Verhas

 

 

Alexis Tsipras représente un espoir pour la Grèce et aussi pour l'Europe entière. L'emportera-t-il et aura-t-il le pouvoir de changer les choses ?

Alexis Tsipras représente un espoir pour la Grèce et aussi pour l'Europe entière. L'emportera-t-il et aura-t-il le pouvoir de changer les choses ?

 

Grèce : l’ennemi de l’intérieur

 

Anastase ADONIS

23 janvier 2015

 

Retour en arrière, le 23/4/2010, lorsque le premier ministre grec George Papandreou, annonce lors d’un discours monté « en toute urgence », l’inévitable intervention de l’Europe dans les affaires économiques helléniques. La suite on la connaît : Troïka, Mnimonion, emprunts à taux élevé, braderies des entreprises d’Etat, mise aux enchères des bijoux de la Grèce (littoral, forêts, terres, bâtiments, mines, entreprises d’Etat, etc.).

 

Le premier ministre mentait lorsqu’il disait que « les marchés n’ont pas répondu favorablement à prêter à notre pays, et au risque de perdre tout, du fait de la difficulté d’emprunter, il est grand besoin de demander à nos partenaires européens l’activation du mécanisme de stabilité ». La veille bien sûr, des données ont été publiées, données relatives à la santé financière du pays.

 

Sur le coup, les Grecs découvrent « l’abysse », et ils ne savaient pas que ces données ont été falsifiées sur demande gouvernementale (pourquoi ?). En effet, une des falsifications était de comptabiliser les dépenses des entreprises d’Etat, bien rentables, sans compter leurs recettes. Une autre était de comptabiliser les dépenses de ces entreprises jusqu’en 2024 ! Par ailleurs, une plainte en Justice d’une employée du Service Hellénique des Statistiques, sur le maquillage des données d’Etat, montre que le déficit réel en 2009 était de 3,9%, un des plus faibles en Europe.

 

Mais quelle était la réalité ? Lorsque la Grèce introduisait un appel à emprunt dans les marchés de la finance, elle recevait des offres. Les documents officiels montrent que, par exemple, le 13/10/2009, la Grèce demandait 0,8 Mrds et les marchés lui en proposaient 4,795 à un taux de 0,59%. Le 20/10/2009, elle demandait 1,5 Mrds et les marchés lui offraient 7,040 Mrds à 0,35%. Du 12/1/2010 jusqu’au 13/4/2010 la Grèce a demandé 16,404 Mrds et les marchés lui en ont proposé 55,280 Mrds. Etc. Des dizaines de documents montrent une situation bien différente à celle qui a été dépeinte.

 

Tous les montants étaient sans aucune garantie assortie à l’emprunt. La situation selon laquelle la Grèce pouvait emprunter sans risques et sans taux usurier était bien réelle. Ces mêmes documents sont la preuve du mensonge du Premier Ministre grec George Papandreou. Mais pourquoi mentir ? Mentir c’était « convaincre » de la nécessité de l’arrivée de la Troïka. Strauss-Khan à la télévision française a reconnu que depuis Novembre 2009 Georges Papandreou discutait avec lui pour la mise sous tutelle de la Grèce par le FMI, et il le cachait au peuple grec. En fait, le moyen, ici la faillite de l’Etat grec, permettrait les taux d’intérêt de 0,35% à 6,5% et progressivement jusqu’ à 24%, 26% ou 28%. La suite était le but suprême, la cession des richesses privées et publiques.

 

Tous les Grecs savent ce qu’est le Mnimonion, utilisé par la Troïka. Un Mémorandum, qui accompagne souvent les contrats et les traités ou conventions, contient des clauses et des détails. Un de ces détails qui font très mal aux Grecs est la cession de la souveraineté nationale.

 

George Papandréou a menti aux Grecs.

George Papandréou a menti aux Grecs.

 

Si on ne peut affirmer que l’Europe était au courant en avril 2009 du mensonge d’Etat de Georges Papandreou, il est incontestable que depuis la mise sous tutelle de la Grèce en 2012 elle ne peut prétexter son ignorance.

 

Entre 2012 et Janvier 2014, la Grèce a payé plus de 220 Mrds d’euros en intérêt pendant que sa dette continuait à augmenter

 

Dimanche 25 Janvier, auront lieu les élections législatives grecques. Tous les partis sont présents, y compris ceux qui ont œuvré en faveur des politiques de destruction de l’Etat et de ses institutions. La commission européenne montre qu’elle suit de très près l’événement. Elle est même intervenue pour mettre en garde la population.

 

Elle a été même jusqu'à menacer de ne pas verser la 3e tranche d’aide,  environ 110 Mrds, en cas de victoire de SYRIZA, montant qu’il devait être versé il y a déjà quelque temps et qui est utilisé sous forme de pression sur les affaires et processus politiques de la Grèce.

 

Comment donc l’Europe peut inverser une tendance, à savoir celle de tester une autre politique, un autre parti, même s’il est de l’extrême gauche, ce qui déplaît beaucoup semble-t-il ? La communication n’a pas suffi. De toute façon qu’ont à perdre les Grecs dans la situation où ils se trouvent ? Il reste donc la mobilisation, voire la recherche de nouveaux clients, prêts à assumer les missions de la continuité selon l’évangile de la Troïka.

 

La précipitation donc de la Grèce dans une situation de « crise grecque » ou « crise de l’euro », crise qui a occupé, occupe et continuera à occuper pendant longtemps, mérite un peu plus d’attention.

 

Des études ont été faites, a posteriori, lorsque les Grecs ont commencé à comprendre que quelque chose ne tournait pas rond, ni en Grèce mais ni à l’Europe non plus. La corrélation entre les faits, les communications des uns et des autres, ont permis de repérer les fautes et les crimes contre le peuple grec. L’impact de ces communications sur les spreads montre la pression par coups de discours catastrophique aussi bien sur la préparation psychologique de la population et des milieux financiers. (…)

 

Pour rendre l’Etat grec insolvable pour permettre l’intervention de sauvetage, on doit mentionner deux actions, la première consistait à sous-évaluer les richesses publiques. Et la seconde fut l’élimination des deux banques publiques, bien rentables, à savoir la banque postale et la banque agricole. Ceci enlevait la possibilité pour l’Etat d’emprunter à taux très bas à travers ces banques. En effet, en accord avec le Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne, le gouvernement pouvait donner des garanties aux Banques d’Etat pour qu’elles puissent emprunter auprès de la BCE, comme il le faisait avec les banques privées, et par la suite emprunter auprès de ces banques selon les pratiques courantes, avec un taux jusqu’ à 1%, couvrant ainsi tout besoin de liquidité. La privatisation préalable immédiate de ces deux banques d’Etat, a affaibli l’Etat dans le domaine de sa propre survie. C’est ici, que l’appréciation des juristes et autres constitutionnalistes est sévère : « Un gouvernement qui ne respecte pas la constitution, une gestion déloyale contre l’Etat, complicité avecl’ennemi, manipulation des marchés moyennant fausses déclarations, etc. »

 

Trois ans se sont écoulés depuis le début des faits. Trois ans de « crise grecque », de « crise de l’euro », et de « mauvais élève » jusqu’au mois de Mai 2012, date à laquelle les premières publications officielles démontrent les mécanismes du hold-up à l’Etat, aux richesses nationales et à l’exploitation fiscale sauvage d’un peuple. D’abord ALPHA Bank, sur la méthodologie de calcul des dépenses d’Etat, puis ELSTAT (Service des Statistiques d’Etat) sur la falsification des données démontrant dans le rapport sur le déficit réel pour 2009 que celui-ci était de 3,9 % , un des plus bas en Europe. Pendant ces trois ans les spreads ne cessent de monter et la spéculation atteint des limites inimaginables. Trois ans, pendant lesquels, le faux prétexte de la faillite d’Etat a permis de dégraisser les salaires, de vider les caisses de retraite, d’anéantir la sécurité sociale et de créer un chômage sans précédent.

 

Trop tard, le Mnimonion est signé et l’effet de boule de neige est clair : le PIB chute sans les entreprises d’Etat, l’initiative privé est quasi-nulle par manque de support, d’infrastructures et de structures à économie de réseaux. En même temps la Grèce emprunte, car la Troïka impose, exige, la présence du FMI dont les taux dépassent les 20%. Comment dans une Europe où l’Allemagne emprunte à 0% cette même Europe peut-elle exiger que la Grèce emprunte à plus de 20% ? Quelle structure économique peut rémunérer le capital à ce taux ? Surtout pas la Grèce, qui jusque-là a toujours honoré ses dettes.

 

La suite n’est qu’un mauvais film : La troïka décide pour les ventes aux enchères, pour les cessions d’entreprises publiques, pour le bradage des meubles et immeubles…. La conséquence sur le PIB est inévitable. La sous-estimation de la valeur des biens vendus n’a pas apporté suffisamment, d’où des nouveaux prêts à des taux exorbitants ayant pour conséquence l’augmentation de la Dette.

 

Le premier sentiment, tout recul pris, vient de l’appréciation de la compétence de la Troïka en matière de gestion. Imaginons alors comment l’Europe est gérée…

 

Et si ce n’était pas une question d’Europe ? Et s’il n’y avait pas d’Europe du tout, comme celle qu’on nous la fait miroiter ? Et si l’Europe n’était pas responsable, ou plutôt si ces missions étaient autres ? Une étude plus approfondie sur la nature de ses institutions, qui devient cruciale, nous éclairerait mieux. Bien sûr, on s’affrontera au problème connu : comment est-ce possible qu’une forme de pouvoir se laisse contrôler ?

 

Entre 2012, début de la mission de la Troïka et Janvier 2014, la Grèce a payé plus de 220 Mrds en intérêt, pendant que sa Dette officielle continue à augmenter. C’est pendant cette période que nous avons eu les mesures fiscales qui n’ont rien à avoir avec les possibilités de paiement ou avec le niveau de production. C’est pendant cette période que les suicides ont commencé à apparaître pour dépasser les 4000 officiellement. Quelle différence avec le génocide ?

 

Il est évident que pour conduire la Grèce en faillite il fallait s’assurer de sa gestion, éloigner des fonctionnaires d’Etat, puisque tous ne pourraient pas être corrompus, pour la confier à un nombre de personnes contrôlables. Par la loi 3965 de 2011, une seule personne avait le pouvoir, excepté le ministre, de collecter les recettes venant des impôts, des douanes, des tribunaux, etc., de les gérer, et de savoir où cet argent se trouvait. Cette même personne, cadre chez Goldman Sachs, fut nommée auparavant, en 1998, par le Premier Ministre de l’époque pour gérer les dettes de l’Etat. Il semble facile dans un tel contexte de transparence de dire qu’il n’y a pas d’argent et qu’il faut emprunter, le paiement de l’emprunt se ferait par la vente des richesses et autres bien publics. Il y a eu quelques échos dans la presse internationale qui montre plus l’ampleur du rôle joué par cette banque dans l’administration financière de la Grèce.

Syriza sera-t-il le grand vainqueur ?

Syriza sera-t-il le grand vainqueur ?

 

Comment le peuple est-il en train de reprendre le pouvoir en Grèce ?

Dimitris Stratoulis, Theano Fotiou23 janvier 2015 Dimitris Stratoulis est syndicaliste et député Syriza, responsable de la commission Emploi, Theano Fotiou est députée Syriza.

 

Une majorité, un gouvernement et un plan d’action immédiat

Par Dimitris Stratoulis Syndicaliste, député Syriza, responsable de la commission Emploi

 

La coalition gouvernementale de Samaras-Venizelos, qui, après avoir pillé la société pendant deux ans et demi, a consenti récemment à des nouveaux engagements envers la troïka des créanciers pour l’imposition de mesures antisociales supplémentaires, appartient désormais au passé. Syriza a atteint l’objectif de son renversement. Le peuple grec a maintenant la parole. C’est lui qui imposera son choix avec son vote le 25 janvier 2015. Devant les urnes, deux options s’ouvrent à lui. La première est celle de la continuation des politiques désastreuses de l’austérité. La seconde est leur renversement et leur remplacement par un plan de développement qui vise le redressement productif et social effectif du pays.

 

Le gouvernement et ses amis en Grèce et à l’étranger tentent, avec la diffusion de la peur et d’un discours alarmiste autour de Syriza et de la perspective d’un gouvernement de gauche, d’intimider un peuple exsangue après cinq ans d’application des mémorandums antisociaux. Des mesures qui ont ruiné ses salaires, ses retraites, ses droits acquis et ont propulsé la récession, le chômage et la pauvreté à des niveaux stratosphériques.

 

L’alarmisme du gouvernement grec, des cercles dirigeants du FMI, de la zone euro et de l’Allemagne avec le chantage des hypothétiques attaques des marchés ne fait pas peur à Syriza. Au contraire, cela renforce notre détermination en tant que futur gouvernement de gauche soutenu par les combats et le vote du peuple grec à promouvoir et à appliquer à la lettre les dispositions de notre programme, sans succomber ni aux menaces, ni aux chantages, ni aux pressions de l’establishment national et international relayées à profusion par les médias dévoués à leur cause.

 

Les critères de nos décisions, en tant que gouvernement progressiste de la gauche, ne seront pas les exigences brutales et humiliantes des créanciers et des fonds spéculatifs, mais la survie du peuple, la dignité de notre pays, l’avenir de la jeune génération et aussi le besoin de frayer des nouvelles voies prometteuses pour tous les peuples de l’Europe, en renversant les politiques destructrices d’une austérité sans fin.

 

L’objectif de Syriza est d’obtenir une majorité parlementaire aux élections et la formation d’une alliance – indépendamment du résultat électoral – avec d’autres forces de la gauche et de l’écologie radicale pour former un gouvernement.

 

Ce gouvernement de gauche aura comme priorités essentielles l’annulation des mémorandums de rigueur et leur remplacement par un plan de développement qui favorisera la restructuration productive. Il s’attaquera immédiatement aux problèmes urgents du chômage, du rétablissement des revenus de la classe ouvrière, des droits sociaux, de la protection législative du travail et de tous les droits démocratiques qui ont été abrogés les dernières années. Dans ce but, la renégociation des accords de prêt avec les créanciers afin d’annuler les clauses abusives, les clauses « coloniales » qui étranglent la population et d’effacer une grande partie de la dette publique, est nécessaire et primordiale.

 

Pour faire face aux problèmes sociaux immédiats des victimes de la crise économique et pour relancer l’économie, un plan d’action sera présenté immédiatement au Parlement.

 

Les projets de loi qui seront soumis en priorité au vote des députés concernent :

– le rétablissement du salaire minimum à 751 euros (celui-ci ayant été réduit à 586 par les lois mémorandaires) et du treizième mois pour les retraites inférieures à 700 euros ;

– la suppression des mesures législatives qui ont permis les licenciements abusifs dans la fonction publique et la réembauche des victimes concernés ;

– le rétablissement des lois de travail qui protègent les salariés du privé contre les licenciements abusifs et la suppression des mesures antidémocratiques qui permettent au gouvernement de réquisitionner abusivement et autoritairement les grévistes ;

– la mise en œuvre des mesures qui facilitent le remboursement des dettes des personnes physiques et des PME envers les caisses de l’État ou des assurances, des dettes des foyers surendettés envers les banques, en prévoyant même la possibilité de l’effacement d’une partie de leur dette égale à la perte des revenus liée à l’application des mesures mémorandaires.

 

En même temps, le gouvernement prendra une série des mesures pour remédier aux problèmes liés à la crise humanitaire : accès au courant électrique pour les ménages pauvres, des coupons alimentaires pour les personnes démunies, la mise à disposition des logements pour les sans-abri, l’accès aux services de santé pour les personnes sans couverture sociale, l’accès gratuit aux moyens de transport publics pour les chômeurs et les pauvres et la réduction de la taxe appliquée sur le fioul de chauffage.

 

Ces mesures constitueront le premier pas de l’application de notre plan de développement antimémorandaire. Son application présuppose la mobilisation et le soutien du peuple grec, la solidarité des peuples européens, l’alliance avec toutes les forces syndicales progressistes de la gauche européenne et aussi avec les gouvernements du Sud frappés par la pauvreté.

 

La coalition gouvernementale de Samaras-Venizelos et l’élite politique et économique qui dirige actuellement l’Europe utilisent la peur comme arme. Syriza et le Parti de la gauche européenne représentent l’espoir de notre peuple et de tous les peuples européens pour un meilleur avenir. Optimistes, nous croyons que nous pouvons changer la situation en Grèce et en Europe. L’avenir est en marche.

 

Un avenir commun contre l’austérité et la déflation

Par Theano Fotiou Députée Syriza

 

La Grèce a été le pays d’Europe où les classes populaires ont subi la plus violente politique néolibérale d’austérité décidée par la troïka, par le biais des mémorandums. Les objectifs étaient évidents : suppression des conventions collectives et des droits acquis, abandon de l’État social (éducation, santé, sécurité) au privé, privatisations et liquidation du patrimoine public grec et des richesses naturelles du pays, confiscation des patrimoines privés grecs par la surimposition au profit des vautours étrangers des marchés. Dans un laps de temps de cinq ans, l’économie a été détruite, le chômage a atteint 27 % et 62 % pour les jeunes, les revenus ont été réduits de 50 %, les retraités ont été anéantis, 3,5 millions de citoyens se sont retrouvés en dessous du seuil de pauvreté. Les jeunes émigrent massivement et la dette publique est passée de 120 % en 2009 à 175 % du PIB. Et naturellement, elle ne peut pas être remboursée. Le peuple grec devait être puni de façon exemplaire, à titre d’avertissement pour le reste des peuples européens. L’économie et la société ont subi des dommages d’une guerre non déclarée. Le peuple souffre. La Grèce, un pays de l’UE en temps de paix, se trouve face à une crise -humanitaire : suicides, enfants qui s’évanouissent de faim à l’école, propagation des maladies infantiles puisque les enfants ne sont plus vaccinés et 35 % des familles se trouvent en dessous du seuil de pauvreté.

 

Le peuple grec n’a pas plié. Des vagues de grèves et des manifestations massives ont mobilisé le pays, tandis que les citoyens se sont retournés pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale vers la gauche radicale, vers Syriza. En même temps le peuple grec a commencé à s’auto-organiser en créant des structures de solidarité sociale sur tout le pays afin de survivre et de résister. Personne ne reste seul face à la crise. Solidarité et résistance ont été les mots d’ordre. Des centres de santé et des pharmacies solidaires, des cantines sociales, des distributions de colis alimentaires, des nouveaux marchés sans intermédiaires de distribution, des écoles solidaires pour les Grecs et les étrangers, et tous les jours nous voyons apparaître de nouvelles formes de collaboration sociale. Suivant les règles de la démocratie participative, les décisions sont prises en assemblées générales ouvertes garantissant la participation égalitaire de tous, solidaires et bénéficiaires, Grecs et étrangers. Par leur action, ces cellules d’autogestion renversent le modèle idéologique du néolibéralisme (concurrence, personnalisation et privatisation).

 

La crise transforme les identités. Les structures de solidarité sociale accélèrent les transmutations identitaires et politiques. Les structures de la solidarité révèlent le caractère politique de la crise. Parallèlement, le besoin de survie devient créateur des nouveaux savoir-faire de la pauvreté. Il démontre l’effet multiplicateur de la participation citoyenne. Les structures alimentaires qui se développent sur l’étendue du territoire grec se sont très rapidement intéressées aux surplus, au gaspillage, aux produits terrés par les producteurs ou détruits par les usines, aux aliments jetés par les restaurants et les magasins, aux médicaments et aux habits dont les familles ne se servent plus. Des produits qui sauvent des vies alors que le capitalisme préfère détruire pour accroître la valeur ajoutée du capital.

 

Cette Europe-là doit changer. Un cordon ombilical lie les structures de solidarité avec la gauche radicale. Leurs pratiques journalières ont enrichi le discours et le programme de Syriza. La lutte contre la crise humanitaire constitue un des grands axes du programme politique de Syriza et englobe les mesures immédiates qui vont être prises afin que personne ne se trouve plus sans toit, sans médicaments, sans chauffage, sans courant électrique. Syriza désire devenir le porte-parole de tous ceux qui ont nourri sa réflexion, qui ont amplifié sa force et sa voix pour revendiquer aujourd’hui la gouvernance du pays, pour supprimer les mémorandums et l’austérité, pour négocier l’effacement de la plus grande partie de la dette, non seulement pour le peuple grec mais pour le bien de toute l’Europe. Pour devenir l’initiateur d’un changement historique qui aura comme devise : « Cette Europe-là, elle se change ou elle s’autodétruit. »

 

C’est pour cela que nous demandons aujourd’hui la solidarité de tous les peuples de l’Europe pour un avenir commun contre l’austérité et la déflation, contre l’expansion du fascisme et du racisme.

 

Sur le terrain économique, le traitement austéritaire a eu l’effet d’un poison. Le petit capital a été broyé (90 000 PME grecques ont disparu entre 2008 et 2011). Le fragile appareil productif grec est brisé, tandis que les entreprises publiques sont bradées au profit des multinationales, des fonds de pension et de l’élite financière grecque. Pour Yannis Eustathopoulos, économiste travaillant pour l’institut du travail de la Confédération générale des travailleurs grecs, les politiques conduites depuis cinq ans « participent à la formation d’un modèle de croissance économique par dégradation du travail, des droits sociaux, de l’environnement et de la cohésion territoriale ». Ces mutations n’ont pas pour autant permis à la Grèce de réduire le fardeau de la dette. Son ratio par rapport au produit intérieur brut (PIB) était de 113 % en 2009, avant la crise. Il atteint aujourd’hui 175 %. Quant aux 226,7 milliards « d’aides » octroyées par la troïka depuis 2010, en contrepartie d’un sévère programme d’ajustement structurel, ils ont pour l’essentiel bénéficié directement ou indirectement au secteur de la finance.

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Published by pierre verhas
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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 09:49

Il y a une chose dont il faut se méfier par dessus tout : c’est l’unanimisme. Les médias ont fait en sorte que toutes et tous réagissent de la même manière en affichant le slogan « Je suis Charlie », quelques heures à peine après l’attentat. C’est Orwellien ! La pression médiatique joue une fois de plus, mais dans des proportions inégalées, son rôle de « police de la pensée » traquant la moindre objection qui vaudra l’opprobre à son auteur.

 

En plus, ce « tous unis contre la terreur » tue tout esprit critique : tout le monde est invité à penser la même chose. On veut faire croire à l’unité de tous, classes sociales confondues, sensibilités politiques apaisées, convictions philosophiques et religieuses mises de côté. Comme l’explique la philosophe Marie-José Mondzain dans « Mediapart » : « … c’est une fausse universalité qui opère comme slogan de communication massifiante.

 

Nous ne sommes pas tous pareils face à cet événement. Certains vont tenter d’en tirer parti politiquement ; d’autres le vivront d’une façon purement primaire et affective, haineuse parfois ; enfin une minorité, que je souhaite voir devenir majoritaire, entend donc réfléchir aux causes véritables et profondes de cette situation. »

 

Espérons-le aussi !

 

Et les journaux établis entretiennent cette unanimiste émotion : quand Béatrice Delvaux, l’éditorialiste « en chef » du quotidien bruxellois « Le Soir » - un peu l’équivalent belge du « Monde » - écrit ce 8 janvier : « Des kalachnikovs contre des crayons. Faut-il que certains soient devenus fous pour tuer des hommes qui, pour dénoncer la connerie universelle, de tous bords, ont choisi de la moquer d’un trait sur une feuille de papier ? ». Elle n’a rien compris ! Ou plutôt, elle sait très bien ce qu’elle écrit : elle use de ce qu’on appelle désormais l’émocratie (1) qui exploite et attise la légitime émotion causée par l’assassinat de douze personnes à l’hebdomadaire satirique parisien « Charlie Hebdo ». Et cette émotion ne permet pas de comprendre ce qui pour la plupart est indicible. En outre, elle est accompagnée de propos mensongers : ce ne sont pas des fous qui ont tué les gens de « Charlie » et – ne les oublions pas – les deux policiers qui étaient chargés de les protéger. Ce sont des djihadistes bien entraînés et qui savaient ce qu’ils faisaient.

 

Qu'on le veuille ou non, ce sera un autre «Charlie» après le 7 janvier.

Qu'on le veuille ou non, ce sera un autre «Charlie» après le 7 janvier.

 

« De plus en plus, dans un contexte économique difficile et dans des conditions de concurrence exacerbées, les choix rédactionnels des grands médias sont dictés davantage par le "marketing éditorial" que par le souci de forger l'opinion sur des bases rationnelles. La valeur d'échange de l'information l'emporte sur sa valeur d'usage. Cela n'est pas sans conséquences parfois inquiétantes pour la démocratie même. » écrit Jean-Jacques Jespers.

 

L’exploitation médiatique de la tragédie de Charlie Hebdo illustre parfaitement cette thèse. Mais en plus de cette marchandisation, il y a l’exploitation politique.

 

Nous vivons dans le contexte économique de concurrence meurtrière qui oblige la presse à se marchandiser, en perdant ainsi son indépendance. En plus, les organes de presse majeurs sont tombés entre les mains des holdings, des fonds d’investissements, voire même des banques. Comment veut-on faire une presse d’opinion dans ces conditions ?

 

Jean-Jacques Jespers : un des meilleurs spécialistes des médias

Jean-Jacques Jespers : un des meilleurs spécialistes des médias

 

Les sondages plus importants que douze morts

 

L’exploitation politique a été poussée à son paroxysme par François Hollande qui, au lieu de s’occuper d’organiser la traque des frères Kouachi et de diligenter l’enquête, a préféré courir vers les lieux de l’attentat avec son conseiller en communication et face aux caméras. Quelle occasion unique de redorer son blason terni par sa politique désastreuse ! Les sondages sont bien plus importants que douze morts ! Et puis, il saute sur l’occasion de la « manifestation républicaine » de ce dimanche 11 janvier pour inviter la plupart des chefs d’Etat à participer. Ainsi, il sera au moins pour quelques heures, le président du monde…

 

Flamby a décidément la poisse. on voitr Luz, un des dessinateurs de Charlie Hebdo, qui ne peut s'empêcher d'éclater de rire, car le Président a été atteint par la fiente d'un pigeon lors de la marche du 11 janvier. Un des nombreux dégâts collatéraux...

Flamby a décidément la poisse. on voitr Luz, un des dessinateurs de Charlie Hebdo, qui ne peut s'empêcher d'éclater de rire, car le Président a été atteint par la fiente d'un pigeon lors de la marche du 11 janvier. Un des nombreux dégâts collatéraux...

 

Quand on voit défiler pour la « liberté d’expression » et « contre le terrorisme » des chefs d’Etat et de gouvernement, notamment une Merkel, un Rajoy, un Netanyahou et « son » ministre des affaires étrangères Lieberman, Bongo, Orban, Abadallah II de Jordanie, sans oublier Juncker, le président de la Commission européenne, c’est d’une indécence sans nom. Les dérives des pouvoirs « démocratiques » sont légion ces temps-ci : la participation évidente à la « surveillance globale » (2), le scandale financier de luxleaks, le dumping fiscal, les atteintes à la vie privée, les restrictions à la liberté de la presse et bien d’autres dérives sont monnaie courante.

 

La palme revient à Antonis Samaras, le Premier ministre conservateur renversé par le Parlement grec, qui a dit dans un discours à Chalkida: « Aujourd’hui à Paris, un massacre s’est produit avec au moins douze morts. Et ici certains encouragent encore davantage l’immigration illégale et promettent la naturalisation ». Et il attaque son adversaire Syriza sur la politique migratoire : « Le Syriza est sur une autre planète, il veut accorder massivement la nationalité, l’accès aux soins et à la couverture sociale à tous les immigrés illégaux. » Donc, il fait l’amalgame entre les attentats de Paris et l’immigration ! Cela n’a pas empêché Hollande de l’inviter à défendre les « valeurs républicaines ».

 

La marche des hypocrites !

La marche des hypocrites !

 

En cette période de désenchantement, l’occasion était bien sûr trop belle de provoquer un électrochoc dans la population non seulement en France, mais dans toute l’Europe et même aux Etats-Unis. En plus de l’unité « retrouvée » des Français, c’est « l’Occident » avec la présence des « grands » de ce monde, qui se dresse à l’unisson contre l’obscurantisme islamique.

 

La colère populaire

 

Et il y a sans doute autre chose : l’horreur suscitée par cet attentat a provoqué un haut le cœur de dégoût au sein du peuple de France. La colère populaire est dangereuse pour le régime. Elle pourrait se muer en révolte non seulement contre les assassins, mais aussi contre la politique de régression sociale du pouvoir.

 

Aussi, alors que l’appel à manifester le 11 janvier a été initié dans ce qu’on appelle les réseaux sociaux, Hollande a eu l’astuce de le reprendre à son compte en y invitant aussi les chefs d’Etat et de gouvernement d’autres pays. Double objectif atteint : il a réussi à canaliser le mouvement populaire spontané – ainsi, ce mouvement ne représente plus, du moins pour le moment, un danger pour le régime – et à redorer son blason sur le plan international.

 

Quelle indécence ! Charlie Hebdo qui n’était plus lu que par quelques milliers de personnes, qui était en grande difficulté, s’affiche comme « le » journal « antisystème » avec des textes et des caricatures d’un esprit critique tel qu’ils ne laissaient aucune place à l’adhésion à un quelconque pouvoir. Enfin, pas tout à fait ! Tout n’a pas été rose chez Charlie dans le meilleur des mondes libertaires. Souvenons-nous du licenciement abusif de Siné par Philippe Val, alors directeur de Charlie Hebdo, parce qu’il aurait critiqué en termes « antisémites » le fils de Sarkozy. Val a été récompensé : il a intégré la direction de France Inter. Il s’est rapproché du pouvoir ! Cela a été fatal pour la crédibilité de Charlie Hebdo.

 

Et maintenant, le pouvoir exploite l’émotion légitime et suscite la peur. Cabu, Maris, Wolinski, Charb et les autres n’auraient certainement pas voulu ça – bien qu’il soit facile de faire parler les morts !

 

La manifestation républicaine qui a rassemblé près de quatre millions de personnes dans toute la France a été canalisée par le pouvoir. Pour combien de temps ?

La manifestation républicaine qui a rassemblé près de quatre millions de personnes dans toute la France a été canalisée par le pouvoir. Pour combien de temps ?

 

Au secours, les fachos !

 

Aujourd’hui, toutes les bonnes âmes et Dieu sait si elles sont nombreuses, pleurent la liberté d’expression perdue. La veille, cependant, à Bruxelles, ces mêmes champions de cette liberté sacrée débattaient pour savoir s’il fallait ou non interdire Eric Zemmour de s’exprimer. Ah ! Je les entends parler ces beaux esprits : il n’y a aucune mesure entre le carnage de Charlie Hebdo et les élucubrations réactionnaires et racistoïdes de Zemmour ! Ah bon ! Donc, la liberté pour les uns et non pour les autres. Désolé, Messieurs Dames, la liberté d’expression est indivisible, ou elle n’est pas. De même, le fameux grand rassemblement « d’union nationale » n’a plus de sens au moment où les politiques – à qui la population n’a rien demandé – au lieu de la fermer, interdisent la présence de Marine Le Pen et de ses troupes du Front national, devenu suite à leur indécrottable stupidité, premier parti de France, et puis qui, devant l’énormité de leur démarche, font marche arrière, puis, rebelote ! lui signifient qu’elle n’est pas la bienvenue. Une telle valse hésitation est pathétique ! Et puis, quelle absurdité ! Marine Le Pen qui a lancé une dizaine de procès contre Charlie avec la ferme volonté de lui faire mordre la poussière, pleure la liberté d’expression perdue ! Au secours, les fachos ! Venez défendre les Lumières !

 

Marine Le Pen et l'ineffable Gilbert Collard manifestent dans le Gard le 11 janvier : Au secours, les fachos !

Marine Le Pen et l'ineffable Gilbert Collard manifestent dans le Gard le 11 janvier : Au secours, les fachos !

 

Et ce n’est pas tout. Derrière cette agitation médiatique, nous retrouvons aussi le fameux « choc des civilisations ». Qu’on le veuille ou non, les musulmans sont visés. On les appelle en des termes doucereux à se mobiliser contre le djihadisme.

 

Bien sûr, les musulmans ne sont pas responsables ! Qu’allez-vous chercher, là ? Mais ils sont un peu coupables. Et de tels propos s’appellent stigmatisation.

 

Le retour de Monsieur « Choc »

 

C’est évidemment le soi-disant « choc » entre le monde musulman et « l’Occident » qui est mis en avant, mais de manière hypocrite, afin de ne pas provoquer de heurts, du moins pour le moment. Ainsi, lisons le monument de duplicité de notre ami Bernard-Henri Lévy paru dans le « Monde » du 9 janvier sous le titre ronflant : « Le moment churchillien de la Ve République » : « A ceux d’entre nous, enfin, qui ont pour foi l’islam, il revient de clamer très haut, et en très grand nombre, leur refus de cette forme dévoyée de la passion théologico-politique. Les musulmans de France ne sont pas, comme on le dit trop, sommés de se justifier : ils sont – et c’est, là aussi, l’exact contraire – appelés à manifester leur fraternité avec leurs concitoyens massacrés et, ce faisant, à éradiquer une fois pour toutes le mensonge d’une communauté d’esprit entre leur dévotion et celle des massacreurs.

 

Ils ont la belle responsabilité, devant l’Histoire et devant eux-mêmes, de crier, à leur tour, le « not in our name » des musulmans britanniques conjurant l’amalgame avec les égorgeurs de James Foley : mais ils ont également celle, plus impérieuse encore, de décliner leur nom, leur vrai nom, de fils d’un islam de tolérance, de paix et de douceur. Il faut libérer l’islam de l’islamisme. Il faut dire et répéter qu’assassiner au nom de Dieu c’est faire de Dieu un assassin par procuration. Et l’on espère, non seulement des savants en religion tel l’imam de Drancy Chalghoumi, mais de l’immense foule de leurs fidèles, le courageux aggiornamento qui permettra d’énoncer enfin que le culte du sacré est, en démocratie, une atteinte à la liberté de pensée ; que les religions y sont, aux yeux de la loi, des régimes de croyance ni plus ni moins respectables que les idéologies profanes ; et que le droit d’en rire et d’en débattre est un droit de tous les hommes. »

 

Haro sur les musulmans

 

Donc, les musulmans de France et d’ailleurs sont invités à clamer leur rejet de l’islamisme radical et à manifester « leur fraternité » au nom d’une kyrielle de principes aussi confus que dénués de sens du genre « islam de tolérance, de paix et de douceur » - ce qui implique qu’il existe un islam intolérant et guerrier -. On se demande : pourquoi spécifiquement les musulmans ? Sont-ils implicitement solidaires des terroristes ? Après, il ne faudra pas pleurer si les frères Kouachi font des émules…

 

D’ailleurs, Mediapart observe ce 14 janvier : « Injonction leur [aux musulmans] a été faite soit de s’excuser, soit de se démarquer de l’horreur commise au nom de l’islam. Plusieurs lieux de culte ont été attaqués – des coups de feu ont été tirés contre une salle de prière à Port-la-Nouvelle dans l’Aude et à Saint-Juéry dans le Tarn, des grenades ont été lancées dans la cour de la mosquée des Sablons au Mans. Une explosion a eu lieu dans un snack près d’une mosquée à Villefranche-sur-Saône dans le Rhône. Plus d'une cinquantaine d'incidents au total ont été signalés selon l'Observatoire contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM). »

 

Lisons ce qu’écrivait feu Cavanna, le fondateur de Charlie Hebdo dans un message testament intitulé « Lettre aux culs bénits » paru chez Albin Michel.

 

« Simplement, en cette veille d’un siècle que les ressasseurs de mots d’auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire « mystique », je m’adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d’incroyants élevés à l’écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme. Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. […]

 

Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'installe et fait tache d'huile. L'intégrisme musulman a donné le « la », mais d'autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.

 

Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s'appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n'est nullement improbable, étant donné l'état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt et unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers. »

 

Cabu et François Cavanna à une époque où il était indispensable de se faire des illusions.

Cabu et François Cavanna à une époque où il était indispensable de se faire des illusions.

 

Ce texte me rappelle la discussion que j'ai eue avec Michel Warschawski en octobre dernier à Jérusalem. Je lui parlais du poids de plus en plus grand du religieux dans le conflit israélo-palestinien. Il me rétorqua qu'il pensait au contraire que le religieux est instrumentalisé dans les objectifs politiques des nationalistes des deux bords et particulièrement ceux des "colons" israéliens. A la réflexion, je pense qu'il avait raison. L'attentat du 7 janvier et le carnage de l’épicerie casher de la Porte de Vincennes n’ont la religion que comme prétexte. Elle est en fait un instrument de division des hommes et d'accomplissement d'objectifs politiques.

 

Karl Marx avait vu juste.

 

Cependant, le message religieux joue un rôle fondamental. On attribue à Karl Marx la fameuse sentence : « La religion est l’opium du peuple ». Il faut lire intégralement ce qu’il entend par là : « La misère religieuse est… l’expression de la misère réelle et aussi la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une situation sans esprit. C’est l’opium du peuple.

 

 

De temps à autre, il est bon de se rappeler ce que Karl Marx a exactement écrit

De temps à autre, il est bon de se rappeler ce que Karl Marx a exactement écrit

 

Pour que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple, il faut exiger le bonheur réel du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole. » (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel)

 

Karl Marx avait vu juste. La religion est « l’expression de la misère réelle et aussi la protestation contre la misère réelle ». Et c’est cela qui guide les tueurs en plus, bien entendu, de la manipulation dont ils font l’objet. La religion est en effet un instrument idéal pour asseoir un pouvoir totalitaire : elle ne supporte aucune critique et elle promet aux plus démunis un sort meilleur, bien entendu ailleurs dans le temps et dans l’espace. Et cela n’a rien à voir avec le fantasme débile des vierges qui attendent les djihadistes au paradis !

 

Dominique de Villepin, progressiste ?

 

Nous laisserons la conclusion à Dominique de Villepin qui analyse ces tragiques événements dans le « Monde » du 9 janvier. Il distingue trois ennemis à éliminer : le terrorisme, la peur et le rejet de l’autre.

 

Dominique de Villepin a souvent une vision progressiste du monde.

Dominique de Villepin a souvent une vision progressiste du monde.

 

« Nous avons trois adversaires redoutables à affronter.

 

Il y a d’abord, le plus évident, les terroristes. Nous ne pouvons tolérer que des assassins de masse circulent encore dans le pays et que les apôtres de la haine sèment leurs paroles impunément. Tous les moyens de l’Etat de droit doivent être mis en œuvre pour les appréhender et les traduire en justice. (…)

 

Il y a un second ennemi, c’est la peur. Le sentiment d’une violence imprévisible, omniprésente et soudaine suscite un désir de sécurité qu’il sera impossible de combler. L’expérience nous l’enseigne, les attaques terroristes favorisent le renoncement aux valeurs démocratiques, le souci de notre sécurité nous disposant à sacrifier les libertés de tiers, chez nous ou à l’étranger. La spirale de défiance créée aux Etats-Unis par le Patriot Act et la légitimation durable de la torture ou des détentions illégales a aujourd’hui plongé ce pays dans la perte de repères moraux. (…)

 

Il y a un troisième ennemi aujourd’hui, c’est le rejet. Notre pays se crispe de jour en jour. Ses élites se tournent chaque jour davantage vers des discours de division et d’exclusion permettant tous les amalgames. L’Histoire nous enseigne que lorsque les digues sautent, le pays risque l’effondrement. Si nous aimantons la violence, c’est parce que nous sommes divisés, faibles, repliés sur nous-mêmes ; un pays blessé qui perd son sang. Les polémiques littéraires, les démagogies partisanes, nous montrent que l’enjeu n’est pas tant de nous sauver des autres, d’invasions ou de remplacements supposés, mais de nous sauver de nous-mêmes, de notre renoncement, de notre narcissisme du déclin, de notre tentation occidentaliste et suicidaire. »

 

On n’entend pas souvent ce genre de propos dans le monde progressiste.

 

 

Pierre Verhas

 

Notes

 

(1)  Le néologisme « émocratie » a été inventé par Jean-Jacques Jespers, l’ancien journaliste de la RTBF et professeur à l’ULB. Il part du constat que le discours actuel est guidé par l’émotion au détriment de l’analyse des faits.

 

(2)  On prétextera que cette surveillance « globale » est indispensable pour prévenir les actes terroristes. Souvenons-nous cependant les mises en garde d’Edward Snowden. En tout cas, elle n’a pas joué en ce qui concerne « Charlie Hebdo » et les attentats neutralisés l’ont été le plus souvent par des méthodes de surveillances classiques.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 23:49

Tous les jours et ce pendant quelques semaines, « Uranopole » publiera un dessin d’un des dessinateurs assassinés et paru dans « Charlie Hebdo ». En hommage à la liberté de la presse et à l’humanité.

Libertés posthumes
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 21:18
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Tous les jours et ce pendant quelques semaines, « Uranopole » publiera un dessin d’un des dessinateurs assassinés et paru dans « Charlie Hebdo ». En hommage à la liberté de la presse et à l’humanité.

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 16:45

Tous les jours et ce pendant quelques semaines, « Uranopole » publiera un dessin d’un des dessinateurs assassinés et paru dans « Charlie Hebdo ». En hommage à la liberté de la presse et à l’humanité.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 21:41

Tous les jours et ce pendant quelques semaines, « Uranopole » publiera un dessin d’un des dessinateurs assassinés et paru dans « Charlie Hebdo ». En hommage à la liberté de la presse et à l’humanité.

Libertés posthumes
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 22:06

Bernard Maris était un économiste non-conformiste. Il n’était pas un orthodoxe et démontait les thèses de ses confrères et consœurs qui se pliaient à l’économie de l’offre et, en outre, il était hostile à l’Euro et prônait la dissolution de la zone euro. Par la suite, il a évolué et comme le dit Jacques Sapir, il aurait certainement pris position dans la crise grecque telle qu’elle se montre aujourd’hui.

 

Maris était un homme de conviction et un homme engagé. Il resta jusqu’au bout fidèle à « Charlie Hebdo », ce qui lui a coûté la vie ce 7 janvier 2015.

 

Nous publions ici l’hommage que lui rend Jacques Sapir sur son blog et aussi celui de Mireille Azzoug, amie de Bernard Gensane, directrice honoraire de l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris 8.

 

Retenons son œuvre qui restera longtemps encore utile, tant que règnera la pensée unique en économie qui n’est que la justification pseudo scientifique de la cupidité de la classe dirigeante.

 

Pierre Verhas

 

 

A Bernard Maris

Rédigé par Jacques Sapir le Mercredi 7 Janvier 2015 à 23:40

 

 

L’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, et provoqué la mort de deux policiers, nous remplit d’horreur et de dégoût. Certains de ces journalistes étaient connus de tous. La mort de Cabu laisse le Grand Duduche (et la fille du proviseur…) orphelin ; celle de Wolinski signe la fin des années de « l’après-1968 ». L’invention de Cactus-Man (l’homme aux épines rétractiles…), mais aussi de Paulette et de bien d’autres personnages me reste en mémoire. Tout ceci est désormais comme carbonisé devant la sauvagerie de sang froid du fanatisme militant. En vérité je ne puis écrire que pour un, l’économiste Bernard Maris, que je connaissais bien et qui écrivait sous le pseudonyme d’« Oncle Bernard » des billets hilarants et décapants.

 

Bernard Maris avait 68 ans. Il était le fils de Républicains espagnols émigrés en France et un produit typique de cet "élitisme républicain" que certaines bonnes âmes tournent aujourd'hui en dérision. Après de brillantes études d’économie, et une thèse en 1975, il avait suivi le cursus honorum qui devait le mener au poste de professeur. Il avait alors enchaîné les postes, récolté le prix de « meilleur économiste » pour 1995 décerné par Le Nouvel Économiste, et publié des livres importants comme Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (en 1998), ou Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (en 1999). Il fut l’auteur du remarquable Antimanuel d’économie (publié chez Bréal en 2 volumes) et d’un ouvrage collectif important témoignant de son intérêt pour les sciences sociales,

 

Gouverner par la peur, en 2007. On pouvait le suivre à la télévision ou sur France-Inter. Mais, Bernard Maris était aussi bien d’autres choses.

 

Il a été un grand directeur de collection chez Albin Michel. Je peux témoigner de l’effort qu’il a fourni pour que mon ouvrage Les trous noirs de la science économique se révèle comestible pour un lecteur français. Le livre correspondait au cours que je donnais à l’époque à la Vyshaya Shkola Ekonomiki (Haut Collège d’Économie), et il y fut d’ailleurs publié. Bernard me poussa à le réécrire totalement pour en faire mieux ressortir ce qu’il en présentait d’essentiel alors que d’autres éditeurs me soutenaient qu’un ouvrage de théorie et de méthodologie économique n’aurait pas de lecteurs en France. Son analyse fut la bonne et je considère qu’il est en bonne partie responsable de ce succès. Les relations que nous avions nouées à cette occasion ne se sont jamais distendues. Je peux témoigner de son attitude, à la fois ouverte, chaleureuse, mais aussi exigeante envers ses auteurs, et j’avoue être fier d’avoir été publié par un homme tel que lui. Nous avons discuté ensemble des journées entières et, de ces discussions, a surgi un autre livre Les économistes contre la démocratie qui fut publié en 2002. J’ai pu alors mesurer tout son écœurement devant le comportement de certains économistes à gages, dont la seule fonction est de fournir des justifications à qui les payent. Le projet d’un troisième livre, rédigé avec un de mes anciens étudiants russes sur la « transition » en Russie ne se fit pas. Mais il nous donna le plaisir de nous rencontrer à de multiples reprises dans les locaux de Charlie Hebdo, ces mêmes locaux où s’est déroulé l’attaque criminelle qui lui a coûté la vie ainsi qu’à neuf de ses confrères.

 

Bernard Maris, et ceci est moins connu, était aussi un romancier. Il publia Pertinentes questions morales et sexuelles dans le Dakota du Nord en 1995, où il laissait libre cours à sa passion pour l’anthropologie et surtout L'Enfant qui voulait être muet en 2003. Il fut aussi essayiste avec L’Homme dans la guerre. Maurice Genevoix face à Ernst Jünger, publié chez Grasset en 2013 et surtout Houellebecq économiste, publié chez Flammarion en 2014. Il fit aussi des excursions dans le cinéma, collaborant avec Jean-Luc Godard en particulier. L’étendue de ses connaissances, non seulement en économie mais aussi en histoire et, on l’a déjà dit, dans les diverses sciences sociales frappait tous ceux qui le lisaient. Bernard avait fait sienne la démarche d’Adam Smith qui considérait que l’économie était une science morale et impliquait des liens étroits avec les autres disciplines des sciences sociales. Rien ne lui était plus étranger que le fumeux concept d’« économie pure » mis à la mode par Léon Walras et dont s’inspire toute une tradition d’économistes qui brillent autant par la formalisation de leurs raisonnements que par l’irréalisme de leurs déductions. Il attendait avec impatience la constitution d’une section d’économie politique, séparée de l’économie qui était en passe de devenir la chasse gardée de prétendus mathématiciens.

 

Son engagement politique l’avait conduit des socialistes vers EELV, et à chacune de nos récentes rencontres, il ne cessait de fulminer contre le gouvernement et le président. Nommé en 2011 au Conseil Général de la Banque de France, alors qu’il avait déjà largement exprimé ses doutes quant à la survie de la zone Euro, il devait franchir le pas au début de 2014 et expliquer pour quelles raisons il était désormais favorable à une dissolution de la zone Euro et à un retour aux monnaies nationales. On s’en doute, nous avions parlé à maintes reprises de ce sujet et j’avais vu ses positions s’infléchir avec le temps parce qu’il comprenait dans quelle impasse l’Euro était en train d’enfermer tant la France que l’Europe. Je suis persuadé que ses positions quant à la crise grecque à venir auraient été importantes.

 

Bernard Maris était un homme délicieux, très digne dans le deuil intime qui l’avait frappé il y a deux ans, et un de ces collègues qui vous laissent à penser que vous avez eu raison de choisir l’économie. Son influence sur les jeunes générations d’étudiants aura été considérable. Il fut et reste un modèle d’économiste citoyen, comme Keynes qui était sa boussole et sa grande référence.

 

Il est mort à son bureau, tué par le fanatisme imbécile qu’il avait en horreur.

Il est mort, tué pas ce fanatisme qu’il méprisait et qu’il dénonçait régulièrement.

Il est mort à son poste de combat.

 

Respect, oncle Bernard !

 

Bernard Maris : un économiste non orthodoxe, un passionné d'anthropologie, de cinéma, rédacteur à Charlie Hebdo et homme engagé

Bernard Maris : un économiste non orthodoxe, un passionné d'anthropologie, de cinéma, rédacteur à Charlie Hebdo et homme engagé

 

Hommage à Bernard Maris

 

Bernard Maris a terminé sa carrière universitaire à l'Institut d'études européennes de l'Université Paris 8, dont la directrice fut longtemps ma vieille amie Mireille Azzoug.

 

Mireille rend ici hommage à son collègue.

 

Bernard Gensane

 

Né à Toulouse le 23 septembre 1946, Bernard Maris, professeur des universités, économiste, essayiste et chroniqueur au journal Charlie Hebdo, nous a quittés ce mercredi 7 janvier 2015. Il a été froidement exécuté, avec neuf autres membres de l’équipe de ce journal et deux policiers, par des tueurs barbares qui s’en sont pris à la liberté de la presse, à la liberté de penser, aux valeurs fondamentales de la démocratie, de la République et de l’humanité.

 

Notre peine est immense, notre indignation et notre colère aussi.

 

Bernard Maris était non seulement l’un de nos collègues, c’était, pour beaucoup d’entre nous, un ami, un économiste brillant, un enseignant de talent. Un chercheur aussi, doublé d’un essayiste à la plume élégante, féru de poésie et de littérature – il fut aussi auteur de romans. Un humaniste érudit qui s’intéressait aussi bien à l’histoire, à la sociologie et à la psychologie qu’à la psychanalyse ou la rhétorique, disciplines dont il nourrissait son approche de l’économie.

 

Il se trouva parfaitement dans son élément lorsqu’il fut nommé, en 1999 (jusqu’à son départ à la retraite en 2012), professeur à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, celui-ci ayant mis la pluridisciplinarité au centre de ses enseignements et de ses recherches. Il y dirigea pour un temps le doctorat d’études européennes et le Centre d’études des mutations en Europe.

 

Bernard Maris séduisait son auditoire par l’originalité et la hardiesse de sa pensée, rétive à toute orthodoxie, par la clarté pédagogique de son exposé, qui ne sacrifiait en rien la finesse et la sophistication de l’analyse. Il enseignait avec brio le fonctionnement des marchés financiers, les rouages de l’économie financière et boursière, l’économie du développement durable, l’économie européenne. Il savait mettre au jour la rhétorique de l’économie et sa fonction de légitimation du discours dominant.

 

A Charlie Hebdo, c’était Oncle Bernard, avec ses chroniques à l’humour décapant et son art de la dérision. Humaniste, libre penseur, anticonformiste, antimonétariste, ennemi de la financiarisation de l’économie, du productivisme, il s’en prenait aux poncifs du néolibéralisme débités dans les discours prétendument « experts » des économistes gourous, qu’il tenait en piètre estime.

 

Rebelle aux orthodoxies, il voulait redonner à l’économie ses lettres de noblesse, celles du politique. Il admirait Keynes, qu’il convoquait souvent dans ses analyses. Ce qui le séduisait chez celui qu’il appelait l’économiste citoyen, c’était d’avoir su remettre l’économie à sa place, qui est d’être un outil au service de l’humanité. Dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, Keynes ou l’économiste citoyen, Bernard Maris écrit : « Keynes est un pur économiste. C’est-à-dire qu’il ne peut envisager la réflexion économique sans l’art, la politique, le bien-être. [...] On ne peut comprendre l’économiste Keynes, entrer dans une pensée diverse, riche, contradictoire, mais indiscutablement la plus grande pensée économique du siècle, en dissociant un seul instant les mots « économie » et « civilisation ». Voilà pourquoi l’économie de Keynes est d’une brûlante actualité, bien au-delà des « politiques de relance », des « baisses du taux d’intérêt », des recettes pour cuisines de ministères ou des ponts aux ânes pour étudiant en macroéconomie. Quel économiste aujourd’hui pense à la Cité ? Aucun. » (2) (Ou presque aucun, car quelques-uns sauvent quand même l’honneur).

 

Directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo, collaborateur à Marianne, aux Échos, au Nouvel Observateur, au Monde, chroniqueur à France Inter, très souvent invité sur les plateaux de télévision, il développait partout ses analyses décapantes et lucides avec un humour facétieux et une bonhomie tranquille et joviale. Jacques Sapir a pu dire de lui, dans l’hommage qu’il lui rend3, « qu’il reste un modèle d’économiste citoyen ».

 

Ce droit à la critique, ce devoir d’irrespect sans lesquels il n’y a pas de liberté, lui ont valu la mort, comme à ses confrères de la rédaction de Charlie Hebdo, à une époque où il n’est plus tolérable de mourir pour des idées.

 

Mais les idées qu’il a semées ne sont pas mortes pour autant : il nous les lègue en héritage. Et pour que celui-ci perdure, il nous suffit de lire ou relire ses nombreux ouvrages, ses articles, ses chroniques dans Charlie Hebdo ou d’écouter les enregistrements de ses interventions sur la Toile.

 

Nous sommes tous Charlie et nous le resterons !

 

Mireille Azzoug

Directrice honoraire de l’Institut d’études européennes Maître de conférences hors classe retraitée

 

1 Titre que lui décerne Jacques Sapir dans son hommage, « À Bernard Maris, homme délicieux » (faisait écho au livre de Bernard Maris, Keynes ou l’économiste citoyen), Le Huffington Post, 07-01-2015 :

www.huffingtonpost.fr/jacques-sapir/bernard-maris-mort_b_6429820.html

 

2 Keynes ou l’économiste citoyen, Presses de Sciences Po, coll. « La bibliothèque du citoyen », 1999, p. 8-9. 3 Cf. note 1.

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 09:28
La mobilisation est exceptionnelle, mais ne suffit pas !

La mobilisation est exceptionnelle, mais ne suffit pas !

La mobilisation spontanée à travers toute l’Europe et même aux Etats-Unis suite à l’attentat contre Charlie Hebdo est la preuve d’une prise de conscience exceptionnelle face à l’indicible.

 

Cela ne suffit pas !

 

Avant l’attentat « Charlie » connaissait de sérieuses difficultés financières, comme toute la presse papier, et l’attaque terroriste n’est pas faite pour arranger les choses. La solidarité massive durera encore une semaine ou deux et puis, on passera à autre chose. C’est la vie.

 

Alors, pour exprimer une solidarité à long terme, il y a un moyen très simple : raclez vos fonds de tiroirs et abonnez-vous. C’est le seul moyen d’assurer la pérennité de l’impertinence. Voici les URL de deux sites d’abonnements qui vous permettront de concrétiser votre soutien à Charlie Hebdo. Choisissez-en un et souscrivez un abonnement :

 

http://www.toutabo.be/abonnement-magazine/actus--infos/politique-opinions/abonnement-charlie-hebdo

 

http://www.viapresse.com/abonnement-magazine-charlie-hebdo.html

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